Entretien d'actualité n°85 - 29/11/2019
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 26 %Attaque 54 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
L'armée française a été endeuillée par 13 soldats morts au Mali. Quelle est votre réaction ?
- 11:56OuverteRéponse directe
Pour rester sur le sol africain, que pensez-vous de l'expulsion de l'ambassadeur de l'UE au Bénin ?
- 17:31OuverteRéponse directe
L'un des arguments favoris des européistes est que l'UE est indispensable pour faire contrepoids à la Chine. Qu'en pensez-vous ?
- 42:17OuverteRéponse directe
Nous venons d'apprendre que la commission Juncker vient de se terminer. Pouvez-vous nous expliquer comment ?
- 45:03OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y aurait quand même au moins une bonne nouvelle dans toutes ces actualités ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:01Invité politiqueChiffre
« Depuis que la France est présente au Mali, suite au développement sur place des troubles au Mali, sur lesquels je reviendrai dans un instant, on compte désormais 38 victimes. »
- 4:25Invité politiqueFait
« La dégradation de la situation remonte... Il y a un fait générateur, qui est l'ingérence française qui a eu lieu en Libye lorsque le Britannique (NDLR : David Cameron) et le Français Nicolas Sarkozy sont intervenus dans l'opération « regime change », pour en fait mettre à bas le régime de Kadhafi en Libye : la Jamahiriya de Kadhafi. »
- 5:08Invité politiqueFait
« Il y avait plus de 70% de la population libyenne qui avait fui son pays, alors que la Libye, du temps de Kadhafi... Que l'on aime ou que l'on n'aime pas le régime de Kadhafi, c'est autre chose. Mais c'est un fait objectif que la Libye était un des pays les plus riches d'Afrique sous Kadhafi. »
- 5:48Invité politiqueFait
« Il y a une montée de la haine anti-française dans les populations locales. Il faut le savoir. Alors qu'il y a 30 ou 40 ans... C'était un régime paternaliste que la France avait maintenu, régime néocolonial. Mais il y avait quand même une certaine affection pour la France. »
- 6:32Invité politiqueFait
« Les troupes françaises qui sont envoyées en opex, comme on dit, c'est-à-dire en opération extérieure, de façon générale et dans la région en particulier, n'ont plus le niveau d'entraînement qui est suffisant pour mener à bien leurs opérations, et ceci depuis les années 2000. »
- 7:13Invité politiqueFait
« Les matériels majeurs qui sont utilisés en opérations, justement, n'ont plus le niveau de disponibilité technique opérationnelle – ce que les spécialistes militaires appellent la DTO – suffisante. Ceci est dû au fait que, là aussi, les restrictions budgétaires sont ce qu'elles sont. »
- 10:33Invité politiquePromesse
« Pour ce qui concerne l'UPR, j'ai toujours dit que lorsque nous arriverons au pouvoir, notre objectif sera de rapatrier le maximum de troupes françaises dans les théâtres d'opération où elles n'ont rien à faire. »
- 22:19Invité politiqueFait
« Cette maison d'édition avait une très bonne réputation non seulement auprès des chercheurs français, mais aussi auprès des chercheurs du monde entier. »
- 22:58Invité politiqueChiffre
« La transaction a été menée pour 12 millions d'euros. »
- 38:13Invité politiqueFait
« Il y a – je le répéterai toujours et sans cesse – l'article 63 du TFUE qui interdit tous les contrôles (aux échanges, aux mouvements) de capitaux. »
- 38:54Invité politiqueFait
« Les contraintes budgétaires considérables fixées par l'UE, qui font que les pouvoirs publics n'ont jamais trois francs, six sous. »
- 43:38Invité politiqueFait
« M. Moscovici, le commissaire français, a été un peu une espèce de bouquet final – comme on dit dans un feu d'artifice – sur cette affaire, puisqu'il a dénoncé les politiques de 8 États, qui contreviennent aux directives européennes, voilà, quant à leur budget pour l'année 2020. »
- 45:44Invité politiqueChiffre
« Il manque en gros 200, 250, 300, 350 millions d'euros pour entretenir globalement les routes nationales non concédées. »
- 47:08Invité politiqueChiffre
« Il y a, d'après les rapports du Sénat, d'après le rapport récent de l'Assemblée nationale... Il manque en gros 200, 250, 300, 350 millions d'euros pour entretenir globalement les routes nationales non concédées. »
- 49:08Invité politiqueFait
« L'État étant désargenté, il est obligé de parer au plus pressé, de répondre à telle ou telle catégorie socioprofessionnelle lorsque c'est en train de virer à l'émeute. »
- 52:38Invité politiqueChiffre
« Il est sorti récemment des informations selon lesquelles il y aurait des fraudes aux aides sociales pour des montants tout à fait considérables. Alors les montants les plus énormes prolifèrent sur la question. De la même façon, on parle de 40 milliards d'euros – c'est des sommes absolument colossales – de fraude aux aides sociales. »
- 58:12Invité politiqueFait
« toutes ces parlottes organisées dans tous les partis politiques. Il y a des partis comme ça qui font des odes à : « Au fait, il faut avoir des idées », hein. Ça, c'est sur l'air des lampions : on va lancer des boîtes à idées, on va avoir des idées. »
- 58:54Invité politiqueFait
« Ces gens-là, eh ben d'un seul coup découvrent qu'ils n'auront en fait plus aucun pouvoir. C'est ça, finalement, la bonne nouvelle. »
- 59:30Invité politiqueFait
« Ils vont peut-être commencer à s'intéresser aussi aux directives, comme tous ceux qui parlent d'immigration sans vérifier la directive du 22 septembre 2003 qui précise par exemple que le regroupement familial, désormais, est obligatoire et imposé par l'UE, hein. »
- 1:00:12Invité politiqueFait
« La deuxième bonne nouvelle, quand même... Et là, je voudrais insister avec plaisir. C'est ce qui se passe outre-Manche. »
- 1:01:32Invité politiqueFait
« il y a une adhésion encore plus forte du peuple britannique, qui désormais est massivement, majoritairement en faveur du Brexit. »
- 1:02:16Invité politiqueFait
« Nigel Farage a bien compris que rien ne serait pire que le fait que, présentant des candidats, il fasse baisser le nombre de voix... Enfin il divise le nombre de voix favorables au Brexit, et que ce soit au profit des travaillistes. »
- 1:02:58Invité politiqueFait
« des rumeurs insistantes d'antisémitisme à l'encontre de Jeremy Corbyn sont réapparues. Pas forcément contre lui-même, mais contre un certain nombre de ses députés, qui auraient ici ou là fait des propos, tenu des propos, des déclarations non seulement anti-israéliennes ou antisionistes, mais carrément antisémites. »
- 1:03:43Invité politiqueFait
« Jeremy Corbyn a présenté un programme d'ultra-gauche, en proposant des nationalisations tous azimuts, en proposant d'augmenter considérablement le niveau de vie des Britanniques, d'augmenter de façon très importante les salaires. »
- 1:04:27Invité politiqueFait
« si on regarde ça à la loupe, il est très probable que la grande majorité de ces décisions, qu'une majorité de ces décisions seraient tout simplement contraire aux traités européens »
- 1:05:04Invité politiqueFait
« la City londonienne aurait désormais encore plus peur du programme de Jeremy Corbyn que du Brexit. »
- 1:05:49Invité politiqueFait
« il s'agit d'élections majoritaires à un seul tour et que, dans chaque circonscription, c'est celui qui arrive en tête qui devient député, même s'il n'a pas 50% des suffrages. »
- 1:06:28Invité politiqueFait
« Le Parti libéral-démocrate, qui est un parti ultra-européiste, eh bien ne perce pas. Ce qui témoigne que tout ce que l'on a pu raconter aux Français sur le fait que les Britanniques se mordraient les doigts, pour l'instant, on ne le voit pas dans les sondages. »
- 1:07:11Invité politiquePromesse
« nous appelons à manifester le 5 décembre avec l'ensemble des syndicats et certains autres partis politiques d'ailleurs, à manifester le 5 décembre, non seulement pour les retraites, pour le maintien des régimes spéciaux de retraite »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
{Bienvenue à toutes et à tous. Nous sommes le vendredi 29 novembre 2019. Et nous nous retrouvons pour l'entretien d'actualité n°85 de François Asselineau. François Asselineau, bonjour. Nous allons passer tout de suite à la première question. L'armée française a été endeuillée par 13 soldats morts au Mali. Quelle est votre réaction ?} Eh bien bonjour à toutes et à tous, et merci d'être fidèles à ces entretiens d'actualité. La vérité m'oblige à dire que le dernier entretien d'actualité de la même forme datait du 1er octobre.
Donc il s'est écoulé près de 2 mois entre l'EA84 et l'EA85, parce que nous avons entre-temps testé des nouvelles formules, avec des tailles plus petites d'entretiens, enfin d'interventions, qui duraient entre 10 minutes et 25 minutes. Ça a eu un certain succès, mais un certain nombre d'entre vous ont réclamé qu'on revienne aussi aux entretiens d'actualité. Ce qui prouve au passage que – voilà – il faut de tout pour plaire à tout le monde. Et certains préfèrent des vidéos courtes, voire très courtes. D'autres des vidéos de taille moyenne. Et enfin, certains préfèrent des vidéos longues, comme cet entretien d'actualité, que je reprends donc désormais.
On essaiera d'avoir un rythme mensuel pour ces entretiens d'actualité. Et puis on continuera par ailleurs ces entretiens plus courts, qui ont eu du succès. Pour répondre à votre question, c'est une question effectivement dont on parle beaucoup ces jours-ci, qui a concerné le décès accidentel de 13 soldats, notamment des officiers, qui sont morts au Mali. Alors le premier sentiment est un sentiment de compassion pour les victimes, évidemment de présenter nos condoléances les plus émues aux familles de ces soldats français, qui sont – comme on le dit – morts pour la France lors de l'opération Barkhane au Mali.
Qu'il me soit permis, pour leur rendre ici hommage, de citer exhaustivement leur nom : Pierre Bockel, qui d'ailleurs était le fils de Jean-Marie Bockel : un homme politique connu, Julien Carette, Romain Chomel de Jarnieu, Valentin Duval, Clément Frison-Roche, Benjamin Gireud, Andreï Jouk, Jérémy Leusie, Nicolas Mégard, Alex Morisse, Alexandre Protin, Romain Salles de Saint-Paul et enfin Antoine Serre. Donc ces 13 morts, c'est un lourd tribut. C'est beaucoup. C'est beaucoup. Et évidemment, tout le monde est absolument effondré par le nombre des victimes.
