Michel Barnier : « Il faut rétablir l’ordre et l’autorité »
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 40 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:17OuverteRéponse directe
Comment qualifiez-vous les violences urbaines de ce week-end ?
- 2:17RelanceRéponse partielle
Faut-il instaurer des couvre-feux ou une réponse judiciaire plus répressive ?
- 3:09RelanceÉludée
Qui est responsable des défaillances de surveillance des groupes violents ?
- 3:37RelanceRéponse directe
Pourquoi ces violences persistent-elles chaque année ?
- 4:54OuverteRéponse directe
Bruno Rotailleau demande l'état d'urgence : est-ce nécessaire ?
- 5:50OuverteRéponse directe
Que retenez-vous de l'allocution présidentielle de dimanche ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:33Invité politiqueChiffre
« Il y a près de 1000 policiers qui ont été blessés. »
- 1:46Invité politiqueFait
« La République est fragile, je le pense, depuis longtemps. »
- 2:06Invité politiqueFait
« comme on l'a vu avec un certain nombre de groupes violents organisés, notamment d'extrême-gauche. »
- 2:31Invité politiqueFait
« Il faut rétablir l'autorité, l'ordre. Remettre de l'ordre dans la rue, remettre de l'ordre dans nos comptes, remettre de l'ordre dans nos frontières. »
- 5:19Invité politiquePromesse
« l'état d'urgence devrait être utilisé. »
- 6:47Invité politiqueFait
« la crise actuellement énergétique, le coût qu'elle provoque pour beaucoup de ménages et d'entreprises et de salariés et d'agents. »
- 14:09Invité politiqueChiffre
« Depuis que j'ai quitté Matignon, il y a au moins 20 milliards d'intérêts de plus à payer mécaniquement. »
- 14:15Invité politiqueChiffre
« on est bientôt à 90 milliards d'intérêts de la dette »
- 15:00Invité politiquePromesse
« On veut éviter d'avoir 6,2, 6,3, 6,2 de déficit, on veut le ramener à 5. »
- 15:45Invité politiqueFait
« les retraites ne seront pas payées dans quelques années. »
- 16:47Invité politiquePromesse
« Il faut prendre le risque du 49-3. »
- 18:10Invité politiqueFait
« dans le grand vent d'ultralibéralisme qui régnait à Bruxelles. »
Temps de parole
- Michel Barnier63 %
- Présentateur14 %
- Intervenant14 %
- ?5 %
- Auditeur2 %
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Public
Sénat, en partenariat avec la presse régionale, vous propose Bonjour Chez Vous. Bonjour Michel Barnier, vous vous installez et débutez LR de Paris, ancien Premier ministre. Merci d'être avec nous. Vous connaissez mon camarade Julien Lécuyer qui est avec moi, coordinateur du bureau de Paris de la Voix du Nord. Bonjour cher Julien. Bonjour Steve. Beaucoup de questions pour vous ce matin Michel Barnier.
On
va revenir sur le marathon budgétaire au Parlement et sur votre candidat Brune Roteo qui n'y peine à décoller dans les sondages, mais avant ça évidemment ces manifestations et ces violences
qui
ont mis la France à genoux le week-end dernier. Comment vous, ancien Premier ministre, vous qualifiez ce qui s'est passé
? D
'abord il faut garder son sang-froid.
Il
n'y
a
pas d'ailleurs que les problèmes internes de la France que nous avons à gérer tous ensemble.
La
sécurité,
le
déficit, nous en parlerons j'espère, mais aussi les problèmes extérieurs, les agressions, l'agressivité de M. Trump,
l
'agression de M. Poutine. Enfin il faut penser à tout ça et donc garder son sang-froid.
