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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 4 mars 2020 25 min

Motions de censure, interdiction du plaquage ventral, afflux de migrants en Grèce... Le "8h30 info" de François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

— Bonjour François Ruffin. — Bonjour. — C'est fait. Les deux motions de censure ont été rejetées cette nuit à l'Assemblée nationale. La loi sur les retraites est donc considérée comme adoptée en première lecture par les députés. Est-ce que le gouvernement a remporté la première manche ?

0:18
François Ruffin

— Je pense pas que ça soit une victoire quand on passe de cette manière-là sur un projet qui est considéré d'une telle ampleur. De toute façon, ils ont tellement une majorité pléthorique ou automatique à l'Assemblée qu'à la fin, ils font toujours comme ils veulent. Mais je pense que c'est le principal problème, moi. C'est aujourd'hui le fossé entre l'Assemblée et dehors. C'est le fossé entre une représentation nationale qui est devenue une irréprésentation nationale. — Pourquoi est-ce qu'elle ne représente plus les Français ? — Parce qu'on sait très bien qu'aujourd'hui, les Français n'ont plus cette sensibilité-là du tout.

La légitimité des marcheurs, elle s'est effritée, voire elle a disparu. — Emmanuel Macron les recevait d'ailleurs à l'Élysée il y a une quinzaine de jours et il leur parlait. Il citait Charles Morales, ce qui n'est pas un pensant de ma tendance, mais il citait Charles Morales. Il disait qu'il y a un fossé entre le pays légal et le pays réel. C'est-à-dire un fossé entre cette majorité pléthorique à l'Assemblée et un pays où, en vérité, ils sont en grande minorité. Et je vois, moi, la difficulté, là. Je vois une difficulté, franchement, pour le pays et pour la démocratie. C'est quoi ? C'est que comment on fait porter une réforme de cette ampleur ?

Parce qu'on peut penser tout le mal qu'on veut et je pense beaucoup de mal de cette réforme. Mais c'est une réforme qui remet à plat le contrat social entre les Français, qui était établie depuis l'après-guerre. C'est le Conseil d'État lui-même qui le dit. On remet à plat le contrat social entre les Français. On passe en force contre les syndicats, contre le Conseil d'État, contre les deux tiers des Français qui sont hostiles à cette réforme. On fait tout ça avec une base sociale dans le pays qui est extrêmement faible. Et je pense que c'est un jeu dangereux pour le pays.

1:51
Présentateur

Quelle leçon vous tirez du décalage que vous dénoncez entre les Français et leurs représentants à l'Assemblée nationale ?

1:55
François Ruffin

Moi, je l'ai dit, je souhaite une dissolution de l'Assemblée nationale. Si Emmanuel Macron l'emporte, qui, eh bien, à ce moment-là, il revient avec une majorité légitimée, régénérée, et son projet est lui-même légitime. Aujourd'hui, il n'a pas de légitimité.

2:12
Invité

Comment vous mesurez ça ? Comment vous mesurez le fait que la majorité actuelle à l'Assemblée nationale n'a pas de légitimité, François Ruffin ? Avec des sondages, c'est les sondages qui vous permettent d'affirmer ça ?

2:21
François Ruffin

Oui, il y a les sondages, il y a ce qui va se passer aux municipales, il y a ce qui se passe dans le pays, il y a le fait que toute cette réforme se fait contre tous les corps intermédiaires, y compris contre les Conseils d'État. Je veux dire, là, on le sait. D'ailleurs, je mets au défi. C'est un défi que je lance. Je lance, moi, un défi. Je lance un défi aux 300 députés, enfin maintenant 298, du groupe En Marche. S'il y en a un seul qui remet son mandat en jeu, un seul qui dit, bon, allez, on démissionne, on refait une élection dans ma circonscription, et je suis réélu, je reviens à l'Assemblée nationale. S'il y en a un seul qui prend ce risque-là, je le prends avec lui.

Je remets mon mandat en jeu. Parce qu'aujourd'hui, la vérité, c'est qu'il y a un énorme fossé entre les représentants supposés et les représentés qui ne se sentent plus représentés.

