L'INTERVIEW AUGMENTÉE DE FRANÇOIS DE RUGY - PRÉSIDENTIELLE 2017
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:00OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir rejoint la primaire socialiste plutôt qu'une primaire écologiste ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Votre programme propose de réduire de 20% le nombre d'élus. Est-ce une priorité pour la démocratie ?
- 5:00OuverteRéponse directe
Comment imaginez-vous la légalisation contrôlée du cannabis ?
- 8:00RelanceRéponse directe
L'Allemagne a échoué à remplacer le nucléaire par des renouvelables. Votre objectif de 100% renouvelable d'ici 2050 est-il réaliste ?
- 11:00OuverteRéponse directe
À quoi ressemblerait la ville idéale et durable selon vous ?
- 14:00OuverteRéponse directe
Comment lutter contre la souffrance animale dans les abattoirs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00François de RugyFait
« Moi j'ai toujours pensé qu'on ne faisait pas de l'écologie tout seul dans son coin. »
- 4:00François de RugyChiffre
« On a plus de 500 000 élus en France. »
- 6:00François de RugyFait
« Si dans une élection, il y avait plus de 50% de vote blanc, on est obligé de la refaire. »
- 10:00François de RugyFait
« Le nucléaire, c'est les déchets nucléaires, c'est la dépendance pour l'approvisionnement d'uranium. »
- 15:00François de RugyPromesse
« Je propose un défenseur des droits des animaux. »
- 18:00François de RugyChiffre
« La France, c'est le pays de l'OCDE dans lequel l'impact de l'origine sociale des élèves est le plus fort dans leur réussite. »
- 29:00François de RugyPromesse
« Je propose qu'on ait le droit de travailler dès qu'on a fait sa demande d'asile. »
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Salut c'est Hugo, j'espère que vous allez bien. On poursuit aujourd'hui l'interview des candidats à la primaire de la gauche. Bonjour François de Rugy.
Bonjour. Merci d'avoir accepté cette interview. Les abonnés de la chaîne ne vous connaissent peut-être pas forcément tous.
Je vais donc vous présenter quand même rapidement. Vous n'êtes pas membre du Parti Socialiste. Vous étiez jusqu'en 2015 membre du parti Europe Écologie Libère, parti que vous avez quitté en 2015 pour former votre propre mouvement, votre propre parti, je ne sais pas comment est-ce qu'on peut appeler ça, mais le parti écologiste avec un point d'exclamation.
Vous avez donc rejoint après le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale et vous participez aujourd'hui, non pas à la primaire d'Europe Écologie Libère, mais à la primaire qui est organisée en grande partie par le Parti Socialiste. Pourquoi ce choix ? Parce que moi j'ai toujours pensé qu'on ne faisait pas de l'écologie tout seul dans son coin.
Donc quand je me suis engagé d'ailleurs, je me suis toujours engagé dans l'idée qu'il fallait travailler avec d'autres. Si on veut faire avancer l'écologie, que ce soit au niveau d'ailleurs associatif, à l'échelle d'une entreprise ou en politique, il faut le faire avec d'autres. Il faut réussir à convaincre des partenaires d'intégrer les enjeux écologiques et de les mettre en œuvre dans les choix politiques.
C'est ce que nous avions fait avec Les Verts, à l'époque c'était Dominique Boisnet d'abord, ensuite avec Europe Écologie Les Verts, notamment avec Cécile Duflo. Et puis brutalement, brusquement, Cécile Duflo a décidé, et puis elle a été suivie par beaucoup de gens d'Europe Écologie Les Verts, de rompre totalement cette stratégie de travail au cœur des institutions, avec le Parti Socialiste notamment, qui était notre allié. Donc vous n'étiez pas d'accord au moment où Cécile Duflo notamment a quitté le gouvernement ?