Sur la
tragédie de ce qui s'est passé le samedi dernier, d'abord je pense à tous ces commerçants qui ont tout perdu et qu'il faut aider absolument à reconstruire leur vie professionnelle et personnelle. Je pense aux forces de l'ordre qui ont été tellement sollicitées et agressées. Il
y
a près de 1000 policiers qui ont été blessés. Aux élus locaux, aux maires de Limoges et à d'autres maires,
c
'est la République qu'on attaque. On voit bien que… Et vous parlez de moments de bascule
pour
cette République justement
?
La République est fragile, je le pense, depuis longtemps. Il faut prendre soin de la République
comme
il faut prendre soin de l'Europe. Ce sera d'ailleurs ma ligne personnelle dans cette campagne présidentielle. Mais en attendant, il faut faire attention à la République parce que c'est notre bien commun. et faire attention à la France et à ceux qui
n
'aiment pas la France et qui veulent détruire notre pays, comme on l'a vu avec un certain nombre de groupes violents organisés, notamment d'extrême-gauche.
Faire attention à la France et à la République, est-ce que ça nécessite, comme le gouvernement le fait, d'instaurer des couvre-feux, d'avoir une réponse judiciaire plus répressive ? Est-ce que vous pensez que c'est à la mesure de l'événement
?
Je ne
sais
pas si vous dites plus répressive. Il faut avoir une réponse policière,
il
faut rétablir l'autorité, l'ordre. Remettre de l'ordre dans la rue, remettre de l'ordre dans nos comptes, remettre de l'ordre dans nos frontières. C'est un des enjeux d'élection présidentielle, alors qu'il y a tant de désordres. Mais l'ordre doit être, l'autorité doit être réaffirmée. Et naturellement, on a bien vu le week-end dernier qu'il y avait eu un problème de sous-estimation. Des mouvements de foule, des manifestations, et pas d'anticipation de tous ces groupes d'extrême-gauche qui sont venues délibérément organiser pour barrer des rues, mettre des barrages. Mais
comment vous
expliquez ces défaillances précisément ? Est-ce qu
'il
y
a
une responsabilité politique ou c
'est
une responsabilité plus générale de l'État en
matière de surveillance de
ces groupes ? Excusez-moi, je ne vais pas mettre de lui sur le feu. Les ministres, les préfets auxquels nous faisons confiance sont tous à leur poste maintenant. Je pense qu
'ils
vont tirer la leçon de ce qui s'est passé, des défaillances. Il y a
eu
des défaillances, à tel point d'ailleurs… Ce n
'est
pas la
première
fois, M. Barnier. Ce qui étonne les gens,
c'est que
chaque année, il y a des mouvements sociaux avec des violences. Il fait des années que ça dure. Et que là, on a l'impression encore, une fois, de découvrir l'eau chaude. Oui, enfin,
je
me souviens d'une époque où, avec Bruno Rotaillot, ministre de l'Intérieur, dans mon gouvernement, on n'hésitait pas à envoyer des véhicules blindés de la gendarmerie. Il y a sans doute une sous-estimation, à coup sûr, à tel point d'ailleurs, ce n
'est
pas moi qui le dis, c'est le ministre de
l
'Intérieur lui-même qui a donné sa démission, qui a été refusé. Mais il a donné sa démission pour marquer sa responsabilité. C
'est
à un moment, d'ailleurs, il faut que chacun assume ses responsabilités. On parlait de Bruno Rotaillot.
Bruno Rotaillot qui demande… Excusez-moi, ça
veut dire que chacun assume ses responsabilités, ça veut dire que le président aurait dû accepter la démission du président
de l'Intérieur ?
Je
ne vais pas
faire de commentaire là-dessus. Je pense qu'il faut que chacun assume ses responsabilités. dont le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui aurait pu aussi remettre sa démission. On a besoin de gouvernement, il ne
faut
pas créer de l'instabilité supplémentaire.
Mais
on voit bien qu'à un moment donné,
il
faudra…
Mais
ça veut dire quoi, assumer sa responsabilité ? Ça va jusqu'où, jusqu'au président de la République
?
