Face à Face : Alain Bauer - 05/10
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 15 %Attaque 60 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:38OuverteRéponse directe
Est-ce que ça peut se calmer ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Est-ce que ce mouvement est un mouvement comme les autres ?
- 2:56OuverteRéponse directe
Est-ce que vous vous dites qu'aujourd'hui, ça ressemble à la même chose ?
- 3:24RelanceRéponse partielle
Surfer ou agiter, parce que quand on écoute le gouvernement, ils laissent entendre que les renseignements généraux auraient décelé une volonté d'organisation de la part de ce qu'ils appellent LFI et ses proxys de gauche.
- 4:30OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous avez en tête dans cette violence politique, sociale et ensuite physique ?
- 5:05OuverteRéponse directe
Est-ce que le gouvernement est capable de dire, trouvons une voie de discussion, de négociation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:42PrésentateurChiffre
« 170 lycéens blessés, 78 personnels de l'éducation, 24 lycées qui ont été saccagés, incendiés et 5000 jeunes qui ont été interpellés les derniers jours. »
- 2:36InvitéFait
« le gouvernement de l'époque, devant un mouvement lycéen et étudiant considérable, avec des exactions, des violences, des morts, Malik Ousekine, disait que tout ça était manipulé, je pense, depuis le bureau de Michel Roca »
- 4:51InvitéPromesse
« il fallait la retirer tout de suite »
- 6:49InvitéFait
« la génération Naël, elle a durablement marqué les esprits »
- 9:51InvitéChiffre
« le niveau d'homicidité en France, homicide et tentative d'homicide, par exemple l'année dernière, était le plus élevé des 50 dernières années. »
- 14:59InvitéFait
« tout ce qui était le modèle du travail historique est en train de disparaître sous nos yeux »
- 15:22InvitéFait
« on leur dit vous êtes très formés mais l'IA va vous remplacer »
- 17:10InvitéFait
« la plupart des Robocop que vous voyez en train de faire le maintien de l'ordre un peu partout en province ne sont pas des CRS ou des gendarmes mobiles »
Temps de parole
- Invité68 %
- Présentateur29 %
- ?3 %
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Vous
écoutez
RMC.
RMC jusqu'à 9h.
Apolline.
Face
à face.
Apolline de Malherbe.
Il
est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Alain Boer. Bonjour. Merci d'être mon invité ce matin. Vous êtes professeur émérite de criminologie, spécialiste des questions de sécurité, de terrorisme, de renseignement. Il y a évidemment ces craintes de débordement à nouveau ce matin qui ont conduit. Le ministère de l'éducation nationale a décidé de laisser fermer 4 à 500 lycées ce matin en prévention d'éventuels débordements. Et quand on fait les comptes, 170 lycéens blessés, 78 personnels de l'éducation, 24 lycées qui ont été saccagés, incendiés et 5000 jeunes qui ont été interpellés les derniers jours. Est-ce que ça peut se calmer
? Pas
avant demain.
Il
y a toujours dans un mouvement social un moment où il part, l'étincelle. Celle qu'en général l'État ne voit jamais, dont il considère que c'est pas très grave et que ça va passer. Puis l'embrasement. Puis un moment culminant qui sera probablement demain. À la suite de quoi ? Si le processus est mis en place, le dialogue, la négociation, une ouverture, bref quelque chose. Et s'il n'y a pas de morts ni de blessés trop graves, ce que évidemment j'espère, alors à ce moment-là, le mouvement passe de la revendication radicale à une forme de négociation, de compromis et de dialogue. C'est le moment où il faut passer à la repolitisation.
Parce qu'en général, un mouvement de ce genre dépasse toujours les forces politiques. Un mouvement social, il accouche d'une génération, puis d'une avant-garde, à la fin d'un mouvement politique, en évitant la réaction autoritaire.
