Vincent Jeanbrun : "La démocratie modérée donne l'impression d'être faible et impuissante"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:40OuverteRéponse directe
Comment vont-ils aujourd'hui ?
- 3:08RelanceRéponse directe
Cela veut dire quoi ? Que les émeutiers qui se sont pris à votre domicile courent toujours aujourd'hui ?
- 4:30RelanceRéponse directe
Comment on peut croire encore à la République quand, deux mois après des incidents aussi graves, les personnes en question n'ont pas été interpellées ?
- 5:14OuverteRéponse directe
Mais c'est quoi, un problème de moyens ?
- 5:56RelanceRéponse directe
Et pourquoi ils n'ont toujours pas interpellé ceux qui s'en sont pris à votre maison ?
- 7:30OuverteRéponse directe
Ça veut dire durcir le ton, restaurer l'autorité. Ça veut dire quoi, restaurer l'autorité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25PrésentateurFait
« Ils n'ont pas hésité à enfoncer le portail de votre jardin à l'aide d'une voiture bélier, et a incendié votre véhicule. »
- 0:36PrésentateurFait
« Tous trois avaient été réveillés en sursaut et avaient dû fuir sous les tirs de mortier. »
- 3:10Invité politiqueFait
« Il y a eu des interpellations du mois de juillet, le 12 juillet, mais aucune poursuite. »
- 4:23PrésentateurFait
« Et aujourd'hui, les délinquants, les criminels dans nos quartiers, ils sont liés au trafic de drogue. »
- 5:18PrésentateurFait
« C'est évidemment un problème de moyens à certains endroits, mais c'est d'abord un problème de courage politique. »
- 6:09PrésentateurFait
« Nous, on est la République française, on a défendu les libertés individuelles et ceux auxquels je tiens tout particulièrement. »
- 9:30PrésentateurPromesse
« Il faut qu'on puisse casser ces quartiers ghettos. »
- 10:14PrésentateurPromesse
« il faut avoir une politique courageuse, en disant le logement social, à vie, c'est fini. »
Temps de parole
- Présentateur73 %
- Vincent Jeanbrun25 %
- ?2 %
≈ 15,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Vincent Jean-Brun. Bonjour. Et merci beaucoup d'être ce matin sur RTL. Vous êtes le maire, Yves le disait, de l'Aïlerose dans le Val-de-Marne. Et si on a voulu vous inviter ce matin, deux mois jour pour jour après la toute première nuit des meutes, c'est parce que justement vous êtes l'un des visages, l'un des symboles, l'une des victimes de ces violences qu'on a connues au tout début de l'été. Votre domicile, je le rappelle, et cela avait choqué de très très nombreux auditeurs, a été attaqué par plusieurs individus. Ils n'ont pas hésité à enfoncer le portail de votre jardin à l'aide d'une voiture bélier, et a incendié votre véhicule.
Les flammes s'étaient ensuite propagées à votre maison, où dormaient votre épouse et vos deux enfants. Tous trois avaient été réveillés en sursaut et avaient dû fuir sous les tirs de mortier. Comment vont-ils aujourd'hui
? Merci
de poser la question.
Le
plus dur est passé, il faut le dire comme ça. L'été et le calme de l'été ont permis de se reconstruire, de se retrouver. Maintenant le traumatisme est fort, ça va prendre encore du temps pour qu
'on
se reconstruise. On se rassure en se disant que ce qui ne
vous
tue pas vous rend plus fort. On dit même parfois, vous savez, qu'un os brisé, quand il se reconstruit, quand il se ressoude, il est plus solide. C'est ce qu'on vise. On vise à être encore plus fort, plus solide. Après, en tant que papa, c'est toujours très difficile de voir ses enfants grandir aussi brutalement. Découvrir finalement la haine de l'autre, ou plus exactement, pouvoir être victime de la haine de l'autre. C'est quelque chose qui est extrêmement difficile. En tout cas, je voudrais juste profiter de votre antenne pour remercier les milliers, milliers de personnes qui ont pris la peine d'écrire un courrier, envoyer un mail, adresser leur solidarité, leur soutien.
Ça nous a énormément touchés et beaucoup aidés.
