Christophe Béchu : « On est peut-être rivaux mais pas ennemis »
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Bonjour Christophe Béchut.
Bonjour, bienvenue.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Edouard Philippe, qui est dans le viseur de la justice, le parquet national financier, ouvre une enquête pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt au Havre, dont il est maire. L'effet présumé remonte à 2020, fait contester par Edouard Philippe, désormais lancé dans la campagne présidentielle. Et nous allons donc en parler avec vous, Christophe Béchut, maire d'Angers, secrétaire général d'Horizon et directeur de la campagne d'Edouard Philippe. Une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest-France.
Le parquet national financier qui demande donc l'ouverture de cette information judiciaire. Comment réagit Edouard Philippe ?
Avec beaucoup de sérénité, parce que j'allais dire qu'il n'y a rien de nouveau. C'est une vieille affaire, vous venez de le rappeler par rapport aux dates, et avec une soi-disant danseuse d'alerte qui, parce qu'elle s'est constituée partie civile, quand vous vous constituez partie civile, il y a automatiquement un nouvel acte de procédure, et c'est cet acte de procédure qui a été annoncé hier par le parquet national financier. Je rappelle qu'il y a eu près de deux ans d'enquête, avec le fait d'essayer de trouver les traces de ce que cette dame a été susceptible d'avancer, qui n'ont débouché sur rien, et c'est la raison pour laquelle elle a relancé la procédure.
L'ouverture d'une enquête, c'est que ça n'a pas forcément débouché sur rien, sinon il n'y aurait pas l'ouverture d'une enquête.
L'ouverture d'une enquête, elle est consécutive au fait de vous constituer partie civile, et donc il y a eu un nouvel acte de procédure par la plaignante, déplorant manifestement sans doute que la justice, justement, n'ait rien trouvé, et donc en posant un nouvel acte disant « je me constitue partie civile », vous avez l'obligation, la justice a l'obligation à ce moment-là, d'ouvrir une nouvelle phase judiciaire, c'est juste ce qui s'est passé.
On ne le dit pas assez, mais c'est automatique en fait, donc ça déclenche un acte, c'est la procédure. Ceci dit, ça intervient à un moment qui est quand même compliqué. Là, on est en plein, dans le début de la campagne, ou la future campagne d'Edouard Philippe, la concordance des temps est mauvaise pour lui.
C'est vrai, mais j'ai deux réflexions par rapport à ça, M. Verney. D'abord, la concordance des temps, globalement, cette affaire est mauvaise depuis le début. C'est au moment où Edouard Philippe lance son parti politique que « oh, on va surgir une plainte ». Aujourd'hui, la campagne s'accélère, hop, la plainte est, entre guillemets, remise sur le devant de la scène.
Mais qu'est-ce que vous voulez dire ?
Ce que je veux dire, c'est qu'on est entré aussi dans un temps où il y a une forme de judiciarisation de la vie politique, où vous avez des dépôts de plainte dont on parle toujours plus que des non-lieux qui arrivent à la fin des process, et souvent, les débuts de procédure judiciaire arrivent dans des moments qui ne sont pas des moments politiquement neutres. On verra. Ce que je veux dire, c'est que je pose juste le fait qu'il y a eu une relance au début du mois de mai dans un contexte qui était consécutif aux élections municipales. Je n'accuse pas, je constate.
Et je constate encore une fois que dans cette affaire, mais comme dans beaucoup d'affaires qui peuvent viser des politiques, il peut y avoir aussi des plaignants qui jouent avec un calendrier électoral ou politique et qui font en sorte, et à la limite, je peux les comprendre, mais d'utiliser des moments politiques pour avoir des caisses de résonance sur les plaintes qu'il dépose.
Vous êtes son directeur de campagne. Est-ce qu'aujourd'hui, néanmoins, Édouard Philippe est un candidat à la présidentielle affaibli ?
