Delphine Batho : "Les partis qui sont pour la croissance économique nous mènent au chaos et aux catastrophes"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Comment ne pas compter avec eux désormais dans le paysage politique et avant la présidentielle de l'an prochain ? Les écologistes ont maintenant des élus dans les grandes villes, dans les régions. Des personnalités ont émergé. Mais qui pour porter la défense de l'environnement en 2022 ? Au moment où les éléments se déchaînent, des inondations en Chine, au dôme de chaleur en Amérique du Nord. Sans parler de cette météo déréglée aussi en France. Bonjour Delphine Bateau. Bonjour. Vous êtes à la tête de Génération Écologie, députée des Deux Sèvres. Et on va commencer par là, parce que vous sortez de l'Assemblée nationale et de l'examen du projet de loi sur le pass sanitaire.
Un millier d'amendements déposés. Ça a été une nuit très compliquée avec des débats assez rudes, assez âpres.
Oui, des débats qui ne sont pas toujours emprunts de la gravité des circonstances. Moi, comme écologiste, je me réfère à la science. Et sur ce projet de loi, il y a un avis du Conseil scientifique qui est très clair. Sur la quatrième vague qui est en train d'arriver, sur le variant Delta. Et donc, il faut vacciner. Et il faut comprendre qu'un certain nombre, pour fréquenter un certain nombre de lieux, il faut soit être vacciné, soit avoir un test négatif. Je n'approuve pas toutes les dispositions du projet de loi, notamment sur les modalités de contrôle, sur les licenciements.
Mais en responsabilité, je me suis abstenue parce que je souhaite que ce texte maintenant aille au Sénat, qu'il aille ensuite au Conseil constitutionnel et qu'on trouve les solutions pour se protéger de la pandémie en respectant les libertés publiques et en protégeant les libertés publiques.
Est-ce que le Parlement, il peut faire son travail sereinement dans un climat d'urgence sanitaire ? Quand le gouvernement vous presse en vous disant qu'il faut voter très vite ?
Franchement, non. Il y a un problème de toute façon institutionnel beaucoup plus général sur la place du Parlement dans nos institutions. Je suis favorable en ce qui me concerne à l'abolition du présidentialisme. Je pense que c'est une des dimensions d'ailleurs des réactions que l'on observe dans le pays, cette concentration du pouvoir et des décisions dans les mains d'un seul. Mais très honnêtement, quel que soit le gouvernement et quel que soit le pouvoir en place, la situation actuelle est difficile.
J'ai été ministre, j'ai exercé les responsabilités et je pense que dans une situation comme celle-là, quand vous avez un avis du Conseil scientifique qui fait des recommandations, vous ne pouvez pas ne pas les suivre parce que sinon vous mettez en danger des vies.
Donc vous êtes pour le pass sanitaire, vous êtes aussi pour le licenciement des soignants qui refuseraient de faire le vaccin ?
Non, j'ai des réserves sur les modalités en ce qui concerne les contrats de travail. Je pense que ce serait mieux de ne plus mettre les personnes en question au même poste. J'ai des réserves aussi sur la question du contrôle. Je considère que ce n'est pas par exemple un cafetier ou un restaurateur. Je suis élue d'un territoire rural, donc dans des communes où tout le monde connaît tout le monde et c'est un problème pour les cafés, les restaurants, de savoir dans leur clientèle qui est vacciné, qui ne l'est pas. C'est une vraie difficulté et donc je pense qu'il pourrait y avoir d'autres modalités. Et miser aussi sur la responsabilité des citoyennes et des citoyens et faire confiance.
Un article a été retoqué hier après-midi, c'était celui sur le pass sanitaire pour rendre visite à un proche dans un EHPAD ou à l'hôpital ou pour y recevoir des soins programmés, pas les soins urgents. Il a été retoqué d'abord par une alliance droite-gauche-extrême droite et l'article est repassé en toute fin de discussion au bout de la nuit vers 5h du matin et il a été adopté. C'est une manière de faire ça ?
Ce sont les règles actuelles qui renvoient à ce que je vous disais sur les pouvoirs du Parlement. Néanmoins, je suis favorable à ce que lorsqu'on se rend à l'hôpital ou à un EHPAD, soit on est vacciné, soit on a un test négatif. On a eu énormément de clusters dans les EHPAD, il y a une souffrance humaine terrible dans le fait qu'il y a eu des mesures vous empêchant de voir votre proche à l'hôpital ou en EHPAD. Et donc s'il se passe avec le vaccin ou avec un test négatif, permet de continuer à visiter les personnes malades ou à visiter ses proches et sa famille, c'est un progrès par rapport à la situation de terrain d'aujourd'hui.