Non, ne cherchez pas à me
poser des questions.
C'est vous.
Ce sont vos mots, Michel Barnier. Quand le
ministre de l'Intérieur remet sa démission, il reconnaît sa responsabilité,
il l
'assume.
Mais depuis Emmanuel Macron, quand on remet sa démission, en général, elle n
'est
pas acceptée. On peut quand même partir, même si la démission n
'est
pas acceptée.
Il aurait dû
partir,
c
'est
ça que vous dites. Il y
a quelques
moments dans la vie où il faut que les gens assument leur responsabilité. Bon, on a compris.
Bruno Rotailleau qui demande l'instauration de l'état d'urgence, est-ce
que c'est nécessaire aujourd'hui ? Il a
raison. Il a raison. Je pense d'ailleurs qu'on aurait dû dire cela dès le week-end dernier. Je pense que l'état d'urgence est une mesure… Bruno Rotailleau, il sait de quoi il parle quand il parle de ce sujet et d'autres, d'ailleurs. Il sait de quoi il parle en matière de sécurité. Et s'il le dit, c'est qu'à coup sûr, cet instrument qui est dans la loi, l'état d'urgence devrait être utilisé.
Et qu'est-ce que ça permettrait concrètement que, par rapport à ce qui existe déjà, interdiction de rassemblement, couvre-feu territorialisé ?
L'état d'urgence permet des mesures exceptionnelles, permet d'aller plus vite, de mobiliser un nombre de moyens. Je ne vais pas détailler les choses parce que ce n
'est
pas mon rôle. Mais l'état d'urgence,
c
'est un état qui montre la gravité de la situation et qui donne aux préfets, au gouvernement, aux ministres des moyens supplémentaires.
On
sait
que la question s'est posée à l'Élysée ce dimanche. Finalement, ça n'a pas été retenu. Qu'est-ce que vous, vous retenez de l'allocution présidentielle de dimanche au bout
? D
'abord, j'ai du respect pour la fonction présidentielle. Et je suis attaché à la Ve République,
je
suis gaulliste depuis toujours, et je ne ferai rien et je ne dirai rien qui mettrait en cause la fonction présidentielle.
Et
celui qui l'exerce dans le moment où nous sommes.
Ce
que je constate, c'est qu'il
y a
un décalage entre la parole présidentielle actuelle et la réalité du pays. Et donc, il faut réduire ce décalage.
Il est parti juste, dans la foulée de son allocution, faire une tournée au Moyen-Orient. Trois jours, c'était nécessaire. Il s'est dérobé, certains disent qu
'il
s'est dérobé. Je
ne crois pas, franchement,
je ne crois pas que le président de
la
République se dérobe. Mais sans doute, cette visite était utile. La preuve, c'est qu'il en rendra compte. Il a obtenu des accords pour alimenter le flux d'importation de pétrole et d'énergie, de fuel dont nous avons besoin. N'oubliez pas non plus la crise actuellement énergétique, le coût qu'elle provoque pour beaucoup de ménages et d'entreprises et de salariés et d'agents. Donc, cette visite était utile. Est-ce qu'il fallait la faire ce jour-là ou le lendemain ? C'est une autre question. Encore une fois, il y a ce décalage qui me préoccupe. – La question qui nous préoccupe
tous aujourd'hui, c'est comment sortir de l'impasse. Très concrètement, comment sortir de l'impasse ? Aujourd'hui,
il
y a une réunion à Matignon, Sébastien Lecornu, qui réunit les partis politiques. Qu'est-ce qu'il faut attendre de cette
réunion ? Comment on sort de l
'impasse aujourd
'hui ? – Vous m'invitez comme quelqu'un qui a eu l'honneur d'être Premier ministre pendant quelques temps, le temps que le Parlement m
'a
donné, avec beaucoup d'irresponsabilité des partis politiques à l'époque. Déjà, je vais souhaiter que le gouvernement trouve les moyens de rétablir l'autorité, des mesures d'urgence. Il y
a
