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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 4 mars 2026 27 min

Christian Cambon : « Macron a eu raison de donner cet ordre, car nous avons des accords de défense »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Christian Cambon, sénateur LR du Val-de-Marne, vous êtes, je le disais, l'envoyé spécial du président du Sénat pour les relations internationales. Est-ce qu'Emmanuel Macron a eu raison de prendre la parole hier soir à 20h ? Il fallait qu'il s'adresse aux Français sur ce conflit.

0:25
Christian Cambon

Je pense que son intervention était nécessaire. D'abord, elle corrigeait la première intervention qu'il avait tenue samedi. La France n'est ni informée ni impliquée. Je pense que la réalité a vite pris le dessus. Et comme il y a une certaine inquiétude dans le pays, manifestement…

0:45
Présentateur

Juste, il a menti samedi ou diplomatiquement, il ne pouvait pas tout dire ?

0:48
Christian Cambon

Je pense que c'était une réaction peut-être un peu trop rapide, trop spontanée. Mais bon, l'important, c'était effectivement hier soir et de manière assez solennelle de refixer à la fois la position de la France, quelle participation va être la nôtre, et puis aussi de rassurer les Français de l'intérieur, c'est-à-dire notre sécurité, car on voit bien que parmi les difficultés qui peuvent naître assez rapidement, le risque d'attentat n'est pas négligeable. Et donc, il était important que le chef de l'État s'exprime aussi sur ce sujet. Il l'a fait aussi vis-à-vis de nos alliés. Je rappelle que nous avons des accords de défense.

Vous savez, dans cette région, la boussole du monde qui était plutôt stabilisée depuis quelque temps est totalement perdue. Et donc, si vous voulez, il était important qu'on montre que nous avons des obligations, des obligations militaires. Je pense aussi à Chypre. Il a rappelé l'importance que nous avons. Et cette frégate Languedoc qui est arrivée cette nuit au large des côtes chypriotes est importante. C'est un allié qui nous a beaucoup aidés. Donc, c'est un petit peu toute la région qui est déstabilisée. Et donc, il fallait que le président de la République dise où nous en sommes, ce que nous comptons faire. Et il l'a fait de manière assez claire.

2:03
Présentateur

Et on va revenir dans le détail sur cette intervention. Il a commencé en pointant du doigt la responsabilité de l'Iran dans ce conflit. Mais quand même, il a dit des opérations conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons approuver. Mais est-ce que vous dites la même chose ? Ou est-ce que vous dites plutôt, comme Bruno Retailleau, on ne peut pas se cacher derrière le droit international pour justifier sa passivité ?

2:24
Christian Cambon

Je pense qu'il était dans le rôle du président de la République de rappeler que ces opérations n'ont pas pris leur place dans le respect du droit international. Mais comment fonctionne le droit international depuis quelques semaines, depuis quelques mois ? Les Nations unies sont en arrêt cardiaque. On n'entend plus vraiment parler d'eux. Et le chef de l'État avait raison de dire cela. Mais je pense que le travail… Mais il fallait y aller en faisant fi du droit international ? Mais bien sûr qu'il fallait y aller. Bien sûr qu'il fallait y aller, car l'histoire va être plus précise dans les semaines et les mois qui viennent.

Mais le président Trump a dit qu'il ne restait que quelques mois avant que la situation soit irréversible. Et notamment la situation vis-à-vis de l'armement nucléaire de l'Iran. Donc je pense qu'il était effectivement nécessaire. Écoutez, ça fait 47 ans que cette affaire dure. Il y a eu toutes sortes de négociations, de conférences internationales, de négociations ouvertes, publiques, privées, etc. Rien ne débouche. Et on voit bien, du reste, par la violence de la réaction de l'Iran vis-à-vis de ses voisins, combien ce pays était surarmé et consacrait effectivement à sa défense et à ses capacités d'agression une masse très importante qu'il fallait faire taire.