Le texte provoque des réactions de plus en plus radicales chez une minorité. On a vu l'étoile jaune brandie dans des manifestations contre le pass sanitaire. Hier, ce sont des journalistes de BFM qui ont été prises à partie et chassées d'une manifestation organisée par François Asselineau devant le Sénat. Que dites-vous de ce climat de plus en plus violent ?
Il y a deux choses. D'abord, nous sommes dans une démocratie et chacune et chacun a le droit de manifester dans la non-violence. Et donc, il est normal en démocratie qu'il puisse y avoir des manifestations pour exprimer des désaccords. Maintenant, oui, il y a des dérapages et des dérapages qui sont graves parce que jamais la Shoah ne sera comparable à quoi que ce soit.
Delphine Bateau, vous avez annoncé ce mois-ci être candidate à la primaire des écologistes. Vous serez quatre candidats en tout avec le maire de Grenoble, Éric Piolle, l'eurodéputé Yannick Jadot, l'ex numéro 2 du parti, Sandrine Rousseau. Qu'est-ce qui vous différencie des autres, vous Delphine Bateau ?
Deux constats. Le premier, c'est que les partis politiques qui sont pour la croissance économique nous mènent au chaos et à des catastrophes. Nous sommes maintenant dans une phase d'emballement du réchauffement climatique avec des événements extrêmes quasiment quotidiennement. en Chine, au Canada, en Allemagne, en Belgique, en Sibérie, etc. Je ne fais pas la liste parce que je pense que toutes les Françaises et tous les Français se rendent bien compte qu'il y a maintenant une ambiance de fin du monde. Excusez-moi les termes, mais il faut les dire tels qu'ils sont.
Et la cause de cela, c'est l'obsession de la croissance économique qui, avec une vision comme s'il n'y avait pas de limite planétaire, de la croissance des richesses, est en fait la croissance de la destruction de nos conditions de vie et donc de notre sécurité. Ça, c'est le premier constat. Le deuxième, c'est que l'écologie doit grandir, qu'elle doit être désormais une écologie de gouvernement prête à assumer les responsabilités, qu'elle doit s'y préparer avec sérieux, avec méthode, qu'elle doit assumer la dimension régalienne de l'écologie pour assurer la sécurité de toutes et de tous.
Donc vous êtes pour la décroissance. La décroissance, c'est notre drapeau. Vous avez dit, vos slogans, c'est aussi 100% laïcs, 100% écoféministes. Pourquoi 100% laïcs ? Qu'est-ce que la laïcité vient faire dans un programme écologiste ?
La laïcité, c'est la condition du vivre ensemble. C'est la liberté qui garantit toutes les autres. Et donc, ça me paraît être une valeur fondamentale. Et moi, j'inscris la République écologique dans le prolongement des grandes étapes de la construction républicaine qu'ont été la Révolution française, l'instruction obligatoire, la laïcité, le programme du Conseil national de la résistance. Et donc, je pense qu'il faut porter, revendiquer l'héritage de ces valeurs et que cette valeur de la laïcité est encore plus moderne aujourd'hui. Et elle n'est pas partagée par tout le monde à gauche ? Ce n'est pas le sens.
Mon propos est de dire ce que je suis, ce que je porte, ce qui, à mon sens, doit être une identité écologiste en capacité d'accéder au deuxième tour de l'élection présidentielle et de gagner, parce que c'est ça la question qui est posée aujourd'hui, et d'être perçue par les Françaises et les Français comme crédible et en capacité de gagner.
Est-ce que c'est un moyen de marquer votre refus d'une alliance à gauche avec la France insoumise, cette histoire de laïcité ?
Tous les autres partis sont prisonniers de la croissance économique. Et il ne peut pas y avoir d'alliance au premier tour de l'élection présidentielle qui aboutirait à ce qu'il n'y ait pas de candidature écologiste et à ce qu'il y ait une alliance avec des formations qui sont pour la croissance économique. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas en même temps polluer et dépolluer. On ne peut pas en même temps continuer de détruire la nature et en même temps prétendre lutter contre le réchauffement climatique ou lutter contre l'effondrement de la biodiversité.
