Écologie : l’angle mort des médias ?
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Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:38OuverteRéponse directe
Pourquoi a-t-il fallu attendre des événements climatiques extrêmes pour que les médias s'emparent massivement du sujet ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est enfin la bonne manière de traiter le climat ou est-ce qu'on est encore dans la dictature de l'événement ?
- 6:39OuverteRéponse directe
Quel est votre regard sur la séquence médiatique que nous vivons depuis le mois de mai ?
- 6:44OuverteRéponse directe
Ces canicules, est-ce qu'on en parle plus, mieux ?
- 9:36OuverteRéponse directe
En 2023, le sujet n'occupe que 3% de l'espace médiatique. Qu'en est-il aujourd'hui ?
- 10:10OuverteRéponse directe
On y viendra après, mais sinon de faire un état des lieux.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:03InvitéFait
« la couverture de cet été des questions environnementales, elle est extrêmement paradoxale, parce qu'on nous invoque souvent le caractère anxiogène, et c'est ce qu'on a pu entendre dans l'extrait de Don Tlookoff, le caractère anxiogène de l'actualité environnementale, comme une excuse pour ne pas en parler »
- 5:23InvitéChiffre
« Pendant l'été, au fur et à mesure des différentes canicules et des feux de forêt qu'on a pu constater, on a eu des pics de couverture à hauteur de quasiment 20% de l'audiovisuel français »
- 5:43InvitéFait
« on parlait surtout du constat et du fait que ce soit grave, mais pas des solutions et pas des causes »
- 10:02PrésentateurChiffre
« En 2023, le sujet n'occupe que 3% de l'espace médiatique. »
- 10:13InvitéFait
« L'état des lieux quantitatif, il n'a pas drastiquement évolué. On est plutôt sur une stagnation de la couverture au long cours avec des faibles reculs ou avancés. »
- 10:25InvitéChiffre
« on a vu une division par deux de la couverture médiatique des questions environnementales entre la fin de l'année 2025 et les municipales »
- 11:03InvitéFait
« on a une couverture médiatique extrêmement dépendante de l'actualité chaude, mais de ce qu'on subit plutôt que de ce qu'on anticipe »
- 11:27PrésentateurChiffre
« Donc là, en 2025, on est à 4,9% de temps d'antenne, c'est ça, sur les enjeux environnementaux ? »
- 12:27InvitéFait
« les médias font aujourd'hui partie des verrous à la transition écologique »
- 22:17PrésentateurChiffre
« Quelle est la particularité de ces deux chaînes sur le plan du traitement des questions environnementales ? »
- 24:01InvitéChiffre
« en termes d'occurrence, on a à peu près 1K toutes les 30 minutes de temps d'antenne de désinformation sur CNews et 1K toutes les 20 minutes sur Sud Radio »
- 26:00InvitéChiffre
« en termes de cas de mésinformation, ils sont à plus de 50% prononcés par des journalistes et des membres de la rédaction »
- 31:05InvitéFait
« on a eu en 2022 un grand mouvement de plans de formation dans les rédactions »
- 31:17InvitéFait
« beaucoup de rédactions ont arrêté les formations aux enjeux environnementaux depuis »
- 31:24InvitéFait
« on se retrouve en 2026 avec beaucoup de formations environnementales qui ont été substituées par des formations aux enjeux de l'intelligence artificielle »
- 31:47InvitéFait
« on est supposé respecter la charte de Munich avec les droits et les devoirs des journalistes »
- 33:40PrésentateurChiffre
« le changement climatique ne se classe qu'à la septième position avec une hausse de 5 points de mai à juin, soit de 14 à 19% »
- 36:01InvitéChiffre
« Adrien Bilal l'économiste qui dit que d'ici la fin du siècle il y a vraiment la moitié du PIB au niveau mondial qui va être détruite par le changement climatique »
- 36:17InvitéFait
« on lit et on voit que ça augmente comme ça fait chuter les rendements agricoles »
- 39:57Locuteur non identifiéFait
« les condamnations de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris et de Nicolas Sarkozy dans les affaires du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 »
- 42:06Locuteur non identifiéFait
« le président qui commettrait un génocide, un crime contre l'humanité, un crime de guerre ou un crime d'agression resterait pénalement responsable devant la cour pénale internationale quoi qu'il ait agi en qualité de président »
Temps de parole
- Invité27 %
- Invité 222 %
- Invité 318 %
- Présentateur18 %
- Locuteur non identifié8 %
- Locuteur non identifié 22 %
≈ 1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour et bienvenue dans le magazine du week-end. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30. Écologie, l'angle mort des médias. Une émission préparée par Jeanne Delecroix, réalisée par Grégory Wallon à la technique Nicolas Leroulet. Nos derniers invités du jour ont fait une découverte assez impressionnante dans l'espace. L'astronome, le docteur Randall Mindy et la doctorante, mademoiselle Keik Dibiaski sont parmi nous. Soyez les bienvenus. Dites-nous ce que vous avez découvert.
Eh bien, j'étais en train d'observer des explosions d'étoiles. J'ai vu quelque chose que je n'ai pas reconnu tout de suite. C'était une comète. Une traite. Elle se dirige droit vers la Terre. Et elle va sans doute la percuter.
Je trouve ça passionnant, une explosion d'étoiles. Je ne savais pas qu'elles explosaient. Alors, la comète, on parle de quelle taille ? Elle pourrait détruire une maison, c'est une possibilité ? Eh bien, la comète Dibiaski, ce sera son nom officiel, mesure à peu près... Elle porte son nom ? Oui, le nom. Mais c'est génial, quel honneur. Toutes mes félicitations.
La comète mesure entre 6 et 9 km de large. Alors, elle... C'est gros. Elle endommagera toute notre planète.
Pas qu'une seule maison. La planète entière, alors. Et quand ça arrivera, est-ce qu'elle pourrait percuter une maison en particulier qui est sur la côte du New Jersey, celle de mon ex-femme ? Et ça m'arrangerait. Qu'est-ce que vous arrangerez ? Vous entendez à merveillez, ça suffit, oui. Écoutez, pour être franc... Non, ça suffit maintenant. D'accord, mais pour être franc, j'ai entièrement payé cette maison. Alors, je trouve que c'est quand même...
Excusez-moi. Vous trouvez qu'on n'a pas été assez clair ? On est en train d'essayer de vous dire que notre planète est sur le point d'être détruite.
