Bayrou face à sa première urgence... Mayotte - C dans l’air - 16.12.2024
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- 1:58OuverteRéponse directe
Quand vous voyez ces images, qu'est-ce que vous vous dites ?
- 2:43OuverteRéponse directe
Vous avez eu des membres de votre famille en ligne ?
- 4:08OuverteRéponse directe
A quoi ressemble la situation sur place ?
- 5:36OuverteRéponse directe
Combien de temps pour établir un bilan humain ?
- 7:04OuverteRéponse directe
Quels échos vous avez de la situation sur place par rapport à des situations similaires ?
- 9:59OuverteRéponse directe
Les moyens de communication vont se mettre en place rapidement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:36C.RouxChiffre
« 700 personnes de la Sécurité civile sont parties, 20 t de fret, 100 soignants de la réserve sanitaire, 1600 policiers et gendarmes pour éviter les pillages. »
- 6:19P.CoulombelChiffre
« Un tiers de l'habitat est de l'habitat précaire, à Mayotte. »
- 11:26P.CoulombelFait
« Je pense qu'il n'y a pas trop de morts. »
- 12:10P.CoulombelFait
« Là, on est sur un cyclone qui reste dans des proportions en deçà des choses exceptionnelles. »
- 17:11C.RouxFait
« Le bilan officiel fait état de 20 morts, bien loin de la réalité, selon le préfet. »
- 18:38C.RouxFait
« Le cyclone Chido est le plus intense qu'ont connu les Mahorais en 90 ans. »
- 22:06C.RouxChiffre
« Sur les 5 blocs opératoires, 2 seulement sont en état de fonctionnement. »
- 24:15D.VoynetFait
« On était sur un régime de fourniture d'eau 1 jour sur 2 ou 1 jour sur 3, selon les quartiers. »
- 36:51C.RouxFait
« La candidate RN est élue à l'Assemblée, 1re députée du parti dans les outre-mer. »
- 37:35C.RouxChiffre
« Il y a plus de policiers à Mayotte qu'à Marseille, Lyon et Lille réunies. »
- 47:33N.MauretChiffre
« 42 % de la population vivent avec moins de 160 euros par mois. »
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c'est assez désagréable. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. Les images sont sidérantes. Un territoire avec des habitations soufflées, balayées. Le cyclone a emporté les maisons de tôle. La végétation est rasée, tout comme les lignes de communication. Les habitants évoquent des scènes apocalyptiques alors qu'ils manquent aujourd'hui de tout. Les pillages ont commencé. Paris a envoyé des effectifs et du matériel, mais l'ampleur de la tâche semble énorme. Les autorités sur place appellent même la population à participer au secours. Le bilan humain est impossible à établir pour le moment dans l'archipel. Un tiers de la population vit dans des habitations précaires dans ce département. Une urgence de plus pour le nouveau Premier ministre F.Bayrou qui doit boucler un gouvernement au plus vite et qui a entamé une série de consultations depuis ce matin. Le voici face à sa 1re urgence: Mayotte. Avec nous pour en parler ce soir, C.Barbier, éditorialiste politique et conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur".
Voici votre édito à paraître mercredi. Vous allez parler de "l'Himalaya" qui attend F.Bayrou. N.Mauret, vous êtes reporter politique au groupe de presse Ebra. S.Soula, vous êtes journaliste au pôle outre-mer à France Télévisions. Vous êtes mahoraise et toute votre famille vit à Mayotte. P.Coulombel, vous êtes architecte et cofondateur de l'association Architectes de l'urgence. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à cette émission. Je voudrais commencer par vous montrer ces images inhérentes.
Un survol de Mamoudzou, une image de désolation. C'est un endroit que vous connaissez bien, Seline. Toute votre famille vit là-bas. Quand vous voyez ces images, qu'est-ce que vous vous dites? - S.Soula: Que c'est une tragédie. On n'est jamais préparés à ce genre de catastrophe. Quand j'étais enfant, j'ai vu des vents violents, des cyclones. Je me demande ce qui s'est passé. - C.Roux: Des vents à 200 km/h. - S.Soula: Oui. C'est du jamais-vu. On n'a pas les mots. C'est apocalyptique. On a l'impression d'être sur Mars. C'est terrifiant. - C.Roux: Vous avez eu des membres de votre famille en ligne? - S.Soula: Oui. J'ai eu du mal à les avoir. J'ai été au téléphone avec eux tout le week-end. Ca m'a arrangée de travailler parce que j'étais très occupée et j'avais la tête ailleurs. J'ai eu du mal à avoir quelqu'un. J'ai fini par avoir ma petite soeur le samedi matin, mais très brièvement. Elle m'a dit: "J'ai couru me brancher à la préfecture. J'ai prié pour qu'ils m'accordent 2 secondes pour que je puisse avoir du réseau." Elle me dit que tout va bien. On ne s'est pas éternisées, évidemment.
Il fallait faire vite. Ce matin, après 2 jours de cauchemar, j'ai pu avoir aussi mon fils et ma soeur. Ca a été très bref. Ils m'ont dit: "Nous sommes vivants. Tout va bien." C'est le principal. Le toit de la maison est parti, il pleut dedans, ils s'abritent sous des meubles... C'est le quotidien avec ça. Les bidonvilles, c'est beaucoup plus spectaculaire, mais tout le monde est concerné. Il n'y a pas de... Qu'on soit dans une maison en dur ou une maison précaire... C'est vraiment une tragédie pour toute la population
de Mayotte. - C.Roux: C'est dramatique, un film d'horreur. "On se croirait après la Seconde Guerre mondiale", voilà ce que disait un habitant à nos confrères du "Figaro". On n'a pas encore de bilan humain crédible parce qu'il va falloir être très prudent. On ne donne pas de chiffres pour l'instant. A quoi ressemble la situation sur place? Il faut parer à l'urgence... - S.Soula: Oui. L'urgence, c'est de manger et de boire. Il n'y a pas d'eau. Il y avait déjà des problèmes d'eau depuis fort longtemps. On ne le découvre pas. La situation n'arrange rien.
Les denrées alimentaires vont manquer de plus en plus. Là, tout est arraché: les arbres, les manguiers, les papayers... On ramasse des fruits, ça va durer 24 heures. Après, il va falloir boire, se laver. Les gens vont se laver à la rivière parce qu'il n'y a pas d'eau. Il va y avoir des problèmes d'insalubrité. Quand il pleut comme ça, tout ce que charrient les rivières... L'eau n'est pas bonne. - C.Roux: C'est très vite une urgence vitale. - S.Soula: Voilà. Là, il faut manger, dormir et boire. C'est le minimum vital. C'est de la survie. - C.Roux: Vous avez raison d'insister là-dessus.