3:08
Invité

Est-ce que vous appelez vos collègues du groupe La France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon à faire de même, à démissionner comme vous ?

3:12
François Ruffin

J'invite les marcheurs, d'abord, à montrer l'exemple et à dire, nous considérons que nous avons une popularité dans le pays, que nous avons une légitimité pour passer un projet de cette ampleur. Je dis, ils n'ont plus légitimité. Dans le passé, d'autres gouvernements en ont tiré des conséquences. Chirac, quand il a voulu passer des grandes réformes après Juppé, il a opéré une dissolution. Avec un critère comme celui-là, François Ruffin. Parce qu'il pensait qu'il n'avait plus la légitimité pour le faire.

3:37
Présentateur

Si un président doit dissoudre l'Assemblée nationale à chaque fois qu'il est impopulaire ou que les sondages d'opinion lui sont défavorables, tous les chefs d'État récents, que ce soit Nicolas Sarkozy ou François Hollande, auraient dissous l'Assemblée. Et dans ce cas-là, ça s'appelle une démocratie de sondage.

3:53
François Ruffin

Il y a autre chose. Je le redis. Il n'y a que là, on veut remettre à plat le contrat social entre les Français. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Conseil d'État. On veut le faire contre les syndicats, y compris le MEDEF qui dit que le calendrier n'est pas tenable. On veut le faire contre les salariés. On veut le faire contre même le Conseil d'État. Et on fait tout ça dans un passage en force. Et pour opérer une démarche de cette nature-là, il faut avoir la conviction qu'on a une assise sociale dans le pays. Quand Ambroise Croizat a mis en place la sécurité sociale et donc les retraites à la sortie de la guerre, il y avait un véritable désir populaire d'aller vers ça.

Aujourd'hui, on remet à plat le contrat social entre les Français, contre les Français et sans une véritable assise dans le pays. Ça paraît problématique. On serait sur des petites lois. Je ne dirais pas la même chose. Mais là, sur une grande loi, sur une loi de cette ampleur-là, avec un tel décollage entre le pays légal, comme le dit Macron et Maurras, et le pays réel, c'est problématique.

5:00
Invité

Ce fossé que vous décrivez, il n'est pas nouveau, François Ruffin. Vous-même, en 2017, quand vous avez été élu député, il y avait 57% d'abstention dans votre circonscription. Vous n'avez rassemblé que 24% des électeurs inscrits. Est-ce que ça veut dire que vous-même, François Ruffin, vous vous posez parfois la question de votre légitimité à vous ?

5:15
François Ruffin

Pleinement. Pleinement. Je ne m'exclus pas de la critique que j'aimais. Mais, ceci dit, je n'ai pas dit ça à propos des marcheurs pendant le premier temps du mandat. Pendant le premier temps du mandat, j'ai considéré qu'Emmanuel Macron, les marcheurs avaient la légitimité d'Emmanuel Macron, parce que malheureusement, on a un système qui ne va pas du tout. Il y a un autre problème à soulever. C'est quand même la toute-puissance de l'exécutif sur les législatifs. En vérité, il n'y a que l'exécutif qui compte. Tout le pouvoir est aujourd'hui concentré dans les mains d'un seul homme. C'est quand même problématique. L'Assemblée est la chambre d'enregistrement des désirs du président.

Ce qui fait qu'y compris les oppositions, qu'est-ce qu'il leur reste à faire ? Tout ce qu'on peut faire, c'est ralentir l'enregistrement.

5:56
Présentateur

Si on vous suit bien, François Ruffin, ça veut dire quasiment qu'Emmanuel Macron n'est plus légitime pour gouverner le pays, pour diriger le pays.

6:01
François Ruffin

En tout cas, je pense qu'il faut aller vers un... Je ne serais pas contre qu'on remette son mandat en jeu. Non, je demande une dissolution de l'Assemblée nationale. Si tout dépend du président, c'est le président qui va démissionner dans votre logique. Ça ne fonctionnera plus de la même manière, parce que si jamais il y a une nouvelle élection législative, il n'aura pas sa majorité. Il faudra qu'il y ait une cohabitation, il faudra qu'il gouverne autrement, il faudra qu'il tienne compte du pays. Il ne pourra pas passer par-dessus tout le monde, par-dessus les syndicats, par-dessus les salariés.