D'accord, euh... Eh bien, en fait, c'est notre manière de faire ici, vous savez. On dédramatise les mauvaises nouvelles. C'est vrai, ça aide à faire passer la pilule, je trouve. Et d'ailleurs, en parlant de pilule, demain, nous allons recevoir...
Qu'est-ce que vous faites que la destruction de l'intégralité de notre planète, c'est pas censé être fan ? Peut-être même que c'est une information plutôt terrifiante et perturbante.
Oh non, s'il te plaît, fais pas ça.
Et que toutes les nuits, on devrait pleurer sans arriver à fermer l'œil. Vu qu'on est sûr.
Extrait tristement célèbre et réaliste de Don't Look Up, déni cosmique sorti en 2021. Alors y a-t-il, comme dans le film, un déni médiatique ? Pourquoi a-t-il fallu attendre des événements climatiques extrêmes pour que les médias s'emparent massivement du sujet ? Et lorsque l'écologie entre dans le débat médiatique, pourquoi est-elle si souvent abordée sous l'angle de la polémique, plutôt que sous celui des faits scientifiques ? Pour en parler avec nous, Eva Morel, cofondatrice et secrétaire générale de l'association Cota Climat, pour plus de climat dans les médias. Bonjour.
A vos côtés, Marine Lamoureux, grand reporter à la Croix-L'Hebdo, spécialisée dans les enjeux de transition écologique et sociale et à distance. Claire Nouvian, on a un petit problème de connexion, mais on devrait la récupérer. Figure de l'activisme écologique, fondatrice et directrice générale de l'association de protection des fonds marins Bloom. Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. D'abord, votre regard sur la séquence médiatique que nous vivons depuis le mois de mai et le choc de cette première canicule précoce. Est-ce que c'est enfin la bonne manière de traiter le climat ou est-ce que l'on est encore dans la dictature de l'événement, Marine Lamoureux ?
Moi, je trouve que c'est quand même intéressant de voir que la couverture est large, qu'elle est variée, qu'elle est diverse aussi parce qu'il faut des médias différents qui parlent de là où ils se trouvent, avec un pluralisme. C'est vraiment important. Évidemment, quand on suit ces questions depuis une dizaine d'années comme moi, on se dit que ça a un peu tardé, vraiment cette prise de conscience générale des médias sur l'importance de ces sujets, sur le fait que c'est finalement au cœur de toutes nos politiques publiques. Je pense qu'on va en parler pas mal dans l'émission. Ce n'est pas un sujet à côté, ce n'est pas une rubrique.
L'environnement, en fait, ça irrigue absolument tous nos modes de vie. Ça irrigue les politiques publiques. Ça parle de notre rapport au monde, en fait. Et peut-être que c'est ça qui est en train d'être vraiment pris en compte. C'est une prise de conscience. Après, je nuancerai quand même en disant que, heureusement que les médias ne se sont pas saisis de ce sujet à l'occasion de cet été terrible. Bien sûr, je trouve qu'en France, depuis la COP21 notamment, depuis 2015, depuis l'accord de Paris, on avait quand même, petit à petit, une montée en puissance du traitement de ces sujets écologiques. Donc voilà, la réalité est peut-être un peu plus nuancée. Eva Morel ?
J'aurais peut-être un regard un petit peu plus négatif sur la situation, mais je pense que c'est le rôle de mon association. Nous, on trouve que la couverture de cet été des questions environnementales, elle est extrêmement paradoxale, parce qu'on nous invoque souvent le caractère anxiogène, et c'est ce qu'on a pu entendre dans l'extrait de Don Tlookoff, le caractère anxiogène de l'actualité environnementale, comme une excuse pour ne pas en parler, puisqu'il ne faudrait pas alarmer le grand public, il ne faudrait pas le paralyser. En revanche, quand l'actualité est au paroxysme de ce caractère anxieux, on la couvre de manière à saturer le traitement médiatique.
Pendant l'été, au fur et à mesure des différentes canicules et des feux de forêt qu'on a pu constater, on a eu des pics de couverture à hauteur de quasiment 20% de l'audiovisuel français, dont la presse était aussi extrêmement saturée. Donc ça veut dire qu'on en parlait énormément. Par contre, quand on regarde de quoi on parlait, on parlait surtout du constat et du fait que ce soit grave, mais pas des solutions et pas des causes. Et c'est là que finalement le caractère paradoxal est visible, puisqu'en fait on en parle pour constater le désastre, mais pas nécessairement pour donner des clés d'action.
Et la deuxième chose qui est assez paradoxale aussi, c'est qu'on pourrait se dire que c'est le moment où on va enfin saisir l'urgence et continuer au long cours à parler de comment est-ce qu'on pourrait s'adapter. Et en fait, ce qu'on constate, c'est que dès lors que les événements deviennent un petit peu moins urgents, c'est-à-dire dès lors qu'on a une fin de canicule, même s'il y en a une prochaine qui est annoncée dans une semaine, le jour d'après, on a des plus faibles taux de couverture quantitatifs, c'est-à-dire qu'on va avoir des taux qui passent de 19% à 3%. Donc ça veut dire qu'on n'a pas forcément d'apprentissage collectif de ce qu'on devrait faire pour se sortir de la situation.
Claire Nouvian, je crois qu'on a récupéré la connexion. Oui, c'est vrai. Ouf ! Vous m'entendez ? Alors, on fait un premier tour de table. Quel est votre regard sur la séquence médiatique que nous vivons depuis le mois de mai ? Et donc, ces canicules, est-ce que c'est bien ? Est-ce qu'on en parle plus, mieux ? Ou est-ce qu'on est encore dans la dictature de l'événement, selon vous ?
Eh bien, je pense qu'on est dans les deux. C'est-à-dire que oui, maintenant que la catastrophe nous touche de plein fouet, on voit qu'il y a quand même une peur partagée. On a ça en partage, maintenant. Ça y est, ça va être notre lot commun. Parce que cet exceptionnel va devenir la norme. Et en même temps, évidemment, on est dans la dictature du court terme. Comme vous dites, tout l'événement. Je ne sais plus quelle était votre formule. Mais oui, on fait du commentaire, c'est normal. L'information a pour objectif de nous informer. Seulement, nous informer de ce qu'il se passe à la minute près, c'est très bien.