C'est une course contre la montre maintenant, avec des moyens qui ont été envoyés depuis La Réunion et depuis Paris. 700 personnes de la Sécurité civile sont parties, 20 t de fret, 100 soignants de la réserve sanitaire, 1600 policiers et gendarmes pour éviter les pillages... Il y a déjà eu des pillages, comme souvent dans ce genre de situation. - S.Soula: Bien sûr. - C.Roux: La spécificité, c'est qu'un tiers de l'habitat est de l'habitat précaire, à Mayotte. - P.Coulombel: C'est même le problème essentiel. Le reste, ce sont essentiellement des problèmes de couverture. Ca se traite assez bien.
- C.Roux: C'est-à-dire? - P.Coulombel: La charpente et les couvertures qui s'envolent. C'est assez fréquent dans des cas de figure comme celui-ci. Là où c'est plus préoccupant, c'est pour l'habitat informel. Comment ça va être fait? La solution, on la connaît. On est sur une problématique de pays en voie de développement. Les gens vont reprendre ce qu'il y a là, faire de la récup et faire de l'économie circulaire à leur manière. Ils vont se refaire des abris temporaires. Ils n'auront pas le choix. Les vrais problèmes de logistique sont en train de commencer. Là, on envoie un avion, c'est très bien, ce sont les premiers secours. Après, il faut une logistique sur la construction. Ca va être un sujet lourd. - C.Roux: Quels échos vous avez de la situation sur place
par rapport à des situations qui peuvent ressembler à celle que traverse Mayotte? - P.Coulombel: Mayotte a une problématique que madame connaît très bien. On a un vrai problème sur l'habitat informel qui correspond à des populations de 200 000 ou 100 000 personnes. On ne sait pas bien. C'est peut-être la moitié de la population, mais on n'a pas de chiffres. Comment on va faire pour ces gens-là? C'est un vrai sujet. C'est le sujet de fond. Qu'est-ce qu'on va faire avec tout ça? Comment on va le traiter? Comment on va régler le problème politiquement? Quand vous faites de l'habitat informel, c'est
un terrain qui appartient à quelqu'un, à l'Etat ou à des propriétaires. Ces propriétés, si on veut faire de la reconstruction, il va falloir organiser le foncier pour organiser la reconstruction. - C.Roux: On n'est pas encore à la reconstruction à ce stade de l'émission. On est surtout sur l'urgence. La Protection civile appelle aux dons sur les réseaux sociaux. Santé publique France appelle à grossir les rangs des réservistes. On a l'impression que ce sont les autorités sur place qui demandent à la population un coup de main parce qu'il faut Que tout le monde mette la main à la pâte.
C'est comme ça que ça se passe actuellement? - P.Coulombel: Il y a des problèmes de transport extrêmement compliqués. Il y a un vrai problème pour se rendre sur place. Vous y allez par bateaux parce que l'aéroport ne marche pas bien. Il a été touché également. Il n'y a plus de tour de contrôle. C'est le transport maritime qui va être le plus important en termes d'aide et pour la population dans un 2d temps, avec la nourriture, sur les problématiques liées à l'eau... C'est un sujet fondamental. Tant qu'on n'aura pas réglé le problème d'eau,
on risque beaucoup. Il peut y avoir des problèmes de santé publique. - C.Roux: Il n'y a plus de réseau de communication parce qu'il n'y a plus d'électricité. Beaucoup ont réussi à aller chercher un peu de batterie à la préfecture... Il y a des échanges sur les réseaux sociaux pour s'entraider, pour aller voir si untel ou untel est vivant. ... - C.Roux: C'est comme ça que ça se passe? - S.Soula: Voilà. Ce matin, par exemple, ma soeur qui habite au sud s'est déplacée
jusqu'à Mamoudzou pour donner un téléphone à mon fils pour qu'il puisse m'appeler. Ca, c'est du concret. C'était ce matin. Les gens sont obligés... Il y a une grande solidarité qui se crée. C'est la seule façon. Tout le monde ne peut pas le faire. Après, il faut aussi se déplacer d'un endroit à l'autre. Ce n'est pas toujours facile. Les routes ne sont pas très praticables. - C.Roux: Il y a beaucoup d'enchevêtrements d'arbres et de végétation. - S.Soula: Oui. On essaie de faire en sorte que les gens puissent circuler, mais ça va prendre des jours. - P.Coulombel: Les moyens de communication vont se mettre en place relativement vite.
On a l'habitude. Ca met quelques jours pour rétablir les circuits. Avec les portables, on arrive à gérer pas mal de choses. Le plus compliqué, c'est d'avoir de l'énergie pour charger les téléphones. Les gens vont se débrouiller. - C.Roux: Combien de temps pour établir un bilan humain? - P.Coulombel: Théoriquement, moins d'une semaine. Moi, je ne suis pas trop inquiet sur le bilan. J'espère qu'il va être relativement faible. - C.Roux: Qu'est-ce qui vous fait dire ça? - P.Coulombel: Il y a plusieurs choses. La 1re, c'est que s'il y avait vraiment beaucoup de morts, on les verrait.
On ne les voit pas. J'ai été à Haïti, les morts, vous les voyiez très bien. Je pense qu'il n'y a pas trop de morts. - C.Roux: Le préfet était plutôt alarmiste. - P.Coulombel: Bien sûr, mais je pense qu'il était aussi choqué. Il n'a sûrement pas dormi. Il a pris cher, si on peut dire. Il se retrouve avec un truc à gérer. Les gens ne sont pas forcément préparés. Le cyclone, par définition, ne tue pas énormément avec le vent. Ce qui tue beaucoup, c'est l'eau. - S.Soula: Et les objets qui volent. - P.Coulombel: Oui. Ca blesse des gens, ça peut en tuer, mais ce n'est pas des quantités colossales. J'ai souvenir de cyclones avec des vents à 350 km/h. Là, on est sur un cyclone qui reste dans des proportions en deçà
des choses exceptionnelles. - C.Barbier: Le préfet était inquiet parce qu'il y a aussi toute une population qui n'est pas enregistrée, dans ces habitats précaires. On ne sait pas exactement combien il y a de personnes et à quel endroit. On ne connaît pas forcément leur identité. Le recensement l'inquiète. - P.Coulombel: D'autant plus qu'on ne savait pas initialement combien de personnes il y avait. - C.Roux: Le ministre de l'Intérieur démissionnaire est arrivé sur place. Il est dans son rôle en tant que ministre démissionnaire?
Il a des compétences et toute latitude pour agir? - C.Barbier: C'est son métier. C'est exactement ce pour quoi on a inventé ce ministère et ce gouvernement des affaires courantes. Il doit s'occuper des affaires urgentes qui correspondent aux décisions devant être arbitrées sans délai sous peine de préjudice à la continuité des services publics ou aux intérêts de l'Etat. La continuité des services publics, c'est de porter assistance aux victimes d'une catastrophe, là. Ne pas décider parce qu'on est démissionnaire, ce serait une faute. Il est parfaitement habilité juridiquement à prendre les décisions pour qu'on continue sans interruption et sans hésitation à porter secours.
