L'interview en Intégralité du Préfet de police de Paris, Laurent Nunez sur BFMTV
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Alors Laurent Nunez, merci de prendre la parole sur BFM TV, monsieur le préfet de police de Paris. Je vous accueille avec Cécile Olivier qui est chef de notre service police-justice. Nous sommes donc au lendemain d'un premier mai qualifié d'historique par les syndicats, un premier mai marqué aussi par des violences. On pense évidemment à ce policier gravement brûlé après avoir été visé par un cocktail Molotov. Quelles sont les dernières nouvelles de son état de santé ce soir ?
Ces nouvelles sont rassurantes. Il a été victime d'un jet de cocktail Molotov. Sans l'intervention de ses collègues de la compagnie d'intervention, ça aurait été bien plus grave. Mais il a quand même été brûlé au second degré. Il est brûlé au visage, aux cuisses et aux poignets.
Avez-vous pu interpeller, voire identifier, ce serait dans l'autre sens, identifier, voire interpeller son agresseur ?
Non, pas à ce stade. Mais évidemment que la justice est saisie. C'est la direction régionale de la police judiciaire de Paris, donc le 36, comme on dit chez nous, qui est saisi, comme il est de la plupart des actes très violents contre les policiers. Et il faut bien imaginer que tout va être mis en oeuvre pour retrouver l'auteur de cet acte extrêmement violent, comme d'ailleurs a été interpellé il y a quelques jours la personne qui avait jeté un pavé, tout le monde s'en souvient, à la face d'un autre effectif qui s'était effondré. Tout le monde se rappelle de cette image. L'auteur a été interpellé et condamné.
Je sais aussi que vous êtes un homme discret, c'est normal, c'est votre travail de préfet,
mais vous nous le diriez si l'enquête avançait, s'il y avait une véritable piste. Tout est mis en oeuvre pour qu'on retrouve l'auteur de ce jet de cocktail Molotov. Vous savez, on travaille à posté à rurier, on ne travaille pas qu'en temps réel. Il y a beaucoup de travail qui se sont effectués, notamment grâce aux vidéos, grâce aux témoignages. On va exploiter tous les éléments, y compris d'ailleurs techniques et scientifiques, qui nous permettront de retrouver l'auteur de cet acte.
Il portait une tenue inifugée, anti-feu ?
Mais bien sûr, bien sûr, évidemment, tous nos effectifs sont équipés. Vous savez, on critique souvent nos bravèmes qui ont des cagoules, mais c'est aussi pour parer à ce type de jet de projectile qu'il y a ce genre d'équipement. Et on voit que c'est bien évidemment nécessaire.
Plus largement, 259 policiers et gendarmes ont été blessés à Paris, ainsi que 32 manifestants. On a passé un cap dans la violence, monsieur le préfet ?
On a passé hier un cap dans la violence, mais le scénario de cette manifestation intersyndicale, c'était un 1er mai, mais sous forme d'organisation intersyndicale, c'était à peu près le même que les 12 premiers. Vous avez une manifestation syndicale qui se passe très bien, il n'y a pas de violence. Et puis on a ce pré-cortège qui est devant, le cortège syndical, qui hier réunissait beaucoup de monde. Il y avait plus de 20 000 personnes dans ce pré-cortège. C'est là que les black blocs arrivent, c'est là que les éléments ultra arrivent. Et au bout d'un moment, ils font systématiquement dégénérer la manifestation.
C'est ce qu'ils ont fait hier en s'en prenant à des commerces, en cherchant évidemment les forces de l'ordre. Parce que je tiens à rappeler que moi j'applique ce qu'on appelle la désescalade. C'est-à-dire ? C'est-à-dire que les forces de l'ordre sont très loin. Nous ne sommes pas au contact. Nous sommes très loin et évidemment, ça ne plaît pas aux individus ultra qui ne cherchent en réalité qu'à non pas apporter une cause. Leur seule cause, c'est de renverser évidemment la République, la démocratie représentative. Et eux, ce qu'ils attendent, c'est que les forces de l'ordre arrivent pour pouvoir les attaquer.