Très sincèrement, absolument pas. Encore une fois, il n'y a rien de nouveau. C'est une affaire qui date d'il y a 7 ans. Vous en avez déjà parlé sur les plateaux, dans les journaux, à la radio au cours de ces dernières années. Les électeurs au Havre, qui l'ont largement reconduit, en ont y compris entendu parler, parce que ça a pu être instrumentalisé par une partie de ses adversaires. Il n'y a rien de nouveau sur ce sujet. Il n'y a pas d'enrichissement personnel. La mise en cause, ce serait sur le fait qu'une délibération n'aurait pas dû être votée.
Mais on est sur quelque chose qui, encore une fois, non seulement ne nous trouble pas, mais n'affecte pas la sérénité d'Édouard Philippe, qui aura l'occasion, comme il l'a toujours fait, de répondre aux questions qui lui seront posées, qu'elles soient posées dans le cadre de la justice ou qu'elles soient posées dans le cadre des médias pour lesquels il y aura des occasions dans les prochains jours de s'exprimer.
– Donc il va s'exprimer dans les prochains jours ?
– Il me semble qu'il a effectivement à son agenda des rendez-vous médiatiques qui sont prévus d'ici la fin de cette semaine. – Lesquels ? – Je ne vais pas vous donner le nom de vos confrères ou de vos consoeurs. – Il va s'exprimer quand ? – Je vous trouve bien curieuse, Yann Monsigny. – Évitez-le, moi ce que je peux vous dire, c'est qu'à ma connaissance, il a des rendez-vous médiatiques prévus au cours de ses prochains jours. Mais je crains que je ne fasse pas effectivement…
– Vous êtes son directeur de campagne, et là vous vous retrouvez néanmoins à devoir expliquer, justifier quelque part cette mise en cause. Est-ce que ça va changer la tournure que prend la campagne d'Édouard Philippe ? Au moins à l'instant T.
– Mme Monsigny, moi je suis un garçon bien élevé. On me pose une question, j'y réponds. Vous décidez de m'interroger sur le PNF, je vous réponds sur le PNF.
– Non mais c'est l'actualité d'Édouard Philippe.
– Mais je suis en train de vous dire, si vous souhaitez qu'on parle de sujets écologiques, de sujets politiques, de la présidentielle, je le ferai. Ça n'est pas la question que me posent ni les adhérents d'Horizon, ni les gens que je rencontre au cours de ces dernières semaines. C'est bien plutôt, quels sont les points de programme sur lesquels Édouard Philippe va nous mobiliser ? Quel va être le cap qu'il va proposer au pays ?
– Mais si vous soupçonnez une politisation de l'affaire, ça veut dire que vous imaginez que les adversaires politiques d'Édouard Philippe vont se servir de l'ouverture de cette enquête ?
– Je suis en train de vous dire, Mme Mancini, que c'est une affaire ancienne, dans laquelle il n'y a rien de nouveau, avec une ouverture d'une phase qui est automatique à partir du moment où vous avez des actes qui ont été posés, et je ne crois absolument pas au fait que cette histoire va prospérer d'une quelconque manière, dans les jours et dans les semaines qui viennent, compte tenu de la sérénité, de la clarté, de la transparence qui a été faite, et au Havre, et par Édouard Philippe sur ce sujet.
– Mais pardon, ça peut être… – Maintenant, on est quelques heures après cette annonce, donc ce matin… – Oui, mais ça ne peut pas être l'épée de Damoclès au-dessus de la campagne d'Édouard Philippe ?
– Mais ça ne sera pas le cas.
– Mais comment vous pouvez l'affirmer ?