Depuis que la France est présente au Mali, suite au développement sur place des troubles au Mali, sur lesquels je reviendrai dans un instant, on compte désormais 38 victimes. Il y a eu 10 morts lors de l'opération précédente qui s'appelait l'opération Serval. Et maintenant, nous en sommes à 28 morts au cours de cette opération Barkhane. Il n'y avait jamais eu autant de morts, avec 13 morts d'un coup, qu'il faut remonter – je crois – au Liban en 1983. Alors une fois que l'on a dit ceci, on ne peut pas se contenter de cela. Et il faut essayer de trouver ce qui se passe.
Ce qui se passe, c'est que la situation de l'opération Barkhane n'est pas bonne, et que la représentation nationale – en tout cas, c'est mon avis – devrait mener une enquête, diligenter une enquête minutieuse sur la situation dans laquelle la France se trouve empêtrée au Mali. L'origine de tout ceci... Il y a une quinzaine d'années, quand la France se portait relativement bien – si l'on peut dire – dans les pays du Sahel francophone... La dégradation de la situation remonte...
Il y a un fait générateur, qui est l'ingérence française qui a eu lieu en Libye lorsque le Britannique (NDLR : David Cameron) et le Français Nicolas Sarkozy sont intervenus dans l'opération « regime change », pour en fait mettre à bas le régime de Kadhafi en Libye : la Jamahiriya de Kadhafi. Et c'est ça, l'origine du tout, puisque la destruction du régime libyen a provoqué un effondrement de l'État libyen. Maintenant, la Libye, d'ailleurs... Pour être honnête, moi, je n'y comprends plus grand-chose. C'est un petit peu le règne des seigneurs de la guerre. Les minorités, notamment les chrétiens ou les juifs, sont persécutées, mais pas seulement.
J'avais lu – je crois – quelque part qu'il y avait plus de 70% de la population libyenne qui avait fui son pays, alors que la Libye, du temps de Kadhafi... Que l'on aime ou que l'on n'aime pas le régime de Kadhafi, c'est autre chose. Mais c'est un fait objectif que la Libye était un des pays les plus riches d'Afrique sous Kadhafi. Donc le problème n°1, il est là. Et cette déstabilisation du régime libyen, qui en fait servait de tampon entre le Sahel et puis la Méditerranée, et qui permettait notamment de neutraliser les flux migratoires vers l'Europe... Eh bien cet État tampon, finalement, n'existe plus.
Il (s'est ensuivi) toute une série de déstabilisations de pays du Sahel : le Mali notamment, mais aussi... On peut considérer que sont menacés le Niger, même le Burkina Faso, et puis même la Tunisie, même l'Algérie, puisque c'est une espèce de tache d'huile qui s'est répandue. La deuxième chose qu'il faut dire, c'est que suite à cette affaire et à la présence des troupes françaises, eh bien il y a une montée de la haine anti-française dans les populations locales. Il faut le savoir. Alors qu'il y a 30 ou 40 ans... C'était un régime paternaliste que la France avait maintenu, régime néocolonial. Mais il y avait quand même une certaine affection pour la France.
Désormais, il y a une vraie haine anti-française perceptible dans les populations locales, et ceci depuis plus d'un an. Il faut également souligner le rôle trouble qui est joué par nos partenaires : les Américains, les Allemands, qui devraient normalement nous aider, mais qui nous laissent un peu en première ligne, et les Américains dans la région, et puis également qui financent toujours ces activités terroristes. C'est là où on ne sait plus très bien où l'on en est. Il faut y ajouter encore d'autres éléments.
Les autres éléments, c'est que les troupes françaises qui sont envoyées en opex, comme on dit, c'est-à-dire en opération extérieure, de façon générale et dans la région en particulier, n'ont plus le niveau d'entraînement qui est suffisant pour mener à bien leurs opérations, et ceci depuis les années 2000. Le résultat, c'est que comme ils n'ont plus ce niveau d'entraînement, comme en fait elles sont – si j'ose dire – à flux tendu, puisqu'il y a des restrictions budgétaires tous azimuts, eh bien on a des personnels qui sont un peu... Déjà, c'est un métier extrêmement difficile, d'intervenir sur des opérations extérieures.
Mais en plus de ça, compte tenu des contraintes qui pèsent sur les troupes, eh bien cela augmente considérablement le risque de mortalité en opération. Ajoutons-y un autre facteur aggravant. C'est que les matériels majeurs qui sont utilisés en opérations, justement, n'ont plus le niveau de disponibilité technique opérationnelle – ce que les spécialistes militaires appellent la DTO – suffisante. Ceci est dû au fait que, là aussi, les restrictions budgétaires sont ce qu'elles sont. Donc tout ceci mis bout à bout fait que eh bien on a assisté à cette affaire qui a – là, en l'espèce – été d'abord et avant tout un stupide accident.
Alors il y a eu une revendication faite par l'État islamique, mais que le gouvernement français considère comme étant une revendication opportuniste. Il semble que ça soit... Tout simplement, il faisait nuit noire, qu'il y aurait eu des tirs qui auraient été échangés quand même avec des troupes aéroportées par des hélicoptères dont allaient débarquer des soldats, que certains de ces hélicoptères sont partis en marche arrière et se sont fracassés. Au-delà de ça, certaines voix dissonantes, qui n'ont pas été forcément très élégantes compte tenu des circonstances, mais qui pointent quand même du doigt des vrais sujets... C'est de connaître exactement le rôle de la France dans cette région.
S'agit-il vraiment de combattre le terrorisme islamiste, que par ailleurs, soit la France, soit certains de nos alliés soutiennent en sous-main ? Je pense à l'Arabie saoudite ou au Qatar. Et puis ne s'agit-il pas aussi de défendre les intérêts de tel ou tel opérateur français ? Tout le monde pense bien entendu à Areva et aux mines d'uranium qu'il peut y avoir dans la région, au Niger notamment, et qu'il s'agirait de sécuriser. Alors certains, évidemment, protestent contre ce néocolonialisme français.
Pour ce qui me concerne, je voudrais redire ici toute ma compassion pour les victimes, présenter ici au nom de l'UPR toute notre solidarité avec les familles des victimes, mais aussi avec toute l'armée française, qui actuellement souffre beaucoup, comme d'ailleurs la plupart des professions en France. Elle souffre beaucoup parce qu'elle est victime d'un dédain de la population, souvent. Pas toujours, heureusement. Elle est victime de missions dont les objectifs sont peu clairs. Elle est victime de restrictions budgétaires incessantes. Elle est victime d'un matériel qui, parfois, est à bout de souffle.
Je crois qu'il serait bon de rappeler ici que les déclarations de guerre doivent être autorisées par le Parlement. Je ne suis pas sûr qu'il y ait jamais eu une vraie déclaration de guerre qui ait été autorisée par le Parlement en l'espèce. Je crois qu'il faudrait qu'il y ait des rapports parlementaires sans complaisance qui soient menés sur cette affaire, et surtout, que quelqu'un nous présente la voie de sortie, parce que les spécialistes s'interrogent : jusqu'à quand allons-nous être englués dans cette affaire malienne, dont les tenants et les aboutissants ne sont pas clairs ?
Je rappelle que pour ce qui concerne l'UPR, j'ai toujours dit que lorsque nous arriverons au pouvoir, notre objectif sera de rapatrier le maximum de troupes françaises dans les théâtres d'opération où elles n'ont rien à faire. Cela ne veut évidemment pas dire que nous laisserions des populations, qu'elles soient françaises expatriées ou des populations locales, à la merci de tueurs islamistes. Ça ne veut pas dire non plus que nous nous désintéresserions d'un certain nombre de protections de certains investissements français dans ces pays. Mais cela veut dire que nous prendrions des politiques cohérentes.
D'abord, nous pensons que s'agissant de la lutte contre le terrorisme islamiste, la première chose à faire, c'est de clarifier les responsabilités de qui fait quoi, qui finance qui, qui arme qui. Je l'ai déjà dit 50 fois, je l'avais dit au moment de l'élection présidentielle : il faut absolument que la France remette en question ses relations avec le Qatar, avec l'Arabie saoudite, et voie avec ces régimes exactement ce qu'ils font et comment ils participent au développement du terrorisme islamiste.
Si le décès de nos 13 soldats pouvait servir au moins à une prise de conscience sur le fait que la France doit revoir sa politique, sa géopolitique vis-à-vis de l'Afrique et du Moyen-Orient, eh bien leur mort n'aurait pas été vaine. {Eh bien merci pour ce bel hommage. Et pour rester sur le sol africain, que pensez-vous de l'expulsion de l'ambassadeur de l'UE au Bénin ?} Alors c'est une affaire qui n'a pas défrayé la chronique, qui est d'une importance évidemment beaucoup plus faible que ce que je viens de dire, mais qui quand même est assez significative, parce que ça va me permettre de présenter ici au public quelque chose qu'il ignore.
Ce que les Français ignorent, c'est que dans un grand nombre de pays désormais, il y a non seulement l'ambassade de France, l'ambassade d'Allemagne, l'ambassade d'Italie, l'ambassade d'Espagne, etc., etc., mais il y a de surcroît une délégation de l'UE, avec un chef de délégation ayant rang d'ambassadeur, et qui est généralement présenté comme l'ambassadeur européen ou l'ambassadeur de l'UE. Ça pose quand même un problème. Ça pose un problème. Moi, je l'avais vu déjà il y a un certain nombre d'années lorsque j'avais vécu au Japon pendant un an et demi. Il y avait déjà une représentation, mais c'était avant le traité de Maastricht. Donc c'était beaucoup plus modeste.
Mais il y avait déjà une représentation sur place de la Commission européenne. Et puis surtout, il y avait une obligation que les ambassadeurs des pays de l'Europe, qui étaient moins nombreux d'ailleurs que maintenant, puissent se rencontrer. Ce qui en fait ennuyait absolument tout le monde, puisque l'ambassadeur de France a pour rôle de défendre les intérêts de la France. C'est son rôle premier. L'ambassadeur d'Allemagne de défendre les intérêts de l'Allemagne. Et quand je dis « de l'Allemagne », c'est pas seulement les intérêts politiques. C'est les intérêts géopolitiques. C'est les intérêts agricoles, industriels, de services, culturels, etc.
Or, il se trouve que les intérêts industriels de l'Allemagne ne sont pas forcément les mêmes que ceux de la France. Ils sont parfois totalement antagonistes. Et donc comment faire pour avoir des ambassadeurs de l'UE qui défendent quels intérêts ? Depuis cette époque, les choses n'ont fait que s'aggraver. Et l'on a désormais, dans toute une série de pays, comme je le disais, les 28 ambassadeurs, représentant 28 États, et en plus, une cerise sur le gâteau : c'est l'ambassadeur et le chef de délégation de l'UE, qui met son grain de sel, et qui fait que finalement, les pays où est accrédité tout ce personnel diplomatique...