Ce que
je trouve très intéressant dans ce que vous dites Alain Boer, c'est qu'il y a presque un prêt à penser sur la question des révoltes, de ses colères. Est-ce que ça veut dire que ce mouvement, en réalité, est un mouvement comme les autres ? Quand on écoute le gouvernement, il laisse entendre que non, ça n'est pas un mouvement lycéen comme les autres, qu'il a été cette fois-ci, en quelque sorte, chauffé à blanc, ou accéléré, que la violence est plus rapide, plus forte. Vous, vous dites non, c'est un classique.
Il y a 40 ans, je suis désormais un très vieux, très vieillet meutier. Je vous laisse
le dire, je ne dirais rien.
J'étais vice-président de l'UNEF et rocardien. Chacun sait que c'est l'étape ultime du gauchisme révolutionnaire. Et déjà, le gouvernement de l'époque, devant un mouvement lycéen et étudiant considérable, avec des exactions, des violences, des morts, Malik Ousekine, disait que tout ça était manipulé, je pense, depuis le bureau de Michel Roca, où il y avait un bouton à être marqué émeute, puis ensuite,
il
y avait un bouton marqué négociation. Tout ça, c'est quand on ne comprend rien, on raconte n'importe quoi. Vous avez été un des leaders des
mouvements
étudiants, l'UNEF. Est-ce que vous vous dites qu'aujourd'hui, ça ressemble, en réalité, à la même chose ?
Alors, ça ressemble à l'Empire. Ça ressemble, parce que ça parle de la même manière. Un lycée à Créteil, personne ne voit rien, huit jours d'intermoiement. Évidemment, toutes les organisations politiques, notamment de gauche, y compris le député de la circonscription, puisque c'est chez lui, arrivent pour à la fois dialoguer, discuter, surfer sur le mouvement. Un mouvement, quand vous vous opposez à
lui... Surfer ou agiter, parce que quand on écoute le gouvernement, ils laissent entendre que les renseignements généraux auraient décelé, dès les tout premiers jours du mouvement, une volonté, pas de récupération, mais quasiment d'organisation de la part de ce qu'ils appellent LFI et ses proxys de gauche.
Alors, c'est la même chose, sauf que, surfer dessus, encadrer, bouger, c
'est quand la
gauche essaie d'être débordée par plus radicale qu'elle-même. Un mouvement, pour qu'il puisse déboucher, il faut donc déboucher. C'est un processus dé-stop, pour qu'on comprenne. C'est-à-dire que si vous ne voulez pas être débordé, si vous ne voulez pas perdre le contrôle de quelque chose qui vous a échappé au début, d'abord, il faut feindre d'en être, si ce n'est l'initiateur, en tout cas l'organisateur, et ensuite lui permettre d'arriver à un espace de négociation. Ce que Jean-Luc Mélenchon, mais pas seulement, il y
a
beaucoup de députés socialistes qui sont allés avec M. Glucksmann, qui n'est pas connu non plus pour être le gauchiste le plus révolutionnaire que je connaisse, explique qu'il faut être dans la rue demain. Et tous ces gens-là ont parfaitement compris.
Et
tous, tous les cinq candidats à la primaire socialiste qui étaient face
à nous hier
soir, effectivement, n'ont pas demandé aux lycéens d'arrêter de manifester. Non,
parce qu'ils ont tous compris comment ça marche. Les seuls qui n'ont visiblement tout oublié, n
'ont
pas tout compris, alors le seul qui avait tout compris, je tiens à lui rendre un hommage, c'est Jacques Chirac qui, au moment de la loi de Vaquet, était le premier à dire, il
fallait
la retirer tout de suite. Et c'est son gouvernement qui s'est opposé à lui. Et ça s'est terminé dans une église à Saint-Etienne-du-Mont avec Charles Pasquois, qui a dit, bon, allez, on va retirer, et puis on passera à autre chose. Sur la montagne Saint-Geneviève,
dans le quartier.