Vous dites en tant que papa, en tant que papa, à aucun moment, Vincent Jean-Brain, vous ne vous êtes dit «
J
'abandonne, ça n'en vaut pas la peine
». Alors
si, je me le suis dit, je me le suis dit juste après l'attaque. Quand je quitte mes enfants, enfin endormis, je dirais à 4h30 du matin,
et
que je rejoins ma femme à l'hôpital, oui bien sûr, mes premiers mots,
c
'est « Si tu veux, on arrête tout ». Rien ne vaut de mettre en péril la vie de sa famille, en tout cas pas ça. Et j'ai eu l'occasion de le dire, mais c'est ma femme, mon épouse, qui est là à ce moment-là, sur un lit d'hôpital, qui me dit « C'est hors de question qu'on arrête
».
Ou plus exactement, si on doit arrêter un jour, c'est parce qu'on l'aura choisi, parce qu'on aura envie de faire autre chose, mais pas parce qu'on a peur, pas parce qu'on est terrorisé, en fait, on ne
peut
pas les laisser gagner. Et donc, depuis cette conversation, depuis
ce
coup de boost, en fait, cette énergie qu'elle m'a communiqué, il est hors de question d'arrêter, parce qu'effectivement, je ne
veux
pas les laisser gagner.
On ne peut pas les laisser gagner, c'est qui « les
» ? C
'est les ennemis de la République,
c
'est ces voyous, ces criminels, ces gens qui ont attaqué les drapeaux tricolores. Il y
a
des collègues maires qui me disaient « Il y a deux bâtiments communaux, l'un qui n'était pas voisé avec les drapeaux, pas l'autre, ils viennent brûler celui qui a les drapeaux, ils ne touchent pas à
l
'autre. » Parce qu'en fait, on n'est même plus dans « Je lis les critaux, savoir si c
'est
un bâtiment municipal ou pas. » On est dans « J'attaque le symbole de la République.
»
Moi, je suis profondément pour la défense de la démocratie et de la République. Je considère que, malgré tout, il ne
faut
pas être naïf. Il y a des ennemis de la République aujourd'hui, que ce soit les mafias, les gangs, que ce soit
des
mouvements radicaux qui veulent lutter contre les valeurs qui sont les nôtres. Eh bien, cela, il faut être capable de les combattre et de s'armer pour les combattre.
À
l'issue de cette attaque contre votre domicile, une information judiciaire a été ouverte, notamment pour tentative d'assassinat. Il y a eu des interpellations du mois de juillet, le 12 juillet, mais aucune poursuite. Cela veut dire quoi ? Que les émeutiers qui se sont pris à votre domicile, Vincent Jambrun, courent toujours aujourd'hui ?
Je
vous confirme.
Ils n'ont pas été identifiés ? Ils
sont en liberté, ils courent toujours.
Ce
qui est extrêmement difficile, parce qu'effectivement, pour vraiment pouvoir passer à autre chose, pour ma femme, pour mes enfants, pour moi-même, et puis pour les habitants de ma commune, l'idée qu'ils courent toujours est assez insupportable.
Mais on sait
qui c'est
?
Non, on ne sait pas qui
c
'est.
Vous
ne
savez pas qui c'est. Vous aviez pourtant eu des menaces quelques jours précédemment.
Il
y avait eu effectivement des menaces, des tags, en disant « on a vos adresses, on viendra vous brûler vivant » et on les avait peut-être sous-estimées, ces menaces.
Ce
qui est certain, c'est que, même si on a très peu d'éléments, on a l'impression qu'il y
a
un professionnalisme dans l'attaque. Une organisation, une anticipation, un vol de véhicule, une certaine gestion du stress sur place, passez-moi l'expression, avec une attaque éclair. Et puis, les agresseurs quittent les lieux dans un timing parfait pour éviter d
'être... Donc, c'était
préparé ?
C'était parfaitement préparé.
Professionnel.
Et ça laisse entendre le fait qu'on est sur des personnes qui maîtrisent la violence, en fait. Donc, des gens qui sont habitués à attaquer, à voler des véhicules sans laisser de traces. Donc, probablement des délinquants, peut-être des criminels. Et aujourd'hui, les délinquants, les criminels dans nos quartiers, ils sont liés au trafic de drogue. Donc, c'est une des pistes, évidemment, qui est explorée.