Mais si on n'agit pas sur les causes de ce qui est en train de se passer, on va être condamné à ne faire que du commentaire désespéré, en fait, de cette catastrophe climatique en cours, cet effondrement, en tout cas, de la stabilité de la biosphère qu'on a connue pendant au moins les 12 000 dernières années. Donc, il est important d'équilibrer les plateaux, les discussions médiatiques entre, en effet, l'événement, c'est-à-dire l'actualité, l'information, et en même temps, des réflexions sur ce qui nous arrive, sur le temps qu'on a passé, les décennies d'alertes qui ont été ignorées, et les solutions systémiques.
Parce que si on n'applique pas de façon systémique des solutions à l'emballement climatique, c'est ce qu'on propose avec notre loi d'urgence climatique.
Et d'ailleurs, j'ai sous les yeux, effectivement, votre appel.
Vous voyez, en fait, pendant la deuxième canicule, alors que c'était vraiment difficile, alors moi, je vis sous les toits, donc la polémique, justement, autour de la vie sous les toits, je vous dis, elle m'a vraiment touchée, parce que j'ai dû quitter mon domicile, ça fait deux mois que je ne peux pas vivre dans mon appartement, et donc, à ce moment-là, c'était la deuxième canicule, je me suis dit, si on continue comme ça, je pense que je vais faire une dépression, en fait, si on n'a pas une discussion globale, collective, sociétale, sur la façon d'empêcher que la chose n'empire. C'est-à-dire que la situation est dramatique, elle nous a...
Enfin, on a perdu des proches, je pense qu'on en est tous là.
Bien sûr, je rappelle juste, c'est l'appel décent pour une loi d'urgence climatique et la reconnaissance du crime de globicide. De globicide, c'est ça ? De globicide, pardon.
Alors, il y a plusieurs choses, c'est qu'on doit, en fait, aujourd'hui, la situation est dramatique, mais ce n'est rien par rapport à ce que nous avons en partage à l'avenir. Ce qui nous est promis, c'est le gouffre. Donc, la situation est déjà dramatique, mais ça ne va faire qu'empirer. Donc, on ne peut pas empêcher la situation telle qu'elle est aujourd'hui. C'est-à-dire que ce qu'on a aujourd'hui, ce qu'on voit dans le monde, comme des règlements climatiques, ça va être ce qu'on a en partage.
D'où l'importance du rôle des médias. Eva Morel, c'est lors de la campagne présidentielle de 2022 que vous constatez un manque de visibilité médiatique de la crise écologique. À cette époque, vous êtes assistante parlementaire et vous cofondez l'association Côte à Climat avec Anne-Lise Vernière et Lola Morel. Mais vous avez besoin de données chiffrées et décidez donc de vous associer à plusieurs autres organisations comme Data for Good ou encore Expertise Climat pour créer l'Observatoire des médias sur l'écologie. En 2023, le sujet n'occupe que 3% de l'espace médiatique.
Qu'en est-il aujourd'hui, de manière générale, sans rentrer dans le détail des médias en question, on y viendra après, mais sinon de faire un état des lieux.
L'état des lieux quantitatif, il n'a pas drastiquement évolué. On est plutôt sur une stagnation de la couverture au long cours avec des faibles reculs ou avancés. Il y a deux choses marquantes, je dirais, sur l'année. La première, c'est qu'on a vu une division par deux de la couverture médiatique des questions environnementales entre la fin de l'année 2025 et les municipales. Ce qui veut dire qu'au moment où on prend des décisions démocratiques qui nous engagent sur les années à venir, et notamment les municipales, c'est des élections qui font état de discussion sur des leviers locaux comme l'alimentation, la mobilité, la végétalisation, le transport décarboné.
On a couvert moins ces sujets au moment du vote. Et donc, on ne peut pas s'attendre à ce que cette information, elle soit prescriptrice de programmes davantage ambitieux ou d'une meilleure montée en compétence des élus locaux ou des élus nationaux. Ça, c'est une première chose. Et puis, la deuxième chose que je commençais à toucher du doigt tout à l'heure, c'est qu'on a une couverture médiatique extrêmement dépendante de l'actualité chaude, mais de ce qu'on subit plutôt que de ce qu'on anticipe. Et ça, c'est quelque chose qui va à rebours de notre besoin de planifier la transition et de mettre en place des leviers de long terme.
Et on constate qu'en fait, on a une actualité médiatique qui suit l'actualité politique plutôt que qui la dicte ou en tout cas qui l'incite. Et c'est quelque chose qui est extrêmement délétère pour l'action politique et l'action citoyenne.
Donc là, en 2025, on est à 4,9% de temps d'antenne,
c'est ça, sur les enjeux environnementaux ? On est, c'est ça, à 84,9%. En moyenne, sur l'audiovisuel, c'est un petit peu plus sur la presse écrite. Ce qui est intéressant, c'est de voir que la presse écrite est moins soumise à l'actualité chaude que l'audiovisuel, qui a des pics de couverture beaucoup plus importants quand il va y avoir des chocs. Mais par contre, au long cours, la presse écrite va courir plutôt à hauteur de 6% ces questions environnementales, avec des grosses disparités aussi entre la presse nationale et la presse régionale, où la presse nationale va beaucoup plus couvrir ses sujets que la presse régionale.
Ce qui est intéressant en matière de capacité à toucher la population, parce qu'on sait que l'information de proximité, elle est beaucoup plus à même de nous toucher dans notre quotidien, dans nos modes de vie, et nous faire comprendre par x ou y anecdotes ou initiatives que c'est quelque chose qui pourrait aussi nous embarquer. Donc voilà, ces disparités sont aussi illustratrices de comment est-ce qu'on pourrait se concerner en tant que citoyen. En préparant cet entretien,
vous nous avez dit les médias font aujourd'hui partie des verrous à la transition écologique. Pourquoi, Eva Morel ? Qu'est-ce qui bloque ?
Quand on parle de verrous, on a souvent en tête le verrou politique, le verrou économique, mais souvent, le verrou informationnel, il apparaît moins. Nous, ce qu'on a coutume de dire, c'est que l'information, elle est performative. C'est-à-dire que si je parle d'un sujet, si je considère que l'actualité intègre la question environnementale, je vais davantage analyser dans la prise en charge de la dimension politique ou économique et donc inciter les élites, notamment, à accouvrir ces sujets.