Ne comprend plus forcément toujours très bien qui fait quoi et qui dit quoi. C'est d'ailleurs une vraie question que j'avais déjà eu l'occasion de soulever lors d'une conférence que j'ai mise en ligne il y a une dizaine d'années sur qui gouverne la France et l'Europe. Je rappelle quand même que chaque pays en UE a gardé son ministre des Affaires étrangères. Mais comment peut-on avoir une politique étrangère de sécurité et de défense européenne commune, chaque pays gardant par ailleurs son ambassadeur ? C'est bizarre. Soit on a un ambassadeur de l'UE, soit on a les ambassadeurs des 28. Mais on n'a pas les deux.
Lorsqu'il y a en France un ambassadeur des États-Unis d'Amérique, il n'y a pas un ambassadeur de l'Oregon, un ambassadeur de la Floride, un ambassadeur du Wisconsin, un ambassadeur du Dakota du Nord, un ambassadeur de l'Arizona. Ça n'existe pas. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les pays de l'UE veulent une chose et son contraire. Sous le poids de l'idéologie européiste, ils sont contraints de faire semblant que l'UE est en train de devenir un État-continent, et donc avec une diplomatie...
C'était d'ailleurs l'un des grands apports de la Constitution européenne devenue le traité de Lisbonne : c'était la création justement d'un poste de ministre des Affaires étrangères haut représentant de la politique étrangère de l'Europe. Mais dans le même temps, les États ne veulent pas se dessaisir de leur politique étrangère, qui est l'un des outils les plus fondamentaux et des plus régaliens qui soient, au même titre par exemple que le ministère de la Défense. Donc en fait, on a une pluralité de diplomaties, qui se superposent et qui sont contradictoires les unes avec les autres.
D'autant plus qu'il faudrait y ajouter, dans chaque État, le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Affaires européennes, j'en passe et des pires. Pour terminer sur votre question, y revenir : on a donc au Bénin, qui est un petit pays d'Afrique, l'ancien Dahomey, qui est d'ailleurs considéré pour les spécialistes de l'Afrique comme un pays où il y a des populations particulièrement – comment dirais-je – intellectuelles... C'est un peuple, au Bénin, où on trouve beaucoup de professeurs, des philosophes, des romanciers, des hommes politiques également. Dans ce pays donc qui est l'ancien royaume du Dahomey, eh bien au Bénin...
Le Bénin, le gouvernement de Cotonou a décidé d'expulser l'ambassadeur de l'UE, qui s'appelle (NDLR : Oliver Nette). Il l'a expulsé au motif qu'il se livrait à des opérations de déstabilisation du régime béninois. Parce que c'est ça, la cerise sur le gâteau... Enfin c'est le pompon : c'est que non seulement la France a une ambassade à Kotonou, elle est obligée de souffrir de s'entretenir, de faire comme si elle avait les mêmes intérêts que les 27 autres États, mais elle est obligée de souffrir la présence d'un chef de délégation de l'UE qui mène sa propre politique, et qui peut être une opération de déstabilisation, d'ailleurs éventuellement menée contre les intérêts français au Bénin.
Voilà ce que je tenais à dire, c'est-à-dire que la politique étrangère unique européenne, elle n'est pas pour demain, et que le dogme européiste nous mène en fait à une cacophonie générale. Là-dedans, qui en est victime ? Eh bien évidemment les diplomaties nationales. Et particulièrement pour ce qui concerne les pays d'Afrique francophone, la première victime, encore une fois, c'est la France et la diplomatie française. {Eh bien je vous remercie. Continuons sur l'UE, puisque l'un des arguments favoris des européistes est que l'UE est indispensable pour faire contrepoids à la Chine.
Qu'en pensez-vous ?} Alors je vois pourquoi vous me posez cette question : puisque c'est un sujet effectivement d'actualité. On va le voir dans un instant. Et c'est vrai que c'est un argument qui revient. Toutes les personnes qui nous suivent le savent : c'est un argument qui revient comme une ritournelle quand nous parlons à nos voisins, à nos amis, à des membres de notre famille, à des collègues de travail. Ou quand on écoute à la radio ou à la télévision, très régulièrement, on voit quelqu'un qui dit : « Oui, mais de toute façon, la France est trop petite pour pouvoir faire face aux États-Unis et/ou à la Chine.
Et donc en fait, la construction européenne est indispensable pour faire contrepoids à la Chine ». Alors que répondre à ça ? Bah déjà, la première réponse que vous pourriez faire si quelqu'un vous dit ça, c'est : « Attendez, je ne comprends pas très bien. La Suisse, qui n'est pas dans l'UE et qui est grande comme la région Rhône-Alpes, se débrouille très bien, même mieux que nous. Et elle est aussi confrontée à la même problématique. Et puis c'est vrai aussi de la Norvège, qui n'est pas dans l'UE ni dans l'euro. C'est vrai aussi de l'Islande, avec 330 000 habitants. Et donc d'ailleurs, s'il fallait se regrouper face à la Chine, tous les pays du monde devraient se regrouper.
À part l'Inde, puisque la Chine a quelque chose comme à peu près 1,5 milliard d'habitants, talonnée de plus en plus par l'Inde, qui doit être à peu près à 1,3 milliard d'habitants. Mais à part ces deux géants démographiques du monde, tous les autres États devraient fusionner. Même à l'échelle de la Chine, les États-Unis d'Amérique seraient trop petits. Donc déjà, il faut mettre ça de côté ». C'est le premier point. Le deuxième point que vous devez rétorquer aux gens qui vous disent ça, c'est de faire remarquer qu'il est tout simplement faux de penser qu'il y aurait une corrélation entre la taille d'un État et notamment sa démographie d'une part, et son bonheur ou sa richesse individuels.
Hein, l'idée selon laquelle il faudrait être absolument un mastodonte démographique pour peser dans le monde est une idée fausse. Si l'on prend les 10 premiers États du monde en termes de démographie : la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Pakistan, le Bangladesh, le Nigéria, le Brésil... Voilà. Si on prend ces 10 premiers États et que l'on y... Les États-Unis, la Russie.
Si on divise ça par le nombre d'habitants, donc un PNB par habitant moyen de ces 10 ou 15 premiers États par population, et puis si maintenant, on prend les 10 ou 15 plus petits États du monde, c'est-à-dire Andorre, Monaco, le Liechtenstein, Hong Kong, Singapour, je sais pas, moi, le Vanuatu, Tonga, etc, et si vous divisez ça, maintenant, par la population, vous vous apercevrez que le PNB par habitant des 10 ou 15 États les moins peuplés du monde est supérieur au PNB par habitant des 10 ou 15 États les plus peuplés du monde. Donc déjà, la simple observation scientifique montre que cette idée est fausse.
La troisième chose, également, qu'il faut souligner, c'est tout simplement de renvoyer les gens qui vous disent « Il faut absolument que la France soit dans l'UE pour qu'elle fasse contrepoids à la Chine »... Il faut les renvoyer tout simplement aux faits. Alors les faits, bah c'est le moment d'en parler, parce qu'il y a eu... La chronique vient d'être défrayée ces jours-ci par le rachat de EDP Sciences, qui est une maison d'édition scientifique française prestigieuse, qui appartenait à 4 sociétés savantes : Société française de physique, Société française de chimie, etc.
Cette maison d'édition avait été créée en 1920 par des savants français, et non des moindres, spécialistes de physique, parmi lesquels on comptait d'ailleurs un certain nombre de prix Nobel, notamment Marie Curie, Louis de Broglie et Jean Perrin : des prix Nobel français. Dans les débuts, cette maison d'édition s'était focalisée sur les travaux physiques, la recherche en matière de physique. Et puis petit à petit, elle s'était élargie à tous les champs de la science, jusqu'à aujourd'hui, où elle avait quand même plusieurs dizaines de publications en anglais : quelque chose... Une cinquantaine, et 17 publications en français.
Cette maison d'édition avait une très bonne réputation non seulement auprès des chercheurs français, mais aussi auprès des chercheurs du monde entier. Alors j'utilise l'imparfait parce que cette maison d'édition a été rachetée eh bien il y a quelques jours – l'acte d'achat final a été signé le 13 novembre – par le CSPM, qui est une... C'est le Chinese Science je ne sais plus quoi, qui est une maison d'édition chinoise qui est possédée à 75% par l'Académie des sciences de Chine, c'est-à-dire un organisme public. La transaction a été menée pour 12 millions d'euros.
Alors ce qui est vrai, c'est que dans le monde de l'édition scientifique, il y a actuellement beaucoup de remue-ménage, parce que du fait des nouvelles technologies, notamment d'Internet, du fait également de l'évolution des esprits, il y a ce qu'on appelle les sciences ouvertes. C'est-à-dire que désormais, la recherche est partagée très généralement dans le monde entier. Donc il y a une espèce de communauté scientifique mondiale qui est en train d'apparaître.
Mais il n'en demeure pas moins qu'il y a une course au prestige, une course à l'attractivité des chercheurs entre les grandes puissances, entre les États-Unis, l'Europe et puis, nouveau venu : la Chine, qui essaye de plus en plus de mettre le pied dans le monde de la haute recherche scientifique, si possible peut-être pour avoir des prix Nobel scientifiques, mais aussi pour déposer des brevets industriels dont il pourrait bénéficier. Résultat donc des courses : c'est que les revues scientifiques sont dans une situation qui n'est pas toujours facile. La plupart se sont fait racheter par quelques grands médias.
Or, justement, EDP Sciences était la dernière grande maison indépendante de taille raisonnable – maison d'édition scientifique – ayant une excellente renommée en France. Eh bien elle était en déficit. Les grandes sociétés savantes dont j'ai parlé, qui se partageaient le capital, n'avaient pas les moyens de la sauver, et donc ont été (contraintes) à la vendre pour 12 millions d'euros – c'est-à-dire une bouchée de pain, en définitive, quand on y réfléchit – à l'Académie des sciences de Chine, qui a fait savoir aussitôt qu'elle allait utiliser cela pour développer son influence notamment aux États-Unis et en Europe. Donc c'est un instrument d'influence que l'on vient de céder.
Et bien entendu, les sociétés savantes ont publié de savants communiqués de presse pour expliquer que c'était pas grave du tout, qu'il allait y avoir des comités scientifiques où il y aurait des Français, et que ci, et que ça, et que les moyens qui seraient donnés par la Chine permettraient de développer la coopération franco-chinoise, et tatata, et tatata. Il faut ne rien connaître à la pensée chinoise, il faut ne rien connaître à ce que sont les Chinois pour avoir des naïvetés comme celles-ci.