- C.Roux: Ce n'était pas prévu pour F.Bayrou. - N.Mauret: Qui aurait pu prévoir... On imagine assez mal ici ce qui se passe à 8000 km. Imaginez si c'était arrivé dans une ville française. La vie du pays s'arrêterait, tellement c'est colossal, ce qui se passe là-bas. En France, on est presque préservés d'une partie de l'émotion qu'un tel drame envoie. - C.Roux: C'est peut-être bien de s'arrêter là-dessus avec vous. Vous ressentez ça? On en parle ce soir. L'ensemble des médias en ont parlé. - S.Soula: Oui. J'ai l'impression qu'on peut ne pas se sentir directement concernés parce qu'il y a la distance, que c'est loin.
"On a déjà vu d'autres situations comme ça. Il y a en ce moment des guerres. Il y a toute une série de problèmes d'inondations et de glissements de terrain." On a tendance à se dire que c'est déjà arrivé, mais on ne se rend pas compte que là, c'est vraiment énorme. - C.Roux: C'est du jamais-vu à Mayotte. - S.Soula: C'est vraiment apocalyptique. C'est un désastre. Je pense qu'on ne peut pas en vouloir aux gens. On ne peut pas se rendre compte quand on n'est pas sur place, qu'on n'a pas de famille là-bas. On se dit que ça va passer. Ca ne passe pas comme ça. - C.Roux: En tout cas, aucun bilan humain sérieux ne peut être donné pour l'instant. Mayotte est dévastée. Des amas de tôle, d'enchevêtrement d'arbres, des habitations rasées et des urgences qui s'agitent les unes aux autres au fil des heures. L'absence de communication entre les personnes pose problème. - A Mayotte, voici le paysage du jour d'après. Un amas de débris. Le cyclone Chido a tout balayé sur son passage.
Cet habitant peine à se frayer un chemin jusqu'à sa maison, en grande partie détruite. - Avec le cyclone qui est arrivé, toutes les maisons ont été rasées. Moi, j'ai perdu la mienne. Je n'ai pas de télé, plus de frigo... Tout est parti. Moi, j'ai juste sorti mes enfants pour les amener à l'école. - Samedi matin, des rafales de vent à plus de 220 km/h ont frappé l'archipel français. Le cyclone Chido est le plus intense qu'ont connu les Mahorais en 90 ans. - J'ai couru sous la table à manger, qui est heureusement en bois massif. Elle n'a pas bougé du tout. On s'est réfugiés sous la table. Au moment où on se réfugiait sous la table, le toit s'envolait. Je ne réalise toujours pas ce qui s'est passé. Je ne m'attendais pas à ça. - A Mayotte, un tiers de la population vit dans de l'habitat précaire. Ce sont des constructions de fortune fabriquées en bois et avec des toits de tôle qui ont été entièrement détruites.
Les maisons plus solides n'ont pas été épargnées non plus. Des dégâts matériels et humains. A ce stade, le bilan officiel fait état de 20 morts, bien loin de la réalité, selon le préfet. - Je n'imagine pas que nous n'ayons pas plus de victimes. Je ne pourrai pas toutes les décompter. Je le dis de façon officielle. La tradition musulmane, c'est d'enterrer les personnes dans les 24 heures. C'est une tradition que le préfet de Mayotte ne remettra pas en cause. Par conséquent, il sera très difficile d'avoir un bilan final. Je pense qu'il y aura certainement plusieurs centaines de victimes.
Peut-être approcherons-nous le millier. - Le préfet a levé l'alerte rouge. Les habitants tentent maintenant de trouver à boire et à manger. - On n'a plus rien. Le vent a tout emporté. On avait fait des stocks, mais le vent a tout emporté. - Dans ce supermarché, le gérant a décidé de rationner les clients. de manque d'eau. Il faut que les gens comprennent. - L'hôpital de Mayotte a lui aussi été durement touché. Les couloirs sont inondés. Sur les 5 blocs opératoires, 2 seulement sont en état de fonctionnement.
Hier, un hôpital de campagne a été envoyé depuis La Réunion. Un pont aérien relie l'île à Mayotte pour acheminer de l'aide matérielle et des renforts humains. Depuis ce matin, le ministre de l'Intérieur démissionnaire B.Retailleau constate les dégâts sur place. - Ce serait bien qu'il y ait des personnes qui viennent vers nous. A Mamoudzou, on n'a vu personne. On a vu les policiers. Nous sommes traumatisés. - Le cyclone Chido a frappé le département le plus pauvre de France, de quoi rendre la gestion de la catastrophe plus difficile encore.
E.Macron préside en ce moment une réunion de crise. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Je ne suis pas sûr que la présence du président de la République, avec ce que ça entraîne de sécurité, soit une bonne idée. D'autant qu'il sera totalement inutile sur place. Il vaut mieux coordonner les choses depuis Paris. Ce n'est pas la même chose pour le ministre de l'Intérieur, parce qu'il a l'autorité directe sur les préfets. Il y a beaucoup de policiers et gendarmes sur place qui devaient gérer la situation migratoire. Il y a plus de policiers à Mayotte qu'à Marseille, Lyon et Lille réunies. Ils peuvent aider.
Ils sont formés pour aider dans ce genre de catastrophe, surtout. Enfin, le ministre de l'Intérieur, c'est le ministre des cultes. Cette dimension a aussi son importance. - C.Roux: Nous sommes en ligne avec D.Voynet. Merci d'être avec nous. Vous connaissez très bien Mayotte. Vous avez été directrice de l'agence régionale de santé à Mayotte. Que savez-vous? J'imagine que vous avez eu des personnes en ligne. Que savez-vous de la situation sanitaire sur place? - D.Voynet: Le cyclone a balayé la partie la plus dense,
la mieux équipée et la plus stratégique de Mayotte. C'est de Petite-Terre à Mamoudzou, là où sont concentrés les équipements les plus stratégiques. Les professionnels qui sont à l'hôpital ou à l'ARS ont accès à des moyens de communication. La plupart des réseaux ont été détruits. On n'a pas forcément de nouvelles des familles, des amis, des collègues qui ne sont pas sur place. La situation est effectivement catastrophique. La 1re phase la plus urgente et vitale n'est pas achevée. On continue à chercher sous les tôles, dans les gravats, des corps ou des blessés. C'est l'urgence numéro 1. On est en train de travailler sur l'urgence numéro 2,
la production d'eau potable. Je dois admettre que la France n'est pas dotée d'une grande culture du risque majeur. On l'avait déjà vu en 2019 lors du cyclone Belna, mais aussi lors du covid. On est totalement sous-équipés, à Mayotte, comme en général en France, pour ce qui concerne ce type d'équipement. - C.Roux: Sur les équipements hospitaliers, l'hôpital a été touché. J'entendais ce matin un médecin qui disait que sa maison s'était envolée, que sa voiture n'était plus opérationnelle, qu'il s'était réfugié dans son bureau, où il pleut,
comme dans les salles d'examen ou les blocs opératoires. Il y a un hôpital à Mayotte, à Mamoudzou? - D.Voynet: Il y a un seul hôpital qui a été construit pour une population qui n'excédait pas 150 000 personnes. On considère qu'il y a plutôt 3 fois plus d'habitants aujourd'hui à Mayotte. La situation est très grave. Pendant le covid, on pouvait évacuer les patients les plus graves vers La Réunion. Ce n'est plus possible aujourd'hui. L'aéroport a été durement frappé par le cyclone. Les médecins, les infirmiers, les urgentistes ont fait face d'une façon admirable. Evidemment, les patients ne sont pas accueillis dans des conditions hôtelières. Ils sont accueillis dans des conditions d'urgence, presque de guerre. Je crois que l'hôpital fait face.