Voilà. Et donc j'ai constaté qu'il y avait à la suite de cette décision, de ce départ brutal, une suite de position de repli que moi j'ai qualifié de sectaire, parce que je pense qu'à un moment donné c'était vraiment le repli sur soi. D'ailleurs, vous parliez d'une primaire de LV, là typiquement ça n'a rien à voir.
D'un côté, on a un parti qui organise un vote interne élargi à quelques sympathisants, mais ça fait 12 ou 13 000 personnes à la fin. Et là, on a une primaire de la gauche, dite primaire citoyenne, parce qu'elle est ouverte à tous les citoyens, comme celle de la droite, et qu'on peut légitimement penser qu'il y ait 1, 2, 3 millions de personnes qui y participent. On n'est plus du tout, évidemment, à la même échelle.
Et donc ça permet, pour un écologiste comme moi, parce que moi j'ai toujours été écologiste, je suis écologiste, je resterai écologiste, bien de toucher le plus grand nombre. Alors, une partie de votre programme s'intitule « Le progrès par la démocratie ». Or, vous proposez de réduire à 20% le nombre d'élus à tous les niveaux, y compris pour les députés et les sénateurs.
Est-ce que c'est vraiment la priorité pour améliorer la représentation des Français à l'Assemblée et donc améliorer la démocratie ? Je fais plusieurs propositions en matière de démocratie. Je propose aussi la proportionnelle aux législatives, évidemment le non-cumul des mandats, évidemment la parité à tous les échelons, mais aussi une journée référendum une fois tous les deux ans, un rendez-vous référendum où on puisse inscrire des sujets soit à l'initiative des parlementaires, du gouvernement, ou à l'initiative aussi des citoyens.
Et puis, oui, je propose de réduire le nombre d'élus de 20%, pas à 20% parce que là, c'est pas beaucoup, mais de 20% à tous les échelons. Parce qu'aujourd'hui, si on additionne tous les élus locaux, nationaux, on a plus de 500 000 élus en France. Et je crois qu'à un moment donné, il faut envoyer un signal clair que le système politique, mais plus largement d'ailleurs, politico-administratif, – C'est une question obligée ? – Non, c'est un signal de réforme.
On est capable de se réformer. Le système politique est capable de se réformer. On ne peut pas, nous les élus, appeler à des changements, à des réformes dans le domaine écologique, dans le domaine économique, social, d'organisation des entreprises liées aux nouvelles technologies, et dire, quand il s'agit du système politique, ah non, non, là, pas touche au nombre d'élus, pas touche au nombre de niveaux de collectivité, pas touche au cumul des mandats, pas touche à ceci ou à cela.
Donc c'est un signal que je propose de donner de façon claire et qui, par ailleurs, oui, peut permettre de faire de ces cas. – Alors on poursuit sur votre vision de la démocratie. Aujourd'hui, le taux d'abstention lors de certaines élections, comme les élections régionales, européennes notamment, reste très élevé.
Dans votre programme, il est prévu d'inscrire une reconnaissance du vote blanc et d'annuler une élection si la majorité des électeurs votent blanc. Est-ce que c'est vraiment suffisant, cela dit, pour vous, pour réduire l'abstention, notamment chez les jeunes ? Et sinon, qu'est-ce que vous proposez pour permettre aux jeunes de s'impliquer davantage ? – Là aussi, ça va de pair.
C'est une proposition qui s'imbrique avec une autre, qui est le vote obligatoire. Donc moi, je propose une mesure qui peut paraître assez radicale, de dire qu'il y a une abstention de masse, en tout cas, qui ne cesse d'augmenter, élection après élection. À chaque soirée électorale, la plupart des élus, des candidats pleurent sur l'abstention et disent « quel malheur démocratique de voir cette abstention ».
Et ensuite, ils ne font rien. Et pour cause, parce que pour beaucoup d'élus, ça les arrange qu'il y ait beaucoup de citoyens qui s'abstiennent, notamment les jeunes, mais aussi ceux qui ont le plus de difficultés économiques et sociales. Et comme ils s'abstiennent, ils ne revendiquent rien.
