Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC — Face à Face· 2 août 2023 11 min

L'invitée du jour : Prisca Thevenot - 02/08

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, l'invité du jour. Et l'invité du jour, c'est Prisca Thévenot, bonjour. Bonjour. Vous êtes la nouvelle secrétaire d'État en charge de la Jeunesse et du Service National Universel, l'une des nouvelles entrantes au gouvernement. On va parler de la jeunesse, de la reconstruction dans les quartiers, en tout cas du lien dans les quartiers, notamment avec la police. D'abord, une question d'actualité, parce qu'on en parle beaucoup depuis ce matin sur RMC, la rémunération des élus. Vous étiez députée.

0:28
Prisca Thevenot

Oui.

0:29
Présentateur

Vous êtes bien payée ?

0:30
Prisca Thevenot

Je pense que le sujet de l'indemnité parlementaire n'est pas un sujet tabou. Il est connu et je pense qu'il est suffisant au regard des responsabilités que nous avons, mais également au regard du salaire moyen des Français. L'enjeu, en revanche, quand on parle de l'indemnité des élus, je pense qu'on peut poser la question sur les élus municipaux, un certain nombre de conseillers municipaux dans des petites, moyennes, plus ou moins grandes communes, qui ont beaucoup de responsabilités aussi, qui sont en prise aux problématiques du quotidien et qui, souvent, n'ont pas beaucoup de temps pour avoir une activité salariée à côté.

Et pour ces personnes-là, je pense que le sujet de l'indemnité peut être effectivement mis sur la table.

1:10
Présentateur

Donc, vous dites Patrick Martin, le président du MEDEF, qui a mis ce sujet sur la table. A raison, en tout cas, pour ce qui concerne les élus locaux. Vous ne trouvez pas ça inaudible dans un contexte où les Français font beaucoup d'efforts face à l'inflation ?

1:22
Prisca Thevenot

Encore une fois, je pense qu'il n'y a pas de sujet tabou. On doit pouvoir avancer sur l'ensemble des problématiques qui sont soulevées. Mais je ne suis pas sûre que l'enjeu, ce soit de questionner l'indemnité des parlementaires, des présidents de départements, des présidents de régions. Je vous parle précisément des élus très locaux, ces conseillers municipaux, qui, souvent, perçoivent une indemnité très très très très faible, avec des responsabilités extrêmement importantes, bien évidemment.

1:45
Présentateur

Alors, parlons de la jeunesse qui est donc votre portefeuille. Comment retisser le lien après les émeutes du mois dernier ? Emmanuel Macron a donné un rendez-vous à la fin de l'été pour revenir sur ce sujet. Il a promis un travail en profondeur. Il y a un constat, c'est que ces émeutiers, ils étaient extrêmement jeunes. Ils étaient, pour la plupart, mineurs, pour la plupart, inconnus de la justice. À 90% français, ça veut dire qu'ils ont grandi en France, étaient scolarisés en France. Ça pose beaucoup de questions. Comment vous, vous comprenez ça ?

2:12
Prisca Thevenot

Alors déjà, le premier enjeu, c'est effectivement le retour à l'ordre, qui a pu se faire assez rapidement grâce aux dispositifs mis en place et par Gérald Darmanin et par Éric Dupond-Moretti. Le deuxième temps, c'est effectivement le temps de la mise en place des dispositifs pour la reconstruction des bâtiments dégradés, saccagés, pillés. C'est d'ailleurs un des derniers textes que j'ai pu voter en tant que parlementaire à l'Assemblée nationale, parce que la rentrée se prépare dès maintenant et doit être opérationnelle pour septembre.

Ensuite, ce qui est important de rappeler aussi, quand vous parlez des émeutiers, c'est que l'entièreté du sujet de la jeunesse ne peut pas être regardée uniquement qu'au travers du sujet des émeutiers. Nous devons pouvoir adresser l'ensemble des colères exprimées. Et les colères exprimées, elles ne s'expriment pas en pillant des magasins, en saccageant des biens publics et en menaçant des élus. Une partie des colères sont exprimées de façon non-violente, de façon tout à fait légitime, et celles-là, nous devons être en capacité de l'entendre, de l'écouter. Et c'est d'ailleurs ce que j'ai fait. J'étais encore parlementaire.

Au lendemain des émeutes, j'ai réuni plus de 80 jeunes à l'Assemblée nationale, non pas pour leur parler, mais justement pour les écouter. Et ce qu'ils disaient, c'était assez unanime. C'est qu'ils n'ont pas une volonté, ils n'ont pas une demande pour des politiques d'action du milliard, mais bien des politiques d'action du quotidien dans laquelle ils peuvent prendre part, et dans laquelle on leur laisse prendre leur part. Parce que ce qu'on a, c'est qu'on a une jeunesse, des jeunesses, une jeunesse plurielle, vous l'appellerez comme vous voulez, qui a une soif d'engagement. Et souvent cet engagement, elle ne trouve pas de finalité ou de modalité d'expression.