6:32
Présentateur

Cohabitation avec qui, aujourd'hui, si les Français retournaient aux urnes, est-ce que vous pensez que vous gagneriez les élections ? Ou que ça profiterait davantage à Marine Le Pen, par exemple ?

6:40
François Ruffin

Je l'ignore, je l'ignore, mais je dis que... Vous préférez avoir Marine Le Pen à Matignon ou quelqu'un du Rassemblement national plutôt que le gouvernement actuel ? On ne peut pas fonctionner avec ce chantage qui va nous être imposé pendant les deux ans à venir. Soit c'est Le Pen, soit vous êtes content de ce que vous avez. Non. Et bien peut-être que, mis au pied du mur, la gauche, qui a été capable de signer une motion commune, elle sera capable de se dire qu'on ne présente qu'un candidat par circonscription et on y va unis parce qu'on veut battre et Le Pen et Macron. Et je crois que c'est une possibilité.

Maintenant, ce dont je suis sûr, c'est que Macron ne va pas dissoudre l'Assemblée nationale. C'est assez probable. Il ne va pas le faire. Et il sait pourquoi il ne va pas le faire. Parce qu'il prendrait une déculottée. Il prendrait une raclée. Tous les députés seraient renvoyés dans leur foyer.

7:24
Présentateur

Et vous pensez qu'il y aurait un raz-de-marée pour la France insoumise ?

7:27
François Ruffin

Je n'ai pas dit ça. Non. Et j'ai parlé de la gauche en général. J'ai étendu. Je n'ai pas parlé de la France insoumise spécifiquement. Je ne dis pas qu'il y aura un raz-de-marée pour un parti particulier. Mais peut-être que dans un moment de crise de la représentation, de crise politique et de crise sociale comme celui-là, il y aurait une responsabilité qui pourrait émerger sur une élection législative où il y a 577 candidats qui n'est pas la même chose qu'une élection présidentielle où il n'y a qu'une seule tête qui dépasse.

7:54
Présentateur

Vous restez avec nous si vous voulez bien François Ruffin. On va parler dans quelques instants du coronavirus. Vous nous direz ce que vous pensez des mesures mises en place par le gouvernement jusqu'ici. Pour l'heure, il est 8h41. Les titres de l'actualité avec Mélanie Delaunay.

8:06
Invité

Et le retour en force de Joe Biden aux Etats-Unis dans les primaires démocrates du Super Tuesday. La victoire a annoncé au Texas. C'est un duel qui se profile contre Bernie Sanders pour affronter Donald Trump à l'élection présidentielle. Emmanuel Macron réunit ce matin un conseil de défense consacré au coronavirus à l'Elysée. Les stocks de masques de protection sont désormais réquisitionnés. Sur France Info, le président de l'Ordre national des médecins se demande pourquoi il a fallu autant de temps pour que ces masques arrivent dans les cabinets médicaux. Il appelle le gouvernement à apporter le même niveau d'information et de protection à tous les professionnels de santé.

C'est un fiasco parlementaire sans précédent, commente le chef de file des députés LR Damien Abad. La réforme des retraites adoptée en première lecture par l'Assemblée s'en vote après le rejet des deux motions de censure des oppositions. Les conséquences du passage de la tempête Myriam dans le sud-ouest. Il reste 30 000 foyers sans électricité au dernier des comptes, principalement dans les Pyrénées-Atlantiques. France Info, et tout est plus clair.

9:10
Présentateur

François Ruffin, nous en sommes à un peu plus de 200 cas de Français touchés par le coronavirus depuis que le virus est arrivé sur notre sol. Quatre morts également, et ces mots hier d'Emmanuel Macron.

9:20
Invité

Nous sommes rentrés dans une phase qui va durer des semaines et même sans doute des mois. Faire bloc, c'est ce que nous devons à notre pays. Nous sommes et serons mobilisés dans la durée. Mais nous sommes prêts. Et je sais que nous aurons cette force de relever ce défi.