Devant la Sorbonne. La question centrale aujourd'hui, elle est, est-ce que le gouvernement, qui n'a pas vu arriver la brindille, qui voit arriver l'embrasement, est capable de dire, trouvons une voie de discussion, de négociation, avec des revendications qui sont très différentes de 86 ? C'est là où je réponds aussi à votre question. C'est qu'en 86, il suffisait de retirer un projet.
Là ? Là, ce sont des revendications locales disparates, pour certaines qui sont nationales, sur la question du remplacement des professeurs. Mais pour d'autres,
c
'est des questions aussi de bâtiments, de difficultés à
avoir des
agendas corrects,
d
'angoisse
du futur, avec Parcoursup. Quand vous les écoutez, vous avez des enfants, moi j'ai des filloles, c'est pas exactement la même chose, mais la relation est à peu près du même niveau. Franchement, vous trouvez quelque chose à redire aux revendications ? Pourquoi est
-ce qu'il y a ce problème
? Alors par contre, il y a des opérateurs qui, eux aussi, surfent sur ça. Les casseurs, les narcos, parce que eux,
c
'est un...
Les
narcos ? Bien sûr.
Alain Boer, on nous dit que les
narcos sont présents, là, quelque part, d'une manière ou d'une autre,
ils font quoi ? Ceux qui ne sont pas du lycée, ceux qui ne sont pas des étudiants, ceux qui ne sont pas des lycéens, et qui viennent s'affronter durement avec la police, qui attaquent les institutions de l'État, ils le font pour des questions de territoire. Ils ne les font pas pour des questions de revendications. Il y a évidemment des lycéens et des étudiants violents, on ne va pas tout généraliser, mais il y a derrière tout ça...
Des individus extérieurs, plutôt
de la
mouvance narco,
qui profitent en quelque sorte de cette situation... Pour montrer à l'État qui c'est le patron.
Et
pour gagner des territoires.
En
tout cas, pour dire à l'État, on vous explique, l
'extension de notre
zone de chalandise est aujourd'hui un enjeu, et donc on en profite, à la fois pour montrer à la police qu'elle n'est plus chez elle,
alors
elle l'était déjà difficilement, mais là elle les demande... Et puis vous avez un effet qui s'appelle la génération Naël.
La
génération Naël, elle a durablement marqué les esprits, parce que, soi-disant, ces émeutes lycéennes sont inédites. Alors, 86, c'était pire, c'était pire, et 2023, génération Naël, c'est pire. Alors je renvoie tout le monde à la commission d'enquête du Sénat sur les événements de 2023, y compris pour que le gouvernement lise les
documents
de sa propre majorité sénatoriale.
Qu'est-ce qu'il y
avait dans ce rapport qui vous paraît éclairant pour aujourd'hui ?
Le nombre de bâtiments brûlés, le nombre d'écoles brûlées, le nombre de bâtiments pillés, le nombre d'interpellations, le nombre de personnels de la fonction publique agressés. Certes, policiers et pompiers, ça fait déjà longtemps. On m'a ressorti l'autre jour une émission d'il y a 10 ans avec Natacha Poleni, où je m'affrontais avec un jeune homme barbu et très sûr de lui, expliquant que c'était normal de caillasser ou d'agresser les pompiers. Vous voyez, c'est pas nouveau nouveau. Le problème,
c
'est l'intensification de cette violence. Le fait de passer directement, non pas de l'affrontement avec quelqu'un qui n'est pas là, est là au mauvais endroit, au mauvais moment, mais d'aller à l'agression directe sur des personnels, sur cette jeune femme brûlée au chalumeau, sur ce collègue.
Alors qu'elle
tentait de protéger un abribus.
Ou ce collègue qui
essaye d'arrêter l'incendie d'un arbre, je précise
quand même.
