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Podcast / conversationUnion Populaire Républicaine· 14 juillet 2019 53 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsDéfense

Entretien d'actualité n°78.1 - 10/07/2019

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 85 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:41Invité politiqueFait
    « Walter Hallstein, nous aurons l'occasion de revenir sur son passé très proche des autorités nazies. Il enseignait notamment... Ça a été maintenant démontré, notamment par le livre de Philippe de Villiers. Il enseignait le nazisme à des officiers de la Wehrmacht. »
  • 9:07Invité politiqueFait
    « Mme Christine Lagarde... Des rumeurs circulent, des rumeurs qu'elle a démenties selon lesquelles elle ne serait pas uniquement française, mais elle aurait la nationalité américaine. »
  • 11:01Invité politiqueFait
    « Lorsque j'étais délégué général à l'intelligence économique à Bercy, sans aucun d'ailleurs moyen réel, eh bien j'ai eu l'occasion de souligner qu'au moment où elle avait été nommée comme ça – personne ne la connaissait en France –, elle a été nommée ministre du Commerce extérieur français, j'avais reçu l'appel téléphonique d'un grand patron français, qui m'avait téléphoné pour s'indigner de cette nomination en me disant : « Qu'est-ce que vous faites, là ? Pourquoi vous avez nommé cette femme ? » »
  • 12:20Invité politiqueFait
    « Reprenez les journaux de l'époque. Elle débarquait comme ça venant des États-Unis comme ministre du Commerce extérieur français sans jamais avoir été élue par quiconque et personne ne la connaissait. »
  • 15:05Invité politiqueFait
    « Mme Lagarde était allée à la BCE, avait rencontré donc M. Mario Draghi, le président de la BCE. Et ils avaient fait ensemble une petite conférence de presse pour expliquer que la BCE devait se battre pour « gender equality », l'égalité des genres. »
  • 21:51Invité politiqueFait
    « Sur les 21 personnes que j'ai ici pointées, à la première rangée en haut, il y a donc M. David Sassoli, qui est président du Parlement européen, qui est un Italien. Sauf que vous voyez qu'en dessous, il y a un secrétaire général, le secrétaire général du Parlement européen, que le très grand public, le grand public européen ne connaît absolument pas. Or, il s'appelle Klaus Welle et il est allemand. »
  • 30:43Invité politiqueFait
    « M. Barnier est flanqué de Mme Sabine Weyand, qui – paraît-il – est une terreur, une teigne. Elle a cette réputation, en tout cas. Et elle connaît hyper bien ses dossiers. Et en fait, elle surveille et elle verrouille en fait M. Barnier. »
  • 33:35Invité politiqueFait
    « Lorsqu'elle était arrivée à Bercy comme ministre, la première chose qu'elle avait demandée aux hauts fonctionnaires à Bercy, c'était de lui faire des notes en anglais. Et elle voulait tenir les réunions avec ses directeurs en anglais. »
  • 37:38Invité politiqueFait
    « M. Weidmann sera là. Et si j'ose dire, avec une expression un peu triviale, M. Weidmann va marquer Mme Lagarde à la culotte, d'autant plus que c'est lui qui voulait le poste. »
  • 39:42Invité politiqueFait
    « Mme Lagarde va être flanquée également d'un certain nombre de pointures très importantes : alors d'abord M. Klaus Regling, sur la deuxième ligne, qui – lui – est le directeur général du mécanisme européen de stabilité, le MES. »

Temps de parole

  • François Asselineau100 %

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0:15
François Asselineau

{Bonjour à tous. Bienvenue dans cet entretien d'actualité n°78, avec François Asselineau. Nous sommes le mercredi 10 juillet 2019. Et nous allons commencer par une question sur l'Europe : qu'avez-vous à dire sur l'actualité de l'UE ?} Eh bien bonjour à toutes et à tous. Merci pour votre fidélité à ce rendez-vous. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, je vais essayer pendant l'été de faire un entretien d'actualité à peu près une fois tous les 15 jours.

Le prochain, je compte le faire aux alentours du 23 ou du 24 juillet, puisqu'on saura, on saura normalement le 22 – je crois – quel Premier ministre les Britanniques auront pour mener à bien le Brexit pour le 31 octobre, si c'est Boris Johnson qui est retenu, ou pour tergiverser encore si c'est Jeremy Hunt. Alors les actualités européennes sont extrêmement riches. Je vais essayer d'aller assez rapidement.

J'ai eu l'occasion de m'exprimer assez longuement pendant trois quarts d'heure sur TV Libertés au sujet des nominations dans les top posts, comme on dit en franglais, dans ces 4 postes qui ont attiré l'attention de l'opinion publique en Europe, c'est-à-dire le poste de présidente de la Commission européenne, où c'est une Allemande : Mme von der Leyen, qui remplace donc Jean-Claude Juncker. La présidente de la BCE, c'est Mme Christine Lagarde, qui remplace M. Mario Draghi. Le président du Parlement, c'est M. Sassoli, qui est un Italien, qui remplace M. Tajani, qui était lui-même un Italien.

Et enfin le chef de la diplomatie, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère de sécurité et de défense, qui est M. Josep Borrell, qui est un Espagnol. Alors je vais pas redire tout ce que j'ai dit sur cet entretien sur TV Libertés. Je vous conseille si vous ne l'avez pas vu de vous y précipiter, parce que d'abord, c'est un entretien qui a eu beaucoup de succès. On en était à 86 000 vues au bout de 2 jours.

Donc il y a beaucoup de gens qui ont apprécié cet entretien, pour les informations assez nombreuses que j'ai données et puis – je le crois – le point de vue un peu hétérodoxe qui est celui que je développe et que développe l'UPR, parce que nous, nous disons la vérité aux Français. On ne se paye pas de vous. Donc je vous conseille d'y aller. Je vais quand même le résumer ici en 2, 3 mots. Mme von der Leyen est donc une Allemande qui devient la présidente de la Commission européenne. C'est un poste éminent. C'est un poste qui, en fait, concrètement, est plus important que le poste de président de la République française, par exemple.

Mme von der Leyen est la deuxième personne de citoyenneté, de nationalité allemande à détenir le poste de président de la Commission européenne. Le premier avait été M. Walter Hallstein, de sinistre mémoire, qui avait été le premier président de la Commission européenne à partir de janvier 1958, le traité de Rome ayant été signé en mars 1957. J'ai eu l'occasion... Nous aurons l'occasion d'y revenir, sur le passé pour le moins sulfureux de Walter Hallstein, n'en déplaise à tel ou tel troll sur Internet. Walter Hallstein, nous aurons l'occasion de revenir sur son passé très proche des autorités nazies. Il enseignait notamment...

