Clémentine Autain : "Il faut un Premier ministre issu du Nouveau Front Populaire"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili. L'invité politique, c'est Clémentine Autain, député de Seine-Saint-Denis. Votre invité pour démarrer, en quelque sorte, mon cher Jean-François Aquili. Bonjour Jean-François.
Bonjour à vous Clémentine Autain. Bonjour Jean-François Aquili. Soyez la bienvenue. Je ne dirai sûrement pas au revoir, a déclaré François Bayrou au kitchen d'info hier. Il pense que ça peut bouger, qu'il y a un trou de fourmi. Qu'est-ce que vous lui dites ce matin au Premier ministre ?
Qu'il prend ses rêves pour des réalités. J'ai écouté le Premier ministre, c'était fastidieux et j'ai entendu un disque rayer. Tout le monde sait qu'à partir du 8 septembre, c'est terminé pour François Bayrou. Donc maintenant, la question qui est devant nous, c'est quelle suite ? Et je veux me concentrer sur cette suite et pas commenter un Premier ministre qui est de toute façon en train de préparer ses cartons.
Terminé, vous dites, la messe est dite. Il ne vous a convaincu sur rien, même pas sur l'urgence de la dette, François Bayrou.
Il m'a convaincu sur une phrase. Si le gouvernement est renversé, on changera de politique. Ah, c'est la seule chose que vous avez... C'est une phrase d'accord que j'ai avec François Bayrou et je pense que c'est une bonne nouvelle de se dire qu'on peut arrêter la catastrophe dans laquelle ce gouvernement, après d'autres, nous plonge aujourd'hui. Et ce n'est pas simplement un chaos budgétaire, chaos budgétaire qu'ils ont fabriqué, Jean-François Akili. Parce que là, il essaye de nous faire passer un choix politique pour de la fatalité. Et il essaye de se déresponsabiliser.
Vous contestez tout ce qui est de l'ordre du constat, la dette, les 44 milliards d'euros d'économie nécessaires pour essayer de rentrer dans les clous ? Je... Oui. Pour vous, ça n'existe pas.
Si. Je dis que les Français n'ont pas à payer le trou budgétaire qu'ils ont créé en démultipliant les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux ultra-riches.
Il dit que ça date de 1974, que toutes les formations politiques, tous ceux qui ont gouverné successivement en alternance ont tous creusé le trou en question.
Depuis 2017, le trou est abyssal. Mais si on prend sur 10 ans, M. Akili, sur 10 ans, c'est 450 milliards d'euros de recettes fiscales en moins. Donc ce que je reproche à ce gouvernement, c'est sans arrêt d'aller chercher à diminuer les dépenses publiques, c'est-à-dire moins pour nos hôpitaux, moins pour nos écoles, moins pour nos transports publics, moins pour la transition écologique, et de laisser tranquille ceux qui ont le plus, les plus fortunés, dont non seulement les dividendes explosent quand il s'agit des multinationales, ou qui s'enrichissent quand ce sont les ultra-riches. Vous savez, à quel pourcentage se sont enrichis les milliardaires ces dernières années en France ?
C'est de l'ordre de 8 à 10% par an. Il est là, le scandale, et c'est ce tabou, ce dogme que François Bayrou ne veut pas faire.
Je reviens, je ne suis pas l'avocat de François Bayrou, mais je reviens sur ce qu'il a dit devant la C.
Quant à la dette, je veux bien qu'on en parle.
On va parler tout ça, on rentre dans le détail. Ce qu'il a dit devant la CFDT mardi dernier, il a dit un effort spécifique pour les hauts revenus, je veux bien qu'on en discute. Il parle aussi de suppression de certaines niches fiscales, et il veut rééquilibrer les aides aux entreprises, les fameux 211 milliards d'euros qui sont versés tous les ans. Il est prêt à discuter là-dessus, il est même prêt à n'avoir qu'un seul jour férié, voire même discuter sur tout. Pourquoi ne pas y aller et essayer de discuter avec lui ? C'est ma question.
D'où ma proposition. Je propose au Président de la République de faire un référendum de sortie de crise et de soumettre aux Français trois mesures pour remettre notre budget à flot et pour arrêter de faire payer à ceux qui ont le moins leur choix politique. Un référendum ? Trois mesures. Un référendum simple sur les recettes et des recettes fondées sur la justice fiscale. Vous savez, c'est ce que les Français attendent. De la justice fiscale.
Ça, c'est un référendum, les gens seront d'accord, de toute façon, pour faire payer les hauts revenus, tout le monde est d'accord là-dessus.