Donc comme ils ne revendiquent rien, les politiques que l'on fait, elles oublient une partie de la population. Elles oublient, entre guillemets, bien sûr. Et donc, moi, je propose de réinscrire tout le monde dans le jeu démocratique.
Et c'est finalement restaurer le suffrage universel, en tout cas le caractère vraiment universel du suffrage qui est à la base de la République française, de la démocratie telle qu'on la conçoit en France. Et évidemment, la contrepartie, c'est la reconnaissance pleine et entière du vote blanc. Et quand je dis ça, je dis en effet, si dans une élection, il y avait plus de 50% de vote blanc, on est obligé de la refaire. – Ce qui est assez peu probable en général. – Oui, mais aujourd'hui, il arrive qu'il y ait beaucoup d'élections où il y a plus de 50% d'abstention et on ne la refait pas ensuite. – Alors, vous proposez, là, on va rentrer vraiment dans le cœur de votre programme, après l'aspect sur la démocratie, vous proposez d'expérimenter pendant 5 ans la légalisation de l'usage et de la commercialisation contrôlée du cannabis pour voir ce que ça donne, quitte si c'est un échec, à revenir aux règles actuelles.
Comment est-ce que vous imaginez cette légalisation ? Est-ce que ça veut dire qu'on pourrait acheter du cannabis dans les bureaux de tabac comme on peut acheter une cigarette et fumer un jour dans la rue sans problème ? J'imagine que non.
Mais du coup, comment est-ce que vous imaginez cette légalisation ? – Si vous imaginez assez bien avec le bureau de tabac, moi j'en ai parlé d'ailleurs avec les représentants des buralistes, et d'ailleurs ils me disent vous savez qu'on est dans l'hypocrisie la plus totale, puisque dans un bureau de tabac, moi je ne suis pas fumeur d'aucune cigarette, pas plus le joint que la cigarette, mais ils me disent dans un bureau de tabac, on vend tout ce qu'il faut pour faire un joint sauf le cannabis. C'est quand même la grande hypocrisie déjà sur la réalité de la consommation qui n'a jamais été aussi élevée en France.
On nous dit en gros la prohibition, parce qu'en France on est sous le régime de la prohibition qui permet de lutter contre la consommation, notamment chez les jeunes, c'est l'inverse, il n'y a jamais eu autant de consommateurs. Et puis par ailleurs, il y a surtout un enjeu de sécurité, qui est qu'aujourd'hui la criminalité organisée, la délinquance organisée, l'argent du crime, il vient principalement du trafic de cannabis. – Alors sur l'environnement maintenant, forcément un axe fort de votre programme, sur l'énergie par exemple, vous voulez parvenir à une production électrique issue à 100% d'énergie renouvelable d'ici à 2050.
C'est assez ambitieux, si on regarde vers l'Allemagne, en 2011, les Allemands ont décidé de sortir très rapidement du nucléaire pour se tourner vers les énergies renouvelables. Ils n'ont pas réussi à développer suffisamment vite les énergies renouvelables et pour compenser, ils se sont retrouvés, vous le savez, obligés de consommer plus de charbon, qui est pourtant l'une des sources d'énergie les plus polluantes. Est-ce qu'on ne risque pas d'aller trop vite en se fixant ces objectifs-là ?
Et comment est-ce qu'on s'assure de ne pas aller trop vite là-dessus ? Alors moi, je propose de faire en effet 100% d'énergie renouvelable d'ici 2050, c'est-à-dire en 35 ans, à l'échelle d'une génération. D'ailleurs, en France, le nucléaire s'est imposé, comme l'énergie ultra-dominante pour la production d'électricité, à peu près sur le même temps.
Donc il s'agit de faire un basculement. Pourquoi ? Pour les raisons écologiques, bien sûr.