Puisque vous évoquez ces scènes qui ont été quand même particulièrement emblématiques. Arrêtons-nous un instant, notamment sur la Ciotat et sur Belfort. Pourquoi je voudrais qu
'on
s'arrête un instant là-dessus ? C'est parce que deux jeunes ont été arrêtés. L'un, parce qu'il serait celui qui a tenté d'asperger un professeur. C'est la scène que vous décriviez à l'instant. Un professeur qui tente d'éteindre l'incendie qui commence à se propager sur un arbre. Et alors qu'il s'en approche pour tenter de l'éteindre, un jeune, on le voit, lui jette un jet d'essence dessus. Il a porté plainte. Il s'agit d'un mineur 16 ans, lycéen. Et il a donc été arrêté. Belfort, c'est un policier qui est à terre et qui se fait littéralement rouer de coups, tabasser, des coups de pied notamment dans la tête. Là, ce sont deux jeunes qui ont été arrêtés.
Mais le plus jeune des deux, 15 ans je crois, lui-même porte plainte de l'autre côté, disant que ce policier a tenté de le noyer. Plainte contre plainte. Toutes ces images, je voudrais qu'on prenne un instant pour essayer de les décrypter avec vous Alain Boer.
Vous avez un phénomène qui s'est développé massivement depuis quelques années qui est le retour à ce qu'on appelle l'instinct de mort, la capacité à ne plus comprendre que la vie humaine a une valeur. Parce que l'univers est devenu un univers viral, un univers tiktokisé. C'est-à-dire que plus rien n'a jamais de conséquences. Il n'y a pas d'après le moment et un moment d'un temps jouissant sur le moment. Comme le disait l'avocat du jeune homme ou le procureur parlant de ce que le jeune homme aurait dit. Il
y
a eu
l'avocat
et il y
a
eu le procureur.
Mais qui dit j'ai été submergé par l'adrénaline. Voilà. Donc en général on fait du sport, ça permet de décompenser. Mais la question centrale aujourd'hui,
c
'était que le passage à l'acte, le passage à l'acte violent, le niveau d'homicidité en France, homicide et tentative d'homicide, par exemple l'année dernière, était le plus élevé des 50 dernières années. Le niveau de la violence physique et pas seulement des agressions sexuelles, qui est déjà un autre sujet, sont des éléments absolument majeurs et moteurs de ce qui est en train de se passer dans le pays. Et donc la jeunesse n'y échappe pas. Ça veut
dire quoi ? Ça veut dire que l'habitude de la violence génère la violence
?
Oui, bien sûr. L'habitude de la violence subie et l'habitude de la violence émise et parfois même les deux. Je raconte ça en matière sexuelle dans le livre qui paraît...
Je vais le citer évidemment, mais je ne voudrais pas que ça crée de la
confusion. Il se trouve que votre livre il s'appelle Il faut sauver nos enfants, mais ce n'est pas sur la question là des enfants au sens des lycéens, c'est sur la pédocriminalité en France et le fait qu'il faut sauver
nos enfants de la pédocriminalité.
Ça concerne aussi beaucoup de très
jeunes
qui reproduisent la violence subie en matière sexuelle. Je veux dire par là, la référence que je fais n'est pas aussi éloignée qu'il n'y paraît. La violence subie, c'est souvent de la violence émise et de ce point de vue-là, notre incapacité à gérer les pulsions de violence, le retrait général de l'État dans toutes ses dimensions, sociales, éducatives, familiales, le fait que les parents ne sont pas démissionnaires, beaucoup d'entre eux sont licenciés, ce n'est pas la même chose, qui ont peur de leurs propres enfants et qui sont dans une immense difficulté à les gérer. Moi, j'appelle, par exemple, demain, à ce que tous les parents sortent.
Vous faites partie de ceux, et d'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon l'a dit, il faut s'habiller en blanc et aller dans les manifs. Il y a
certains députés qui disent
les parents doivent descendre dans la rue.