Ça a été maintenant démontré, notamment par le livre de Philippe de Villiers. Il enseignait le nazisme à des officiers de la Wehrmacht. Bon, alors Mme van der Leyen, c'est pas du tout la même chose. Mme van der Leyen, c'est l'Allemagne d'après-guerre. Elle a (NDLR : 60 ans). Elle est née à la fin des années 50. Elle présente un visage tout à fait sympathique. C'est une femme qui a du charme, qui a du charisme, qui a un grand sourire. Elle est photogénique. C'est une mère, une mère de famille nombreuse, avec 7 enfants. Donc elle bénéficie spontanément d'un capital de sympathie. C'est une femme qui est très proche de la chancelière Merkel.

Elle bénéficie incontestablement d'un capital de sympathie. Et elle redore le blason du poste de président de la Commission européenne, qui avait été largement terni par son prédécesseur immédiat, par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, dont tout le monde sait qu'il avait des problèmes médicaux en fait, et qu'il était en état d'ébriété quasi permanente. Il n'a d'ailleurs pas été reconduit. Il aurait pu l'être, pour un deuxième mandat de 5 ans, comme l'avait été d'ailleurs Barroso le Portugais, ou bien Jacques Delors le Français dans les années 80. Là, il ne l'a pas été. Tout le monde est convenu d'écarter Jean-Claude Juncker.

Alors Mme van der Leyen, on peut dire d'elle qu'elle est de la CDU. Donc elle est du parti qui est un peu l'équivalent des Républicains en France, ou de l'ancienne UMP. Mme van der Leyen est une proche de la chancelière. Il faut quand même préciser que cette femme est la fille de son père, ce qui arrive à d'autres. Mais ce qui n'arrive pas à tout le monde, c'est que son père, qui s'appelait M. Albrecht, a été ministre-président – comme c'est un titre un peu différent de président de région – du land de Basse-Saxe. Et il a été vice-président de la CDU. Donc en fait, c'est une héritière. C'est une femme qui a hérité, qui est une espèce d'apanage politique familial.

On va voir, d'ailleurs, tout à l'heure, dans un instant, sur la Grèce : c'est la même situation. On voit se répandre un petit peu partout en Europe des phénomènes de nature dynastique qui apparaissent ici ou là, où des responsables européistes, en fait, sont les filles de leur père, comme Mme van der Leyen est la fille de son père. Mme Le Pen – ne l'oublions pas –, également, n'a pas créé son parti politique. Elle en a hérité. C'est une héritière. Mais aussi – on va le voir tout à l'heure – avec M. Mitsotakis, le nouveau Premier ministre grec. J'ai eu l'occasion de dire que cette femme est une ultra-européiste et une ultra... Elle milite pour les États-Unis d'Europe. Et une ultra-atlantiste.

Elle a fait le 18 janvier dernier un article, elle a signé un article dans le New York Times, qui est une espèce de déclaration énamourée en faveur de l'OTAN. Elle en fait, elle en rajoute même sur les demandes venant de Washington. En particulier, elle a obtenu que le budget du ministère de la Défense... Parce qu'elle est actuellement ministre de la Défense de l'Allemagne, après avoir été ministre du Travail et ministre de la Famille. Elle a obtenu que (NDLR : le) budget du ministère de la Défense allemand augmente de 35% ou 38% pour complaire aux demandes venant de Washington.

Elle a également montré qu'en politique et en géopolitique, il n'y a pas une feuille de papier à cigarette entre ce que dit Washington et ce que dit Mme von der Leyen : par exemple « La Russie, c'est très méchant », par exemple « Il faut combattre Daesh au Moyen-Orient », ce qui est vrai, qu'il faut combattre Daesh au Moyen-Orient. Ce sur quoi elle jette un voile pudique, c'est qui est derrière Daesh, qui a déstabilisé le Moyen-Orient. Je vous renvoie à tout ce que nous avons pu déjà dire sur cette question. Alors également, bien sûr, vous le savez, Mme von der Leyen pose un problème, puisqu'elle a été choisie en remplacement de M.

Manfred Weber, qui devait normalement être le président de la Commission européenne, du moins qui – lui – était de la CSU, qui est un allié de la CDU en Bavière mais qui n'est pas la CDU. Manfred Weber, qui aurait normalement dû être choisi, si l'on avait respecté le principe des Spitzenkandidaten, c'est-à-dire les têtes de liste choisies par les parlementaires européens. J'ai eu l'occasion... Je vous renvoie encore une fois à cet entretien que j'ai eu sur TV Libertés.

J'ai eu l'occasion de montrer qu'en fait, cette affaire est très mal prise à Berlin par à la fois les socialistes et la CSU, qui considèrent que c'est un viol de la démocratie et des accords qui avaient été passés entre les pays d'Europe. Notamment, en 2013, il y avait eu une recommandation européenne du 12 mars 2013 de la Commission européenne qui avait justement voulu améliorer la transparence et la démocratie du choix du président de la Commission européenne. En fait, on voit que c'est raté, parce que M. Macron ne voulait de M. Manfred Weber à aucun prix. Alors dans ces nominations, il y a eu également la nomination de Christine Lagarde.

Je n'y reviens pas trop, si ce n'est que – j'ai eu l'occasion de le dire et je le redis – Mme Christine Lagarde... Des rumeurs circulent, des rumeurs qu'elle a démenties selon lesquelles elle ne serait pas uniquement française, mais elle aurait la nationalité américaine. Ce qui est en revanche certain, c'est qu'après avoir raté le concours de l'ENA en France, elle est allée chercher fortune outre-Atlantique, et qu'elle a fait toute sa carrière notamment dans un cabinet d'avocats d'affaires américain très connu, à Chicago, qui s'appelle Baker & McKenzie, où elle a été – semble-t-il – propulsée par Dick Cheney, qui est devenu ensuite vice-président des États-Unis.

Mme Christine Lagarde est en fait une... Même si elle ne l'est pas juridiquement, elle est américaine dans sa tête, et elle appartient à toute l'oligarchie, tout l'establishment, pour parler en américain, tout l'establishment américain, que ce soit côté républicain avec quelqu'un comme Dick Cheney qui a été vice-président – comme vous le savez – de George W. Bush, ou bien que ce soit quelqu'un comme Zbigniew Brzezinski, qui a été le conseiller notamment de Carter pour les questions de géopolitique, du président Carter, et également ensuite du président Obama. Elle a participé, elle est dans les lobbys industriels et militaires.