Et il ne s'agit surtout pas, contrairement à ce qui peut être fait dans d'autres pays, d'avoir à la place du nucléaire du thermique, charbon, fioul ou gaz. Il s'agit de développer des énergies renouvelables pour une question écologique. Le nucléaire, c'est les déchets nucléaires, c'est la dépendance pour l'approvisionnement d'uranium.
Quand certains politiques disent que le nucléaire, c'est l'indépendance de la France, c'est complètement faux. On est obligé, malheureusement, de s'alimenter au Niger ou dans quelques pays dont on est dépendant. Et puis, développer des énergies renouvelables, c'est développer des activités économiques.
C'est développer des entreprises qui existent déjà. Les technologies, elles existent déjà. Elles ne demandent qu'à se développer.
C'est développer, évidemment, des emplois. Et là, sur notre territoire français, en exploitant les potentiels de la France qui sont très variés. On a la chance d'être un pays où il y a du soleil, où il y a du vent, où il y a de la forêt, où il y a l'utilisation de l'énergie hydroélectrique, de la biomasse, etc.
Les déchets verts ou les déchets agricoles qui peuvent être aussi transformés en biogaz. On a plein de potentiels qui sont aujourd'hui sous-exploités. Pourquoi ?
Parce qu'on a eu une espèce de chape de plomb en France qui s'appelait nucléaire. Pour poursuivre un peu sur cette question, votre programme évoque beaucoup les transports et la végétation en ville. À quoi ressemblerait finalement pour vous, pour demain, la ville idéale, la ville durable, idéale ?
La ville idéale, d'abord, c'est à chacune et chacun de la construire. Ce n'est pas aux politiques d'avoir un modèle et de vouloir l'imposer. Je ne demande pas un plan de la ville avec eux.
Ou alors il faut jouer à City et puis inventer la ville, l'éco-ville, l'éco-ville idéale. Mais plus concrètement, aujourd'hui, on le sait, il y a de plus en plus de gens partout dans le monde qui vivent en ville, y compris en France, ou qui vivent dans ce qu'on appelle le périurbain, c'est-à-dire autour des villes, de tailles différentes, bien sûr. Et donc, il faut que cette vie en ville, elle soit agréable, il faut qu'elle soit de qualité, la qualité de vie en ville.
Aujourd'hui, on se rend compte qu'il n'y a plus une coupure entre la nature, c'est à la campagne et à la ville, c'est que le béton. Il y a une aspiration, il y a déjà des réalités de nature en ville et beaucoup d'habitants des villes, ils veulent avoir cette qualité de vie et ils veulent avoir une présence diversifiée de nature en ville. Et donc, c'est ça que je propose de développer avec des mesures concrètes, comme il en existe en plus déjà dans certaines villes.
Et il ne s'agit souvent que de généraliser des pratiques qui ont été faites souvent au niveau expérimental. Un sujet dont on entend de plus en plus parler ces derniers mois, c'est celui de la condition animale. Les vidéos d'abattoirs qui ont circulé sur les réseaux sociaux, beaucoup de jeunes les ont vues.
Qu'est-ce que vous pouvez faire, qu'est-ce que l'État peut faire pour lutter contre la souffrance des animaux, en particulier dans les abattoirs ? Alors, c'est vrai que la question de la condition animale, si on peut dire, de la lutte contre la maltraitance animale, la souffrance animale, est un enjeu qui aujourd'hui est davantage pris en compte. Je pense qu'on peut en effet remercier des associations qui, parfois avec des opérations un peu coup de poing ou des vidéos-chocs, ont contribué à faire cette prise de conscience.
Les écologistes étaient souvent bien seuls et on était moqués d'ailleurs parce qu'on a pourtant réussi à avancer sur le statut de l'animal, pour que ce soit plus un objet ou une chose comme ce meuble, mais que ce soit un être vivant reconnu comme tel, sur les conditions animales, y compris dans les élevages. Et il faut aller plus loin. Moi, je propose un défenseur des droits des animaux, qu'il y ait, comme il y a un défenseur des droits, mais que ce soit une autre démarche appliquée à la condition animale et qui là aussi est très variée.
