Face à Face : Ali Rabeh - 27/10
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 25 %Attaque 55 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:56OuverteRéponse directe
Pouvez-vous nous donner des nouvelles des blessés et notamment de cette petite fille ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pouvez me parler de Pango Bossio Wangui ?
- 4:22OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous dites ce matin aux habitants de Trappes ?
- 5:08OuverteRéponse directe
Vous voulez écrire la suite. Comment on fait pour écrire la suite ?
- 6:54RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous estimez que quatre jours après, elle est là, la concorde nationale ?
- 8:02OuverteRéponse directe
Est-ce que la campagne présidentielle n'est pas, au fond, devrait être la meilleure des réponses ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:03Invité politiqueFait
« 'est d'après ce que m'a indiqué la famille, cette petite fille va mieux. »
- 1:14Invité politiqueFait
« Aux dernières nouvelles, dimanche, elle avait retrouvé conscience. »
- 1:33Invité politiqueFait
« Son état s'améliore et on espère également qu'il pourra rapidement être sorti d'affaires. »
- 2:55Invité politiqueFait
« Une femme noire qui portait un foulard sur la tête me racontait dimanche soir en larmes la même scène à quelques mètres du lieu où est assassiné Pengo Bossiwangi. »
- 3:05Invité politiqueFait
« Elle a pu ensuite fuir et se réfugier dans un bus. »
- 3:35Invité politiqueChiffre
« Sinon, nous aurions eu à déplorer des dizaines, voire des centaines de morts. »
- 3:37Invité politiqueChiffre
« Je rappelle qu'il a tiré plus de 150 cartouches. »
- 3:50Invité politiqueFait
« Il n'habitait pas la ville. »
- 3:57Invité politiqueFait
« 'était un homme qui était un sportif, jeune, à 26 ans, qui avait tout l'avenir devant lui. »
- 4:11Invité politiqueFait
« Il était sur le point de devenir professionnel du MMA, d'un sport de combat. »
- 4:15Invité politiqueFait
« Il n'avait comme seul tort que de marcher au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise couleur de peau. »
- 5:27Invité politiqueFait
« Le racisme tue, on le sait depuis toujours. »
- 5:41Invité politiqueFait
« Et on a pu considérer que stigmatiser tout un territoire et toute sa population, ou une partie du peuple français, tout simplement, ça ne prêtait pas à conséquence. »
- 5:51Invité politiqueFait
« On a eu à déplorer un mort et des blessés graves. »
Temps de parole
- Ali Rabeh60 %
- Présentateur32 %
- ?5 %
- Invité3 %
≈ 25,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous
écoutez RMC. RMC jusqu'à 9h. Apolline Matin.
Face
à face. Apolline de Malherbe.
Il
est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Ali Rabet. Bonjour. Merci d'être mon invité ce matin. Vous êtes le maire de Trappes, une ville évidemment bouleversée, un pays sous le choc. Après ce périple meurtrier de Kevin T, vendredi, une véritable chasse à l'orme, un attentat terroriste, raciste. On va évidemment parler du contexte. Vous êtes bouleversée. Le pays est sous le choc. Un tournant, c'est le mot qu'a utilisé le président de la République qui s'est rendu à Trappes. On va revenir évidemment aussi sur l'enquête. Mais d'abord, je voudrais que vous nous donniez des nouvelles des blessés et notamment de cette petite fille.
C
'est d'après ce que m'a indiqué la famille, cette petite fille va mieux. Elle est courageuse puisqu'elle a lutté contre, était entre la vie et la mort pendant de nombreuses heures. Elle a subi plusieurs opérations. Aux dernières nouvelles, dimanche, elle avait retrouvé conscience. Elle avait pu reconnaître et échanger avec sa famille.
Elle
avait pu reconnaître et échanger avec sa famille. Les autres blessés sont certains encore hospitalisés. Et l'un d
'eux est encore dans un état très grave. C'est
qu'il a dû subir deux opérations lourdes. Son état s'améliore et on espère également qu'il pourra rapidement être sorti d'affaires.
