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interviewRTL — L'invité de 7h40· 30 juin 2026 11 min

Yannick Jadot dit sa colère après la réintroduction de pesticides par le Sénat "contre tous les avis scientifiques"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est sénateur de Paris, il a été le candidat des écologistes lors de la dernière élection présidentielle en 2022. Yannick Jadot est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Yannick Jadot. Bonjour. Dites-moi, il y a la clim chez les Jadots ou pas ? Il y a la clim à la maison ?

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Yannick Jadot

Malheureusement non, mais je suis comme tous les Françaises et les Français. Il y a quelques jours, on aurait beaucoup donné pour avoir une clim à la maison, parce que quand il fait 40 degrés dehors et que la nuit il fait une trentaine de degrés à la maison, et bien oui, on aurait...

0:33
Présentateur

Donc vous avez passé, vous êtes aussi dans l'équipe clim ?

0:36
Yannick Jadot

Non, ce que je veux dire c'est que moi je ne veux absolument pas culpabiliser les Français sur leur envie de climatisation quand on souffoque. On a évidemment une urgence absolue, c'est d'avoir des climatisations dans les espaces où il y a des personnes vulnérables. On pense évidemment à l'hôpital, on pense aux écoles, et puis il y a des personnes qui ont besoin de pouvoir se rafraîchir, d'avoir le droit à la fraîcheur. Après, on a compris que la climatisation ne pouvait pas être la solution magique au dérèglement climatique, que ce soit en matière d'adaptation comme en matière de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. On va pas...

On parlait du champagne, il y a toute une série de maisons qui commencent à acheter des terrains en Angleterre, parce qu'on a un dérèglement... Parce que le climat maintenant pour le champagne c'est l'Angleterre. On est en train de changer, vous avez les forêts qui sont en train de s'asphyxier également, vous avez les cultures, vous avez les rues. On va pas faire de notre pays Dubaï, avec des déserts autour, et puis des rues qu'on climatise. Est-ce qu'on a une autre solution aujourd'hui ? Bien sûr. On a une solution qui est à la fois dans l'urgence, évidemment climatisée, où c'est nécessaire.

1:55
Présentateur

Vous avez entendu Monique Barbu, la ministre de la Transition écologique, qui se dit horrifiée par la climatisation. Pour elle, la climatisation n'empêchera aucun désastre. Elle a raison la ministre ou elle est trop radicale sur ses positions ?

2:07
Yannick Jadot

Je l'ai dit, moi je vais certainement pas culpabiliser les Français, parce qu'ils ont envie de climatisation, et il y a plein d'endroits. Plein d'endroits. Et pour beaucoup de personnes, c'est nécessaire, voire indispensable. Donc elle est trop radicale ? Non, maintenant. Elle est trop radicale ? Climatisée. Je sais pas, peut-être qu'à un moment donné... Si vous voyez, moi aussi, à un moment donné, quand le débat dans cette canicule n'a été que la climatisation, ça m'a saoulé. Ça m'a saoulé. Ça fait 30 ans qu'on se bat pour isoler, pour rénover les logements, pour qu'il soit moins froid l'hiver, moins chaud l'été.

Ça fait 30 ans qu'on se bat pour électrifier nos usages, qu'on ait des énergies renouvelables, donc de l'électricité disponible, pour qu'on végétalise nos villes, pour qu'il fasse moins chaud, qu'on installe des volets sur les maisons. C'est parfois le cas. Et résultat, aujourd'hui, on a une canicule, il fait 42, 43 degrés. Et donc, à un moment donné, ça vous saoule que ce soit une proposition du Rassemblement National, ce sont des climato-sceptiques, qui, à un moment donné, fassent le seul débat.

3:11
Présentateur

Parce qu'ils ont proposé un plan clim qu'ils vont détailler aujourd'hui, 18 milliards sur 10 ans, un prévert.

3:16
Yannick Jadot

Vous pourriez voter ça ou pas ? Mais on verra ce qu'il y a dedans. Moi, je ne vais pas prendre des leçons du Rassemblement National sur l'écologie. Encore une fois, nous, ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est investir dans les écoles. Si vous ne rénovez pas les écoles, et vous avez des milliers, des milliers d'établissements scolaires qui ne peuvent pas recevoir des enfants en période de canicule. Donc, il faut les rénover. Il faut des brasseurs d'air. Il faut pouvoir mettre des volets, des protections solaires. Il faut végétaliser. Vous allez installer des climatiseurs dans des appartements avec des personnes qui ont les moyens. Ça va bien se passer.

