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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 1 octobre 2026 40 minContradictoireActualité / polémiqueÉducation & rechercheSolidarités & familleSécuritéInstitutions & élections

Blocus des lycées : d’où vient la colère ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 12 %Attaque 29 %Défensif 41 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:08OuverteRéponse directe

    Depuis le déclenchement des manifestations lycéennes, près de 416 établissements ont été bloqués, 440 interpellations mardi dans le Val d'Oise. Un lycéen de 14 ans a été grièvement blessé au visage par un tir policier. Ce matin, ils appellent à reconduire le blocage. D'où vient cette colère ?

  • 2:12RelanceRéponse partielle

    Est-ce qu'il y a un événement particulier qui explique l'explosion de cette colère maintenant ?

  • 2:51OuverteRéponse directe

    Dans les quartiers populaires, ce qui veut dire que ces établissements ont des problèmes spécifiques, supplémentaires, comment jugez-vous les choses ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Les financements viennent d'où ? Normalement ce devrait être des financements nationaux du moins en tout cas une péréquation entre les différents établissements ?

  • 5:02OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous la question de Parcoursup.

  • 6:18OuverteRéponse directe

    Le dernier classement PISA est une fois de plus un mauvais classement pour la France. Cette colère n'est pas étrangère à ce que décrit PISA.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:12PrésentateurChiffre
    « Depuis le déclenchement des manifestations lycéennes, près de 416 établissements ont été bloqués, 440 interpellations mardi dans le Val d'Oise. »
  • 0:18PrésentateurFait
    « Un lycéen de 14 ans a été grièvement blessé au visage par un tir policier. »
  • 0:26PrésentateurFait
    « Depuis dix jours, les lycéens bloquent leur lycée pour demander des tables, des chaises, des professeurs. »
  • 1:35InvitéFait
    « Dans les établissements qui sont mobilisés, il y a des demandes très très concrètes qui sont des enseignants, des bâtiments qui fonctionnent. »
  • 1:53InvitéFait
    « Ces problèmes matériels et ces problèmes en termes de ressources humaines d'avoir des enseignants, c'est structurel et ça fait longtemps. »
  • 3:51InvitéFait
    « On sait très bien qu'on n'a pas assez d'enseignants et avec le système de points de l'éducation nationale qui fait que en gros les lycées les moins désirés socialement sont les lycées qui sont pourvus en dernier. »
  • 5:31InvitéFait
    « Avant on avait des filières L, E, S et S. et désormais en fait les élèves très tôt doivent choisir des filières et construire leur propre parcours en vue d'être valorisés pour avoir une place dans telle ou telle université. »
  • 8:22InvitéChiffre
    « Un niveau de stress qui est mesuré aussi dans les enquêtes PISA. Qui est plus fort qu'ailleurs ? »
  • 8:43InvitéFait
    « En France on est dans, pour aller un peu vite, dans une société qui est très scolaro-centrée et on sait très bien que la place qu'on a dans la société est extrêmement corrélée et liée à votre niveau de diplôme. »
  • 15:11InvitéFait
    « Les garçons qui ont 15, 16, 17, 18 ans et qui sont devant les parvis du lycée, c'est quand même des garçons qui se font contrôler dans leur quartier, devant chez eux, des contrôles d'identité au faciès sans avoir nécessairement commis de délit, de manière extrêmement régulière, des dizaines, des vingtaines de fois dans l'année, de manière répétée. »
  • 36:46PrésentateurChiffre
    « 39% des français »
  • 36:08InvitéFait
    « un ministre de l'éducation qui parle de police aujourd'hui »
  • 38:54InvitéChiffre
    « la moitié de ces jeunes ont eu un diplôme »

Temps de parole

  • Invité46 %
  • Invité 224 %
  • Présentateur22 %
  • Invité 33 %
  • ?2 %

≈ 7,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:08
Présentateur

Depuis le déclenchement des manifestations lycéennes, près de 416 établissements ont été bloqués, 440 interpellations mardi dans le Val d'Oise. Un lycéen de 14 ans a été grièvement blessé au visage par un tir policier. Depuis dix jours, les lycéens bloquent leur lycée pour demander des tables, des chaises, des professeurs. Ce matin, ils appellent à reconduire le blocage. Le jour même où le gouvernement présente son budget. D'où vient cette colère ? Bonjour Fabien Truong. Bonjour. Vous êtes sociologue. Vous enseignez aujourd'hui à Paris 8. Vous êtes membre du Centre de recherche sociologique et politique.

Vous avez notamment publié « Terrain vague » aux éditions de l'EHESS et « Grand ensemble. Violence, solidarité et ressentiment dans les quartiers populaires ». C'est aux éditions de La Découverte. Vous êtes aujourd'hui enseignant à l'université. Vous avez été jadis professeur de lycée en Seine-Saint-Denis. Vous menez depuis vingt ans des enquêtes ethnographiques au long cours dans les quartiers populaires. Ce qui veut dire que vous êtes en contact de manière quasi quotidienne avec ces jeunes qui sont aujourd'hui en colère. Est-ce que cette colère, son ampleur, sa visionomie aussi vous surprend

1:28
Locuteur

?

1:30
Invité

Pas véritablement au sens où vous l'avez rappelé mais il faut peut-être bien le redire. Dans les établissements qui sont mobilisés,

1:37
Locuteur

il

1:37
Invité

y a des demandes très très concrètes qui sont des enseignants, des bâtiments qui fonctionnent. Parce qu'il

1:43
Locuteur

y a

1:43
Invité

les tables, il

1:43
Locuteur

y a

1:43
Invité

les chaises. Il

1:44
Locuteur

y

1:44
Invité

a aussi des bâtiments qui

1:44
Locuteur

ont

1:44
Invité

de grandes dégradations un petit peu structurelles. Les toits, l'eau parfois et donc ces demandes-là en fait elles existent depuis longtemps. En fait ces problèmes matériels et ces problèmes en termes de ressources humaines d'avoir des enseignants, c'est structurel et ça fait longtemps. Donc en fait ces demandes-là on les entend depuis très longtemps et comme elles ne sont pas satisfaites et comme les problèmes demeurent, là il

2:06
Locuteur

y a

2:06
Invité

une forme d'explosion mais j'ai envie de dire ça fait longtemps que ces problèmes existent et qu'ils sont connus localement.

2:12
Locuteur

Est

2:12
Présentateur

-ce qu'il y a un événement particulier qui explique l'explosion de cette colère maintenant Fabien Truong

2:19
Locuteur

?

