Yaël Braun-Pivet - Le Barbier du matin du 07/02/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Yaël Braun-Pivet, bonjour et merci infiniment d'être là en un jour, pas comme les autres. Ce matin aux Invalides, il y aura cet hommage rendu aux 42 morts français du 7 octobre, mais aussi à toutes les victimes de cette journée tragique et aux otages. Quel sens personnellement vous donnez à cette cérémonie ?
C'est un moment important parce que c'est un moment important quand on a fait face à un tel drame qui nous a personnellement touchés en tant que pays, en tant que nation, puisqu'il faut le rappeler, ce sont des victimes françaises du terrorisme, du Hamas qui sont mortes et qu'on va honorer aujourd'hui. C'est important de se retrouver, de faire nation, de se recueillir, d'affirmer ce que l'on est et de le montrer ensemble.
Cette date du 7 février, c'est 4 mois après le 7 octobre, mais il y a eu un débat, on attendait, on ne savait pas. On pensait que le président voulait attendre la libération de tous les otages. Il reste des otages et des otages français à Gaza. Pourquoi ce moment ? Est-ce qu'il fallait attendre encore ?
Écoutez, c'est le choix du président de la République. Je pense qu'il était temps qu'on le fasse. En général, lorsqu'il y a un hommage national autour de drames comme cela, on prend le temps. On prend le temps de construire cet hommage, on prend le temps aussi du deuil, du respect de ce deuil des familles. Donc je crois qu'il était temps et le moment est bien choisi. Je crois que 4 mois après, 7 octobre, 7 février, ça a du sens. Et je pense que nous serons, alors je ne veux pas utiliser le mot heureux, parce que ce n'est pas le bon mot, mais en même temps, c'est important d'être unis. Donc dans ces moments d'hommage nationaux, c'est ce que l'on fait. C'est une mobilisation.
C'est une mobilisation, c'est se retrouver ensemble, se recueillir, et à nouveau pour dire ce que l'on est, quelles sont nos valeurs, et pleurer tout simplement les victimes. Vous avez cité leur nom, leur prénom, parfois un petit bout de leur histoire, et ça nous rappelle à quel point ces événements sont tragiques. Certains l'ont probablement oublié.
Et l'espoir en ce moment renaît d'une libération supplémentaire d'otages. La France est un peu spectatrice, elle doit attendre.
Alors nous agissons, et le ministre des Affaires étrangères vient de faire une tournée au Proche-Orient. Donc nous ne sommes pas spectateurs, nous nous mobilisons depuis le premier jour pour la libération des otages. Il y en a eu certains qui l'ont été. Nous espérons que nous aurons tous les otages libérés, qu'ils soient français, israéliens ou d'autres nationalités. J'espère que ce sera le cas dans les jours prochains. En tout cas, il faut absolument que nous soyons tous mobilisés, et la France prend sa part.
C'est un jour aussi pour célébrer la relation entre la France et Israël. On attend d'ailleurs des représentants d'Israël. La presse dit ce matin qu'il pourrait y avoir un haut représentant du gouvernement israélien.
Nous verrons bien. Ce qui est important, c'est qu'effectivement nos pays soient unis dans ce moment-là.
Il y a la polémique sur la présence ou non des élus et les filles des représentants du groupe La France Insoumise. Annabelle le rappelait. Quel est votre souhait, vous, personnellement, si vous avez quelque chose à leur demander ?
Déjà, mon souhait, c'est de ne pas polémiquer.
Il fallait les inviter. La République invite tout le monde.
Mais vous savez, lorsque nous avons organisé la marche, vous avez parlé de la marche que j'avais organisée avec le président du Sénat, Gérard Larcher. La question s'est posée de la même façon. Est-ce que nous invitons tel ou tel parti politique ? Est-ce que nous les excluons ? Est-ce que nous excluons le RN ? Et rappelez-vous, certains nous disaient d'exclure le RN. La France Insoumise, à ce moment-là, n'était pas venue. Et vous avez dit dans votre chronique qu'il faut aussi marcher pour les vivants. Il n'avait pas marché pour les vivants à ce moment-là. Et donc, la question se pose et puis elle se résout assez facilement parce que ces causes-là nous dépassent.
Le 12 novembre, c'était la cause de la marche contre l'antisémitisme qui, je crois, devait écraser toute polémique. Pour aujourd'hui, la cause qui nous intéresse, c'est l'hommage aux victimes. C'est la lutte contre le terrorisme et elle doit effacer toute polémique. En revanche, que ce soit pour la marche présence ou absence, que ce soit pour la présence aujourd'hui à l'hommage, il ne faut pas considérer que ça rachète, que c'est un brevet de républicanisme et qu'on peut se donner bonne conscience, soit un jour en marchant contre l'antisémitisme, soit le lendemain, pour d'autres, en étant présent à un hommage des victimes du terrorisme.