Donc c'est une femme qui est vraiment une femme d'influence au sein des lobbys. Elle a également participé à la CSIS, c'est-à-dire un centre d'études stratégiques et internationales, qui est situé à Washington, qui est proche de l'université Georgetown de Washington, qui est une pépinière de hauts fonctionnaires américains. Et également, d'ailleurs, c'est la pépinière de tous les dirigeants des services de renseignement américains. Dans ses fonctions, Mme Lagarde a été pendant des décennies le porte-parole notamment ensuite en France du lobby militaro-industriel américain.

Et j'ai eu l'occasion de dire, et je le redis, parce que c'est la vérité : lorsque j'étais délégué général à l'intelligence économique à Bercy, sans aucun d'ailleurs moyen réel, eh bien j'ai eu l'occasion de souligner qu'au moment où elle avait été nommée comme ça – personne ne la connaissait en France –, elle a été nommée ministre du Commerce extérieur français, j'avais reçu l'appel téléphonique d'un grand patron français, qui m'avait téléphoné pour s'indigner de cette nomination en me disant : « Qu'est-ce que vous faites, là ? Pourquoi vous avez nommé cette femme ? ». Alors je lui avais dit : « Écoutez, moi, malheureusement, je ne suis pas au gouvernement.

Je ne suis qu'un haut fonctionnaire. Et j'étais à la tête d'une structure qui était microscopique. Il n'y avait pas de budget. Je n'avais aucun collaborateur. Et je n'avais pas été prévenu. Voilà ». Et il m'a dit : « Mais c'est incroyable ! ». Et je dis : « Bah oui. En fait, l'intelligence économique, c'est pour la galerie. En fait, on m'empêche d'en faire ». Et il m'avait dit : « Mais savez-vous que cette femme fait partie du lobby industriel américain, du lobby militaro-industriel américain ? ». Et il m'avait raconté plusieurs anecdotes à ce sujet qui m'avaient laissé quand même assez pantois, d'autant plus que... Reprenez les journaux de l'époque.

Elle débarquait comme ça venant des États-Unis comme ministre du Commerce extérieur français sans jamais avoir été élue par quiconque et personne ne la connaissait. Ça serait d'ailleurs intéressant de comprendre par quel moyen une Française, qui a fait toute sa carrière aux États-Unis d'Amérique, notamment dans un cabinet d'avocats d'affaires américain, qui a été très liée aux plus hautes autorités américaines, comment cette personne, qui ne s'est jamais présentée à la moindre élection, d'un seul coup, entre au gouvernement français sans que personne ne la connaisse. Qui en a décidé ?

Est-ce que, comme c'était sous Chirac, est-ce que vraiment Jacques Chirac, d'un seul coup, avait repéré cette dame ? Qui lui a soufflé ? Vous savez, il y avait un film qui disait : « L'homme qui soufflait à l'oreille des chevaux ». Qui a soufflé à l'oreille du président de la République de l'époque qu'il fallait nommer Mme Lagarde ? Là, là, on touche du doigt un certain nombre de choses tout à fait intéressantes.

En attendant, eh bien Mme Lagarde, donc, avec l'arrivée de François Hollande, était repartie aux États-Unis, où elle a succédé comme vous le savez au FMI au sulfureux Dominique Strauss-Kahn, qui avait été obligé à la démission suite à l'affaire du Sofitel de New York, sur laquelle nous jetterons – et c'est assez opportun en l'espèce – un voile pudique. Alors Mme Lagarde, il faut savoir quelque chose d'intéressant. Je dois cette information à Vincent Brousseau, qui suit toujours les affaires de la BCE de près. Que Vincent m'a téléphoné avant-hier pour me dire : « C'est quand même bizarre. Ça me dit quelque chose, cette affaire de Mme Lagarde avec (NDLR : Draghi).

Je suis certain qu'elle avait rencontré (NDLR : Draghi), qu'il avait été question de l'égalité d'accès en fonction des hommes et des femmes aux plus hautes fonctions », etc. Et finalement, il a retrouvé... Alors c'est très très difficile de retrouver, mais il a retrouvé quand même la trace. Ça s'est passé en 2013, donc il y a 6 ans. Mme Lagarde était allée à la BCE, avait rencontré donc M. Mario Draghi, le président de la BCE. Et ils avaient fait ensemble une petite conférence de presse pour expliquer que la BCE devait se battre pour « gender equality », l'égalité des genres, c'est-à-dire en fait : pour l'accès aux plus hautes fonctions, donc sous-entendu notamment...

Puisque ça se passait à la BCE, on pouvait comprendre « l'accès aux plus hautes fonctions à la BCE également à des femmes ». Voilà. Donc évidemment, certains vont dire : « C'est une pure coïncidence ». Mais quand même, on a le sentiment qu'il y a 6 ans déjà, ou alors M. Draghi et Mme Lagarde avaient une sacrée prescience, mais en tout cas, ils avaient déjà il y a 6 ans évoqué l'hypothèse qu'aux plus hautes fonctions, et comme ça se passait à la BCE, peut-être même aux plus hautes fonctions de la BCE, eh bien il pourrait y avoir un jour une femme. En tout cas, voilà qui est fait.

Si je raconte cette anecdote, c'est parce que ça donne à penser qu'il y a peut-être des gens qui pensent tout ceci longtemps à l'avance pour savoir quel pion on va placer. Mme Lagarde est une Franco-Française, mais Franco-Américaine de cœur en tout cas. Elle va arriver dans un univers qui ne lui veut pas du bien. Elle n'est pas banquière centrale. Le métier de banquier central n'a rien à voir avec celui de directeur général du FMI. Il y a des automatismes à avoir, des connaissances techniques très précises à avoir pour être banquier central qui ne sont en aucun cas celles qu'il convient d'avoir au FMI. Donc Mme Lagarde va devoir s'y faire assez vite.

Mais elle va être flanquée d'un certain nombre de représentants de la doxa dominante. Je vais y venir dans un instant. Et puis alors enfin, eh bien il faut souligner la nomination de Josep Borrell, l'Espagnol donc comme haut représentant de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Alors j'ai évoqué lors de cet entretien sur TV Libertés, mais je n'ai pas eu l'occasion de développer. Je vais le faire ici maintenant. Je voudrais attirer votre attention sur quelque chose qui est d'une extrême importance. Et j'espère que les personnes qui m'écoutent ici vont bien noter ce que je vais leur dire, y méditer et le faire connaître autour d'eux.