2:20
Invité

Là il y

2:20
Locuteur

a

2:20
Invité

une rentrée des classes et donc c'est vrai que c'est la énième rentrée où dans beaucoup d'établissements on ne peut pas faire la rentrée en fait dans des conditions de travail normales et acceptables. Donc voilà très souvent dans ce genre de mouvement c'est une couche puis une autre. Et puis là il suffit qu'il y ait plusieurs lycées qui se mobilisent en même temps et comme les problèmes sont structurels et se retrouvent dans certains lycées de manière permanente, bon ben voilà c'est parti.

2:51
Présentateur

Dans les quartiers populaires, ce qui veut dire que ces établissements ont des problèmes spécifiques, supplémentaires, comment jugez-vous les choses

2:58
Locuteur

? Oui

2:59
Invité

alors ça c'est intéressant, c'est que ce mouvement, on parle souvent de mouvements lycéens dans la presse mais ça montre surtout qu'il y a plusieurs lycées en fait et qu'on a vraiment des lycées à plusieurs vitesses. Alors ça fait longtemps parce qu'on a les lycées général, les lycées pro, les lycées techniques donc on sait très bien que passé 15 ans il y a plusieurs systèmes avec des inégalités sociales très très fortes. Mais il y a toujours eu un peu cette fiction que dans le lycée général tout le monde était traité de la

3:27
Locuteur

même manière. Oui parce qu'a priori

3:28
Présentateur

les financements viennent d'où ? Normalement ce devrait être des

3:32
Locuteur

financements

3:32
Présentateur

sinon nationaux du moins en tout cas une péréquation entre les différents établissements ?

3:38
Invité

Oui alors c'est pas aussi simple que ça parce qu'en fait en ce

3:41
Locuteur

qui concerne les enseignants c

3:42
Invité

'est l'état et en ce qui concerne les bâtiments c'est la région et là en fait il

3:48
Locuteur

y a

3:48
Invité

un problème structurel sur les enseignants, c'est-à

3:51
Locuteur

-dire

3:51
Invité

qu

3:51
Locuteur

'on

3:51
Invité

sait très bien qu'on n'a pas assez d'enseignants et avec le système de points de l'éducation nationale qui fait que en gros les lycées les moins désirés socialement sont les lycées qui sont pourvus en dernier et là on a un petit peu un jeu de chaîne entre des lycées où il y a des élèves qui sont pauvres dans des quartiers qui sont stigmatisés et où le personnel enseignant arrive de moins en moins et on a un problème structurel de recrutement. Donc le fait qu

4:19
Locuteur

'il

4:19
Invité

n'y ait pas d'enseignants devant les élèves c'est qu'on n'a pas assez d'enseignants à leur proposer. Et puis on a dans les quartiers populaires une population qui est plus jeune donc plus d'élèves donc des bâtiments plus utilisés et moins d'argent sur ces bâtiments donc tout ça est encore une fois structuré.

4:36
Présentateur

Oui parce qu'en

4:37
Locuteur

fait

4:37
Présentateur

il y a à la fois

4:38
Locuteur

des

4:39
Présentateur

revendications sur les profs absents non remplacés et sur les conditions matérielles d'enseignement.

4:47
Locuteur

Oui

4:48
Invité

c'est ça et vraiment ce que demandent là les lycéens et lycéennes c'est d'avoir des profs devant eux. Donc c'est une revendication je dirais simple, basique, très concrète. Alors il y a aussi une autre revendication qu'il faut entendre c'est la question de Parcoursup qui est... Pourquoi

5:03
Présentateur

? Expliquez-nous.

5:04
Invité

En fait depuis quelques années et là c'est un peu plus récent donc il y

5:09
Locuteur

a

5:09
Invité

le système Parcoursup peut-être il faut que je rappelle aux éditeurs et aux auditrices c'est-à-dire on demande aux lycéens de plus en plus tôt de choisir et de construire un parcours avec un CV de motivation etc. pour être sélectionné à la fac. Et à ce système de Parcoursup il

5:28
Locuteur

faut

5:28
Invité

ajouter la fin des filières au lycée général. Avant on avait des filières L, E, S et S. et désormais en fait les élèves très tôt doivent choisir des filières et construire leur propre parcours en vue d'être valorisés pour avoir une place dans telle ou telle université. Qu'est-ce que ça implique tout ça ? Ça implique de plus grandes inégalités sociales et scolaires.

En fait on sait très bien en sociologie que quand on laisse les individus tous seuls choisir, se mettre en valeur et notamment à l'école, entre les familles qui ont du capital culturel ou pas, les familles qui sont entourées, les familles qui sont épaulées ou pas les choix ne sont pas les mêmes, on n'a pas le même niveau d'informations, de connaissances et d'égalité en réalité par rapport au système et ça dans les quartiers populaires, ce choix-là est très anxiogène.

6:18
Présentateur

Mais alors c'est évidemment paradoxal parce que Parcoursup a été présenté comme une manière justement de rendre les choses plus égalitaires. Il y a un algorithme, alors certains disent une boîte noire mais je vais vous laisser

6:32
Locuteur

nommer

6:33
Présentateur

les choses Fabien Truong mais en tout cas on disait que c'est quelque chose de beaucoup plus objectif que les différentes procédures avant où les familles pouvaient passer à droite, à gauche, bref, là aussi les familles les mieux dotées en capital culturel et ou en capital social pouvaient contourner le système.

6:53
Invité

Oui, en fait ça ne change pas les choses au sens où la réalité c'est qu

6:57
Locuteur

'on

6:57
Invité

n'a pas assez de place dans l'enseignement supérieur. On a aussi un enseignement qui s'est massifié du point de vue quantitatif. Donc tant que vous n'offrez pas plus de place et plus de moyens, on revient aussi à cette question-là, des moyens humains, logistiques. Je travaille à l'université, les problèmes dont parlent les lycéens et lycéennes, on les retrouve aussi dans les universités. Et là aussi on a un enseignement supérieur à plusieurs vitesses, entre les universités et les classes préparatoires. On n'est pas doté de la même manière et tout ça c'est objectivé par la Cour des comptes.