J'aime beaucoup le monde chinois, j'aime beaucoup la civilisation chinoise, mais force est de connaître et de constater qu'en Chine par exemple, le principe de propriété intellectuelle est un produit d'importation. Ça ne correspond pas au génie chinois. Le génie chinois, c'est au contraire la copie systématique, puisque pour apprendre à écrire le chinois... On met une quinzaine d'années pour connaître les 1 800 ou 2 000 caractères minimaux nécessaires pour lire un journal. Et les lettrés en connaissent 10 000 ou 15 000. Ça s'étale sur toute une vie. Donc un des principes fondamentaux de l'enseignement en Chine, renforcé par le confucianisme, c'est justement qu'il y ait de plus en plus...
Enfin de forcer tous les Chinois à imiter le professeur, à copier le professeur, à se mettre à l'école de celui qui fait pour le mieux. C'est le même état d'esprit, d'ailleurs, au Japon, avec le culte du dai-ichi, c'est-à-dire du n°1, et du sensei : le professeur. Donc lorsqu'on cède un instrument d'influence, une revue scientifique aux Chinois, les Chinois vont essayer de le capter à leur profit, l'imiter pour le magnifier. On a cédé un joyau de la couronne pour 12 millions d'euros, pour 12 millions d'euros. Je ne suis bien entendu pas contre la coopération scientifique franco-chinoise.
Mais il faut quand même que la France cesse ses naïvetés et conserve pour elle-même ses instruments d'influence qu'elle vend aux autres. Pourquoi les autres l'achètent-ils ? Parce que justement, c'est un instrument d'influence, c'est un instrument pour faire venir des chercheurs à elle. Voilà le problème.
Alors ce qui est d'autant plus scandaleux, c'est que dans cette affaire, 12 millions d'euros, c'est une bagatelle quand on pense que la France, – vous le savez suffisamment – chaque année, rien qu'en coût net, verse quelque chose comme 9 000 millions d'euros à l'UE sans retour, hein, qui servent à financer la construction d'infrastructures dans les pays de l'Est, qui servent à financer également le fonctionnement des institutions européennes, la Commission, etc.
Donc la France, le gouvernement français dilapide 9 milliards d'euros, 9 000 millions d'euros chaque année rien qu'en contribution nette à l'UE, et n'est pas fichue de dégager 12 millions d'euros – 12/9000, ça fait 0,1% de ce qu'elle verse à l'UE – pour garder dans le giron français cette maison d'édition, que le ministère de la Recherche et de l'Enseignement supérieur aurait dû acheter au nom de l'État pour en faire une maison d'édition nationale – pourquoi pas ? –. Pourquoi pas, hein ? C'est ça qu'il aurait fallu faire. Alors au-delà de cette affaire, qui est extrêmement triste et scandaleuse...
Il n'est pas normal que les dirigeants français n'aient pas vu qu'il fallait qu'ils conservent cette revue, parce que la simple vente à des intérêts chinois participe par ailleurs d'un sentiment général de débandade du pays. La France n'est même plus capable de conserver une revue scientifique, une maison d'édition scientifique sans la vendre aux Chinois. Et tout ça baignant dans un discours général qui est qu'il faut construire l'UE pour faire contrepoids à la Chine. Mais de qui se moque-t-on ? Alors j'en profite, puisque j'en suis sur cette question... À évoquer ce qui, au cours des dernières années, va dans le même sens.
C'est-à-dire que la France est en train de se faire piller par le monde entier, et en particulier par la Chine. Alors je voudrais ici faire un petit florilège de toutes ces maisons françaises, de toutes ces entreprises, de tous ces biens qui ont déjà été vendus à des intérêts chinois. Je commencerai par l'automobile, en citant le fait qu'en 2014, PSA, c'est-à-dire Peugeot-Citroën, n'a pas été entièrement vendue, mais a dû ouvrir son capital au géant de l'automobile chinois Dongfeng. « Dongfeng », ça veut dire « le vent oriental », « le vent de l'est », qui est son partenaire, avec lequel il a une usine à Wuhan.
Bon, si PSA-Citroën a été obligée de faire ça, c'était d'ailleurs suite à l'affaire iranienne et des rétorsions américaines. Mais force est de constater que PSA, notre champion national automobile, a été obligée d'ouvrir son capital aux Chinois. Dans le ferroviaire, on vient d'apprendre, il y a deux jours, qu'après la mise en faillite de la maison mère British Steel, qui avait eu lieu en mai, eh bien l'usine de fabrication de rails, qui se trouve à Hayange, donc dans l'est de la France, vient d'être rachetée par un groupe chinois : le groupe Jingye.
Tout le monde a à l'esprit, du moins les gens qui m'écoutent régulièrement, l'affaire de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, que notre cher Macron national, lorsqu'il était ministre, avait piloté la vente, en avril 2015 : la vente de 49,99% par l'État de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium chinois, qui réunissait le groupe étatique chinois Shandong Hi-Speed, le fonds hong-kongais Friedmann Pacific, tous deux s'étant associés dans un holding qui s'appelait Casil Europe, dont le président était un certain Mike Poon. Alors on a eu l'occasion d'en parler.
Je fais ici un petit arrêt simplement pour rappeler que Mike Poon s'était révélé comme étant quelqu'un de très peu fréquentable, qu'il avait d'ailleurs disparu, qu'on a retrouvé sa trace aux Bahamas, que tout ceci sent l'argent sale à plein nez, qu'ensuite, il a voulu faire une opération pour licencier du monde, et en fait réaliser des actifs et essayer de revendre le tout à des prix beaucoup plus élevés. Cette affaire de la cession de l'aéroport de Toulouse-Blagnac est un véritable scandale. Autre rachat dont on a beaucoup parlé : ce sont les terres céréalières.
Le conglomérat chinois Reward Group, en particulier, a acheté environ 3 000 hectares de terres céréalières dans l'Indre et dans l'Allier entre 2014 et 2017, pour y cultiver du blé bio. L'objectif était d'ailleurs de créer une chaîne de boulangerie de type français en Chine. On a appris d'ailleurs ces jours-ci que le groupe a fait faillite en juin 2019. Il n'en demeure pas moins que le groupe a fait faillite, mais que c'est ce groupe – donc des intérêts chinois – qui possède ces 3 000 hectares de terres agricoles en France, sachant bien entendu... Enfin « bien entendu », je me permets de le rappeler : que l'inverse n'est pas possible.
Aucun investisseur français ne peut acheter des terres en République populaire de Chine. Après les terres céréalières, passons aux vignobles. Les vignobles français sont la cible d'innombrables investissements de milliardaires chinois. On estime aujourd'hui qu'il y a au moins 165 châteaux et domaines qui sont désormais contrôlés par des investisseurs chinois, dont plus de 150 châteaux et domaines dans le Bordelais. En 2015, un domaine du Languedoc est passé pour la première fois sous pavillon chinois. À peu près à la même époque, on a eu également le château de Gevrey-Chambertin qui a été vendu à un magnat hong-kongais.
En novembre 2019 – donc c'était hier –, le groupe Unicoop, qui est présent notamment en Charente-Maritime et en Charente, a annoncé qu'il venait de céder son cognac de prestige : le Prince Hubert de Polignac, à un groupe chinois : Asia Turbo International Limited, qui est basé à Hong Kong et qui est dirigé par un certain Zhenjie Wu. Alors certains diront : « Oui, bon bah très bien, mais si on vend une maison de cognac à des intérêts chinois, bon bah de toute façon, ils vont pas partir avec les vignes sous le bras. Et donc bon bah ce sont des actionnaires, mais la maison, elle est toujours là ». Oui, on peut dire ça.
Mais d'abord, on ne sait pas l'utilisation que le propriétaire chinois va faire de ces vignes. Finalement, il est capable de faire tout ce qu'il veut, y compris d'ailleurs de commercialiser un produit en Chine – dont j'ai rappelé qu'elle respectait peu la propriété intellectuelle – qu'il peut baptiser éventuellement : des cognacs chinois, faire des mélanges avec des productions chinoises. On ne sait pas. Il peut dénaturer la production française. Il peut en faire ce qu'il veut, quitte d'ailleurs à ne pas vendre ça sur le marché français. Il peut aussi faire du détournement de trafic au profit des Chinois.
Et puis de façon plus générale, ce que je voudrais faire remarquer, – ce que je viens de dire à l'instant – c'est que l'inverse n'est pas vrai. Ceux qui estiment que finalement, il n'y aurait pas malice à voir un des symboles mêmes de l'art de vivre français qui passe dans des mains chinoises, devrait quand même se poser la question : « Pourquoi les Chinois refusent de voir certains des symboles de l'art de vivre chinois passer sous des intérêts étrangers, notamment des intérêts français ? ».
J'ai déjà maintes fois expliqué que par exemple, si une entreprise française voulait acheter un des grands jardins de thé chinois que l'on voit du côté de la ville de Hangzhou, hein, le jardin de thé du Puits du dragon, le longji ngcha, ou bien d'autres... Ou des thés dans le Yunnan, dans le sud de la Chine, réputé pour l'excellence de ses thés, ou des thés du Keemun, ou des thés de Anhui, eh bien elle ne le pourrait tout simplement pas. C'est le problème de l'ouverture asymétrique des réglementations et des marchés, sur lesquelles j'ai parlé récemment dans un petit entretien que j'ai fait récemment sur la question du libre-échange et sur cette ouverture asymétrique des marchés.
Pour en rester à la Chine, eh bien c'est dans l'agroalimentaire et dans le lait que les Chinois sont de plus en plus présents. Le géant agroalimentaire chinois Shuanghui a racheté des marques très connues du grand public français : des marques de saucisson comme Aoste, Justin Bridou et Cochonou, qui sont désormais des propriétés chinoises. Ce groupe a racheté via l'américain Smithfield Foods. Au début de l'an dernier, au début de 2018, un consortium mené par les Chinois : l'entreprise Fosun et l'entreprise Sanyuan, a racheté les margarines St Hubert. Les usines de lait destinées au marché chinois se multiplient en France.
En juin 2015 a été inauguré dans le Calvados, à Isigny-sur-Mer, une usine financée au tiers par l'entreprise hong-kongaise H&H. Et puis le chinois Synutra a répliqué en lançant en 2016 à Carhaix, dans le Finistère, la plus grande laiterie d'Europe, sachant que la coopérative bretonne Sodiaal, ensuite, a racheté le 12 mars une partie de ce site. Laissons là l'agroalimentaire. Passons maintenant au domaine du luxe. Le parfumeur Marionnaud – les magasins Marionnaud de distribution de parfum – a été repris en 2005 par le milliardaire hong-kongais, une des très grandes fortunes, décédé l'an dernier : le fameux Li Ka-shing.