Et donc effectivement, ma candidature propose un chemin extrêmement clair d'indépendance, de l'écologie politique, d'affirmation de sa capacité à diriger et à gouverner et la question des alliances de second tour ne se confond pas avec ce qui doit être notre stratégie au premier tour. Et d'ailleurs, les élections régionales ont confirmé que 1 plus 1 ne fait pas 2 en politique et qu'aujourd'hui, la situation du pays, la gravité du réchauffement climatique que j'évoquais tout à l'heure appelle de la clarté et la volonté de s'attaquer aux causes, à savoir de briser ce totem de la croissance économique.
Justement, j'aimerais bien savoir comment vous lisez les résultats de ces régionales où les unions de la gauche menées par les écologistes ont échoué à remporter des régions alors que les sortants socialistes ont tous été réélus. Ça veut dire que les socialistes sont plus forts que les écologistes aujourd'hui ?
Tous les sortants, quelle que soit leur couleur politique, ont bénéficié de l'abstention dans toutes les régions, socialistes ou républicains. Ensuite, pour l'écologie, je veux bien me faire comprendre. Nous sommes dans un état d'urgence absolu. L'écologie s'adresse à chacune et à chacun en tant qu'être humain parce que tout être humain a besoin d'air pour respirer, d'eau pour boire, de nourriture et d'une terre où il peut habiter.
Et donc, on peut être de gauche, on peut être de droite mais à un moment donné aujourd'hui, il faut rejoindre le combat pour le climat, pour le vivant et donc les écologistes n'ont pas à faire le tri dans celles et ceux qui les rejoignent et qui rejoignent ce combat vital. C'est ça le sens de mon propos et on est aujourd'hui face à un enjeu qui dépasse tous les autres.
Vous avez parlé d'écologie de gouvernement. On retrouve cette expression écologie de gouvernement dans la tribune signée hier par Barbara Pompilé et Pascal Confin dans Le Monde. Vous vous y retrouvez dans cette tribune dont le titre, l'un des slogans est de dire ce n'est pas l'écologie des petits pas, c'est l'écologie du marathon.
C'est surtout l'écologie du greenwashing. La loi climat qui a été votée... C'est le bilan d'Emmanuel Macron du greenwashing ? Emmanuel Macron, quand il parle d'écologie, c'est pour dire que nous sommes des amis. Donc il y a une forme de cynisme, de greenwashing. La loi qui a été adoptée cette semaine...
Mardi par le Parlement, la loi climat ?
...tourne le dos aux propositions de la Convention citoyenne pour le climat qui avait fait un très bon travail. Ça soit sur l'avis du Haut Conseil pour le climat. Je faisais tout à l'heure pour la pandémie référence aux avis scientifiques. Sur le climat, le gouvernement actuel passe son temps à ignorer les avis scientifiques. Et donc cette loi, elle est à la lutte contre le réchauffement climatique, ce que la charité est au combat pour la justice sociale.
Je voudrais qu'on aille au standard pour prendre la question de Didier. Bonjour Didier !
Oui, bonjour tous. Bonjour Delphine, je suis Didier. J'étais sur la liste de Mathieu Orphelin au premier tour de Génération écologie.
Bonjour !
Bonjour ! Alors ce que je veux dire, c'est qu'il faut ne pas laisser tomber les gens qui habitent dans les campagnes, qui sont éloignés des villes, qui sont confrontés à des problèmes de transport en commun, des problèmes de services publics et des problèmes de numérique. Quand on a une page qui met le plus de temps à s'afficher que mener à faire un tableau, c'est quand même dramatique. J'avais alerté pendant la campagne, justement, de ne pas laisser tomber les campagnes. On m'a dit, ce n'est pas la stratégie, donc les résultats ont été là. C'est-à-dire que toutes les villes ont voté bien écologique, mais alors la campagne, pas du tout. En fait, les gens ont peur de l'écologie.
Pour eux, ils ressentent ça comme quelque chose de punitif. Et quand on parle de décroissance, ça ne le fait pas. Donc, il y a vraiment de la pédagogie à faire et leur expliquer que non, il ne faut pas avoir peur, il faut croire en ça et il faut vraiment, vraiment venir expliquer pour les rassurer. Delphine Bateau, votre réponse à Didier.