Et je pense que c'est ce qui est en cours, bien évidemment, le droit international. Des pays comme la France, comme l'Europe, ont raison de rappeler ce principe. Mais malheureusement, nous sommes arrivés au temps des puissances et de la violence internationale. Eh bien, il faut en prendre acte et le président de la République, je crois, a eu raison de dire que ces gens-là ne vont pas être pleurés longtemps.

4:02
Présentateur

Non, mais il demande un arrêt des frappes, la reprise des négociations diplomatiques. Est-ce que ça vous paraît crédible, ça vous paraît possible dans le contexte actuel ?

4:09
Christian Cambon

Sincèrement, je pense que le temps des négociations diplomatiques n'est pas encore arrivé. Je ne vois pas du reste avec qui, puisque pour l'instant, les interlocuteurs iraniens sont neutralisés les uns à la suite des autres. Donc, il faudrait véritablement que, dans des cercles assez différents, il puisse y avoir un début de négociation. Pour l'instant, c'est le temps de la force, disons les choses telles qu'elles sont.

4:35
Présentateur

Il peut durer combien de temps, ce temps ? Combien de temps l'Iran a les moyens de riposter à Israël et aux États-Unis ?

4:40
Christian Cambon

Vous savez, c'est la question que tout le monde se pose. J'entendais ce matin, cette nuit, les premières nouvelles sur lesquelles, déjà, les frappes aériennes commencent à diminuer, que ce soit à la fois celles des missiles, missiles moyennes et longue portée, ou que ce soit celles des drones. Bon, je pense que le temps nécessaire est celui où l'Iran ne sera plus en capacité de frapper. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que non seulement on aura détruit les usines de fabrication des missiles et aussi des drones, que l'on aura frappé les équipements de lancement de ces missiles, et à ce moment-là…

5:16
Présentateur

Vous pensez que les États-Unis et Israël vont réussir à anéantir le programme nucléaire iranien ?

5:21
Christian Cambon

Alors ça, c'est une autre affaire, c'est un autre chapitre. Il semble, d'après les premières nouvelles, que le centre de Natanz a été de nouveau bombardé, en tous les cas, que les entrées de ce centre, les entrées souterraines, puisqu'on imagine que tout ça se situe à peut-être des centaines de mètres sous terre, qu'elles ne sont plus accessibles. Parce qu'on pourrait imaginer que dans un délire fou, l'Iran se serve d'une manière ou d'une autre de ses moyens nucléaires. Donc je pense que c'est une chose importante.

Mais de ce que nous comprenons, encore une fois, avec toutes les réserves et la modestie nécessaires, je pense que le traitement des installations nucléaires va intervenir dans un second temps. Soit parce qu'il y aura un nouveau régime iranien qui aura renoncé à cet armement, soit parce qu'effectivement, les États-Unis et Israël veulent en finir. Et je pense sincèrement, notamment du côté d'Israël, qui a la volonté d'en finir une bonne fois.

6:12
Présentateur

Est-ce que, on va parler du régime iranien dans quelques instants, mais juste sur la question du nucléaire, est-ce que vous pensez que le régime pourra renoncer au nucléaire pour se sauver ? Ou est-ce que coûte que coûte, ils continueront les frappes quitte à se s'aborder ?

6:26
Christian Cambon

Je pense que pour l'instant, c'est déjà bien tard. Puisque, encore une fois, les prises de position, le président américain a dit, ils ont eu le temps de la négociation, on a essayé d'avancer avec eux, rien n'a été possible, et c'est pour ça qu'on a déclenché cette offensive. Donc, je pense, pour ma part, que l'avenir du nucléaire, soit sera limité au nucléaire civil avec un autre gouvernement plus pacifique pour la région, soit sera purement et simplement détruit, si, une nouvelle fois, on voit, finalement, un nouveau régime qui ressemble au précédent. Mais les analystes nous disent aujourd'hui que ceux qui risquent d'arriver sont peut-être encore plus dangereux que le précédent.