7:27
Locuteur

C

7:27
Invité

'est-à

7:27
Locuteur

-dire

7:27
Invité

que ce que coûte un élève de classe supérieure et un élève de classe populaire, ça ne coûte pas la même chose à l'État. Donc en fait il n

7:37
Locuteur

'y a

7:37
Invité

pas une péréquation des moyens, pour revenir à votre question. Et tant qu'on n'a pas assez de place, finalement ce système de parcours sup, c'est un peu une façon de gérer la misère. Mais en réalité ça produit toujours des inégalités au final parce qu'on n'a pas assez de place d'accueil dans des conditions dignes et normales.

7:56
Locuteur

Le

7:57
Invité

dernier classement

7:58
Présentateur

PISA est une fois de plus un mauvais classement pour la France, Fabien Truong. Bon, là aussi cette colère n'est pas étrangère à ce que décrit PISA et ce que tout le monde ressent.

8:12
Locuteur

Oui,

8:12
Invité

alors bon, on peut en parler longtemps dans PISA, mais il y a aussi vraiment la question de l'anxiété. Dans PISA on voit vraiment que dans le système français on a des élèves qui sont particulièrement anxieux.

8:21
Locuteur

C

8:21
Présentateur

'est-à-dire

8:21
Locuteur

?

8:22
Invité

Un niveau de stress qui est mesuré aussi dans les enquêtes PISA. Qui est plus fort qu'ailleurs ? Oui, alors ça, ça s'explique aussi par... Parce

8:29
Locuteur

que

8:29
Présentateur

j'ai l'impression que le niveau international de stress des enfants et des familles, il ne faut pas oublier les familles, Fabien

8:35
Locuteur

Truong,

8:36
Présentateur

croit.

8:38
Invité

Oui, alors parce qu'en France on est dans, pour aller un peu vite, dans une société qui est très scolaro-centrée et on sait très bien que la place qu'on a dans la société est extrêmement corrélée et liée à votre niveau de diplôme. Beaucoup plus que dans... C'est la relation la plus forte dans tous les pays de

8:55
Locuteur

l

8:55
Invité

'OCDE. Donc on sait qu'en France, pour le dire vite, le diplôme compte beaucoup plus dans votre situation professionnelle future que dans d'autres pays avec le même niveau de développement économique. Donc réussir ou pas à l'école, avoir un diplôme ou pas, ça va avoir un impact très très fort. Et ça, tout le monde le sait, tout le monde le sent. Et c'est une réalité, je dirais, française. Donc le poids qui pèse sur les élèves à l'école est, de ce point de vue-là, plus fort et plus prégnant en France que dans d'autres pays. Et il faut rajouter aussi que dans les familles immigrées et de classe populaire, l'injonction à réussir à l'école est très très forte.

C'est-à-dire qu'il faut quand même entendre ce que disent les parents d'origine immigrée de classe populaire à leurs enfants. C'est réussir à l'école pour faire un métier qui n'est pas le même que le mien. Ça, c'est ce que disent les parents à leurs enfants. Et donc ça, en termes aussi de pression sociale, de pression familiale. Encore une fois, on l'a dit, même si les parents n'ont pas toujours les possibilités de pouvoir aider matériellement ou par leur connaissance du système des enfants. Mais cette injonction, elle pèse. Et donc pour des adolescents, ça crée de l'anxiété.

10:09
Locuteur

Fabien

10:10
Présentateur

Truong, l'un de vos livres, Grand Ensemble, c'est une enquête à Grigny, donc dans un quartier populaire de la périphérie parisienne. Une enquête que vous avez faite avec Jérôme Truc. Vous décrivez des habitants en état d'urgence permanent. Un commissariat ouvert 3 heures le vendredi. Un pédiatre pour 30 000 habitants. Et bon, finalement, d'après ce que l'on voit dans ces blocages, il y

10:33
Locuteur

a

10:33
Présentateur

une géographie sociale.

10:34
Locuteur

Oui,

10:35
Invité

ça renvoie finalement à la question du rapport entre ces populations et le service public et le droit commun. C'est-à-dire qu'en réalité, l'égalité du service public et l'égal accès au droit commun sur le territoire, elle n'existe pas dans les faits. Et c'est vrai que quand vous avez des adolescents et des adolescentes qui demandent des enseignants, des tables, des chaises, ils demandent finalement une scolarité normale. Et ils voient aussi que dans d'autres établissements, les conditions matérielles ne sont pas les mêmes. D'ailleurs, on pourra noter qu'il

11:10
Locuteur

y

11:10
Invité

a des lycées parisiens, notamment, par exemple, qui se sont mobilisés en solidarité, en fait, avec ces lycées, en disant, nous, on n

11:17
Locuteur

'a

11:17
Invité

pas ces problèmes, mais on trouve que c'est injuste. Et donc, je dirais même des adolescents et des adolescentes qui vivent dans des endroits mieux dotés s'en rendent compte en voyant aussi les images et les conditions de vie dans lesquelles des camarades évoluent.

11:36
Locuteur

L

11:36
Présentateur

'undi dernier, je l'ai dit en introduction, il y a eu un élève blessé par un tir d'un lanceur Cougar. C'est comme ça qu'on appelle ça. Il a été grièvement blessé. Il y a une première enquête qui est ouverte par l'IGPN. Les professeurs du lycée ont dénoncé dans un communiqué une réaction disproportionnée. Je cite des forces de l'ordre et des violences policières. Fabien Truong, un commentaire.

12:02
Invité

Oui, c'est vrai que là, ce qui est très un peu confondant, c'est que vous avez des adolescents et des adolescentes qui demandent des enseignants, on leur envoie la police. Donc,

12:09
Locuteur

c

12:10
Invité

'est vrai que dans le rapport de confiance vis-à-vis des adultes, ça interroge. On a aussi des adolescents et des adolescentes qui font des demandes très concrètes. C'est vraiment un peu des cahiers de doléances, je dirais, lycée par lycée. Et il n'y

12:21
Locuteur

a

12:21
Invité

pas de réponse concrète. On a des réponses soit un peu abstraites dans des déclarations de principe ou très concrètes avec la police. Mais je voudrais surtout préciser que le rapport entre la police et les jeunes dans les quartiers populaires, et notamment les garçons, sont problématiques au quotidien depuis plus de 20-30 ans. Et finalement, ce qui se rejoue devant les établissements, ce sont des relations qui sont quasi quotidiennes, en fait, dans les quartiers. Et donc, ce n

12:50
Locuteur

'est

12:50
Invité

pas vraiment la question du lycée qui est posée. C'est la question du rapport au maintien de l'ordre dans ces quartiers, et qui se rejoue là, devant les lycées. Mais c'est des choses plus profondes, en fait, qui sont en germe depuis longtemps.