On
l'avait dit en 1986, pour faire tomber la pression après la mort de Malik Oseki, nous avions fait les casques blancs. C'est les casques de chantier,
c
'est assez facile, on en trouvait un peu partout, et nous avions réussi à sortir de la spirale de la violence, à la fois dans l'émotion de l'événement qui était le décès de Malik Oseki, mais surtout, en faisant sortir des dizaines, des centaines, des milliers de personnes pour, lors des émeutes après la mort de Naël, des parents ont fait des cordons pour protéger Bati Morpique, pour aller chercher leurs enfants, y compris en leur reprenant l'oreille, ou en les mettant dans le coffre d'une voiture, ce qui était peut-être un peu excessif, mais assez efficace. La question aujourd'hui, c'était pour qu'on redonne leur espace aux parents pour protéger leurs enfants, les personnels enseignants,
et
aussi les policiers, paradoxalement, qui défendent les institutions, il faut que les parents redeviennent un élément central de l'autorité parentale. On leur a beaucoup enlevé, le moment est venu qu'ils la reprennent.
remettons les parents au devant de la scène ?
Oui, au cœur de la scène, au devant, au-dessus, à côté, bref, ce sont des parents. Les enfants sont des mineurs, et la minorité est une minorité, tant qu'elle est à 18 ans,
elle
est à 18 ans, c'est ainsi fait, mais donc la responsabilité aujourd'hui, leur responsabilité, c'est de sortir demain pour faire en sorte qu'il y ait le moins de blessés possible de toute part. Le
préfet de police de Paris dit l'inverse, il dit ne sortez pas et gardez vos enfants chez vous.
C'est l'option inverse, ça ne me dérange pas. Oui, mais vous vous dites s
'il y a des manifestations, il
faut y aller et il faut que les parents reprennent toute leur
place. Si
les parents n'arrivent pas à tenir les enfants à la maison, je suis pour qu'ils aillent les protéger
à l'extérieur. Et je
précise que Jean-Luc Mélenchon qui doit se souvenir comme vous des manifestations de 1986 lance le même appel que vous aux parents et il les appelle soit avoir un casque blanc soit avoir un brassard blanc.
On ne sait pas concerter mais je pense qu'il a les mêmes souvenirs.
Alain Boer, vous dites aussi la brutalité politique crée la brutalité sociale qui crée de la violence. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous avez en tête dans cette violence politique, sociale et ensuite physique ?
Alors la France c'est mille ans de jacquerie. Mille ans de jacquerie. Pourquoi ? Parce que la France c'est un État qui a créé la nation. Ce n
'est
pas la nation qui a créé l'État. L'État a créé une nation avec des diversités, des Basques, des Bretons, des Corses, des Alsaciens qui n'ont rien en commun si ce n'est d'être devenu français. Nous avons inventé un magnifique roman national pour dire ce qu'était devenue la France. Mais l'État ne sait pas négocier. Il ne sait pas. Il sait négocier quand il y a un rapport de force et donc il donne toujours cet exemple horrible dont le dernier était avec les gilets jaunes. Je ne négocie pas, je ne négocie pas, je ne négocie pas, ça casse de partout, je négocie, je lâche tout.
Donc on parle de rien
à tout. Les enfants aujourd'hui disent ça. Ils disent mais on fait comme les gilets jaunes. La démonstration par l'absurde de l'incapacité est de faire l'inverse en expliquant que vous pouvez négocier avec les infirmières, avec les étudiants, avec tout le monde. Et d'ailleurs, on a eu relativement peu de casse, y compris avec une très bonne maîtrise du budget. Je le rappelle pour l'époque d'ailleurs. Tout n'est pas... Pour
vous, tout est lié. Oui, bien sûr. Pour vous, tout est lié. La
politique, c'est un
art particulier et difficile. Est-ce que ça veut dire aussi et
d'ailleurs, les étudiants, enfin les lycéens et les quelques étudiants qui les ont rejoints disent aussi nous de toute façon ne peuvent pas se projeter. On sait qu
'il
n
'y
a plus d'argent, on sait qu
'il
n
'y a
plus d'avenir. Pour vous, c'est aussi ça qui génère cette violence ?
