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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 8 janvier 2013 70 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsDéfenseÉconomie & entreprises

Qui gouverne la France et l'Europe ? - 1/4

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 9 %Attaque 71 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Locuteur 1Fait
    « « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort... apparemment. » »
  • 7:00Locuteur 1Fait
    « « Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d'égaler les exploits de Rome. » »
  • 16:00Locuteur 1Fait
    « « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. » »
  • 18:00Locuteur 1Fait
    « « La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne. » »
  • 0:15Fait
    « Il ne peut plus changer les volets. Il ne peut plus changer la toiture. Il ne peut plus changer la couleur de la cage d'escalier parce qu'il lui faut obtenir l'autorisation des 5 autres copropriétaires. »
  • 0:45Fait
    « Plus il y a de monde, plus les intérêts contradictoires se multiplient et plus cela bloque toute décision. »
  • 2:00Fait
    « La maison individuelle, c'est un pays indépendant et souverain. La copropriété avec 6 appartements, c'est l'Europe des 6. Et la copropriété avec 27 appartements, c'est l'Europe à 27. »
  • 3:30Fait
    « C'est le syndic extérieur à l'immeuble qui doit tout trancher et qui va décider de tout. »

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François Asselineau

[Musique] Nous sommes actuellement le 27 avril 2012. Donc c'est : « Qui gouverne la France et l'Europe ? ». Je commence cette conférence en la plaçant sous l’intitulé ou sous l'auspice d'un proverbe chinois que j'aime bien, et qui dit : « Il vaut mieux avoir l’air bête 5 minutes que de le rester toute sa vie ». Qu'est-ce que ça veut dire, ce proverbe ? Ça veut dire que lorsque vous ne comprenez pas quelque chose, il ne faut surtout pas intérioriser votre absence de compréhension. Vous savez, c'est comme les enfants ou les élèves qui ont peur de ne pas savoir. Et ils intériorisent. Non.

Lorsque vous ne comprenez pas quelque chose, il ne faut pas hésiter – en tout cas, c'est ce que dit ce proverbe chinois – à poser une question, même si vous avez l'air bête. Parce qu’en réalité, l’expérience de la vie montre que ce sont les questions bêtes, entre guillemets, qui sont souvent les meilleures. Et comme vous allez le voir, au cours de cette conférence, nous allons poser ensemble 9 questions bêtes. Après 14 années passées à l’Élysée, et quelques semaines avant de mourir, François Mitterrand livra son testament politique aux Français : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique.

Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort... apparemment. Oui, ils sont très durs, les Américains. Ils sont voraces. Ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ». Ce n’est pas moi qui le dis. C'est François Mitterrand, quelques semaines avant de mourir, dans un ouvrage – qui s'appelle « Le dernier Mitterrand » – de confidences qu'il a faites au journaliste Georges-Marc Benamou, à l'époque journaliste au Nouvel Observateur. Et pour ceux qui auraient des doutes, je les renvoie à cette publication chez Plon qui a paru le 27 janvier 1997.

Normalement, dans un pays normalement constitué, la déclaration de quelqu'un qui a été chef d'État, président de la République pendant 14 années... Jamais un président de la République n'a été aussi longtemps à l'Élysée dans l'histoire de France. Eh bien normalement, une telle déclaration aurait dû valoir que l'on se pose des questions. Il aurait dû y avoir un grand débat national. Qu’est-ce que Mitterrand avait voulu dire, juste avant de mourir, comme une espèce de testament politique qu'il laissait aux Français ? Il n’en a rien été. Ça a fait l'objet d'un entrefilet dans un journal ou deux, dans le Monde, le Figaro. Et puis on a fait silence.

Alors la première question bête que je veux aborder avec vous, c'est : « Qu’a donc découvert François Mitterrand après 14 années passées à la tête de la France, et qui lui a fait dresser un diagnostic aussi sombre sur le fait que notre pays est en guerre – une guerre permanente à mort – et que les Français ne le savent pas ? ». Pour cela, il faut revenir... Je suis un amateur d'histoire, parce que l'Histoire permet de comprendre non seulement le passé mais aussi d'avoir une idée sur l'avenir, et aussi sur le présent. Il y a un proverbe africain – pas un proverbe chinois mais un proverbe africain – que j'aime bien citer.

Les Africains disent : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens ». Ça permet ainsi de comprendre comment est née une situation, comment elle s'explique de nos jours, et quelles sont les évolutions à en attendre. Donc si vous le voulez bien, on va commencer cette conférence sur qui gouverne la France d’une façon qui va vous surprendre. On va revenir à la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, vers 1770, lorsque le roi George III, de la dynastie de Hanovre puisque vous savez que les Anglais sont allés chercher leur monarque en Allemagne... George III de la dynastie de Hanovre se trouve confronté vers 1771, 1770 à une crise budgétaire.

Il demande au gouvernement d'essayer de trouver un moyen de financer le budget du Royaume-Uni. Et qu'est-ce qui est inventé ? Eh bien c'est le Premier ministre de l'époque, William Pitt, qui va avoir l’idée qui va permettre de renflouer les caisses de l’État britannique. Quelle est cette idée ? Eh bien il va demander que l'on taxe davantage les produits de la compagnie des Indes britanniques, la British East India Company, qui va chercher des produits – notamment en Chine – et qui fait du commerce international. Cette compagnie des Indes britanniques, comme il y a la compagnie française des Indes orientales – par exemple – ou bien la compagnie des Indes néerlandaises...

Ce sont des compagnies quasiment multinationales. En tout cas qui ont le monopole du commerce extérieur pour chaque pays d'Europe concerné. Et la compagnie des Indes britanniques va donc chercher du thé, des soieries, de la laque, etc. en Chine, les transporte jusqu'au port de Londres ou sur les rivages britanniques. Et de là, fait de la réexportation vers les colonies britanniques. Et notamment cette colonie qui est en plein essor, et avec des gens qui commencent à être riches, qui est la Nouvelle-Angleterre qui est en Amérique du Nord, qui est la colonie britannique.

Et donc ce qui est décidé, c'est justement de taxer non pas les Britanniques qui vivent sur place mais de taxer les colons riches. Parce qu'on se dit : « Comme ça, ça ne se verra pas ». Les Britanniques sur place, le peuple anglais ne verra pas une augmentation de ses taxes. Mais en revanche, on va taxer les colons riches, et notamment les colons américains. C'est ce qui va donc donner naissance à cet évènement, qui est un évènement très important dans l'histoire du monde, qui est le 16 décembre 1773, que l’on a appelé la Boston Tea Party. De quoi s'agit-il ?

Vous voyez ici, ce sont des colons américains de la Nouvelle Angleterre – ils sont donc anglais d'origine – qui montent à bord d'un bateau de la British East India Company. Et ils prennent des caisses de thé et ils les balancent dans le port de Boston, dans l'océan Atlantique. Ils les balancent. C'est un geste de défi à la puissance britannique parce que, justement, ils refusent de payer les taxes qui ont beaucoup augmenté pour financer le budget britannique. Alors si je vous parle... En anglais, on a dit « Boston Tea Party ». Ça veut dire « la partie de thé de Boston ». C'est une révolte contre l'État central.

D’ailleurs, ceux d’entre vous qui s’intéressent en ce moment à l'histoire américaine contemporaine, vous savez qu'il y a des mouvements très à droite aux États-Unis, très anti-État fédéral qui s'appellent « Tea Party », justement, en référence à cet évènement historique. Alors cet évènement historique, pourquoi est-ce qu'il est important ?

Parce que c'est le coup d'envoi de la révolution américaine qui va – deux ans et demi après, le 4 juillet 1776 – déboucher sur la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, puis la guerre des États-Unis d'Amérique de libération contre la Grande-Bretagne, que la France va soutenir puisque Louis XVI a envoyé La Fayette et Rochambeau, vous le savez. Et qui se terminera en 1784 par le traité de Versailles qui donne l'indépendance aux États-Unis d'Amérique.

Alors ce qui est important, donc, de constater, c'est que cette guerre d'indépendance – cette révolution américaine, comme on va l'appeler – qui intervient 16 ans avant la prise de la Bastille, elle va démarrer – donc – sur des choses totalement différentes de ce qu'a été le début de la Révolution française. La révolution américaine a commencé pour un problème de droit de douane. Nos ancêtres, en 1789, ont commencé la révolution. Ce n'était pas sur un problème de droit de douane. En 1788, il y avait eu une disette. Les gens avaient du mal à manger. Et puis c'était sur un fond de grogne politique et sociale de plus en plus importante puisqu'il fallait payer...