9:38
Présentateur

Faire bloc, est-ce que pour vous il y a aujourd'hui un sujet d'unité nationale sur ce virus ? Ou est-ce que vous voyez des critiques dans la gestion de cette crise sanitaire ?

9:47
François Ruffin

En tout cas, on peut être unis face au virus sans être unis sur le reste. On ne nous demande pas de faire bloc dans le pays pour tout ce qui concerne la réforme des retraites.

9:57
Présentateur

Je crois qu'on l'avait compris à vos propos sur les retraites.

9:59
François Ruffin

Comme il y a une ambiguïté dans le propos d'Emmanuel Macron où il nous enjoint de faire bloc, pas seulement face à la maladie, mais de nous unir dans le pays et que toute division face à un ennemi qui serait le coronavirus serait malvenue. Moi, ce que je dis, ce n'est pas de panique. Ce que dit le gouvernement, il faut à la fois être sérieux dans les mesures qu'on prend, mais aujourd'hui, le coronavirus fait moins de morts. Et heureusement que la grippe. Bon, je dis heureusement.

10:32
Présentateur

Bruno Le Maire, le ministre de l'économie, annonce à l'instant que les prix des gels hydroalcooliques qui ont eu parfois tendance à s'envoler dans certaines pharmacies ou certains supermarchés seront désormais encadrés par décret. C'est le retour du contrôle des prix pour un seul produit. Qu'est-ce que vous en pensez, François Ruffin ?

10:48
François Ruffin

Moi, écoutez, ça m'évoque que pendant la Deuxième Guerre mondiale en Angleterre, il y a eu des tas de mesures qui ont été prises d'encadrement de l'économie et qui ont en fait permis de diviser par deux le taux de pauvreté en Grande-Bretagne pendant la guerre. Pourquoi ? Parce qu'à ce moment-là, on a eu un meilleur contrôle de ce qui se passait dans l'économie. Et je souhaite, je vois qu'à l'occasion d'une crise comme ça, surgissent des mesures économiques qui sont des mesures intéressantes puisque Emmanuel Macron a souhaité la réquisition en matière de masques. Et là, on nous propose l'encadrement des prix.

11:20
Présentateur

Vous voulez dire des mots qui d'habitude font hurler tout le monde, deviennent normaux en cas de crise ?

11:23
François Ruffin

Je veux dire, aujourd'hui, on a besoin de régulation dans l'économie. Et on n'a pas besoin seulement sur les produits médicaux. Par exemple, la semaine dernière, j'étais au salon de l'agriculture. Moi, je suis pour une régulation de l'agriculture. Je suis pour qu'on ait des prix encadrés. Je suis pour qu'on ait des prix planchers. Je suis pour qu'on ait des garanties de prix sur l'achat des cochons aux agriculteurs, sur l'achat du blé, sur... Et pas que sur les gels pour les mains. Et pas que sur les gels pour les mains. Donc, à l'occasion d'une crise, il y a des idées qui peuvent émerger et qui peuvent être, en effet, utilisées ailleurs et qui sortent d'un espèce de tabou.

Eh bien, Emmanuel Macron prône la réquisition. Et ça n'est pas Cuba. Bruno Le Maire encadre les prix. Et ça n'est pas la Corée du Nord.

12:03
Invité

Renaud Dely. François Ruffin, il y a une crise migratoire qui se profile aux frontières européennes. Erdogan, le président turc, menace d'ouvrir les frontières et que les réfugiés syriens, notamment, qui l'accueillent dans son pays, rentrent en Europe. On a vu des policiers grecs tirer sur des migrants. Plusieurs dizaines de milliers de migrants se prestent à la frontière grecque. Est-ce que l'Union européenne doit accueillir ces migrants qui veulent entrer ?

12:29
François Ruffin

En tout cas, moi, des premiers mots d'humanité, simplement. Ce n'est pas seulement ces migrants, ce n'est pas des statistiques. Ce sont des femmes et des hommes et des enfants qui sont sur des navires, qui portent un visage, qui souffrent et qui espèrent. Donc, voilà. Quand il y a ces personnes sur des navires, évidemment, l'humanité doit prévaloir. Que doit faire l'Europe ? Ces personnes-là, elles doivent être accueillies. Ceux, celles qui sont sur les navires, elles doivent être accueillies. Elles doivent être accueillies dignement.