Depuis 3 ou 4 ans était promis un 2e hôpital à Mayotte. C'était une urgence. Je dois déplorer que ça n'ait pas été fait. A distance de la catastrophe, on devra en tirer le bilan. - C.Roux: Qu'est-ce que vous redoutez le plus pour les heures qui viennent? Vous connaissez parfaitement la situation sanitaire sur place. - D.Voynet: Beaucoup des quartiers de bidonvilles sont construits dans des ravines avec des soubassements en pneus entassés, sur lesquels il y a des planches et des tôles. Les familles misérables qui vivent là, outre les vêtements qu'elles ont sur le dos, possèdent quelques bassines et quelques casseroles. Elles n'ont plus rien.
Certaines des familles tentent de trouver de l'eau et des aliments dans les écoles qui, elles-mêmes, sont largement détruites. Les congés de l'hiver austral sont en train de commencer. Pendant un mois, il n'y aura pas d'enfants dans les écoles de Mayotte. Elles vont pouvoir assurer un rôle d'accueil d'urgence des familles. - C.Roux: On parlait de l'eau tout à l'heure. En 2024, il y avait eu une épidémie de choléra avec des pénuries d'eau. L'accès à l'eau potable était déjà un problème avant et ça ne va pas s'arranger. - D.Voynet: On ne peut pas parler à l'imparfait pour ce qui concerne les pénuries d'eau. Elles existent toujours. On était sur un régime de fourniture d'eau 1 jour sur 2
ou 1 jour sur 3, selon les quartiers. La menace d'une épidémie majeure est évidemment dans toutes les têtes. Le choléra est survenu alors qu'il n'y avait pas de cyclone. L'incapacité d'une grande partie de la population d'avoir accès à de l'eau potable est un problème majeur. Il n'y a pas non plus forcément de réseau d'assainissement efficace à Mayotte. Si les excréments humains ou animaux se retrouvent dans les rivières ou dans les rares points d'eau disponibles, ce sera dramatique. - C.Roux: Une question pour vous. Est-ce que vous vous posez cette question?
- D.Voynet: Je ne sais pas. On a été capables de reconstruire Notre-Dame de Paris en 4 ans. On doit être capables de mobiliser autant d'énergie et autant d'argent, autant de ressources intellectuelles et d'inventivité que ça a été le cas à Notre-Dame. Je crois que c'est un grand chantier pour la France. C'était une bêtise de faire de Mayotte un département. Personne n'était en mesure de relever ce défi. - C.Roux: Pourquoi c'était une bêtise d'en faire un département?
- D.Voynet: Parce qu'on avait des besoins d'urgence, d'écoles, de PMI, de routes, de téléphone... Simplement se dire qu'avec la décentralisation, on allait confier à des Mahorais qui n'avaient pas les ressources en compétences locales pour relever ce défi, c'était de la folie. - C.Roux: Est-ce que les populations locales se sentent abandonnées par Paris? - D.Voynet: Ca arrive souvent. C'est une des manifestations... J'ai fait un gros rapport sur Mayotte. C'est comme ça que j'ai connu Mayotte en 2017. J'ai trouvé, dans une administration française,
un directeur d'administration centrale qui m'a dit: "Vous êtes trop passionnée. Vous ne devriez pas vous investir autant sur Mayotte. Avec ces gens-là, on est toujours déçus." J'ai été tellement scandalisée que je me suis appliquée davantage pour changer l'image qu'on avait à Paris des Mahorais. On commence à reconnaître qu'il y a aussi une intelligence et de la richesse chez les Mahorais. J'aimerais qu'on les considère comme des partenaires et pas uniquement comme un gibier politique sur fond de polémiques. - C.Roux: Vous parlez de "gibier politique". C'est un peu raide, mais on va en parler dans un instant.
- D.Voynet: On voit certains chefs de parti qui vont à Mayotte chercher des voix, qui promettent la lune. Il y a des pauvres gens qui les croient. Je crois que le moment est venu aussi de se demander comment on reconstruit. On ne va pas reconstruire ce qu'il y avait avant. Il faut Reconstruire en prenant en compte les nouveaux risques qui ont émergé et les besoins réels de la population. - C.Roux: Merci beaucoup. Vous vouliez réagir? - P.Coulombel: Il s'agit d'urbanisme. En France, les choses se mettent en place. Elle a été ministre aussi. Normalement, c'était aussi à elle de le faire.
- C.Roux: D.Voynet, vous êtes prise à partie sur le fait que vous étiez au ministère de l'Urbanisme. - D.Voynet: On a des compétences. Moi, je souhaite qu'on les mobilise à Mayotte parce qu'elles ne l'ont pas été jusqu'à aujourd'hui. - S.Soula: Je voulais revenir... Il y a des choses qui n'ont pas été faites depuis des années. Mayotte est française depuis très longtemps. C'est une aberration que, des années plus tard, Mayotte soit toujours à un point zéro. Les constructions, les infrastructures, les écoles... La 1re école maternelle a ouvert ses portes en 1992.
Quand on dit que c'est un département avec lequel on n'aurait pas dû... Peu importe ce qu'on peut penser. La France est là depuis longtemps. Pourquoi on a attendu si longtemps? Il n'y a rien à comprendre. Ce n'est pas normal que, pendant autant d'années, plus de 150 ans... - C.Barbier: La réponse cynique de la part des politiques, c'est qu'il n'y a pas de richesses naturelles. Il n'y a pas de pétrole, pas de produits agricoles, pas de minerais rares. Il n'y avait donc pas d'intérêt.
Géopolitiquement, c'est toujours important d'avoir ce qu'on appelle des "confettis". On rayonne autour. Mayotte n'est pas dans un endroit stratégique. La Nouvelle-Calédonie, le Pacifique ou les Antilles ont beaucoup plus captivé l'attention de la métropole. On a plus investi financièrement, mais aussi politiquement, en ayant des élus qu'on nommait ministres, en envoyant des gouverneurs puis des ambassadeurs qui pesaient politiquement... - S.Soula: Voilà. A Mayotte, nous n'avons rien à apporter, donc "on verra ça plus tard".