Justement, là aussi, le budget de l'État en France était extrêmement déficitaire. Et vous savez que depuis Charles VII, seul le Tiers-État devait payer les impôts. Donc les gens les plus riches de France – c'est-à-dire les aristocrates et le clergé – étaient exemptés de payer les impôts. Donc les Français se sont battus et ont lancé la Révolution française d'abord et avant tout sur un principe d'égalité. Tout le monde doit payer les impôts. Tout le monde doit voter les impôts. Tout le monde doit voter le budget. Et puis également, tout le monde doit pouvoir chasser. C'est important. Quand on meurt de faim, on a besoin de chasser. Or, le droit de chasse était réservé aux aristocrates.

Donc la révolution américaine a commencé pour un problème de droit de douane et elle a été lancée par des colons riches et esclavagistes. George Washington, qui est un planteur de Virginie qui va prendre la tête du mouvement, qui sera le premier président des États-Unis d'Amérique indépendants... George Washington meurt le 17 décembre 1799, quelques jours avant l'an 1800. Et quand il meurt dans sa plantation de Virginie de coton, il a 300 esclaves noirs à sa disposition. Donc la révolution américaine revendique une liberté. Mais la liberté qui est revendiquée est celle du commerce. Ça n'est pas du tout celle de leurs esclaves.

Alors que la liberté revendiquée par la République française était bien la liberté de tout être humain puisque nous avons eu la nuit de l'abolition des privilèges le 4 août 1789. Au même moment, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen au mois de juin 1789. Et puis – je crois que c'est en 1791, 1792 – l'abolition de l'esclavage. La France – on a un peu tendance à l'oublier – a été le premier pays au monde à abolir définitivement l'esclavage. Pas seulement la traite des esclaves mais l'esclavage. Suivie par le Danemark, ensuite. Je rappelle que les États-Unis d'Amérique seront le dernier pays occidental – si l'on peut dire – à abolir l'esclavage.

Il faudra attendre la fin de la guerre de Sécession en 1869 pour qu'ils abolissent l'esclavage. Et puis le troisième élément, c'est que pour les Américains, l'instance, l'institution qui fixe les règles du commerce extérieur, c'est l'instance qui dirige les autres. Donc ils ont une vision commerçante de la liberté et une vision du commerce international qui finalement est assez étrangère à la vision française. Et en tout cas n'a pas du tout été à l'origine de la révolution que nos ancêtres ont menée. Alors ceci permet de jeter un œil sur la façon dont les États-Unis voient le monde. Il suffit de prendre un billet de 1 dollar.

Vous avez à l'avers le portrait de George Washington, le propriétaire des 300 esclaves noirs dont je parlais tout à l'heure que, d'ailleurs, les États-Unis continuent de célébrer comme si de rien n'était. La capitale s'appelle Washington. George Washington figure sur tous les billets de 1 dollar qui sont produits par milliards et milliards à travers la planète. Il y a même un État des États-Unis qui s'appelle l'État de Washington, sur la côte ouest. Donc il n'y a pas du tout...

Je le cite au passage parce que vous savez que nous n'avons pas, en France, célébré le bicentenaire d'Austerlitz au motif que Napoléon avait rétabli l'esclavage – donc – à la demande de Joséphine de Beauharnais, sous l'Empire, pendant quelques années. Donc nous, nous avons eu une relecture de l'Histoire qui a été largement médiatisée à cette occasion pour culpabiliser les Français sur leur histoire. Je ne suis pas là – évidemment – pour trouver des circonstances favorables à Napoléon en l'espèce. Mais il y a beaucoup d'anachronismes dans les reproches qui lui sont faits, néanmoins. Je dis simplement que cette espèce de volonté constante qu'il y a en France de se déprécier...

On a oublié de préciser que la France avait quand même été le premier pays au monde à abolir l'esclavage. Et on oublie de préciser que les Américains n'ont jamais fait ce travail quant à eux. Et puis, au revers de ce billet de 1 dollar que tout le monde a, il y a plusieurs choses qui sont intéressantes. D'abord, il y a cette inscription : « In God we trust ». Ça veut dire : « Nous plaçons notre confiance en Dieu ». Ça fait référence au fait que pour les Américains, il y a une destinée manifeste du peuple américain, et qu'il s'agit de bâtir une espèce de nouvelle Jérusalem sur terre. Pour les chrétiens, du moins pour les catholiques, nous avons affaire ici à un blasphème.

L’idée de mettre le nom de Dieu sur un billet de banque est quand même quelque chose qui dépasse l'entendement pour ceux, du moins, qui pensent à la parole – dans les évangiles – du Christ qui dit : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Vous savez, au moment de la parabole sur le denier. Ce qui est intéressant également dans le revers de ce billet de banque, c'est le signe – le grand sceau – des États-Unis d'Amérique où l'on voit un symbole maçonnique avec la date 1776, parce qu'effectivement, les sociétés de franc-maçonnerie ont été largement à l'origine des principes révolutionnaires, à la fois aux États-Unis et en France.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Il est dans cette bannière qu'il y a en dessous. Vous pouvez peut-être lire – c'est écrit en latin – : « Novus ordo seclorum ». C'est sur tous les billets de dollars qui circulent à travers le monde et qui se chiffrent donc en milliards et milliards et milliards. Ça n'est pas un détail. « Novus ordo seclorum », c'est du latin. Ça veut dire « le nouvel ordre des siècles », « le nouvel ordre du monde », « le nouvel ordre pour des siècles et des siècles ». Donc c'est une pensée typiquement impériale. L'Amérique estime avoir vocation à fixer un nouvel ordre mondial.

C'est d'autant plus impressionnant qu'à l'époque, au tournant du XIXe siècle, vers 1800, il y a aux États-Unis 7 millions d'habitants dont, d'ailleurs, de nombreux esclaves. C'est encore un tout petit pays. En France, par exemple, il y a 32, 34 millions d'habitants. Donc voilà un pays qui a 4 fois moins d'habitants que la France – il est vrai que la France est le pays le plus peuplé d'Occident – qui sort d'une guerre d'indépendance et qui, néanmoins, prétend avoir une vocation impériale. On va le voir en 1812 sur cet exemple. Il s'agit cette fois-ci d'Andrew Jackson. Andrew Jackson a été le 7e président des États-Unis d'Amérique.

Mais avant d'être élu Président, il a été le général en chef qui a mené une guerre contre le Royaume-Uni, parce qu'une fois que la guerre d'indépendance a été gagnée et s'est achevée par le traité de Versailles de 1784 sur l'indépendance des États-Unis d'Amérique, comme je le disais tout à l'heure, les États-Unis n'ont pas baissé la garde. Ils ont continué ensuite à chercher à – finalement – évincer la puissance britannique du continent nord-américain. Ils ont profité des guerres napoléoniennes pour aller porter la guerre au Canada puisque le Canada, c'était justement les colonies britanniques qui étaient restées fidèles à la couronne britannique. Et donc profitant... Vous voyez, 1812.

Ça commence à sentir le roussi pour Napoléon. 1812, c'est la campagne de Russie, la Bérézina. Mais en 1809, 1810, 1811, les Américains avaient compris que les Anglais étaient tellement occupés à organiser le blocus continental contre la France que c'était le bon moment pour attaquer les forces anglaises qui sont au Canada. Donc je le cite parce que pour avoir recours à une armée de conscrits, – il n'y avait pas d'armée de métier aux États-Unis à l'époque – Andrew Jackson a fait un discours qui est resté connu où il disait : « Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d'égaler les exploits de Rome ».

Voilà quand même quelque chose d'extraordinaire. Ce petit pays de 7 millions d'habitants, encore une puissance totalement agricole, qui ne fait que des plantations de coton, qui prétend avoir le « droit au libre-échange » – vous voyez bien que c'est toujours le problème du commerce international dont on parlait tout à l'heure – pour « égaler les exploits de Rome », c'est-à-dire pour se transformer en empire... Alors comme cette guerre qu'ils vont mener contre les Britanniques ne va pas aboutir au résultat escompté... Les colons britanniques du Canada restent fidèles au Royaume-Uni. Et donc malgré un certain nombre de batailles...