Alors Didier, moi, je suis élue d'un territoire rural où nous avons fait le meilleur score écologiste de Nouvelle-Aquitaine et où un canton est d'ailleurs devenu écologiste après que deux villes soient devenues écologistes, des villes rurales, aux élections municipales. Donc, il n'y a pas de fatalité. Je crois que l'aspiration à bien vivre, à retrouver le sens de l'essentiel, elle peut concerner tout le monde. Ensuite, effectivement, il y a une question de préoccupation concrète. Et en fait, il faut expliquer. La décroissance, ce n'est pas la récession.
La décroissance, aujourd'hui, la croissance, pardon, les territoires ruraux en sont victimes parce que c'est au nom de la croissance économique qu'on organise la métropolisation, la relégation des territoires ruraux, la fermeture des services publics parce qu'ils sont soi-disant non rentables. Donc, oui, il y a de l'explication à donner. Mais moi, je constate que la décroissance, les Français la pratiquent tous les jours sur le Boncoin, dans les vides greniers, en échangeant des plantes tomates. Et je peux multiplier les exemples de formes d'économie locale, de projets d'entreprise aussi qui contribuent à relocaliser notre économie. Et c'est ça, le sens de la décroissance.
Je voudrais qu'on prenne maintenant la question de Jean-Marie qui nous a appelés.
Bonjour Jean-Marie.
Oui, bonjour Delphine, bonjour madame. Voilà, Jean-Marie de Sachy, j'étais candidat aux élections départementales de la SOM. Candidat, oui, oui, oui, tout à fait. Candidat indépendant, donc sans aucun parti politique, au contraire. Et je me bats contre la prolifération des éoliennes dans la Somme et dans les Hauts-de-France, bien sûr. M. Bertrand s'est déclaré incompétent, s'en est rendu compte, puisque les Hauts-de-France maintenant sont détruits par les éoliennes. Et depuis sa réélection, nous avons un projet en cours de 10 éoliennes de 180 mètres de haut, non loin de la circonscription de Mme Pompili, à côté de Perronne. Que comptez-vous faire, madame Delphine, bateau ?
Bon, alors peut-être que, disons éveil, puisque vous n'avez pas dormi de la nuit, mais vous y répondez, bonsoir, fauteuil.
Je pense qu'elle a travaillé sur le sujet. On va lui poser la question. Delphine bateau, à propos des éoliennes.
Alors moi, je suis à l'écoute des territoires qui sont aujourd'hui en phase de saturation par rapport aux projets éoliens. Et donc, je suis pour arrêter les projets qui sont contestés. Il ne faut pas transformer le rêve des énergies renouvelables en un cauchemar. Et il y a effectivement des situations territoriales. Je la vis actuellement en Deux-Sèvres, où nous avons été très favorables au développement de l'éolien. Mais nous avons aujourd'hui des phénomènes d'encerclement d'un certain nombre de villages qui posent problème. Vous savez, je voudrais parler d'une chose dont on ne parle jamais.
Non, mais tout le monde veut des énergies renouvelables, mais personne ne veut d'une éolienne à côté de chez soi. C'est quand même le gros problème.
Écoutez, moi, je vois des éoliennes de mon jardin, donc je ne suis pas dans le phénomène NIMBY. Je dis attention, parce qu'en fait, si on ne prend pas en compte ce que disent aujourd'hui un certain nombre d'habitants, si on ne prend pas en compte le fait que, par exemple, vouloir raser un bout de forêt pour mettre des projets éoliens, c'est absurde du point de vue de la préservation de la biodiversité. Si on ne prend pas en compte quelque chose qui s'appelle les paysages, la beauté des paysages, qui est le patrimoine de toutes les Françaises et les Français, ont fait une erreur.
Et donc, oui, on doit très clairement continuer à développer l'éolien en France, qui est une des énergies renouvelables la moins chère et la plus compétitive, mais pas n'importe où, pas n'importe comment. Et il faut remettre en place un certain nombre de règles.
On va retourner au Standard pour accueillir Mickaël, qui est à Nantes, je crois. Bonjour, Mickaël.
Bonjour, je suis à Lyon, mais ce n'est pas grave.
Ah d'accord, on n'a pas écrit Nantes. Alors, Mickaël de Lyon.