– Mais parce que tout simplement, encore une fois, ça fait 7 ans. Donc moi, ma question, c'est comment est-ce que vous, vous pouvez affirmer que ce sujet va être une épée de Damoclès, alors même que dès ce matin, ce n'est plus le premier titre, dans les journaux ou sur les matinales, parce que c'est du réchauffé et que passé l'effet d'annonce, il y a une ouverture, quand on s'est rendu compte que c'était la même histoire qui revenait il y a des années, merci de le souligner. Il n'y a pas eu de décision de justice, il n'y a pas eu de mise en cause formelle, il n'y a pas de fait qui est fait aujourd'hui l'objet d'une date d'audiencement, etc.
Il y a un dépôt de plainte, avec une constitution de partie civile, donc il y a une enquête. Très bien, ça permettra que les choses soient transparentes.
– Moi, j'ai une question pour le directeur de campagne d'Édouard Philippe, vous avez parlé de points de programme, de cap, ce sont les questions que vous posent les militants horizon et vos électeurs. Édouard Philippe, on s'attendait à ce qu'il présente son grand projet pour la France juste après les municipales. Là, aujourd'hui, le calendrier, c'est un grand meeting de lancement de campagne le 5 juillet. Pourquoi est-ce qu'il y a autant de retard à l'allumage ? Il fait partie des gens qui se sont déclarés très très tôt, et en fait, on a l'impression qu'il tarde énormément à entrer très concrètement en campagne. C'est une stratégie derrière ? Il y a un problème ? Il n'est pas prêt ?
Qu'est-ce qui se passe ? D'abord, M. Vernet, merci de souligner le fait
qu'il n'a pas fait semblant d'hésiter à être candidat, faire savoir dans un pas de deux, etc. Il a dit très tôt, dans un calendrier qui même parfois a surpris, sans aller réunir une espèce de kermesse à flonflon, pour dire figurez-vous que j'ai décidé d'être candidat avec les applaudissements qui arrivent sur un truc qui est attendu depuis tout le monde. Il a, de manière très sobre, assumé le fait qu'il se préparait pour l'élection présidentielle et qu'il envisageait d'être candidat pour proposer un cap au pays en 2027. Ça, ça a déjà eu lieu il y a plusieurs mois. Et donc, on n'est pas dans un lancement de campagne.
Il y a quasiment deux ans. Mais ça fait deux ans qu'il nous promet un projet massif. Il est où, le projet massif ?
Je vous découvre d'une impatience ce matin, Oriane, qui me surprend. Je reviens. Rassurez-vous. Ça, c'est la première chose. La deuxième, c'est que 2027, c'est 2027. Ce qui s'est passé depuis deux ans, avec la dissolution. Vous en conviendrez avec moi. Un agenda parlementaire particulièrement bousculé. Pas de majorité. Des difficultés à faire voter un budget. Des gouvernements qui ont tenu six mois. Un socle commun qui s'est constitué, fissuré.
Et avec des sujets au quotidien qui ont été de surcroît, relayés par des sujets internationaux, qui fait qu'aujourd'hui, le premier sujet de préoccupation, que ce soit des habitants dans ma ville ou des Français, c'est le prix à la pompe, c'est la question de l'inflation. Ce n'est pas au fait qu'elle sera la nature du programme présidentiel.
Venir devant les Français en disant, voilà dans le détail ce que je vais vous proposer dans un an, je pense que c'est faire une faute de temps, lancer les thèmes dans le débat, faire en sorte de les prendre à témoin, aller à leur rencontre, sans les tromper, en disant qu'on vient les rencontrer, qu'on fait un tour de France des sous-préfectures, qu'on va leur rencontrer des... C'est ce qu'il est en train de faire, y compris pour aller puiser des idées, repérer des innovations, entendre ce que peuvent être des bonnes idées, saluer des agriculteurs.
C'est une question de timing. Il faut trouver le bon tempo, c'est le début de l'été ? C'est le 5 juillet ?