L'une des plus célèbres étant lorsque les troupes anglaises du Canada sont descendues jusqu'à la capitale Washington et ont brûlé la résidence du président des États-Unis, qu'il a fallu ensuite repeindre en blanc parce qu'elle était entièrement noircie par les incendies. Et c'est depuis ce moment-là qu'on l'appelle la Maison Blanche : White House. C'est-à-dire depuis qu'il a fallu la repeindre après 1812 et ces conflits avec l'armée britannique. En définitive, tout ça aboutit au traité de Gand – en Belgique – où on est parvenu au statu quo. C'est-à-dire que les Américains ne sont pas parvenus à mettre la main sur le Canada britannique.

Alors à partir de ce moment-là, les Américains vont poursuivre le même objectif, mais d'une autre façon. Ils vont donc inventer... Et c'est très important de le comprendre puisque c'est un peu la même guerre qui nous est menée. C'est celle dont Mitterrand ne comprenait pas à quoi elle ressemblait. Ils vont inventer un nouveau type de conflit : une guerre qui ne dit pas son nom et qui est parfaitement résumée par ce compte-rendu de Isaac Andrews – agent secret des États-Unis d'Amérique – faisant rapport au département d'État le 13 mai 1854. Le département d'État, c'est le ministère des Affaires étrangères américain.

Cette lettre fait partie de documents historiques qui ont été exhumés dans un livre que je vous recommande – du moins, si le sujet vous intéresse – qui s'appelle : « Hors des griffes de l'aigle : quatre siècles de résistance canadienne à l'expansionnisme américain ». C'est un ouvrage qui a été fait par un chercheur canadien. Alors de quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un agent secret américain qui œuvre au Canada pour essayer de mettre la main – au profit des États-Unis – sur le Canada par des moyens guerriers qui ne sont pas une guerre traditionnelle, qui sont une guerre d'un nouveau type. C'est de ça, qu'il s'agit.

Et dans ce rapport qu'il fait à son supérieur hiérarchique, on révèle ce qui est le type même de cette guerre. Alors voilà ce qu'il dit : « Dans le but d'aider les mouvements partisans de l'annexion et du libre-échange au Canada » : vous voyez que dans son esprit, le libre-échange avec les États-Unis et l'annexion du Canada par les États-Unis, c'est en fait la même chose. Et il s'agit d'aider les mouvements au Canada qui œuvrent dans cette direction. « J'ai versé 5 000 dollars à un rédacteur de journal » : ça veut dire : « J'ai corrompu la presse canadienne ». « J'ai versé 5 000 dollars à un procureur général » : ça veut dire : « J'ai donc corrompu la justice ».

« J'ai versé 5 000 dollars à un inspecteur général » : « J'ai corrompu l'administration ». « Et j'ai versé 15 000 dollars à un député », donc : « J'ai corrompu le niveau politique » « de l'Assemblée du Nouveau-Brunswick ». Le Nouveau-Brunswick, c'est une des provinces fédérales du Canada, qui existe toujours, d'ailleurs, qui se trouve actuellement – toujours – au sud-est du Québec et au nord de l'État du Maine. Et voici ce que poursuit notre agent secret : « J'ai pris par conséquent les mesures qu'exigeait la situation au Nouveau-Brunswick afin de modérer l'opposition et de tranquilliser l'opinion publique ».

Alors ça, ce sont des mots qui sont réellement très importants à bien prendre en compte. Cette guerre, elle est fondée sur l'idée de modérer l'opposition et de tranquilliser l'opinion publique, parce que l'on a acheté les médias et les hommes politiques du pays qui est la cible de cette guerre. « J'ai réussi à me rendre à Fredricton – c'est la capitale provinciale du Nouveau-Brunswick – avant la fin de la session de l'Assemblée législative et j'ai ainsi évité tout débat sur la proposition de traité de libre-échange à l'étude ou sur toute autre mesure législative néfaste ». C'est-à-dire qu'on va tranquilliser l'opinion publique dans ce type de guerre.

On va faire une guerre où on va proposer des mesures de libre-échange parce que le libre-échange va faire en sorte que l'on va modifier les structures économiques du pays. On va imposer un modèle économique, un modèle social au pays visé. Et pour tranquilliser l'opinion publique, surtout, surtout, surtout, il faut qu'elle ne soit pas au courant. Donc on modère l'opposition et on évite tous les débats de fond. C'est ce que nous vivons en ce moment. Vous l'avez vu, d'ailleurs – j'aurai l'occasion d'y revenir – sur la campagne présidentielle. Tous les vrais débats sont totalement occultés. On fait mousser d'autres petits débats. J'aurai l'occasion d'y revenir. Et voici comment conclut M.

Andrews. Il dit : « J'ai dépensé plus de 100 000 dollars pour convaincre d'éminentes personnalités d'appuyer l'annexion du Canada par les États-Unis ou, sinon, le libre-échange avec les États-Unis ». Vous voyez donc bien que, dans cette pensée, l'annexion du Canada par les États-Unis ou le libre-échange, c'est un peu la même chose. C'est-à-dire que le libre-échange avec les États-Unis va mener progressivement à l'annexion, d'une façon ou d'une autre. « Mais cette somme n'est rien en comparaison des privilèges qui vont être obtenus de façon permanente et du pouvoir et de l'influence que cela donnera à jamais à notre Confédération ».

Donc c'est – je crois – un texte qu'il faut bien avoir à l'esprit. Il est décisif, parce que nous sommes en 2012... Ça fait donc maintenant 158 ans – n'est-ce pas – que ce texte a été écrit. Et d'une certaine façon, on peut considérer qu'il donne toujours la clé de compréhension de la façon dont fonctionne cette guerre inconnue dont parlait François Mitterrand pour ce qui concerne la France – guerre inconnue menée par les États-Unis –. Alors cette stratégie n'a pas été un coup d'épée dans l'eau, si j'ose dire. On la retrouve tout au long de l'histoire américaine.

6 ans après, en 1860, c'est le consul américain à Montréal qui écrit à son supérieur hiérarchique – le secrétaire d'État américain Lewis Cass –, que l'on voit ici dans une statue en marbre au Sénat des États-Unis. Et il lui écrit : « Le traité de libre-échange entre les États-Unis et le Canada », parce qu'ils avaient réussi à imposer un premier traité de libre-échange. Traité de libre-échange, ça ne veut pas dire que tout circule librement. Ça veut dire que, déjà, on a démantelé certaines protections sur certaines spécialités douanières. Donc voilà ce qu'écrit le consul.

Il dit : « Le traité de libre-échange entre les États-Unis et le Canada est en train de transformer tranquillement mais sûrement », tranquillement mais sûrement, « les cinq provinces canadiennes en États de l'Union ». Avec une opinion publique qui ne comprend rien. En 1888, 28 ans après, nous avons le sénateur Sherman qui est un républicain de l'Ohio. C'est un homme très important à l'époque, puisqu'il est le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Donc il est le n°2 de la diplomatie américaine après le ministre. Ça, pour le coup, ça n'est plus des documents confidentiels comme ceux que je viens de présenter. Là, il s'agit du rapport officiel du Sénat du 7 août 1888.

Il dit : « Je veux que le Canada fasse partie des États-Unis ». Vous voyez que c'est une constante dans l'histoire américaine. « L'union avec le Canada », dressez l'oreille, « L'union avec le Canada ne se fera pas en adoptant des lois hostiles mais plutôt en lui faisant des propositions amicales ». C'est une guerre qui va utiliser un ressort qu'on n'avait jamais tellement utilisé auparavant, qui est la guerre par la séduction. « Cette union est inévitable » : l'idée aussi de se prévaloir d'une espèce d'inéluctabilité historique.

« La seule politique de notre gouvernement est d'offrir au Canada la liberté des échanges commerciaux et de lui faire cette proposition de façon fraternelle afin que le peuple canadien y voie une invitation à faire partie de notre République ». Comme vous le voyez, en réalité, cette stratégie fonctionne et ne fonctionne pas. D'une certaine façon, elle fonctionne puisqu'effectivement, progressivement, le Canada entre dans l'orbite américaine. Mais elle ne fonctionne quand même pas parfaitement, puisque... D'ailleurs, il suffit de regarder. De nos jours encore, le Canada n'a toujours pas été phagocyté par les États-Unis.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis vont pousser encore plus loin cette stratégie vis-à-vis du Canada. C'est en 1948 où ils proposent un traité de libre-échange ultime, comme ils disent. C'est-à-dire que tout pourra désormais circuler totalement librement entre les États-Unis et le Canada, quelles que soient les spécialités douanières. Donc c'est finalement l'abolition des douanes. C'est ce que l'on va d'ailleurs imposer progressivement à l'Europe – je vais y venir dans un instant – dans le cadre de la construction européenne.

