La députée LFI Clémence Guetté estime sur RTL que "nationaliser Total serait rentable dès la première année"
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Soto, RTL Matin. Elle est députée insoumise du Val-de-Marne et vice-présidente de l'Assemblée. Elle est aussi madame programme pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2027. Clémence Guettet est donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL Clémence Guettet.
Bonjour, merci beaucoup.
Devenir président à 75 ans, est-ce bien raisonnable ?
Alors j'imagine que vous parlez de Jean-Luc Mélenchon, n'est-ce pas ? Vous imaginez bien. Oui. Écoutez, il me semble que c'est raisonnable dans un moment où on a besoin de gens qui ont de l'expérience, me semble-t-il, parce que le pays est quand même dans une situation compliquée, que ce soit du point de vue géopolitique, que ce soit la crise sociale. Les Français n'en peuvent plus, ça fait 10 ans de macronisme, des prix qui s'envolent, le carburant, l'alimentation, etc. Et donc oui, je pense que c'est raisonnable que cette candidature arrive enfin.
Et d'ailleurs, il y a 180 000 personnes qui, comme moi, le pensent, qui ont signé en 24 heures sur Mélenchon 2027.fr pour soutenir cette candidature.
Sans que la campagne est lancée.
Et pour entrer en campagne. Ben oui, la campagne est lancée, il était temps, on est à moins d'un an du second tour de l'élection présidentielle.
Mais vous, vous avez 35 ans, le premier mandat de Jean-Luc Mélenchon, conseiller municipal, c'était en 1983, vous n'étiez donc pas né. Un candidat qui a plus de deux fois votre âge, qui aurait presque 81 ans à la fin de son mandat, quelles que soient ses compétences, ses qualités ou ses défauts, est-ce qu'il peut représenter la jeunesse ? Est-ce qu'il peut comprendre le pays ? Est-ce qu'il peut sentir les choses ? Écoutez, il y a des... Pour toutes tes étiquettes politiques.
Tout à fait. Il y a des présidents très jeunes qui ont des idées d'un autre siècle. Je pense à M. Macron, par exemple, le plus jeune président de la République française, qui parle de réarmement démographique, qui estime que le changement de genre, c'est ubuesque et qui a des idées réactionnaires sur à peu près tout. Et puis, il y a des gens de 75 ans, comme c'est le cas de Jean-Luc Mélenchon, qui défendent des idées progressistes, le libre changement de genre à l'État civil, le RIC, la Sixième République. Et donc... Je ne crois pas que l'âge soit révélateur des idées que vous pouvez porter.
Vous pouvez porter des idées progressistes, représenter la Nouvelle-France, ce que nous appelons de nos voeux.
La Nouvelle-France, elle peut être incarnée par un papy ?
Tout à fait, parce qu'il y a des papys dans la France, figurez-vous. Dans la France nouvelle, parce que la France vieillit. La France est un pays qui change beaucoup. Un pays qui me permet d'être à ce micro, comme jeune femme de 35 ans, responsable politique. Ce n'était pas le cas en 58. Je dis 58, puisque vous le savez, c'est la date de la Constitution. Et que nous ambitionnons justement de la changer. De la changer et d'en finir notamment avec la monarchie présidentielle.
Et juste, philosophiquement, vous qui vous battez pour une vie meilleure, pour tous, pour la retraite à 60 ans, là, le patron ne montre pas l'exemple quand même, non ? Il n'y a pas un truc qui va au-delà de chaque personne là-dessus ?
Vous savez, le militantisme et l'engagement politique, c'est une contradiction fondamentale. Et je me l'applique à moi-même. Je ne fais pas 35 heures, très loin de là. J'en fais beaucoup plus. J'ai un engagement qui est potentiellement un peu sacrificiel, comme plein de mes camarades. Parce que j'estime notamment être dans une situation suffisamment privilégiée pour pouvoir me battre pour changer la vie de beaucoup de gens qui, eux, ont leur journée absolument phagocytée, rien que par le fait de survivre. Voilà ma préoccupation. Je sais que c'est celle de Jean-Luc Mélenchon aussi. Et oui, en fait, on est en campagne.
