Laurent Nuñez se dit "très choqué" par les attaques racistes contre Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis
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Et c'est donc le ministre de l'Intérieur, Laurent Nouniès, qui est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Laurent Nouniès. Bonjour. Il y a donc eu dans la nuit de vendredi à samedi une tentative d'attentat à Paris, tout près des Champs-Elysées, ciblant la Bank of America. Un homme a été interpellé au moment des faits, deux autres par la suite. On est toujours à trois interpellations au total ?
Oui, au moment où on se parle, il y a toujours trois interpellations dans cette affaire. Et il y a des investigations qui se poursuivent.
Vous cherchez encore du monde ?
Bien sûr, je pense que sous l'autorité du parquet national antiterroriste, M. le procureur national antiterroriste, les services saisis, c'est-à-dire la brigade criminelle de la préfecture de police et la DGSI, vont évidemment essayer de chercher les commanditaires. Et je ne doute pas qu'ils y arriveront.
Qui peuvent être les commanditeurs ? Est-ce que ça pourrait être les services de renseignement iranien ou est-ce que vous l'excluez ?
Je l'excluerai. On fait un lien très direct dans la mesure où, comme j'ai pu le dire d'ailleurs par ailleurs, des samedis soirs, vous avez une action dont le mode opératoire est en tout point similaire à des actions qui ont été menées aux Pays-Bas notamment, en Belgique notamment, qui, elles, ont abouti et où la revendication qui a été faite faisait très directement le lien avec le conflit.
Donc le donneur d'ordre vient d'Iran de quelque manière ?
Le donneur d'ordre vient forcément de quelque part. Et vous savez, généralement, les services de ce pays pratiquent de la sorte. Ils utilisent des proxys, toute une série d'exécutants.
Les proxys, c'est des sous-traitants ?
C'est des sous-traitants, souvent des délinquants de droit commun pour mener des actions qui sont très ciblées, qui vont viser les intérêts américains, les intérêts de la communauté juive ou des opposants iraniens. Voilà, donc on va rester extrêmement prudent. Moi, je reste prudent, il y a une enquête judiciaire sur les commanditaires. Mais on reste surtout très déterminé à protéger tous ces intérêts. Il y a un gros dispositif policier, de gendarmerie, de militaire sentinelle qui est déployé sur notre pays. Et les services de renseignement travaillent évidemment à détecter ces menaces.
Sur les trois personnes qui ont été interpellées, vous nous confirmez que ce sont des petites frappes, comme on dit, des exécutants recrutés à la va-vite et pour quelques euros, c'est ça ?
Oui, oui, absolument, absolument. Les trois ? J'insiste, dans ce cas-là, vous aviez bien un individu qui allait mettre à feu un engin explosif improvisé, et un autre qui filmait. Qui aurait pu tuer ? Oui, oui, oui. Le but, c'était de provoquer des dégâts et de provoquer un début d'incendie. Mais si vous passez à côté de ce type d'engin, vous pouvez évidemment être tué. Oui, oui, ça peut avoir des effets létaux.
Après, on se dit que mettre une bombe à 3h du matin dans la nuit de samedi à dimanche, c'est effectivement plus un avertissement, plus un symbole qu'une volonté de faire un carnage. Est-ce que ça peut être aussi un avertissement à la France sur le mode « Attention, ne vous engagez pas plus sérieusement dans la guerre en Iran, sinon on s'occupera de vous ».
Il y a de ça aussi là-dedans ou pas ? Non, je ne pense pas à ce qui est visé, ce sont surtout les intérêts israéliens et les intérêts américains et les opposants iraniens, je ne pense pas. Mais même à 3h du matin, c'est un acte violent qui est manifestement concerté puisqu'on a eu les mêmes actes au même moment partout en Europe. Et donc, ça justifiait pleinement, un, la qualification de terroriste et deux, la saisine du parquet national antiterroriste.