Et aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que les journalistes, parce qu'ils sont plutôt en train de répondre à la manière dont l'actualité apparaît à eux, plutôt que de considérer que l'actualité est malléable et d'intégrer l'environnement dans cette actualité, on considère que, finalement, ils participent à cette boucle de rétroaction négative où moins on en parle, moins on en parle, et moins on considère que c'est l'actualité, moins on le priorise dans les conférences de rédaction, etc.
On a beaucoup de journalistes qui nous disent que quand il s'agit de faire des choix en conférence de rédaction, la question environnementale, souvent, elle peut être dépriorisée par des sujets qui paraissent plus être de l'ordre de la fin du mois plutôt que de la fin du monde. Et finalement, quand les deux se rejoignent, on est démunis.
Oui, on peut ajouter, en plus, des biais aussi, sociologiques, et puis une concentration des médias de plus en plus inquiétante. Je me tourne vers vous, puisque nous avons une journaliste, Marine Lamoureux. Cette émission s'intitule Écologie, angle mort des médias. Pour vous, ce n'est pas vraiment le cas, finalement ?
Non, moi, je trouve que c'est un constat sévère. Après, évidemment, de là où je parle, en presse écrite, dans un journal qui est extrêmement mobilisé sur ces questions, évidemment, je suis peut-être un des contre-exemples, mais on n'est pas les seuls, heureusement. Il y a des grands journaux qui ont des pages planètes, qui font des numéros spéciaux, des numéros solutions. Il y a quand même un gros travail, à mon avis, qui est fait. Alors, évidemment, aussi, j'ai peut-être un angle de vue très axé sur la presse écrite, mais je suis souvent ravie de voir que par rapport à il y a encore quelques années, on est capable, justement, d'anticiper ce que vous disiez, Eva Morel.
En fait, on a cette capacité à ne pas seulement suivre l'actualité chaude. Et nous, c'est vraiment, à la croix, c'est absolument fondamental de réfléchir à ces sujets, à tel point qu'on a décidé, en 2025, de s'organiser au niveau de toute la rédaction.
Oui, j'allais y venir, vous formez, vous avez formé tous vos journalistes.
Voilà. En fait, l'idée, c'était de se dire, encore une fois, ça ne peut pas être une rubrique à part. On ne peut pas avoir un ou deux ou trois journalistes spécialisés. Il faut absolument que tous les journalistes endossent cette dimension qui est, on l'a vu avec cet été, qui est scientifique, qui est économique, qui est évidemment politique, vous le disiez, par rapport aux élections municipales. Et les présidentielles arrivent. Donc, c'est fondamental. Donc, on a formé l'ensemble de la rédaction.
On nous a fait aider par quatre experts, climatologues, naturalistes, avocats spécialistes du droit, notamment, c'est ça ?
Oui, on a été jusque-là. C'est-à-dire qu'on s'est fait accompagner par des personnalités extérieures pour qu'elles nous aident à faire mieux, pour qu'elles nous critiquent. Donc, c'est Valérie Masson-Delmotte, la climatologue, c'est Arnaud Gossman, l'avocat spécialisé sur ces questions, Benjamin Alegrini et Cécile Renoir, pour les citer tous. Et c'était extrêmement fructueux, en fait, de pouvoir discuter avec eux toutes les six semaines. Ça porte ses fruits ? Vous voyez une différence ?
Oui, ça porte ses fruits parce que toutes les six semaines, on se réunit et donc pas seulement avec les journalistes qui suivent les questions environnementales, mais avec des représentants de tous les services, y compris culture, y compris politique. Et on réfléchit ensemble à ce qui va venir, à l'actualité qui vient. Là, évidemment, dans nos prochaines réunions, on va évidemment parler de la manière dont on étaye la population sur la prévention des feux, sur la reconstruction. On va aller regarder aussi si ce qui s'est passé, notamment en Gironde, qui est absolument dévastateur, est-ce que ça va donner lieu à des réponses qui seront simplement de court terme, d'adaptation rapide ?
Est-ce qu'on va replanter des pains ? Ou est-ce qu'on va vraiment avoir pris en compte le fait qu'il faut une adaptation de long cours qui nous protège réellement ? Et puis, pour rebondir sur ce que disait Claire Nouvian, effectivement, je pense qu'il y a un piège médiatique qui arrive. Nous, j'espère qu'on va y échapper. Je ne suis pas inquiète. Mais sur certains médias, je pense qu'on va vouloir faire de l'adaptation le sujet unique. Il est fondamental, c'est sûr.
Mais si on ne parle pas d'atténuation, c'est-à-dire de la manière dont on change nos modes de vie pour baisser nos émissions de gaz à effet de serre, pour limiter le réchauffement climatique, on va passer à côté et on va tout le temps courir derrière avec un réchauffement de plus en plus grave qui va nous demander un coût de société
de plus en plus élevé. Justement, Claire Nouvian, vous êtes actuellement en Bretagne et vous avez profité de la canicule pour faire un petit coucou sur vos réseaux sociaux à un journaliste cher à votre cœur, Pascal Praud. Dans vos publications, vous revenez sur une séquence qui a fait date le 6 mai 2019. Vous êtes reçu sur le plateau de CNews et la situation dégénère. On écoute et on en parle juste après.
Est-ce que vous diriez que depuis 30 ans dans le monde, il y a un dérèglement climatique ? Oui ou non ? Il y a un consensus effectivement sur la réalité du changement, sur ses causes et sur son évolution ? Non ! Et vous vous aimez comme un certain nombre de gens les prévus. Mais vous êtes dingue ! D'accord, vous pouvez m'agir. Mais c'est pas possible ! Si vous ne me laissez pas parler, j'arrête ! Allez-vous cultiver scientifiquement ! Je voudrais d'abord que vous vous calmiez, ce qui nous ferait plaisir. Mais attendez, vous trouvez ça normal ? Non, oui, je trouve ça normal que les gens puissent s'exprimer. C'est vous qui êtes folle ! Je voudrais... C'est vous qui êtes dingue !
Le réappré d'ailleurs ! Je ne savais pas que c'était un guet-apant climato-sceptique. Alors en effet, je vais vous écouter. La manière dont vous réagissez, à mes yeux, est très suspecte. Alors en quoi ? On a exactement jusqu'en 2030 pour réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre. Et vous, ça vous fait rire ? Et vous, vous êtes en train de prêcher le climato-scepticisme ? Vous avez le droit d'écouter les autres plutôt que de donner une image hystérique de votre pensée. Vous avez une tête qui... Vous avez réussi à entrer sur notre studio ? En fait, vous avez une tête qui ne rentre pas dans la... Je me suis pris hystérique, je me suis pris ridicule et je me suis pris...