Ma question pour un homme bateau était la suivante. En l'occurrence, j'ai le sentiment, je ne sais pas si elle le partage, puisque plus le parti écologiste se rapproche du pouvoir, plus finalement il ressemble aux autres partis qu'on constate ces dernières semaines, les luttes d'égo, les oppositions de programme, la perspective de cette primaire. Est-ce que finalement, le parti écologiste, en se rapprochant du pouvoir, devenait finalement un parti assez ordinaire et peut-être décevant ?
Le virus que vous évoquez, que je combats, c'est le virus du présidentialisme. Donc moi, je souhaite une primaire qui est une primaire de débat d'orientation sur le fond, exigeante sur les idées, mais une primaire du fair play, de l'esprit collectif, du respect, une primaire qui donne envie d'écologie. Toutes les Françaises et les Français peuvent venir voter à cette primaire, qui se fera sous la forme d'un vote sécurisé numérique. Toutes celles et tous ceux qui veulent me soutenir peuvent aller sur générationécologie.fr. Mais effectivement, je veux dire qu'il n'y aura aucune victoire possible pour les écologistes en France sans unité, sans état d'esprit collectif.
Et donc, ce qu'on doit aujourd'hui choisir, c'est l'orientation, ce n'est pas juste une question de casting et il faut rompre avec le présidentialisme.
Mais la primaire, on en parlait avec Michel Barnier à 7h50. Quand à droite, on parle de machine à perdre, chez les verts, chez les écologistes, ça a toujours été un petit peu compliqué aussi, ces primaires.
Mais parce qu'il y a quelque chose d'antinomique entre les valeurs de l'écologie et le système institutionnel de la Ve République. Donc ces institutions sont aujourd'hui complètement obsolètes. Elles datent du siècle dernier. Ce ne sont pas des institutions adaptées à la collégialité, adaptées à une société éduquée. Ce sont des institutions par ailleurs complètement patriarcales. Et la question féministe, éco-féministe qui est posée, ce n'est pas seulement de remplacer le pouvoir des hommes par un pouvoir des femmes. Ce n'est pas ça la question. C'est de changer la nature du pouvoir pour les femmes, mais aussi pour les hommes, pour tout le monde.
Et donc d'avoir une autorité de l'État, mais une collégialité de la décision, telle que toutes les grandes démocraties la connaissent. Qu'est-ce que vous entendez par éco-féminisme ?
Est-ce que ce n'est pas un peu à la mode en ce moment en politique de se dire écologiste et féministe ?
Il y a d'abord au niveau international aujourd'hui une convergence entre les deux seuls grands mouvements sociaux qui se sont exprimés ces derniers temps, le MeToo, le combat féministe, et la mobilisation de la jeunesse pour le climat. Et il y a une convergence de fond entre les deux, parce qu'en fait il y a un lien entre la façon dont historiquement on a infériorisé le féminin, infériorisé les femmes, et dans la façon dont on infériorise la nature, et dont on la détruit.
Et donc l'éco-féminisme, c'est la reconnaissance de ce lien, et c'est la volonté de vouloir abolir tous les rapports de domination, donc le sexisme, mais aussi le racisme, l'homophobie, la lesbophobie, toutes formes de discrimination et de rapports de domination.
Une autre question au standard 0145 24 7000, c'est la question de Dominique. Bonjour Dominique. Bonjour. Allez-y, je vous en prie.
Bonjour Madame Bateau. Et j'aimerais vous demander combien vous estimez que les milliards de courriels envoyés chaque jour produisent de gaz à effet de serre, et tous ces appareils en plastique dans chaque foyer, smartphone, ordi, imprimante, que va-t-on faire de tous ces déchets, et en sachant que ces appareils sont obsolètes presque tous les deux ans. Qu'est-ce que vous pensez vous de ça, et comment vous envisagez de réduire tous ces problèmes ?
Alors d'abord je ne saurais pas vous dire le chiffre, mais il est énorme et monstrueux par rapport à votre première question. Sur la pollution numérique. Bonjour Dominique. La deuxième réponse, c'est d'abord d'arrêter la fuite en avant. Donc moi j'ai combattu contre la 5G exactement pour les raisons que vous venez de dire. Il y a d'ailleurs un avis du Haut Conseil pour le climat extrêmement clair contre la 5G et cette fuite en avant dans le toujours plus. Et enfin, ils font aujourd'hui une vraie politique de sobriété numérique que nous avons portée avec mes collègues, notamment Paula Forteza à l'Assemblée nationale dans les débats sur la loi climat.