Je veux parler de ce qui se passe à Bruxelles. Les Français ont voté comme tous les peuples pour les élections européennes. Chacun a voté pour le parti qui les favorisait en se disant : « Je vais voter pour M. Jadot pour avoir une Europe écologiste », « Je vais voter pour la liste du RN pour avoir une Europe qui combat l'immigration torrentielle et clandestine », « Je vais voter pour la liste de En marche pour avoir une Europe libérale », gnagni, gnagna. Enfin bref... Mais une fois que le vote a été acquis, après, on passe aux choses sérieuses. Les choses sérieuses, c'est ce qui vient de se passer. C'est-à-dire qu'on réunit à Bruxelles les chefs d'État et de gouvernement.

Et on décide de qui va avoir les fonctions suprêmes de cet attelage baroque. Or, on confie ces postes-là en fonction d'une alchimie dans laquelle le résultat des urnes n'a pratiquement aucune importance. M. Macron avait fait savoir qu'il voulait qu'il y ait des femmes. Dont acte. Il y a eu deux femmes. Deuxièmement, les Allemands voulaient absolument le poste de président de la Commission européenne. Ils voulaient Manfred Weber. Macron est intervenu. Il n'y aura pas Manfred Weber, donc Mme van der Leyen. Il y a à ce moment-là des subtils jeux d'équilibre entre les Italiens, etc. Donc le président du Parlement européen, M. Sassoli, ne représente pas grand monde d'ailleurs en Italie.

Il a été présentateur à la Rai, à la radio-télévision italienne, la première chaîne de télévision, un présentateur au 20 heures. Donc c'est une personnalité connue médiatiquement. Mais politiquement, il ne représente pas grand-chose. Et M. Sassoli s'est opposé frontalement à M. Salvini. Ça veut dire que les députés du Parlement européen ont voté délibérément pour narguer en fait le gouvernement actuel de l'Italie. C'est ça que ça veut dire. D'ailleurs, LR en France, M.

Bellamy et consorts, ont joint leurs voix aux députés de En marche pour voter en faveur de Sassoli, pour donc en fait faire un bras d'honneur au gouvernement italien actuel, parce que nous avons une caste de députés qui considère en effet que le gouvernement italien n'est pas mondialiste, n'est pas ci, n'est pas ça, il s'oppose aux migrants, il l'a fait savoir. Et donc c'est une espèce de punition qui est donnée, peu importe que les Italiens aient fait un triomphe électoral à M. Salvini. On voit donc ici des jeux politiques extrêmement troubles en définitive. Et puis comme Mme van der Leyen est de la CDU, comme Mme Lagarde a fricoté avec l'UMP, donc LR, comme M.

Sassoli était plutôt centre-gauche, eh bien on s'est dit en haut lieu : « Il faut que le haut représentant pour la politique étrangère soit une personnalité de gauche. Donc ils ont pris Josep Borrell, qui a 70 ans et qui est du Parti socialiste ouvrier espagnol, qui est actuellement au pouvoir à Madrid, pour avoir des équilibres, parce qu'ensuite, ces personnalités, en tout cas la Commission européenne va devoir être validée par le Parlement européen.

Donc faut un peu faire plaisir à tout le monde, ce qui signifie qu'on est en situation de cohabitation permanente, ce qui signifie que tout le monde se tient par la barbichette et que LR, En marche, EELV, les socialistes, tout ce petit monde, en fait, est de connivence pour faire semblant de s'opposer dans les studios de télévision au moment des élections. Puis après, tout le monde rentre dans le rang. Voilà la situation. Alors ce sur quoi je voudrais attirer votre attention, c'est qu'il faut aller au-delà de ces nominations. D'abord, il faut bien connaître qui est qui. Les gens qui croient que Mme Lagarde va défendre les intérêts français... Non, pas du tout.

Mme Lagarde, elle est française. D'ailleurs, les Français, en général, n'ont pas du tout la même volonté de placer leurs pions. Et j'ai bâti pour vous le petit tableau que je vous présente ici, qui représente 21 des plus grands postes de l'UE. On va le commenter ensemble assez rapidement, puisque donc j'en fais également un article, que vous retrouverez sur notre site « upr.fr ». Alors il y a 28 nationalités actuellement dans l'UE. Je rappelle que le Royaume-Uni n'est toujours pas sorti. Sur les 21 personnes que j'ai ici pointées, à la première rangée en haut, il y a donc M. David Sassoli, qui est président du Parlement européen, qui est un Italien.

Sauf que vous voyez qu'en dessous, il y a un secrétaire général, le secrétaire général du Parlement européen, que le très grand public, le grand public européen ne connaît absolument pas. Or, il s'appelle Klaus Welle et il est allemand. Il était d'ailleurs un des proches de l'ancien président du Parlement européen allemand, qui était avant M. Tajani, qui l'avait placé là. Et il a également un secrétaire général adjoint, que vous voyez également, qui est en dessous, qui s'appelle Markus Winkler, qui est le secrétaire général adjoint du Parlement européen. Il est allemand également. Ça veut donc dire que M.

Sassoli, qui est un journaliste qui a fait le 20 heures sur la télévision italienne, en fait, il est là pour la galerie. Il est là comme il a passé toute sa vie à lire un téléprompteur qui n'était pas rédigé par lui. Et il a présenté des informations sur lesquelles il n'avait aucune prise. Eh ben c'est exactement la même chose qui va se passer. C'est une espèce de vitrine pour faire croire que l'Italie a un poste d'influence. Mais en réalité, les hommes, les responsables qui tiennent le lieu, le Parlement européen, c'est M. Welle et M. Winkler, qui sont en dessous, qui sont tous les deux allemands.

Il y a d'ailleurs une direction au Parlement européen qui s'occupe justement de préparer du point de vue administratif l'ordre du jour de tout ça. On apprenait dans un récent article de Libération de Jean Quatremer que dans cette direction, il y a deux tiers des postes de responsabilité de chef de bureau qui sont en fait phagocytés par les Allemands. Je reviens en haut de la première ligne. Vous avez ensuite Charles Michel, qui est le président du Conseil européen, qui est un poste éminent, mais qui a moins de pouvoir objectivement que celui de président de la Commission européenne. Il succède ici au Polonais qui s'appelait Donald Tusk. M. Charles Michel est un Belge.