Au-delà de ces proxys, de ces personnes qui sont recrutées pour mener ces actions, est-ce que vous avez des raisons de penser, Laurent Nouniès, que des terroristes liés à l'Iran ou Hezbollah iranien se trouveraient sur le sol français aujourd'hui ?
Non, mais tout ça relève évidemment du secret de la défense nationale. Donc, je n'ai pas à m'exprimer là-dessus. C'est une inquiétude pour vous ? Bien sûr, bien sûr. Mais comme dans tous les pays, par le passé, on a eu des individus appartenant à ces groupuscules qui ont pu frapper sur notre territoire, partout d'ailleurs en Europe. Donc, la seule chose que je peux dire pour rassurer vos auditeurs, c'est que les services de renseignement français, notamment la DGSE bien sûr, la DGSE également, connaissent parfaitement ces mouvances et ils travaillent. Et vous imaginez bien qu'en ce moment, ils sont particulièrement attentifs à cette situation.
Il y a eu d'autres tentatives d'actes violents liées à cette guerre au Moyen-Orient depuis un mois ou pas, en France ?
En France, non, non. Là, c'était la première action. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on ne découvre pas les choses. Je le dis, je le redis. On a des services de renseignement et des services de sécurité de très haut niveau, parmi les meilleurs du monde, quoi que puissent en dire certains. Et donc, ce sont des modes opératoires que nous connaissons, qui ont déjà été mis en œuvre dans notre pays. Je veux rappeler qu'en 2018, on a déjoué un attentat qui visait le congrès des Moudjahilines du peuple à Villepinte. On a déjoué un attentat de ce type, l'opposition iranienne.
Vous dites que les lieux, les cibles particulières sont les intérêts israéliens et les intérêts américains. On entre dans une période de fête aussi pour les chrétiens. Il y a Pâques, il y a la Pâques juive, Pessa pour les juifs. Est-ce que c'est un motif d'inquiétude supplémentaire ou est-ce qu'on est dans le classique, si on peut dire ?
Non, on est dans le classique pour la protection des fêtes religieuses, avec peut-être un certain nombre de points d'intérêts supplémentaires à surveiller. Les intérêts américains, ça peut être des grands sièges d'entreprise. Les synagogues vont faire l'objet d'une attention encore accrue.
Pardon cette question, mais si on va chez McDo, qui symbolise l'Amérique, est-ce qu'on prend un risque aujourd'hui en France ?
Non, je vous assure que les services veillent. Vous ne prenez aucun risque. Et surtout, ce que je veux redire, c'est que j'ai réadressé hier un télégramme d'attention au préfet, suite à ce qui s'était passé dans la nuit de vendredi à samedi. Et donc voilà, l'ensemble des préfets, l'ensemble des forces de sécurité intérieure sont totalement motivés.
Avec des renforts humains ?
Il y a eu des renforts de dispositifs sentinelles qui ont été mis en place dès le début du conflit. On ne donne jamais le chiffre, mais il y a eu des renforts de militaires sentinelles. C'est un gros dispositif qui vient, aux côtés des forces de sécurité intérieure, renforcer les dispositifs de protection.
On est au maximum de ce qu'on peut faire ? On entend dire à chaque fois que la menace est au plus haut. J'imagine que la menace terroriste aujourd'hui est au plus haut en France.
Oui, on est au niveau urgence, attentat. Il y a encore des moyens humains qu'on peut déployer en plus ? Bien sûr, s'il le fallait. Mais là, pour l'instant, on est déjà à un très haut niveau de protection. Et d'ailleurs, je veux simplement vous dire, l'attaque déjouée dans la nuit de vendredi à samedi le démontre s'il le fallait.
La violence est aussi politique dans le pays, Laurent Nunez. Que pouvez-vous nous dire ce matin de l'opération de saccage qui a été menée vendredi soir à la mairie de Fresnes, dans le Val-de-Marne, menée par une vingtaine de personnes ? C'était quelques heures avant le premier conseil municipal présidé par le nouveau maire. Déjà, est-ce qu'il y a eu des interpellations dans cette affaire ?