13:04
Locuteur

Alors,

13:05
Présentateur

vous dites, ça fait longtemps qu'on a l'impression de revivre ça. Ça fait longtemps aussi qu'on a l'impression d'entendre les mêmes discours de part et d'autre. Je vous propose d'entendre un extrait de Laurent Nunez, donc il est ministre de l'Intérieur.

13:19
Locuteur

C

13:19
Présentateur

'était sur LCI.

13:21
Locuteur

On

13:22
Invité

n'a pas eu des mouvements, un mouvement de contestation très habituel. Je crois qu'on peut le qualifier d'emblée de violences urbaines. Chaque fois qu'il y a eu des incidents, des dégradations, des prises à partie des forces de l'ordre, il

13:30
Locuteur

y

13:30
Invité

a eu des interventions de police, conformément aux instructions que passe le ministre de l'Intérieur. Et c'est normal. Évidemment que dans ce contexte, la participation d'un certain nombre de députés de la France insoumise ou d'élus de la France insoumise à ces mouvements est totalement irresponsable. Je pèse mes mots, c'est totalement irresponsable. Je crois que les jeunes ont besoin qu'on leur montre un chemin qui est celui de l'éducation, un chemin du respect des forces de sécurité intérieure et surtout de la non-violence. Voilà, il y

13:55
Locuteur

a

13:55
Invité

eu beaucoup trop de violences. Et encore une fois, les forces de sécurité intérieure sont intervenues systématiquement à bon escient. Et je les en félicite et je les en remercie. Bon, alors ces paroles, on a l'impression de les avoir

14:06
Locuteur

souvent

14:07
Présentateur

entendues. Vous les avez souvent entendues.

14:10
Locuteur

Qu

14:10
Présentateur

'est-ce que l'on peut

14:11
Locuteur

dire

14:12
Présentateur

à ce sujet, Fabien Truang

14:14
Locuteur

?

14:15
Invité

J'aurais juste envie de dire que le chemin de l'éducation et de la non-violence qui est là demandé, c'est celui que demandent ces lycéens et ces lycéennes depuis longtemps. Vraiment, j'insiste. C'est-à-dire que là, on découvre le problème et c'est un peu la cocotte minute.

14:29
Locuteur

C

14:29
Invité

'est-à-dire que les demandes de profs, les demandes d'enseignants, les demandes de tables, de chaises, je répète, elles sont demandées depuis très très très longtemps. Et par des jeunes, par des collectifs lycéens, par des parents d'élèves aussi. On ne parle pas souvent des parents d'élèves dans les quartiers populaires. Donc ces demandes, elles existent depuis longtemps, mais elles ne sont pas... Il n

14:49
Locuteur

'y a

14:49
Invité

pas de réponse à ces demandes. Donc là,

14:51
Locuteur

il

14:51
Invité

y a un ras-le-bol. Mais j'insiste, ces demandes sur le terrain, elles sont présentes depuis très longtemps.

14:57
Locuteur

En

14:57
Présentateur

2000, fin de 3, après la mort de Naël, vous avez justement écrit dans Le Monde que chaque adolescent, je vous cite des quartiers populaires, garde en mémoire des altercations négatives et heurtées avec la police.

15:10
Invité

Oui,

15:11
Locuteur

c

15:11
Invité

'est-à-dire que là, par exemple, les garçons qui ont 15, 16, 17, 18 ans et qui sont devant les parvis du lycée, c'est quand

15:19
Locuteur

même

15:19
Invité

des garçons qui se font contrôler dans leur quartier, devant chez eux, des contrôles d'identité au faciès sans avoir nécessairement commis de délit, de manière extrêmement régulière, des dizaines, des vingtaines de fois dans l'année, de manière répétée. C'est des contrôles qui ne sont jamais agréables, pour les policiers aussi d'ailleurs, qui sont un petit peu envoyés sur des missions qui ne sont peut-être pas les missions les plus efficaces. C'est ce que disent aussi les policiers et les policières en off quand vous discutez avec eux. Donc ça, ça crée des

15:49
Locuteur

précédents, ça crée de la

15:50
Présentateur

tension. Et expliquez-nous, quand vous dites pas les missions les plus efficaces, si ce ne sont pas les missions les plus efficaces, à quoi servent-elles ? Quelle est la fonction ?

15:58
Locuteur

Il y a

15:59
Invité

une fonction d'ostentation à destination du public qui n'habite pas dans le quartier populaire parce qu'en fait, l'idée de ces contrôles, c'est sur la question des trafics, des trafics de drogue. Mais pour arrêter, en fait, les trafics de drogue dans les quartiers populaires, il faut faire des enquêtes longues. Et là, en fait, c'est une stratégie qu'on appelle de pilonnage, qui est de faire des contrôles systématiques d'identité devant les gens, enfin sur les habitants, pardon, les habitantes qui sont devant les tours. Mais au mieux, ça fait déplacer les trafics, ça ne règle absolument pas le problème. Mais ça veut dire qu'il

16:32
Locuteur

y

16:32
Invité

a beaucoup de personnes qui n'ont rien à se reprocher, qui vont à l'école, qui ne sont pas du tout dans les affaires de trafic, parce que c

16:38
Locuteur

'est

16:38
Invité

une minorité de jeunes qui sont dans ces situations-là, qui sont contrôlés, qui sont humiliés et à qui on demande de manière extrêmement régulière de prouver pourquoi ils sont là, qu'est-ce qu'ils font. Et avec, parfois, des contrôles qui se passent mal. Et quand vous êtes contrôlé très souvent, statistiquement, ça se passe mal au bout d'un moment parce qu'il y a beaucoup de tensions qui sont générées là. Il faut vraiment,

17:05
Locuteur

je

17:06
Invité

pense, prendre la mesure de ça. Et donc, quand la police arrive devant un lycée, c'est aussi ça qui se rejoue. Et ça aussi, c'est de la politique publique.

17:15
Locuteur

Et

17:15
Invité

cette politique, vous la voyez évoluer

17:17
Locuteur

?

17:19
Invité

Pas véritablement. En fait, dans le rapport aux services publics, et avec les coupes budgétaires qui sont faites sur l'éducation et sur, en gros, tout ce qui concerne l'état social, on voit qu'il y a plutôt un empirement de ce point de vue-là.