Le bon timing, c'est que cette élection présidentielle, elle va commencer à l'automne. Si on se dit les choses de manière claire, le 7 juillet au soir, parce que ce sera le soir du verdict, du procès concernant les assistants parlementaires et le Parlement européen, on saura quel est le candidat du RN, qui est celui qui endosse le costume de favori, si on en croit les sondages. Tant qu'on n'est pas le 7 juillet, le casting n'est pas stabilisé. Mais qui a lancé la campagne présidentielle
il y a deux ans, si ce n'est Édouard Philippe ?
Et le moment où réellement les choses se poseront, ce sera effectivement à la fin de l'été, où là on entrera dans une phase où tout le monde sera tourné vers la présidentielle. Je me permets de vous dire que, bien avant Édouard Philippe, d'autres ont commencé à être candidats à l'élection présidentielle de 2027 quasiment dès le soir de la présidentielle de 2022. Que ce soit M. Mélenchon ou que ce soit Marine Le Pen, vous ne me ferez pas croire qu'ils ne sont pas, eux, entrés en campagne présidentielle dès le lendemain du début du...
Le premier qui a dit « Je serai candidat à la présidentielle de 2027 », c'est Édouard Philippe. C'est vrai. C'était en septembre 2024.
En toute transparence
et en toute honnêteté avec les Français. Pas trop tôt ? Parce que vous dites « Faute de temps, on est trop impatients ». Je ne crois pas.
Ce que je crois, c'est que la politique...
On n'était même pas à la moitié du quinquennat que lui, il a annoncé qu'il serait candidat à la présidentielle en 2020.
Il a annoncé qu'il se préparait et qu'il serait candidat. Et je vais vous dire, dire aux Français autre chose que ce que vous faites, c'est qu'ils sentent que vous êtes insincères. Quand à un moment, vous créez un parti politique en 2021 pour dire « Je ne serai pas candidat à l'élection de 2022 ». En revanche, je me mets en situation de préparer un cap au pays parce que le non-cumul des mandats a brisé et cassé une partie du lien avec les maires et on en a besoin. Parce que sur le régalien, on n'a pas été suffisamment ferme au cours du premier quinquennat d'Emmanuel Macron. Parce qu'il y a besoin de remettre de l'ordre dans les comptes.
Parce qu'il faut, autour d'un discours de protection, préparer l'avenir de nos enfants et de nos petits-enfants face à des vertiges du monde qui peuvent être démographiques, qui peuvent être technologiques et qui nécessitent du temps pour penser, pour se préparer, pour comparer ce que d'autres pays sont en train d'essayer de trouver face à des réponses qui sont angoissantes pour toute une partie de la population.
Pour marquer aussi la rupture avec Emmanuel Macron, c'est pour ça qu'il s'est déclaré aussitôt ?
Ça fait partie évidemment des raisons pour lesquelles il a créé un parti politique au lieu de rejoindre En Marche au Renaissance. C'est parce qu'il y avait ces différences, ces divergences d'approche sur la conception de ce que pouvait être la présidence du pays. Mais encore une fois, s'il avait une obsession présidentielle, il aurait pu, avec des sondages flatteurs, être candidat dès 2022. Ce n'est pas le choix qu'il a fait parce que l'idée n'était pas d'ajouter du chaos au chaos dans un moment qui était compliqué et avec déjà un risque populiste qui existait.
En revanche, on ne peut pas se résigner à se dire que tout à la fin, on a un concours de beauté ou un casting dans la dernière ligne droite et reproché, entre guillemets, à des femmes ou à des hommes politiques de préparer une campagne de loin, de la penser, d'aller à la rencontre des Français, d'essayer de creuser des idées nouvelles. C'est ce que nous faisons.
François Béchou, il a aussi créé un parti politique, Horizon, pour s'appuyer sur les élus locaux. C'était l'ambition initiale d'Horizon, de s'appuyer sur les maires. Dimanche, c'est Gabriel Attal qui a sorti un appel de 500 maires et élus locaux en faveur de sa candidature à la présidentielle. C'est quand même un coup dur pour vous.