Je le disais, un périple meurtrier. Vous l'avez tout de suite dit, ça aurait pu être
encore
pire. Et je voudrais que l'on écoute tout de suite les mots, l'émotion d'une de vos habitantes. Une habitante de Trappes, elle s'appelle Sophia. Elle s'est confiée au micro de notre reporter RMC Pierre Bazin. Elle raconte qu'elle faisait le plein d'essence quand elle a été visée par le tueur. Qu'il y
a
eu cinq impacts sur sa voiture avant qu'il ne la mette en joue. Écoutez.
Elle
m'a dit, bouge pas. Ça n'arme vers moi directement. Et moi, je lui ai dit, s'il te plaît, tu ne
fais
pas ça. Non,
non,
non, tu ne fais pas ça. Elle lui a dit, bouge pas. Le truc, il est vide. Et moi, dans ma tête, c'est fini. Je cours et il y a beaucoup de monde à l'intérieur.
Et
je dis à tout le monde, vous ne sortez pas, vous ne sortez pas. Il y a un monsieur qui m'essouit avec les claschenkoffs. Vous ne sortez pas. Et j'entends des tac, tac, tac. C'est un raciste. Louis, il est calme. Il choisit les gens. Je ne suis pas bien, la vérité. Je ne dors pas. Franchement, je ne dors pas la nuit.
Il
est calme. Il choisit les gens.
Elle
est bouleversée. Elle ne dort plus.
Son
témoignage,
c
'est celui de bien d'autres trapistes
qui
racontent petit à petit ce qu'ils ont vécu. Une femme noire qui portait un foulard sur la tête me racontait dimanche soir en larmes la même scène à quelques mètres
du
lieu où est assassiné Pengo Bossiwangi. Elle a dû sa survie uniquement au fait que l'arme s'est de nouveau enrayée. Il a essayé à plusieurs reprises de lui tirer dessus trois fois sans y parvenir.
Et
elle a pu ensuite fuir et se réfugier dans un bus. Donc, au-delà des blessés, au-delà du décès, il y a de très, très nombreux trapistes qui ont réchappé par miracle. Et nous le devons à la fois à la météo capricieuse qui a vidé les rues de Trappes ce matin-là, notamment le marché de Trappes où il s'est rendu, où il n'a trouvé quasiment personne. Et également au fait que son arme, encore une fois, était ancienne et s'est enrayée à de nombreuses reprises. Sinon, nous aurions eu à déplorer des dizaines, voire des centaines de morts. Je rappelle qu'il a tiré plus de 150 cartouches.
150 cartouches, au moins huit lieux de crimes, scènes de crimes, comme le disait hier le Parc national antiterroriste. Est-ce que vous pouvez me parler de Pango Bossio Wangui
?
Il n'habitait pas la ville. Il venait rendre visite à de la famille. Il est du territoire. Sa famille et ses parents, notamment, sont du territoire.
C
'était
un
homme qui était un sportif, jeune, à 26 ans, qui avait tout l'avenir devant lui, dont les proches
racontent,
notamment dans son club de sport, combien il était plein d'avenir, plein de promesses. Il espérait que le sport lui permettrait
de
réussir son parcours dans la vie. Il était sur le point de devenir professionnel du MMA, d'un sport de combat.
Il
n'avait comme seul tort que de marcher au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise couleur de peau.
Avec la mauvaise couleur de peau. Qu'est-ce que vous dites ce matin ? Qu'est
-ce
que vous dites depuis quatre jours aux habitants de Trappes
? Je
ne trouve pas les mots pour leur parler. Ce n
'est
pas simple. Ce n
'est
pas simple parce qu'il y
a
un traumatisme collectif, vous l'avez rappelé, et que le sentiment qui domine, c'est évidemment la peur. Ce n
'est
même pas l'incompréhension, parce que chacun comprend. Cette dame le dit très bien. La motivation raciste
qui
vient de loin. Et cet acte, même si on n'aurait pas pu le prédire, ni sa date, ni le lieu de sa commission, ça fait longtemps qu'on est quelques-uns à craindre qu'ils surviennent sur le territoire. Et c'est arrivé dans ma vie, la Trappe,
sur
des habitants qui ont pris l'habitude d'être stigmatisés, d'être pointés du doigt, et d'être désignés comme des cibles. Et cette habitude, il faut qu
'on
la perde collectivement.