Et donc, ils les provoquent en cassant, en pillant des magasins, parfois même en s'en prenant à d'autres personnes. Et voilà, c'est toujours comme ça que les choses se passent. Mais par contre, je vous rejoins effectivement. Hier, on avait un niveau d'engagement, un niveau de violence que nous n'avions pas rencontré depuis le début du mouvement.
Quels étaient les profils de ces personnes, des jeunes, des femmes, des étrangers, dans ce black bloc ?
On a dans le black bloc. Le black bloc, encore une fois, c'est une technique qui consiste à s'habiller en noir, se créer un bloc très compact et puis passer à l'action violente. Donc ce black bloc, d'abord, il y avait plusieurs black blocs. C'était la difficulté hier. Il y en avait quatre. C'est que dans le pré-cortège, il y a pu avoir jusqu'à quatre groupes, effectivement, extrêmement violents. Les profils, c'est toujours des individus d'ultra qui sont à la manœuvre. Généralement, l'ultra gauche, tout le temps l'ultra gauche. Et puis on a des ultra jaunes. Et puis on a des individus qui, le temps d'une manifestation, vont se radicaliser.
Hier, on avait 1 500 à 2 000 individus ultra, quelques centaines d'ultra jaunes. Et puis vous avez des individus aussi qui participent à ces exactions.
Je ne veux pas en rajouter, je vous interromps, mais je ne veux pas en rajouter. Mais est-ce qu'on peut dire en ce moment que les ultras se sont encore radicalisés ? Vous comprenez le sens de ma question ?
Il y avait un engagement qui était plus violent, oui, je comprends. Oui, oui, bien sûr. On l'a vu hier de deux façons. L'engagement contre les forces de l'ordre était beaucoup plus violent. Ils étaient beaucoup plus équipés. On a trouvé un tas de projectiles sur les individus interpellés, beaucoup de projectiles qui ont été jetés contre nos forces de l'ordre. Et puis on a vu qu'à l'arrivée sur la nation, il n'y a pas eu une dispersion. Puisque, comme d'habitude, nous avons mis en échec leur stratégie. C'est-à-dire que dès qu'ils ont commencé à commettre des exactions, au bout d'un moment, la désescalade, ça a du bon. Mais quand il y a des violences, moi, je sors de la désescalade.
Et on passe évidemment dans l'intervention des forces de l'ordre. Et comme nous avons empêché ces Black Blocs d'agir en les poussant vers la nation, eh bien, ils espéraient prendre une revanche en attendant les forces de l'ordre sur la nation. Et ça, c'est nouveau parce que souvent, ils se dispersent au point d'arrivée. Et là, ils ont attendu les forces de l'ordre qui, évidemment, ont répondu de manière proportionnée. Ils les ont dispersées très rapidement. Pourquoi ils les ont dispersées très rapidement ? Il faut le rappeler à tous vos téléspectateurs. Alors, si on ne disperse pas les Black Blocs sur la nation, le cortège, les deux cortèges syndicaux, n'arrivent jamais à leur terme.
Or, encore une fois, et ça, on le doit évidemment à l'engagement de nos forces de sécurité intérieure, les deux cortèges syndicaux de la manif intersyndicale du 1er mai sont arrivés à bon port sans incident grâce à nos forces de l'ordre. Vous êtes en train de nous dire que la police protège les manifestants. Mais j'espère que personne n'en doute. La police n'a pas protégé les manifestants.
Et d'ailleurs, est-ce qu'il y a des manifestants classiques qui viennent s'agréger à ce Black Bloc ? Est-ce qu'ils arrivent à rallier à leur cause des manifestants classiques ?
Il y a un certain nombre d'individus qui sont dans le pré-cortège qui vont effectivement se rallier, suivre les individus ultra. Mais vous savez, quand vous faites ça, vous sortez... Moi, je n'appelle pas ça des manifestants. Ce n'est pas manifesté. On entend sur les plateaux télé des gens qui disent « Oui, les manifestants ont été pris à partie par les filles. » Il n'y a pas de prise à partie de manifestants. Il y a des individus qui peuvent passer du statut un temps de manifestants à celui de casseurs d'individus ultra-violents. Mais on sort du cadre de la manifestation. Encore une fois, la manifestation, ça ne doit pas prendre la forme d'une expression violente.