C'est un phénomène qui est quand même la désespérance, en général, ne produit pas la bonté ni la sagesse. Donc, à partir du moment où on explique que l'IA, qui est à la fois un outil, un drame, une espèce d'outil Frankenstein, un apprenti sercier, un golem, comme dirait d'autres, on sent bien que tout le monde a bien compris que tout ce qui était le modèle du travail historique est en train de disparaître sous nos yeux et que les principaux victimes sont les classes moyennes supérieures et pas les classes populaires.
D'habitude, les classes populaires, on leur disait c'est de votre foot, vous n'êtes pas assez formés, vous n'avez pas été assez à l'école, allez aux arts et métiers où on vous redonnera un
professeur comme Alain Bauer.
Nombreux autres collègues, moi je suis maintenant un peu hors du jeu. Mais en fait, on leur redonnait cet espoir-là. Aujourd'hui, on leur dit vous êtes très formés mais l'IA va vous remplacer. Et d'ailleurs, vous êtes en train de créer pour les codeurs l'outil qui est en train de vous remplacer. Donc, il faut bien leur redonner un espoir, une capacité.
Vous
savez, dans mes fillules, je disais tout à l'heure, j'ai des générations Z et des Y qui sont très différents. La génération Y, elle se projette dans l'avenir. Elle veut acheter un appart, se marier, avoir des enfants. Tardivement, mais quand même. La génération Z, on n'a plus d'espoir, il faut vivre intensément tout de suite. Il y
a
à la fois un côté extrêmement émouvant et désespérant et en même temps, il faut les remotiver vis-à-vis de quelque chose. Mais ça n'est pas seulement une activité des parents ou des enseignants. C'est une activité globale d'une société qui doit prendre en compte ce qui est en train de se passer, y compris écouter ce que disent les principaux promoteurs de l'IA sur on est en train de comprendre ce que nous sommes en train de faire un peu tardivement et
il va falloir les organiser ensemble. On se dit
qu'il faut peut-être mettre sur pause. Alain Boer, les images que l'on voit pour ceux qui nous suivent sur BFM TV, mais je les décris évidemment pour ceux qui nous écoutent sur RMC, ça se passe à Lille et ce sont des dégradations alors qu'on a vu tout à l'heure des pavés qui étaient jetés sur des camions de pompiers. Là, c'est visiblement des abribus qui sont en train d'être cassés par un certain nombre d'individus qui sont cagoulés. Alain Boer, avant d'essayer de comprendre comment on sort de cette situation, un mot aussi sur la question de la riposte ou non proportionnée ou non des forces de l'ordre.
Il y a un débat quasiment politique désormais entre la violence, est-ce que c'est la faute de ces jeunes casseurs ou est-ce que c'est la faute des policiers ? Elle est venue d'où ? C'est-à-dire qu'un certain nombre de politiques la semaine dernière, plutôt de gauche, disent au fond le problème, c'est la police. D'autres disent le problème, c'est les jeunes. L'œuf et la poule, je leur dis toujours ça parce que je n'ai pas d'autres expressions qui puissent vous poser la question aussi franchement.
Alors, d'abord, il faut savoir que désormais vous avez des amateurs de la manifestation et de l'occupation qui sont gérés par des amateurs du maintien de l'ordre. Car la plupart des Robocop que vous voyez en train de faire le maintien de l'ordre un peu partout en province ne sont pas des CRS ou des gendarmes mobiles.
Ils en ont la
tenue mais ils ne
le
sont pas ?