Même les scénaristes de Dante Look Up n'auraient peut-être pas pu imaginer une telle séquence. Cette séquence, on peut entendre notamment Pascal Praud et Elisabeth Lévy donnera lieu à de nombreux signalements auprès de l'ARCOM. Claire Nouvian, votre association Bloom a remporté de belles victoires, notamment l'interdiction du chalutage au-delà de 800 mètres de profondeur dans l'Union européenne, ce qui vous a valu de recevoir en 2008 le prix Goldman, considéré comme le Nobel de l'environnement. Qu'est-ce qui se passe dans votre tête à ce moment-là ?
Je me dis qu'on n'a pas gagné la victoire contre la Béthie. À ce moment-là, en fait, à ce moment-là, évidemment, je connaissais ni CNews ni Pascal Praud parce que je vis dans une bulle avec des livres. Clairement, je suis arrivée dans un quête-là. Ça vous a fait drôle, oui. Oui, en même temps, quand je réécoute ça, à chaque fois, j'avoue, j'en arrive au stade où je ris tellement parce que c'est quand même assez divertissant pour reconnaître.
En même temps, c'est pathétique parce que le truc, quand j'écoute ça, je me dis que globalement, on reste bien trop poli et que dans notre camp, on va dire, progressiste, humaniste, on est tellement attaché à la rationalité scientifique qu'on reste vraiment toujours parfaitement courtois. Et en fait, je pense qu'on se trompe de registre. En fait, on est vaste à des idéologues, propagandistes, complètement outranciers. et on devrait se marrer et les ridiculiser comme eux, ils ridiculisent leurs propres pensées. Globalement, il faut d'abord évidemment boycotter ces chaînes de désinformation qui se font passer pour des chaînes d'information.
Et on aimerait évidemment que l'ARCOM leur retire le canal air tient et qu'il y ait des sanctions financières à chaque fois qu'il y ait des outrances. Mais au-delà de ça, nous, évidemment, on doit absolument boycotter ce genre de plateaux qui sont des guet-apens. Et ça m'est arrivé une fois en 2019, ça ne m'arrivera évidemment plus jamais. Est-ce que pour vous,
c'est symptomatique d'un problème plus large au sein de la profession, au-delà du cas de cette chaîne en particulier ?
Oui, parce que là, au moins, l'outrance, elle est tellement grosse que c'est visible, ça a donné lieu à cette espèce de passe d'armes complètement délirantes. Mais moi, en fait, ce qui m'a le plus... Du coup, moi, j'étais totalement décontractée parce que face à ça, à la pause, je leur ai dit vous êtes vraiment complètement ignorant. Ce stade, c'est dramatique. Alors que ce qui m'atterre plus, c'est quand des journalistes dont on penserait qu'ils ont vraiment préparé leur sujet sont quasi au même niveau. Alors, ils n'ont pas un agenda idéologique de la même façon, donc ils ne vont pas aussi loin.
Mais il n'empêche qu'en termes de méconnaissance scientifique, je suis quand même globalement assez atterrée en effet dans le niveau. Et donc, je suis ravie d'entendre ce que disait Marine Amoureux par rapport à la formation. Mais en réalité, la base du journalisme, c'est quand même de préparer un sujet. C'est-à-dire de se renseigner, de le préparer, lire de façon très large autour du sujet pour pouvoir mener une discussion de haut niveau qui, par contre, se met au niveau du fait qu'on n'est pas tous des spécialistes. Donc, c'est ça, le journalisme. C'est de faire en sorte que les discussions puissent emporter tout le monde.
Et donc, je pense qu'il y a un problème d'impréparation en effet d'inculture scientifique qui est très problématique.
Oui, et donc là, on en revient aussi aux moyens, au temps. On a parlé de la formation et puis de la volonté éditoriale. Et puis, il faut les moyens de faire de l'enquête. Ça coûte très cher. Il y en a de moins en moins. C'est le problème aussi avec la concentration des médias et la précarisation générale de la profession. Voilà, je parle aussi là en tant que journaliste. Eva Morel, Cotaclimat, a gagné 8 saisines déposées auprès du gendarme de l'audiovisuel français contre des médias comme CNews ou Sud Radio. Quelle est la particularité de ces deux chaînes sur le plan du traitement des questions environnementales ?
La particularité, c'est qu'ils n'en parlent pas beaucoup et quand ils en parlent, ils désinforment beaucoup. C'est ceux qui en parlent le moins déjà. C'est les deux médias. C'est parmi ceux qui en parlent le moins, on a aussi Europe 1, des chaînes du groupe Bolloré aussi, qui en parlent à hauteur de 1 à 2% en antenne. Donc, c'est quelques pourcentages de moins que la moyenne. Et ce qu'on constate, c'est que moins on en parle, plus on a tendance à désinformer. Et c'est quelque chose qui est d'autant plus visible dans l'information en continu. Ce qui fait écho à plusieurs choses. D'une part, en fait, les journalistes ne sont pas accoutumés à la technique de l'information scientifique.
Donc, forcément, c'est difficile à manier. Et sans avoir d'agenda idéologique, il y a quand même un sujet de montée en compétence qui est un petit peu plus technique, mais tout comme des sujets économiques, par exemple, que d'écrire l'actualité. Une fois qu'on a dit ça, il y a aussi un enjeu de polarisation idéologique autour de la question environnementale.
Et nous, ce qu'on a constaté, c'est qu'il y a eu un tournant à partir de 2024 où ces deux chaînes en particulier ont beaucoup associé la question environnementale à un enjeu partisan et un enjeu opposé à des sujets qui leur sont chers, notamment le pouvoir d'achat, la sécurité, etc., de manière complètement infondée, je dirais, sur des faits matériels.
Et à partir de là, on a vu un essor de la désinformation qui se matérialise par des taux anormalement élevés de négations scientifiques pures, donc de l'existence du changement climatique ou de son origine humaine, mais aussi un détournement de certaines solutions de la transition vers une présentation très idéologique et donc factuellement erronée, comme notamment les énergies renouvelables qui a été pendant très longtemps une martingale notamment sur CNews et notamment de Pascal Praud et notamment la mobilité électrique.