Alors, donc, je pense que, malheureusement, nous n'en avons pas terminé. Et vous savez, Israël et toute la région ne peuvent pas vivre en permanence sous la menace. Souvenons-nous, on a évidemment la mémoire un peu courte, souvenons-nous de toutes ces années où la rhétorique iranienne, c'était Israël doit être détruit. Vous imaginez si nous étions les voisins d'un pays qui ne souhaite que la destruction de la France. Donc, il faut aussi comprendre qu'il y a un moment où les choses doivent s'arrêter. Israël est constamment sous le feu des missiles, le nord d'Israël, etc.

Donc, je pense qu'il y a un moment où, effectivement, ils veulent en finir, non seulement avec l'Iran, mais avec ses proxys et singulièrement le Hezbollah qui est en train de subir de lourdes attaques en ce moment même.

7:49
Présentateur

– Et justement, le Hezbollah qui a attaqué Israël, qui riposte avec plusieurs frappes, vous le dites, sur le Liban. Emmanuel Macron, qui hier a fustigé la volonté d'Israël de lancer une opération terrestre sur le Liban, une faute majeure, dit le président de la République. Est-ce qu'il a eu raison de tenir ses propos ?

8:07
Christian Cambon

– Je pense qu'il a rappelé ce principe pour essayer de tenir le langage équilibré qui convient.

8:12
Présentateur

– Mais ça marche-le en même temps dans cette situation ?

8:14
Christian Cambon

– Écoutez, ça fait partie d'un discours officiel, mais les informations que nous avons sont un tout petit peu différentes parce que les Israéliens procèdent actuellement sur Beyrouth, personne ne peut encourager d'une manière générale toute cette violence, mais ce qu'ils font, regardons les choses telles qu'elles sont, ils procèdent à des frappes chirurgicales, c'est-à-dire que les énormes panaches de fumée que l'on voit actuellement sur Bahabda, etc., ils tapent sur un étage parce qu'ils ont eu un renseignement sur lequel il devait y avoir vraisemblablement un membre du Hezbollah et je pense qu'ils veulent en finir non seulement avec la branche militaire, mais aussi avec la branche politique du Hezbollah puisqu'on s'aperçoit que tout ça est en fait un habillage et que le danger de déstabilisation du Hezbollah demeure et je pense que là aussi, ils veulent en terminer.

Alors je ne vois pas, je n'imagine pas, je ne suis pas non plus devin, je n'imagine pas que brusquement Israël occupe d'une manière générale le sud-Liban, alors ils prennent des positions jusqu'au Litanie, le fameux fleuve, mais vous savez, moi j'ai été dans cette partie du Liban, la présence du Hezbollah, elle était vraiment partout et donc je pense qu'il y a beaucoup de travail à faire s'ils veulent s'en séparer.

9:30
Présentateur

L'annonce de la soirée, elle est ce matin en une du Dauphiné libéré, on va la regarder Macron, on voit la flotte française, le chef de l'État qui a annoncé que le porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates font route vers la Méditerranée, il a eu raison de donner cet ordre ?

9:45
Christian Cambon

Oui, il a eu raison parce que d'abord, encore une fois, nous avons des accords de défense, notamment avec les Émirats, je parlais de Chypre il y a un instant, nous avons aussi des bases qui sont présentes là-bas et les accords de défense avec les Émirats ne servent pas uniquement à leur vendre des rafales, même si c'est une très bonne chose, il faut aussi que nous respections nos propres obligations.

Et donc le fait d'envoyer Charles de Gaulle et son escate, qui est très important, les frégates qui l'entourent, le sous-marin nucléaire qui le précède, d'abord c'est un moyen de sécurité, si jamais il y avait des mesures de rapatriement de nos Français, on rappelle quand même qu'il y a 400 000 Français dans cette région. Et donc comme on ne sait pas exactement comment les choses tournent, j'allais dire que toutes les heures des événements nouveaux illustrent tout cela, on a vu ce matin que malgré la neutralisation des armes iraniennes, ils frappent encore, ils viennent même de frapper un radar américain, ce qui montre quand même une capacité de résistance.