Et peut-être qu'à la place de mettre 270 millions d'euros supplémentaires pour qu'il y ait plus de navires qui patrouillent, mieux armés, et ainsi de suite, peut-être que si on les mettait dans le camp d'accueil des réfugiés pour avoir un accueil plus digne, ça ne serait peut-être pas plus mal. Donc ça, ça serait une première mesure. Maintenant, il faut que l'Union européenne, elle soit à la hauteur. Il faut qu'on revoie les accords de Dublin, parce qu'on comprend bien que, du coup, la Grèce, elle ne souhaite pas... Les accords de Dublin qui imposent que les migrants fassent une demande d'asile en paix ou d'âme.

Si jamais la personne pose le pied le premier sur le sol grec, elle doit rester en Grèce. Bon, ça, c'est pas possible. On comprend que ça ne soit pas possible pour la Grèce, que ça ne soit pas possible pour l'Italie. Ça fait quand même des années que ça dure, ces discussions sur les accords de Dublin. Là, il y a un point de blocage. Et puis après, il faut négocier avec Erdogan. Il faut avoir des discussions avec le président turc.

13:44
Présentateur

Est-ce qu'on peut négocier avec lui ?

13:45
François Ruffin

En tout cas, moi, je pense qu'il le faut. Je veux dire qu'il y a des discussions qui sont nécessaires. Quand on a... On ne peut pas laisser opérer ce chantage-là. Il doit y avoir des discussions qui s'opèrent.

13:57
Présentateur

La Turquie accueille déjà sur son sol plus de 3,5 millions de réfugiés. Est-ce qu'on peut comprendre qu'elles disent au bout d'un moment, aidez-moi aussi, même si c'est en échange d'argent que Erdogan réclame aujourd'hui à l'Europe ? Est-ce que l'effort n'est pas du côté de l'Europe aujourd'hui ?

14:11
François Ruffin

Oui, mais là, Erdogan, ce n'est même pas sur l'argent. Et ce n'est pas sur les réfugiés. Il utilise ça comme un chantage et comme une monnaie d'échange. Sur ce qui se passe en ce moment en Syrie. Oui, mais c'est quand même l'essentiel pour être soutenu dans les opérations militaires qu'il veut mener en Turquie. Il faut le soutenir ? Non, non, non. En revanche, il faut avoir des discussions avec lui. Voilà. Il ne faut pas le soutenir, mais il faut avoir des discussions avec lui. Oui, je pense que de toute façon, elles ont lieu.

14:35
Invité

C'était une bonne idée de signer cet accord en 2016 entre l'Union Européenne et la Turquie, et justement de confier à Erdogan la gestion de ce problème migratoire ?

14:44
François Ruffin

Je vois simplement qu'on répète ce qu'on avait fait avec Kadhafi en Libye. Et c'est comme si on faisait un peu remonter la frontière. On avait dit à Kadhafi, vous gérez les camps de migrés. Et maintenant, ça se passe en Turquie. En tout cas, il faut avoir une réflexion qui aille au-delà de repousser le lieu de frontière.

15:03
Présentateur

François Ruffin, vous suivez... Pardon, vous suivez la campagne des primaires chez les démocrates aux Etats-Unis ? Oui. Avec un intérêt particulier pour le candidat Bernie Sanders ?

15:12
François Ruffin

C'est évident. Pour moi, il y a un espoir qui se lève à l'ouest. Alors, il y a un Joe Biden qui accepte l'argent des multinationales, et un Bernie Sanders qui le refuse. Quand on a l'argent, c'est plus facile que quand on a les gens. Et on voit que malgré tout, Bernie Sanders a des chances de l'emporter. Ce que j'espère, c'est qu'on ait un mouvement qui renverse la dynamique qui s'est mise en place dans les années 80. Dans les années 80, l'arrivée de Ronald Reagan a porté avec lui, comme un souffle, sa chair, et c'est le continent européen, qui a été gagné par le grand bond en arrière libéral.