Non, d'abord, je veux à nouveau dénoncer cet acte. Quand on s'attaque à une mairie dans ces conditions, c'est une atteinte directe à la République. C'est une violence politique ? Je n'irai pas jusque-là. Il y a des investigations judiciaires en cours. Évidemment, ça se passe dans la foulée d'une élection. On peut peut-être le penser, mais moi, je fais confiance aux enquêteurs. Un, pour identifier les auteurs. Et je ne doute pas que ce sera le cas. On a des vidéos sur les chemins de fuite.
Donc il y aura rapidement des interpellations.
Je n'ai aucun doute sur le fait que les auteurs seront confondus, seront interpellés. On y verra plus clair sur cette affaire qui est gravissime. S'en prendre à une mairie, c'est un symbole fort de la République.
Au-delà de ce qui s'est passé à Fresnes, est-ce que les maires sont devenus des cibles aujourd'hui ? On a vu pas mal d'incidents après les municipales, des perdants en prise à partie. Est-ce que maire, c'est devenu un job dangereux en France aujourd'hui ?
Ça peut être dangereux. On a vu pendant la campagne qu'il y a eu un peu plus de violence que d'habitude. Au total, mercredi, à l'Assemblée nationale, je disais qu'on avait eu 100 faits judiciarisés pendant la campagne municipale. C'était beaucoup plus que lors des autres campagnes. D'ailleurs, les chiffres depuis se sont affinés. On est maintenant à 130 faits judiciarisés. Des insultes, des menaces, des violences contre des candidats ou des maires sortants. Puis on voit bien que les maires sont de plus en plus menacés.
C'est pour ça d'ailleurs qu'il y a quelques années, à l'époque, c'était Gérald Darmanin, qui avait le ministre de l'Intérieur avec Dominique Fort, qui était placé auprès de lui, qui avait lancé un dispositif de protection pour les maires avec des boutons d'alerte, des dispositifs de protection que nous mettons évidemment en œuvre. Oui, ça devient de plus en plus difficile. Il y a des administrés qui sont parfois mécontents, qui s'en prennent à l'édile de proximité qu'est le maire. Et donc c'est évidemment parfois très compliqué. Mais heureusement, ça reste minoritaire, mais c'est un phénomène inquiétant.
Il y a un maire qui fait beaucoup parler de lui, c'est le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bali Bagayoko. Il ne sera pas possible pour des agents municipaux qui ne seraient pas d'accord avec LFI de rester en place, a-t-il dit en substance ? Ça fait partie du jeu démocratique ou c'est un problème, monsieur le ministre de l'Intérieur ?
Non, d'abord, moi je ne fais pas de procès d'intention au nouveau maire de Saint-Denis, que quelque chose soit clair. Voilà, ce n'est pas un procès d'intention. Il a fait des déclarations sur l'armement de la police municipale, il y a un principe de libre administration sur le désarmement qui ne commence d'ailleurs que par le LBD.
Il supprime les lanceurs de balles de défense.
Il y a un principe de libre administration des collectivités locales, il y a des maires démocratiquement élus, ils font ce qu'ils veulent.
D'accord, mais est-ce que vous considérez qu'avec cette décision, il met en danger ces policiers municipaux ?
A titre personnel, je le pense, je pense que les policiers municipaux doivent avoir des armes pour pouvoir se défendre, des armes létales évidemment en cas d'urgence, et puis aussi des armes intermédiaires comme le lanceur de balles de défense qui permet de tenir à distance des saillants. Après, on regardera à l'usage comment les choses se passent, moi je suis à titre personnel contre le désarmement des policiers, c'est clair. Et puis dans la relation, ce qui m'importe moi comme ministre de l'Intérieur, c'est savoir comment vont se passer les relations entre la ville de Saint-Denis et les policiers nationaux de la préfecture de police.
Est-ce qu'on va continuer à avoir le même niveau de coopération ? Saint-Denis, c'est une ville importante, il y a le stade de France, on a besoin de la police municipale.
Vous êtes inquiet quand même là ?