Donc il est important que la France soit présente et qu'elle respecte les accords de défense, et si les Émirats sont attaqués, la France prendra les mesures nécessaires pour les accompagner, elle a du reste non seulement envoyé ça, mais aussi des moyens de défense aérienne.

11:01
Présentateur

– Mais c'est ce que j'allais vous dire, là on envoie le Charles de Gaulle, Emmanuel Macron a dit il y a des rafales pour défendre l'espace aérien de nos alliés, est-ce que de facto on est quand même entré dans le conflit ?

11:10
Christian Cambon

– Si vous voulez, à partir du moment où les Émirats seraient durement attaqués, je pense qu'un accord de défense veut bien dire ce qu'il veut dire, c'est-à-dire qu'on doit être à côté, je ne veux pas dire que c'est nous qui prenons l'initiative des opérations, mais si les Émirats nous le demandent, c'est toujours la règle et je pense qu'elle est importante. Si un État nous demande notre concours et qu'on a un accord de défense, il est normal qu'on s'implique avec les moyens qui sont les nôtres.

11:34
Présentateur

– Et pour faire face au blocage du détroit d'Hormuz par où transite 20% du pétrole mondial, Emmanuel Macron a annoncé une initiative.

11:41
Invité

– Aujourd'hui le détroit d'Hormuz est de fait fermé, et c'est par ce détroit que transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde. Le canal de Suez, la mer Rouge sont aussi sous tension et menacées. Nous sommes à l'initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l'économie mondiale.

12:11
Présentateur

– Une coalition avec qui, Christian Cambon, et est-ce qu'il va être suivi le chef de l'État ?

12:16
Christian Cambon

– Alors je pense effectivement qu'il y a un certain nombre de pays, notamment des pays européens, je pense à la Grande-Bretagne, je pense à l'Allemagne, je pense à d'autres pays européens qui se sentent interpellés par ce problème du détroit d'Hormuz. Et les Américains aussi, si nos renseignements sont bons, ont dit hier qu'ils allaient mettre en route un certain nombre de moyens pour débloquer ce détroit d'Hormuz. Je rappelle que c'est 30 kilomètres, la géographie est absolument terrible, on voit bien qu'on dit que 600 bateaux sont actuellement bloqués.

Bon, la France, ça a été dit par le ministre de l'Économie, n'est pas vraiment directement concernée, puisque c'est seulement 10 à 12% de nos approvisionnements énergétiques, mais ceux qui sont les plus gênés, normalement, c'est la Chine par exemple, qui elle, tire son approvisionnement énergétique de toute cette partie du monde. Et d'une manière générale, la France, ça fait partie des grands principes que nous mettons systématiquement en œuvre. La France est attachée à la liberté de navigation dans les détroits, on le fait en Asie, dans l'océan Indien, dans l'océan Pacifique.

Il est absolument normal que, du fait de ce conflit, le détroit d'Hormuz, qui est une artère fémorale, j'allais dire, pour la circulation du gaz et du pétrole, puisse être libéré. Or, les Iraniens, quelles que soient les informations que nous avons selon lesquelles la flotte iranienne a été détruite, mais ils peuvent utiliser beaucoup de moyens, ces espèces de goffas, ces vedettes rapides, des mines flottantes, qui sont effectivement excessivement dangereuses pour les pétroliers. Donc, il faut que cette coalition internationale puisse fonctionner. Nous avons des moyens.

On a des chasseurs de mines, on a des frégates, et la frégate Languedoc, et puis aussi le Fort Bain, qui doit être sur place déjà depuis quelques temps, ont des moyens, effectivement, de détection.

14:07
Présentateur

Emmanuel Macron, qui s'est également adressé à nos compatriotes présents dans la région, parce que cette guerre a entraîné la fermeture de l'espace aérien dans plusieurs pays de cette région. Ça fait peser des risques, Johan, pour la sécurité des Français bloqués sur place. Combien ils sont actuellement ?