Il se trouve que le renseignement territorial avait parfaitement signalé dans sa note ce que vous êtes en train de nous décrire. Pourquoi ne peut-on pas les empêcher d'agir ? Et est-ce que vous estimez qu'il faut aujourd'hui durcir la loi anti-casseurs ?
D'abord, je vais y revenir, puisque le ministre l'a évoqué. D'abord, intervenir en amont, c'est quasiment impossible à droit constant. Même quand on connaît ces individus, et certains sont connus, puisqu'ils appartiennent aux mouvances ultra, notamment d'ultra-gauche. Ils sont évidemment connus. Mais vous ne pouvez pas empêcher les individus de se rendre à une manifestation tant qu'ils n'ont pas commis d'infraction. Ça n'est pas possible en droit français. C'est-à-dire que c'est protégé par la Constitution française.
Pour nos téléspectateurs, on sait que des gens dangereux, parfaitement classifiés, viennent participer à des manifestants. Et on n'a aujourd'hui aucun moyen légal, dans un pays démocratique, d'intervenir avant.
Quand ils ne font pas l'objet d'une interdiction judiciaire. Si ces individus sont connus pour des exactions commises lors d'autres manifestations, quand ils sont condamnés, au-delà de la sanction qui est toujours appliquée, j'entendais tout à l'heure quelqu'un dire qu'il n'y a pas de sanction pour les casseurs quand ils sont interpellés, je peux vous garantir que ce n'est pas vrai. Ils sont condamnés. Et souvent, il y a une peine complémentaire qui va être l'interdiction judiciaire de manifester. Et ça, évidemment, quand on les voit, ceux-là, on peut les empêcher d'atteindre la manifestation.
Mais pour ceux qui n'ont pas été condamnés, et dont on les connaît en renseignement, ça veut dire qu'on les connaît en renseignement, on sait qu'ils appartiennent aux mouvements ultra, on sait que potentiellement, ils peuvent passer à l'action. Mais tant qu'ils ne l'ont pas fait, on ne peut rien faire contre eux. D'où l'idée, d'où la proposition.
Ils peuvent être suivis ou accompagnés à distance, et j'imagine que vous le faites.
– Et puis ça, je n'ai pas à vous le dire, mais peu importe, on ne peut quand même pas les interpeller.
– Mais par exemple, hier, il y avait des contrôles, des fouilles de sacs, et pourtant, il y a pu y avoir des cocktails Molotov, ils ont utilisé aussi des bidons de fioul pour mettre le feu à un immeuble. Pourquoi on n'arrive pas à les empêcher d'apporter du matériel ?
– Attendez, regardez ce qu'on entend sur la police, dès lors qu'on se contente d'encadrer des manifestations et de faire en sorte qu'elles ne pouvaient plus gérer.
– Oui, mais il y avait des gendarmes qui fouillaient les sacs.
– On a fait des contrôles, mais on les demande. Moi, le ministre de l'Intérieur me demande d'organiser des contrôles en amont, et c'est ce que je fais, on fait des contrôles. Mais on ne peut pas détecter, on ne peut pas fouiller tout le monde, évidemment, même si on fait des milliers de contrôles. Et on interpelle à cette occasion des individus qui sont porteurs d'armes par destination. Mais ils sont quand même suffisamment habiles pour, généralement, soit déposer du matériel sur le trajet de la manifestation, soit se fournir tout simplement sur les chantiers, ou casser des pavés pour se constituer des projectiles.
Donc voilà, évidemment que les contrôles sont importants, ça a un côté dissuasif, mais ça ne permet pas d'appréhender le tout.
– Question simple, réponse très rapide, il faut durcir ou non la loi anticasseur ?