l'urgence, donc il faut mettre les choses dans l'ordre. L'urgence, l'autorité et l'ordre. Et puis ensuite,
il
faut sans doute dans ce pays qui est très à cran. Les gens sont très nerveux, très inquiets, ont le sentiment d'une injustice dans beaucoup de circonstances, dans beaucoup de secteurs. Alors, il y a beaucoup de nervosité dans le pays. Et quand le pays est aussi nerveux, il faut avoir de l'écoute aussi. Pour les gens qui ont manifesté pacifiquement samedi dernier, pour les jeunes qui expriment dans beaucoup de lycées, y compris dans les zones rurales, n'oubliez pas, il n
'y a
pas que les villes, qui expriment des besoins concrets, des professeurs dans leur classe, des équipements corrects. Il faut reconnaître le rôle des régions et des départements pour les collèges et l'initiés. Vous savez, j'ai été pris en un département pendant longtemps, en Savoie. Ce que font les départements et ce que font les régions actuellement, l'État ne le ferait pas. Donc, il faut reconnaître ce travail. Ce que fait, par exemple, Valérie Pécresse dans l'île de France est considérable. Ce sont des milliards d'euros qui sont utilisés
pour rénover l'initiés. Pour bien
comprendre votre réflexion, est-ce que la forme que prennent les discussions entre le Premier ministre et les chefs de parti aujourd'hui est à la mesure de l'urgence ou bien de la volonté
de dialogue
?
C
'est
toujours utile de rencontrer des chefs de parti après coup.
C
'est sans doute utile aussi d'anticiper et de prévenir. Ce qui me paraît plus utile, c'est le dialogue qu'on peut établir avec les syndicats. Le dialogue social est très important. Je pense depuis toujours, d'ailleurs, que le dialogue social et la cohésion sociale sont des éléments de la
compétitivité d'un autre pays. M.
Barnier,
il
y
a
eu une réunion avec
les
syndicats hier. Ils en sont sortis très déçus. Il n'y a pas de marge budgétaire pour accorder quoi que ce soit. Donc, en fait, où va-t-on
? Je
réponds à votre question sur le dialogue. Dans un pays qui a cet état de nervosité, de tension, de fracture aussi, il faut des espaces de respiration. Il faut anticiper. Peut-être le tort du pouvoir public actuellement, c'est de ne pas avoir anticipé ou compris ce qui se passait, ce qui se disait, les inquiétudes des lycéens et dans la rue aussi. Donc, vous ne devez pas me parler comme si j'étais ministre ou premier ministre aujourd'hui. Je ne le suis pas.
Vous avez l'expérience de l'État. J'ai l
'expérience de l'État et je
vous dis que dans un État comme celui-ci, un, il faut des espaces de dialogue et de concertation. Et par rapport à des partis politiques, je vois l'extrême-gauche à l'Assemblée nationale, on a un climat à l'Assemblée nationale dans beaucoup de moments et sur certains débats qui est de type pré-insurrectionnel.
– Récisément, je voulais vous faire écouter, entendre Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon qui a réagi à l'invitation de Sébastien Lecornu. Écoutez ces mots et je vous fais réagir juste après.
–
On va y aller, on va te pourrir la réunion.
– Nous,
on vient ici pour discuter avec vous des revendications. Quand est-ce que vous donnez une réponse aux revendications qu'ont présentées les lycéens, les étudiants et les travailleurs ? Et le reste, allez discuter avec qui vous voulez, avec les directeurs de la police, de ce que vous voulez, parce que c'est vous qui êtes responsable du maintien de l'ordre, c'est-à-dire de la défense de libertés constitutionnelles. C'est pas nous, parce que nous, nous les faisons vivre, les libertés constitutionnelles. La liberté constitutionnelle, c'est le droit que j'ai de me moquer de vous en plus.