14:22
Invité

Eh bien, le Quai d'Orsay estime qu'il y a environ 400 000 Français présents en ce moment, dans la douzaine de pays touchés par le conflit. Une grosse moitié d'entre eux résident sur place. Ce sont souvent des binationaux, comme par exemple en Israël. Plus de 100 000 ressortissants français y sont installés. Et pour ce qui est de l'autre moitié des Français au Moyen-Orient, eh bien, ce sont des personnes de passage pour les vacances ou le travail. L'objectif, donc, ce n'est pas de rapatrier tous les Français, mais de préparer le retour de ceux qui le demandent.

14:48
Présentateur

Et jusqu'ici, combien de Français ont demandé à être rapatriés ?

14:51
Invité

Eh bien, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barraud, disait hier que 25 000 Français de passage, s'étaient déjà manifestés auprès du ministère des Affaires étrangères. Le ministre qui encourageait tous les Français, dans la même situation, à se faire recenser pour pouvoir les localiser. On peut donc penser qu'avec cet appel, le nombre de demandes de rapatriements a augmenté en 24 heures. Le Quai d'Orsay, qui doit décider ensuite de qui, sera rapatrié en priorité. Jean-Noël Barraud a cité en premier lieu les personnes les plus vulnérables, sans préciser les critères. On imagine en priorité les Français qui se trouvent dans les zones les plus dangereuses.

On pense aussi aux personnes malades ou âgées, aux femmes enceintes et aux familles avec des enfants.

15:31
Présentateur

Et les personnes les plus vulnérables qui ont commencé à être rapatriées cette nuit ?

15:34
Invité

Exactement. Un premier vol rapatriant une centaine de Français est arrivé vers 3 heures du matin, la nuit dernière, à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Un avion d'Air France en provenance de Mascate, la capitaine du sultanat d'Omane. Emmanuel Macron l'avait annoncé dans son allocution télévisée hier soir. Un deuxième avion devait arriver dans la nuit. L'État qui fait de son mieux pour rapatrier les Français. Je sais l'angoisse, l'impatience qui existe. Mais je veux ici vous dire que les équipes sont pleinement mobilisées dans les pays concernés comme à Paris pour organiser les retours dans les meilleures conditions. Et vous continuerez d'être informés en temps réel.

Et pour mener à bien ces évacuations par les airs, la France a trois options. Passées par des vols commerciaux sur lesquels elle négociera un certain nombre de sièges pour ses ressortissants. Elle envisage aussi d'affrêter elle-même des vols civils. Enfin, l'État pourrait envoyer des avions de la République française.

16:32
Présentateur

Et l'État qui prend aussi des mesures pour évacuer les Français par voie terrestre.

16:34
Invité

Exactement. Le Quai d'Orsay met en place des équipes consulaires aux frontières entre l'Égypte, Israël et la Jordanie. Leur rôle est de faciliter le passage des Français qui souhaitent sortir par voie terrestre pour prendre ensuite un vol depuis l'Égypte ou la Jordanie. Deux pays où l'espace aérien est toujours ouvert. Même dispositif aux Émirats Arabes Unis. Les Français pourront passer la frontière direction Oman ou l'Arabie Saoudite. Là aussi, dans ces deux pays, les avions volent toujours. Enfin, pour répondre aux appels des ressortissants français, le Quai d'Orsay va renforcer ses équipes diplomatiques au Moyen-Orient et à Paris. Une question pour vous, Christian Combon.

25 000 Français au minimum à rapatrier, sans doute beaucoup plus. Ça va prendre quand même du temps, ce défi logistique, non ?