Vous
voulez écrire la suite. Vous avez commencé d'ailleurs hier avec ces rassemblements. Il y aura à nouveau un rassemblement dans votre ville vendredi. Vous voulez écrire la suite. Comment on fait justement pour écrire la suite
? Ce
n'est pas la responsabilité d'une personne ou d
'un
groupe.
C
'est notre responsabilité collective. Le racisme tue, on le sait depuis toujours. Il y a toujours eu des militants engagés contre le racisme qui dénoncent ses crimes, ce qui arme la main des tireurs, des tueurs. Mais la société, dans son ensemble, elle a baissé les armes. Et on a pu considérer que stigmatiser tout un territoire et toute sa population, ou une partie du peuple français, tout simplement, ça ne prêtait pas à conséquence.
Ça
prête à conséquence. On a eu à déplorer un mort et des blessés graves. Mais au-delà, vous savez, tout un peuple traumatisé.
Tous
les Français dans leur ensemble, singulièrement ceux qui se considèrent dorénavant comme des cibles. Ce que j'entends depuis vendredi, au sein de ma population, c'est la peur de sortir, la peur de laisser ses enfants sortir, le sentiment qu'on n'a plus sa place ici. Certains disent et considèrent, et ça m'inquiète, qu'il faut se défendre soi-même. J'entends parler d'autodéfense, des concepts dont on croyait débarrasser la République. Donc l'enjeu, c'est qu'on puisse collectivement se ressaisir, tirer les leçons de ce qui s'est passé et de la dérive de notre débat public, d'ailleurs.
C
'est pour ça que j'ai assez rapidement et spontanément appelé à la concorde républicaine parce
que
c'est l'essentiel du message que je veux passer, c
'est
que nous sommes un seul peuple
et
qu
'on
ne
peut
pas dresser la France contre elle-même.
On va revenir sur ce que vous dites, sur les racines très profondes. Vous dites de ce racisme qui monte et qui a fini par tuer chez vous à Trappes. Vous appelez un sursaut à pouvoir vivre ensemble, à une concorde nationale. Est-ce que vous estimez que quatre jours après, elle est là ?
Je
n
'ai
pas assez de recul et je vais vous dire que je suis totalement allé dans le guidon donc je ne sais pas ce qui se dit autour de moi
et
en dehors de ce qui se dit dans ma ville avec mes concitoyens. Donc c'est à vous d'en juger et j'espère que c'est le cas. J'espère que sur vos plateaux,
j
'espère que dans le débat politique il y
a
un sursaut. On m'a envoyé quelques images du débat d'hier. Sur votre antenne d'ailleurs quand Edwige Diaz continue, représentant du RN, à dire que Trappes est une république islamiste, le revendique et réitère ses propos et ceux de son président Jordan Bardella. Donc de ce camp-là je n'attends rien. De ces députés je n'attends rien. D'un parti qui vient de reconduire un antisémite à sa tête je n'attends rien. En revanche, de nous toutes et tous, de vous les médias en particulier j'attends beaucoup et j'espère beaucoup sincèrement.
Parce
que c'est vous qui avez la clé. Pas vous uniquement les médias mais ceux qui dans la société ont une influence, ceux dont la parole peut être entendue, ceux dont l'intelligence, les intellectuels, les éditorialistes, etc. peuvent permettre de contrecarrer le discours raciste. Ceux-là ont le devoir de se mobiliser plus fortement.
Je partage évidemment totalement ce que vous venez de dire sur la lutte, le recadrage, la limite à apporter. Il y a ensuite une question qui est évidemment celle de la démocratie. Comment on fait dans une démocratie quand des gens sont élus, quand un peuple choisit ? Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on dit ? Est-ce que la campagne présidentielle n'est pas, au fond, devrait être la meilleure des réponses
?
Certainement pas. Certainement pas les derniers mois avant une campagne présidentielle. C'est le débat quotidien qui me pose problème. Mais
est-ce que le débat qui va s'ouvrir, il se trouve que le contexte de ce calendrier, c'est un moment où précisément on peut entendre des voix comme la vôtre, on peut entendre mais il faut entendre tout le monde. Est-ce qu'il faut entendre tout le monde
?