17:32
Locuteur

Et

17:33
Présentateur

on va continuer à en discuter dans une vingtaine de minutes, Fabien Truong. J'aimerais également qu'on aborde la question des réseaux sociaux puisque j'imagine que cela a

17:41
Locuteur

tout

17:42
Présentateur

changé dans, justement, la manière dont on perçoit ces scènes dont on les vide de part et d'autre, y compris d'ailleurs

17:48
Locuteur

lorsqu

17:49
Présentateur

'on est, bien entendu, très éloigné de ces lieux. Vous serez rejoint par Anne Muxel qui est politiste. Et je rappelle, Fabien Truong, qu'on vous doit notamment terrain vague aux éditions de l'EHESS. Il est 8h sur France Culture.

18:07
Locuteur

Les

18:08
Présentateur

matins de France Culture. Guillaume Erner. 8h21, nous avons évoqué les blocages. Les lycéens, des blocages qui sont intervenus, donc dans plus de 400 établissements, avec un certain nombre d'interpellations, des violences

18:25
Locuteur

policières.

18:26
Présentateur

On en a parlé avec Fabien Truong. Vous êtes sociologue enseignant à l'université Paris 8. On vous doit terrain vague aux éditions de l'EHESS. Et voici Anne Muxel que j'accueille. Bonjour, vous êtes politiste, directrice de recherche émérite au CNRS, au Cévis-Pof. Anne Muxel, les mobilisations lycéennes font partie d'un certain nombre de mobilisations collectives auxquelles nous sommes familiers en France. Est-ce le signe d'une dépolitisation ou bien, au contraire, le signe que elles et les lycéens demeurent extrêmement concernées par des sujets sociaux

19:02
Locuteur

? Ce

19:03
Invité

n'est en tout cas pas le signe d'une dépolitisation, puisque les jeunes, contrairement à ce qu'ils sont souvent dit, sont effectivement politisés. Ils se politisent peut-être autrement, plus à distance de la politique institutionnelle. mais ils se mobilisent, on les voit dans la rue, on les voit à l'occasion d'un certain nombre de revendications, y compris pour des sujets qui touchent l'ensemble de la société. Par exemple, on a vu les lycéens se mobiliser contre la réforme des retraites,

19:33
Locuteur

ce

19:33
Invité

qui, à l'époque, pouvait interroger. Les jeunes sont partie prenante de nombres de préoccupations qui agitent la société. Et je trouve qu'aujourd'hui, dans ce qui s'exprime là, y compris parmi les tout jeunes, ils sont porteurs de cette colère diffuse, de cette angoisse. Stéphane Robert a beaucoup évoqué le mot incertitude dans son biais tout à l'heure, mais cette incertitude, c'est l'état d'esprit que l'on mesure aujourd'hui dans les enquêtes que nous menons au Cévi-Pof. C'est l'état d'esprit des Français. Incertitude, inquiétude, matinée d'angoisse, matinée de colère.

Il y a un grand mécontentement dans l'ensemble du pays qui s'ouvre et qui s'exprime, qui s'exprime par certaines mobilisations, mais là qui s'exprime par la jeunesse qui est porteuse aussi de cette colère de l'ensemble de la population. N'oublions pas que derrière les lycéens, il y

20:32
Locuteur

a

20:32
Invité

aussi des familles, il y a aussi des parents, il y a aussi des situations familiales, économiques, sociales, culturelles, très concrètes qui aujourd'hui font face à beaucoup de difficultés. Donc voilà, les jeunes sont porteurs de cette colère, de cette colère qui, par moments, peut même se radicaliser. C'est vrai qu'il y

20:56
Locuteur

a

20:56
Invité

eu la question des violences, on la retient, on la voit. C'est vrai que les jeunes peuvent y aller carrément aussi dans ces revendications et déborder le cadre légitime, on va dire, d'une manifestation. Stéphane Robert. Est

21:15
Locuteur

-ce que

21:15
Invité

le gouvernement accusait la France insoumise d'alimenter, de récupérer ou d'alimenter ? Dans quelle mesure est-ce que c'est le cas ? C'est Laurent Nunez, un ministre de l'Intérieur qui dit ça. Dans quelle mesure est

21:29
Locuteur

-ce

21:29
Invité

que c'est le cas ? Est-ce que c'est mesurable ça ? Est-ce que c'est du jeu politique ? On le sait évidemment.

21:33
Locuteur

Oui,

21:34
Invité

ça fait longtemps que j'observe ces mobilisations de jeunes et à chaque fois la question de la récupération politique vient. On soupçonne toujours les jeunes d'être récupérés politiquement dès l'instant où ils s'expriment. Là,

21:50
Locuteur

très

21:50
Invité

clairement dans ce moment, il est clair qu'il y a on va dire une rencontre possible entre des jeunes qui, quand on leur pose la question, se montrent proches d'Alefi. Il est clair que, par exemple, si ces jeunes votaient, eh bien, une grande partie d'entre eux, la majorité de leur vote, disons, irait à la France insoumise dans la dernière vague de l'enquête électorale que nous avons menée au Cevipof. Ce sont 42% des 18-24 ans qui disent qu'ils voteraient pour Jean-Luc Mélenchon.

Donc, on voit bien, là, et la France insoumise le sait, qu'il y a, voilà, que c'est un parti et Jean-Luc Mélenchon une personnalité qui fait écho à la demande de radicalité, de changement, de transformation de la société, de la jeunesse aujourd'hui.

22:44
Présentateur

Alors, d'après les différentes études, effectivement, si on isole la jeunesse sur le plan électoral, il y a deux parties qui semblent tirer leur épingle du jeu, c'est la France insoumise et le Rassemblement national.

22:55
Locuteur

Oui,

22:55
Invité

tout à fait, si on agrège les deux aujourd'hui et si on mesure les intentions de vote qu'il faut prendre avec beaucoup de précautions et très en amont du scrutin, 69% des jeunes, plus des deux tiers, donneraient leur voix à ces deux parties au debout de l'échiquier partisan avec quand même plus de voix, nettement plus de voix, deux fois plus parmi les 18-24 ans pour la France insoumise. Aujourd'hui, ce que l'on observe, c'est plutôt un retrait des tout jeunes de la tentation du vote pour le Rassemblement national, même si, on le sait, ce ne sont pas les mêmes jeunes. Il faut quand même rappeler à l'antenne qu'il y a jeunes et jeunes. Il y a plusieurs

23:34
Locuteur

jeunesses, la jeunesse n'est pas un bloc

23:36
Invité

homogène.