Alors, on a un problème budgétaire, on n'a pas de problème budgétaire. On veut le résoudre pour 2026, on ne veut pas le résoudre. Moi, je vous dis qu'avec la taxe Zuckman, sur les multinationales, l'idée toute simple que les multinationales paient en France autant d'impôts que les entreprises françaises, en rapport avec leur chiffre d'affaires en France. Et troisièmement, la fin des aides aux entreprises sans aucune contrepartie ni sociale ni environnementale. Vous serez peut-être d'accord avec moi que quand nous donnons 298 millions d'euros d'aides publiques en 2023 à ArcelorMittal, et qu'en 2025, ils ferment des usines, ce n'est pas acceptable.
Monsieur Jean-François Achilly, vous serez d'accord avec moi ?
C'est ce qu'il faut réformer, un suivi des aides aux entreprises.
Et vous serez aussi d'accord avec moi qu'il n'est pas acceptable que François Pinault, d'accord, ou Bernard Arnault paient en proportion de leur revenu deux fois moins d'impôts de taxes et de cotisations sociales que la majorité des Français. Ce n'est pas acceptable, il faut que ça cesse. Donc la justice fiscale, il faut l'inviter dans ce débat. Et je regrette d'ailleurs qu'hier, il y a eu plus d'une heure d'interview, une seule question sur les mesures de recettes fondées sur la justice fiscale. Faisons ce référendum. Les Français, demandons aux Français s'ils sont d'accord pour faire face à la difficulté budgétaire et au chaos social qu'ils ont organisé par de la justice fiscale.
La taxe de Zuckman, le rendement c'est quoi ? 15 milliards ?
Entre 15 et 25 milliards.
La dette française c'est 3 345 milliards, c'est presque, je presque ai envie de vous dire...
Ça ne marche pas comme ça, monsieur Achilly.
D'accord, mais ce qu'a dit François Bayrou hier soir, c'est « vous allez faire fuir tout le monde ». C'est faux. C'est la phrase qu'il a dit hier soir. Bien sûr, c'est faux.
D'abord c'est faux. Et je dois dire que les mensonges de monsieur Bayrou, répétés en boucle, me fatiguent. Et sont une insulte, d'abord à ce moment que nous traversons, où nous avons besoin d'un débat fondé sur des vérités. Et deuxièmement, ça contribue à masquer des choix politiques pour les transformer en inéluctabilité.
Et sur la taxe Zuxman, vous avez également un risque d'inconstitutionnalité, vous le savez. Les deux sont faux. Vous savez... Ah bon ?
Sur l'exil fiscal...
Le prélèvement sur les patrimoines, trop bas, considéré comme confiscatoire.
C'est faux. Absolument faux. Mais non. La taxe foncière, elle est confiscatoire ? Non. Elle n'est pas confiscatoire. Et vous savez qu'il y a dans notre constitution l'égalité devant l'impôt. Quand vous avez des ultra-riches qui paient moins d'impôts que ceux qui ont le moins, vous avez un problème d'égalité devant l'impôt. Donc la constitutionnalité est un argument idéologique pour rejeter cette taxe, qui est une taxe qui permet d'empêcher que les ultra-riches contournent l'impôt. Quant à l'exil, je le redis, les études en sciences sociales sont claires et nettes. Il y a une étude qui a été faite, et elle a été publiée par Gabriel Zuckman, encore hier, en répondant à M. Bayrou.
L'étude, elle a été faite sur la taxe Zuckman. Si elle est à 1%, mettons, moi je la souhaite bien plus haute, mais même à 1%, vous savez combien disent qu'il pourrait partir ? C'est moins de 2% des milliardaires. Donc c'est résiduel. Donc arrêtons de raconter n'importe quoi.
Clémentine Autain, le 8 septembre au soir, qu'est-ce qu'il faut un Premier ministre ? Quel Premier ministre ? Si Emmanuel Macron nomme, je ne sais pas, moi, Gérald Darmanin, puisqu'il y en a beaucoup de questions, il a fait des appels du pied hier à Tourcoing, qu'est-ce que ça change ? Ça ne change pas de politique. Qu'est-ce qu'il faut ? Il faut un Premier ministre du gauche ?
Si c'est M. Darmanin, au moins les choses sont claires, ça ne change pas de politique. Olivier Faure. Olivier Faure, un candidat, en tout cas un Premier ministre issu des rangs du Nouveau Front Populaire, c'est ce qu'aurait dû faire le Président de la République depuis juillet 2024, où le Nouveau Front Populaire est arrivé en tête, rassemblant 9 millions d'électeurs et d'électrices contre toute attente. Donc la logique institutionnelle, depuis lors, c'était de nommer, à l'époque Lucie Casté, et aujourd'hui encore, de nommer une personnalité du Nouveau Front Populaire.
Vous dites 9 millions d'électeurs, mais si je regarde les chiffres au premier tour des législatives de 2024, le Rassemblement National c'est 10 millions et demi, donc c'est au-dessus des 9 millions. Et si vous additionnez le socle commun des électeurs d'Emmanuel Macron et de la droite dite traditionnelle, vous êtes aussi à 9 millions et demi. Nous avons les trois blocs, en quoi vous êtes plus légitime que d'autres ? Non mais c'est une question que je vous pose. Vous mettez l'arithmétique en avant.