En février 2018, le conglomérat Fosun a acquis la majorité de la maison de couture Lanvin, qui était la plus ancienne maison de couture parisienne encore en activité. J'ajoute que la griffe Sonia Rykiel ou que le chausseur Robert Clergerie sont également désormais passés sous le contrôle chinois du hong-kongais Li & Fong. En matière d'énergie, en 2011, GDF Suez a cédé 30% de sa branche d'exploration/production au fonds souverain chinois CIC pour 2,3 milliards d'euros. En matière de tourisme, le Club Méditerranée des frères Trigano, le Club Med, a été racheté en février 2015 par le conglomérat chinois Fosun, celui-là même qui a déjà fait les emplettes que j'ai relevées précédemment.
En matière d'hôtellerie, puisqu'on en est dans les services et le tourisme, le groupe des hôtels du Louvre : Louvre Hotels Group, comme il se fait maintenant appeler en américain, qui a des marques d'hôtels assez connues des voyageurs fréquents, de ceux qui se déplacent beaucoup en province : les commerciaux, les voyageurs représentants, etc., comme les marques comme Campanile, la chaîne Kyriad ou bien la chaîne Première Classe... Eh bien toutes ces chaînes d'hôtels en France ont été rachetées par le conglomérat Jin Jiang, qui lui-même est contrôlé par une organisation publique, c'est-à-dire la municipalité de Shanghai.
Enfin, de même que l'émirat du Qatar a racheté le PSG, eh bien le club de foot de Sochaux-Montbéliard : le FC Sochaux-Montbéliard, a été cédé à 100% à la société chinoise Ledus. Voilà. Voilà un petit panorama des rachats faits par les seuls intérêts chinois au cours des dernières années. Vous voyez bien que l'idée selon laquelle la participation de la France à l'UE permettrait de faire contrepoids à la Chine est un bobard éhonté. Et pourquoi c'est un bobard ? D'une part parce qu'il y a – je le répéterai toujours et sans cesse – l'article 63 du TFUE qui interdit tous les contrôles (aux échanges, aux mouvements) de capitaux.
C'est-à-dire que si un Chinois veut racheter Lanvin et qu'il met l'argent nécessaire sur la table, l'État n'a pas la possibilité qu'il avait encore il y a quelques décennies, avant le traité de Maastricht, de dire : « Non ! Voilà, c'est interdit aux étrangers ». Certains pourront dire : « Oh, bah oui, mais c'est la vie du monde contemporain », et je dis non ! Je l'ai déjà montré précédemment : parce que l'inverse n'est pas vrai.
Vous ne pouvez pas racheter comme vous le voulez des entreprises en Inde, au Vietnam, en Chine, etc., parce que eux, ces pays, qui d'ailleurs sont les pays qui se développent le plus au monde, le plus rapidement, justement, ont conservé leur contrôle des mouvements de capitaux. Ça, c'est la première raison. La deuxième raison, ce sont les contraintes budgétaires considérables fixées par l'UE, qui font que les pouvoirs publics n'ont jamais trois francs, six sous. Ils sont obligés de mettre toute leur marge de manœuvre budgétaire pour financer les autres pays de l'UE. Et puis c'est constamment les restrictions budgétaires.
On l'a vu dans le cas de cette malheureuse maison d'édition scientifique de haut niveau EDP Sciences, que la France a laissé passer. Probablement, les dirigeants français ont estimé qu'ils n'avaient pas les 12 millions d'euros nécessaires pour pouvoir la sauver. Voilà pourquoi notre appartenance à l'UE, loin de faire contrepoids à la Chine, au contraire, sert les intérêts chinois. J'y ajoute que pour que l'UE fasse contrepoids à la Chine, il faudrait que tous les États de l'UE aient les mêmes intérêts. Il faudrait par exemple que le Luxembourg ait des entreprises industrielles qui nécessiteraient d'être protégées contre les appétits chinois. Ils n'en ont pas.
En revanche, le Luxembourg, lui, attire une partie significative de sa richesse de toute l'activité financière, et qu'il est important de développer justement avec les échanges avec la Chine. Donc les intérêts du Luxembourg sur le dossier chinois sont exactement l'inverse des intérêts français. J'ajoute que lorsque l'on voit tous ces États du sud de l'Europe comme la Grèce, ou bien le Portugal, auxquels la Commission européenne exige de vendre des actifs publics, de privatiser... C'est d'ailleurs le cas pour la France. Bien quand on privatise, eh bien on s'adresse à ceux qui ont de l'argent dans le monde, bien entendu.
Et donc qui est-ce qui rachète des biens publics privatisés en Grèce, au Portugal, en Italie ? Eh bien ce sont notamment les intérêts chinois. Je précise d'ailleurs au passage que l'Italie a passé un accord avec le gouvernement chinois sur le projet des fameuses routes de la soie, et ce que certains stratèges euro-atlantistes voient avec beaucoup de défaveur, parce qu'ils y voient une tentative d'infiltration et d'influence en Europe de la Chine. Bien sûr que c'est de ça qu'il s'agit, de la même façon que lorsque l'Académie des sciences de Chine rachète la maison d'édition EDP Sciences en France, – elle a annoncé la couleur – c'est pour développer son influence. Bien entendu.
Mais comment est-ce qu'on pourrait empêcher la Chine, qui est le plus grand détenteur de liquidités au monde, compte tenu des excédents commerciaux abyssaux, géants qu'elle a engrangés, notamment sur les États-Unis d'Amérique, depuis des années et des années... Donc désormais, la Chine est le plus gros détenteur de liquidités au monde, en dollars notamment.
Comment pourrait-on l'empêcher de prendre des positions de plus en plus avantageuses et de plus en plus d'influence en Europe, puisque par ailleurs, l'article 63 interdit qu'on fasse obstacle au rachat des biens qui se trouvent en Europe lorsqu'ils sont vendus, puisqu'on ne peut pas s'opposer à la libre circulation des mouvements de capitaux ? Voilà. Conclusion : ceux qui disent aux Français que la construction européenne a vocation à faire contrepoids à la Chine mentent effrontément. On en a encore eu un exemple il y a quelques jours, je crois. On a vu M.
Jean-Christophe Lagarde de l'UDI claironner cela dans je ne sais plus quelle émission de télévision, en disant : « Heureusement que l'UE est là pour faire contrepoids à la Chine ! Vous vous rendez (compte), la France est tellement petite par rapport à la Chine ? ». Arrêtez de croire. Ce sont des bobards éhontés. Le pire, d'ailleurs, c'est que ceux qui les profèrent ne se rendent peut-être même pas compte qu'ils disent une énormité, et en fait une imbécillité. {Merci, François Asselineau, pour cette réponse très détaillée. Toujours concernant l'UE, nous venons d'apprendre que la commission Juncker vient de se terminer. Pouvez-vous nous expliquer comment ?} Alors effectivement, M.
Juncker, la commission Juncker, vient de s'achever, avec d'ailleurs un mois de retard. M. Thierry Breton, en dépit des casseroles qu'il avait, qui étaient pires, finalement, que celles de Mme Goulard, a fini par être avalisé par le Parlement européen. Et donc à partir du 1er décembre, c'est-à-dire dans quelques heures, la nouvelle commission va prendre ses fonctions. La commission Juncker s'en va. Elle a fait un peu son testament, en parlant du budget, en examinant les budgets des États pour l'année 2020. Je parlais justement des questions budgétaires il y a un instant dans le cas de l'affaire de la Chine. Eh bien M.
Moscovici, le commissaire français, a été un peu une espèce de bouquet final – comme on dit dans un feu d'artifice – sur cette affaire, puisqu'il a dénoncé les politiques de 8 États, qui contreviennent aux directives européennes, voilà, quant à leur budget pour l'année 2020. Ces 8 États étant la Belgique, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Italie, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie. Voilà. Donc ça n'est pas bien du tout. Le gouvernement français a annoncé un déficit budgétaire de 2,2%. Ce qui est très en deçà des 3%, mais en gros, le déficit primaire n'a pas été vraiment résorbé. En gros, les efforts ne sont pas suffisants. En gros, donc, M.
Moscovici a laissé comme lettre finale, comme lettre d'adieu, une nouvelle admonestation à la France. Alors ça tombe particulièrement mal compte tenu du fait que la situation sociale en France est particulièrement explosive, que nous sommes d'ailleurs à quelques jours du 5 décembre et que d'après les rumeurs qui circulent avec insistance dans les salles de rédaction, M. Macron et tout son entourage et le gouvernement sont très inquiets de la tournure des événements qui pourraient avoir lieu en France à partir du 5 décembre, puisque M. Macron et M.
Philippe, le président de la République et le Premier ministre, qui ne sont que les factotums, en fait, de la volonté de l'oligarchie qui se manifeste par les oukases venus de la Commission européenne, de la BCE et de l'OTAN, eh bien en réalité, sont en train de se mettre l'ensemble de la population française à dos. Donc ça tombe très mal. Ça tombe très mal, au moment justement où le gouvernement aurait bien besoin de pouvoir lâcher encore un peu de lest si les affaires tournaient vinaigre.
Et puisque l'on en est à parler de ces questions budgétaires en France, eh bien je voudrais parler de ce qui s'est passé depuis le dernier entretien, c'est-à-dire l'effondrement en France du pont de Mirepoix dans le Tarn. On a appris il y a 48 heures qu'un nouveau pont s'était effondré en Italie, sur l'autoroute A6 vers Turin. C'est le deuxième pont d'importance autoroutier, après celui de Gênes qui avait fait un certain nombre de morts. Là, il n'y a pas eu de victime. C'est un miracle. Mais il y a eu un pont qui s'est effondré en Italie. En France, le pont de Mirepoix s'est effondré dans le Tarn. J'ai eu l'occasion de faire des articles sur notre site et sur notre page Facebook.
Alors les docteurs Tant-Mieux diront : « Mais non, non, non, c'est tout à fait normal. C'est parce que tout simplement, il y a un camion qui faisait 40 et quelques tonnes qui est passé sur un pont de 19 tonnes. Donc en fait, tout est de la faute de l'entreprise et du chauffeur qui a fait ça ». Non, non, non, non, non. Les choses sont beaucoup plus compliquées que cela. D'abord, sur ce pont, qui effectivement était limité à 19 tonnes, il y avait tous les jours de très nombreux camions qui passaient et qui étaient très lourds. Donc ça veut dire que le pont était sujet depuis de nombreux mois et de nombreuses années... C'est un pont des années 30, mais qui avait été rénové en 2003.