On pense aux animaux d'élevage parce que c'est ce qui est peut-être de plus visible ces derniers mois ou ces dernières semaines, mais il y a aussi l'animal dans la ville. Et là aussi, beaucoup de gens aujourd'hui ont des animaux de compagnie, il y a des animaux sauvages, il y a des animaux semi-sauvages, des chats, par exemple, etc. Et personne ne s'en préoccupe.
Il y a très peu de municipalités qui ont une politique de l'animal dans la ville. Et pourtant, il faut absolument le faire. C'est peut-être justement assez difficile parce qu'on est dans un cadre, dans un cercle privé, entre guillemets, et c'est peut-être difficile pour une municipalité d'aller là.
Et l'animal dans la ville, il est sur l'espace public. Et donc, il faut le prendre en compte comme tel. Alors, on va parler maintenant d'éducation.
Et c'est une question que je pose à quasiment tous les candidats qui sont venus ici pour répondre à mes questions. La France, c'est le pays de l'OCDE dans lequel l'impact de l'origine sociale des élèves est le plus fort dans leur réussite. Donc autrement dit, la France, c'est le pays où votre réussite scolaire est la plus impactée par vos origines, pour faire simple.
Comment faire pour parvenir à une réelle méritocratie et tacler finalement ces inégalités ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut pas se contenter de défendre l'existant. Si on se contente de dire l'école républicaine française, c'est un modèle et il faut défendre tel que c'est, ne rien changer, ni dans l'organisation, ni dans l'organisation des cours, ni dans la façon de faire cours, à ce moment-là, on aura les mêmes résultats qui vont continuer et qui vont en s'aggravant.
Alors que je crois que les Français sont vraiment attachés à cette idée que l'école permet de s'émanciper, y compris de son milieu social d'origine et que ça peut être un facteur de progrès social individuel. Et en plus, en France, on dépense beaucoup d'argent pour l'éducation nationale. On ne peut pas dire que ce soit une question de moyens, même s'il y avait eu sous Sarkozy notamment les suppressions de postes et qu'on a rééquilibré depuis 2012.
Est-ce que c'est des moyens qui sont mal placés ? – Moi, ma conviction, je suis petit-fils d'instituteur, fils d'enseignant, je ne le suis pas moi-même, donc je connais peut-être les avantages et les inconvénients du système éducatif français et peut-être aussi un peu l'arrière-cours, si on peut dire. Je pense qu'il faut qu'on ait une réflexion plutôt à l'échelle de l'établissement scolaire, de l'école, du collège, du lycée qu'à l'échelle nationale.
Si on dit au niveau national, si moi j'étais élu président de la République demain et je dis j'ai une grande réforme et je vais l'imposer de haut en bas, c'est à mon avis l'échec garanti. – Est-ce que c'était déjà une certaine autonomie finalement des écoles, des lycées ? – Oui, en tout cas, moi, je propose qu'on fasse confiance à l'innovation, à l'expérimentation, qu'on récompense, ça c'est concret, récompenser l'innovation, l'expérimentation à l'échelle de l'établissement scolaire.
Ça ne veut pas dire que chaque établissement fait ce qu'il veut et qu'il devient autonome par rapport à l'éducation nationale, mais ça veut dire que les enseignants, avec les personnels de direction et aussi avec les intervenants extérieurs et même parfois avec les parents qui veulent s'impliquer, on réfléchit ensemble à quels sont les problèmes qu'on rencontre dans notre établissement, comment on peut y remédier, comment on peut faire en sorte que les élèves qui décrochent soient de nouveau dans le bon train et ainsi de suite. Et là, ils cherchent les moyens, certains le font déjà, ça marche, et je vous propose que ce soit le système scolaire français qui fonctionne comme ça et qu'on récompense ça au lieu aujourd'hui, au mieux, le système est neutre, ça veut dire y compris potentiellement salarialement parlant, c'est-à-dire que si un enseignant s'implique davantage, je pense, je fais partie de ceux qui pensent que les enseignants en France ne sont pas très bien payés, que ce serait logique qu'ils soient mieux rémunérés, mais c'est donnant-donnant. Par exemple, on peut imaginer au collège, on sait très bien que la réforme du collège a permis d'avancer, mais qu'un de ces maillons faibles, c'est qu'on n'a pas demandé aux enseignants d'être davantage présents dans le collège.