Et tous nos amendements ont été refusés contre l'obsolescence programmée, contre les téléchargements automatiques de vidéos, pour allonger la durée de vie des appareils et notamment des smartphones. Donc effectivement, et je voudrais insister là-dessus, on voit qu'en fait au tournant des années 2000, la révolution numérique, elle est corrélée à une augmentation de la consommation de ressources et de matières premières sur Terre qui est considérable.
Justement, vous me parlez de smartphones. Je vais vous poser une question sur le scandale dont on a beaucoup parlé cette semaine. Pegasus, les révélations de la cellule d'investigation de Radio France au sein du consortium international de journalistes sur le logiciel espion qui a permis de pirater de nombreux téléphones portables. Vous avez été directement, indirectement touchée. Votre porte-parole, Cédric Villani, apparemment faisait partie des cibles. Et également, Quentin Guillemin, le porte-parole de Génération écologie, votre mouvement. Oui, mais deux porte-paroles. Exactement, ciblée par le Kazakhstan. Oui, absolument.
Je pense qu'on ne sait pas encore tout sur ces révélations. J'ai du mal à croire que ni le secrétariat général de la Défense nationale, ni l'ANSI, ni nos services de renseignement, n'était au courant de potentiels risques de sécurité par rapport à ce logiciel et la façon dont il pouvait être vendu. La deuxième chose, c'est qu'il y a cinq ans, j'ai porté la proposition de la création d'un commissariat à la souveraineté numérique qui avait suscité des haussements d'épaule.
On ne peut pas continuer avec une situation où le cyberespace est hors la loi, est une zone de non-droit, où pas seulement les données des présidents de la République, mais les données de toutes les citoyennes et tous les citoyens ne sont pas protégées, où les libertés ne sont pas garanties. Donc il est urgent qu'il y ait un cadre international, une convention internationale mettant en place des règles démocratiques de base dans le cyberespace, qui commencent par la protection des données et des libertés individuelles.
Il faut dire, votre porte-parole, Quentin Guillemin, apparemment, il aurait été ciblé par le Kazakhstan, c'est ça ?
Oui, parce qu'il s'est engagé dans la défense des droits humains au Kazakhstan, notamment par rapport à des opposants politiques, aux côtés d'Amnesty International. Il avait fondé en 2014 une ONG engagée pour les droits de l'homme au Kazakhstan et on suppose que c'est dans ce cadre-là qu'il a été espionné.
Est-ce que les militants écologistes aujourd'hui dans le monde sont une menace pour les régimes autoritaires, les dictatures ?
Pour tous les destructeurs, ils sont surtout menacés. Je pense notamment à l'assassinat qui a eu lieu la semaine dernière d'une militante écologiste de 67 ans au Kenya qui se battait contre la destruction des forêts au Kenya. Donc partout dans le monde, effectivement, aujourd'hui, les militantes et les militants écologistes sont ciblés par les destructeurs. On pense en particulier à la situation du Brésil et de l'Amazonie.
Je vous pose une dernière question que Yvan voulait vous poser. Il était au standard. Il vous demande ce que vous pensez du référendum d'initiative citoyenne.
De façon générale ? Apparemment. Je suis pour un changement institutionnel total. C'est la première chose que vous ferez si vous êtes présidente élue en 2022 ? La première chose que je ferai, ce serait la déclaration d'état d'urgence climatique. La deuxième, ce sera une loi de séparation de l'État et des intérêts privés. Et la troisième sera effectivement d'abolir le présidentialisme et d'enclencher un changement institutionnel profond, qui est la condition pour pouvoir agir et transformer la société.
Merci beaucoup Delphine Bateau, députée des Deux-Sèvres, patronne de Génération Écologie et candidate à la primaire des Verts. On rappelle que c'est une primaire qui aura lieu en deux tours du 16...
De tous les écologistes.
De tous les écologistes, pardon. De tous les écologistes, qui aura lieu du 16 au 28 septembre. Et c'est ouvert à tout le monde. Il faut juste payer 2 euros.
S'inscrire avant le 12 septembre.
S'inscrire. Merci à vous Delphine Bateau. Bonne journée.
Delphine Batho