17:15
Christian Cambon

Ça va prendre un certain temps, mais bien évidemment, ça correspond à une nécessité absolue. Évidemment, la période était la période des vacances. Il y a beaucoup de gens, moi j'en connais, qui sont partis là-bas pour attraper un peu de soleil. Bon, il eut mieux valu être un petit peu plus attentif à la dégradation de la situation internationale. Ceci étant, maintenant, il est nécessaire effectivement de tout faire pour rapatrier ses familles, ou ses familles ou ses individus, parce que le danger est quand même là, je veux dire.

Alors ça nécessite une très grosse logistique, mais moi je fais assez confiance à la fois à la cellule de crise du Quai d'Orsay, à notre compagnie nationale, puis il y a quand même beaucoup de compagnies. Ce que je sais par des informations personnelles, c'est que les Français avaient beaucoup de difficultés à se rendre à Oman et Mascate, parce que la frontière a été fermée, et puis bien évidemment, il y a toutes les difficultés que relate la presse, disant que ces gens sont confrontés à des tarifs de taxi, ou tu vois quoi, qui sont absolument invraisemblables, on demande jusqu'à 5 000 euros pour aller de l'autre côté de la frontière.

Ça va être long, mais on ose imaginer que ceci va être bien géré, la France est quand même bien équipée, il y a bien l'habitude de ce genre d'opérations, des rapatriements, on en a malheureusement réalisé à chaque fois qu'il y a eu des crises dans toutes ces régions du monde.

18:35
Présentateur

Pour terminer, Christian Cambon, on va écouter un témoignage. Bonjour Firouze Banissadre, merci infiniment d'être avec nous ce matin, vous êtes militante politique pour un Iran libre et indépendant, vous êtes la fille du premier président de la République islamique d'Iran, vous vivez aujourd'hui en France. D'abord Firouze Banissadre, qu'est-ce que vous avez appris samedi soir, quand vous avez, qu'est-ce que vous avez ressenti par ton samedi soir quand vous avez appris la mort de Ramenei ?

Bonjour, écoutez, Ramenei était un dictateur sanguinaire, donc je n'ai ressenti aucune tristesse, mais pour autant, je crois que j'aurais été profondément heureuse si ce renversement de Ramenei avait été opéré par le peuple iranien, là la joie aurait été extrêmement profonde. Elle a été faite par des puissances étrangères, donc j'aurais préféré que cette personne soit renversée par le peuple iranien, qu'elle puisse être jugée pour que ce jugement fasse œuvre pédagogique pour les générations futures et qu'ils puissent rendre compte de ces crimes.

Est-ce que vous pensez, puisque vous parlez du peuple iranien, le combat n'est pas terminé, est-ce que vous pensez que le peuple iranien va réussir à faire tomber le régime ? Je pense que l'agression étrangère rend extrêmement difficile ce combat parce qu'elle place le peuple iranien entre un régime sanguinaire qui ne veut pas et une agression étrangère qui n'est pas faite pour les intérêts du peuple iranien, mais pour ses propres intérêts. Là, pour l'instant, le peuple iranien cherche à survivre, il vit au jour le jour, il vit dans le chaos et donc le choix et le combat est devenu beaucoup plus difficile pour un Iran libre et indépendant.

Christian Cambon, vous aviez une question pour Firouzé Banissab ?

20:50
Christian Cambon

Oui, bonjour madame, merci de votre témoignage émouvant. Je reviens un instant sur ce que vous dites. Bien évidemment, nous souhaiterions tous que le peuple iranien puisse se libérer de lui-même et je crois que c'est une des constances que nous défendons, à savoir que la liberté ne peut se reconquire que par le peuple.

Ceci posé, ce qui s'est passé il y a quelques semaines et qui a montré la férocité de la répression organisée par les Pazdaran, par les gardiens de la Révolution, fait que j'imagine que la population doit être quand même en crainte, car ils sont à main nue et finalement cette intervention étrangère elle a au moins pour objectif d'essayer d'affaiblir ces moyens, notamment tout ce qui est fait contre les gardiens de la Révolution qui ont été, enfin tous les témoignages qui commencent à sortir, qui ont été d'une très grande violence. Comment pensez-vous que la population puisse surmonter cette crainte ?