Ça ne veut pas dire forcément faire plus de cours, faire plus d'heures de cours, qui là, deviendrait trop lourd, mais être davantage présents, avoir du coup une organisation qui le permette, eh bien ça, ça mériterait évidemment une rémunération complémentaire pour ceux qui le font. Alors, on change totalement de sujet, on va parler justement de sécurité et de terrorisme. Vous souhaitez recruter ce que vous appelez des éducateurs spécialisés dans la lutte contre la radicalisation.
Aujourd'hui, il existe déjà des centres de déradicalisation qui viennent d'ouvrir récemment en France. En quoi ces éducateurs spécialisés sont distingués ? Oui, c'est un des maillons, là aussi, de la chaîne de lutte contre le terrorisme.
Mais aujourd'hui, les éducateurs, éducateurs de rue, il y en a encore, même si les gens croient que ça n'existe plus, eh bien ils n'ont pas eu du tout de formation pour faire face à cette nouvelle, à ce nouveau défi qui est la radicalisation d'un certain nombre de jeunes. Donc là, la déradicalisation, c'est quand on a déjà constaté la radicalisation, voire il y a des gens qui ont déjà été, qui ont fait l'objet de procédures judiciaires. Tandis que là, ce que je propose, c'est qu'en amont, les éducateurs et qu'un certain nombre soient spécialisés et des formations pour détecter les processus de radicalisation et y faire face pour, avant même que les gens soient pris dans une radicalisation fatale, en quelque sorte, parce que quand ça vous amène à aller partir à l'étranger, à vous engager dans des guerres dans lesquelles vous pouvez laisser votre vie ou revenir ensuite en France avec des projets terroristes, il est déjà trop tard.
Du coup, c'est des éducateurs, pardon, qui interviennent dans quel cadre ? C'est-à-dire qu'ils ne sont pas dans le centre de déradicalisation ? Ils vont directement sur le terrain, soit parce qu'ils y sont présents dans des endroits où on sait qu'il y a déjà un certain nombre de profils, soit parce qu'ils seraient appelés par d'autres collègues éducateurs qui diraient « on a des doutes, on ne sait pas trop comment faire face », que des personnels spécialisés puissent venir.
Une question sur l'économie maintenant, une partie de votre programme s'intitule « Le progrès par l'économie ». Vous dites, cessons de véhiculer l'idée que les nouvelles formes de l'activité ne seraient que des contraintes ou des menaces pour les salariés, elles correspondent aussi souvent à une aspiration. Aujourd'hui, il y a de nouveaux services qui améliorent la vie du consommateur, mais beaucoup de travailleurs indépendants sont aussi confrontés à la précarité, sont souvent mal payés, n'ont pas de sécurité sociale.
On a vu cette semaine le mécontentement des chauffeurs Uber, on profite beaucoup nous de l'aspect pratique et économique de cette plateforme, mais il y a aussi du côté des travailleurs certaines difficultés. Comment faire en sorte que ces nouvelles activités économiques, on parle d'ubérisation, ces nouveaux services bénéficient à tous ? Déjà, moi je veux sortir de l'approche caricaturale.
