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ChroniqueBLAST (sur YouTube)· 27 octobre 2022 13 minAutoproduitActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsSécuritéEurope & international

E. MACRON, LE TREMPLIN POUR L'EXTRÊME DROITE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Chiffre
    « Monsieur Darmanin avait promis d’exécuter toutes les OQTF. Il n’y en a que 10 % qui le sont. »
  • 3:30Fait
    « Emmanuel Macron a été élu président de la République française pour faire barrage à l’extrême droite. »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

La motion de censure de la Nupes, pour laquelle les voix du Rassemblement National se sont également portées, c’est quand même un fait politique marquant, que je qualifierais même de majeur. On a multiplié par quasiment 20 le nombre d’OQTF à destination d’Algérie, par exemple, par rapport à l’année dernière. Nous avons tous vu, nous, qui nous sommes présentés aux élections législatives, à quel point au second tour vous n’avez pas appelé à faire barrage à l’extrême droite.

Madame Le Pen, dans sa stratégie de dédiabolisation, en vient à être quasiment un peu dans la mollesse. Je vous trouve… faut vous reprendre des vitamines. Ils n’ont pas de majorité, mais ils ont surtout prouvé quoi ?

Qu’ils étaient prêts, socialistes, écologistes, communistes et LFI, à se mettre main dans la main avec le Rassemblement National. Cette immigration illégale justement, oui elle est très présente dans les faits de délinquance. Dimanche dernier, Le Journal du dimanche, propriété du groupe Lagardère, a publié un long entretien avec Nicolas Sarkozy, administrateur du même groupe Lagardère, qui rappelle au passage qu’il avait beaucoup de sympathie pour Emmanuel Macron.

Qu’on se rassure : le directeur de l’hebdomadaire, Jérôme Béglé, et les deux autres journalistes qui ont recueilli les propos de l’ancien président ne se sont pas montrés trop impertinents avec leur hôte. Ils lui ont certes rappelé qu’à la fin de l’année allait se tenir le procès en appel de l’affaire dite des “écoutes téléphoniques”, appelée aussi affaire Bismuth. Je me tourne vers la famille Bismuth.

Je ne sais pas si on vous l’a déjà dit mais je trouve que vous ressemblez un peu… A Paul Bismuth, et personne d’autre. Paul Bismuth, charcutier-traiteur, français modeste et totalement inconnu des juges. Mais ils se sont bien gardés de rappeler que cette affaire lui a déjà valu d’être condamné en première instance : ils lui ont plutôt demandé très gentiment "dans quel état d’esprit" il abordait le procès en appel.

Tiens mon fidèle. Ah grand merci seigneur Hubert ! Ils ont aussi évoqué avec l’ancien président "le meurtre de Lola, 12 ans", qui "a provoqué beaucoup d’émotion chez les Français", en soulignant que "la meurtrière présumée avait fait l’objet" au mois d’août dernier d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) qui n’avait pas été exécutée.

Comme on le sait, ce crime atroce a tout de suite été récupéré par l’extrême droite, qui l’a immédiatement instrumentalisé en reprochant au gouvernement de ne pas faire exécuter suffisamment d’OQTF. Si l’État avait fait correctement son travail, c’est un fait, quoi qu’on en dise, la meurtrière présumée de la jeune Lola n’aurait pas été sur le territoire français. Combien de litres de sang il faut pour qu’on ait le droit de parler, en fait ?

Monsieur Darmanin avait promis d’exécuter toutes les OQTF. Il n’y en a que 10 % qui le sont. Cette femme algérienne est une étrangère, qu’elle ne devait pas être en France, et qu’un crime commis contre un enfant, française, n’est pas de la même eau qu’un crime commis par les français.

C’est ce que vous appelez d’ailleurs un “francocide”. Lors du rassemblement organisé à Paris par un ancien chroniqueur du Figaro, des militants nationalistes ont notamment hurlé : "Migrants assassins, politiques complices". Migrants assassins, politiques complices !

Migrants assassins, politiques complices ! La réponse de Sarkozy aux journalistes du Journal du dimanche est intéressante. Il explique d’abord qu’il a, comme nous tous, "appris avec effarement ce qui était arrivé à Lola".

Puis il ajoute : "J’aimerais qu’on ne mélange pas tout. La non-exécution des décisions de quitter le territoire n’est pas la question. J’aurais été tout autant bouleversé si cet acte ignoble avait été commis par un Français." L’ancien président a parfaitement raison : dans cette abominable affaire, la non-exécution des OQTF n’est pas la question.