- C.Barbier: Beaucoup de politiques considèrent qu'il est dommage que Mayotte n'ait pas choisi l'indépendance. - S.Soula: Les Mahorais ont fait leur choix. Je pense qu'ils l'assument. On s'est dit que, entre être français, chinois ou russes, autant être français. C'est une démocratie, en plus. - C.Barbier: La départementalisation a d'abord été une promesse politique de fierté. Ca voulait dire qu'on garantissait l'égalité de niveau de vie entre ce territoire éloigné et la métropole. On n'était pas capables de le tenir.
Il aurait d'abord fallu faire un plan de remise à niveau, puis on entraîne le département. "La métropole va investir ce qu'il faut pour qu'on augmente le niveau de vie." C'était aussi une exigence vis-à-vis des habitants. Ensuite, on en faisait un département. - C.Roux: Est-ce que des choses ont été faites et bien faites, S.Soula? - S.Soula: On ne peut pas dire... - C.Roux: Sur la présence de l'Etat sur place, que ce soit pour les infrastructures ou... Est-ce qu'il y a des choses où vous vous dites qu'ils ont pris conscience d'un problème ou pas? Vous vous dites que tout est à rebâtir? - S.Soula: On ne peut pas tout jeter, tout mettre à la poubelle. Je pense qu'il faut quand même être cohérent.
Il y a eu des écoles, des hôpitaux... Tout cela, c'est bien, mais c'est arrivé beaucoup, beaucoup trop tard. La France était là depuis fort longtemps. Pour moi, ce n'est pas normal qu'on ait attendu autant de temps. Pourquoi? C'est pour se dire qu'ils allaient finir par se lasser, ces Mahorais? Non. Les Mahorais ont choisi. Ils étaient conscients. Autour de nous, nous avons Madagascar, le Mozambique... Nous avons tous ces pays autour de nous. On voit comment ça se passe.
Les politiques sont conscients qu'il vaut mieux rester comme ça. - C.Roux: En tout cas, c'est devenu une nouvelle priorité pour le nouveau Premier ministre F.Bayrou. Ca le sera pour de longues semaines et de longs mois, je pense. - P.Coulombel: On peut toujours imaginer mettre des moyens. La France a mis les moyens, déjà. Le problème qu'il y a, c'est que vous avez beau mettre des moyens... "Je mets des centaines de millions d'euros." Si vous n'avez pas de programme cohérent en face en adéquation avec les populations, vous ne mettez pas en place une vraie stratégie qui correspond à ce que vous avez vraiment
sur le territoire. - C.Roux: Ce serait une erreur de calquer le modèle de la métropole sur Mayotte? - P.Coulombel: Oui. Le problème, il est là. On doit s'adapter à une composante qui n'est pas du tout la même que celle qu'on a en métropole. Qu'on invente, qu'on mette des réglementations spécifiques plus simples et cohérentes... On est dans un pays... Vous parliez de Madagascar. Vous parliez du Mozambique. Ce ne sont pas des exemples de réussite alors qu'il y a beaucoup de choses. Ils ont tout, là-bas. A Madagascar, il y a tout. Pourtant, ils ne s'en sortent pas. Il y a plein de raisons. Si on mettait les moyens intelligemment à Mayotte, on pourrait s'en sortir.
Quand vous faites de la construction... Si vous importez uniquement des choses de métropole, forcément, ça coûte une fortune. Ce que vous faites à la fin, ce n'est pas énorme, mais ça a coûté très cher. Ce n'est pas ça, la solution. C'est essayer de trouver des filières en faisant travailler les gens sur place. Les gens qui déblaient, il faut les faire déblayer. On va faire venir qui? Les Chinois, des gens qui viennent d'ici? Ca n'a pas de sens. Autant qu'on fasse travailler les gens qui sont sur place, qu'on mette en place des mouvements pour récupérer les matériaux, qu'on mette en place des systèmes de reconstruction qui soient adéquats... - C.Roux: Quand on reconstruit, on le fait à l'identique de ce qui est fait en métropole? - P.Coulombel: Il faut adapter les constructions. - N.Mauret: Demain, F.Bayrou va répondre aux questions
du gouvernement, avec une question par groupe. On peut imaginer que ce sera essentiellement des questions sur Mayotte, puisque c'est d'actualité. On en aura l'illustration demain. La représentation nationale va lui poser des questions sur ce qui se passe à Mayotte et sur ce qu'on peut mettre en place. - C.Roux: Certains lui reprochent déjà d'être allé ce soir à Pau pour assister au conseil municipal. On a considéré que c'était une décision indigne alors que Mayotte traverse une tragédie. Il y avait autre chose à faire que d'aller au conseil municipal de Pau alors que le 101e département français vit une tragédie? C'est une polémique qui a du sens, pour vous?
- N.Mauret: Oui, évidemment. S'il y avait eu un drame comme ça dans un endroit en France qui est plus près et plus accessible... Je rappelle qu'il faut 10 heures d'avion. Sans doute que le Premier ministre se serait déplacé. C'est important, le conseil municipal de Pau, mais en même temps, dans l'échelle des priorités, ça paraît un peu surprenant. - C.Barbier: Il y a une cellule de crise à l'Elysée avec le président de la République, à l'heure où nous parlons. Les plus hautes autorités de l'Etat seront là. Ce n'est pas simple pour un Premier ministre de coordonner un gouvernement qui n'est pas le sien.
En n'y étant pas, il laisse les choses se faire sans lui. Beaucoup de collectivités locales vont voter des crédits d'aide de solidarité pour Mayotte. Peut-être qu'ils vont faire pareil à Pau. - C.Roux: Le message est passé. Ce "confetti" de l'océan Indien fait régulièrement débat. Le RN y fait un très bon score. - Le 7 juillet dernier, petit moment d'histoire à Mayotte. La candidate RN est élue à l'Assemblée, 1re députée du parti dans les outre-mer. - C'est une victoire pour le peuple. Ce n'est pas que pour moi, c'est pour le peuple, qui aura enfin un changement. - Une victoire symbole aussi d'un ras-le-bol devant l'incapacité des gouvernements successifs à combattre l'immigration clandestine venue des îles Comores voisines et l'insécurité qui gangrène l'archipel. Certaines rues sont livrées aux gangs. Ce professeur a été agressé à la machette. L'hiver dernier, le convoi du ministre de l'Intérieur,
G.Darmanin, est accueilli par des huées. Ces opérations Wuambushu, nommées notamment par le Raid, n'ont pas réussi à ramener le calme. - Tous les jours, des gens meurent. On veut des actions concrètes maintenant. - Le ministre propose alors une mesure choc: mettre fin au droit du sol à Mayotte. - G.Darmanin: Nous couperons littéralement l'attractivité qu'il peut y avoir dans l'archipel mahorais. Il ne sera plus possible de venir à Mayotte de façon irrégulière ou régulière, de mettre un enfant au monde ici ou espérer devenir français de cette façon. - E.Macron ne le contredit pas.