L'arithmétique de l'Assemblée Nationale.
En quoi vous êtes plus légitime ?
Attendez, l'arithmétique, c'est le fait que notre coalition est la plus importante des trois blocs dont vous parliez, à l'Assemblée Nationale. D'accord ?
Je parle des normes d'électeurs. Clémentine Autain, pourquoi ce ne serait pas vous qui seriez Premier ministre de la France ? Pourquoi aller chercher un homme ? Pourquoi pas une femme aujourd'hui ?
Pourquoi pas une femme ? C'est Emmanuel Macron qui va choisir qui est Premier ou Premier ministre. Vous y pensez ou pas ? Je pense surtout à comment nous trouvons des solutions au plus vite pour les Français. À comment nous sommes capables à gauche de cesser les invectives entre les uns et les autres pour nous remettre en ordre de marche et être l'issue progressiste au chaos qu'ils ont constitué. Voilà mon engagement. Voilà ce pourquoi je me bats.
Vous avez vu le résultat de notre enquête de rentrée. IFOP fiduciale pour Sud Radio. 7 Français sur 10. 69% pessimistes face à l'avenir. Ils en ont marre. Ça concerne aussi, eh bien désormais, les catégories aisées. Les électeurs d'Emmanuel Macron, les jeunes, tout le monde déprime dans ce pays. Notamment du fait du spectacle de la politique aujourd'hui. Au fond, vous ne pensez que, quand je dis vous, c'est les politiques en général, tout bord confondu, à l'élection présidentielle. Il n'y a que ça aujourd'hui. C'est le seul moteur.
L'élection présidentielle... C'est ce qui bloque tout. Oui, alors ça je suis bien d'accord. Et moi je me bats contre l'hyperprésidentialisme. Et je suis d'ailleurs pour une sixième république qui nous sorte de ce système institutionnel où l'élection d'un seul à la tête de l'État qui a un pouvoir disproportionné et qui d'ailleurs peut écraser la volonté populaire, écraser la majorité du Parlement. Ça je pense qu'en effet, il est temps d'en finir.
Les invectives, quand vous entendez votre ancien mentor Jean-Luc Mélenchon, dans le genre invectives, il se pose là aussi. Oui, il fait partie de ce que vous dénoncez aujourd'hui. Cessez les invectives, vous dites.
Oui, je pense qu'il faut cesser les invectives. Jean-Luc Mélenchon ? De toute part, bien sûr. Aujourd'hui à gauche, et je me mets dans la tête d'un électeur ou d'une électrice du peuple de gauche, quand il allume sa télévision, il a envie de voir autre chose. Un espoir est né avec le nouveau Front populaire et depuis un an, nous n'avons pas été à la hauteur. Mais maintenant, il n'est pas temps de se lamenter, il est temps de se ressaisir. Et c'est pourquoi j'appelle, avec mon mouvement L'Après, à ce que toutes les forces du nouveau Front populaire se retrouvent autour d'une table pour dessiner ce chemin pour les Françaises et les Français.
Pour conclure, Clémentine Autain, je vous pose une question très personnelle. Je mets tout ça de côté. Clémentine Autain, je vous parlais de Matignon. Pourquoi est-ce que vous ne seriez pas vous candidate à l'élection présidentielle ? Je dis bien que c'est trop tôt, mais les gens regardent ça de façon un petit peu effrayée. Et si on changeait de logiciel, pourquoi pas une femme candidate à l'élection présidentielle ? Il n'y a quasiment pas de candidature féminine aujourd'hui, il n'y a que des messieurs.
C'est évident que la place des femmes en politique est un sujet sérieux et qui doit être pris à bras-le-corps à gauche. Vous pourriez vous engager vous-même ? Je l'ai dit, je m'engagerais, si nous arrivons, à mettre sur pied une primaire des gauches et des écologistes. Je serais dans ce cadre candidate.
Merci à vous, Clémentine Autain, Patrick Roger.
Merci à vous.
Jean-François Aquili et Clémentine Autain. On va débriefer, tiens. Je voudrais savoir ce que pensent les auditeurs qui vous ont entendus tout à l'heure, enfin à l'instant, sur ce choix. Et puis sur le pessimisme ambiant des Français 7 sur 10 qui sont pessimistes pour l'avenir de leurs enfants, notamment avec les préoccupations autour des prix, autour de la santé, la délinquance aussi, nous y reviendrons. Et puis cette menace du chaos. Je voudrais bien savoir aussi comment c'est perçu de l'étranger. Quand la France, les plus hauts responsables qui vous parlent d'un chaos en France, qui était un grand pays, où en est-il, ce grand pays ? Nous allons voir ça dans un instant.
Françoise Degoy, Robert Ménard, et puis vous, 0826 300 300. Sous-titrage Société Radio-Canada
Clémentine Autain