Et je vous le dis, je suis atterrée un peu par le niveau de marasme des différentes candidatures. Vous me parlez de celle de Jean-Luc Mélenchon. Je pourrais vous citer tellement de noms. Il y a 30 personnes qui sont déclarées candidates pour l'élection présidentielle. Je suis atterrée par le fait que pour beaucoup de gens, c'est une petite campagne de notoriété qui vise à gagner des followers sur Instagram. On parle de présider la République française. Ce pays, il a une histoire. Il a, avec lui, des histoires de révolution.
Il faut le voir, c'est important aujourd'hui. Jean-Luc Mélenchon, c'est la tortue qui boit du lait fraise. Oui, tout à fait. C'est sur TikTok.
Et sur Mélenchon2027.fr aussi, les gens peuvent continuer à venir signer, à nous rejoindre pendant la campagne. Oui, mais malheureusement, beaucoup de gens qui, aujourd'hui, sont candidats, n'iront pas au bout. Ils ne le prennent pas au sérieux. Ils ne veulent pas diriger le pays. Ils en sont parfaitement incapables, par ailleurs. Mais je pense à plein de gens. Vous pensez au même que moi, de toute façon. Je pense à plein de gens qui, aujourd'hui, prennent ça comme un jeu. Nous, nous entrons en campagne avec un sentiment de gravité. Parce que je crois que le moment est un moment de gravité. Et nous voulons gagner parce qu'il y a beaucoup de choses à changer.
Et je pense vraiment que les gens ressentent une forme de soulagement de cette entrée en campagne.
Clémence Guettet, il a un souci, ou peut-être pas d'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, il est clivant. Oui, je suis clivant, a-t-il dit le 1er mai. Il l'a redit sur Brut avant hier soir. Or, pour être élu président de la République en France, il faut rassembler. Et faire.
Pour être élu président de la République, il faut 50%.
1,1, c'est plus une voix.
Oui, tout à fait. Et on assume le fait que le clivage, la conflictualité aussi d'ailleurs, peut faire émerger de la réflexion. Il y a plein de choses comme ça, de thèmes, de sujets, qu'on a réussi à lancer. Parce qu'il suffit de les affirmer un peu fortement, ou de choisir des mots qui, comme par exemple la Nouvelle-France, peuvent faire parler, pour pouvoir ensuite dérouler nos idées derrière. C'est le cas de Jean-Luc Mélenchon. Je vous interromps, qui va se quitter. Il fait peur un peu à une partie. Je finis ma réponse.
Allez-y.
Il y a des gens qui sont éminemment sympathiques, et qui sont pourtant incapables de gouverner le pays. Je le redis. Ce n'est pas une compétition de sympathie. On ne demande à personne de partir en vacances avec nous. Ce n'est pas une question de sympathie. On demande aux gens d'avoir des compétences et de la détermination politique.
Ce n'est pas une question de sympathie ou d'antipathie. La double caractéristique de LFI, c'est que vous avez des supporters, des militants acharnés, passionnés, mais aussi des opposants radicaux à ceux qui ont peur de vous et de lui, de Jean-Luc Mélenchon. Parce que vous savez qu'il incarne quelque chose que certains adorent et qui crispe d'autres. Vous dites quoi à ceux qui ont peur de Mélenchon ?
Je leur dis de regarder le programme. Je leur dis aussi que les campagnes de dénigrement médiatique font quand même un effet. Quand on nous diabolise 24 heures sur 24 depuis des années, je veux dire...
La photo-média, c'est un peu facile.
Non, non, évidemment. À un moment donné, ça peut porter ses fruits. Et puis je leur dis, oui, vraiment, d'aller regarder le programme. D'ailleurs, les contributions citoyennes sur le site que j'ai déjà cité, que j'ai cité une troisième fois... Mélenchon2027.fr, c'est d'accord ? Mélenchon2027.fr, ne trompez pas les gens. Ne trompez pas les gens. On va pouvoir permettre aux gens de faire des contributions citoyennes sur le programme. Vous le savez, en fait, on bosse. Il y a beaucoup de gens qui sont en train de se regarder...