Ça c'est
à
vous de l'apprécier par ailleurs. J'observe en Belgique par exemple, les médias d'initiatives comme la classe politique ont choisi d'ériger un cordon sanitaire et d'interdire la parole raciste sur leurs antennes et de ne pas inviter les représentants de l'extrême droite qui s'appelait aussi le Front National en Belgique francophone. Néanmoins en France, moi je ne demande même pas cela. Je demande que l'on soit capable de tenir pied à pied la digue républicaine face à ceux qui à longueur d'antenne racontent n'importe quoi, développent des théories complotistes et mensongères comme celle du Grand Remplacement.
Je demande qu'on puisse du ministre de la République jusqu'au commentateur de plateau éviter de détailler, de donner libre cours à la parole raciste.
Vous avez cité notamment dans les colonnes du Parisien ce matin, Aurore Berger, elle est ministre de la lutte contre les discriminations et pourtant, vous dites d'elle qu'elle fait partie des responsables en quelque sorte de cette parole décomplexée lorsqu'elle a affirmé que certes, elle combattait la théorie du Grand Remplacement mais que cette théorie relève, je cite, du débat politique et de la liberté d'expression.
Vous
savez, moi je n
'ai
pas envie de régler des comptes y compris avec Aurore Berger. Pas du tout. Je n
'ai
pas envie de régler des comptes, j'ai envie qu'on en tire des conclusions pour l'avenir avec votre antenne et j'ai envie qu'on change de comportement. Vous savez, ce serait l'honneur d'Aurore Berger ou de François Béroud qui a parlé de submersion migratoire ou de Valéry Pécresse qui a dit que le Grand Remplacement était une réalité. Que tout cela dise le regretter tout simplement et s'engage à ne plus utiliser ce genre de théorie. Vous savez, espérer récolter des miettes électorales
en
courant derrière le discours et les théories de l'extrême droite, en courant derrière les constats erronés de l'extrême droite. Ça ne marche pas. Ils seront tous à la fin dévorés par ceux qu'ils auront nourris. Éric Ciotti, président du parti principal de la droite républicaine, a fini aujourd'hui dans l'orbite du Rassemblement national et n
'est
devenu
qu'un préroquet de l'extrême droite.
Il
est président
des Républicains et il est désormais un des alliés de Marine Le Pen.
Mon sujet, ce n
'est
pas de savoir s'il y a eu des erreurs par le passé quand, encore une fois, le Premier ministre de la République parle de submersion migratoire alors que tous les chiffres, toutes les analyses, toutes les statistiques disent l'inverse. Il doit s'amender et il doit éviter d'utiliser ces ressorts-là qui ne lui apporteront et qui n'apportent rien sur le plan électoral.
Il avait parlé précisément d
'un sentiment de submersion migratoire et il l'avait redit le lendemain, estimant qu'il y avait les apports étrangers positifs, certes, mais que dès l'instant que vous avez le sentiment d'une submersion, alors c'est à ce moment-là qu'il y a le rejet.
Eh bien, par ces mots, par ces paroles répétées, on étaye les constats et donc les solutions de l'extrême droite française. Ça suffit, il faut arrêter là.
Enfin,
il est temps encore pour les six mois qui viennent mais pour l'avenir également d'en finir avec ces pratiques complaisantes avec le discours de l'extrême droite. Comment on fait,
Annie Ramay, pour remettre du vivre ensemble et tout simplement même concrètement une forme de mixité sociale ?
J
'ai l'impression que moi, depuis que je fais ce job de journaliste, je n'entends que des politiques qui disent qu'il va falloir remettre de la mixité sociale. Concrètement, est-ce que dans votre ville ça a été le cas
?
Avant de vous répondre, déjà, je vous remercie de cette question qui est une question profonde, sérieuse, qui est l'un des sujets à adresser. Vous savez, notre pays, il est traversé par des chagrins collectifs. Ces chagrins-là, c'est notre incapacité à vivre en mixité sur tous les territoires.