Non, non, on a besoin de la police municipale, moi j'attends de voir comment les relations se passeront avant de m'exprimer sur le sujet. Et puis sur la question que vous me posez très précisément, je crois qu'on a eu l'occasion de rappeler avec le ministre en charge de la fonction publique que dans ce pays, il y a des lois de la République à appliquer, il y a un statut de la fonction publique territoriale qu'il faut respecter, et on ne peut évidemment pas bannir des agents municipaux en fonction de leurs opinions politiques, de leur engagement.
Voilà, il y a dans la fonction publique territoriale un principe de neutralité, de loyauté que respectent tous les fonctionnaires, et donc bien sûr y compris les fonctionnaires territoriaux.
Bali Bagayoko a été élu, il fait beaucoup parler de lui, et il est l'objet de nombreuses attaques racistes, il y en a eu notamment en revue sur la chaîne CNews. Est-ce que ça vous choque aujourd'hui ?
Non mais bien sûr, j'ai trouvé ces attaques ignobles, ignobles, voilà, nous sommes ici, nous sommes en France, c'est la République française qui reconnaît tous ses enfants, qui reconnaît tous ses enfants, quelle que soit leur origine, et on ne juge les gens que par rapport à ce qu'ils disent, à ce qu'ils font, au respect ou pas des principes de la République, mais voilà, on reconnaît tous nos enfants. Il n'y a pas une nouvelle France, et il n'y a pas non plus une France qui va disparaître. On sait que sa couleur de peau est un problème aujourd'hui pour une partie de... Non, il n'y a pas une nouvelle France, et il n'y a pas une France qui va disparaître.
J'ai eu deux positions complètement antagonistes. Il y a la France, la France qu'on connaît, qu'on aime, c'est-à-dire celle qui intègre, qui est une France de cohésion nationale. Alors bien sûr, c'est compliqué de vivre ensemble en ce moment, c'est très compliqué. Mais moi, mon job, comme ministre de l'Intérieur, c'est aussi de réparer tout ça et faire en sorte que tout le monde puisse vivre ensemble. Donc j'ai été très choqué par ces propos.
Très choqué par ces propos. Vous apportez votre soutien à Bali Bagayou ?
Mais bien sûr, dans ces conditions-là, mais bien sûr, on ne peut pas avoir ce genre de dérapage, c'est inacceptable.
J'ai une dernière question qui est un sujet d'inquiétude pour les Français et ceux qui nous écoutent, les tarifs de l'essence. Avec une nouveauté, ce sont des mobilisations annoncées par l'Organisation des transporteurs routiers européens, la FNSEA. Il y a une manifestation qui est prévue sur le périphérique parisien dans la matinée. Il y a eu des actions déjà ce week-end. Quel genre de contestation ou de blocage êtes-vous prêt à accepter et à tolérer ? Où est-ce que vous mettez la limite ?
D'abord, il y a eu déjà des actions qui ont eu lieu. En Corse, il y a eu deux dépôts qui ont été bloqués un temps. Les blocages ont ensuite été levés après discussion. Il y a des actions qui sont annoncées aujourd'hui, effectivement, par un certain nombre d'organisations représentatives de transporteurs routiers. On parle d'opération Escargot. D'abord, c'est la discussion, le dialogue qui l'emporte. Ensuite, il y a un droit de manifester dans ce pays. Je crois que l'action dont vous parlez sur le périphérique a été concertée, vue avec la police, C'est une manifestation déclarée. qui a d'ailleurs communiqué.
On ne tolérera pas, évidemment, de blocages durables qui mettraient à mal notre économie. C'est toujours la même chose. On est toujours dans la discussion, dans le dialogue. Il y a un certain nombre d'actions qui sont tolérées. Mais on ne peut pas tolérer les blocages qui mettent à mal, d'abord, notre économie et puis surtout la vie et la liberté d'aller et venir de nos concitoyens.
Merci beaucoup, Laurent Nunez, d'être venu sur RTL ce matin. Restez avec nous. Merci beaucoup.
Laurent Nuñez