Vincent Jambrin, vous dites que ça fait deux mois. Ce n
'est
pas vous qui le dites, ce sont les faits, ça fait deux mois. Ces gens-là, dites-vous, se sont attaqués à la République. Comment on peut croire encore à la République quand, deux mois après des incidents aussi graves, les personnes en question n'ont pas été interpellées ? Les gens qui nous écoutent, ils doivent se dire « Moi, on m'a volé tel truc, j'ai porté plainte, ça n'a donné rien. On attaque un domicile d'un élu, on met en danger une femme et ses enfants, et deux mois plus tard, il n'y a rien. »
Comment
on restaure cette confiance dans la République et dans l'ordre
?
Il faut absolument se donner des moyens. Ce que vous dites, c'est très juste.
C'est
-à-dire qu'au-delà de notre cas personnel, ce sont des millions de Français aujourd'hui qui souffrent et qui ne comprennent pas pourquoi notre société n'est pas capable de se défendre face à ses ennemis de la République.
Mais c'est quoi, un problème de moyens ?
C'est évidemment un problème de moyens à certains endroits, mais c'est d'abord un problème de courage politique. Il y
a
un certain nombre de choses qu'il faut mettre en place. Il faut être capable d'aller au-devant de nos concitoyens et de leur expliquer que l'État de droit, il la nécessite de pouvoir se reposer sur l'autorité. Il faut pouvoir reposer sur une police qui est forte, une justice qui est forte. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Moi, je voudrais vraiment remercier tous les fonctionnaires de police, les fonctionnaires de la justice, tous ceux avec qui je suis en contact, sont dévoués, sont des derniers remparts de la République. Objectivement, le ministre de l'Intérieur a mis les moyens pour protéger ma famille. Je ne peux être que reconnaissant.
Et en même temps, c'est parce que je suis reconnaissant que je me dis qu'on ne peut pas laisser les choses en l'État. Ce n
'est
pas possible. Il faut absolument leur donner des moyens et du courage.
Et pourquoi ils n'ont toujours pas interpellé ceux qui s'en sont pris à votre maison
?
Parce qu'à un moment donné, je pense qu'on a des grandes démocraties dans le monde qui ont des outils beaucoup plus pertinents que les nôtres, notamment dans la capacité à aller fouiller les téléphones, fouiller les boîtes mail. Nous, on est la République française, on a défendu les libertés individuelles et ceux auxquels je tiens tout particulièrement. Mais parfois, à l'excès, c'est-à-dire qu'en gros, on a moins de pouvoir d'enquête que certaines...
Donc la police n'a pas assez de pouvoir ?
Je pense qu'elle pourrait avoir plus de pouvoir. Et qu'au lieu d'être dans le principe de précaution en disant qu'il faut éviter toute ingérence de la police, on doit être dans un principe de responsabilité, donner plus de liberté à la police, plus de pouvoir d'enquête. Et après, derrière,
évidemment,
des instances de contrôle inflexibles qui permettent de montrer qu
'il
n
'y a
pas d'abus. Mais c'est vrai que beaucoup de gens me l'ont dit. Aujourd'hui, on a peur. Ce qui vous est arrivé, effectivement, deux mois plus tard, il n
'y a
pas de sanctions. On a peur. Des personnes me disent qu'elles réfléchissent à se protéger elles-mêmes, à prendre des armes chez elles. C'est un discours qu'on ne peut pas imaginer. Il y a quelques années, moi, je ne l'imaginais pas. Et en même temps, quand on est dans une ville qui a connu un climat aussi insurrectionnel que l'autre, et comme toutes les villes qui ont connu ça, on comprend que la peur, en fait, est présente. Et cette peur, elle
n
'est jamais bonne conseillère. Et moi, c'est ce qui m'inquiète.
C
'est qu'aujourd'hui, il
y a
un basculement de nos concitoyens que l'on peut comprendre, tant il y
a
de la colère et de la peur, vers des solutions radicales et extrémistes. Parce qu'en fait, la démocratie, j'allais dire modérée, aujourd'hui, donne l'impression d'être faible et impuissante. Et ça, c'est le combat que j'ai envie de mener.
C
'est de faire en sorte de faire des propositions concrètes pour qu
'on
sorte de ça.
Ça veut dire durcir le ton, restaurer l'autorité. C'est une expression qu'on a entendue ces derniers jours, que ce soit de la part d'Emmanuel Macron, de la part de Gérald Darman, qui était ici même vendredi matin, de la part de Nicolas Sarkozy, qui le répète à l'envie en faisant la promotion de son livre. Ça veut dire quoi, restaurer l'autorité
?
C'est qu'à un moment donné, il y a une règle, elle est claire, si elle n'est pas respectée, il y a sanction.