Il a pour particularité d'être un libéral. Il avait fait une alliance avec un parti autonomiste néerlandais : le N-VA. Et son alliance a volé en éclats à la fin de l'année dernière, puisque Charles Michel a fait comme notre Macron national. C'est-à-dire qu'il a signé le pacte de Marrakech sans demander l'autorisation du peuple belge. Et en particulier, les autonomistes flamands qui sont talonnés à leur droite par le mouvement d'extrême-droite Vlaams Belang, le Bloc flamand, qui est extrêmement anti-immigrés... Eh bien le N-VA ne l'a pas entendu de cette oreille. Il a claqué la porte du gouvernement, faisant donc chuter la majorité de M. Charles Michel.

Lequel a donc été chargé par le roi des Belges, le roi Albert de gérer les affaires courantes jusqu'aux élections générales, qui ont eu lieu il y a quelques semaines. Et ces élections générales ont eu pour conséquence que M. Charles Michel s'est ramassé une veste, la même que d'ailleurs le N-VA. Et en revanche, c'est le Vlaams Belang, qui était donné comme moribond il y a quelques années, qui a fait un score tout à fait impressionnant. Donc on voit que M. Sassoli à la tête du Parlement européen ne représente aucun mouvement puissant d'opinion en Italie, enfin pas aucun, mais un mouvement faible par rapport au mouvement populaire très puissant qui soutient M. Salvini et M.

Di Maio, à la fois la Lega et le Mouvement 5 étoiles. Eh bien ça n'empêche pas M. Sassoli, qui n'a pas du tout l'onction du suffrage universel en Italie, d'être catapulté à la tête du Parlement européen. De la même façon, M. Charles Michel est renvoyé comme un malpropre par les électeurs belges, pouf, il est catapulté à la place du président du Conseil européen. Ensuite, vous avez Josep Borrell, qui est à droite sur cette photographie. Josep Borrell, qui donc est un socialiste, qui hérite de la haute représentation de l'UE en matière de politique et de défense. Alors on pourrait se dire : « Ah, voilà qui est intéressant, parce que ce monsieur a des positions assez américano-critiques. Voilà.

Notamment, il a mis des bémols, il a fait part de certaines réticences sur certaines politiques américaines au Moyen-Orient ». Mais M. Borrell, tout comme M. Sassoli que l'on a vu tout à l'heure, il est flanqué, il a des collaborateurs de choc. Il a d'abord juste en dessous – je l'ai mis – le général Jürgen Weit, qui est le responsable de Eurocorps, c'est-à-dire de l'embryon de ce que serait l'armée amér... L'armée européenne. J'ai failli faire un lapsus : l'armée américaine. Il faut savoir que les Allemands ont obtenu le poste de commandant en chef de l'Eurocorps. Il s'appelle Jürgen Weit.

Il est également flanqué – vous le voyez – de Mme Helga Schmid, qui est la secrétaire générale du service diplomatique d'action extérieure de l'UE, qui est l'une de ses principales collaboratrices, en fait, et qui est Mme Helga Schmid, qui est une Allemande. C'est une Allemande. Donc M. Borrell va ainsi avoir affaire à deux Allemands, et non des moindres, qui sont auprès de lui. J'ajoute que M. Borrell est sous l'autorité de la personne que j'ai fait figurer à droite, qui est justement Mme von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission, du moins si elle est confirmée à l'automne prochain par le Parlement européen.

J'ajoute également – vous l'avez peut-être vu – que sous Mme Helga Schmid, j'ai mis le portrait de M. Karl-Heinz Lambertz. M. Karl-Heinz Lambertz, il est responsable du Comité européen des régions. Donc c'est lui qui pilote la politique des régions, dont vous savez – si vous suivez nos analyses – que cette politique a pour vocation en fait de démembrer subrepticement les grands États d'Europe occidentale et notamment l'Espagne, le Royaume-Uni – mais le Royaume-Uni va s'en aller –, la Belgique et la France, avec ces grandes régions. Alors il est tout à fait intéressant de noter que M.

Lambertz est belge, mais il est également le président de la communauté autonome de germanophones de Belgique, puisqu'en Belgique... On croit toujours qu'en Belgique, la Belgique est partagée entre la Wallonie francophone et la Flandre flamande. C'est vrai. Mais on oublie toujours qu'il y a un tout petit morceau de territoire belge, situé tout à fait à l'est de la Belgique, pas très loin d'Aix-la-Chapelle, qui est en Allemagne, ni de Maastricht, qui est aux Pays-Bas. Et cette petite portion de territoire est peuplée de germanophones, donc de personnes qui parlent l'allemand, qui sont très proches des Allemands, et qui représentent 2% ou 3% de la population belge. Il se trouve que ce M.

Lambertz est à la fois belge, mais il est le président donc encore une fois de la communauté des germanophones belges, ce qui prouve qu'il est en fait extraordinairement germanocompatible. C'est quand même quelqu'un qui est dans la mouvance intellectuelle de l'Allemagne. Imaginez qu'à la place, on ait un Belge qui serait né à Namur ou à Liège, donc dans la partie de la Wallonie francophone et qui soit un Belge francophone wallon. Il n'aurait peut-être pas la même proximité avec les autorités allemandes. On continue. Donc je reviens tout à fait en haut. Mme von der Leyen, donc, est la présidente, la nouvelle présidente de la Commission européenne. Elle est allemande.

Et elle a sous son autorité M. Michel Barnier, qui est français, comme vous le savez, qui est chargé de négocier le Brexit avec le Royaume-Uni. Sauf que M. Barnier, comme je l'ai montré sur ce trombinoscope, M. Barnier est flanqué de Mme Sabine Weyand, qui – paraît-il – est une terreur, une teigne. Elle a cette réputation, en tout cas. Et elle connaît hyper bien ses dossiers. Et en fait, elle surveille et elle verrouille en fait M. Barnier. C'est un secret de polichinelle dans les couloirs bruxellois. Mme Weyand est allemande. J'ai oublié de préciser – vous le voyez, je vais de gauche à droite – qu'il y a M.

Giovanni Buttarelli, qui est un Italien, et qui – lui – est le contrôleur européen de la protection des données, qui est un poste considéré comme éminent. Les différentes institutions que je présente ici sont celles qui sont présentées sur le site de la Commission européenne comme étant les plus éminents des postes. Mais enfin vous avez quand même compris que la personne qui s'occupe de la protection des données, c'est important, c'est significatif, mais c'est quand même pas décisionnaire comme peut l'être le président de la Commission européenne bien entendu, ou comme peut l'être le président du Conseil européen. On revient à la première ligne. J'ai mis à côté de Mme van der Leyen M.