Et John Deutsch, qui – en dépit de son nom – est canadien, est le négociateur en chef du côté canadien de ce projet de traité de libre-échange ultime qui suscite, à l'époque, en 1948, une vive inquiétude dans la population canadienne. Et au Parlement d'Ottawa, voici ce qu'il dit : « Le prix à payer pour une union douanière avec les États-Unis est la perte de notre indépendance politique en ce sens que nous n'aurons plus le contrôle effectif de nos politiques nationales. Celles-ci seront décidées à Washington ». Vous voyez donc bien cette mécanique diabolique.

Sous couvert d'avoir un traité de libre-échange qui n'intéresse personne – parce que ça a l'air de sujets techniques –, au bout du compte, le gouvernement canadien reconnaît lui-même qu'il n'aura plus le contrôle des politiques nationales, qu'elles seront décidées à Washington. Ça revient à dire, en définitive, que la démocratie n'a plus de sens. C'est une attaque contre la démocratie dont il s'agit. Faut pas se faire d'illusions ! Alors à l'époque, ça avait suscité suffisamment de problèmes et de remous pour que le Premier ministre canadien de l'époque refuse ce traité de libre-échange. Petit bilan sur la façon dont se sont constitués les États-Unis d'Amérique...

Il n'y a pas d'exemple au monde d'un État qui s'est constitué de cette façon. D'abord, vous avez les 13 premières colonies. Et puis qui ont commencé à se répandre vers l'ouest en allant, d'ailleurs, procéder à un génocide des Indiens. Et puis conquérir, donc, des terres aux Indiens. Se les partager. Créer de nouveaux États. Se répandre. Et puis ensuite, ils sont passés à une diplomatie de l'argent et du commerce. En 1803, les États-Unis achètent la Louisiane à la France. La Louisiane, ça n'est pas l'État de Louisiana qui est ici actuellement. La Louisiane, c'est tout ceci. Ça va jusqu'au Montana, jusqu'au Wyoming, au Colorado, etc. Tout ceci. Toute cette partie.

C'est un épisode de notre histoire qui n'est jamais appris – bien entendu – à nos concitoyens, notamment nos jeunes concitoyens. Il ne faut surtout jamais qu'ils aient l'impression qu'ils sont les héritiers d'un grand pays. Mais une grande partie des États-Unis avait été découverte par des Français, par Cavelier de La Salle. Et donc toutes ces terres immenses – à peu près un tiers du territoire américain continental – appartenaient à la France. Donc Napoléon vend la Louisiane pour 20 millions de francs or au gouvernement américain. Il faut dire qu'il n'avait pas vraiment le choix puisque, Napoléon étant dans son blocus continental, il ne pouvait pas aller protéger ces territoires.

En réalité, d'ailleurs, aurait-il pu le faire qu'il n'y serait pas parvenu parce que le problème... Les États-Unis auraient très bien pu devenir francophones. S'ils ne l'ont pas été, c'est pour une raison tout à fait structurelle. C'est que la France a commencé sa transition démographique à partir de la Régence. C'est-à-dire que le nombre d'enfants faits par les femmes françaises a commencé à diminuer drastiquement. Et donc il n'y avait plus de surplus humain pour aller peupler les colonies nord-américaines. Alors qu'au même moment, les Anglais – plus encore les Irlandais –, eux, avaient un surplus humain considérable.

Donc il y avait un flux constant de population anglophone qui arrivait aux États-Unis, alors qu'il n'y avait pas de flux de population francophone. Donc les Américains achètent la Louisiane à la France en 1803. Ils vont acheter une partie de l'Arizona au Mexique en 1853. Ils vont acheter l'Alaska – qui n'est en fait pas ici mais qui est en dehors de la carte – à l'Empire russe en 1867, à Alexandre II, le tsar libérateur des serfs. Vous savez d'ailleurs que les Russes s'en mordront les doigts ultérieurement. Ils ont acheté l'île de Guam à l'Espagne en 1898. Guam se trouve à l'autre bout du Pacifique, au sud du Japon actuel.

Ils ont acheté les îles Philippines à l'Espagne en 1898 : un archipel au large du Vietnam à l'autre bout du Pacifique que vous visualisez sans doute sur la carte, qui porte le nom de « Philippines » du nom de Philippe II, le fils de Charles Quint. Ils ont acheté Porto Rico à l'Espagne en 1898. Ils ont annexé les îles Hawaï suite à des accords de libre-échange en 1898. Ils ont annexé les Carolines, les îles Mariannes avec des accords de libre-échange. Ils ont acheté les îles Vierges au Danemark en 1917. On n'a pas d'exemple historique d'un État qui se soit développé par l'argent, la corruption, le commerce international et les accords de libre-échange.

C'est très important, ce que je dis là, parce que c'est ce qui est en train de nous arriver à nous, puisque la construction européenne est un premier stade. Le deuxième stade, qui a commencé, même si personne n'est au courant.... Mais le Parlement européen l'a voté. C'est de passer au grand marché transatlantique qui est le moment où les États-Unis vont mettre définitivement la main sur le continent européen, de la même façon.

Donc nous voici maintenant arrivés en 1950 avec Robert Schuman, qui est ici dans le salon de l'Horloge au Quai d'Orsay et qui fait cette fameuse déclaration du 9 mai 1950 dont on est priés de considérer en France que c'est une formidable déclaration, que c'est un coup de génie. On fête l'Europe – vous savez – le 9 mai. C'est la déclaration Schuman. Dans cette déclaration Schuman... Alors je renvoie ceux qui sont intéressés à un dossier que j'ai mis en ligne sur notre site : « upr.fr » où je décortique qui était Robert Schuman, qui était en fait un homme très conservateur d'origine qui a eu un comportement extrêmement trouble sous l'Occupation. Il était né en Allemagne.

Il était né allemand, avant la Première Guerre mondiale. Sous l'Occupation, il a eu un rôle extrêmement trouble. Je vais y revenir dans un instant. Et ensuite, il a été 14 fois ministre sous la IVe République. Donc c'était pendant qu'il était ministre des Affaires étrangères qu'il a fait cette déclaration, dont vous verrez – si vous lisez mon dossier – qu'en fait, ça n'est pas du tout lui qui l'a écrite ni même inventée. Il n'a été qu'un porte-parole d'une déclaration qui a été conçue, écrite, rédigée au département d'État américain dans les services de Dean Acheson, et qui lui a été transmise par Jean Monnet. Donc que dit Robert Schuman ?

« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'é tablissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne ». Ce qui est très intéressant dans cette déclaration dite Schuman du 9 mai 1950, c'est de la mettre en regard de la déclaration Sherman, dont je vous ai parlé tout à l'heure, de 1888 du sénateur républicain de l'Ohio.

Parce que ce qui est intéressant, c'est que nous avons non seulement la même idée sous-jacente, mais pratiquement même la même musicalité de la phrase. Entre 1888 et 1950, il s'est écoulé 62 ans, à croire que c'est la même plume qui a tenu les deux discours. « Je veux que le Canada fasse partie des États-Unis. L'union avec le Canada ne se fera pas en adoptant des lois hostiles mais plutôt en lui faisant des propositions amicales » : déclaration Sherman. « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait » : déclaration Schuman.

« La seule politique de notre gouvernement est d'offrir au Canada la liberté des échanges commerciaux et de lui faire cette proposition de façon fraternelle, afin que le peuple canadien y voie une invitation à faire partie de notre République » : déclaration Sherman, 1888. « La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne » : déclaration Schuman de 1950. En d'autres termes, la méthode dite Monnet-Schuman... Vous savez, du berceau à la tombe, en France, il paraît qu'il faut être extatique devant le génie prétendu de Jean Monnet et de Robert Schuman.