Encore sur l'histoire des chauffeurs Uber, on peut avoir des gens qui vont nous dire que c'est formidable, que d'ailleurs il faut tout uberiser, donc à un moment il fallait uberiser la politique, etc. Ça ne veut rien dire, mais ça permettait de dire que c'était le modèle indépassable et ça allait tout révolutionner, qu'il n'y aurait plus de salariés demain, c'est complètement ridicule, caricatural et ce n'est pas souhaitable. Mais il y a aussi des gens qui pouvaient vous dire ou qui le disent peut-être encore, qu'il faut supprimer tout ça et qu'on va revenir au bon vieux temps et le bon vieux temps du monopole des taxis par exemple, mais on pourrait le dire dans d'autres domaines.
Ça aussi c'est aberrant et moi je ne souhaite pas, je le dis aussi clairement, qu'on revienne en arrière. On ne va pas revenir en arrière sur l'utilisation des nouvelles technologies, on ne va pas revenir en arrière sur la création d'un certain nombre d'activités, donc on améliore les cadres existants où on crée de nouvelles protections, moi je ne dis pas une chose concrète, c'est que les gens qui travaillent indépendants, quel que soit leur statut, parce qu'il y a plusieurs statuts d'indépendants, aient droit à des allocations chômage, qu'ils puissent avoir un système de calcul d'allocations chômage et que quand ils cotisent pour cela, ils aient, si leur activité cesse, une protection alors qu'aujourd'hui ils n'en ont pas. Si vous faites le statut d'auto-entrepreneur, auto-entrepreneur c'est plutôt une bonne chose, mais on voit bien que, évidemment, c'est une faible protection, et bien moi je propose qu'il y ait cette allocation chômage.
Et vous n'êtes pas favorable, il me semble, au revenu universel, il apparaît pour beaucoup comme une solution justement face à cette supérisation, face au fait qu'on va cumuler les petits travaux précarisés, etc. Qu'est-ce que vous en pensez, pourquoi ne pas en penser au revenu universel ? Mais là aussi, il y a deux approches en fait, les gens quand ils parlent de revenu universel, ils ne parlent pas de la même chose.
Nathalie Kosciusko-Morizet ou Frédéric Lefebvre, qui sont de droite, ils sont pour le revenu universel, mais le revenu universel qui vient remplacer tout le reste. Donc on supprime tout, la retraite, l'allocation chômage, les allocations logements, tout ça, et on des allocations familiales, et on dit, oui mais attendez, là on dit en effet ubérisation, c'est-à-dire on dit on vous donne 500 euros par mois, puis après vous débrouillez, vous allez faire des petits boulots, et comme ça l'économie tournera bien. Puis il y en a d'autres qui vont dire, ça se rajoute à tout l'existant.
C'est un peu Benoît Hamon qui est un peu là-dessus, parce que quand on lui demande concrètement si on enlève le reste, il dit, ah non, non, non, on touche pas à la retraite, non, non, non, on touche pas aux allocations chômage. C'est pas sérieux. Qui va trouver le financement ?
Même Benoît Hamon, il reconnaît que c'est 300 milliards d'euros, la moitié de ce que coûte la protection sociale en France, tout confondu. Donc c'est pas sérieux. Moi je dis, là il faut quand même qu'on parle de choses concrètes.
Oui, améliorer le système des allocations, le simplifier, le clarifier sur les droits que l'on a. On a déjà progressé par rapport aux jeunes, garantie jeunes, des choses comme ça, mais on ne va pas promettre un revenu universel pour tous qui n'est pas financé. Bon, une question sur la crise des réfugiés maintenant.
Vous proposez la mise en place d'un parcours d'accueil avec des ateliers destinés à intégrer, à donner une instruction civique et une activité aux réfugiés qui arrivent en France. Réussir à accueillir tout le monde dans ces conditions, est-ce que c'est possible lorsque l'on voit en France toutes les difficultés qu'ont posées 3 000 migrants à Calais ? Alors, je ne dis pas moi qu'on peut accueillir tout le monde et dire demain, s'il y a 500 000 personnes qui veulent arriver, on les accueille.