Donc, en termes d'occurrence, on a à peu près 1K toutes les 30 minutes de temps d'antenne de désinformation sur CNews et 1K toutes les 20 minutes sur Sud Radio d'après nos dernières données, donc c'est extrêmement fréquent et c'est pour ça qu'on s'attache à saisir de plus en plus fréquemment l'ARCOM sur ces cas de désinformation.
Ce qu'il faut savoir, c'est que l'ARCOM a une pratique décisionnelle, donc la manière dont elle instruit ces cas de désinformation, qui est assez conservatrice par rapport à l'état de la connaissance scientifique, mais c'est celle qui intervient le plus en Europe sur les cas de désinformation, ce qui nous a permis d'avoir la première sanction financière à hauteur de 20 000 euros contre un cas de désinformation climatique qui n'avait pas été contredit sur le plateau de CNews.
Et ça, c'est un précédent juridique qui a été confirmé par le Conseil d'État sur lequel on souhaite progressivement avancer, donc avoir des sanctions qui soient plus élevées en termes financiers, mais aussi qui élargissent le champ de ce qu'on considère être de la désinformation climatique pour se dire que finalement, nier que certaines solutions qui sont établies sans équivoque par les rapports du GIEC ne sont pas efficaces, peut-être que ça pourrait aussi être considéré comme de la désinformation. Est-ce qu'il y a une vraie différence avec les médias du service public ? Il y a une vraie différence.
D'après les rapports de l'Observatoire des médias sur l'écologie, on constate que le service public sur tous les indicateurs est le plus performant. Donc couverture des enjeux environnementaux qui peut être deux fois plus élevée, couverture des sujets qui augmentent pendant des événements climatiques comme par exemple les conférences internationales sur le climat, où on va constater qu'il y a un vrai effort éditorial de mise à l'agenda du sujet. Il y a certains médias, il faut savoir, qui en parlent moins pendant les COP. C'est-à-dire que c'est sciemment un effort d'invisibilisation de la question environnementale pendant le moment où se prennent des décisions politiques.
Et ensuite, sur les questions de désinformation, c'est assez évident. On a beaucoup plus de cas sur les médias privés que sur les médias publics. Un indicateur qui est encore plus accablant qui est que les cas de mésinformation, on fait la distinction entre des cas de mésinformation et des narratifs de désinformation pour dire qu'un cas individuellement peut ne pas être intentionnel mais que des narratifs récurrents, répétés le sont sûrement. Mais en termes de cas de mésinformation, ils sont à plus de 50% prononcés par des journalistes et des membres de la rédaction. A contrario, dans le public, c'est 92% des cas qui sont prononcés par des invités qu'ils soient politiques ou économiques.
Donc on a une intentionnalité et une provenance de la désinformation qui est très différente.
J'aimerais vous entendre toutes les trois sur cette question. Pourquoi l'écologie est-elle si souvent abordée sous l'angle de la polémique, de l'affrontement politique ou de la responsabilité individuelle, Claire Nouvellant ?
Parce que le cadrage est fait par ceux qui tiennent les médias d'un point de vue capitalistique, c'est-à-dire en majorité des individus qui ont un intérêt financier à ne pas changer de modèle et à garder le statu quo de notre modèle économique actuel qui est basé sur l'extraction des énergies fossiles. Ils ont des actions, en gros, chez Total Energy, ExxonMobil, etc., c'est-à-dire ceux qui sont les forces climaticides, les vraies forces de criminalité écologique aujourd'hui. Donc, voilà la structure de notre économie. Pour vous, ça vient d'en haut ?
Ah, mais c'est évident et c'est pour ça qu'il y a même structurellement dans le cadrage de ces médias qui sont orientés, en réalité, une obsession sur les questions d'identité et de sécurité parce que ça permet à la population d'être entraînée tous les jours à penser que ce sont les migrants qui sont la cause de nos vrais grands problèmes dans la vie économique et autres alors que non, les écoterroristes ce sont ceux qui sèment la terreur écologique c'est-à-dire le capital extractiviste tel qu'il est structuré aujourd'hui autour de forces comme Total Energy qui continuent l'expansion des énergies fossiles c'est-à-dire qui sont sciemment, consciemment dans toute parfaite connaissance pour le coup scientifique de la cause en train d'ouvrir les portes de l'enfer pour l'ensemble de la biosphère.
Et voilà, comment un cadrage médiatique qui est raté va nous permettre d'avoir une espèce de consensus qui se fait autour de questions d'identité, de sécurité et de racisme. Marine Lamoureux pour vous ? Je suis assez d'accord sur ce constat. Peut-être que je peux apporter une autre dimension là qui concerne peut-être plus les rédactions elles-mêmes c'est qu'on a pâti quand même pendant un certain temps du fait que comme ce sont des sujets qui sont très idéologisés Donc concrètement associés à la gauche quoi ?
Voilà c'est ça et donc forcément quand on défendait des sujets écologie on était taxé dans certains militantismes de forcément vouloir servir la gauche et puis des sujets un peu bobos et puis des sujets qui ne concernent pas la vraie France et puis qui ne sont pas très sérieux finalement par rapport au marché par rapport aux grands sujets régaliens.
Ça franchement je pense que ça bouge enfin à la croix c'est une évidence on n'est pas du tout là mais c'est vrai que ça a duré longtemps et il y a vraiment je pense une responsabilité des journalistes là pour le coup à être très au clair sur le fait qu'on est journaliste on n'est pas des militants de la cause les militants doivent être là le travail de Blum est fondamental mais chacun son rôle pourquoi je dis ça ?
Parce que évidemment qu'on défend le corpus scientifique évidemment qu'il y a des consensus qui ne peuvent pas être mis en question en revanche dans le comment on transforme notre société c'est vraiment important d'être à l'écoute de ce qui se passe des questions d'acceptabilité on discutait avant l'émission avec Eva de la question des éoliennes par exemple évidemment il faut relayer le fait qu'on a absolument besoin des renouvelables le GIEC c'est évidemment absolument clair sur le fait qu'il faut que drastiquement les énergies fossiles baissent le pétrole le gaz et le charbon en revanche si on s'en tient juste à un discours sur le fait que les éoliennes c'est une énergie dont on a besoin et donc on ne s'intéresse pas à où est-ce qu'elles sont installées qu'en pensent les habitants parce que pour avoir fait pas mal de terrain sur ces questions on risque de créer une espèce de fermeture d'un certain pan de la population et on risque d'être dans une forme d'entre-soi de ne parler toujours qu'au même ce n'est pas notre rôle de journaliste donc je crois qu'il faut qu'on soit aussi attentif à ça et encore une fois ça ne veut pas dire qu'on n'est pas engagé sur les questions écologiques mais ça veut dire qu'on est à l'écoute de la société et qu'on remet les choses en perspective
ce qui n'est pas toujours fait Eva Morel pour vous cette polarisation est-ce que c'est un problème ? Est-ce que par exemple des journalistes vous font remonter ce problème-là ?