Non, ce n
'est
pas la bonne couleur. Donc, il faut être très bon pour les repérer,
couleur jaune, couleur
bleue. En fait, la plupart de ces gens-là sont des gens de la sécurité publique ou des compagnies départementales d'intervention qui ne sont pas structurellement formées au maintien de l'ordre. Ils n'ont ni la patience, ni la résistance, ni la résilience des CRS et des gendarmes mobiles dont on a beaucoup réduit le nombre et la quantité et du coup...
Mais ça veut dire Alain Boer qui ne sont pas
du tout prêts pour ça ? Non.
Qui
ne sont pas formés pour ça ?
Ils sont peu formés ou pas assez formés mais ils gèrent un mouvement d'une intensité considérable comme la question de l'affaire Naël avait nécessité des moyens considérables et surtout avec des unités moins spécialisées que les autres. Ceci pose un problème. Deuxièmement, ceux qui sont en phase 2, les lycéens qui sont entraînés par le mouvement habituel des faits de masse et qui se disent chouettes, pourquoi ne pas envoyer tout et n'importe quoi sur les policiers parce que
moi
j'écoute bien ce que disent les jeunes. Je voudrais qu
'ils
se mettent une heure à la place d'un policier statique qui ne fait rien devant un lycée pour voir ce que ça fait. Au bout d'une heure, après avoir pris des boules de pétanque, des extincteurs, des cailloux, des cocktails Molotov, je pense que leur vision du maintien de l'ordre va peut-être un peu changer. Donc il y a dans ces deux affaires deux extrémismes. Quelques policiers qui sont l'alli de la profession protégée par les autres, beaucoup de policiers qui sont tellement, qui ne savent plus quoi faire qu'à la fin ils provoquent des exactions, des délits, parfois même des crimes. Comment
ils
les provoquent ? C'est-à-dire quoi ils les provoquent
? Au bout de trois heures où vous en prenez plein la figure entre insultes et objets divers, il vous arrive d'avoir un geste qu'on va qualifier de plus que malheureux puisque c'est soit un délit, soit un crime. Et puis de l'autre côté,
vous
avez des gens dont c'est le métier, des casseurs professionnels qui sont là. Vous savez en 86,
vous
voyez ça dans le rapport de la commission d'enquête sur les événements de 86, le service d'ordre central de l'UNEF et les gendarmes mobiles ont chargé ensemble au Esno Peltri contre les casseurs. C'était nos ennemis communs.
Vous voulez dire que les manifestants et les policiers ensemble contre les individus qui voulaient en quelque sorte perturber les manifestations ?
Pas perturber, ils y étaient allés. Il y a eu 10% du service d'ordre central de l'UNEF qui est parti à l'hôpital et ça a été une opération commune parce que nous avions des intérêts communs. La liberté du droit de manifester et le respect des institutions.
Alain Boer, vous vous dites que malgré tout s'il y a dialogue
ça
peut se calmer d'ici la fin de la semaine ?
S'il n'y a plus de masse mouvante énervée par pas de prof trop chaud quand il fait chaud trop froid quand il fait froid tout ce qui est compréhensible à ce moment-là le mouvement naturellement doit déboucher sur une issue politique et c'est là d'ailleurs où les politiques ont un rôle à la fois d'accompagnement et d'orientation pas pour prendre la main sur les lycéens et les étudiants ils ne sont pas stupides ils savent très bien ce qu'ils veulent beaucoup plus que les générations précédentes par contre pour leur dire voilà le mode d'emploi le mode d'emploi le mode d'emploi c'est qu'il
y a
une crise il faut qu'elle débouche et qu'il y
a
une sortie de crise mais le mode d'emploi il doit aussi être relu par le gouvernement
merci beaucoup Alain Bauer d'avoir répondu à nos questions ce matin je rappelle effectivement votre livre Il faut sauver nos enfants le livre noir de la pédocriminalité en France ça donne le vertige
il faut les sauver des prédateurs et parfois il faut les sauver d'eux-mêmes
merci
Alain Bauer d'avoir répondu à nos questions sur RMC et BFM TV il est 8h49
merci Alain Bauer