23:37
Présentateur

J'avais retenu dans les sondages qu'il y avait un distinguo entre les jeunes ruraux qui avaient un vote particulier et les jeunes urbains.

23:45
Invité

Oui, tout à fait, les jeunes ruraux mais aussi les jeunes qui sont peu diplômés, qui sont déjà entrés dans la vie du travail, souvent dans des conditions difficiles, peu reconnus pour ce qu'ils font et peu payés, souvent,

24:02
Locuteur

et

24:02
Invité

donc ils trouvent toujours dans la rhétorique du Rassemblement national, mais ça dure depuis longtemps,

24:08
Locuteur

Alors, sauf erreur de ma part,

24:10
Présentateur

le RN, c'est le premier parti chez les jeunes ruraux.

24:14
Locuteur

Oui,

24:15
Invité

chez les jeunes ruraux, oui, et pas seulement d'ailleurs chez les jeunes. N'oublions pas que les jeunes, ils ne font qu'amplifier bien des tendances politiques qui sont à l'œuvre dans l'ensemble de la société. Chez les ruraux aussi, le vote Rassemblement national est très important.

24:32
Présentateur

Voilà, c'était l'enquête IFOP pour Chemin d'Avenir, c'était donc le premier parti, l'ERN, avec également une sous-représentation du vote Emmanuel Macron pour ces jeunes-là. Lorsque ce choix leur était proposé, Fabien Truong.

24:51
Locuteur

Oui,

24:51
Invité

je voulais juste rappeler que là, on parle de l'après, en fait, l'après-mobilisation, mais en amont, vraiment, c'est des mobilisations qui sont très locales, portées par les jeunes, il faut vraiment le dire pour éviter les amalgames. Il n

25:05
Locuteur

'y

25:05
Invité

a pas de personnel politique infiltré dans les lycées, que ce soit de l'ensemble du spectre politique. Ce n

25:12
Locuteur

'est

25:12
Invité

pas ça qui fait le cœur de pourquoi on se mobilise, en fait. Il faut quand même le rappeler. Comment ça se fait que ça cristallise comme ça et que ça semble prendre un peu partout dans les lycées ?

25:23
Locuteur

Est

25:23
Invité

-ce

25:23
Locuteur

qu

25:23
Invité

'on a une idée ou est-ce que c'est à ce stade difficile à mesurer ? Oui, parce qu

25:27
Locuteur

'il

25:27
Invité

y

25:27
Locuteur

a

25:27
Invité

vraiment quelque chose de structurel. Il y a vraiment deux problèmes. Le premier problème qui concerne plutôt les lycées dans les quartiers populaires, c'est vraiment la question de l'état matériel et logistique de l'enseignement des profs, des infirmières, des tables, des chaises, etc. Et ça, c'est structurel dans l'ensemble des quartiers populaires. Donc ça, ça se répète. C'est comme la question aussi des violences policières. Ce n

25:49
Locuteur

'est

25:49
Invité

pas dans un quartier. À chaque fois, on retrouve les mêmes problèmes. Donc ça, c'est une première chose. La deuxième chose, on en a parlé aussi tout à l'heure, c'est la question de l'anxiété. Il y a un parcours sub lié aux inquiétudes sur l'avenir. Et ça, c'est tous les lycées, c'est toutes les classes sociales. C'est-à

26:05
Locuteur

-dire

26:05
Invité

même les lycées où, entre guillemets, ça fonctionne, où matériellement ça marche. L'angoisse liée à l'avenir, au fait de s'autodéterminer très très tôt, à 15 ans, à 16 ans, à 17 ans, dans un système aussi, il faut le rappeler, où il y a très peu de passerelles dans notre système scolaire français. Donc, le sentiment de, quand on se trompe, d'orientation, de filière, pouvoir revenir en arrière, pouvoir changer, ce n

26:32
Locuteur

'est

26:32
Invité

pas très facile dans notre système. Et donc, l'idée que se tromper tôt et savoir ce qu'il faut faire tôt, c'est important, c'est une réalité. Et ça, c'est angoissant, je dirais, toute classe sociale confondue. Et cette angoisse-là, elle est partagée par l'ensemble des jeunes et, comme il a été dit aussi, des familles. Et donc ça, ça produit du fioul, si vous

26:52
Locuteur

voulez. Et

26:53
Invité

dans quelle mesure ce que nous, on fabrique, nous, médias, dans la construction de la vision d'avenir que peuvent avoir les jeunes, l'angoisse vis-à-vis du réchauffement climatique, par exemple, le fait de cette dette qui grossit, qu'il faudra rembourser, qu'on déclare comme impossible quasiment à rembourser, dans quelle mesure ces grandes mesures-là pèsent dans l'inconscient et dans la mobilisation ? Est-ce que c'est mesurable, ça, d'un point de vue sociologique

27:18
Locuteur

?

27:19
Invité

Mesurable, ce qu'on perçoit quand même, c'est qu'on voit bien qu'il y a, dans le fonctionnement du champ médiatique, il

27:24
Locuteur

y a

27:24
Invité

une dimension très anxiogène. Il

27:26
Locuteur

y

27:26
Invité

a aussi quand même une faite diversification de l'actualité qui est très patente. Donc ça, ça produit des images, ça produit, oui, des images qui sont angoissantes. Et donc ça, ça a évidemment un effet. Mais bon, sur les jeunes, sur les adultes, je pense que tout le monde en est assez conscient. Donc là, c'est vrai aussi qu'il y

27:42
Locuteur

a

27:42
Invité

une part de responsabilité, en fait, dans la part du traitement médiatique des choses.

27:47
Présentateur

Bon, il y a quelque chose par ailleurs qui change tout, c'est l'existence des réseaux sociaux et notamment des différentes vidéos tournées pendant

27:57
Locuteur

ces

27:58
Présentateur

mobilisations lycéennes avec une utilisation de part et d'autre du spectre.

