Johanna Rolland sur l'abstention : "On ne répond pas à un problème politique par des réponses techniques"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et c'est la suite de ce 7-9 spécial au lendemain du second tour des élections régionales avec Léa Salamé. Nous recevons maintenant la maire PS de Nantes, porte-parole du PS pour la présidentielle. Johanna Roland, bonjour. Bonjour. Merci d'être à notre micro. Pour commencer, arrêtons-nous sur l'abstention massive. Hier soir encore, en dépit d'un micro-frémissement de la participation, on est à 66%, ce qui reste considérable. Il n'y aura donc pas eu de sursaut de la part des électeurs qui se seront massivement détournés des urnes aux deux tours de l'élection. Comment l'expliquez-vous, Johanna Roland, des intérêts pour ce scrutin-là ?
Campagne marquée par le Covid, programme peu lisible, peu attirant, crise démocratique profonde. Quel élément choisissez-vous dans cette liste ?
Crise démocratique profonde, en premier lieu, à l'évident. Je crois que qui ne sème pas, ne récolte pas, j'allais dire. Si on regarde les choses objectivement, une grande faiblesse de la pédagogie sur le contenu de ces élections départementales et régionales. Regardez hier soir, qu'est-ce qui a été commenté sur les élections départementales ? À quel moment on a parlé handicap, pauvreté ? Une confusion d'alliances à géométrie variable. On perd évidemment une partie des électeurs quand on est confus. Des responsables politiques qui donnent parfois l'impression de se parler plus qu'à eux-mêmes que de ne parler aux habitants.
Et un gouvernement qui a été incapable d'organiser le niveau d'information minimum correct pour ce scrutin, ce qui constitue quand même une faute démocratique et politique majeure. Ensuite, je pense que cela vient aussi interroger la décentralisation telle qu'elle est aujourd'hui. Quelle clarté pour cette décentralisation ? Et puis j'ai entendu ici ou là tous les débats techniques, vote par procuration, vote par correspondance. Bien sûr qu'on peut le regarder, bien sûr qu'il y a des choses à améliorer. Mais moi je suis convaincue qu'on ne répond pas à un problème politique par des réponses techniques. Et puis il y a deux interpellations pour la gauche plus particulièrement.
Alors on y va sur les résultats. Me semble-t-il, c'est le niveau d'abstention chez les classes populaires et chez les jeunes. 75% en tout cas au premier tour pour les classes populaires et plus de 82% chez les jeunes. Ça nous donne une responsabilité supplémentaire je trouve.
La gauche justement, alors vos résultats, primo sortant dans cinq régions. Le PS garde la Bretagne, le centre Val-de-Loire, la Bourgogne-Franche-Comté, l'Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine. Et remporte une région, la Réunion. C'est d'ailleurs la seule région qui bascule. J'imagine que l'ambiance était bonne au PS hier. Mais en même temps, est-ce qu'il y a de quoi fanfaronner quand on voit le taux de participation ? Et au fond, ce que disait Roland Lescure de La République En Marche, la maxi prime au sortant.
D'abord je pense que personne ne peut fanfaronner quand il y a un tel niveau d'abstention. En revanche, est-ce que ce qui s'est passé hier soir est une bonne nouvelle pour la gauche et les écologistes ensemble ? Oui bien sûr. Moi je pense que c'est une bonne nouvelle parce que c'est une nouvelle d'espoir. Quand on regarde le score de Carole Delga en Occitanie, qui fait le maigre score du pays. Ce matin, tout le monde parle de Xavier Bertrand, de Valérie Pécresse pour des raisons qu'on comprend bien. Mais quand même, n'oublions pas ce qui s'est passé hier soir. Nos régions ce sont les lycées, la transition écologique, l'ETR, des sujets du quotidien extrêmement importants.
Elle était seule, je vois bien la vidéo. On y va, on y va. C'est la grande question qui se pose sur le fond. Je vais faire une nuance et puis une réponse sur le fond si vous voulez bien. La nuance c'est que... Attendez, Nicolas va expliquer pourquoi.
Oui, c'est ça, parce que Carole Delga, vous avez raison, triomphe avec 58%. Nouvelle-Aquitaine, victoire à 40% pour Alain Rousset. Dans ces deux régions, voilà le contexte. Le PS se lançait sous ses propres couleurs. Et il fait mieux que dans les régions où toute la gauche partait unie. On l'a vu dans ce deuxième cas dans les Hauts-de-France avec la liste de Carimadelli et au second tour en Ile-de-France avec la liste Bayou, Pulvar, Autun. Idem en Pays-de-Loire où la liste gauche unie est très nettement distancée par la LR Christelle Morancé qui l'a emportée. Alors voilà, justement, quelle leçon en tirer quant à l'union de la gauche ?
L'évidence qui veut que la gauche gagne quand elle est unie est-elle aussi évidente ce matin ?