Ça
se heurte à des égoïsmes politiques. Dans ma ville, on augmente la part des logements privés qui cohabitent avec des logements sociaux. On construit des nouveaux quartiers qu'on reconstruit dans le cadre du renouvellement urbain pour faire en sorte que chacun trouve sa place. Propriétaire privé, accédant à la propriété accompagnée, issue du logement social et locataire du logement social parce qu'on a de forts besoins en Ile-de-France en logement social. Pourquoi on se heurte à des difficultés importantes à Trappes comme ailleurs ?
Parce que dans d'autres territoires, tout près de chez nous, d'autres maires refusent de respecter la loi qui a été votée en 2001, la loi de solidarité qui exige que chaque ville ait 25%
de logement social. Ça veut dire que
chacun se retrouve, en fait, vous, avec trop de logements sociaux et pas assez, finalement, de propriétés privées et d'autres villes, exactement l'inverse ?
C'est assez bien
résumé. Mais nous, dans les villes populaires, nous sommes
ceux
qui demandons de la mixité sociale où 25% de la population est sous le seuil de pauvreté. La plupart des habitants de ces communes, historiquement, y ont été installés par la République française.
Ils
n
'ont
pas fait le choix rationnel de s'y installer, même s'ils aiment leur ville aujourd'hui et qu'ils y sont attachés. Mais pourquoi le maire de Maison-Lafitte refuse depuis des années de respecter la loi, préfère payer des amendes plutôt que de construire des logements sociaux en résistant à la loi et aux injonctions de l'État
?
Pourquoi ? Est-ce qu'on va continuer à fermer les yeux sur ces réalités-là ? La plupart de ces élus sont proches des idées de l'extrême droite et de la droite radicalisée. Pourquoi ils continuent à vouloir construire un monde où chacun vit chez soi replié sur lui-même et où on se tourne le dos plutôt que de se faire face ? Comment vous faites-vous
pour justement ouvrir ? Comment est-ce qu'on fait ? C'est-à-dire que c'est une question de logement, c'est une question d'emploi, est-ce que ça n'est qu'une question économique, est-ce que c'est une question morale, est-ce que c'est une question religieuse ? Quels de tous ces points-là, comment on fait ? Tous
ces sujets doivent être adressés paisiblement, rationnellement, dans le débat public qui doit pouvoir permettre effectivement d'exprimer la diversité des points de vue des options politiques pour que les Français choisissent tranquillement.
Sur
le logement, sur l'accès à l'emploi, sur la réalité des discriminations, sur la question de la sécurité qui est une exigence de notre territoire populaire, sur tous ces sujets, il y a différentes options politiques. Il faut pouvoir en revanche dire clairement que les options proposées par l'extrême droite qui consistent à considérer que quel que soit le sujet, les hôpitaux où il n'y
a
pas assez de médecins ou les personnes âgées crèvent dans des brancards, les élèves qui se retrouvent sans enseignants pendant des mois durant en année de terminale. Tout cela, c'est parce que les immigrés consomment et prennent l'argent des Français. Les Français qui n'obtiennent pas de logements. J'entends l'extrême droite dire et parfois sans être démenti, y compris dans vos antennes, qu'il y a une préférence à l'immigration dans l'attribution des logements sociaux. Ce qui est factuellement faux et ce qui est illégal. Et je le sais, je préside des commissions d'attribution des logements.
Donc, toutes ces réalités-là, si on peut les adresser paisiblement et refuser de tolérer que l'extrême droite simplifie le propos, simplifie le constat et propose des solutions démagogiques, ça fera du bien au débat public. Et je veux insister à Pauline de malheur sur le fait que vous avez une responsabilité là-dessus.
Je l
'entends
parfaitement
et j'en suis
parfaitement consciente et je crois que la plupart des journalistes le sont. Ça ne veut pas dire qu
'on
ne fait pas d'erreur, mais je crois qu'on en est conscient et plus que jamais aujourd'hui dans cette société qui, comme vous dites, est non tellement fracturée, mais au bord des larmes en permanence. Il y a, vous avez dit le mot, il y a du chagrin, il y a de la souffrance, il y a de l'angoisse, il y a aussi de la violence, il y a aussi un climat où l'on sent qu'à tout moment, ça peut exploser. Comment on fait pour que le climat, y compris politique, vous disiez, j'appelle à une forme de concorde. Vous avez peut-être vu hier des images où il y a des manifestations où certains membres d'une gauche qui ne seraient pas LFI ont été insultés.