– Alors j'allais y venir, le ministre de l'Intérieur a parlé du loi anticasseur, moi je n'en connais pas le contenu, il faut se souvenir qu'en 2019, il avait été envisagé de créer une interdiction administrative de manifester, non plus judiciaire, c'est-à-dire que les préfets auraient pu, comme ils interdisent un certain nombre d'individus, de se rendre dans les stades. Les hooligans, dont on sait qu'ils ont commis par le passé des actes violents, on peut leur interdire de se rendre dans les stades. Il y a aussi des interdictions judiciaires, mais il y a aussi une interdiction administrative à la main des préfets.
L'idée c'était d'avoir la même disposition, mais elle n'a pas été jugée constitutionnelle. Et donc voilà ce type de mesures qu'il faut peut-être remettre sur l'ouvrage et qui nous permettrait effectivement d'écarter un certain nombre d'individus.
– 13 journées de mobilisation contre la réforme des retraites, dans quel état d'esprit sont nos forces de l'ordre ? D'autant plus qu'on vient de leur annoncer la 14e, pour le 6 juin.
– Les forces de l'ordre sont soumises à rouille d'épreuve depuis le début du mouvement, parce qu'il n'y a pas que les manifestations intersyndicales, il y a des cortèges sauvages, on en a eu encore hier soir dans Paris, sur un certain nombre d'individus qui sont partis en cortèges sauvages, qui généralement commettent des exactions, allument des incendies de poubelle, ça peut aller jusqu'à des incendies qui se propagent à des immeubles, des véhicules, on a quelques dizaines de véhicules qui ont quand même été brûlés dans la capitale depuis la mi-janvier, donc pour nous évidemment c'est beaucoup de travail, le soir il faut courir après ces groupes, les disperser, parfois les interpeller.
Alors les forces de l'ordre évidemment, elles sont fatiguées, c'est un moment difficile, mais en même temps elles ont conscience du rôle qu'elles jouent dans notre démocratie, qui est celui de protéger les vrais manifestants, et d'éviter que les manifestations soient perturbées.
Pour la première fois, des drones ont été utilisés pour surveiller la manifestation, qu'est-ce que ça apporte de plus ? Parce qu'on a vu qu'il y a quand même eu des dégradations, un policier qui a reçu un cocktail Molotov, un immeuble en feu, qu'est-ce que ça apporte de plus finalement ?
C'est un moyen de captation supplémentaire, vidéo, qui permet d'avoir un peu de champ, de la hauteur comme on dit, on prend vraiment de la hauteur et de voir comment évoluent les groupes. Si je peux vous dire qu'hier il y avait quatre black blocs, c'est parce qu'on a pu prendre un peu de hauteur et voir les groupes à risque. Mais tout ça est très encadré, je veux aussi rassurer vos téléspectateurs, l'utilisation de drones elle est encadrée, je les autorise sur un périmètre précis, dans des conditions précises, pour des finalités précises, qui est la prévention des troubles à l'ordre public.
Et donc, par exemple hier, le drone, nous avions des drones, mais qui n'ont pas volé au-dessus du cortège syndical, ça n'était pas nécessaire, il n'était que sur le pré-cortège, nous avions les individus à risque, mais ça nous a donné une capacité d'analyse de la situation beaucoup plus forte. Mais je ne veux pas vous entendre, on a l'impression que les black blocs ont gagné la bataille hier. Pas du tout.
C'est vrai qu'on a l'impression, on savait qu'ils seraient 2000, ils étaient 2000, il y a eu des fouilles, ils ont quand même eu des armes par destination, des pavés, des cocktails Molotov.
Ils ont été dispersés hier, ils ont été dispersés grâce à l'action des forces de sécurité intérieure.
Il y a eu beaucoup de blessés.
On a eu beaucoup de blessés, il y a eu un engagement évidemment extrêmement fort des forces de l'ordre, il y a eu effectivement beaucoup de blessés, moi j'en ai 259, dont plus d'une trentaine qui ont été conduits en milieu hospitalier, dont un très grave dont nous avons parlé au début de cet entretien.
Mais c'est vrai que du coup on a l'impression qu'ils viennent et que vous ne pouvez rien faire.