Il était sujet depuis de nombreuses années à des efforts structurels significatifs. Ça veut dire au passage que la France, que le ministère de l'Équipement (NDLR : ministère supprimé et rattaché au ministère de l'Écologie) n'avait pas pris toute la mesure des besoins routiers qu'il devait y avoir, et en matière de ponts. Ce pont aurait dû être fermé à la circulation. On aurait dû en ouvrir un autre, probablement. Mais ça n'est pas la seule raison. En fait, j'ai rappelé au cours des derniers jours qu'il y a, d'après les rapports du Sénat, d'après le rapport récent de l'Assemblée nationale...
Il manque en gros 200, 250, 300, 350 millions d'euros pour entretenir globalement les routes nationales non concédées. Un rapport du Sénat de 2018 avait pointé 27 000 ponts en mauvais état. Alors là-dedans, les chiffres volent. Le problème, c'est qu'il n'y a pas un chiffre à avancer, puisqu'il s'agit d'un entretien au jour le jour. C'est comme quelqu'un, par exemple, qui aurait une maison de campagne et qui n'aurait plus beaucoup d'argent. Et donc quand on n'a plus beaucoup d'argent dans sa maison, bah on donne la priorité aux dépenses les plus urgentes, c'est-à-dire s'habiller, se nourrir, se chauffer l'hiver, se déplacer quand c'est obligatoire.
Et puis s'il reste un petit peu d'argent, à ce moment-là, on va mettre un peu d'argent par exemple pour réparer un trou qui est apparu dans la toiture. Bon. Mais si on n'a pas d'argent, eh bien c'est le trou dans la toiture qu'on laisse de côté, parce qu'on n'a pas les moyens de le réparer, et puis on se dit : « Ça attendra ». Le problème, c'est que si on attend, progressivement, bah le trou dans la toiture va s'élargir. Puis ensuite, il va pleuvoir dans la toiture, il va pleuvoir dans le grenier. Ça va faire jouer les poutres, je ne sais pas quoi.
Et puis au bout de 5 ans, 10 ans, d'un seul coup, c'est toute la toiture qui risque de s'effondrer, voire des pans de mur qui seront infiltrés par le gel. Et au bout du compte, la catastrophe sera là. Il faudra dépenser beaucoup plus. Je viens de résumer en un mot ce qui arrive aux routes françaises et aux ouvrages d'art en France. Comme l'État est complètement pris à la gorge par les contraintes budgétaires de l'UE, dont je rappelle qu'elles sont motivées par le fait que nous devons essayer de sauver, d'assurer la survie de l'euro. C'est l'objet même de l'article 121 du TFUE, qui pose le principe des GOPÉ.
Eh bien l'État étant désargenté, il est obligé de parer au plus pressé, de répondre à telle ou telle catégorie socioprofessionnelle lorsque c'est en train de virer à l'émeute. Je rappelle l'argent que Macron a été quand même obligé de consentir au mouvement des Gilets jaunes. Je rappelle que lorsqu'il y a ici ou là des émeutes ou des manifestations très violentes, ben l'État essaye de remettre un petit peu d'argent ici ou là, comme en ce moment dans les hôpitaux. Eh ben tout ceci, évidemment, au détriment des dépenses qui ne se voient pas, dont les effets immédiats ne se voient pas, c'est-à-dire l'entretien des routes et des ouvrages d'art. Donc le problème n°1, il est là.
C'est qu'il y a un sous-investissement chronique dans les ouvrages d'art en France et dans les routes du réseau routier national non concédé. En particulier, il semble que sur ce pont du Tarn qui s'est effondré, eh bien les efforts de structure ont fait que, finalement, il y a un des éléments métalliques, une des poutres qui tenait le pont, qui a fini par lâcher progressivement, parce que le pont n'était pas suffisamment fiable ni entretenu. Mais il y a une autre raison, aussi, à cette affaire de ce pont.
C'est que le ministère de l'Équipement, qui a fusionné avec le ministère de l'Écologie, a vu le nombre de ses agents diminuer de 120 000 fonctionnaires à à peine 40 000 en quelques années : divisé par 3. C'est dans le cadre de l'idéologie systématique de la réduction du périmètre de l'État, dans le dénigrement systématique de la présence des fonctionnaires. Il y a toujours trop de fonctionnaires, paraît-il. Donc on diminue drastiquement le nombre de fonctionnaires. Il faut également simplifier les normes, simplifier les règles. Et notamment, un certain nombre de transporteurs routiers demandent la simplification des règles. Alors parfois, c'est justifié. Mais parfois, ça l'est moins.
Et en particulier, pour ce genre d'affaire : la surveillance des ponts, normalement, il y avait... Auparavant, il fallait faire une demande, qui devait avoir un accord. Lorsqu'on (faisait) passer par exemple un convoi exceptionnel sur des ponts, on devait demander l'accord de l'équipement. C'était un accord qui devait être obtenu préalablement au transport. Bah maintenant, c'est le contraire qui est vrai. C'est simplement pour information. Donc il faut que l'enquête sur cette affaire du pont qui s'est effondré, que cette enquête aille jusqu'au bout.
Mais si on va jusqu'au bout, si on recherche la chaîne des causalités, on s'apercevra très probablement qu'il s'agit d'abord et avant tout d'une misère budgétaire qui fait que le ministère de l'Équipement, qui faisait jadis encore – il y a encore 30 ou 40 ans – la gloire de la France, qui avait le meilleur réseau routier au monde... Eh bien désormais, le réseau routier français ne cesse de dégringoler, année après année, dans le classement mondial des réseaux routiers. Il y a encore 20 ou 30 ans, on était le premier du monde. Maintenant, on est passés moins que la 10e place, et on ne cesse de dégringoler.
Et puisque j'en suis à parler des problèmes budgétaires publics, j'insisterai sur cette information qui vient d'apparaître depuis quelques jours. C'est que pour la première fois dans notre histoire, on risque de voir un hôpital public... Dans le Maine-et-Loire il se situe, à Longué-Jumelles, pour être précis. Eh bien cet hôpital public risque d'être racheté par un groupe privé, parce qu'il est en quasi-défaut de paiement, faute d'obtenir les subventions nécessaires. Il n'y a plus d'argent nulle part en France, puisque tout notre argent est consacré soit à sauver l'euro, soit à le verser à l'UE ou à des mesures sur lesquelles nous n'avons pas prise.
J'ajoute, pour être complet, qu'il est sorti récemment des informations selon lesquelles il y aurait des fraudes aux aides sociales pour des montants tout à fait considérables. Alors les montants les plus énormes prolifèrent sur la question. De la même façon, on parle de 40 milliards d'euros – c'est des sommes absolument colossales – de fraude aux aides sociales... De la même façon qu'on parle de fraude à l'évasion fiscale opérée par les entreprises. Bien entendu, il faut lutter contre ces fraudes – c'est évident – : contre les fraudes aux aides sociales, qui sont parfois trop généreusement accordées, ou sans trop de surveillance, ou contre l'évasion fiscale.
Contre l'évasion fiscale, le problème, c'est que nous avons la libre circulation des mouvements de capitaux et que nous avons des entreprises qui arrivent à organiser leur insolvabilité en faisant des jeux d'écriture. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de l'expliquer. S'agissant des fraudes aux aides sociales, c'est tout à fait scandaleux, mais comment faire pour lutter contre les fraudes aux aides sociales lorsque dans tous les domaines, y compris au ministère des Affaires sociales (NDLR : ministère des Solidarités et de la Santé), on diminue le nombre de fonctionnaires qui sont chargés de surveiller tout cela ?
En fait, le problème deviendra de plus en plus insoluble au fur et à mesure que le nombre de fonctionnaires diminuera et que l'État n'aura plus d'argent pour entretenir tout simplement ses pouvoirs régaliens. {Merci, François Asselineau, pour ce tour d'horizon des actualités notamment européennes. Mais dites-moi, est-ce qu'il y aurait quand même au moins une bonne nouvelle dans toutes ces actualités ?} Je reconnais que tout ce que je dis n'est pas très réjouissant, mais c'est la situation de la France, hein, qui n'est pas réjouissante. Quand on se promène dans notre pays, hélas, on voit bien que la France est atteinte... C'est même plus une maladie de langueur.
C'est un problème monumental dans tous les domaines. La France se porte extrêmement mal. Le peuple français est très inquiet de la suite des événements. Et donc effectivement, il n'y a pas beaucoup de raisons de se réjouir. J'ai noté quand même, au cours des derniers jours, deux motifs de se réjouir. Le premier motif, eh bien on me permettra... C'est les problèmes qui se multiplient dans le parti du président de la République, dans le parti En marche. À l'Assemblée nationale, on a compté au cours des 24 dernières heures encore deux nouvelles démissions de députés de En marche. Le groupe En marche, à l'Assemblée nationale, comportait 313 députés au début de la législature.
Il n'en comporte plus que 303, 303 membres apparentés, puisque 10 députés, quand même, ont levé l'ancre de ce monde. Les deux députés qui viennent de faire défaut, qui viennent de faire défection, ce sont la députée de Haute-Savoie Marion Lenne et la députée de la Sarthe de En marche Pascale Fontenel-Personne. Alors qu'est-ce que ça veut dire ? Quand on regarde le pourquoi du comment de ces députés qui quittent le groupe En marche, ils disent tous la même chose. Ils disent tous : « En fait, on sert à rien ». Ils ne servent à rien. C'est triste. Ils se rendent compte qu'ils ne servent à rien.
Et alors au lieu d'avoir le cynisme de députés d'autres partis politiques que je ne citerai pas, qui savent qu'ils ne servent plus à grand-chose, mais qui sont là... Ça leur permet d'empocher les rémunérations, les avantages en nature divers et variés, et d'ailleurs souvent en n'allant pas à l'Assemblée nationale. En revanche, il y a dans En marche des gens qui étaient issus de la société civile qui s'étaient engagés parce qu'ils avaient trouvé que Macron avait le bon discours, et ci, et ça, puis ils se rendent compte qu'en fait, ils ne servent à rien. Ils disent, ils protestent...
Je crois que c'est Mme Pascale Fontenel-Personne qui a laissé une espèce de communiqué de presse à l'AFP qui expliquait pourquoi elle quittait En marche, en disant que c'était terriblement décevant, qu'elle avait participé à des quantités de groupes de travail, puis en fait, il se passait jamais rien. Mais quelle naïveté, madame la députée ! Quelle naïveté, mesdames les députées, les deux députées qui viennent de s'en aller ! Quelle naïveté, mesdames et messieurs, les 10 députés qui avaient quitté En marche ! Pourquoi est-ce que vous ne servez à rien ? C'est tout simplement parce que la grande majorité, l'écrasante majorité de tous les choix stratégiques sont décidés ailleurs qu'en France.