Vincent Jean-Marc, vous avez grandi dans ces quartiers à l'aile
des roses. Absolument.
Quand est-ce que vous avez vu le basculement ? Votre ville, vous la connaissez parfaitement. Vous étiez un des gamins de cette commune.
Tout à fait, un
des
gamins des tours de l'aile des roses. Difficile de voir exactement.
Il
n
'y a
pas un avant, un après.
C
'est simplement au fil du temps, ça s
'est
délité. Et notamment avec, dans les quartiers, une jeunesse qui, pour moi, est devenue
beaucoup
plus violente et s'est désociabilisée à partir du moment où elle a perdu l'espoir. J'ai vu l'occasion de dire, au moment du grand débat, Évry Courcouronne, où le président de
la
République avait invité tous les maires qui avaient des quartiers sensibles. À ce moment-là, je lui avais dit, moi, j'étais dans un quartier où, globalement, il y avait déjà toutes les caractéristiques qu'on peut imaginer. Mais la jeunesse qu'on était, on avait de
l
'espoir. On voulait s'en sortir, on était combatifs, on avait envie de s'engager, de créer des entreprises,
etc. Qu'est-ce qui fait qu
'ils n'ont plus d'espoir ?
Cet espoir, il a été perdu, il y a plein de causes à ça. Une des causes, notamment, c'est la conviction qu'en fait, ces quartiers sont stigmatisés. En fait, l'espoir, il est perdu parce que, vous le disiez il
y
a quelques instants, la promesse républicaine ne tient pas. Quand on dit, vous, enfants de la République, allez à l'école, travaillez bien, et vous verrez, vous en sortirez, vous serez protégés par la République, vous serez soignés par la République, vous serez éduqués par la République. Et qu'en fait, dans ces quartiers-là, la République ne vous protège plus, elle ne vous éduque plus, parce qu'en fait, tout simplement, au-delà du courage des professeurs qui sont dans ces quartiers, il y
a
un manque de moyens concrets.
Oui,
mais il y
a
des
milliards qui sont mis
dans ces quartiers, il ne
faut
pas...
Il y a des milliards qui sont mis, mais pas forcément au bon endroit. C'était d'ailleurs l'interpellation que j'avais faite à Ivry-Courcouronne à l'époque. Et je reviens à la question du courage politique. Moi, je défendrais des idées autour d'un plan anti-ghetto national. Il faut qu'on puisse casser ces quartiers ghettos. Il y a aujourd'hui des millions de Français. Des millions de Français qui vivent dans ces quartiers, qui sont pris en otage. Ils sont pris en otage par une toute petite minorité, qui aujourd'hui sont des nouveaux geôliers. Des geôliers qui sont armés de Kalachnikov, et qui kidnappent ces gens, qui les empêchent de vivre dans la République.
Alors, le défi qu'on a devant nous, toute la classe politique, c'est d'aller replanter le drapeau de la République dans ces quartiers, et de libérer ces habitants. Et je comprends ces habitants qui soient en colère, qui aient peur, et qui, de fait, ne croient plus dans la République, parce que la République les a oubliés. Oui, j'ai grandi dans un quartier prioritaire, mais je peux vous dire une chose, en fait, il n'a jamais été la priorité de personne. Donc, mettre de l'argent, c'est mettre un chèque, se dédouaner, ce n
'est
pas suffisant. Il faut aller sur place, il faut avoir une politique courageuse, en disant le logement social, à vie, c'est fini. Les tours, on doit devoir les casser. Et si ça coûte un peu d'argent, ce n
'est
pas grave, parce que c'est un investissement. Là où on, parfois, gâche de l'argent, c'est qu'on saupoudre de l'argent à des associations, on en donne, on en donne, on en donne, on se défausse, débrouillez-vous entre vous, on repassera quand ce sera terminé. Ça, ce n
'est
pas acceptable.
Merci beaucoup, en tout cas, Vincent Zombrin, d'avoir témoigné ce matin sur RTL,
et
deux mois après cette attaque, je le rappelle toujours, aucune interpellation. Vous nous le disiez, les individus n'ont pas été identifiés. Les millions de Français sont pris aujourd'hui en otage dans leur quartier, vient de nous dire le maire de la LRose. Merci, Vincent Zombrin, vous restez avec nous, puisque vous êtes dans l'œil de Philippe Cave-Rivière. Ah, ben oui.
Vincent Jeanbrun