Mais vous ne pouvez pas dire que nous ne faisons rien. Les Black Blocs ont été dispersés hier, nous les avons poussés jusqu'à la nation de manière extrêmement rapide pour qu'ils arrêtent de commettre des exactions qu'ils avaient à commettre au début de la manifestation, puis ça s'est terminé ensuite. Nous les avons poussés à la nation puis dispersés. Qu'est-ce que ça a permis ? Ça a permis de protéger des biens, évidemment, et puis ensuite, encore une fois j'insiste, ça a permis aux deux manifestations de se dérouler. Le ministre l'a dit hier quand il est venu à la préfecture de police, et je vous le redis,
si nous ne sommes pas là, il n'y a pas de manifestation intersyndicale, ça n'existe pas. Alors, 61 manifestants ont quand même été blessés hier, 32 à Paris. Un de nos confrères journaliste, Rémi Buzine, a confirmé à BFM TV qu'il avait reçu des coups de matraque et un coup de pied à la tête par un policier à place de la nation. Ces faits sont-ils venus jusqu'à vous ? Et si oui, quelle est votre réaction ? Est-ce qu'une enquête sera ouverte ?
D'abord, bien sûr, ces faits sont immédiatement parvenus jusqu'à moi. Il a même évoqué la possibilité d'avoir été touchés par une grenade de désencerclement. Donc évidemment, nous sommes en train de regarder où ces grenades ont été tirées, ou elles ont été utilisées, ce sont des grenades qu'on utilise dans les cas de légitime défense. Vraiment. Donc, ce ne se passe pas la grenade lacrymogène. Donc évidemment, on va essayer de comprendre le contexte.
On dit qu'il a été matraqué et tapé à la tête place de la nation.
On essaie de comprendre le contexte. Moi, je suis en train de regarder, comme je le fais à chaque fois, d'essayer de comprendre les faits. Où est-ce que ça s'est passé ? Dans quelles conditions ? Et évidemment, tout de suite sera donné. Donc, l'enquête est ouverte. Et le préfet de police s'en préoccupe. Au niveau administratif. C'est une enquête administrative. Évidemment, comme à chaque fois, moi, je demande toujours des rapports sur les circonstances des faits qui sont portés à ma connaissance.
Certains discours, et donc certains responsables politiques, attisent-ils, selon vous, cette violence ? Ce matin, Gérald Darmanin accusait sur BFMTV Jean-Luc Mélenchon d'exciter une partie de la population, notamment quand il affirme que la police tue.
Donc, c'est un propos politique. Moi, je suis préfet de la République. Je n'ai pas à me prononcer sur ce propos. Ça n'est pas mon... Par contre, ce que je peux vous dire, évidemment, c'est que du côté des forces de l'ordre que je dirige, un certain nombre de propos qui sont tenus, comme ceux qui laissent à penser que la police attaque les manifestants, je prends par exemple d'une manière générale, ou qu'en particulier, la Brava M s'en prend à des manifestants et vise à réprimer des manifestants, au sens les empêchés de manifester. Pour nous, c'est offensant, c'est insultant.
Parce qu'au contraire, toute notre mission, c'est de permettre à ces manifestations de se dérouler, et nous y parvenons. Et encore une fois, j'insiste, s'il n'y avait pas les forces de l'ordre, s'il n'y avait pas les forces de l'ordre, il n'y aurait pas de cortège syndical. Parce que les Black Bloc s'en prennent certes aux magasins, s'en prennent certes aux forces de l'ordre, mais ils ont aussi une proportion à critiquer aussi ce qu'ils appellent les élites syndicales. Et de temps en temps, nous avons été obligés, au cours des 12 dernières manifestations, parfois, d'empêcher les Black Bloc de s'en prendre au cortège syndical.
Demain, le Conseil constitutionnel va rendre une décision sur le RIP. Est-ce que vous avez des inquiétudes pour la soirée de demain ?
On sera évidemment attentifs, comme à chaque fois. Comme à chaque fois, nous serons attentifs. Il y a une manifestation, d'ailleurs, qui a été déclarée. Nous sommes en train de discuter avec l'organisateur.
Près du Conseil constitutionnel ?