– Si je suis un peu taquin, je dirais que la première partie de cette intervention, ça reprend un peu ce que vous dites, il faut écouter les lycéens, écouter les manifestants. – Comment voulez-vous qu
'un leader comme ça, et actuellement je respecte toutes les formes d'expression politique quand elles sont démocratiques et républicaines, comment voulez-vous qu'un homme comme ça ait l'ambition de diriger le pays, enfin avec ce type de méthode et de mots, ce manque de respect à l'égard des institutions, cette manière aussi de ne pas respecter la réalité du pays. Comment on peut imaginer d'être président de la République, à l'extrême droite, à l'extrême gauche, et naturellement je l'espère de notre côté, du côté de la droite républicaine et du centre, si on n'explique pas la réalité, la vérité de la situation au pays.
Les Français sont intelligents, les Français ils ont envie qu'on leur dise la vérité, qu'on leur fixe une perspective, et la vérité aujourd'hui c'est que le pays va mal, qu'il est en crise morale, on le voit bien, en crise financière, en crise économique, et qu'il ne faut pas nier cette vérité. Je suis très inquiet d'entendre quelqu'un comme M. Mélenchon, et je vois tous ses amis à l'Assemblée nationale qui ont une telle haine, une telle intolérance, il y a une telle violence dans les mots à l'Assemblée nationale, que j'ai déjà été député il
y
a quelques années, je vois la différence, je suis très inquiet de cela.
– A l'inverse M. Barnier, quand on entend le gouvernement, et notamment le Premier ministre, lors des questions au gouvernement, on a l'impression qu'ils veulent faire porter un chapeau très grand à LFI dans l'organisation du chaos. On le sait, les mouvements d'ultra-gauche ne répondent pas, les autonomes notamment, ne répondent absolument pas aux ordres de la France insoumise. Est-ce qu'on n'a pas tendance à caricaturer également ?
– Moi, je ne sais pas qui répond aux ordres de qui, mais je vois une grande complaisance, une grande amabilité des députés LFI à l'égard de tous ces mouvements d'extrême-gauche, des violents, j'entends même des députés, des maires. Récemment, un maire de la région parisienne que vous connaissez bien, dire que la violence peut être légitime, il faut faire très attention. Le pays a suffisamment de fractures, ne pas en rajouter en tout cas. Il faut que chacun assume ses responsabilités, et
que
les députés LFI, à leur complaisance à l'égard de ces violences, à l'égard de ces mouvements très brutaux, très violents, je pourrais aussi parler de l'antisémitisme. On va
parler du budget, mais peut-être dernière question, vous êtes sur la ligne Bruno Retailleau et Gérard Archer sur une éventuelle interdiction de la France insoumise
? –
Non,
je ne pense
pas que ça servait. Je n
'ai
pas cette position-là. Je pense que si on interdisait ce parti, qui compte plusieurs dizaines de députés, il se recréerait automatiquement, immédiatement, autrement. Donc je ne dirais
pas sur ce terrain. – Le taux d'emprunt de la France à 10 ans a franchi la barre des 5%, c'est la première fois depuis 2002. – Voilà la vraie
inquiétude.
– Alors expliquez-nous. – On parle des jeunes,
et je suis soucieux qu'on trouve des espaces, et qu'on aurait dû créer des espaces d'écoute et de dialogue dans les lycées et les collèges pour anticiper un certain nombre de problèmes. Mais la première politique qu'on peut mener pour la jeunesse, c'est de ne pas augmenter la dette.
Parce
que cette dette, elle coûte 10 milliards d'intérêts d'emprunt, 10 milliards d'intérêts chaque année de plus, 10 milliards d'euros. Combien on rénove de lycées ?