Une nuance. Quand on dit les choses comme ça, on le dit à partir des étiquettes. Pourquoi je dis ça ? En Occitanie, ok, il n'y a pas d'accord d'appareil entre l'EPS et ELV. Est-ce que ça empêche Carole Delga d'avoir des écologistes dans son équipe ? Pas du tout. Carole Delga avait, dès le premier tour, un certain nombre d'hommes et de femmes écologistes. Elle a reçu le soutien de José Bové. Ma conviction personnelle, c'est que l'avenir de la gauche, c'est de construire un espoir collectif qui passe par le rassemblement. Nous en avons fait l'expérience au municipal.
Quasiment dans toutes les grandes villes, les socialistes n'ont pas gagné sans les écologistes et les écologistes n'ont pas gagné sans les socialistes. C'est la réalité politique d'aujourd'hui et on l'entend sur le terrain.
Non mais ce n'est pas le cas au régional. Pardon. La ligne fixée par le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui est une ligne qui est celle que vous défendez ce matin, privilégiant l'union de la gauche avec ELV et parfois même avec les insoumis, est-elle à revoir ?
Je ne partage pas cette analyse qui dit que ce n'est pas vrai au régional. Pourquoi ? Centre Val-de-Loire, c'est vrai. Bourgogne-Franche-Comté, c'est vrai. Occitanie, je viens de vous dire, pas d'accord autant de l'étiquette, mais des écologistes, des femmes et des hommes écologistes sur la liste. Le soutien de José Bové, il n'y a pas photo. Celles et ceux qui gagnent sont celles et ceux qui engrangent cette dynamique. Mais surtout, on ne fait pas des alliances que pour gagner. Pourquoi la gauche doit continuer à se rassembler ? Mais parce que la transition écologique, c'est la responsabilité de cette génération à laquelle j'appartiens.
On a eu toute la semaine dernière les fuites sur le rapport du GIEC. On ne va pas faire comme si on ne savait pas que cette question était urgente. J'ai entendu beaucoup dire dans cette campagne, l'urgence écologique rassemble et transcende les clivages. C'est faux, archi faux. Modèles alimentaires, modèles de production, organisation de l'aménagement du territoire, rapport à des géants comme Amazon ou pas, le clivage gauche-droite sur ces questions existe. La République En Marche ne prend pas ses responsabilités. Regardez le niveau de faiblesse du projet de loi de climat. Donc si on doit se rassembler, ce n'est pas simplement pour gagner.
C'est parce que les questions de fond du monde de demain, celui qu'on veut laisser à nos enfants, nous oblige à cela.
La question est de savoir à gauche qui est en pôle position pour rassembler, qui va être moteur et qui va avoir l'incarnation. Les écologistes ne remportent certes aucune région, mais c'est ceux qui augmentent le plus. Ils ont quasiment doublé leur score par rapport à il y a 6 ans. Est-ce que ça les met en pôle position à gauche par rapport au PS ?
Je crois que cette question est prématurée. Bien sûr qu'elle viendra. Elle viendra parce que la présidentielle, c'est la rencontre entre un homme ou une femme et un pays. Mais c'est aussi la rencontre entre les souffrances des Français, leurs aspirations, et un projet désirable, souhaitable, possible. Je crois que notre combat, le combat de la gauche, il ne peut pas se résumer à la course vers l'élection, la course vers l'isoloir, presque le complexe de l'isoloir, j'ai envie de dire. On est à 10 mois quand même.
Ça fait 4 ans que vous répétez ça. Là, on est à 10 mois de la présidentielle. La droite est en train d'avoir...
Mon expérience de maire sur le terrain, c'est de revendiquer que oui, on commence par le projet. Bien sûr qu'il faudra rassembler. Et oui, il y a des hommes et des femmes à gauche qui auront les qualités pour incarner. Je n'en doute pas une seule seconde. Le résultat d'hier soir quand même, c'est qu'on nous prédisait un duel écrit d'avance, La République En Marche, Rassemblement National, et que la démonstration est faite que cet espoir à gauche, il existe, il peut exister à nous de le construire et de le transformer collectivement.
Une dernière question, Johanna Roland, pour la présidentielle. Que faut-il à gauche, une candidature unique, des alliances ? Et puis, Anne Hidalgo, vous semble-t-elle aujourd'hui la candidate naturelle de votre famille ?
Oui, je crois qu'Anne a à l'évidence toutes les qualités pour porter ce projet social-écologique qui doit se conjuguer avec des propositions sur l'économie, sur l'emploi. Ce que nous disent les Français, c'est qu'est-ce que vous allez nous dire pour avoir des emplois non délocalisables ? Elle a à l'évidence ces qualités.
Elle doit porter le projet ? Elle doit porter l'incarnation ?
Vous savez, elle a lancé une démarche qui, à la fois, s'appuie sur les territoires, ce qu'elle appelle l'équipe de France des maires, et ouverte à la société civile. Moi, je crois que cette démarche, elle doit porter quelque chose, mais je le redis, à mon sens, dans une logique de rassemblement.
Eh bien, merci, Johanna Roland, maire PS de Nantes, porte-parole du Parti Socialiste pour l'élection présidentielle. Merci d'avoir été au micro de France Inter dans le cadre de ce 7-9 spécial que nous consacrons aujourd'hui à l'élection régionale, aux élections départementales.
Johanna Rolland