Est-ce que vous pouvez le comprendre ? Non ? C'est trop compliqué ? Lorsque les députés comme ça font des réunions avec le grand public, il y a le grand public qui dit : « Oui, ... » – ben je sais pas quoi, moi – « ...il faudrait taxer ci, il faudrait interdire les délocalisations, il faudrait taxer les transactions financières, il faudrait faire ci, il faudrait faire ça, il faudrait interdire les OGM. Et voilà, nous, on a des tas d'idées. Voilà, nous, on pense qu'il faudrait interdire les OGM ». Mais ces gens, les Français, ne savent pas que tout ceci est interdit par notre appartenance à l'UE.
Et je suppose que si ces deux députées ont fini par claquer la porte, c'est parce qu'elles se sont rendu compte qu'en fait, leur groupe leur disait non à tout. Mais leur groupe leur disait non à tout... Alors elles disent : « Oui, c'est une organisation pyramidale », et ci, et ça, mais non ! C'est parce que c'est toujours l'omerta et le grand secret. Le grand secret, c'est que la France n'a plus de marge de manœuvre dans un nombre de domaines absolument considérable. Donc on peut faire parler les gens... C'est du pipeau, hein. Ce sont toutes ces parlottes organisées dans tous les partis politiques. Il y a des partis comme ça qui font des odes à : « Au fait, il faut avoir des idées », hein.
Ça, c'est sur l'air des lampions : on va lancer des boîtes à idées, on va avoir des idées. L'un des derniers en date, c'était M. Christian Jacob, le nouveau patron des Républicains, qui a dit qu'il allait lancer des groupes pour avoir des idées. Je crois qu'il y avait M. Glucksmann, qui avait créé Place publique, qui s'était présenté aux élections européennes... Il était à côté de moi lors d'un débat. Bah vous avez vu qu'il avait en n°2 sur sa liste – je crois – une écologiste, qui a claqué la porte. Place publique vient d'exploser.
Il n'y a plus personne là-dedans, parce que les gens qui vont dans ces partis politiques, qui refusent de comprendre ce que j'explique depuis plus de 12 ans, qui ne s'intéressent pas à nos analyses, qui croient que la France est un pays souverain et que l'UE, ça serait un truc – (Bruit de baiser) – absolument formidable, super gentil, bisounours et tout, qui n'aurait aucun impact sur notre vie quotidienne, et qu'on serait libres de mener les politiques que l'on veut... Ces gens-là, eh ben d'un seul coup découvrent qu'ils n'auront en fait plus aucun pouvoir. C'est ça, finalement, la bonne nouvelle.
C'est qu'au bout du compte, je pense que tout ces députés vont quand même, à un moment ou à un autre, se mettre à réfléchir – peut-être faut-il l'espérer en tout cas –, vont commencer à regarder les analyses de l'UPR. Ils vont peut-être découvrir ce que sont les GOPÉ, hein, publiées chaque année par la Commission européenne. Ils vont peut-être se prendre à deux mains et commencer à lire les articles des traités européens, notamment du traité de Maastricht, recarrossé en traité d'Amsterdam, recarrossé en traité de Nice, recarrossé en traité de Lisbonne.
Ils vont peut-être commencer à s'intéresser aussi aux directives, comme tous ceux qui parlent d'immigration sans vérifier la directive du 22 septembre 2003 qui précise par exemple que le regroupement familial, désormais, est obligatoire et imposé par l'UE, hein. Donc tout ça, il faut quand même aller regarder un petit peu les textes. Mesdames et messieurs les députés de tous les autres partis politiques, allez, au boulot ! Renseignez-vous un petit peu sur ce que c'est que l'UE. Et puis la deuxième bonne nouvelle, quand même... Et là, je voudrais insister avec plaisir. C'est ce qui se passe outre-Manche. Sur ce qui se passe outre-Manche, vous avez peut-être remarqué qu'on n'en parle plus.
Alors dans nos grands médias, quand on ne parle plus d'un sujet qui avait défrayé la chronique : le Brexit, Boris Johnson, quand on n'en parle plus, eh bien c'est qu'il y a anguille sous roche, c'est que les choses ne tournent pas dans le sens de ce que voulait l'oligarchie. Ce qui se passe en ce moment au Royaume-Uni... Donc nous sommes le 29 novembre. Les élections générales ont lieu le 12 décembre, dans un peu moins de 15 jours. Mais ce qui se passe actuellement au Royaume-Uni, c'est qu'assez probablement, on s'oriente vers une victoire éclatante de Boris Johnson. Et pourquoi cela ? Pour toute une série de choses.
La première, c'est que comme je n'ai pas arrêté de le dire depuis 2 ans, comme ont pu le constater les Français qui étaient venus au mois de mars avec moi à Londres pour l'opération (NDLR : « La France libre de nouveau à Londres »), qui était censée célébrer le Brexit qui devait avoir lieu le 29 mars, qui avait été reporté, comme le savent tous ceux qui ont un regard objectif sur la situation, même s'il y a une forte opposition à la sortie de l'UE au Royaume-Uni, il y a une adhésion encore plus forte du peuple britannique, qui désormais est massivement, majoritairement en faveur du Brexit. Et donc il y a... Boris Johnson, il est quand même porté par les événements.
Il a réussi à avoir un accord avec l'UE. C'est un accord qui n'est pas aussi bon que ce qu'on pourrait penser, mais qui est bien meilleur que celui de Mme Theresa May. Et puis les gens en ont assez. Voilà. Donc ce qui se passe, c'est que les électeurs du Parti conservateur vont voter massivement pour Boris Johnson, que Nigel Farage, avec un sens des responsabilités, de l'Histoire qui l'honore... C'est que même s'il a été critique de l'accord obtenu par Boris Johnson, il a fini par décider de ne pas présenter de candidat du Brexit Party contre des candidats du Parti conservateur, de présenter ses candidats uniquement dans des circonscriptions détenues par les travaillistes.
Et encore, il a encore réduit la voilure, parce qu'en fait, Nigel Farage a bien compris que rien ne serait pire que le fait que, présentant des candidats, il fasse baisser le nombre de voix... Enfin il divise le nombre de voix favorables au Brexit, et que ce soit au profit des travaillistes. Donc Nigel Farage a vu le coup venir, et il l'a paré. Donc il va y avoir globalement, probablement, une forte mobilisation de tous les électeurs favorables au Brexit. Alors ça n'est pas la seule raison des événements actuellement en cours, et qui favorisent de plus en plus Boris Johnson. Il y a deux autres raisons.
Il y a une autre raison : c'est que des rumeurs insistantes d'antisémitisme à l'encontre de Jeremy Corbyn sont réapparues. Pas forcément contre lui-même, mais contre un certain nombre de ses députés, qui auraient ici ou là fait des propos, tenu des propos, des déclarations non seulement anti-israéliennes ou antisionistes, mais carrément antisémites. Alors l'affaire est quand même allée un petit peu loin, puisque le grand rabbin du Royaume-Uni, d'Angleterre a protesté, il a été soutenu par plusieurs Églises et religieux. Et donc il y a un parfum quand même d'opprobre qui pèse sur Jeremy Corbyn sur cette question. Et puis il y a encore autre chose.
C'est que Jeremy Corbyn a présenté un programme d'ultra-gauche, en proposant des nationalisations tous azimuts, en proposant d'augmenter considérablement le niveau de vie des Britanniques, d'augmenter de façon très importante les salaires. Ce qui d'ailleurs est assez curieux, c'est que si on regarde ça à la loupe, il est très probable que la grande majorité de ces décisions, qu'une majorité de ces décisions seraient tout simplement contraire aux traités européens, qui seraient... Alors il est vrai que le Royaume-Uni n'est pas dans la zone euro. Mais quand même, on est un peu surpris de voir ce programme, qui a tout l'air d'un sauve-qui-peut.
En attendant, eh bien ce programme de nationalisations tous azimuts semble avoir fait peur aux possédants au Royaume-Uni. Et d'après les informations qui nous viennent de l'autre côté du Channel, la City londonienne aurait désormais encore plus peur du programme de Jeremy Corbyn que du Brexit. C'est vraiment le serpent qui se mord la queue, on n'y comprend rien, parce que par ailleurs, Jeremy Corbyn ne veut plus du Brexit et voulait faire un nouveau référendum. Donc il a un programme à la fois d'ultra-gauche, mais un peu le style Tsipras, hein : ultra-gauche, mais en définitive, on est dans l'UE. Donc en définitive, tout ça, c'est de la bouillie pour les chats. Voilà.
La conclusion générale, en un mot : le 12 décembre, croisons les doigts. Nous espérons que Boris Johnson et les conservateurs vont remporter une victoire éclatante. Je rappelle qu'il s'agit d'élections majoritaires à un seul tour et que, dans chaque circonscription, c'est celui qui arrive en tête qui devient député, même s'il n'a pas 50% des suffrages. D'où la nécessité pour le camp du Brexit de se rapprocher, d'avoir un seul candidat. Et c'est ce qui est en train de se passer.
Le tout dernier sondage sorti, qui est un sondage en nombre de sièges, donne une très très large avance aux conservateurs, qui pourraient avoir – je crois – jusqu'à 354 députés à la Chambre des communes, tandis que le Parti travailliste connaîtrait une vraie défaite, avec quelque chose comme 214 – je crois – ou 220 sièges. Il est d'ailleurs notable que dans ces projections en termes de sondages, le Parti libéral-démocrate, qui est un parti ultra-européiste, eh bien ne perce pas. Ce qui témoigne que tout ce que l'on a pu raconter aux Français sur le fait que les Britanniques se mordraient les doigts, pour l'instant, on ne le voit pas dans les sondages. Attendons le 12 décembre.
Nous serons évidemment aux premières loges pour nous féliciter du vote en faveur du Brexit et de Boris Johnson si celui-ci a bien lieu comme le prédisent les instituts. {Eh bien merci, François Asselineau, pour cet entretien, qui touche à sa fin. Avez-vous cependant un dernier mot pour conclure ?} Alors les mots pour conclure... Je rappelle ce que j'ai déjà écrit, ce que nous avons fait à la fois sous forme de communiqué de presse et d'article.
C'est que nous appelons à manifester le 5 décembre avec l'ensemble des syndicats et certains autres partis politiques d'ailleurs, à manifester le 5 décembre, non seulement pour les retraites, pour le maintien des régimes spéciaux de retraite, parce qu'il n'y a aucun inconvénient, si ce n'est que des inconvénients idéologiques, à vouloir supprimer les régimes spéciaux... Je précise que c'est la Commission européenne, par les GOPÉ, qui a exigé la suppression des régimes spéciaux.