Oui c'est un problème parce que je pense qu'il y a un certain nombre de journalistes qui internalisent la critique et qui à mesure qu'on leur affiche une image de militant quand ils traitent les questions environnementales commence à se dire que peut-être en effet ils auraient adopté une intro militante par le passé qui conviendrait d'adoucir un petit peu ça met en cause des angles qui sont adoptés des angles qui sont un peu plus long-termistes et qui se détachent de l'actualité de l'information en continu qui rabâchent les mêmes messages constamment et je pense que l'internalisation de la critique c'est peut-être ce qui peut ralentir les rédactions qui n'ont pas du tout opéré une mue écologique jusqu'à présent en fait on a eu en 2022 un grand mouvement de plans de formation dans les rédactions et je pense que Lacroix est assez exemplaire dans la capacité à perpétuer ce mouvement dans le temps mais en réalité beaucoup de rédactions ont arrêté les formations aux enjeux environnementaux depuis il n'y avait pas de métrique de suivi et d'évaluation de l'efficacité de ces plans de formation ce qui fait qu'on se retrouve en 2026 avec beaucoup de formations environnementales qui ont été substituées par des formations aux enjeux de l'intelligence artificielle qui est quelque chose qui secoue beaucoup la profession mais qui fait qu'en fait progrès dans l'actualité et j'aimerais aussi ajouter une autre dimension qui est le sujet de la déontologie c'est-à-dire les critères éthiques de production de l'information aujourd'hui on sait que quand on est journaliste et qu'on a une carte de presse on est supposé respecter la charte de Munich avec les droits et les devoirs des journalistes c'est quelque chose qui est historiquement autorégulé c'est-à-dire qu'on n'a pas d'autorité qui force les journalistes à être garants de cette déontologie mais par contre il y a un contrat tacite avec la population qui est que les journalistes sont supposés produire l'information dans ce cadre s'ils ne le font pas il y a une perte de confiance et la perte de confiance c'est quelque chose que redoute beaucoup la profession journalistique aujourd'hui parce que les gens se détachent progressivement de l'actualité ou des médias traditionnels pour aller vers plus les réseaux sociaux je pense qu'aujourd'hui il est important de dire que la question de la couverture des questions environnementales est profondément une question de déontologie journalistique c'est-à-dire que faire appel aux contradictoires faire de la transversalité se former dire la vérité c'est quelque chose qui est en fait commun à la profession à partir du moment on rogne sur ce contrat tacite on perd la confiance de la population et on fait en sorte qu'ils s'informent moins moins s'informer c'est dangereux c'est aussi une perte de droit citoyen donc je pense que c'est ça qui est très dangereux aujourd'hui et je vais prendre un exemple peut-être du Figaro Magazine qui a récemment fait une une sur les écolos alors je ne sais plus comment ils étaient les écolos alarmistes dans le cas dans un dossier de plusieurs pages il n'y avait que deux personnes qui avaient été interrogées deux anciens ministres François de Rugy et Agnès Buzyn qui ont témoigné de l'apparente perte de crédibilité de trois grandes figures de l'écologie en France que sont Hugo Clément Marine Tondelier et Jean-Marc Jancovici c'est pas un dossier qui répond à la norme journalistique de la déontologie pour la raison du contradictoire pour la raison de dire la vérité il y avait beaucoup de contre-vérité dans ce dossier et je pense que ça c'est quelque chose qui peut faire beaucoup de mal d'une part à l'écologie mais aussi plus largement à la profession
de journaliste Selon le dernier rapport Ipsos concernant les préoccupations des français ça revient on arrive à ce que vous évoquiez tout à l'heure l'inflation la criminalité la pauvreté les flux migratoires les impôts et la santé arrivent en tête cette année le changement climatique ne se classe qu'à la septième position avec une hausse de 5 points de mai à juin soit de 14 à 19% actualité canicule oblige face à ce constat ça serait bien qu'on aborde les solutions ou du moins des pistes de réflexion dans vos domaines respectifs vous mettez en avant l'importance de donner envie d'écologie de créer du désir dans les rédactions c'est ce que l'on appelle un sujet sexy Marine Lamoureux comment est-ce que vous l'appliquez au quotidien quels sont les angles que vous allez privilégier pour toucher vos lecteurs mais justement tout ce que vous listez
sur ce qui intéresse les français tout est lié à l'écologie c'est ça qui me frappe moi c'est qu'on peut tout à fait parler de pouvoir d'achat en parlant d'écologie et même il faut le faire parce qu'on sait très bien que les conséquences du réchauffement climatique le fait que la biodiversité s'effondre le fait que le prix de l'essence ne va cesser d'augmenter avec les enjeux géopolitiques et bien c'est des enjeux de pouvoir d'achat donc on peut tout à fait intéresser et aller toucher les populations sur ces sujets là en faisant de l'écologie c'est pareil sur la santé en fait il y a énormément de sujets qui concernent la santé quotidienne des français on a vu le succès de la pétition contre la loi Duplomb c'est pas un hasard en fait les gens veulent savoir ce qu'ils ont dans leur assiette les gens veulent se dire qu'ils boivent de l'eau sans se mettre en danger donc et puis enfin pour décliner ça
à l'infini c'est faire comprendre que c'est concernant c'est un sujet ce terme concernant on l'entend beaucoup dans les rédactions oui mais c'est concret
je veux dire c'est la manière dont on va mettre des pesticides dans les champs donc ça veut dire quelle agriculture on développe c'est qu'est-ce qu'on met comme produit ultra transformé dans les rayons des supermarchés donc le pouvoir de la distribution c'est la question de l'organisation des réseaux d'eau donc en fait tous ces sujets qui je pense passionnent les français en fait ce sont des sujets
et ça rejoint Claire Nouvian pour vous d'ailleurs il faudrait arrêter d'utiliser le mot écologie parce qu'en fait il s'agit de nos vies