En métropole, la gauche s'alarme. - O.Faure: Vouloir résoudre cette question par le droit du sol, c'est ouvrir une porte que nous ne pourrons pas refermer de sitôt. Il y a maintenant la volonté de remettre en cause le droit du sol sur l'ensemble du territoire français. - Mayotte sert en effet d'exemple à M.Le Pen, qui y a activement fait campagne pour la dernière présidentielle, promettant un référendum. - M.Le Pen: Il permettra de mettre fin à cette pression migratoire insupportable. Ce sera la fin du droit du sol. - La mesure est réclamée par les élus locaux et la population, lassés d'avoir tout essayé. - Nous sommes chez nous, mais on ne vit pas chez nous.
Les hôpitaux et les dispensaires de Mayotte ne nous appartiennent plus. Ils n'appartiennent plus aux Mahorais, aux Français de cette île, mais plutôt à ceux qui arrivent. - Il y a pourtant eu des promesses. 1er déplacement du chef de l'Etat dès 2019. - E.Macron: Vive Mayotte, vive la République! Nous sommes en train d'améliorer les résultats en matière de lutte contre l'immigration clandestine. On tiendra. - Il se heurtera au refus des Comores de bien vouloir reprendre les clandestins renvoyés. Les déplacements de ministres ont beau se multiplier depuis, Mayotte fait toujours face aux épidémies de choléra
et à des pénuries d'eau chroniques. Les projets De loi prévus sur les structures comme l'immigration ont été enterrés par la dissolution, d'où le dépôt d'une nouvelle proposition de loi pour abroger le droit du sol il y a quelques semaines par une députée Liot. - Les problèmes vont rester et s'exacerber ici. On ne peut pas dépendre de ce calendrier politique dans l'Hexagone. On le subit. Le président Macron est en fonction jusqu'en 2027. D'ici là, il doit offrir des réponses à Mayotte. - L'archipel ne faisait pas partie des priorités énoncées
par M.Barnier. Après l'urgence du cyclone Chido, en sera-t-il autrement avec F.Bayrou? - C.Roux: C.Barbier, sur le laboratoire politique? On a vu les nouveaux ministres qui arrivent avec de grandes ambitions pour Mayotte. - C.Barbier: A la fin du mandat de J.Chirac, F.Baroin avait déjà évoqué des solutions exceptionnelles, notamment supprimer le droit du sol pour passer au droit du sang. Il y a longtemps qu'il y a ce débat constitutionnel. Il faut constater que pour le RN, depuis quelques années, ça marche. Cette problématique migratoire a permis à M.Le Pen
de faire 59 % au 2e tour de la présidentielle 2022, qu'elle a perdue sur l'ensemble du territoire national. J.Bardella a fait 50 % aux européennes, 20 points de plus que son score national. Ils ont eu un député, une première dans l'histoire de Mayotte. Une des deux circonscriptions a été récoltée par le RN. On a l'impression que c'est plus dans une forme de protestation et de rejet de ce que les autres ont tenté que de croyance dans l'idée que le RN au pouvoir réglerait le problème migratoire à Mayotte. C'est lié à la départementalisation. On considère que le droit du sol crée une inspiration
et une immigration clandestines. Le droit du sol, c'est quand vous arrivez et que vous avez un enfant, votre enfant est français. Il y a des conditions de temps, de délais, mais globalement, il est français. En tant que Français, il peut faire venir une partie de sa famille au bout d'un certain âge. Ses parents ne sont pas expulsables. Dans des endroits qui ont des frontières avec des pays très pauvres, on va pouvoir faire valoir ses droits. En 2017, proposition de loi constitutionnelle au Sénat pour abolir le droit du sol en Guyane et à Mayotte. C'est des endroits pour eux. On considère que les frontières se franchissent facilement.
Ce débat est dans l'air depuis plusieurs années. Il était en train de trouver sa solution et ça a pris le long tapis roulant de la fabrication d'une loi constitutionnelle. La dissolution est passée par là. En Nouvelle-Calédonie, il y avait aussi un chantier constitutionnel. Tout ça a suspendu cette réforme. Aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de partis qui ne sont pas ralliés à cette correction, amoindrissement ou abolition du droit du sol. Il n'y a que dans la gauche la plus radicale qu'on considère
qu'il faut avoir exactement le même droit. - C.Roux: Sur cet aspect et sur la question de l'immigration illégale sur lesquels prospéraient le RN? - S.Soula: Je vous suis quand vous dites que c'est un ras-le-bol de la population, pas une adhésion. Tellement de gens ont dit qu'ils les allaient sortir de là. Il y avait plus de conviction. C'est de la désespérance. - C.Roux: Avec cette idée que l'immigration illégale... C'est une vraie problématique? - S.Soula: Bien sûr. Les femmes viennent accoucher à Mayotte et prennent des gros risques. Elles traversent la mer au péril de leur vie pour venir accoucher. Elles se disent que si elles accouchent à Mayotte, ça va résoudre leurs problèmes. Ce n'est pas qu'eux. Je suis allée aux Comores quand j'étais enfant. Mon père travaillait là-bas. C'était avant l'indépendance. C'était différent. Mon père était militaire. Mon enfance, je l'ai passée là-bas jusqu'à mes 10 ans, jusqu'à l'indépendance. A cette époque, on n'avait pas de problèmes. On ne parlait pas de l'immigration. On circulait normalement. On allait et on venait.
Maintenant, après l'indépendance des Comores... Les gens ne viennent pas qu'à Mayotte pour accoucher, mais c'est parce que c'est devenu compliqué aux Comores. Il n'y a pas d'eau dans les hôpitaux. Vous faites des accouchements sans eau. Le choléra à Mayotte venait de la Grande Comore. - C.Roux: Ca suscite aussi une colère de la part des Mahorais? - S.Soula: Ils se disent: "On va faire une planification familiale." Tout ça exaspère les personnes. Ce n'est pas de la xénophobie, ce n'est pas être pour le RN, mais il faut faire quelque chose. Avec qui et comment? - N.Mauret: Je voulais revenir sur l'expression de D.Voynet qui parlait de "gibier électoral". C'est un peu dur, mais je m'aperçois que M.Le Pen, c'est probablement l'une des personnalités politiques qui s'est le plus rendue sur l'île de Mayotte. Elle y est allée cette année en campagne européenne. Il y a 45 000 votants à Mayotte. C'est relativement peu. Sur ces 45 000, il y en a moins de la moitié qui votent. Elle ne va pas pour les voir.
Quand elle va à Mayotte, elle parle aux 65 millions de Français. Le programme du RN coche toutes les cases. Il y a de l'insécurité. Les Mahorais se sont révoltés contre l'insécurité. E.Borne s'était retrouvée face à une jeune fille qui lui disait: "Madame, on a peur d'aller à l'école." C'est de ça qu'on parle. Il y a de l'insécurité, de l'immigration. Il y a des services publics qui fonctionnent mal. Pour M.Le Pen, c'est un strike. A chaque fois qu'elle va là-bas, et aujourd'hui, comme c'est une personnalité politique majeure, il y a des médias qui la suivent, elle parle à tout le monde.