Est-ce qu'on peut, en étant optimiste, penser que la France Insoumise a compris son erreur en partie et cherche peut-être à revenir du bon côté ?
J'ai du mal à faire l'exégèse de ce que pense la France Insoumise, tellement leurs propos parfois dépassent toutes les limites. Ce que j'espère, sincèrement, en tant que présidente, mais surtout en tant que femme, en tant que citoyenne, c'est qu'ils se recueilleront et qu'ils s'associeront sincèrement à la douleur de ces familles qui sont des victimes d'actes terroristes et qui ont subi le pire. Et ceux-là, ils ne l'ont, je crois, jamais reconnu dans leur déclaration publique. Il n'est jamais trop tard. Il n'est jamais trop tard, mais après, c'est leur conscience et c'est leur cœur. J'espère simplement pour ces familles et pour ces victimes que leur présence est sincère.
On voit un lien évident entre l'esprit de la marche du 12 novembre et l'esprit de cette cérémonie du 7 février. Est-ce qu'il y a aussi, pour le président de la République, le désir, non pas de se faire pardonner, mais de revenir sur cette absence ? Parce que l'absence du président le 12 novembre, elle a fait couler beaucoup d'encre.
Elle a fait couler beaucoup d'encre, mais ce qui était important le 12 novembre, c'était que nous y soyons et surtout que les Français soient là. Les Français étaient au rendez-vous. Moi, la veille et le matin même, j'avais cette angoisse. Est-ce que les Français répondront à notre appel ? Est-ce qu'ils nous ont entendus ? Et on avait, je ne sais pas si vous vous souvenez, terminé notre appel en disant « La France ne serait pas la France si elle ne nous entendait pas. » Et la France nous a entendus. Alors après, le président de la République, je sais, a été associé à notre marche. Il participe à la lutte contre l'antisémitisme au quotidien. C'est un des combats de sa vie.
Et donc, moi, c'est cela que je retiens.
À l'époque, le 12 novembre, les Français qui marchaient, nous étions plus nombreux que ce que les comptages officiels ont dit, non ? Franchement. Il paraît. Même s'il ne s'agit pas de compter, bien sûr. Tout de même, il y avait quelque chose de plus puissant que ce qui a été retenu.
Il s'est passé quelque chose de grand. Et il s'est passé quelque chose de grand, non seulement dans cette mobilisation à Paris, mais dans cette mobilisation sur le territoire national, où les Français se sont retrouvés à Nice, à Strasbourg, à Nantes, à Marseille, etc. Donc ça, c'était impressionnant. Et puis, il s'est passé quelque chose de grand, parce que les Français ont respecté les termes de notre appel. Ils ont arboré des drapeaux français. Ils ont chanté la marseillaise. Ils n'ont pas brandi de banderoles avec des slogans qui auraient pu attiser ou exciter certains. C'est resté très digne, très respectueux. Et je crois que c'est ça que nous voulons aujourd'hui pour notre pays.
Nous marchions contre l'antisémitisme, mais nous marchions aussi pour la République. Et nous avons plus que jamais besoin de République avec tout ce que cela comporte.
Cette marche a été un moment extrêmement important. Elle n'efface pas pour autant la vague d'antisémitisme qu'on a vu déferler après le 7 octobre. On va prendre plusieurs niveaux. Le vôtre d'abord. Où en êtes-vous de ces attaques, de ces menaces que vous recevez ? Ça continue ou ça s'est un peu calmé ?
Alors, ça continue. Je crois que j'ai déposé 23 plaintes pour l'antisémitisme depuis que je suis présidente de l'Assemblée nationale. Donc depuis à peu près 18 mois. Comptez l'abouti.
Est-ce qu'on a attrapé certains coupables ?
Non. On a aujourd'hui, à ce jour, sur les plaintes pour l'antisémitisme, on n'a pas attrapé de coupable. En revanche, il y a d'autres plaintes, d'autres menaces pour lesquelles il y a eu quelques condamnations, mais qui ne sont pas liées à l'antisémitisme, puisque je distingue les deux. Ça veut dire donc que j'ai encore plus de menaces, de morts, d'agressions.
Ça ne diminue pas, ça ne disparaît pas ?
Non, mais je crois que c'est un phénomène, déjà, qui n'est pas franco-français, qu'on va retrouver dans d'autres pays. Et on sait que l'antisémitisme est toujours latent, qu'il ne disparaît pas et qu'il, malheureusement, ne disparaîtra pas. Vous savez, c'est Sartre, dans la réflexion pour une question juive, qui disait « Le juif n'existerait pas, l'antisémitisme l'inventerait ». Et donc, en fait, l'antisémitisme est vieux comme le monde. Et après, il a des ressorts différents. Il y a différentes sortes d'antisémitisme. Il y a des pics, il y a des moments où ça se calme. Mais malheureusement, malheureusement, je crains qu'il ne disparaisse jamais.