D'abord, j'ai beaucoup d'amitié pour Gabriel Attal, j'ai beaucoup d'amitié pour les signataires de cette tribune. Mais la vérité m'oblige à vous dire que ce ne sont pas 500 maires, ce sont 500 élus locaux. Par exemple, 4 conseillers municipaux de ma propre ville, il y a donc bien 4 élus d'Angers, mais il n'y a aucun maire d'Angers dans les signataires par exemple de la tribune en question. Donc le chiffre de 500... C'est quoi un effet
de communication ?
Bien sûr, il faut lui reconnaître dans ce domaine un certain talent et je suis le premier à le reconnaître.
Mais est-ce que vous aussi vous allez publier une tribune des maires en faveur d'Henor Philippe ?
Si nous le faisons, nous aurons besoin d'un peu plus de place dans le journal que la place qui a été occupée. Parce que si on applique le même principe qui consiste pas seulement à faire signer nos maires, on n'a plus de 500 maires, je ne parle que des maires. Si on y ajoute les conseillers municipaux, ce sont des milliers de signataires. Il n'y a pas d'ancrage local réel de Renaissance à l'exception de belles victoires de Thomas Cazenave à Bordeaux, d'Antoine Armand à Annecy qui sont des amis, mais qui sont des victoires collectives avec des chefs de file Renaissance, mais de listes d'union dans lesquelles il y avait par exemple des amis d'Horizon, du Modem, ou d'ailleurs.
C'est aussi le cas pour les victoires des maires Horizons.
Bien entendu. Mais ce que je veux dire, c'est que si vous comparez nos effectifs, et ce n'est pas le sujet qui intéresse les Français, Renaissance n'arrivera pas à faire croire qu'il est le parti des îles de cause. Ça ne correspond ni à son histoire ni à sa réalité. Ils ont d'autres qualités. Et moi, j'ai la faiblesse de penser qu'on est complémentaires dans le bloc central et on est clairement dans la com'.
Mais vous ne craignez pas que l'ouverture de l'enquête donne un avantage à Gabriel Attal ?
Absolument pas. Vous parliez de la dernière ligue de droite tout à l'heure, le bloc central. Il y a le fameux comité de liaison qui a été créé à la mi-avril dont vous faites partie. Vous représentez Horizon dans ce comité de liaison. C'est quoi la stratégie ? Vous attendez le début de l'année 2027, janvier ou février, pour décider si, oui ou non, il y a un rassemblement autour d'une seule candidature de l'ancien camp présidentiel. Et si oui, comment on le choisit ? D'abord,
tout le monde a conscience, et j'allais dire pas seulement dans ce comité de liaison, qu'il y a un scénario qui n'est pas de la politique fiction et qui est qu'à la fin, s'il y a trop d'émiettement... C'est d'avoir Jean-Luc Mélenchon contre Jordan Bardella... C'est de se retrouver avec un Mélenchon Bardella ou un Mélenchon Le Pen en deuxième tour de l'élection présidentielle et un sacré cauchemar pour des quantités de républicains modérés se disant comment je choisis entre deux formes de populisme qui soufflent de manière différente mais sur les braises de la division du pays, qui joue sur le chaos et qui se réjouissent de ces problèmes plutôt que de proposer...
Ça, ce sera le déclencheur du rassemblement ou pas rassemblement, c'est ça ?
Ce que je veux dire, c'est que ça, c'est quand même globalement la boussole qui fait que tout le monde se dit qu'on a une part de responsabilité et il faudra quoi qu'il arrive être capable de se rassembler. En revanche, aujourd'hui, il y a pléthore d'ambitions et elles sont légitimes et on n'est pas nous qualifiés pour aller dire toi, tu n'as pas le droit d'être candidat. En démocratie, il y a à la fois une liberté, il y a un process qui est prévu qui fait que vous devez trouver des parrainages et des signataires, pas 500 élus, 500 maires, que vous devez faire en sorte de pouvoir vous faire accompagner budgétairement, etc.