Eh bien, ce que j'espère, c'est qu'en effet, on ait un souffle qui revienne des Etats-Unis, et qui nous amène à une dynamique dans la durée, qui soit autre chose que la réforme des retraites. Parce que même aujourd'hui, la réforme des retraites, elle se fait parce qu'elle est dans la continuité de l'élection de Ronald Reagan des années 80. Il faut bien comprendre qu'on est dans une histoire...

16:07
Présentateur

La réforme des retraites aujourd'hui d'Emmanuel Macron, elle est inspirée, ou en tout cas, dans la continuité de ce qu'a fait Reagan aux Etats-Unis.

16:12
François Ruffin

Complètement. Le point où on se dit, maintenant, il faut travailler plus, c'est Ronald Reagan 1980. Ça, c'est l'évolution démographique ? Non, c'est pas l'expérience de vie qui s'allonge, qui incite nos sociétés ? C'est pas ça. Il y a eu une expérience de vie qui s'est allongée tout au long du XXe siècle, et tout au long du XXe siècle, on a trouvé le moyen de libérer le temps du travail, par des congés payés, par l'âge de la retraite qui a diminué à 60 ans en 1982.

Et je vous signale que quand il y a un sondage qui est fait en 1982, et qu'on demande aux Français qu'est-ce que vous pensez qui va se passer sur la retraite, majoritairement en 1982, ils pensent que la retraite va passer à 55 ans. Parce que c'est dans l'ordre d'évolution de l'histoire. Pourquoi ? Parce que Keynes pariait qu'à la fin du XXe siècle, on travaillerait moins de 20 heures par semaine, les machines faisant le travail. Et donc, il y a la possibilité de libération du temps de travail, et aujourd'hui, y compris sur le temps de travail, on a fait un grand bond en arrière. Alors que c'est une nécessité écologique aujourd'hui. Je termine là-dessus.

Nous disent les économistes écologistes, l'intervention écologique clé, c'est sur le temps de travail. Pourquoi ? Parce que c'est sortir nos vies de la production-consommation. Il nous faut... On est comme des hamsters qui pédalons dans une cage, produire plus, pour gagner plus, pour travailler plus, pour produire plus, pour consommer plus, et ainsi de suite. Il nous faut sortir nos vies de cette cage. Et c'est la seule manière d'avoir une intervention importante sur le plan écologique.

17:39
Présentateur

François Ruffin, on va parler de l'avenir de la gauche dans quelques instants, d'une proposition de loi que vous allez déposer également à l'Assemblée nationale. D'abord, l'essentiel de l'actualité à 9h moins 10, puisque Mélanie Delonnet vient de nous rejoindre.

17:50
Invité

Les prix des gels hydroalcooliques seront encadrés par décret. C'est ce qu'annonce le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, les prix sont multipliés par 2, voire 3 dans certaines pharmacies. Du gel hydroalcoolique, il y en aura à l'entrée des bureaux de vote pour les élections municipales. Des masques de protection aussi, c'est ce qu'indique l'Élysée. 4 heures de débat et les deux motions de censure rejetées. La réforme des retraites est adoptée par les députés sans vote. Sur France Info, le député La France Insoumise, François Ruffin, demande une dissolution de l'Assemblée nationale. Il dénonce un fossé entre la majorité et le pays.

La course à l'investiture démocrate pour la présidentielle aux Etats-Unis vire au duel entre deux candidats, Bernie Sanders et Joe Biden, l'ancien vice-président, qui remporte au moins 9 Etats, dont le Texas, lors des primaires du Super Tuesday. Lyon espère poursuivre sur sa lancée. L'OL reçoit le Paris Saint-Germain à 21h. C'est la première demi-finale de la Coupe de France de football. France Info, et tout est plus clair. Toujours avec François Ruffin, député Insoumis de la Somme, et avec Renaud Dely. François Ruffin, vous défendez ce matin à l'Assemblée nationale une proposition de loi qui vise à interdire le plaquage ventral lors des interventions des forces de l'ordre.