Seulement voilà : juste après avoir dit cela, il rajoute qu’il est "scandalisé par la non-exécution des reconduites à la frontière", et que lorsqu’il était président ça ne se passait comme ça, mais que "tout l’arsenal législatif pour lutter contre l’immigration illégale" qu’il avait mis en place a ensuite été démantelé par son successeur. En somme : pour Sarkozy, la non-exécution des OQTF n’est pas la question, mais il profite tout de même de l’occasion pour disserter longuement sur la non-exécution des OQTF. Non mais je vous pose la question.

Je vous le dis comme je le pense, c’est pour ça que je vous le dis, c’est pour ça que je le pense, c’est pour ça que je vous le dis comme je le pense. Puis il conclut cette dissertation en rendant un hommage appuyé au ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron : "Gérald Darmanin a raison de réclamer davantage de fermeté." Et en effet, Darmanin venait de tweeter : "Contrairement à ce qui est dit parfois, la France est le pays européen qui a expulsé le plus d’étrangers en situation irrégulière en 2021.

Il faut bien sûr faire plus et j’y travaille chaque jour, mais tout ne se règle pas avec un coup de baguette magique." Olivier Véran, porte-parole du gouvernement d’Elisabeth Borne, avait quant à lui déclaré : On a multiplié par quasiment vingt le nombre d’OQTF à destination d’Algérie par rapport à l’année dernière, qui était une année assez exceptionnelle compte tenu de la situation sur le Covid. En somme, quand l’extrême droite reproche au gouvernement de ne pas expulser suffisamment d’étrangers en situation dite irrégulière, le gouvernement s’empresse d’entrer dans son jeu, en lui expliquant qu’il fait pourtant de son mieux pour ne plus s’exposer à ce reproche, qui est donc, selon lui, partiellement justifié.

Je veux vraiment persuadé les uns les autres qu’on fait au mieux. On n’est peut-être pas les meilleurs, ça c’est aux électeurs de le juger aux élections, mais on fait au mieux. Est-ce que c’est vraiment étonnant ?

Pas vraiment. Pour le comprendre, il faut remonter le temps. En 2017, Emmanuel Macron a été élu président de la République française pour faire barrage à l’extrême droite.

Je veux avoir un mot, pour les Français qui ont voté simplement pour défendre la République. Face à l’extrêmisme, je sais nos désaccords. Je les respecterai, mais je serai fidèle à cet engagement pris.

Je protègerai la République. Cinq ans plus tard, au printemps dernier, il a été réélu président de la République française pour faire barrage à l’extrême droite. A tous nos compatriotes qui se sont tournés vers l’abstention ou le vote extrême, je veux les convaincre, dans les jours à venir, que notre projet répond bien plus solidement que celui de l’extrême droite à leurs peurs et aux défis du temps.

En 2017, comme en 2022, de très nombreux électeurs et électrices de gauche ont voté pour lui non pas parce qu’ils adhéraient à son programme, mais parce que c’était pour eux la seule manière d’empêcher la victoire de la candidate d’un parti d’extrême droite. J’ai décidé, effectivement, de voter pour Emmanuel Macron pas forcément par conviction mais plus, effectivement, pour barrage contre l’extrême droite. Je ferai quelque chose dont je ne suis pas nécessairement fier mais je le ferai.

Donc c’est un vote Macron. C’est dur à dire mais… En 2017, comme en 2022, Emmanuel Macron a promis qu’il tiendrait compte de ces votes, et qu’il ferait barrage à l’extrême droite. Certains le feront pour faire barrage à l’extrême droite et je suis pleinement conscient que cela ne vaudra pas soutien du projet que je porte.

Et je le respecte. Mais voilà, ce n’est pas ce qui s’est passé. Depuis cinq ans, il n’a jamais cessé, au contraire, de la banaliser.

Il lui envoie parfois des signaux très directs, comme lorsqu’il a voulu "honorer", en 2018, un an après son élection, la mémoire de celui qu’il a alors appelé le "grand soldat" Pétain. La maréchal Pétain a été, pendant la première guerre mondiale, aussi un grand soldat. Voilà.

Ou lorsqu’en 2019 il a accordé un entretien exclusif à un magazine réactionnaire qui avait été condamné pour provocation à discrimination, à la haine ou à la violence contre les Roms. Ou encore lorsqu’en 2020 il a demandé une "note sur l’immigration" à Éric Zemmour, comme l’a rapporté celui-ci dans son dernier livre sans être formellement démenti. Il y a forcément une amicale d’anciens nazis, ou un club, ou une association.

Et quand le chef de l’État n’envoie pas lui-même ces signaux, c’est son ministre de l’Intérieur, l’homme qui avait promis en 2013 que s’il était élu maire de Tourcoing il ne "célèbrerait pas personnellement de mariages entre deux hommes et deux femmes", qui se charge de cette délicate mission. C’est le cas quand il se flatte par exemple, sur Twitter, dans un pays notoirement rongé par la xénophobie, de "maîtriser les flux migratoires" en "expulsant trois fois plus de personnes en situation irrégulière que les Anglais, deux fois plus que les Italiens et 50 % de plus que les Espagnols". Si on ne peut plus parler… Je vous ennuie ?