Ils ont droit à des collèges, à des avenues, à des places, des rues, des boulevards. Ils ont droit à une commémoration constante. En réalité, ça n'était qu'un simple plagiat. Plus exactement, ce n'étaient que des commanditaires – je vais en parler tout de suite –, puisque cette méthode Monnet-Schuman est exactement la méthode inventée et mise au point par les États-Unis après 1812, après l'échec – n'est-ce pas – du conflit avec le Canada, quand ils ont inventé ce nouveau type de guerre par l'intermédiaire du libre-échange. Alors tout cela m'amène à vous parler de cette révélation capitale qui a été cachée aux Français.

Que, d'ailleurs, les Français des années 1950 – du moins ceux qui écoutaient le Parti communiste à l'époque – savaient très bien puisque le Parti communiste développait des idées qui ne sont pas totalement, en l'espèce, sans rapport avec celles que je présente. Le Parti communiste français expliquait aux Français, dans les années 50, que la construction européenne était en fait une invention américaine. Le Parti communiste français n'existe plus. Ça n'est plus qu'un... Ça n'a plus rien à voir avec ce que c'était.

Mais il n'en demeure pas moins que le Parti communiste français des années 50 qui, lui, avait les analyses géopolitiques et stratégiques venues de Moscou expliquait très bien ce qu'était la construction européenne. Il se retrouvait d'ailleurs parfaitement avec la pensée de De Gaulle et les gaullistes dans les années 50 pour dénoncer cette mainmise. Donc en fait, je ne fais presque qu'enfoncer des portes ouvertes pour des gens qui ont plus de 60 ou 70 ans actuellement.

Mais malheureusement, pour tous les Français qui sont nés – disons – à partir de 1955 ou 1960, et à fortiori ceux qui sont nés après 1975 ou 1980 ou 1990, eh bien on ne leur a jamais dit la vérité, pourtant révélée de façon irréfutable, désormais, par cette révélation cachée aux Français dans un article du Daily Telegraph du 19 septembre 2000. C'est quoi le Daily Telegraph ? C'est un des plus grands journaux du monde. Un des journaux les plus sérieux. C'est « the Britain's biggest-selling quality daily ». Ça veut dire « le quotidien de qualité le plus vendu au Royaume-Uni ». Vous savez que les Britanniques lisent beaucoup la presse. C'est pas du tout un tabloïd.

C'est pas de la presse de caniveau, comme on dit. C'est un journal conservateur eurocritique qui a une qualité reconnue à peu près à l'égal du Times. Et donc dans ce numéro du 19 septembre 2000, le journaliste Ambrose Evans-Pritchard – qui est un des journalistes les plus célèbres du Royaume-Uni – a fait un article sensationnel puisqu'il est allé mettre son nez dans les documents « confidentiel défense », « secret d'État » du gouvernement américain qui ont été déclassifiés par l'administration américaine à l'été 2000, puisqu'il y a des lois de déclassification des documents « secret défense » qui imposent au gouvernement américain de publier au bout de 30 ans des documents secrets.

Alors que dans d'autres pays, comme en France, il faut attendre 50, 70 ans, voire 100 ans. Et donc il est allé faire un constat dont voici une traduction... Pour ceux qui sont intéressés, je les renvoie sur notre site où il y a le texte – en intégralité – de cet article. Donc qu'a dit Ambrose Evans-Pritchard ? « Des documents secrets du gouvernement américain qui viennent d'être déclassifiés montrent que la communauté des services secrets américains a mené une campagne tout au long des années 50 et 60 afin de promouvoir l'unification européenne.

Les dirigeants du Mouvement européen : Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète. L'argent de l'ACUE », A - C - U - E. C'est un acronyme pour American Committee on United Europe : comité américain pour une Europe unie, ce qui est déjà tout un programme en soi.

« provenait des fondations Ford et Rockefeller » : c'est-à-dire des fondations privées, parce que les interventions des services secrets américains comme la CIA transitent souvent sous des faux noms ou des paravents privés comme les fondations Ford et Rockefeller. De nos jours, il y a toujours Ford et Rockefeller mais il y a aussi IBM, Microsoft, PricewaterhouseCoopers, Boeing ou UPS, etc., etc., qui sont des sociétés écran qui permettent de donner...

Par exemple de faire des fondations qui donnent de l'argent à tel ou tel club de réflexion pro-européen – j'en parlerai tout à l'heure – mais qui sont en réalité – en partie en tout cas – en parfaite connivence avec les services d'influence américains. Donc : « L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, aussi bien que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. Le département d'État jouait aussi un rôle.

Une note émanant de la Direction Europe » – donc du ministère des Affaires étrangères américain – « datée du 11 juin 1965 conseille au vice-président de la Communauté économique européenne à l'époque, qui s'appelle Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice », camouflée, « l'objectif d'une union monétaire », d'une union monétaire européenne. C'est très important à comprendre. Excusez-moi de... Ce sont des informations sensationnelles. L'euro, notre monnaie commune européenne, n'a pas du tout été une invention française ou franco-allemande ou même européenne. Ça fait depuis 1965, ça fait 47 ans que les États-Unis ont conseillé à la CEE de créer une union monétaire européenne.

Et cette note recommande, je cite... Je cite non seulement l'article, mais l'article cite lui-même la note en question. Cette note recommande d'empêcher tout débat jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions deviendrait virtuellement inévitable. C'est fascinant : « empêcher tout débat ». Vous vous rappelez, c'était exactement le terme même utilisé par l'agent secret Isaac Andrews en 1854 quand il faisait rapport au département d'État. « J'ai empêché tout débat ». Donc la constante de cette stratégie de domination américaine, on la voit ici éclater. Elle prend tout son relief avec la mise en perspective historique que je viens de faire sous vos yeux. Nous en sommes là, d'ailleurs.

Nous sommes dans une période de notre histoire où la France fait donc l'objet – et nous allons le voir maintenant – de cette stratégie américaine, de cette guerre permanente et inconnue que Mitterrand a découverte. Et nous sommes dans cette situation que nous avons l'interdiction d'avoir des vrais débats. Tous les vrais débats sont empêchés. Et on va voir comment. Alors maintenant, nous savons à quoi nous en tenir sur les pères fondateurs de la belle idée européenne, comme on dit. Robert Schuman, qui est considéré comme un très grand homme... En réalité, je me permets de rappeler qu'il a voté les pleins pouvoirs à Pétain et la fin de la IIIe République. Il était député.

À Vichy, il a voté les pleins pouvoirs, quand même ! Alors que ça ne fait jamais partie de son historiographie habituelle que l'on cite dans les préaux des écoles. Deuxièmement, il a été membre du premier gouvernement Pétain à Vichy. À la Libération, d'ailleurs, les gens lui ont quand même demandé des comptes. Il a fait savoir qu'il n'était pas au courant. Il n'était pas au courant qu'il était membre du gouvernement. Ensuite, il a été le premier membre d'un gouvernement à aller rencontrer les autorités nazies à Metz. On ne sait pas, d'ailleurs, ce qu'il y a dit. Après ça, il a été – il est vrai – emprisonné par les nazis parce qu'il a fait acte de... Pfff. On ne sait pas très bien quoi.

Enfin en tout cas, il s'est échappé. Et il a passé le reste de la Seconde Guerre mondiale dans des couvents. À la Libération, il a été menacé d'indignité nationale puisque les communistes d'un côté, les gaullistes de l'autre voulaient sa peau, parce qu'ils savaient que c'était un type qui – en tout cas, c'est la réputation qu'il avait à l'époque – était un collabo. Sauf qu'à l'époque, c'est la période de l'épuration et De Gaulle souhaitait qu'on calme les plaies et que l'on n'entretienne pas un climat de guerre civile en France. Il le souhaitait d'autant plus que Pie XII et le Vatican étaient intervenus en faveur de Robert Schuman qui était proche des partis politiques démocrates-chrétiens.

Et donc De Gaulle lui a évité cette indignité nationale qui l'aurait empêché de poursuivre une carrière politique. Il en a d'ailleurs parfaitement profité. Je vous renvoie à mon dossier sur notre site puisqu'il a été 14 fois ministre (10 fois des Affaires étrangères, 4 fois d'autre chose) sous la IVe République, ce qui montre qu'il avait un talent particulier pour jouer les anguilles. Et c'est lui qui a – paraît-il – eu ce coup de génie de la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Je vous renvoie à mon dossier pour que vous découvriez pourquoi tout cela est un conte de fées. Ce n'est évidemment pas lui qui a eu cette idée.