Mais est-ce que vous allez effacer la radicalité ou pas ? Est-ce que vous allez arrondir les angles ?
Bien sûr que non. Moi, je pense qu'il y a besoin de radicalité beaucoup plus qu'avant encore. Je vous le disais, la détresse sociale dans laquelle sont plongés les gens dans notre pays, elle demande de la radicalité. Donc ça sera plus de radicalité encore. Elle demande d'agir tout de suite. Si jamais taxer les super-profits des grands groupes qui s'en mettent plein les poches, augmenter le SMIC radicalement, indexer les salaires sur inflation, dont ceux des fonctionnaires, mettre la retraite à 60 ans, c'est de la radicalité. Oui, j'assume. On va faire de la radicalité parce qu'il y en a besoin. Parce qu'on prend du retard aussi. Y compris en matière écologique, d'ailleurs.
Sur le sujet de l'essence, Clémence Guettet, on sait que vous êtes pour le blocage des prix avec les prix qui augmentent en ce moment.
Et l'encadrement des marques.
Si vous gagnez dans un an, que devient Total ? Vous nationalisez Total ? Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? C'est une idée.
Nationaliser Total, ce serait rentable dès la première année. Si on nationalise 67% de l'activité, ce qui ne correspond évidemment pas à l'extraction, mais au raffinage et à la distribution, c'est 170-180 milliards la valeur totale boursière. Donc vous prenez 67% de ça. Si jamais on fait ça, avec des emprunts, c'est-à-dire qu'on n'est pas obligé de surendetter la France, on peut juste emprunter. Si on emprunte, on endette. Et donc, il y a les intérêts de la dette. On paye quand on a remboursé. Écoutez-moi jusqu'au bout, vous allez comprendre. Les bénéfices vont être supérieurs aux intérêts de la dette dès la première année.
Donc l'État actionnaire pourrait réinvestir ensuite dans la transition écologique, dans les énergies renouvelables. Donc ce serait une opération qui fonctionnerait. Mais figurez-vous qu'il y a une urgence. La nationalisation, vous êtes bien au courant, M. Macron ne va pas le faire évidemment, comme il ne va rien faire d'ailleurs pour les Français. Donc aujourd'hui, ils galèrent. L'essence, elle est à plus de 2 euros partout. Les gens annulent leurs vacances. Parfois, ils ne peuvent même pas aller au travail. Donc c'est quoi l'urgence ? L'urgence, c'est de bloquer les prix tout de suite. Ça se fait ailleurs, ça se fait dans d'autres pays, ça se fait dans les Outre-mer.
La France l'a fait pendant la guerre du Golfe, alors que l'essence avait encore moins augmenté qu'elle ne l'est aujourd'hui. Donc on bloque les prix, on encadre les marges, on va chercher les super profits totales qui dissimulent ces bénéfices à l'étranger.
Quelques questions très précises avec des réponses courtes, s'il vous plaît. Si on vote Mélenchon en 2027, est-ce qu'on vote pour la France qui reste dans l'OTAN ou qui quitte l'OTAN ?
La France qui quitte l'OTAN. D'abord le commandement intégré, puis l'OTAN.
Est-ce que vous tendez la main à Vladimir Poutine ou pas ? Est-ce que c'est le moment de parler à Vladimir Poutine ?
Il faut parler à tout le monde. Mais ça je pense que tous les dirigeants en sont persuadés. On n'arrête pas la guerre en ne parlant pas à des adversaires ou à des gens qui ont veillé d'autres.
C'était une erreur de le mettre sur le côté comme ça ?
Je pense que c'est toujours une erreur de faire des provocations comme par exemple l'élargissement de l'OTAN jusqu'aux frontières de la Russie. Tout le monde le savait, les analystes géopolitiques le savaient. Mais Macron lui-même, écoutez...
Mais Poutine, auteur de crimes de guerre, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon lui-même.