28:03
Locuteur

Oui,

28:03
Invité

alors c'est vrai que les réseaux sociaux, dans le fait de produire des images, comment dire, angoissantes, qui durent 30, 40 secondes, des poubelles qui brûlent, etc. Décontextualiser. Voilà, et on ne sait pas ce qui se passe en fait. Donc on voit des affrontements et on ne parle même plus du fond du problème. Ça, c'est un premier point. Mais c'est

28:20
Locuteur

vrai

28:20
Invité

que du point de vue des jeunes, en fait, ils ont accès sur les réseaux sociaux à deux types de vidéos qui sont très différentes et qui sont quand même pour beaucoup choquantes. c'est-à-dire qu

28:28
Locuteur

'il

28:28
Invité

y

28:28
Locuteur

a

28:28
Invité

quand même des comptes de lycéens, des lycéennes qui arrivent sur des vidéos de 30 secondes, une minute à dire, voilà ce qu'on demande, voilà ce qu'on veut dans tel lycée, à cet endroit, on n

28:36
Locuteur

'a

28:36
Invité

pas un infirmière, etc. Et ces vidéos, elles circulent et les lycéens, lycéennes ont accès à ces vidéos. En disant, bon voilà, on a des demandes concrètes et il

28:44
Locuteur

y

28:44
Invité

a d'autres vidéos, on voit la police, les affrontements. Ça, ça nourrit un sentiment quand même d'injustice très très fort et c'est vrai qu'on est aussi beaucoup plus sensible à l'injustice quand on a 16, 17 ans, 18 ans, 19 ans et ça, ça joue aussi dans ce mix-là mais je dirais le fait d'avoir ces deux types de vidéos dans son feed, ça produit en termes de dissonance quelque chose d'un peu stupéfiant quand même.

29:09
Présentateur

Et alors parmi les demandes de regarder ces vidéos, j'ai entendu par exemple beaucoup de lycéens se plaint de l'interdiction du portable.

29:19
Invité

Oui, du coup, qu'est

29:20
Locuteur

-ce

29:21
Présentateur

que... Non mais je trouvais que c'était quelque chose de curieux comme revendication. Alors je me disais d'un côté il doit y avoir quelque chose d'humiliant à un âge où on entend être maître de ce que l'on fait de se voir privé d'un objet qu'on estime essentiel qui est essentiel dans la vie moderne donc voilà un sentiment de révolte de l'autre évidemment du point de vue des adultes il s'agit de protéger les lycéens d'un objet qui est plutôt nuisible dans le cadre des études ou dans le cadre de tout processus de concentration.

29:57
Invité

Oui, là c'est sûr dans le rapport au portable il

30:00
Locuteur

y

30:00
Invité

a un... j'ai été enseignant en lycée il

30:02
Locuteur

y

30:02
Invité

a un combat éducatif je dirais et puis on cherche à accompagner les adolescents et les adolescents dans le rapport à la technologie aux écrans ça c'est sûr après... Ça ne vous étonne pas comme revendication

30:13
Locuteur

?

30:14
Invité

Je ne sais pas des revendications c'est-à-dire qu'il y

30:16
Locuteur

a

30:16
Invité

eu des témoignages de jeunes qui le disent je pense que ça existait mais il y a... Des

30:20
Présentateur

revendications dans le cadre spontané évidemment de cette mobilisation lycéenne

30:25
Locuteur

? Oui

30:25
Invité

mais ça ne fait pas partie des... Les jeunes ne sont pas en train de brûler des poubelles parce qu'ils veulent...

30:32
Locuteur

Je

30:32
Présentateur

ne parlais pas de ça je parlais de discours de jeunes tout à fait pacifiques évoquant les raisons de leur

30:37
Locuteur

colère.

30:37
Invité

Oui mais ça renvoie je pense à toutes les conversations qu'il peut y avoir entre des adultes et des jeunes dans toutes les familles sur le rapport aux écrans ça c'est partout mais ce n

30:45
Locuteur

'est

30:45
Invité

pas spécifique à ce mouvement-là il n

30:47
Locuteur

'y

30:47
Invité

a pas une demande sur avoir nos portables en classe nationale.

30:52
Locuteur

Anne

30:52
Invité

Muxel donc dans la

30:54
Présentateur

politisation de part et d'autre que vous évoquiez il y a donc une modification du sens de l'action politique puisqu'il ne s'agit plus d'avoir une intégration partisane comme auparavant en revanche il s'agit de quelque chose qui est très présent.

31:12
Locuteur

Oui

31:13
Invité

c'est-à-dire que les jeunes quand même ont les moyens de s'informer même si ce n'est pas si simple pour eux de faire le tri entre toutes les sources d'informations les réseaux sociaux

31:24
Locuteur

grâce aux réseaux sociaux

31:25
Invité

ils ont à leur disposition de multiples sources d'informations de multiples images de multiples messages etc et donc à partir de là ils se font aussi une idée de ce qui peut se passer dans la société encore une fois n'oublions pas que les jeunes ils

31:45
Locuteur

ne sont

31:45
Invité

pas hors seuls ils sont dans des situations sociales concrètes dans des environnements dans des territoires dans des vies familiales où évidemment ils captent depuis très très longtemps tout au long de leur enfance les difficultés auxquelles peuvent être aussi soumises leurs parents par ailleurs l'école en France maintenant on le sait n'est plus perçu comme un instrument comme un vecteur d'égalité des chances dans toutes nos enquêtes ce que l'on mesure c'est un recul très grand de cette idée de l'école qui va être un outil de promotion sociale les gens n'y croient plus et les jeunes encore moins et donc ça crée un sentiment de très grande incertitude où Fabien Truong a eu raison de le rappeler dans un pays où la question du diplôme est un marqueur beaucoup plus central et décisif que dans bien d'autres pays donc on voit bien qu'il y a une situation de fond dans le pays qui est très anxiogène pour les jeunes et de cette anxiété c'est finalement de la colère qui sort avec cette idée aussi que maintenant pour se faire entendre il faut il faut protester dans la rue voire il faut avoir des actions radicales parce qu'autrement rien ne change dans ce pays donc dans cette volonté très forte de vouloir changer les choses et bien évidemment pour un lycéen brûler une poubelle il va considérer que et bien là on va le voir ça va être relayé relayé sur les réseaux sociaux et la télévision et puis peut-être ça fera bouger ceux qui peuvent décider

33:30
Locuteur

Stéphane

33:31
Invité

Robert on compare souvent les mouvements de jeunesse aux dentifrices qu'on sort du tube et qu'il est très difficile de faire re-rentrer dedans on voit que le gouvernement a de grandes craintes là depuis quelques jours dans quelle mesure il peut craindre ce qui peut se passer et est-ce que ça peut véritablement ou est-ce qu'on ne