En tout cas, nous savons maintenant de façon sûre et certaine, depuis le 19 septembre 2000, qu'il était traité comme un employé par ses agents américains. Donc en fait financé par la CIA. Quant à Jean Monnet, il a passé toute la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis. Il a été le délégué de Roosevelt auprès du général Giraud à Alger pour tenter de barrer la route à De Gaulle et favoriser les anciens vichystes ralliés aux Alliés, puisque c'est un des grands épisodes de la Seconde Guerre mondiale que les gens ne connaissent pas, que nos compatriotes jeunes ne connaissent pas. C'est que Roosevelt et les Américains voulaient maintenir Pétain et Laval à la tête de la France à la Libération.

Et que progressivement, ils ont été obligés de changer de pied. Après Pétain, Laval, ils se sont rabattus sur Darland. La résistance française a abattu Darland à Alger. Ensuite, ils se sont rabattus sur Giraud qui était un ancien pétainiste. Mais tout, tout sauf De Gaulle ! Puisque De Gaulle, c'était l'indépendance nationale alors que les États-Unis voulaient mettre la main sur la France à la Libération. Je rappelle d'ailleurs que les Américains ont maintenu une ambassade à Vichy jusqu'en novembre 1942, c'est-à-dire pratiquement un an après qu'ils fussent entrés en guerre eux-mêmes contre le Japon après Pearl Harbor, qui date du 7 décembre 1941.

Donc après qu'ils fussent entrés en guerre avec l'Allemagne et les puissances de l'Axe. Ça veut donc dire que les États-Unis ont refusé de reconnaître la France libre jusqu'en 1944. En tout cas, De Gaulle disait de Jean Monnet que c'était « un malade avant tout soucieux de servir les Américains ». C'est dans le livre « C'était De Gaulle » de Peyrefitte, tome 2, page 214. Alors nous savons maintenant aussi que Paul-Henri Spaak, ancien Premier ministre belge, était financé par la CIA, que le Mouvement européen était financé par la CIA, du moins jusqu'au 31 décembre 1969.

Je vous signale que le Mouvement européen continue d'exister, qu'il a appelé à voter « oui » à la Constitution européenne, « oui » au traité de Maastricht, qu'il s'est réjoui de l'adoption du traité de Lisbonne – qui est une félonie – alors que 55% des Français ont voté « non ». Et que ce Mouvement européen a été vice-présidé – pour sa filiale française, si j'ose dire – pendant plusieurs années par Daniel Cohn-Bendit. Alors il n'y a pas besoin d'aller chercher, finalement, midi à quatorze heures et d'aller regarder tant de documents « confidentiel défense » pour se convaincre de l'irréfutabilité des analyses que je fais. Ce ne sont pas... Et je sais que certains vont dire : « Ah !

C'est du conspirationnisme ! ». Ce n'est pas du conspirationnisme. Tout ce que je dis est sourcé, cité. Les références, tout le monde peut aller les voir. Mais en plus de ça, les évènements les plus récents, les déclarations plus ou moins récentes le confirment. Par exemple, qui a eu le premier l'idée d'une Constitution européenne ?

Qui a dit : « Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d'Europe – disons à Luxembourg – des délégués responsables, avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe, de désigner la capitale, et qu'à partir du 1e janvier, l'Europe occidentale fonctionnera comme fédération » ? Alors certains vont dire : « Mais c'est Adenauer, Paul-Henri Spaak, De Gaulle, etc. ». Eh bien non ! La réponse, c'est le général Dwight Eisenhower, américain, qui était commandant suprême des forces de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en Europe. En 1951, cette déclaration...

Avant d'être élu en 1952 président des États-Unis d'Amérique. Ceux d'entre vous qui veulent vérifier mes dires devront se reporter au magazine Paris Match n°136 du 27 octobre 1951, page 18. Ça n'est pas difficile de le trouver. Il suffit d'aller sur eBay – je fais de la publicité gratuite – et de taper : « Paris Match 136, 27 octobre 1951 ». Il y en a toujours en vente. Alors achetez-en et reportez-vous page 18. Mais de toute façon, nous avons aussi les scans de cette interview. Et dans cette interview, le général en chef des armées américaines en Europe dit : « Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons ».

De la même façon, qui demande fermement l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE) ? Qui a dit : « Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie. Je crois très fermement que l'une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l'UE » ? La personne qui a dit ça, c'est pas du tout un européen. Il s'agit du président des États-Unis William Clinton – Bill Clinton pour les médias – dans une conférence de presse à Ankara, capitale turque, le 15 novembre 1999, à l'issue de son entretien avec le président Süleyman Demirel que l'on voit ici, qui est décédé depuis lors.

Pour ceux qui seraient comme Saint-Thomas, je les renvoie à la dépêche de l'agence France-Presse du 15 novembre 1999 de 15h35. Et Bill Clinton disant : « Je continuerai à m'en faire l'avocat ». C'est d'ailleurs une photo qui a été prise lors de l'entretien à l'issue duquel Clinton a fait cette déclaration. Alors j'insiste sur un aspect quand même très important aussi. C'est que lorsque le président des États-Unis exige que la Turquie entre dans l'UE, il ne se trouve aucun État de l'UE pour protester, pour rappeler son ambassadeur à Washington. C'est ce qu'on fait en général. On rappelle son ambassadeur pour consultation, pour montrer un désaccord fondamental avec un État.

Est-ce qu'on imagine d'ailleurs la réaction qui serait celle de Washington si, par exemple, le président de la République française ou le président du Conseil italien se rendait par exemple à Caracas ou à Mexico et disait : « Je suis ferme dans mon soutien. Je veux que le Mexique entre dans les États-Unis d'Amérique ». Évidemment, aussitôt, Washington ferait un scandale mondial, rappellerait son ambassadeur à Paris ou à Rome ou à Madrid en disant que c'est une ingérence grossière dans les affaires intérieures des États-Unis. Il ne s'est trouvé aucun État d'Europe pour ne serait-ce même que protester face à ce type de déclaration.

On voit d'ailleurs au passage que ce sont les États-Unis qui exigent l'entrée de la Turquie. Et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi les États-Unis veulent faire entrer la Turquie dans l'UE, parce que les Français ne comprennent pas. Ils ne comprennent absolument pas pourquoi la Turquie devrait entrer. Qui a invité officiellement l'ensemble des pays de la Baltique à la mer Noire – c'est-à-dire tous les pays de l'Est – à rejoindre l'OTAN et l'UE ?

Qui est-ce qui a dit : « Toutes les nouvelles démocraties de l'Europe, de la Baltique à la mer Noire et toutes celles qui se trouvent situées entre les deux doivent avoir la même chance pour la sécurité et la liberté, et la même chance de rejoindre les institutions européennes. Toutes les nations devraient comprendre qu'il n'y a aucun conflit entre l'appartenance à l'OTAN et l'appartenance à l'UE » ? Normalement, si l'UE avait un peu de sens, c'est une déclaration qui aurait peut-être pu être faite par le président de la République française, le chancelier d'Allemagne ou je ne sais pas quoi. Pas du tout. La personne qui a fait cette déclaration, c'est le président américain George W.

Bush – président des États-Unis – dans son discours à l'université de Varsovie, le 15 juin 2001. Et d'ailleurs, insistant en disant : « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». Donc si nous avons procédé à l'élargissement des pays de l'Est très rapidement... 10 pays nouveaux d'un coup en (NDLR : 2004) et 2 autres nouveaux pays en 2007 : la Bulgarie et la Roumanie, c'est parce que les États-Unis l'ont exigé. Qui a appelé les Français à voter « oui » à la Constitution européenne en 2005 ? Qui a dit : « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'UE. De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante » ?

Eh bien la réponse : il s'agit de Mme Condoleeza Rice, qui était secrétaire d'État américaine, donc ministre des Affaires étrangères américaine, interrogée sur le référendum en France. Elle a piétiné tous les usages diplomatiques, puisqu'elle a fait cette déclaration qui est une ingérence grossière dans les affaires intérieures françaises. Et elle l'a faite, de surcroît, alors qu'elle était en visite en Lituanie. C'était le 21 avril 2005, à l'issue d'un entretien avec le président lituanien M. Adamkus.