J'ai beaucoup de désaccords avec M. Macron, mais lui-même dit qu'il faut parler à Poutine. Voilà, on n'a pas le choix. Ce sont des acteurs géopolitiques. La diplomatie, ça se fait en discutant avec tout le monde.
Est-ce que vous rompez les relations diplomatiques avec Israël ?
Alors en tout cas, on va faire des sanctions économiques. Rompre les relations diplomatiques, c'est autre chose. Je le redis, il faut discuter.
Vous ne rompez pas les relations diplomatiques avec Israël ?
On va faire un... Comment dire ? Affermir très largement les relations. Parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas des relations diplomatiques, c'est un asservissement. On dit oui à absolument tout ce que fait le gouvernement de Netanyahou. Quand je dis on, c'est la France, évidemment. Et c'est celle de Macron. Mais il est temps de faire des sanctions économiques. Et vous vous posez la question de la rupture ou pas ? Non, mais écoutez ma réponse, monsieur.
J'écoute, mais je n'entends pas.
Eh bien voilà. Écoutez mieux. Vous allez entendre mieux. Il faut faire des sanctions économiques pour montrer notre désaccord. Pour montrer que nous ne cautionnons pas le génocide qui est en cours à Gaza, la colonisation en Cisjordanie, et tout ce qui est en train d'être fait dans la zone, au Proche et au Moyen-Orient, par le gouvernement de Netanyahou et par ses alliés des Etats-Unis. Donc il y a beaucoup à faire diplomatiquement, mais il y a une urgence à montrer notre désaccord par des sanctions économiques. Parce que l'Union Européenne a une zone de libre-échange absolument énorme avec Israël.
La question se pose ou pas de la sortie de l'Union Européenne ?
La question ne se pose pas comme ça. Par contre, le fait de désobéir largement à la Commission Européenne quand elle nous empêche de nationaliser le rail, quand elle nous empêche de maîtriser nos prix...
C'est un point commun avec le RN. C'est la même approche. Oh là là, qu'est-ce que c'est ? Non, mais c'est factuel. Je ne dis pas que vous êtes RN, je dis que c'est un point commun avec le RN.
Pas du tout. Autant nous avons une critique qui est différente d'ailleurs de l'Union Européenne, autant nous n'avons absolument pas le même projet. Le nôtre, c'est la désobéissance pour pouvoir appliquer notre politique au niveau national et surtout améliorer la vie des Français.
Dernière question, Clémence Guettet. La première conférence de presse du candidat Mélenchon aura lieu demain. Elle sera réservée aux nouveaux médias numériques. Les médias traditionnels resteront à la porte.
Vous devez vous contenter de moi ce matin.
Non, ce n'est pas du tout qu'on est jaloux. C'est que ça complique notre façon de faire notre métier et d'informer les gens. Parce qu'il y a certes le site Mélenchon 2027, machin, mais il y a aussi...
Et puis il y a moi ce matin.
Et il y a vous ce matin. Quel est le problème de Jean-Luc Mélenchon avec la presse ?
Il n'a aucun problème avec les journalistes. C'est étonnant parce que votre sensibilité est piquée. Alors même que notre désir, comme le vôtre, c'est de mieux informer les gens. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens, M. Soto, qui n'écoutent plus les médias traditionnels. Et notamment des jeunes générations qui s'informent. Mais je ne dis pas qu'il ne faut pas faire ailleurs. Mais pourquoi nous fermer la porte ? Et donc figurez-vous qu'on fait les deux. Bon, d'abord cette conférence de presse, elle va être diffusée en ligne. Vous pourrez en reprendre tous les éléments. Mais quand on n'est pas là, on ne peut pas poser des questions. Et puis vous voyez bien que M. Mélenchon est allé sur TF1.
On ne peut pas dire que ce soit un nouveau média. A priori, c'est quand même un média relativement traditionnel. Puis il a enchaîné avec Brut. On va faire ça pendant la campagne. On sera présent partout.
Bon, conférence de presse ouvre à tout le monde. C'est mieux que tout le monde pose ses questions. Merci beaucoup Clémence Guettier d'être revenu sur RTL ce matin.
Clémence Guetté