Quand le maire de Paris arrive, le parti socialiste arrive et il est insulté et que les militants qui sont sur place crient tout le monde déteste l'EPS. Est-ce que l'exemple ne doit pas venir aussi de la gauche ? Vous disiez, il y a le problème de la droite, il y
a
le problème de la gauche.
Mais l'exemple, il doit venir nous chacun et chacune d'entre nous. Est-ce qu'on est capable dans le débat politique au sein de la gauche, au sein du camp républicain, de distinguer un adversaire, un concurrent, d'un ennemi de la République ? C'est ça l'enjeu. On a expliqué qu'il n
'y
avait plus d'ennemi de la République. Moi, je veux qu
'on
m'explique pourquoi depuis Pétain, tout d'un coup, l'extrême droite qui a toujours voulu abattre la République aurait disparu du champ électoral et du champ politique. Ce n'est pas le cas. L'extrême droite et le reste,
ce
n'est pas la même chose. Vous savez, le maire de la Verrière et moi, on ne partage quasiment aucune option politique. On est
de
bord opposé de l'échiquier. Et pourtant, je sais que c'est un adversaire,
un concurrent en élection, ce n'est pas un ennemi
de la République. Quand bien même, j'aurais encore une fois, y compris sur des sujets très importants pour moi et des accords majeurs avec lui. Mais je sais considérer que face à l'extrême droite,
je
ne reverrai jamais dos à dos
l
'extrême droite et quiconque dans ce pays. Jamais. Ni au premier, ni au second tour d'une élection. Il s'agirait qu'on en soit tous et toutes capables.
Est-ce que vous estimez que l'État a eu une responsabilité à ne pas avoir suivi, anticipé, fiché
le
tueur ? Je crois que c'est
l
'une des mesures et j'espère qu'il y
a
une prise de conscience au plus haut sommet de l'État qui permettrait aussi de rassurer une partie de nos compatriotes.
On
a mesuré au début des années 2010 combien la France avait du retard dans la lutte contre les islamistes et en général, quand on a subi cette vague d'attentats successifs, on a ressenti que nous étions relativement désarmés pour identifier le mal, pour identifier les personnes qui étaient embrigadées, qui étaient connectées en réseau et qui pouvaient passer à l'acte.
La
France est armée. Elle s'est outillée de services spécialisés largement équipés qui dorénavant réussissent à circonvenir la plupart des projets d'attentats. Eh bien, il faudra la même chose face à l'ultra-droite. Je crois que les services de l'antiterrorisme en ont pleinement conscience, mais il faudra que la classe politique leur donne les moyens d'agir.
L'avocat de la famille de Pengo Bossio Wangui laisse entendre que le fait même d'avoir levé, suspendu simplement une journée la garde à vue de Kevin T aurait peut-être été une manière de minimiser cet attentat terroriste, raciste. Il dit, cette décision intervenant à la suite d'un examen psychiatrique demandé par le Parquet national antiterroriste ne manque pas de nous étonner car en pratique, ces levées de garde à vue pour motifs psychiatriques sont très rares. C'est faux, il y en a beaucoup des levées pour motifs psychiatriques, mais est-ce que insinuer que l'État, au fond, serait en train de tenter de minimiser, est-ce que c'est aussi votre propos ou pas du tout ?
L'avocat de M. Pengo
de
sa famille en général puisqu'il n'est effectivement décédé, l'avocat est dans son rôle. Ce qu'il dit est le sentiment partagé par beaucoup de Français et beaucoup de trappistes qui considèrent qu
'ils
ont annoncé avant même la levée de la garde à vue que la théorie
de
la maladie psychiatrique serait celle qui serait mise en avant.
Mais c'est sans doute pas
une
théorie.