S'il y en a 1 million, on les accueille. Ça ne serait pas responsable, on ne se préoccuperait pas de l'après, du jour d'après. Même les Allemands qui n'ont pas de déficit budgétaire comme nous, etc., ils ont eu quand même quelques difficultés dans le jour d'après.
Donc, il faut évidemment accueillir avec une capacité à s'occuper des personnes qui rencontrent des difficultés en arrivant en France. Ce que je propose, c'est non seulement ce parcours d'accompagnement, d'accueil, notamment sur la langue française, l'apprentissage de la langue française. Tous les pays d'émigration le savent.
La question clé, c'est de maîtriser la langue le plus vite possible. Puis l'autre question clé, c'est le travail. Et moi, je propose qu'on ait le droit de travailler dès qu'on a fait sa demande d'asile, si on est un demandeur d'asile.
Alors qu'aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Et c'est évident que du coup, c'est un facteur de difficulté pour accéder au logement, pour accéder à un niveau de vie correct. Et c'est un facteur de travail au noir.
Et on dépend des aides sociales, etc. Tandis que si on avait le droit de travailler tout de suite, moi, je pense que ce serait un facteur d'intégration. Une dernière question.
C'est une question que je pose à tous les candidats qui viennent répondre à mes questions ici. Ma génération a voté pour la première fois à l'élection présidentielle en 2017. Qu'est-ce qui doit lui donner raison, selon vous, de croire encore en la politique aujourd'hui ?
Moi, je crois que l'écologie, c'est une raison. Il y en a d'autres. Mais pour moi, c'est une bonne raison parce qu'on parle souvent des générations futures.
C'est quelque chose d'un petit peu théorique dans les discours. C'est concret. En effet, une génération qui a 18 ans aujourd'hui, cette année 2017.
Moi, je propose d'ailleurs dans mon programme, ce n'est pas ce qui est évidemment le plus mis en avant, mais c'est qu'on réfléchisse à mi-mandat sur quelle serait la France en 2035. Pourquoi en 2035 ? Parce que c'est 18 ans après.
C'est-à-dire des gens qui naîtraient là en 2017. Quelle est la France qu'on est prêt à bâtir et dans quelle Europe, dans quel monde ? Parce que c'est interdépendant.
On sera amené à vivre 18 ans plus tard. Il y a des choses qui sont à l'échelle d'une génération, des défis qui sont à l'échelle d'une génération. Et c'est le cas pour moi du défi écologique au sens large.
Que ce soit le climat, que ce soit la biodiversité, que ce soit la qualité de l'air, la qualité de l'eau, la qualité de l'alimentation. C'est des défis qu'on peut relever et qui, évidemment, dont les bénéficiaires seront les générations futures. Mais là, pour le coup, quel que soit leur âge, peut-être que c'est encore un peu plus motivant pour des jeunes.
Bon, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup François Brugier d'avoir répondu à mes questions. Si cette vidéo vous a plu, pensez à déposer un maximum de pouces bleus et à vous abonner si ce n'est pas encore le cas.
Vous pouvez être notifié des prochaines vidéos en cliquant sur la petite cloche qui est à côté du bouton abonner pour être notifié des prochaines interviews et des prochaines vidéos de décryptage qui sont publiées sur la chaîne. Un grand merci à Grégoire Lefebvre, Yannis Amzali et Léo Boxelet qui ont bossé avec moi sur la préparation de cette interview, à Haptown Prod qui a produit cette vidéo. Merci au Tank, l'espace de coworking à Bastille qui nous accueille aujourd'hui et merci aussi à Blog Press Agency.
N'hésitez pas aussi, je mets dans la description le programme de François Brugier et tout un tas de liens pour en savoir plus là-dessus. N'hésitez pas à en débattre, bien sûr, dans les commentaires. On va suivre attentivement la suite de la campagne avec attention.
Merci beaucoup. Merci. Et nous, de notre côté, on se dit à très vite.
François De Rugy