33:50
Locuteur

peut

33:50
Invité

pas dire ce qui peut se passer par la suite oui bien sûr parce qu'il y a des grands mouvements sociaux qui sont partis de la jeunesse notamment de mobilisation étudiante on a déjà on a déjà vu ça bon remontons à mai 68 qui reste cet archétype de la mobilisation révolutionnaire des jeunes mais oui parce que là on voit bien déjà que c'est parti de quelques de quelques lycées dans des situations difficiles c'est parti d'établissements de la Seine-Saint-Denis on voit bien que ça gagne ça a gagné très rapidement des territoires y compris qui ne sont pas des territoires défavorisés même sur le plan scolaire mais par solidarité par adhésion finalement et solidarité aux problèmes que rencontrent des jeunes plus défavorisés et maintenant on voit bien que ça peut gagner les étudiants et l'université très souvent on a vu les étudiants commencer et les lycéens se rallier là c'est les lycéens qui commencent et les lycéens et les étudiants qui peuvent embrayer dans le mouvement et c'est vrai que oui quand la jeunesse est dans la rue il y a une grande crainte c'est sans doute ce que redoutent le plus les gouvernements et les politiques parce qu'on ne sait pas jusqu'où ça peut aller et il y a aussi une grande crainte qu'il y ait des incidents graves voilà qui mettent en cause l'attitude des forces de l'ordre ou qui mettent en cause la politique menée par le gouvernement

35:19
Locuteur

Fabien

35:20
Invité

Truong

35:20
Locuteur

oui

35:20
Invité

on pourrait dire aussi que ce mouvement là c'est le symptôme d'une question vraiment très centrale actuellement c'est la question de l'écoute et de la considération en réalité ce que demandent ces adolescents aux adultes et on peut faire même s'il

35:33
Locuteur

y a

35:33
Invité

un écho avec le mouvement des gilets jaunes et ce que demandent des personnes qui ont des besoins très concrets aux personnes en responsabilité c'est voilà nous avons ces difficultés ces problèmes très concrets vraiment très concrets est-ce que vous pouvez nous entendre est

35:46
Locuteur

-ce

35:46
Invité

que vous pouvez donner une réponse et sur la question de la crainte que vous posez j'aurais envie de déplacer un petit peu la question parce qu'en fait là il y

35:56
Locuteur

a

35:56
Invité

des demandes concrètes locales pourquoi les adultes et le pouvoir politique craint le fait de se poser dire on va essayer d'y répondre voici ce qu'on pourrait faire ce qu'on peut pas faire mais très concrètement et là on a une réponse policière c'est vrai qu'on a un ministre de l'éducation qui parle de police aujourd'hui alors en termes d'écoute ça interroge quand même véritablement et ça ça fait écho à ce que ressent une très très grande partie de la population c'est-à

36:23
Locuteur

-dire

36:23
Invité

on demande des choses concrètes et on ne nous entend pas on ne considère pas ces demandes quand elles sont articulées en fait

36:29
Présentateur

bon ça fait partie aussi des peurs françaises j'évoque le titre de l'ouvrage Anne Muxel que vous avez publié avec Pascal Perrineau inventaire des peurs françaises vous dites que non seulement le politique ne régule plus les peurs mais il fait peur pour je crois 39% des français

36:48
Locuteur

oui

36:49
Invité

le politique fait peur parce que justement il ne répond pas très concrètement à la fois dans le moment présent aux demandes et aux inquiétudes des gens mais il ne permet pas non plus de projeter l'ensemble de la population de la société dans un avenir dans un avenir possible dans un avenir désirable donc du coup que ce soit dans une temporalité immédiate ou dans une temporalité à plus long terme et bien voilà les gens ne font plus confiance du tout aux politiques pour s'occuper finalement des problèmes concrets qu'ils ont auxquels ils doivent faire face ils ne savent plus non plus dans quel monde ils vont projeter leurs enfants donc dans ce livre on voit bien que dans ce contexte où il y a à la fois cette perte de confiance dans les gouvernants mais aussi une impossibilité de savoir où l'on va tant le monde aussi environnant il faut sortir aussi de nos frontières franco-françaises on voit bien aussi toutes les préoccupations les angoisses le climat le réchauffement climatique les guerres l'instabilité liée aux reconfigurations géopolitiques etc tout cela évidemment avec l'impact très concret sur les carburants le prix du carburant qui gêne tous les jours des millions de français qui vont travailler tout cela évidemment fait que les personnes se sentent débordées inquiètes

38:24
Locuteur

le

38:25
Invité

mot de la fin Fabien Troula peut-être en miroir aussi de toutes ces inquiétudes de ce qui ne marche pas je voudrais aussi souligner que quand le contexte le permet et quand les conditions le permettent il y

38:33
Locuteur

a

38:33
Invité

aussi des choses qui fonctionnent à l'école et moi j'ai mené une enquête ethnographique très longue où j'ai suivi mes anciens élèves de quartier populaire une vingtaine d'anciens élèves les parents n'avaient pas le bac etc jusqu'à leur arrivée enfin la fin des études et l'entrée dans la vie active et cette enquête a duré aujourd'hui ils sont comment dire ils travaillent dans la vie active la moitié de ces jeunes ont eu un diplôme ils sont aujourd'hui propriétaires dix ans après ils sont tout à fait entre guillemets intégrés dans la société française et cette enquête elle montre aussi toutes les conditions qui permettent à ces parcours d'exister donc ça aussi ça existe c'est très invisibilisé on parle assez peu en fait aussi de ces parcours de réussite d'intégration douce et qui sont aussi très prégnants c'est vrai que par exemple dans les quartiers populaires il y a beaucoup de mouvements démographiques parce qu'il

39:22
Locuteur

y a

39:22
Invité

aussi de la petite mobilité sociale résidentielle qui est permise par l'école et ça existe aussi

39:28
Locuteur

merci

39:29
Présentateur

beaucoup Fabien Truon vous êtes sociologue vous enseignez à l'université Paris VIII et on vous doit notamment grands ensembles violences solidarité ressentiment dans les quartiers populaires et terrain vague ça c'est aux éditions de l'EHESS tandis que le premier livre était aux éditions de la découverte Anne Muxel politiste directrice de recherche émérite au CNRS on vous doit inventaire des peurs françaises c'est avec Pascal Perrineau et c'est chez

39:53
Locuteur

Odile

39:54
Présentateur

Jacob

39:54
Locuteur

dans

39:55
Présentateur

quelques instants mes camarades Lucille Comeau et François Saltiel et le 8h45 qui est le journal d'Anne Lorchouin