Et l'avocat de l'auteur présumé est dans son rôle qui lui suggère probablement d'indiquer qu'il est malade psychiatriquement et que finalement il n'avait pas de mobile raciste quand même cela contredirait ses premières déclarations au moment de son arrestation. Chacun est dans son rôle. Ce n
'est
pas mon sujet à moi. Mon sujet,
c
'est de construire. Par ailleurs,
j
'observe que la garde à vue a repris.
Tout à fait. C'est pour ça que j'allais y venir. Il y a les faits et je pense d'ailleurs qu'on sera d'accord vous et moi pour dire que l'une des réponses à tout cela c'est justement de s'attacher aux faits. Lorsque Maître Boudreau dit qu'il est rarissime d'avoir des levées psychiatriques il m'en faut. Il le sait parfaitement. Est-ce que ce n'est pas une manière de
jouer avec le souci ? Vraiment,
ce débat ne m'intéresse pas. Mais j'aimerais que vous fassiez preuve de la même capacité à décortiquer précisément les fake news quels que soient
ces
fake news ou ces auteurs dans le champ
médiatique et politique. Je vous promets
que je fais tout mon possible. Ce qui m'importe aussi c'est malgré tout qu'on puisse continuer à avoir confiance dans la justice. Je partage totalement cela avec
vous.
Et je pense que en
répandant
l'idée qu'on aurait fait une exception pour lui
on
est en train de remettre en cause l'idée c'est comme lorsqu'on dit que les juges seraient inféodés à d'autres qu'est-ce qu'il ne faut pas dans le moment justement que l'on traverse être d'autant plus rigoureux sur
la
justice. Elle a sûrement des erreurs mais quand elle n'en a pas ne pas en créer.
Alors je le répète l'avocat de la victime il est dans son rôle il est dans la stratégie qu'il développe pour défendre les intérêts de ses clients. Mon sujet n'est pas de juger cette stratégie ni de celle de l'auteur présumé qui a été arrêté.
Avez-vous de votre côté confiance en la justice
? Je suis
comment
vous dire
c'est
justement ce que j'essaye de tenir en permanence en étant premier magistrat de la ville de Trappes de continuer moi-même et à travers moi tous ceux que je représente à faire confiance dans la justice dans la police dans nos institutions dans la capacité de nos médias également à ériger ce fameux cordon sanitaire faire en sorte qu'on ne désespère pas de la démocratie tout simplement et c'est bien l'enjeu parce que ce qui m'inquiète c'est d'entendre des discours qui montent qui consistent à dire que dorénavant il faut constituer des groupes d'autodéfense que quand on est musulman on n'est plus protégé que quand on est une femme musulmane on ne peut plus sortir seul qu'il faut être accompagné qu'il faut être en groupe qu'il faut que l'on crée des groupes qui nous permettent de nous informer les uns les autres en temps réel quand il y a des agressions dans les rues vous
leur dites
non vous leur
dites
ne
basculons
pas là-dedans mais je ne passe mon temps à cela parce que ce monde-là je n
'en
veux pas je n
'en
veux pas non seulement pour moi-même mais je n
'en
veux pas pour mes filles qui ne peuvent pas grandir dans un pays où on est terrorisé à l'idée de sortir de chez soi
Ali
Rabé est-ce que vous vous avez peur depuis 4 jours ou même avant
? évidemment
et je me surprends dans mes fonctions politiques dans les rassemblements à regarder la foule comme je ne l'ai jamais observé
en
vous disant peut-être parmi eux
? aucun
élu entendez-moi aucun élu racisé comme on dit ne peut se prévaloir d'être en sécurité on a tous reçu des menaces de mort mon domicile et moi-même avons été mis sous protection policière pendant 15 jours il y a 5 ans parce que j'étais menacé de mort et la cible d'un projet d'attentat déjà
donc
ça c'est la réalité avec laquelle vivent beaucoup de vos compatriotes en particulier quand ils décident de se mettre en première ligne qu'on leur reproche d'exister
et
donc cette peur-là elle existe elle est latente et on essaie de la domestiquer pour ne pas désespérer
ne
pas désespérer
ne
pas désespérer
merci infiniment d'avoir répondu à mes questions ce matin Ali Rabé vous êtes le maire de Trappes évidemment il est 8h40 sur 50 pardon je ne sais plus sur RMC BFM TV merci merci
Ali Rabeh