3:46
Présentateur

Si vous dites pas de politique du milliard, ça veut dire qu'il ne faut pas un nouveau plan banlieue en réinjectant de l'argent dans ces quartiers pour des infrastructures, comme ça a été le cas dans le passé ?

3:57
Prisca Thevenot

Vous l'avez très justement dit, quand on regarde le profil des jeunes, 100% des jeunes qui sont dans des structures sportives, culturelles, associatives, ne sont pas dans ces chiffres des émeutiers. Donc on voit qu'il y a un certain nombre de cadres qui existent aujourd'hui et que nous devons continuer à déployer. L'ensemble des moyens sont là aujourd'hui. Nous devons les rappeler, les amplifier, peut-être les moderniser ou les dépoussiérer pour un certain nombre d'enjeux. Mais encore une fois, je vous le dis, la parole des jeunes est claire et unanime. Ils ne veulent pas une politique du milliard, ils veulent une politique d'action dans laquelle ils sont eux-mêmes acteurs.

Et c'est ça aujourd'hui que nous devons pouvoir entendre. Je dois dire que c'est quand même assez agréable de constater qu'aujourd'hui, nous avons en France une jeunesse qui veut s'engager.

4:37
Présentateur

Il y a une jeunesse qui veut s'engager peut-être et notamment contre vous. En tout cas, il y a cet appel d'organisation de gauche, d'association, de parti pour une nouvelle marche le 23 septembre, marche pour une réforme de la police et pour la justice sociale. Je dis contre vous, mais en tout cas avec des revendications qu'il réclame. On entend notamment cette défiance contre la police dans une partie de la jeunesse et pas seulement dans ces quartiers. Comment on reconstruit là-dessus ? Est-ce qu'il faut reconstruire cette relation entre la jeunesse et la police ? Comment vous, vous voulez agir là-dessus ?

5:12
Prisca Thevenot

Déjà, rappelons tout simplement que la relation entre la jeunesse et la police ou la population dans sa globalité et la police n'a jamais été arrêtée. Les hommes, les femmes qui sont sous l'uniforme, qui nous protègent au quotidien, vivent avec nous. Ils font partie de nous. Ne l'oublions jamais quand vous allez déposer vos enfants à l'école. Parmi les parents qui sont là, il y a sûrement des policiers, des gendarmes, des pompiers, qui sont aussi en train de vivre à vos côtés au quotidien. Ensuite, est-ce qu'il y a une méfiance qui s'est installée ?

Entre une partie de la jeunesse, peut-être une partie de la population, et la police, oui, nous devons pouvoir le regarder, nous pouvons pouvoir l'adresser. Mais attention à ne pas faire le raccourci un peu facile d'une partie, que fait d'ailleurs une partie de la classe politique, et toujours la même, l'extrême gauche, à savoir de généraliser l'institution de nos forces de l'ordre. Encore une fois, il n'y a rien de plus grave que de venir pointer du doigt toute une institution. Sans pointer du doigt l'institution, il y a des problèmes très concrets,

6:08
Présentateur

les contrôles d'identité, ça revient beaucoup dans les revendications, les contrôles d'identité dans certains quartiers, considérés par beaucoup comme des contrôles au faciès. Il y avait quand même le défenseur des droits qui, en 2017, pointait déjà qu'un jeune noir ou arabe a 20 fois plus de risques d'être contrôlé par la police. Est-ce que, par exemple, ça, pour vous, c'est un problème ?

6:28
Prisca Thevenot

Ce n'est pas un problème, c'est un sujet qu'on doit pouvoir regarder, c'est un sujet qu'on doit pouvoir quantifier et qualifier. Mais, encore une fois, je viens moi-même des quartiers. J'ai grandi à Stain, j'ai le visage et la tête que j'ai, j'ai eu des contrôles. Est-ce que vous me voyez aujourd'hui détester la police ? Est-ce que vous me voyez aujourd'hui expliquer qu'on doit aller défiler pour pointer du doigt l'ensemble de l'institution que représentent celles et ceux qui nous protègent au quotidien ? Je pense que quand on veut adresser un sujet, on doit pouvoir le faire avec clairvoyance, responsabilité et sans généraliser.

Parce que sinon, on passe à côté du problème et on ne fait pas de la politique, mais on fait de la polémique.

7:05
Présentateur

Et donc, qu'est-ce qu'on fait ? Il faut donner de nouvelles consignes à la police sur ces contrôles d'identité ?

7:09
Prisca Thevenot

Déjà, il n'y a pas de nouvelles, spécifiquement de nouvelles consignes. Je pense qu'on rappelle déjà les missions premières de nos forces de l'ordre. C'est d'assurer notre protection et de permettre nos libertés, l'expression de nos libertés au quotidien. Ensuite, s'il y a des actes déviants au sein de la police, j'aimerais juste rappeler qu'il y a des règles et que les règles sont très vite mises en place sur des sanctions et des suspensions. Donc, encore une fois, tout doit pouvoir être apprécié, tout doit pouvoir être regardé, sans totem ni tabou, mais avec des lignes rouges. On ne met pas à mal une institution qui est là pour nous servir, pour servir notre nation.