–
Oui, de plus, parce que la
note totale est… – Depuis que j'ai quitté
Matignon,
il
y a au moins 20 milliards d'intérêts de plus à payer mécaniquement. –
Bientôt le
premier poste de dépense
de l'État. – Sans
parler de l'abandon, on est bientôt à 90 milliards d'intérêts de la dette, sans parler de l'abandon de la réforme des retraites. La situation s'est aggravée. Et j'observe d'ailleurs, messieurs,
je
veux dire à ceux qui nous écoutent, qu'on est deux ans après que j'ai quitté Matignon, dans les mêmes paramètres. Donc, on veut éviter d'avoir 6,2, 6,3, 6,2 de déficit, on veut le ramener à 5. C'est exactement l'objectif que j'avais et sur lequel j'ai trouvé en face de moi des partis responsables
à l'extrême droite, à l'extrême gauche.
– Ça veut dire que
rien n'a été fait depuis que vous êtes
parti, Michel.
– Alors on se
demande à quoi on servit ces deux années. –
Ah non, mais il faut
développer. – Comment
? – C
'est-à-dire qu
'effectivement,
il
n
'y
a pas eu… Sébastien Lecornu n'a pas fait le job. – Je vous dis, on peut se demander à quoi ont servi les deux années qui viennent de s'écouler par rapport à cette question de la dette puisque deux ans après, deux ans après, les chiffres sont exactement les mêmes. On veut éviter d'avoir 6,2, 6,2 de déficit, on veut le réduire à 5. C'est exactement ce que je disais quand j'étais à Matignon et qui me valait d'ailleurs certaines critiques, y compris dans la majorité sortante.
– La
réponse de Sébastien Lecornu, puisqu'il y a eu un échange de lettres avec Sébastien Lecornu qui vous répond, si la copie du gouvernement actuel a été adoptée, le poids de la dépense publique dans l'économie diminuerait pour la première fois depuis 2023. Sous-entendu que c'est vous qui n'avez pas fait le job, Michel Barnier.
–
Je suis resté trois mois à Matignon. – Oui,
mais c'était sa
réponse à vous, à votre interpellation du gouvernement.
– Non, j
'ai dit au Premier ministre qu'il fallait être courageux, qu'il fallait être audacieux. J'ai regretté à nouveau qu'on ait abandonné cette réforme des retraites parce qu'il faudra bien y revenir, quel que soit le gouvernement l'année prochaine, il devra, devant les Français, assumer le fait que les retraites ne seront pas payées
dans quelques années.
–
Vous
-même,
vous
avez, comme vous le rappelez, testé pour voir, entre une aile gauche qui réclame des dépenses sociales supplémentaires et l'extrême droite qui brandit toujours la menace de censure, on le voit bien. Ce n
'est
pas la volonté de faire des économies qui manquent, c'est la capacité de les faire passer dans le budget.
–
Oui, évidemment. – Alors comment on fait ? Vous
avez encore une fois l'expérience. – Vous devriez
ajouter aussi un parti socialiste qui n'était pas à la hauteur, en tout cas quand j'étais Premier ministre, et qui risque de ne pas l'être à nouveau pour des raisons électorales et tactiques. – Oui,
mais
donc, à
part se payer de moins en disant il faut faire des économies, comment on fait pour faire passer ?
–
Si vous voulez me faire dire que la dissolution
de 2024 a été une erreur majeure, grave, je vous le dis, et c'est ça qui crée l'instabilité actuelle et l'incapacité.
– Alors mais
ça,
c
'est
le constat, mais comment fait-on
? Là, dans ces cas-là, on arrive avec le budget 2027, avec un
autre chemin de croix
qui arrive,
c'est 49-3 assuré. – Il faut prendre le
risque du 49-3, je pense que le Premier ministre devrait le prendre.
–
Il faut prendre le risque du 49-3.
–
Ou aller faire des ordonnances pour que la France ait un budget, au minimum, travailler, tenter de réduire ce qui peut être réduit comme dépenses publiques et pour réduire le déficit et puis arriver aux élections qui sont le moment où on pourra redonner un tour d'opée une nouvelle dynamique avec un nouveau président, accompagné, je l'espère, d'une nouvelle majorité absolue.