Parce que, parfois, leur logement est déjà un peu isolé et qu'ils vont avoir les moyens de payer l'électricité. Qu'est-ce que vous allez faire dans les quartiers populaires ? Vous allez avoir des climatiseurs qui vont être d'aussi mauvaise qualité que vous avez parfois les radiateurs électriques qu'on appelle des grippins qui tournent. Ça veut dire,

4:11
Présentateur

est-ce qu'il vous bouffe votre budget ? Est-ce qu'il vous bouffe votre budget sans chauffer parce que ce n'est pas isolé ? Est-ce qu'il faut un dispositif pour aider à l'installation et à la rénovation et également à l'installation de la clim ? Mais moi, je n'ai pas de problème à ce que ça rentre dedans

4:24
Yannick Jadot

pour les personnes qui en ont besoin. Pour les personnes qui en ont besoin. Mais si, un, on ne protège pas les Françaises et les Français, je l'ai dit, par l'isolation, par la végétalisation, par les protections solaires, par les brasseurs d'air, si on ne fait pas ça, la climatisation ne servira à rien. Et le congé climatique ? Ça coûtera extrêmement cher. Et puis, deuxième chose, M. Soto, si vous me permettez, là, on subit des canicules liées à un réchauffement dans notre pays d'un peu plus de degrés. Si on n'agit pas pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, on ira vers 4 degrés. C'est-à-dire que tout ce dont on parle aujourd'hui, ça sera juste un apéritif par rapport au chaos.

Et puis, ça tombe bien. Les Françaises et les Français, ils payent encore 2 euros le litre pour faire leur plein. On a eu le choc pétrolier dont on ne parle plus, mais c'est le même problème. les énergies fossiles. Et je vais vous dire la bonne nouvelle, c'est qu'en fait, on a les solutions. On a les solutions pour se passer des énergies fossiles. On a les solutions pour nous adapter. Et la bonne nouvelle aussi, c'est que ça va mettre des usines sur tous nos territoires. ça va faire bosser des artisans. Ça va réduire, ça va améliorer le pouvoir d'achat des Françaises et des Français.

5:37
Présentateur

C'est ça qui est bon. C'est un bon projet. Pourquoi avec un contexte comme celui-là, avec un climat qui s'échauffe comme on le voit, pourquoi vous êtes aussi faible politiquement alors que le réchauffement et toutes les catastrophes qui l'accompagnent devraient être porteurs pour vous ? Pourquoi les Français disent pas les écolos, c'est pas notre truc ?

5:53
Yannick Jadot

Écoutez, il y a quelques années quand je portais les campagnes écologiques, je pense qu'on a fait des bons scores. En 2019, on a fait près de 14%, on a gagné des villes derrière. Donc je pense que ce qu'il faut, c'est que, encore une fois, on ne culpabilise pas les Françaises et les Français. Il y a un enjeu du climat, c'est évident. Ça prendra du temps à le résoudre, c'est une évidence. Mais agir maintenant, je l'ai dit, c'est réduire les dépenses contraintes des Français. Les premières priorités des Français, leur pouvoir d'achat.

6:28
Présentateur

Est-ce que vous voterez écolo à la prochaine prise ? Il y a une candidate qui est Marine Tondelier. Est-ce que pour vous, c'est la candidate évidente pour prendre à bras le corps ces sujets-là ?

6:36
Yannick Jadot

Je voterai pour la meilleure candidature sociale, écologiste, républicaine et européenne qui sera devant nous. Eh bien, ma responsabilité, c'est de travailler. On le fait avec Valo, Rossignol, Lindemann et plein de gens.

6:53
Présentateur

Vous étiez au meeting de Glucksmann il n'y a pas longtemps ? Oui. Ça peut être lui, votre candidat ?

6:57
Yannick Jadot

Avec des gens du Parti communiste jusqu'à des gens de place publique, des socialistes, des écologistes, pour nous dire, il nous faut une candidature commune sur cet espace-là de la gauche républicaine européenne. Qui porte le mieux aujourd'hui ces couleurs ? Eh bien, on verra en septembre. Vous n'avez pas échappé que Raphaël Grossman n'est pas officiellement candidat. Vous avez envie qu'il soit ? On verra en septembre quelle est la candidature la mieux placée. Mais il nous faut pour ça pas une primaire parce qu'on voit bien qu'elle est dans un cul-de-sac cette primaire. Il nous faut à la fois nous mettre d'accord sur une plateforme minimale.

Comment on fait ce grand projet de sortie des énergies fossiles, de rénovation de notre bâti, de voitures électriques, comment on met des usines sur tous nos territoires ? Parce que l'usine sur nos territoires, c'est la fierté. On a besoin de fierté. Et comment on a un accord législatif ? Parce que franchement, si on change de président de la République et que c'est le même bordel à l'Assemblée nationale, reconnaissez qu'on n'aura pas beaucoup avancé.