7:45
Présentateur

Vous le disiez, vous avez grandi en Seine-Saint-Denis, vous avez été à l'école en zone d'éducation prioritaire, et puis ensuite, vous avez fait une grande école. Sauf que le fait est que la jeunesse, aujourd'hui dans ces quartiers, beaucoup de jeunes estiment que votre parcours, il leur semble impossible aujourd'hui. Est-ce que cette méritocratie dont vous avez bénéficié, est-ce qu'elle est en panne aujourd'hui ?

8:06
Prisca Thevenot

Elle doit pouvoir être questionnée, elle doit pouvoir être améliorée. Je ne dis pas que tout est facile, mais je dis que tout est possible pour notre jeunesse. Encore une fois, moi, je dois effectivement ce parcours que j'ai voulu, bien évidemment, grâce avant tout à ma famille, à mes parents, qui m'ont toujours accompagnée, toujours soutenue, toujours challengée, et puis peut-être aussi de temps en temps, remis dans le droit chemin, mais aussi à l'école, l'école républicaine, à nos enseignants, et puis aussi à nos forces de l'ordre.

8:34
Présentateur

Mais comment on redonne des perspectives à ces jeunes ? Je voyais, dans les quartiers, 45% des jeunes sont sans emploi. Il y a deux fois moins de professionnels de santé pour 100 000 habitants que dans d'autres zones. Il y a moins de crèches, moins de bibliothèques, moins d'équipements sportifs. Comment on redonne des perspectives à cette jeunesse des quartiers ?

8:50
Prisca Thevenot

Déjà, de façon très claire, vous l'avez dit, en premier lieu, c'est de permettre aussi une émancipation par le travail. Je vais vous parler de la réussite par l'école, l'école républicaine et laïque, mais aussi, elle doit avoir un débouché pour l'entrer dans le travail. Et on le sait très bien, en 2017, nous avions un enjeu de chômage massif qui toucheait en priorité nos jeunes. Nous avons permis de pouvoir lutter contre ce chômage massif en permettant de créer un certain nombre d'emplois. 1,7 million d'emplois créés depuis le début de la présidence d'Emmanuel Macron.

Et notamment auprès des jeunes, avec des emplois pérennes, mais aussi des formules d'apprentissage, des formules d'entrée dans la vie active. Et ça aussi, c'est un enjeu du quotidien. Quand on sait qu'on va à l'école, mais qu'on n'aura pas de travail, ça pose une réalité, ça pose une problématique. Donc ça, c'est un premier sujet. Ensuite, le développement des services publics. Donc c'est pour ça qu'encore une fois, je vous disais, les émeutiers qui ont saccagé les services publics, les écoles, les bibliothèques, etc., n'exprimaient en aucunement une revendication sociale.

Donc nous devons pouvoir nous déployer avec l'ensemble du spectre politique, bien évidemment l'État, le gouvernement, mais également l'ensemble des élus régionaux, départementaux et municipaux.

9:55
Présentateur

Le service national universel, il nous reste une minute, ça peut faire partie de la réponse. Vous en êtes en charge aussi. Il devait être généralisé, c'est une promesse d'Emmanuel Macron, mais son annonce a été repoussée de mois en mois sur toute l'année écoulée. Il va être généralisé ? Il va être rendu obligatoire ?

10:12
Prisca Thevenot

Il doit être généralisé. D'ailleurs, c'est une promesse, c'est un engagement présidentiel. Et Emmanuel Macron est un homme de parole. Encore une fois, généralisé, ça ne veut pas dire se précipiter, surtout quand on parle de jeunesse et d'engagement. Depuis le début du déploiement du SNU, il a eu une montée en charge assez incroyable. Nous sommes à aujourd'hui près de 90 000 jeunes qui ont pu faire la phase de cohésion. Et nous allons déployer à partir de la rentrée qui vient, en dehors déjà du temps scolaire, le SNU, le stage de cohésion, mais aussi au sein du temps scolaire avec le label lycée et classe engagée.

10:45
Présentateur

Sur la classe de seconde, sur la base du volontariat des classes. Tout à fait. Est-ce qu'il faut que ça devienne pour vous, en tout cas, un passage obligé pour tous les enfants, puisqu'on parle des enfants de 15 à 17 ans ?

10:54
Prisca Thevenot

Il faut que ce soit un passage républicain pour l'ensemble d'une génération et d'une cohorte, oui. Mais encore une fois, ça ne se décrète pas simplement en appuyant sur un bouton. Il faut que l'ensemble des acteurs puissent s'en saisir, puissent le déployer et que nos jeunes puissent s'en saisir pleinement sans se sentir obligés de le faire. Pour apprendre à jouer collectif, pour apprendre à faire nation, il faut qu'on soit pleinement acteurs de cette démarche-là. Et ça, il faut aussi être en capacité de l'entendre.

11:16
Présentateur

Et vous serez en charge de ce dossier au gouvernement. Prisca Tevno, secrétaire d'État en charge de la jeunesse. Merci d'être venu ce matin sur RMC et sur RMC Story.