– 49-3 ou ordonnance, c'est quoi votre véhicule préféré pour parler en termes un peu juridiques, un peu techniques ? –
Je pense aujourd'hui que les conditions sont telles que le Premier ministre devrait procéder par 49-3. – Par
49
-3,
sur le budget. Petit mot sur ce qui se passe dans d'autres pays européens. Michel Barnier, certains pays qui sont secoués par des manifestations violentes. En Italie, on a assisté le week-end dernier à des scènes de pillage en plein centre de Milan, des revendications contre la vie chère au Portugal, en Espagne ou en Grèce. Est-ce que vous comprenez les revendications de cette jeunesse et qu'est-ce que l'Union européenne, que vous connaissez très bien, a à répondre à cette jeunesse aujourd'hui
?
–
Les réponses, elles sont parfois à Bruxelles, lorsqu'il s'agit de la sécurité de notre continent, d'être moins naïf dans nos échanges commerciaux avec la Chine, lorsqu'il s'agit d'investir pour l'avenir, comme on l'a fait après la crise du Covid, en empruntant ensemble pour investir ensemble dans l'avenir, dans la formation, dans les nouvelles technologies, dans la défense d'une politique agricole. Voilà les réponses que l'Europe commence à apporter un peu mieux qu'il y a quelques années dans le grand vent d'ultralibéralisme qui régnait à Bruxelles. Mais après, il
y
a des réponses qui sont au niveau national, on le voit bien chez nous. Ce n
'est
pas Bruxelles qui va répondre à la question des lycées et des collèges en France. D'ailleurs, d'une manière générale, la bonne réponse doit être apportée au bon endroit. Quand on parle des déserts médicaux, on n
'en
parle souvent ici au Sénat où nous nous trouvons, la réponse est souvent départementale et locale. Les lycées, c'est la région. Les transports, c'est les régions. Et puis, il y a des problèmes qui dépendent de Paris et d'autres qui dépendent de Bruxelles. Ce qui m'intéresse aussi dans cette affaire, c'est que l'Union européenne, qui est critiquable, qui ne fonctionne pas toujours bien, il y a plein de choses à changer à Bruxelles, la bureaucratie et la technocratie qui dominent parfois. Mais de grâce, restons ensemble. Parce que quand vous regardez la situation mondiale de tous ceux qui nous entourent, si on n
'est
pas ensemble, on est foutus. Si on n
'est
pas ensemble, on est définitivement condamnés, nous, Français, on peut toujours faire des discours sur la souveraineté nationale et je suis le premier à dire que notre rôle, c'est de défendre l'intérêt du pays, l'intérêt national, mais on sera définitivement dominés par les Chinois et les Américains.
–
Julien, sur la
politique et
cette
campagne présidentielle.
– Sur la présidentielle, vous soutenez Bruno Rotaillot, les derniers sondages ne sont pas vraiment favorables, c'est le moins qu'on puisse dire, il est donné entre 5 et 7,5% des voix, il dégringole dans le dernier baromètre politique de l'IFOP également. Est-ce qu'on est sur une campagne qui risque de se déliter
? –
D'abord, je souhaite qu
'il y ait
une campagne présidentielle sérieuse malgré le contexte et deuxièmement, je ne crois pas du tout qu'on puisse porter ce jugement si négatif sur la campagne de Bruno Rotaillot. D'abord, l'expérience que je peux avoir, que vous avez comme journaliste éclairée, c'est que les sondages du mois d'octobre ne sont jamais les votes du mois d'avril ou du
mois de mai. – Vous l'avez connu
plus dynamique comme
sondage. – Oui, mais
moi, j'ai connu aussi des périodes où les candidats étaient très hauts et qui se sont trouvés très bas. Donc, je vous recommande de garder votre
sang froid,
de garder votre calme et de faire confiance. Moi, je fais confiance à Bruno Rotaillot.