7:51
Présentateur

Donc il n'y aura pas d'accord législatif avec LFI pour vous ? Ce n'est pas possible ? Ah non.

7:54
Yannick Jadot

Ah non. Mais moi, je suis pour que l'écologie politique clarifie ce qu'elle veut en fait pour elle-même. Est-ce qu'elle est forcément de gauche aujourd'hui l'écologie politique ? Ah oui. L'écologie politique elle est de gauche. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des gens de droite qui sont en faveur de la protection de l'environnement. Et je rencontre beaucoup de maires, y compris de droite, qui changent leurs écoles, qui font des cours au Asis pour que les gamins... Donc tout ça... Pourquoi ?

Parce qu'encore une fois, c'est probablement aujourd'hui, entre le choc pétrolier, la canicule, c'est probablement aujourd'hui le projet de société le plus enthousiasmant, le plus important et le plus mobilisateur.

Oui, mais l'angoisse, on la contourne si on agit, qu'on a les solutions et qu'on voit justement une perspective qui ne sont pas simplement des perspectives pour nos enfants, pour nos petits-enfants, pour notre pouvoir d'achat aujourd'hui, pour les usines de voitures électriques sur nos territoires, pour des mobilités qui nous coûtent moins cher, pour des villes végétalisées, pour une agriculture, pour une agriculture qui continue à être vivant sur nos territoires avec plein de paysans

9:02
Présentateur

et de paysans. L'agriculture, le texte sur l'urgence agricole est arrivé au Sénat hier, les sénateurs qui ont réautorisé il y a quelques heures l'utilisation de certains pesticides dans des cas précis pour aider certains secteurs en difficulté. Est-ce que c'est un compromis raisonnable où vous dites c'est dingue ?

9:15
Yannick Jadot

Mais c'est complètement dingue. Vous avez une vingtaine de sociétés savantes de médecine, d'expertise. Vous avez l'Ordre national des médecins. Vous avez l'Académie des sciences qui dit ne réautorisez pas des néonicotinoïdes. Ils sont dangereux pour tous les pollinisateurs et 80% de nos cultures végétales ont besoin de pollinisateurs. C'est dangereux pour l'ensemble de la biodiversité. C'est dangereux pour notre santé. Vous vous rendez compte que des molécules qu'on a interdites parce qu'elles sont dangereuses, on est en train de les réautoriser

9:48
Présentateur

contre tous les envies certifiés. Sauf que, pardon, contre tous les envies certifiés. Votre collègue sénateur Laurent Duplon qui porte ce texte, qui portait ce texte à l'origine, dit en fait on est les couillons de la farce. On tue notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits produits avec ces mêmes molécules qu'on interdit. Donc on interdit chez nous, on ne sait plus produire. Thomas Soto,

10:08
Yannick Jadot

dans son discours hier, Laurent Duplon, il a contesté le dérèglement climatique. Il a contesté dans son discours C'est un texte climato-sceptique ? Mais c'est un discours de déni environnemental et sanitaire. Il a contesté le dérèglement climatique. Voilà où on en est dans notre pays. C'est-à-dire qu'on est le pays de Pasteur, on est le pays de Descartes, on est le pays où on a des ingénieurs et des chercheurs incroyables sur tous ces sujets. Et on conteste la science aujourd'hui pour des intérêts économiques. C'est inacceptable. Les Français, leur santé, leur environnement ne sont pas à vendre pour quelques intérêts industriels.

10:46
Présentateur

Merci Yannick Jadot. Je note que vous n'avez pas du tout cité Marine Tondelier tout à l'heure. C'est un hasard ou c'est un oubli ?

10:51
Yannick Jadot

La timidité ? Je n'ai cité que les Françaises et les Français parce que s'il y a un truc... Non, vous avez cité Glixman, Valot... Non, c'est vous qui en a... Non, non, non, c'est vous. On peut faire la part si vous voulez. Non, non, très bien. S'il y a un truc que je crois ne supportent plus les Françaises et les Français, c'est une gauche qui ne se parle qu'à elle-même. Elle veut que la gauche et l'écologie répondent à leurs angoisses, trouvent des solutions pour les quotidiens, pour leur quotidien... C'est ça, à chaque fois que je vous parle de Marine Tondelier, je retombe sur votre répondeur. Et nous trouvent un beau projet enthousiasmant pour les Français. Merci beaucoup.

On n'est pas condamnés au déclinisme, franchement. Merci Yannick Jadot.