Les médias étant ce qu'ils sont... Il y a une espèce de loupe grossissante. Pour beaucoup, c'est une façon d'agiter les peurs. Elle y est allée cette année et en 2022. C'est ce qui explique qu'elle a gagné 15 points entre les 2 présidentielles. Mayotte, pour elle, c'est un territoire où elle est très bien accueillie. On la voit sur la photo. Il y a les colliers de fleurs. Je me souviens d'une image d'elle étant embrassée par la population. Les gens ne votent pas tous pour elle par adhésion, mais il y a quand même une partie d'adhésion. Il y a du désespoir dans votre île... Le désespoir est mobilisateur et ça se porte sur le RN.
- C.Roux: Avec une situation spécifique. Quand on voit les chiffres, la différence de richesses entre les départements français et Mayotte... C'est vertigineux, l'écart. - N.Mauret: 42 % de la population vivent avec moins de 160 euros par mois. 77 % de la population... - C.Roux: On voit la différence entre l'Ile-de-France et Mayotte. Sur la natalité, ce sont les chiffres de naissance... Il y a cette spécificité. - S.Soula: Les problèmes se trouvent à tous les niveaux. A l'école, on est obligé de faire des rotations.
Les mêmes enfants ne peuvent pas faire toute la journée. Il y a ceux qui vont le matin et ceux qui vont l'après-midi. Il y a trop d'enfants. Sur les bancs, parfois, vous avez 3 enfants. On construit des écoles tous les jours. Les écoles ne suffisent pas parce qu'il y a une entrée massive. L'école étant obligatoire, il faut mettre ses enfants à l'école. Les hôpitaux sont saturés, les écoles sont saturées. Tout est saturé. - C.Roux: Question. - S.Soula: On ne sait pas.
On suppose, mais on n'a pas de chiffres. - C.Barbier: On dit parfois qu'il y en a 1 pour 2. - S.Soula: Quand on fait le budget de Mayotte, quand on dit qu'on est 50, mais qu'au fond, on est 200... - C.Roux: Sur la sécurité et l'insécurité, le ministre de l'Intérieur G.Darmanin est sur place avec des opérations "place nette", opération Wuambushu... Est-ce que vous vous êtes dit, en tant qu'observatrice, qu'une des urgences... - S.Soula: Je ne sais pas s'ils ont compris. Là, on gère l'urgence. On n'a rien anticipé. On n'a rien organisé. Dans ces conditions, quand ça déborde, on se dit qu'on va nettoyer à toute vitesse... Le gros problème, c'est qu'il n'y a aucune anticipation. Tous ces problèmes sont là depuis longtemps. Ils n'étaient pas aussi énormes. Aujourd'hui, tout déborde. Le problème, à Mayotte, c'est ça. On n'a rien programmé, rien anticipé.
C'est un gros souci. Quand vous avez des années d'immobilisme et qu'il faut tout gérer à la dernière minute... - C.Roux: Est-ce qu'on peut aussi parler des autres urgences Du Premier ministre, à savoir le budget... Il va falloir prendre la parole devant l'ensemble des Français en disant qu'il va falloir dépenser de l'argent pour reconstruire Mayotte... - N.Mauret: C'est une urgence qui s'impose. Aujourd'hui, il y a des victimes, les gens qui n'ont pas d'eau, pas de quoi manger. C'est une urgence. Ca passe, heureusement.
- C.Barbier: On évoquait plusieurs dizaines de milliards... Je pense que c'est un peu exagéré. C'est un peu beaucoup. Il y a aussi la Nouvelle-Calédonie. En Nouvelle-Calédonie, on est à 3 milliards d'économie détruite. Il va falloir faire... - P.Coulombel: Sur l'aspect reconstruction, on est entre 1,5 et 2 milliards pour commencer à faire quelque chose d'un peu bien. Ca coûte cher, de construire là-bas. Quand même beaucoup de monde. - C.Roux: Question. - P.Coulombel: Un peu de tout. - C.Roux: L'idée, c'est de faire mieux? - P.Coulombel: Il y a des filières de reconstruction en train de se mettre en place. Du travail a été fait par l'Etat là-bas. Il ne faut pas le dénigrer, notamment sur les matériaux
et sur les unités de fabrication de briques en terre compressée. Il y a des choses qui se mettent en place. C'est fondamental. Ca évite de les importer. Derrière, il faut du ciment et de l'acier. Ca, il faudra l'importer. Il n'y a pas le choix. Que ce soit les tôles et l'acier pour les bétons... - C.Barbier: Toutes les constructions officielles, avec une construction opérée par l'Etat, ça entraînera un contrôle de la population qui viendra y habiter. A côté, il y a aussi des reconstructions sauvages et plus précaires. - C.Roux: Les ravages de Chido interviennent alors que la France n'a pas de gouvernement. On a un gouvernement démissionnaire. Pas de budget.
Une urgence pour le nouveau chef du gouvernement, F.Bayrou, qui consulte depuis ce matin à la recherche d'un attelage gouvernemental qui pourrait lui assurer un mandat, peut-être plus long que celui de M.Barnier. - C'est reparti pour un énième tour de consultations. F.Bayrou, installé à Matignon, doit maintenant constituer un nouveau gouvernement. Depuis ce matin, il reçoit les différentes forces politiques, à commencer par le RN. - M.Le Pen: Nous lui avons exprimé les souhaits de nos électeurs, le souhait de ne pas voir s'aggraver les problèmes de pouvoir
d'achat des Français, de s'attacher à apporter des solutions à la très grave crise sécuritaire qui secoue notre pays, ainsi que celle de l'immigration. - Qui acceptera de travailler avec le prochain gouvernement? Le PS est sceptique. - O.Faure: Nous étions prêts à gouverner en étant ouverts aux compromis. Nous sommes dans une position qui est elle-même ouverte aux compromis. Encore faut-il qu'un changement soit ouvert. De ce point de vue, nous sommes restés sur notre faim. Nous n'avons pas encore d'indications précises sur la façon dont le Premier ministre entend gouverner. - Le camp présidentiel ne commente pas. Les Républicains laissent planer le suspense. Du courage, il va en falloir à F.Bayrou
pour composer avec les exigences des uns et des autres. L'urgence est le budget. Ce week-end, l'agence Moody's a dégradé la note souveraine de la France en passant de Aa2 à Aa3. ... L'économie française sanctionnée. Pas surprenant, pour l'ancien commissaire européen, T.Breton. - T.Breton: La France est à l'arrêt depuis maintenant quasiment un an. On a 4 Premiers ministres qui se sont succédé. Les acteurs et les agences économiques sont à l'arrêt. Ils attendent de savoir s'ils vont investir ou pas. On a vraisemblablement un risque de restructurations important en nombre d'entreprises. La France est à l'arrêt. - Vendredi, lors de la passation de pouvoir, F.Bayrou a promis de s'attaquer à cet Himalaya. Selon ses propres mots, la dette, le nouveau Premier ministre en a toujours fait sa priorité. - F.Bayrou: J'ai même conduit des campagnes présidentielles sur ce thème. Tout le monde disait: "Il est complètement fou. On ne fait pas une campagne sur la dette." Je crois que cette question de déficit et de dette, c'est
une question qui pose problème, moralement. Ce n'est pas un problème financier seulement. C'est aussi un problème moral. Se débarrasser de ses charges sur ses enfants, c'est très mal vu. - Faute de budget, depuis 16h, l'Assemblée nationale examine le projet de loi spéciale pour permettre entre autres de lever les impôts, le service minimum pour continuer à faire fonctionner l'Etat. - En premier lieu, la loi spéciale ne peut pas modifier le code des impôts. Elle ne permet pas non plus de modifier le barème de l'impôt sur le revenu pour l'indexer sur l'inflation.