Donc on voit bien que dans tous les cas de figure, ce sont bien les États-Unis qui définissent quel doit être le périmètre de l'UE, qui font entrer des pays qu'ils estiment devoir faire entrer, etc., etc. Alors on en vient à la deuxième question bête : mais pourquoi donc les États-Unis d'Amérique poussent-ils tellement à la construction européenne ? Parce que, nom d'une pipe, quand je suis à l'école, quand je suis au collège, au lycée, quand j'écoute la télévision, la radio, quand je lis les journaux, quand je lis les professions de foi des uns et des autres, quand j'écoute les hommes et femmes politiques français, je suis convaincu d'une chose.

C'est que la construction européenne – paraît-il – a vocation à faire contrepoids aux États-Unis. Alors si ce que l'on me dit depuis que je suis né est vrai, mais comment se fait-il que les États-Unis poussent tellement à une construction dont l'objectif serait de leur nuire ? Ça n'a pas de sens. Or, comme il est incontestable que ce sont les États-Unis qui poussent à la construction européenne, il y a une seule conclusion logique à en tirer. C'est que ce que l'on vous dit est un mensonge. Et que si les États-Unis poussent à la construction européenne, c'est évidemment que ça les sert. Et que la construction européenne n'a donc pas vocation à leur faire contrepoids.

Sinon, tout ce que je viens de vous dire, toutes ces citations, toutes ces actions des États-Unis n'ont aucun sens. Alors pour comprendre pourquoi les États-Unis poussent à la construction européenne, eh bien il faut regarder un petit peu la stratégie. Et en particulier le stratagème des chaînes, qui est une invention chinoise qui a été étudiée dans toutes les écoles de guerre du monde, y compris aux États-Unis. Les Chinois sont des spécialistes de l'art de la guerre. Vous connaissez l'ouvrage de Sun Zi. Sun Zi qui vivait en -500 et qui a laissé un ouvrage sur la guerre qui est resté très célèbre, très fine analyse avec des préceptes stratégiques qui sont encore étudiés 2 500 ans après.

Mais il y a un autre ouvrage très intéressant qui s'appelle « Les 36 stratagèmes, manuel secret de l'art de la guerre ». On ne sait pas qui l'a écrit. On sait que ça a paru sous la dynastie Ming, c'est-à-dire aux alentours du XVe siècle après Jésus-Christ. C'est en fait le recueil de ruses de guerre qui ont été élaborées au cours des siècles et des millénaires, puisque vous savez que l'histoire chinoise remonte à très très ancien. Ça commence à -2000, -2500. Dans ces stratagèmes, qui sont en partie fondés sur le Yi King : le livre des transformations... Il y en a donc 36. Et celui qu'il est intéressant d'étudier, c'est celui-ci, qui est : « Lián huán jì ».

Lián huán jì, c'est le stratagème des chaînes. C'est le 35e des 36 stratagèmes classiques de l'art chinois de la guerre, définis sous la dynastie Ming. Et que dit ce stratagème ? Eh bien il dit qu'il consiste à pousser un ennemi à s'entraver lui-même – à s'entraver lui-même ! – dans des liens absurdes et autobloquants qui vont lui ôter toute mobilité stratégique et tactique et qui vont l'empêcher de pouvoir se défendre. Alors il y a un exemple qui est expliqué dans l'une des éditions de ces 36 stratagèmes, qui est l'exemple suivant. Nous sommes à l'époque des royaumes combattants.

Et donc il y a deux armées qui sont sur le Yang – c'est un des grands fleuves chinois – qui doivent se battre avec des navires quelques jours après. Et dans le premier camp, le général fait venir l'un de ses conseillers. Et le conseiller lui dit : « Je propose que nous mettions en œuvre le stratagème des chaînes ». Le général dit : « D'accord ». En quoi ça consiste ? Eh bien ce conseiller du camp A va se déguiser en paysan et va aller voir le camp B qui est plusieurs kilomètres en aval sur le fleuve. Il va voir le général comme si de rien n'était. C'est-à-dire il joue les espions. Et le général le reçoit et comme il voit ce paysan qui a l'air assez malin, il lui montre son armada.

Donc le paysan fait semblant d'être très impressionné. « Oh là là ! Vraiment formidable ! ». Et à ce moment-là, l'espion prend un air ennuyé, que le général du camp B note. Il dit : « Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ? ». Et cet espion fait semblant d'être ennuyé en disant : « Écoutez. Tout va très bien. Je vois que vous avez une armée formidable. Simplement, il y a un petit problème. C'est que je trouve que vos navires tanguent beaucoup sur les flots du Yangtsé.

Et moi, si j'avais un conseil, je serais un peu inquiet parce que je crains qu'à cause de ce roulis et de ce tangage, vos marins, vos guerriers ne soient malades pendant toute la nuit et pour livrer bataille demain, qu'ils ne soient pas en état de livrer bataille face à l'armée adverse ». À ce moment-là, le général tombe dans le panneau et dit : « Ah bah oui ! Ça, je n'y avais pas pensé. Mais comment pourrais-je faire ? ». Et l'espion lui dit : « Oh. Moi, j'ai une idée. Mais bon, vous savez... Faites-en ce que vous voulez ». Alors il attire l'attention du général en question, qui le presse en disant : « Qu'est-ce que vous avez comme idée ? ». Et l'espion lui dit : « Voilà !

Moi, je vous suggère une idée. C'est que tous les navires de votre flotte, vous les mettiez tous côte à côte et que vous les ligotiez les uns avec les autres par des chaînes. Comme ils seront tous ligotés les uns aux autres avec des chaînes, ça va faire quelque chose de beaucoup plus stable. Et donc vos guerriers vont pouvoir bien dormir cette nuit. Ils seront frais et dispos pour mener bataille demain. Le général dit : « Quelle idée extraordinaire ! ». Je fais appliquer ça tout de suite. Et donc il décide en effet de ligoter tous les navires les uns à côté des autres par des chaînes puissantes pour stabiliser l'ensemble et que, donc, ces marins et ces guerriers puissent bien dormir.

Et le général dit : « Qu'est-ce que je peux faire pour vous remercier ? ». Le faux paysan dit : « Non, non. Rien du tout. Vous savez, moi... C'était simplement une idée de bon sens ». Et puis il s'en va et il regagne le camp n°A dont il émanait. Et il dit au général : « Ça y est. Le stratagème a marché ». Et que fait à ce moment-là le général ? Eh bien il part avec son armée et il va attaquer les navires. Et comme les navires sont tous ligotés les uns aux autres, ils ont perdu toute mobilité stratégique. Et donc on leur envoie du feu, etc. Et ils ne peuvent pas se défendre, parce qu'ils ont perdu toute mobilité. Et l'armée est complètement détruite.

Voilà l'illustration qu'il y a dans l'une des éditions de ce stratagème des chaînes. Alors c'est un stratagème qui est étudié dans toutes les écoles de guerre. Eh bien c'est son illustration que les Américains ont appliqué à la construction européenne. L'invention de la construction européenne, c'est le stratagème des chaînes. Alors il y a une autre façon de présenter les choses, pour vous présenter de façon plus moderne... Le propriétaire d'une maison individuelle est seul maître chez lui. Lorsqu'il veut repeindre ses volets et changer sa toiture, repeindre – par exemple – l'entrée en couleur bleu lavande, il le fait s'il veut, quand il veut.

Il suffit qu'il ait la volonté, qu'il ait l'argent pour se payer la peinture. Si maintenant, au lieu d'être propriétaire de sa maison individuelle, il est propriétaire d'un appartement dans une copropriété de 6 appartements, alors certes, il peut chez lui changer la couleur dans son appartement. Mais il ne peut plus changer les volets. Il ne peut plus changer la toiture. Il ne peut plus changer la couleur de la cage d'escalier parce qu'il lui faut obtenir l'autorisation des 5 autres copropriétaires. Donc déjà, les choses vont devenir beaucoup plus compliquées. Il va falloir obtenir l'autorisation des 5 autres.

Or, l'être humain étant ce qu'il est, et les Français étant ce qu'ils sont, d'ailleurs, il est bien rare de s'entendre merveilleusement bien avec ses 5 voisins, surtout lorsqu'il s'agit de choisir une couleur, par exemple. Et donc tout va devenir beaucoup plus lent, beaucoup plus compliqué. Et on va se tourner vers le syndic, qui n'habite pas dans l'immeuble et qui est celui qui va trancher les conflits à l'intérieur de l'immeuble. Mais si maintenant, au lieu d'être dans une copropriété avec 6 copropriétaires, on est dans une copropriété avec 27 copropriétaires dans un immeuble, à ce moment-là, plus personne ne décide de rien. Parce que c'est tellement compliqué...