Oui, certes. Charmant. Ou quand il explique, devant des millions de téléspectateurs et de téléspectatrices, qu’il trouve Marine Le Pen "un peu trop molle".

Madame Le Pen ne nomme pas l’ennemi. Et je trouve qu’en effet vous êtes plus molle que nous pouvons l’être. D’autres contributions à cette normalisation de l’extrême droite sont plus indirectes.

Quand les macronistes disent très tranquillement d’énormes contre-vérités, par exemple, ils contribuent évidemment à une dévaluation de la parole politique qui profite très directement à l’extrême droite. Je pense que, sans prendre tel ou tel exemple, nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité de ce que chaque ménage touche en allocation de rentrée scolaire est reversée pour acheter les fournitures ou les livres des enfants. Ce n’est pas vrai, et nous tous le savons.

Je crois qu’on construit bien les choses quand on se base sur un constat lucide et véridique. Lorsqu’ils maintiennent dans leurs fonctions un ministre de la Justice renvoyé devant la Cour de justice de la République ou un conseiller de l’Élysée mis en examen pour prise illégale d’intérêt : ils "brisent la confiance dans le fait démocratique lui-même", comme l’explique le journaliste Fabrice Arfi dans le formidable petit livre qu’il vient de consacrer à ces affaires. Et ils ouvrent ainsi, poursuit ce journaliste, "la voie du pire, l’extrême droite, qui n’est forte que de la faiblesse des autres".

Puis bien sûr, lorsqu’Emmanuel Macron accable des travailleurs et des travailleuses de son mépris, en les traitant d’ "illettrées". Sur les dossiers que j’ai il y a la société Gad. Vous savez cet abattoir.

Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. Ou en leur expliquant que c’est en bossant qu’ils pourront s’acheter un costard.

La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler. il nourrit, là encore, des ressentiments qui profitent notamment à l’extrême droite. Depuis cinq ans, donc, Emmanuel Macron, élu sur la promesse qu’il ferait barrage à l’extrême droite, n’a cessé au contraire de contribuer à sa normalisation.

Il lui a ainsi ouvert un boulevard, dans lequel elle s’est naturellement engouffrée : c’est ce qui lui a permis d’envoyer 89 députés à l’Assemblée nationale au printemps dernier. Et juste après, on se le rappelle : la majorité macroniste leur a offert deux vice-présidences de cette même assemblée. Nous ne devrions donc pas être surpris quand, après le meurtre de Lola, des ministres d’Emmanuel Macron, au lieu d’ignorer les instrumentalisations de l’extrême droite, cèdent à sa pression et lui répondent qu’ils font de leur mieux pour expulser toujours plus "d’étrangers en situation irrégulière".

Nous travaillons d’arrache-pied pour faire en sorte que les expulsions puissent avoir lieu dès lors que les arrêtés sont prononcés. Cela s’inscrit dans la suite logique des complaisances dont les macronistes ont fait preuve depuis cinq ans. Dimanche dernier le jour où Le Journal du dimanche publiait l’interview de Nicolas Sarkozy évoquée au début de cette chronique, Emmanuel Macron était à Rome.

Il en a profité pour rencontrer la nouvelle cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dirigeante d’extrême droite qui pense notamment que "Mussolini était un bon politicien". Moi je crois que Mussolini c’était un bon politicien. C’est-à-dire que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie.

Selon Le Monde, cette rencontre, qui s’est faite "en catimini", devait être brève, mais s’est transformée, selon l’entourage de Meloni, qui s’en réjouit évidemment, "en une longue conversation cordiale, avec une nette convergence de vue sur les principaux dossiers européens". Après cette rencontre, Emmanuel Macron a tweeté : "Réussir ensemble, avec dialogue et ambition, nous le devons à notre jeunesse et à nos peuples. Notre première rencontre à Rome, Giorgia Meloni, va dans ce sens." Plusieurs personnalités de gauche se sont alors émues de cette bienveillance, comme Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, qui a dénoncé une "banalisation sans frontières de l’extrême droite" : le plus étonnant, à vrai dire, est que ça l’étonne encore.

En 2016, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République, avait écrit dans un livre qu’il avait sobrement titré Révolution : "Si nous ne nous ressaisissons pas, dans cinq ans ou dans dix ans, le Front national sera au pouvoir. Personne ne peut en douter." Sur le moment, on avait cru qu’il s’inquiétait.

Cinq ans plus tard, on en vient à se demander plutôt s’il n’annonçait pas son programme… L’ennemi est dangereux, mais toi tu es pire que l’ennemi. Tu es dangereux et con.