Bref, quand je pose ça, aujourd'hui, il y a plusieurs candidats possibles dans ce segment, dans ce bloc, on se parle, une primaire, elle n'est ni possible ni souhaitable. Pardon,
mais qui se parle ? Les discussions, elles vont d'où à où ?
On a un comité de liaison qui globalement réunit le Modem, Renaissance, l'UDI, Horizon et le Parti Radical. Je vous confirme, j'aurai l'occasion, pas plus tard que la semaine prochaine, de déjeuner avec le secrétaire général de LR. Ça réunit en gros les secrétaires généraux des différentes familles, ce comité de liaison, et puis en parallèle, j'ai avec Otman Nasrou, qui est le secrétaire général des Républicains, nous instaurons aussi un cycle de dialogue à partir de la semaine prochaine pour continuer à se parler. Donc vous réfléchissez
à une candidature commune qui aille jusqu'à Bruno Retailleau ?
Ce n'est pas une candidature commune à ce stade, c'est se parler exactement comme nous l'avons fait pour les élections municipales.
Mais pour aboutir à un seul candidat.
Pour faire en sorte qu'en fonction des endroits, ce soit le mieux placé qui puisse être candidat. Ce qu'on a fait pour les élections municipales, notre souhait, c'est d'être dans un chemin qui nous permette à terme de faire la même chose. À court terme, c'est d'abord un moyen d'éviter les noms d'oiseaux et d'oublier qu'on est peut-être rivaux mais qu'on n'est pas ennemis. Et qu'à la fin, on aura vocation et à se retrouver une campagne présidentielle. Toujours. C'est un moment de recomposition politique.
On va s'adresser à l'ancien ministre de la Transition écologique et maire d'Angers. Hier, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement d'engager une concertation sur une consigne sur les bouteilles en plastique afin de réduire l'usage du plastique en France. Les collectivités s'opposent à cette solution. Vous l'avez vu même enterré en 2023 lorsque vous étiez ministre. Comment vous réagissez à l'annonce du chef de l'État ?
Une concertation n'est jamais une mauvaise chose. On est sur un début de mandat municipal et je pense que c'est bien d'avoir cette concertation avec les élus. En revanche, pour moi, la consigne, elle a tout d'une fausse bonne idée ou en tout cas de quelque chose qui peut se retourner y compris contre ses objectifs écologiques. On est sur un taux aujourd'hui de collecte de ces bouteilles en plastique pour les recycler qui est un peu supérieur à 50% quand nous devons aller vers 90. Sauf que derrière ce chiffre, il y a des réalités hyper différentes. Vous avez des territoires presque tous ruraux qui sont déjà à 85 ou à 90% et qui atteignent déjà les standards européens.
Puis vous avez les territoires urbains Paris, Grenoble, Lyon, Marseille, très en retard et qui sont plutôt aux alentours des 40-45%. Dire, regardez, on a un taux moyen qui n'est pas bon, c'est scandaleux, il faut qu'on change le système, c'est oublier que dans ces territoires, en particulier ruraux, les collectivités locales ont fait les investissements dans les centres de tri, ont rendu partout la collecte sélective effective et donc que demain, on va leur dire puisque le taux national n'est pas bon, on va vous reprendre un gisement qui aujourd'hui nous permet d'amortir une partie de nos dépenses pour le passer au privé parce qu'il y a des gens qui n'ont pas fait le job. Premier sujet.
Deuxième sujet, comment ça fonctionne ? J'achète une bouteille en plastique que je vais donc payer plus cher avec une inflation au début parce qu'il va falloir augmenter le prix de la bouteille de 15 à 20 centimes pour que vous puissiez en récupérer 10 ou 15 à la fin. Il y a un delta entre les deux parce qu'il faut bien financer la chaîne. Mais le vrai problème, ce n'est pas l'inflation que ça apporte, ce qui peut quand même être un sujet dans le contexte qu'on est en train de vivre, c'est que le seul endroit où vous mettez le déconcilieur, l'endroit où vous rapportez votre bouteille, c'est sur les parkings de supermarchés avec un risque.