Martin Selmayr. Martin Selmayr, qui est... Alors tous les eurocrates et tous les spécialistes de la construction européenne vous le confirmeront : c'est peut-être la personnalité la plus puissante de toute l'UE. C'est quelqu'un qui n'a jamais été élu. C'est un Allemand, qui est assez jeune, qui a été nommé par Jean-Claude Juncker, luxembourgeois mais sous une forte pression allemande, qui a été nommé secrétaire général de la Commission européenne. Auparavant, il était son directeur de cabinet. En tant que secrétaire général de la Commission européenne, M.

Selmayr a un pouvoir absolument considérable pour orienter les dossiers, pousser tel dossier, en retenir certains, ne pas les montrer au niveau des commissaires des différents pays. Enfin c'est une espèce de vice-roi des Indes qui a un pouvoir absolument considérable, absolument considérable. D'ailleurs, sa nomination à la tête du secrétariat général de la Commission européenne avait été faite dans des formes qui n'étaient pas régulières du point de vue juridique. Et il y avait eu des recours. Ça avait fait un scandale. Je vous renvoie à la littérature compétente si le sujet vous intéresse. Et puis ensuite, eh bien à droite, sur la photo, vous avez Christine Lagarde.

J'en ai parlé tout à l'heure. Elle devient présidente de la BCE. J'ai mis un petit drapeau français mais aussi un petit drapeau américain, comme j'avais mis un petit drapeau allemand pour M. Lambertz tout à l'heure, parce qu'en fait, comme vous le savez, dans sa tête, elle est plus américaine que française. C'est pas d'ailleurs des racontars. C'est pas du complotisme. Tout le monde le sait. Et tout le monde sait notamment que lorsqu'elle était arrivée à Bercy comme ministre, la première chose qu'elle avait demandée aux hauts fonctionnaires à Bercy, c'était de lui faire des notes en anglais. Et elle voulait tenir les réunions avec ses directeurs en anglais. Ça avait fait un tollé.

Donc elle a enchaîné. C'en était fait l'écho. Moi, je suis du ministère des Finances. Je me rappelle très bien que, en interne, ça avait fait un tollé, bien entendu, parce que les gens trouvaient quand même ça un petit peu saumâtre. Et moi, j'ai vu, de mes yeux vu des notes que Mme Lagarde avait renvoyées à des directeurs d'administration centrale de Bercy. Certains m'avaient montré. Les notes qui lui parvenaient en français, elle les annotait en américain. Voilà un petit peu le portrait de Mme Lagarde. Alors Mme Lagarde, elle est donc à la tête de la BCE. Mais à la tête de la BCE, elle va faire quoi ? Elle va être à la BCE. Or, la BCE, ça se situe à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne.

Donc quand elle sort dans la rue, il n'y a que des Allemands. La BCE est entourée par toute l'élite allemande, l'élite germanique en matière industrielle et financière. C'est la bourse de Francfort. Francfort, c'est non seulement le siège de la BCE, mais c'est surtout le siège de la Bundesbank, la banque centrale allemande. Francfort, c'est également le siège d'un journal qui s'appelle la Frankfurter Allgemeine Zeitung, c'est-à-dire le Journal général de Francfort, qui est le journal... C'est un petit peu l'équivalent des Échos. C'est-à-dire le journal de l'élite économique et financière du pays.

Il est connu que la FAZ, comme disent les Allemands, die Frankfurter Allgemeine Zeitung, lorsqu'elle publie des articles anonymes, c'est en fait des articles qui émanent directement ou à peu près directement de la caste dirigeante de la Bundesbank. C'est un petit peu comme, jadis, à la grande époque soviétique, lorsqu'il y avait certains articles qui paraissaient non signés dans la Pravda de Moscou, on savait que ça émanait directement de l'entourage immédiat du secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique de Léonid Brejnev, à la grande époque. Donc la Frankfurter Allgemeine Zeitung, c'est vraiment le vecteur d'opinion dominante.

Alors Mme Lagarde va se trouver confrontée au fait d'abord qu'elle ne connaît pas son métier. Donc il va falloir qu'elle apprenne. Elle est pas sotte. Donc elle va apprendre sans doute vite. Mais elle n'aura pas l'expérience, elle ne sera pas blanchie sous le harnais. Elle va donc avoir des collaborateurs qui, eux, sont blanchis sous le harnais. Et au sein du comité des gouverneurs qui gère en fait, elle n'est jamais que la présidente du conseil d'administration de la BCE. Au sein du comité des gouverneurs, il y a tous les gouverneurs des banques centrales des pays de la zone euro.

Et il y a en particulier le primus inter pares, comme on dit en latin : le premier parmi les pairs, c'est-à-dire le président de la Bundesbank allemande M. Weidmann, qui est un jeune... Enfin jeune, il a une cinquantaine d'années. Un jeune président de banque centrale très dynamique, et qui est dans l'orthodoxie la plus parfaite. Les dirigeants de la Bundesbank sont dans une orthodoxie absolument parfaite, que Vincent Brousseau a eu largement l'occasion d'exposer dans ses conférences passionnantes auxquelles je me permets de renvoyer les auditeurs. Alors M. Weidmann sera là. Et si j'ose dire, avec une expression un peu triviale, M.

Weidmann va marquer Mme Lagarde à la culotte, d'autant plus que c'est lui qui voulait le poste. C'est lui qui voulait être à la tête de la BCE. Et ça aurait pu le faire. Sauf que là, ça aurait un peu fait jaser, compte tenu de ce que l'Allemagne truste tous les postes. Donc M. Weidmann est là. Mais faut pas se faire la moindre illusion. Il va représenter un poids considérable. Lui, la Bundesbank, l'économie allemande, toute l'oligarchie économique et industrielle de la République fédérale d'Allemagne s'incarnent dans cette personne.

D'autant plus qu'il y a une autre personne de nationalité allemande, que je n'ai pas fait figurer ici : Mme (NDLR : Lautenschläger), qui est une personnalité extérieure qui n'a pas dirigé la Bundesbank, mais elle vient de la Bundesbank. Je crois qu'elle était vice-présidente de la Bundesbank. Qui de surcroît est au conseil d'administration de la BCE. Il faut y ajouter également les gouverneurs de la banque centrale du Luxembourg, de la banque centrale des Pays-Bas, de la banque centrale d'Autriche, de la banque centrale de Finlande, qui sont totalement totalement sur la ligne de la Bundesbank. Donc Mme Lagarde va avoir une marge de manœuvre extraordinairement faible.