Est-ce qu'elle va attendre que les moyens de ces Pazdaran soient littéralement neutralisés pour pouvoir enfin envahir la rue ? L'Iran est un très grand pays et il est sûr que s'il y a 3, 4, 5 ou 6 millions de gens qui descendent dans la rue, je pense qu'à ce moment-là, les choses peuvent basculer.

22:05
Présentateur

Je pense que les sanctions opérées contre le régime ont finalement impacté énormément la population et que ces menaces de guerre et la guerre actuellement fragilisent le combat du peuple iranien pour un Iran libre et démocratique et ont renforcé au final le régime. Et là, le peuple est dans l'incapacité de pouvoir se mobiliser contre le régime parce que tout simplement, il est menacé par les bombes tous les jours. Et finalement, faire tomber le régime, pour quelle alternative ? Est-ce que c'est pour une alternative à la solde des puissances étrangères ou pour réellement aboutir à un combat que mène le peuple iranien depuis plus de 150 ans pour un Iran libre et indépendant ?

Nous avons quand même subi la dynastie des Pahlavi qui était à la botte de la puissance américaine. Nous n'avions ni indépendance ni liberté. Donc, c'est pour ce combat-là qui est mené par le peuple iranien, c'est pour véritablement aboutir un État de droit, un État qui puisse attirer la liberté de la population et qui soit indépendant des puissances étrangères. Mais comment voyez-vous ? Je veux comprendre ce message, c'est ce que vous avez, le peuple français a eu avec le général de Gaulle après la Seconde Guerre mondiale. Le général de Gaulle a tout fait pour assurer l'indépendance nationale du peuple français. Nous voulons également cette indépendance nationale.

Mais qui peut prendre la suite, selon vous, Firouzé Banissadre ? Est-ce que le fils du chat, c'est une solution, c'est la solution ? Le fils du chat est à la botte du régime israélien. Donc, non, il a comme seul héritage et d'être un petit-fils de dictateur. Et donc, proposer cette alternative au peuple iranien, se débarrasser d'un régime sanguinaire pour tomber dans une autre dictature, ce n'est pas un avenir réjouissant pour la population iranienne.

24:45
Christian Cambon

Mais alors, madame, est-ce que vous pensez qu'au sein même de la population iranienne présente en Iran, il y a les ferments d'une opposition constituée ? Parce que l'opposition, elle a quand même fait l'objet de tellement de violences. Beaucoup ont disparu, ont été tués, d'autres sont enfermés. Or, qui peut, j'allais dire concrètement, il faut qu'il y ait une incarnation, en quelque sorte, à un moment ou à un autre, qu'un homme ou une femme ou quelques-uns ? Est-ce que vous pensez, des renseignements que vous pouvez avoir, que cette hypothèse se prépare et qu'il puisse y avoir une opposition constituée qui fédère, en fait, toutes ces forces qui ne veulent plus de ces violences ?

Bien évidemment, nous adhérons tout à fait à ce que vous dites, à savoir que l'Iran doit être un peuple libre, démocratique. Mais tout ça, on sait que c'est un très long chemin. Et déjà, il faut que des femmes et des hommes aient le courage de se porter devant le combat pour entraîner cette masse.

25:45
Présentateur

Alors, il existe des militants de longue date en Iran. Beaucoup sont en prison et également à l'étranger. Et samedi qui vient, il y a un front républicain constitué de différentes tendances, mais qui se réunit sur trois principes, l'indépendance, la liberté et une république, l'instauration d'une république en Iran qui va annoncer son existence. Donc, samedi qui vient, et avec des personnes à la fois en Iran et à l'extérieur de l'Iran. – Merci beaucoup, merci infiniment, Firouz et Banissadre, d'avoir été avec nous ce matin et d'avoir témoigné dans cette émission. Merci, Christian Cambon. – Merci. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.

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