On se souvient, au début du mois de janvier, du décès de Cédric Chouvia, qui avait été contrôlé de la sorte en plein Paris. Comment est-ce que vous espérez convaincre l'Assemblée ?

19:16
François Ruffin

Au fond, Christophe Castaner a déjà fait un pas dans ce sens, parce qu'il a dit que si des techniques s'avéraient mortelles, il faudrait les interdire ou les suspendre. Donc je m'inscris dans la logique du ministre de l'Intérieur. Je montre qu'en effet, aujourd'hui, cette technique du plaquage ventral, qui ne consiste pas simplement à immobiliser quelqu'un sur le sol, mais qui consiste en même temps à faire pression sur son abdomen ou sa cage thoracique, eh bien, ça conduit à le décès de Cédric Chouvia, mais en fait, on en est à 16 ou 17 décès, grosso modo, en une décennie. Donc, il y a un risque. Vous souhaitez que Christophe Castaner vous soutienne cette proposition-là ?

J'espère qu'elle... Vous savez, je vais vous dire la vérité. Est-ce que je pense que ma proposition va être adoptée ? Non. En revanche, qu'elle contraigne la majorité à se positionner et à dire ce qu'elle veut, pourquoi ? Pour rétablir une confiance, aujourd'hui atteinte, entre la police et la population. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est un sondage IFOP qui est tombé et qui dit que jamais la confiance dans la police n'a été aussi bas. Eh bien, je pense qu'il doit y avoir des mesures qui soient prises et qui redonnent une confiance. Je vais juste vous dire deux choses sur le plaquage ventral.

La première chose, c'est qu'il ne s'agit même pas d'aller chercher en Suisse qui a interdit le plaquage ventral, en Belgique qui a interdit le plaquage ventral, dans des états de New York et ainsi de suite, mais en France même. Quand on interroge la gendarmerie, elle nous dit quoi ? Elle nous dit, chez nous, ça n'existe pas. Ça n'est pas enseigné. Il n'y a pas de plaquage ventral. La pression sur l'abdomen ou sur le thorax, sur les voies respiratoires, c'est quelque chose qui n'existe pas. Et je dis, mais si jamais cette proposition loi de passe, qu'est-ce que ça change pour vous ? Rien. Ça ne change rien parce que la gendarmerie ne le fait pas.

Donc ce qu'on demande, c'est une homogénéisation des techniques d'émobilisation, qu'il n'y ait pas une doctrine dans la police et une autre dans la gendarmerie. Sachant que la doctrine dans la police est en vérité très floue. Parce que quand on interroge la direction de la police, à un moment, elle vous dit, non, on ne fait pas pression sur le thorax, mais dans la note, on peut quand même faire pression sur le thorax à condition que ça ne dure pas longtemps. Et dans la pratique, on nous dit, on fait ce qu'on peut. Donc ce qu'il faut, là, c'est une homogénéisation de ça. Et dernier point, dernier point, c'est la formation des policiers. La formation continue, notamment.

On a interrogé l'UNSA Police, qui nous dit, zéro formation. On a interrogé Vigipolis, rien, pas de formation continue. On interroge, y compris la direction de la police nationale, qui nous dit, il n'y a pas de formation continue. On doit bien reconnaître ce que vous nous dites. Ce n'est pas fait. Si vous allez voir un médecin, il est formé, et il est formé avec constance, on espère. Vous avez des gens qui sont dans la rue, qui ont eu une formation initiale, mais qui ne sont plus entraînés, par exemple, à ces techniques de mobilisation. Pas seulement. Il y a la nécessité d'appuyer, d'insister sur la formation continue.

Or, l'an dernier, le budget formation continue des policiers a baissé d'un million d'euros.

22:02
Invité

Il faut investir davantage dans la police.

22:03
François Ruffin

Il faut investir sur la qualité de la police. Il faut investir sur la qualité de la police. La qualité. Et ça, pour restaurer la confiance entre la police et les populations.