Ce qui est absolument une iniquité totale pour certaines professions comme les avocats, qui depuis des générations ont cotisé, ont mis de côté un petit trésor de guerre de 2 milliards d'euros qu'il s'agirait de piquer. Pareil pour les kinésithérapeutes. Il s'agirait de leur piquer leur argent. Donc nous, nous sommes contre la suppression des régimes spéciaux.
Nous sommes encore plus contre le fait d'avoir la retraite à points et unique pour tout le monde, parce que – on l'a déjà vu sur un nombre de fois incalculable – lorsque l'on fait des retraites à points, il suffira ensuite au gouvernement – pas celui-ci, pas immédiatement, mais dans 2 ans, dans 3 ans, dans 5 ans – de faire en sorte que le point soit augmenté moins vite que le taux d'inflation, pour progressivement diminuer le niveau de vie de l'ensemble des retraités. Donc c'est un véritable scandale.
Le scandale étant d'ailleurs que le régime de retraite n'est pas spécialement en faillite, contrairement à ce que l'on dit, que l'on pourrait prendre des mesures facilitant un meilleur équilibre. On n'en parle jamais, mais une politique de la famille par exemple, une politique également de réindustrialisation de la France, de faire revenir en France les productions agroalimentaires, les productions industrielles, les productions de services. Ce qui impose notamment de lutter efficacement contre les délocalisations. Ce qui impose également de sortir de l'euro, qui est beaucoup trop cher pour la compétitivité de l'économie française. Bref, ce qui impose de sortir de l'UE.
Nous, nous sommes parfaitement logiques avec nous-mêmes et cohérents. En sortant de l'UE, nous redonnerons au gouvernement français la marge de manœuvre nécessaire, parce que nous réindustrialiserons la France.
L'adoption du franc, qui se traduira par sans doute une dépréciation de notre monnaie de l'ordre d'une dizaine de % par rapport au cours pivot actuel vis-à-vis du dollar, permettra de relancer de façon formidable les exportations, de diminuer les importations, de créer au minimum 1 million d'emplois, de faire baisser brutalement le chômage, donc de rétablir les équilibres des comptes sociaux, et donc au bout du compte d'avoir davantage de rentrées fiscales ou de rentrées en matière de retraite. La base des cotisants pour les retraites, dans ce système de retraite par répartition, permettra de rééquilibrer le régime des retraites. Voilà pourquoi nous appelons à manifester.
Mais nous appelons à manifester pas contre Macron ou contre Édouard Philippe ou contre Delevoye... Bien sûr qu'on est contre. On pourra même hurler qu'on est contre Macron, Philippe, Delevoye. Ça nous fera plaisir. Mais fondamentalement, nous appellerons à manifester pour la raison supérieure, celle que les autres partis politiques français cachent aux Français, que les syndicats cachent aux Français. La raison supérieure, c'est que les ordres sur les réformes des retraites viennent de plus haut. Ils viennent de la Commission européenne, dans ses GOPÉ.
Je vous renvoie au communiqué de presse que nous avons publié il y a 48 heures, et qui précise très exactement dans quels documents on trouve ces demandes faites au gouvernement français, ces injonctions faites à la France de supprimer tous les régimes spéciaux et d'avoir un système de nivellement, et de favoriser par ailleurs les retraites par capitalisation, tout ceci pour favoriser des intérêts financiers qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'intérêt des retraités français. Un mot pour conclure : lorsque nous allons manifester, nous allons manifester pour dénoncer l'UE, qui est la cause n°1...
C'est pas la seule, mais c'est la cause n°1 du déclin accéléré et de la débandade de la France dans tous les domaines. Et c'est ça qu'on fera. Et j'irai moi-même. Et nous publierons dans quelques heures, lundi, mardi... Nous publierons très exactement le lieu de rendez-vous où j'appelle les adhérents de l'UPR ou les sympathisants de l'UPR présents en Île-de-France et qui pourront avoir les moyens de se déplacer ce jour-là, sachant que les transports seront limités. Eh bien nous les appellerons à venir dans un lieu précis qu'on vous indiquera préalablement.
Dans cette manifestation, nous en profiterons aussi pour apporter notre soutien aux agriculteurs français qui, de nouveau, ont fait, à l'occasion de ce qu'on appelle le Black Friday : le vendredi noir avec les soldes... Ils ont fait un Block Friday, c'est-à-dire bloquer le vendredi. Il y a eu des manœuvres, notamment de tracteurs sur le périphérique parisien, pour bloquer le périphérique parisien. Nous apportons notre soutien aux agriculteurs français, qui sont dans une situation de plus en plus catastrophique.
Mais je suis quand même toujours triste de lire ce que je lis dans la bouche de certains agriculteurs, qui incriminent toujours Macron, le Premier ministre, le ministre de l'Agriculture, et qui ne voient toujours pas le problème n°1 qui est notre appartenance à l'UE. Voilà. J'ai vu beaucoup d'agriculteurs. Il y en a encore beaucoup qui sont sceptiques à l'idée de ce que nous disons. C'est que les primes versées par l'UE aux agriculteurs ne viennent pas de l'UE, viennent des Français. Et quand on le leur dit, ils nous disent : « Oui, mais qu'est-ce qui nous garantira que vous nous les donnerez ? ».
Bah oui, bah ce qui vous le garantira, c'est l'engagement absolument solennel que l'UPR et moi-même avons pris depuis des années : lorsque nous serons sortis de l'UE, nous sanctuariserons immédiatement les subventions aux agriculteurs français, qui leur seront d'ailleurs versées directement, et donc beaucoup plus rapidement qu'à l'heure actuelle, où elles transitent par Bruxelles. Et puis les subventions européennes ne sont que l'un des aspects des maux dont souffre l'agriculture française.
Il faut y ajouter tout le reste : la mise en concurrence avec des pays dont les coûts de production agricole sont très très inférieurs aux coûts français, ce qui force un certain nombre d'agriculteurs à vendre à perte leur production, sans compter qu'on y rajoute le CETA avec le Canada, peut-être le TAFTA avec les États-Unis, peut-être l'accord avec le Mercosur. Tout ceci... Il faut en finir avec cette... Comment dirais-je ? Cette persécution, en fait, de nos agriculteurs. Et comme si ça ne suffisait pas, il y a en plus de ça un discours anti-agriculture qui s'est développé en France.
Et les agriculteurs ont raison de manifester contre cela, parce qu'on ne peut pas à la fois mettre les agriculteurs dans une situation insupportable économiquement et financièrement, et leur demander de surcroît de ne pas utiliser les moyens qui sont à leur disposition pour avoir les rentabilités nécessaires, c'est-à-dire notamment des produits phytosanitaires. Pour ce qui nous concerne, – j'ai déjà parlé beaucoup de ça, mais je le dis à cette occasion – nous, nous sommes en faveur d'une agriculture raisonnée, de développer l'agriculture bio, l'agriculture raisonnée. Nous sommes en faveur de redévelopper l'agriculture familiale traditionnelle. Nous sommes en faveur de la permaculture.
Nous sommes en faveur d'une agriculture beaucoup plus respectueuse des terroirs. Mais tout ceci nécessite que l'on en finisse avec la mise en concurrence insupportable qui est infligée aux agriculteurs français. Et puis le tout dernier mot pour conclure : je voudrais lancer un appel... Je l'ai déjà dit de nombreuses fois. Je ne me lasse pas de le dire. J'appelle toutes les personnes qui m'écoutent et qui ne l'ont pas encore fait à se rendre dans leur mairie ou bien à aller sur leur ordinateur, et à signer la pétition pour le référendum sur Aéroports de Paris. On a appris ces jours-ci qu'on n'était pas encore arrivés au premier million de signatures.
Je rappelle qu'il faut (NDLR : 4,7 millions de signatures). C'est un nombre démentiel. C'est une honte ! Cette réforme constitutionnelle qui avait créé le référendum d'initiative partagée nécessite 10% du corps électoral. On n'a jamais vu ça dans aucun autre pays du monde. Nous, nous avons dit... Lorsque j'ai présenté mon programme, j'avais dit que pour ce qui nous concernait, il nous faudrait avoir à peu près, pour un référendum d'initiative citoyenne en toutes matières... Il suffirait d'avoir 700 000 ou 800 000 signatures. Si notre proposition était actée dans la Constitution française, ça y est, nous les aurions, et nous aurions notre référendum.
700 000 signatures validées par un système informatique, ça n'est pas rien. Mais (4,7 millions), c'est tout simplement impossible. Alors à l'impossible, j'espère que les Français diront : « Impossible n'est pas français ». J'appelle à la mobilisation générale. Je sais bien que ce qui arrive est dû au fait que tous les grands médias du pays organisent l'omerta sur cette affaire. France Inter a refusé de passer des spots qu'avait préparés – je crois – le PCF, à juste titre. C'était des spots pour appeler les Français à signer la pétition pour ADP.
France Inter a dit que c'était contraire – comment dirais-je – à la neutralité du service public – enfin on croit rêver –, alors que c'est un problème d'information. Le CSA : courage, fuyons, est passé sous la table, a refusé d'imposer cela. Donc actuellement, il y a la conspiration du silence sur l'existence de cette pétition. On a – je crois – jusqu'au mois de mars de l'année prochaine pour signer. Il y a la conspiration du silence. C'est un vrai scandale. C'est un vrai scandale, parce que des sondages ont été effectués qui tendent à montrer que s'il y a un référendum sur la privatisation d'ADP, il y aurait probablement 66%, 70%, 75% des électeurs qui voteraient contre. On le sait !
On le sait de façon certaine. Sauf qu'il y a peut-être 70% ou 75% des électeurs qui vont voter contre, mais il n'y en a que 2% qui ont signé la pétition. Pourquoi ? Bah parce qu'énormément de gens ne savent même pas que cette pétition existe, ne savent pas comment procéder. Et puis c'est la loi du silence. C'est exactement comme ceux qui s'étonnent des scores modestes que nous avons faits aux élections européennes alors que le ressentiment contre l'UE est très élevé. Bah je rappelle que tout simplement, nous avons été... Nous avons souffert d'une occultation médiatique. Nous avons eu une très faible couverture médiatique. C'est aussi simple que cela. Voilà le problème.
C'est le même problème pour ADP. Essayons de lutter contre ça. Signons. Faisons signer tout autour de nous la pétition pour avoir le référendum sur ADP. Je vous remercie de m'avoir écouté pour ce long entretien d'actualité, n°85. Je renoue avec le fil de ceux que j'avais faits auparavant. J'espère que ça vous a intéressés. Je vous souhaite une bonne semaine. Je vous souhaite de vous préparer pour les journées du 5 décembre et sans doute les journées ultérieures. On ne sait pas ce qui va se passer. Tenez bien. Tenez ferme. Et puis comme d'habitude : vive la République et vive la France.
François Asselineau