Il
mène une campagne extrêmement sérieuse. Il est sincère et les gens le voient à la télévision quand il s'exprime. Il sait de quoi il parle. Il a le sens de l'État et il a un programme extrêmement
clair. – Et la
sincérité, ça ne suffit pas, M. Barnier
? – Non, mais c'est important. – Même si c'est
important. La droite a toujours été considérée comme le
parti de l'ordre.
À l'heure actuelle,
c'est plutôt le
Rassemblement National qui sont de bénéficier et de tirer profit des crises successives. Comment récupérer la main et notamment comment Bruno Rotaillot peut faire
?
– Mais il ne va pas monter sur la table pour vous faire plaisir. Il va continuer à être ce qu'il est, un homme qui a le sens de l'État, qui a de l'expérience, qui a des idées fortes et claires, notamment sur ces domaines des sécurités et sur plein d'autres domaines. Il s'est exprimé sur le logement, sur l'économie, sur le travail, sur l'immigration. Donc je pense qu'il mérite qu
'on
lui fasse confiance et le temps qui est utile devant nous et de la campagne va le démontrer.
–
Il
y
a un autre candidat à droite qui fait parler de lui en ce moment,
c
'est David Lissnard. Il se passe quelque chose en ce moment avec David Lissnard
?
– David Lissnard est le maire de Cannes, président de
l
'Association des maires de France. Il a une personnalité singulière et importante et moi je pense que ses idées ne sont pas très loin de celles de Bruno Rotaillot. Donc je souhaite qu'il puisse s'entendre. Ils sont d'ailleurs vus hier et qu'ils puissent se mettre d'accord pour
réunir et rassembler leurs
forces.
–
Pour intiquer Bruno Rotaillot et David Lissnard ?
–
Il peut être président de l'Association des maires de France et candidat à la présidentielle David Lissnard ?
–
C'est au maire de France de le décider. Ce n
'est
pas à moi.
–
Vous portez vous-même une démarche baptisée Bâtir Ensemble, plateforme pour une future coalition. Vous en êtes où de cette initiative ?
–
Je continue patiemment, besogneusement, à travailler sur cette idée que je crois juste parce que je pense qu'une campagne présidentielle c'est d'abord un débat d'idées et que tous ces candidats qui devront se rassembler à la droite et au centre pour n'en avoir qu'un, j'espère en janvier, peut-être à travers une primaire, ça sera l'occasion de faire appel aux Français pour qu'ils votent, en tout cas je le souhaite.
–
Jusqu'où cette primaire ?
Éric
Zemmour ?
–
Non, certainement pas. M. Zemmour d'ailleurs est candidat et non, non, je parle des candidats de la droite républicaine, vous parliez de Bruno Rotaillot que je soutiens activement et de…
–
David Disnard,
Édouard
Philippe,
–
Et puis Édouard Philippe
– Yabriel
Attal. – Oui, et tous ceux qui ont travaillé avec moi quand j'étais Premier ministre et qui devront travailler ensemble mais sur une ligne extrêmement claire et en tirant les leçons des dix années qui viennent de s'écouler. Donc voilà ce que je
pense. – Merci beaucoup Michel Barnier, merci d'avoir répondu à toutes nos questions. Merci Julien. On va voir la une de La Voix du Nord aujourd'hui, je crois que c'est sur la défaite de Lens, c'est ça ?
– Lens et Lille, zéro pointé comme le dit la une.
–
Ça va mal. – Elle est très mal partie. – Il faut supporter Paris, Julien. Merci beaucoup.
–
Non,
ça va aller, merci.
– Merci beaucoup d'avoir été avec moi pour cette
interview.
– Public Sénat, en partenariat avec la presse régionale, vous a proposé Bonjour Chez Vous.
–
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Michel Barnier