oui en fait tous ces sujets comme le dit Marine Lamoureux mais en fait tout ça ça n'a plus vraiment de sens de continuer à isoler l'écologie en réalité on est des êtres vivants et il se trouve que le changement climatique est en train de redistribuer les cartes de l'ensemble des équilibres écosystémiques et on parle de transformation chimique de la composition de l'atmosphère donc en fait on ne va pas y couper c'est en train de détruire l'économie vous vous souvenez Adrien Bilal l'économiste qui dit que d'ici la fin du siècle il y a vraiment la moitié du PIB au niveau mondial qui va être détruite par le changement climatique bon en fait ça va tout changer donc il suffisait de lire les rapports du GIEC depuis des dizaines d'années d'ailleurs pour se rendre compte qu'en fait on lit et on voit que ça augmente comme ça fait chuter les rendements agricoles on entre dans des crises alimentaires mondiales donc ça génère des conflits armés donc on parle de la paix en fait on parle de simplement le maintien de la paix sur terre etc donc je pense que les journalistes ça va faire comme ceux qui ont inventé les réseaux sociaux comme la génération 68 etc qui finit par un jour finira peut-être pour les journalistes en l'occurrence par s'excuser en disant en fait on a notre responsabilité on n'a pas on n'a pas joué notre rôle au bon moment au moment où en fait il était encore possible de changer complètement et de créer du consensus sociétal autour des de la sobriété autour de des politiques en effet d'atténuation parce qu'on n'a pas le choix que de baisser nos émissions de gaz à effet de serre et ça c'est un indispensable
Claire Nouvian vous gardez quand même un peu espoir vous continuez à vous battre quand même
en fait la question de l'espoir pour moi elle a été réglée alors déjà elle est réglée de façon intime depuis longtemps c'est pas le sujet et une étude norvégienne a montré que la colère est 7 fois plus génératrice d'action et d'activisme et de mobilisation que l'espoir en fait je pense que l'espoir et la question de toujours mettre ça en question d'espoir et même c'est vraiment une façon assez habile de nous endormir et nous empêcher finalement d'avoir peur et je pense que le problème c'est pas qu'on manque d'espoir c'est qu'on manque de peur en fait et je pense que cet été aura peut-être fait un grand changement par rapport à la peur dans nos chairs dans nos corps de ce que ça veut dire de vivre dans un monde déréglé et ce n'est que le début puisque le pire reste à venir c'est pour ça que moi je milite vraiment pour qu'on signe non seulement notre pétition pour une loi d'urgence climatique sur le site de Bloom mais aussi la pétition de Cota Climat pour qu'on parle des sujets climatiques parce qu'Eva en parlera mieux que moi mais je pense qu'il y a encore cette pétition pour qu'on parle de ces sujets dans la présidentielle on a deux pétitions à signer cet été et c'est notre façon d'agir en tant que citoyen pour qu'on a encore la possibilité d'agir
le message est passé à suivre donc et ce sera le mot de la fin merci Claire Nouvian fondatrice et directrice générale de l'association de protection des fonds marins Bloom merci Eva Morel cofondatrice et secrétaire générale de l'association Cota Climat et merci Marine Lamoureux grand reporter à la Croix-Lépdo spécialisée dans les enjeux de transition écologique et sociale merci à vous de nous avoir suivis rendez-vous demain même heure pour une émission consacrée à la percée des progressistes au sein des démocrates américains et c'est l'heure du fil droit présenté par Julien Janenet professeur de droit public à l'université de Strasbourg qui nous explique pourquoi les présidents de la république ne sont pas intouchables
non les présidents de la république française ne sont pas intouchables il n'y a pas d'impunité présidentielle c'est pourtant une opinion commune vous l'avez sans doute déjà entendu les présidents et anciens présidents seraient indûment protégés contre le risque de poursuites judiciaires or on peut bien être condamnés pour des faits antérieurs à la présidence postérieurs à cette dernière ou même pour des faits commis pendant la présidence s'ils n'ont pas été commis en qualité de président en témoignent les condamnations de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris et de Nicolas Sarkozy dans les affaires du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 Paul Bismuth et Big Malion alors quelle protection la constitution offre-t-elle donc aux présidents et anciens présidents de la république son article 67 fonde les deux dimensions de ce que l'on qualifie couramment d'immunité présidentielle l'inviolabilité et l'irresponsabilité la première l'inviolabilité protège la personne du président afin d'éviter que soit affecté le bon fonctionnement de la présidence elle force les juges et les gendarmes à rester pour un temps aux portes du palais de l'Elysée pendant la durée du mandat présidentiel et pendant un mois après ce dernier on ne saurait donc forcer un président à témoigner le soumettre à une action en justice à un acte d'information d'instruction ou de poursuite alors oui le président est alors bien intouchable mais ce n'est que temporaire les poursuites pourront reprendre après la présidence imaginez par exemple qu'un président commette un crime de droit commun qu'il abatte des vacanciers depuis le fort de Brégançon aucun policier ne pourra venir l'arrêter et s'il finira certainement en prison ce sera plus tard en outre si les parlementaires le destituent pour manquement manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat la durée de son inviolabilité se trouvera raccourcie la seconde protection l'irresponsabilité protège les décisions présidentielles pendant son mandat et après ce dernier jusqu'à sa tombe le chef de l'état est irresponsable des actes accomplis en qualité de président on le comprend on veut éviter qu'il refuse de prendre des décisions difficiles qui s'imposent dans l'intérêt du pays par crainte de poursuites ultérieures imaginez qu'un président donne l'ordre de faire bombarder un camp d'entraînement de terroristes et que cela conduise également à la mort de victimes collatérales les familles de ces dernières ne sauraient obtenir réparation de leur douleur devant le juge pénal français après la fin du mandat présidentiel c'est bien en qualité de président qu'il a donné cet ordre il n'est qu'une limite à cette irresponsabilité le président qui commettrait un génocide un crime contre l'humanité un crime de guerre ou un crime d'agression resterait pénalement responsable devant la cour pénale internationale quoi qu'il ait agi en qualité de président vous l'avez compris notre constitution ne protège les présidents et anciens présidents que dans la stricte limite de ce qui est nécessaire pour garantir le libre exercice de la fonction présidentielle nous pouvons nous en réjouir