D'ailleurs, les gens ne se connaissent pas. La personne qui habite au 3e, par exemple, connaîtrait bien des amis qui sont à 500 mètres, des parents qui peuvent être même – je ne sais pas – expatriés, un frère expatrié au Japon ou en Australie. Donc elle a des liens avec des personnes situées parfois très loin. Mais en revanche, il peut très bien ne pas du tout connaître le propriétaire du 15e étage. Il n'y a plus aucun lien. Et donc dans ces conditions, c'est le syndic extérieur qui décide de tout. Allons voir comment ça marche pour bien comprendre. Vous avez compris que la métaphore que je présente devant vous... La maison individuelle, c'est un pays indépendant et souverain.

La copropriété avec 6 appartements, c'est l'Europe des 6. Et la copropriété avec 27 appartements, c'est l'Europe à 27. Notez d'ailleurs le génie de la langue française. Dans les années 60, on disait « l'Europe des 6 ». Et maintenant, on dit « l'Europe à 27 ». C'est-à-dire qu'inconsciemment, dans notre inconscient collectif, quand on disait « l'Europe des 6 », c'était une Europe qui émanait de nous. « Des 6 », ça voulait dire qu'on avait le sentiment d'être encore un peu ceux qui voulaient cette affaire. Maintenant, quand on dit « l'Europe à 27 », c'est que c'est un truc qui dépasse la volonté de qui que ce soit. Pour bien comprendre comment ça marche...

Parce que je crois que c'est vraiment important. On est au cœur – au cœur – de l'explication de pourquoi ça ne marche pas, l'Europe, et pourquoi ça ne peut pas marcher. Ça a été conçu par les Américains pour que ça ne puisse pas marcher. Eh bien il suffit de prendre cet exemple d'un grand ensemble de 27 copropriétaires. Plus il y a de monde, plus les intérêts contradictoires se multiplient et plus cela bloque toute décision. Un immeuble à 27... Le propriétaire du rez-de-chaussée veut que l'on change la porte d'entrée qui refroidit le hall, parce que ça le concerne directement. Il habite au rez-de-chaussée. Mais ça, ce sont des travaux. Ça va coûter de l'argent.

Or, les propriétaires des étages supérieurs s'en contrefichent. Ils n'ont pas envie de dépenser leur argent pour changer la porte d'entrée qui refroidit le hall. Quand on habite au 6e, on a envie de dépenser son argent à tout autre chose. Le propriétaire du 2e étage, lui, se plaint des odeurs du vide-ordures qui remontent, mais qui ne concernent pas les habitants des 6e, 7e ou 8e étages. Le propriétaire du 4e étage a des problèmes de canalisation qui ne concernent que lui. Les propriétaires des étages supérieurs, eux, ils veulent rénover l'ascenseur. Évidemment, parce qu'ils l'utilisent constamment.

Mais en revanche, pour le coup, c'est les propriétaires du rez-de-chaussée et du 1e étage qui ne veulent pas dépenser leur argent pour rénover l'ascenseur puisqu'ils ne l'utilisent pas. Et puis vous avez le propriétaire du dernier étage qui veut que l'on rénove toute la terrasse parce qu'il a des infiltrations d'eau dans son salon. Mais ça, tous les autres copropriétaires s'en fichent. Ça va leur coûter très très cher. Ils s'en fichent éperdument que le propriétaire du dernier étage ait des infiltrations d'eau dans son salon. L'argent à dépenser, ils préfèrent le garder pour eux, par exemple pour aller passer une semaine aux Antilles.

On voit donc dans ces conditions où personne n'est d'accord – eh bien – qu'il y a nécessité de mettre tout le monde d'accord. C'est le syndic extérieur à l'immeuble qui doit tout trancher et qui va décider de tout. Alors si vous avez bien compris ça, à la limite, je pourrais arrêter ma conférence parce que vous avez compris le piège de la construction européenne conçu par les Américains, parce que vous avez compris toute la géopolitique dans laquelle nous sommes englués. Remplaçons l'immeuble à 27 par une UE à 27, la France comme propriétaire du 1e étage.

La France, elle veut une monnaie commune pas trop forte parce que la compétitivité de l'économie française n'est pas la même que la compétitivité de l'économie allemande, par exemple. La France, elle veut une Europe française. La France, elle veut une Europe qui protège les acquis sociaux. La France, elle veut une Europe sociale. Elle veut une Europe agricole. La France, elle veut une Europe où l'on parle le français. La France, elle veut une Europe qui s'oppose à l'hégémonie américaine. La France, elle veut une Europe qui coopère avec les pays en voie de développement du Sud. Ça, c'est ce que veut la France. Et beaucoup de Français se disent : « Moi, c'est ça, l'Europe que je veux ».

Presque tous, d'ailleurs. Vous avez tous les responsables politiques qui viennent vous dire : « Moi, je veux une Europe sociale. Moi, je veux une Europe qui fasse contrepoids aux États-Unis ». Ça, c'est tout ce qu'ils viennent vous dire à vous. Mais c'est pas à vous qu'ils devraient dire ça. C'est aux autres peuples. Mais les autres peuples, eux, la veulent tout à fait différemment. Le Royaume-Uni veut démanteler la politique agricole commune. Le Royaume-Uni veut une alliance étroite avec les États-Unis dans tous les domaines. Le Royaume-Uni veut être encore plus proche des États-Unis que ça n'est actuellement.

L'Allemagne, pour son compte, veut une monnaie forte, parce qu'elle a la hantise – c'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'euro finira bien par exploser – de la réédition du scénario de 1923. Ils constatent qu'ils ne peuvent pas avoir la même monnaie que la Grèce, que l'Italie, que l'Espagne. Ils le constatent en ce moment. Ils veulent sortir de l'euro. Ce sont les États-Unis qui les empêchent puisque, comme je le rappelais tout à l'heure, ce sont les États-Unis qui – depuis 1965 – ont exigé qu'il y ait cette monnaie européenne. Vous avez les pays de l'Est : l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie...

Tous ces pays de l'Est veulent la protection militaire américaine. Ils veulent la protection militaire américaine contre la menace russe, parce qu'ils ont peur des Russes. Et on peut les comprendre. Ils ont été pendant plusieurs décennies sous la tutelle de l'Union soviétique. Ils veulent également... D'ailleurs, si nous étions polonais... Pensons aux Polonais. Pendant plusieurs fois au cours de leur histoire, leur pays a été divisé entre l'Allemagne et la Russie. Ils ont donc envie d'avoir des protecteurs. Et jusqu'en 1940, ils comptaient sur la protection du Royaume-Uni et de la France.

Puis lorsque Hitler a envahi la Pologne, eh bien nous, nous sommes à ce moment-là intervenus – comme vous le savez – pour défendre la Pologne. Mais comme vous le savez aussi, nous avons été écrabouillés. Donc depuis cette époque, les Polonais ont constaté que les Français et les Anglais ne pouvaient plus les protéger. Ils veulent donc le parapluie militaire américain. Par ailleurs, ils refusent tous une harmonisation sociale et fiscale avec les pays riches de l'Ouest pour mieux les concurrencer. Et puis ajoutons que le Luxembourg refuse la lutte contre les paradis fiscaux puisque, lui, c'est là-dessus qu'il fonde sa richesse.

Ajoutons que Malte, Chypre et la Grèce ne veulent pas de mesures trop contraignantes contre la pollution maritime puisque les grands armateurs – vous savez – qui ont des navires avec des pavillons de complaisance du Liberia, du Panama, du Vanuatu, eh bien ce sont justement des armateurs grecs, chypriotes, maltais. Nous avons donc exactement la même situation au niveau géopolitique que la situation que je montrais plaisamment au niveau de particuliers dans un même immeuble. Et de la même façon que pour un immeuble, tout ça est réglé par un syndic extérieur, il faut donc un syndic extérieur à l'Europe à 27 qui va décider de tout. Alors la question tombe sous le sens.

Qui est le syndic extérieur à l'Europe à 27 qui a le pouvoir... ? Quelle est la puissance qui a tellement de pouvoir qu'elle peut imposer à l'Europe qui ne s'entend en rien une politique parce qu'il y aura une majorité d'États qui se rangeront à son avis ? Poser la question, c'est y répondre.