Elle va surtout pouvoir continuer la politique antérieure, qui est à la fois une politique de rigueur et de non-rigueur. J'ai vu un commentaire sur un de mes... Il y a quelqu'un qui me disait qu'il était étonné que je parle de politique de rigueur en parlant de la politique de la BCE. Oui, je parle de politique de rigueur parce que la BCE contribue largement, avec la Commission européenne, à exiger de tous les pays de la zone euro et en particulier des pays du Sud qu'ils procèdent à une dévaluation interne.

C'est-à-dire que les politiques de réduction des dépenses publiques constantes, de privatisation des services publics, de vente des actifs, etc., c'est poussé en avant non seulement par la Commission européenne par le rapport des grandes orientations des politiques économiques, les fameuses GOPÉ, mais aussi par la BCE, qui s'exprime via les GOPÉ.

Alors ce qui est vrai, c'est que la politique de la BCE, par ailleurs, contrainte et forcée, a été une politique d'assouplissement quantitatif, de quantitative easing, comme disent les Américains, qui là est tout sauf une politique de rigueur et qui a fait un petit peu les vannes ouvertes pour empêcher que la zone euro n'explose au moment de l'affaire grecque. Mais il n'en demeure pas moins que Mme Lagarde va être... Ne vous attendez absolument à rien de nouveau. Je voudrais d'ailleurs ajouter... Regardez bien mon graphique. Je voudrais ajouter que Mme Lagarde va être flanquée également d'un certain nombre de pointures très importantes : alors d'abord M.

Klaus Regling, sur la deuxième ligne, qui – lui – est le directeur général du mécanisme européen de stabilité, le MES, qui avait été créé notamment au moment de l'affaire grecque, et qui bénéficie de privilèges juridiques absolument extravagants. Ils sont irresponsables juridiquement, etc. C'est M. Klaus Regling qui a d'ailleurs été pendant 10 ans le directeur des affaires économiques et financières à la Commission européenne. C'est un homme extrêmement puissant – un petit peu comme Martin Selmayr –, qui a la haute main sur cette affaire. Et puis à la troisième ligne, sous M.

Klaus Regling, je me suis permis de mettre également Mme Elke König, qui est la présidente du mécanisme de résolution unique pour l'Union bancaire européenne. Et Mme König est également allemande. Ça n'est pas tout, puisque comme vous le voyez sur ce graphique, Mme Lagarde aura comme homologue le président de la Banque européenne d'investissement, la BEI, qui s'appelle Werner Hoyer, et qui est – devinez – allemand. Et puis elle aura également affaire de temps en temps peut-être avec le président de la Cour des comptes européenne, que vous voyez en dernière ligne, troisième à partir de la droite, qui est M. Klaus-Heiner Lehne, qui est allemand. Voilà.

Enfin, la dernière colonne, eh bien sur le premier rang, j'ai mis le président de la Cour de justice de l'UE, qui est un Belge qui s'appelle Koen Lenaerts, qui est un Belge, qui est plutôt d'origine flamande et plutôt, plutôt quand même dans la mouvance, dans la pensée... Bon, il est un peu entre les deux. Donc lui, c'est la Cour de justice de l'UE à Luxembourg. Il est à cheval un peu entre la Wallonie et les Flandres. Vous comprenez que derrière cette césure à la fois linguistique et historique entre la Wallonie et la Flandre, la Wallonie est un peu sous l'influence intellectuelle, historique, culturelle de la France, alors que la Flandre est plutôt plutôt...

Je vais peut-être pas me faire des amis quand je dis ça. Mais la Flandre est quand même plutôt sous influence culturelle, historique, intellectuelle des Pays-Bas et par contrecoup de l'Allemagne. Alors en dessous de M. Lenaerts, il y a le président du Comité économique et social européen, qui s'appelle Luca Jahier, qui est un Italien. Bon, le (NDLR : Comité économique et social européen), c'est un peu un clone du conseil économique et social français. C'est une institution où il y a beaucoup de fromages, des gens qui vivent sur la bête. Mais c'est pas une institution qui a un pouvoir colossal.

Et puis enfin, ferme le banc de ce tableau Mme Emily O'Reilly, qui est une Irlandaise et qui est le médiateur européen, un peu l'équivalent de Jacques Toubon en France, qui est le défenseur des droits. Là aussi, c'est un poste qui est mis en avant dans les institutions européennes parce que c'est la tradition scandinave de ce qu'on appelle en Suède « ombudsman », c'est-à-dire le médiateur, le défenseur des droits. Mais ça n'est quand même pas, ça n'est pas un lieu de pouvoir aussi intense que certains autres que je viens de présenter. On pourrait trouver bien au-delà encore de tout ça, aller chercher d'autres responsables.

Je n'ai pas mentionné les commissaires européens, parce qu'ils sont tous tombés avec la commission Juncker qui vient de s'achever. On attend la nomination des nouveaux commissaires européens. Mais bon, ces commissaires européens, ils sont sous la tutelle de la présidente, de Mme van der Leyen, sous la tutelle du secrétaire général de la Commission européenne M. Martin Selmayr. Et puis ensuite, il y a dans les services, il y a aussi beaucoup de gens qui ne sont pas forcément de leur nationalité. C'est le moins que l'on puisse dire. Un commissaire français, par exemple, peut avoir comme premier collaborateur un Allemand, un Néerlandais, un Slovaque, un Portugais, un Suédois, etc.

Résultat des courses, résultat des courses : sur ces 21 postes qui sont les postes de plus haute responsabilité, eh bien j'en compte 11 Allemands, j'en compte 3 Italiens, et dont au moins un des 3 a vraiment peu de pouvoir. On peut même dire que le deuxième aussi, à côté du (NDLR : Comité économique et social), c'est pas un vrai vrai lieu de pouvoir. Je compte également 3 Belges, dont l'un est belge mais belge d'influence allemande, celui qui est à la tête des eurorégions. Et puis j'en compte 2 Français : Barnier et Lagarde, dont l'une est d'inspiration américaine. Et je compte une Irlandaise. Alors quoi ? Eh bien quoi ? Ceci m'amène à vous parler de ce que l'on appelle...

Que tous les Extrême-Orientaux connaissent, qui s'appelle le jeu de go. Que j'ai fait figurer par cette représentation que je vous montre maintenant, qui est un petit peu amusante, mais qui est là pour faire réfléchir. Le jeu de go, c'est un jeu qui est né en Extrême-Orient, en Chine, et qui vise en fait – que l'on trouve en Chine notamment – à encercler. Il y a des jetons blancs et des jetons noirs. Et qui vise en fait à étouffer, à encercler l'armée adverse.