22:15
Présentateur

François Ruffin, on en est à plus de la moitié du quinquennat d'Emmanuel Macron. Vous nous avez dit, il y a quelques minutes, l'espoir se lève à l'ouest, avec ce qui se passe aux Etats-Unis, et la campagne de Bernie Sanders, même si les derniers résultats ne sont pas très bons pour Bernie Sanders. À deux ans, l'élection présidentielle en France, est-ce qu'il y a une chance pour que la gauche remporte le scrutin ? Et si oui, à quelles conditions ?

22:38
François Ruffin

Je pense qu'il faudra éviter les logiques partidaires et suicidaires. Que si chacun y va dans son couloir, on est cuit. Ça va être difficile.

22:46
Présentateur

C'est-à-dire faire exactement l'inverse de ce qui se passe pour les municipales où chacun est parti sous ses propres couleurs.

22:50
François Ruffin

Écoutez, moi, excusez-moi, j'habite à Amiens. Les écolos...

22:54
Présentateur

Non, alors pardon, je vais vous couper la parole, François Ruffin, pour une raison simple que vous ignorez peut-être. Si vous parlez de la situation politique à Amiens, comme vous allez sans doute dire du bien d'un candidat, il faut qu'on invite tous les autres à avoir exactement le même temps de parole avant la veille du scrutin, minuit, ce qui va être très compliqué à faire. Je suis désolé de vous avoir coupé la parole. Restons sur le national. Restons sur le national. D'une part... Vous avez quand même dit deux secondes, on va avoir le CSA sur le dos.

23:17
François Ruffin

Dans mon coin, en 2017, j'ai été élu en rassemblant toutes les couleurs politiques et sur une élection locale qui va se dérouler dans mon coin, dans une certaine région. Toutes les couleurs politiques sont aussi rassemblées. Donc c'est possible. Donc l'union de la gauche, ça peut marcher. Je ne dis pas que ça suffise, attention. C'est une condition nécessaire, mais non suffisante.

23:37
Invité

Un candidat unique de la gauche au premier tour de l'élection présidentielle de 2022 ? Je le souhaite. De la gauche et des écologistes. Et qui ça pourrait être ?

23:44
François Ruffin

Ça, ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Ce n'est pas forcément Jean-Luc Mélenchon ? C'est évidemment un candidat qui est sur la table et qui a fait ses preuves en 2012, en 2017. Je le dis, je le répète. Si la gauche, elle est restée debout et si elle est restée debout sur ses deux jambes, sur sa jambe rouge et sur sa jambe verte, on le doit à Jean-Luc Mélenchon. Donc il pèse dans le paysage politique français. Il pèse, il compte dans la solution qui doit être proposée pour 2022.

24:11
Invité

Mais vous, vous le rappeliez, François Ruffin, y compris en 2017 lors de la législative, dans votre ville, dans votre circonscription, vous avez réussi à rassembler toute la gauche.

24:18
François Ruffin

Oui, mais le sujet n'est vraiment pas ça. Le sujet, c'est juste que c'est possible. C'est possible. On sait très bien que ça va être beaucoup plus compliqué sur une élection présidentielle que sur une élection dans la première circonscription de la Somme. Les enjeux ne sont pas du tout les mêmes. Maintenant,

24:35
Invité

on a une responsabilité. Et comment il faut faire pour rassembler la gauche ?

24:40
François Ruffin

Moi, je mesure ma responsabilité. Je ne sais pas comment il faut faire sur les trucs d'arrière-cuisine et puis tout ça. Je sais juste qu'il faut que chacun mesure ses responsabilités et qu'on doit ouvrir, y compris à ce mouvement social, aux gens qui ne sont pas contents, à la colère qu'il y a dans le pays. On doit ouvrir un chemin d'espérance entre Le Pen et Macron. Il y a une nécessité. J'espère qu'on sera ensemble à la hauteur de cet enjeu-là.

25:04
Présentateur

Merci à vous, François Ruffin. Merci. Et bonne journée. Et l'info politique, n'oubliez pas, c'est aussi un podcast original sur France Info. Paris, la bataille, le feuilleton des municipales. Un nouvel épisode tous les vendredis. Un podcast à écouter sur franceinfo.fr, disponible aussi sur l'application Radio France.