L'avis rendu par le Conseil d'Etat ne souffre d'aucune ambiguïté. - Conséquence: 180 000 foyers pourraient se retrouver imposés l'an prochain. - P.Moscovici: Ca ne veut pas dire qu'il faudra imposer des impôts Il faudra y revenir très tôt avec un nouveau projet de loi de finances. - Un président de la Cour des comptes qui rappelle l'urgence de voter un budget rapidement. Matin par F.Bayrou. - C.Roux: Question. - N.Mauret: Ce n'est pas une option. Quand on a une partie du territoire français anéantie, comme elle l'est, quand il y a des gens qui dorment dans la rue, quand ils n'ont plus à boire, plus à manger, qu'ils ne peuvent plus communiquer, c'est la priorité. Evidemment, oui. - C.Barbier: Il y a des fonds dans les budgets prévus pour ce genre de catastrophe, même si une catastrophe d'une telle ampleur, c'est assez rare.
Ce n'est pas seulement de la dépense, c'est aussi de l'investissement. Vous construisez des infrastructures et vous préparez la richesse de l'économie mahoraise. - C.Roux: Est-ce que vous vous dites à l'issue de ces consultations qu'il a trouvé la martingale, F.Bayrou? Dans ce collapse budgétaire et ce cyclone à Mayotte, toutes les urgences qui vont arriver... Est-ce que F.Bayrou va trouver une stabilité politique? - C.Barbier: Beaucoup de gens ont changé de ton. D'un côté, on parle d'un pacte de non-censure. De l'autre, M.Le Pen indique qu'ils ont été écoutés. Personne n'est sorti en claquant la porte avec une fin
de non-recevoir. - C.Roux: Question. Ce ministre démissionnaire arrivé à Mamoudzou a visiblement l'intention de rester. - C.Barbier: Il a été le premier ministre rencontré par le Premier ministre. Visiblement, c'était pour essayer de négocier son maintien à ce poste. C'est aussi un des rares ministres à avoir marqué son poste, en 99 jours. - C.Roux: C'est important qu'il y a un ministre qui se rende sur place? - S.Soula: Les gens ont besoin, même si ce n'est pas très long.
C'est symbolique. C'est un symbole fort. Les gens ont besoin, dans ces moments-là. Ils ont besoin qu'on leur demande s'ils vont bien, s'ils ont mangé, quel est leur état mental... Les gens ont besoin de le voir. - C.Roux: Question. - P.Coulombel: D'expérience, comment ça se passe? On reconstruit vite de bric et de broc ou on essaie des leçons de ce qui s'est passé? On va prendre des mauvais exemples. On a fait de l'habitat temporaire à Haïti, normalement pour 2 ans. En réalité, les gens sont toujours dedans. Les solutions de l'habitat temporaire, il faut éviter.
Ca coûte très cher et in fine, on fait du bidonville. La solution, c'est de faire du très temporaire et derrière, de taper sur de la construction définitive. Ce n'est pas avec le système classique français. Il faut mettre les gens dans la construction, faire de l'habitat construit en autoconstruction avec les gens, en les accompagnant avec des architectes, des ingénieurs et des gens de l'acte de construire pour les encadrer. Ca, on sait faire. - C.Roux: Avec Architectes de l'urgence, à ce stade, vous avez envoyé du matériel? - P.Coulombel: Pas encore. Il faut que ça s'organise.
On a beaucoup de stocks. C'est notamment pour faire des couvertures temporaires. C'est des bâches, des toiles de tentes, des choses qui peuvent servir pour que les gens soient au sec. C'est pour la 1re urgence. - C.Roux: Question. C'est ce que vous craignez? - S.Soula: C'est un gros risque. Dans ce chaos, c'est très facile. Ca s'est passé en Nouvelle-Calédonie, malgré tout. Il y a des pillages. On ne peut pas empêcher les gens d'aller piller, profiter du désordre.
Ca existe partout. - C.Roux: C'est classique. - P.Coulombel: Au Chili, en 48 heures, vous avez des pillages organisés alors que c'est un pays... Il y avait eu un séisme, les pont étaient coupés... C'est comme ça. - C.Roux: Question. - P.Coulombel: Il aurait fallu poser la question aux ministres. Ils ont laissé faire. C'est un choix politique qui a été fait. Il y a 2 solutions: soit vous fournissez un logement, soit vous dites qu'il y a un problème. On a un énorme problème politique qu'il va falloir régler. Est-ce qu'on va continuer sur des afflux de population? Comment gérer ça et comment amener les Comores à bien fonctionner? Si on dissocie les 2 choses... Derrière ça, c'est du miel pour les gens de l'extrême droite. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Il y a déjà quelques dérogations aux règles fiscales,
pas assez pour en faire un paradis fiscal ni un paradis à touristes. C'est compliqué, en termes logistiques, d'avoir ce dont peuvent profiter des îles comme l'île Maurice ou les Seychelles. - S.Soula: On n'est pas dans la configuration où on veut faire des choses touristiques, un endroit paradisiaque. - C.Roux: Il n'y a pas de touristes, à Mayotte? - S.Soula: Le tourisme est très faible. C'est embryonnaire. Il y a peu de progrès. Les gens sont de la survie. Ils veulent pouvoir dormir dans un endroit décent, manger correctement et être tranquilles. Les Mahorais ne sont pas tranquilles. C'est tout le temps l'angoisse. "Est-ce que je vais pouvoir passer la nuit sans qu'on pille, amener mon enfant à l'école?" C'est des choses du quotidien. Les gens ne sont pas en train de se faire des films en disant qu'ils veulent ressembler à l'île Maurice ou aux Seychelles. Ils veulent juste vivre. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Le Mozambique et la Tanzanie ont été contactés. La France a les moyens d'organiser un pont aérien. Elle a le matériel. C'était plus une présence diplomatique. - C.Roux: Question. L'aide a du mal à être acheminée.
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François Bayrou