Si on applique les tractations de la Commission européenne, on s'aperçoit sur le dessin que je vous présente maintenant, qui est un dessin imagé où j'ai mis 11 petits jetons avec le drapeau allemand, j'ai mis 2 jetons avec le drapeau belge, 1 jeton avec le drapeau belgo-allemand pour tenir compte du président du comité des eurorégions, j'ai mis 2 drapeaux français, dont l'un est à moitié américain, j'ai mis également 3 petits jetons italiens et 1 jeton irlandais. Et l'on voit quoi ? Eh bien on voit une véritable stratégie d'étouffement, d'encerclement au profit de l'Allemagne.

J'aimerais que cette information soit diffusée le maximum et que tous les Français demandent des comptes au gouvernement français, que tous les Français aillent voir les partis européistes qui vous disent : « Il nous faut une autre Europe », gnagni, gnagni, gnagna, et concrètement, qu'est-ce qu'ils pensent de ça ? Vous notez d'ailleurs au passage qu'il n'y a pas un seul pays de l'Est. M. Macron avait fait savoir qu'il voulait que lors des tractations, il y ait au moins un des quatre grands postes qui soit réservé à un pays de l'Est. Il n'a rien obtenu du tout. On dit dans la presse que M. Macron a eu un succès parce qu'il a nommé Mme Lagarde. Mais pas du tout !

J'ai montré que Mme Lagarde, il y a 6 ans, était déjà allée voir Mario Draghi sur le thème : « Il faudra qu'un jour, il y ait des femmes tout à fait à la tête des institutions européennes, suivez mon regard ». Mme Lagarde, en fait, a été promue par l'oligarchie américaine, et plus exactement l'oligarchie atlantiste. Donc j'observe, moi, qu'il y a parmi les 21 postes que je vous ai présentés... Il n'y a aucun Polonais, aucun Hongrois, aucun Tchèque, aucun Slovaque, aucun Slovène, aucun Grec, aucun Bulgare, aucun Roumain, aucun Estonien, aucun Letton, aucun Lituanien, aucun Finlandais, aucun Suédois, aucun Danois, aucun Portugais, aucun Chypriote, aucun Maltais, aucun Autrichien. Voilà.

Il y a 28 États membres dans l'UE. Alors ça, ça signe de façon flagrante deux choses. La première, c'est que les Français, comme disait De Gaulle : avec des succès éclatants et des défaites sans nom, les Français sont un peuple qui a la réputation, et notamment chez nos amis allemands, d'être un peuple superficiel. Les Français... C'est même pas seulement chez les Allemands. L'ensemble des pays du monde considère que les Français, c'est le coq gaulois. C'est d'ailleurs pour ça que nous avons ce symbole, qui date d'ailleurs de Louis-Philippe, qui remonte à bien plus lointain, parce que la Gaule se disait en latin « gallus », mais « gallus », c'est aussi le coq.

Donc il y a une assimilation entre le coq et la Gaule : le coq gaulois qui fait « Cocorico » alors qu'il a les pieds dans le tas de fumier. Ça, c'est comme ça que nous voient un certain nombre de pays du monde, c'est-à-dire les Français qui font les beaux, qui roulent les mécaniques, qui ont des paroles comme ça, typiquement Macron. Macron, c'est l'archétype. Voilà, il a des propos : « Je veux une Europe ci », « Je veux une Europe ça ». Alors les autres : les Allemands, les Anglais, tous les gens regardent comme ça : « Hum hum », ils font des petits sourires. Et pendant ce temps-là, ils font quoi, les Allemands, eux ?

Eux, je suis absolument certain, j'en suis absolument certain, qu'au ministère des Affaires étrangères allemand, mais aussi sans doute au ministère de l'Intérieur, peut-être même au ministère de la Défense, ils ont des cartes où ils pointent avec un petit drapeau au sein des institutions européennes, comment faire pour avoir tel et tel poste, le maximum de postes. Ça s'appelle de l'entrisme. Et ils y arrivent parfaitement. Alors qu'en France, les Français, les responsables politiques français administratifs n'ont aucune envie... Moi, je sais. J'ai blanchi sous le harnais de la haute fonction publique française.

À part quelques personnalités qui se dévouent – si j'ose dire –, l'écrasante majorité des hauts fonctionnaires français n'a aucune envie d'aller moisir à Bruxelles. Au quai d'Orsay, ce sont des personnalités qui se spécialisent un petit peu là-dessus. D'ailleurs, ça favorise un foudroyant déroulement de carrière. M. Philippe Étienne, qui était directeur adjoint du cabinet de M. Hervé de Charette, quand j'étais moi-même au cabinet de M. de Charette, M. Philippe Étienne était un responsable qui connaissait bien les affaires européennes. Il était directeur adjoint du cabinet de M. de Charette. Il a ensuite été sherpa auprès de...

Enfin « sherpa », ça veut dire : celui qui prépare les sommets internationaux à l'Élysée. Sous Macron. Et il a été nommé très récemment ambassadeur de France aux États-Unis, ce qui est le poste le plus prestigieux de la diplomatie française selon les honneurs habituels considérés par nos amis les diplomates. Voilà. Mais à part ce genre de personnalité, que ce soit au ministère de l'Intérieur, à la Défense, aux Affaires étrangères, au ministère des Finances, la grande majorité des hauts fonctionnaires français n'ont pas du tout envie de se mêler des affaires européennes, qui sont réputées comme étant extrêmement rébarbatives, ennuyeuses au possible, etc., etc.

C'est pas ce que font les Allemands. Et donc ce graphique... J'ai été un petit peu long, mais je crois qu'il est fondamental. Il montre... La première chose, c'est que les Français sont superficiels. La deuxième chose, c'est que tous les peuples ne sont pas aussi superficiels que les Français. Et notre superficialité, notre façon de penser que les autres peuples nous ressemblent, qui nous a toujours menés aux pires désastres de notre histoire, cette espèce d'insouciance française, de légèreté française...

Eh bien nous devrions avoir en France, dans des cercles de réflexion très prestigieux, dans tel ou tel ministère, des gens qui voient les menées adverses que font les autres pays pour mettre la main sur les institutions européennes. La conclusion de ça, c'est : que l'on ne vienne plus vous parler de : « L'Europe, c'est la paix », « Tous copains », gnagni, gnagna. Non ! Non. Non. Il y a des stratégies de puissance. Les Britanniques, avant qu'ils ne soient en faveur du Brexit, avaient une sacrée tendance eux aussi à infiltrer les services de la Commission européenne.

Mais là, ils sont vraiment doublés sur le fil par les Allemands, qui triomphent en fait et qui sont en train de mettre l'ensemble de la construction européenne sous leur coupe.