Pointez-la pas par les élus locaux, par les fédérations commerciales, par les acteurs du commerce en ville disant attention, vous allez pousser les gens à aller sur les parkings des supermarchés avec leur voiture pour aller ramener leurs bouteilles. Quand ils y seront, ils vont faire leur course. Et donc, vous allez accélérer une situation, un phénomène qu'on constate déjà dans lequel aujourd'hui, on a des commerces de centre-ville ou de centre-bourg qui souffrent. Donc, quand vous prenez ces deux éléments-là, vous vous dites que derrière un objectif, il y a un sujet, je termine par l'écologie.
Le souci de la consigne pointée par un certain nombre d'associations, c'est de dire si quand je ramène ma bouteille en plastique, on me donne de l'argent, ça veut dire que j'aurai le sentiment que j'ai fait un acte écolo. Or, le vrai sujet, ce n'est pas comment on recycle plus de plastique, c'est comment on en diminue l'usage. Et en fait, vous vous accoutumez à une partie de la population qui se dit c'est positif puisqu'on me donne de l'argent quand je rapporte ma bouteille, donc il faut que je continue à en acheter.
Donc, vous vous y opposez.
Donc, mauvaise idée pour Emmanuel Macron
d'avoir déterré cette affaire de consigne.
Super, s'il y a une concertation pour une raison, c'est que je partage l'idée du ministre Mathieu Lefebvre, le statu quo n'est pas possible. En revanche, je plaide pour quoi ? Je plaide pour que le milliard, milliard et demi de pénalités que nous versons à l'Europe, on arrête de le payer sur le plan national et qu'on le fasse payer aux territoires qui sont en deçà des chiffres. Vous ne pouvez pas à la fois...
Donc au maire,
donc aux collectivités, donc à Paris, et à Lyon, les villes que vous avez cités. Je suis pour la responsabilité. Le territoire qui a fait les investissements, qui a financé un centre de tri, qui assure une collecte toutes les semaines, il n'est pas normal qu'indirectement aujourd'hui, les habitants de ce territoire en tant que contribuables nationales payent alors qu'ils sont déjà à 90% de recyclage. Et demain, je considère qu'on devrait faire ce qu'on appelle la critérisation. On ouvre les sacs. C'était l'engagement qui avait été pris au moment où nous avons décidé de ne pas faire la collecte. On ouvre les sacs. Mais pas pour faire payer
comme investisse aux collectivités, ça va coûter cher.
On regarde quel est le pourcentage de bouteilles plastiques qui ne sont pas recyclées et donc quel est le taux de collecte et en fonction de ça, on répartit les choses. Je vous signale qu'il était théoriquement prévu d'avoir une taxe sur le plastique à 30 euros la tonne qui devait justement au fur et à mesure être capable de couvrir ça et qu'elle a été arrêtée par les députés en considérant dans le cadre de l'examen budgétaire que c'était de l'écologie punitive. Le plastique, c'est à la fois un problème pour notre environnement, c'est un problème pour la faune, c'est un problème pour la flore, c'est un problème pour les océans.
Au rythme où nous allons, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans. 10 secondes,
Christophe Béchut, ça va coûter cher au camp Macroniste pour les sénatoriales ? Ce n'était pas le moment de se mettre les mers à dos ?
On est dans une phase de concertation. Encore une fois, je ne critique pas la concertation, on est au début d'un mandat municipal, je dis attention, ça a tout de la fausse bonne idée.
Merci Christophe Béchut, merci beaucoup d'avoir été notre invité. Stéphane,
sur la plateforme Public Sénat.
Christophe Béchu