Parmi toutes les formes d'antisémitisme, il y en a une, auxquelles on pense particulièrement aujourd'hui, parce que nous pensons aux otages, c'est les arrachages d'affiches, cette volonté d'invisibiliser. Et on a vu, des vidéos en ont témoigné, des gens très bien, en beau manteau, très propres sur eux, arrachés des affiches. Cet antisémitisme-là, on ne l'a pas vu venir.
Celui-là, il est dingue. Vous voyez, quand on voit des personnes arracher des affiches d'un bébé otage cuir, que je parraine en tant que parlementaire française, c'est dingue. C'est ahurissant. C'est ahurissant parce que c'est indigne, c'est décomplexé, c'est public, c'est dérisoire et en même temps gravissime. Et je pense que c'est aussi pour ça qu'il ne faut pas, vous voyez, se cacher, il ne faut pas courber les chines. Et c'est vrai que moi, j'ai pris le parti de dénoncer à chaque fois l'effet d'antisémitisme qui me touche, justement pour ça. Pour ne pas avoir honte d'être victime de l'antisémitisme. La honte, elle doit changer de camp. La honte, c'est ceux qui arrachent ces affiches.
La honte, c'est ceux qui m'agonissent d'injures antisémites en m'écrivant sur les réseaux sociaux ou dans les courriers. La honte, elle doit être sur eux. Elle n'est pas sur moi, elle n'est pas sur nous.
La honte n'est pas sur nous, mais la peur est sur beaucoup de juifs en France depuis le 7 octobre. On en a vu déménager, changer leurs enfants d'école, enlever les mésousas à l'entrée des maisons. Comment les convaincre de changer d'attitude et de passer par-dessus leur peur ? Ce n'est pas facile ?
Ce n'est pas facile, mais je pense que c'est en leur disant que la République est à leur côté. Justement, et c'est une des raisons pour lesquelles, avec le président du Sénat, on a organisé cette marche. Pour justement ne pas laisser faire et ne pas laisser dire que la France était antisémite et qu'un juif aujourd'hui en France pouvait avoir peur d'être français et de vivre en France. Non, ce n'est pas le cas. Un juif en France a toute sa place parce qu'il est français comme tous les autres. En fait, en France, on ne distingue pas les gens, on ne fait pas de distinction des gens entre leurs couleurs, entre leurs religions, entre ce qu'ils pensent.
Ce n'est pas la République française et c'est ça que nous avons rappelé avec Gérard Larcher et tant et tant de Français. Et c'était pour ça que sur nos banderoles, il y avait marqué pour la République, contre l'antisémitisme, parce que c'est lié et la République, la France, est protectrice de cela.
Un dernier mot sur un autre sujet, mais finalement c'est le même esprit républicain. Annabelle l'évoquait. L'interruption volontaire de grossesse doit entrer dans la Constitution. Pourquoi ? Elle n'est pas menacée aujourd'hui ?
Parce que vous savez, le jour où elle sera menacée, et on sait qu'elle l'est dans un certain nombre de pays, il sera trop tard pour la protéger.
Et la constitutionnalisation, ça suffira à la protéger à ce moment-là ?
En tout cas, ça renforce la protection. Il est beaucoup plus difficile de modifier la Constitution. On touche toujours la Constitution selon la fameuse formule d'une main tremblante. Donc j'ose croire que ceux qui pourraient vouloir attenter à ce droit-là le feraient également d'une main tremblante. Donc je pense qu'il faut la constitutionnaliser aujourd'hui. Il faut le protéger pour demain, pour nos filles, pour nos petites-filles. Et puis aussi, pour envoyer un signal au monde, la France est la France. C'est la patrie des droits de l'homme. C'est la patrie de l'universalisation des droits de l'homme.
Et nous devons porter ce flambeau pour toutes ces centaines de milliers et ces millions de femmes qui aujourd'hui n'ont pas accès à la contraception, n'ont pas accès à l'interruption volontaire de grossesse, mais n'ont pas non plus accès à la liberté de se marier, à l'éducation, à l'instruction. Et on voit qu'aujourd'hui, les droits des femmes sont menacés dans le monde entier. Ils sont en régression. Et la France ne peut pas laisser faire. La France ne peut pas rester quoi ? Et donc là, c'est un message aussi que nous envoyons au monde.
Et vous faites confiance à votre ami Gérard Larcher pour faire voter ?
Je fais confiance à tous mes amis sénateurs pour voter. L'Assemblée nationale a fait un pas de compromis. Et donc, j'espère que le Sénat en fera de même.
Yael Brown-Pivet, merci beaucoup et bonne journée.
Merci beaucoup Christophe. Demain, votre invitée à 7h45 sera Shannon Seban, présidente renaissance en Seine-Saint-Denis.
Yaël Braun-Pivet