Elle est déclarée près du Conseil constitutionnel. Et vous allez l'autoriser ? Nous avons proposé un autre lieu. On verra demain, dès ce soir, comment les choses se passent. Mais en tout cas, il y aura évidemment un dispositif qui sera prévu, et pour le Conseil constitutionnel, évidemment, et dans Paris, s'il devait y avoir des débordements. Mais comme à chaque fois, je veux dire, à chaque fois, et je veux redire ici, sur ce plateau, que depuis le 19 janvier, les forces de sécurité intérieure ont toujours maintenu l'ordre public dans la capitale. Et évidemment, je ne parle que de la capitale, puisque c'est ma zone de compétence.
Mais il me semble aussi, dans le pays tout entier, il faut les saluer.
Leur violence est une violence légitime, puisqu'elle est là pour nous protéger. Je vous parle des forces de police. Est-ce que vous estimez qu'elle a, jusqu'ici, été utilisée de façon proportionnée ?
Évidemment, oui. Évidemment, oui. Il y a eu quelques affaires pour lesquelles l'IGPN est saisie, qui donnent lieu à des investigations. Ce qui ne veut pas dire qu'il y a eu 10 proportions dans l'intervention. Il y a des enquêtes en cours, quelques dizaines seulement, par rapport au niveau de violence auquel les forces de l'ordre sont confrontées. C'est très peu. Je peux vous dire que nous intervenons de manière proportionnée. Vous savez, hier, nous avons vu le Black Bloc se constituer, ces milliers de personnes s'agréger au tout début du cortège. On ne peut pas dire que le Black Bloc se soit comporté de manière exemplaire.
On a commencé à voir des vitrines commencer à être attaquées, évidemment.
On n'attend pas des Black Blocs qui soient exemplaires. On l'attend de notre police.
Oui, mais la police intervient quand il le faut. Et je ne peux laisser dire, comme je l'ai encore entendu ce matin, évidemment, c'est le jeu des responsables politiques de le dire, mais parfois, certains commentateurs, nous n'intervenons jamais pour casser des manifestations. Nous intervenons pour empêcher des casseurs d'agir. Et sous une forme qui est celle de la désescalade. Nous ne sommes pas au contact au début. Et donc, on ne peut pas accuser les policiers de provocation policière, comme j'ai pu l'entendre ces jours derniers.
Et pourtant, le Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations Unies a rendu un rapport dans lequel les experts invitent, je cite, « la France à repenser ses politiques en matière de maintien de l'ordre ». Ils évoquent notamment une répression disproportionnée. C'était le cas notamment concernant les manifestations des Gilets jaunes. Quelle est votre réaction ? Est-ce que c'est une pression qui vous est faite quant à la nature du maintien de l'ordre dans notre pays ?
– Mais les mêmes critiques…
– Nations Unies, hein.
– Au niveau du moment des Gilets jaunes, je n'étais pas préfet de police, j'ai été secrétaire d'État, je n'étais pas préfet de police. Je le suis maintenant. On a les mêmes critiques des mêmes instances qui prennent des séquences du moment où la manifestation dégénère, où les individus commettent des exactions et où nous intervenons. si certaines institutions ont envie de qualifier les casseurs de manifestants, ça n'est pas mon souci, ça n'est pas ma qualification.
– Vous dites que ce sont eux qui font une inversion de valeur ?
– Mais totalement, vous ne pouvez pas. Le maintien de l'ordre, c'est encadrer une manifestation. Quand la manifestation dérape, quand des individus commencent à casser, à piller, vous rentrez dans des phases que le ministre a qualifiées devant la commission parlementaire lorsqu'il a été entendu sur le maintien de l'ordre à juste titre de guérilla urbaine, de violence urbaine, ce n'est pas une manifestation. Ce n'est pas une manifestation. Le Conseil de l'Europe et d'autres instances devraient regarder comment dans notre pays, on a pu organiser 13 grands mouvements syndicaux d'une très grande ampleur, sans qu'il y ait d'incidents dans les cortèges syndicaux. C'est ça ce qui compte.
C'est ce qui compte à nos yeux.
– Est-ce que vous avez pris, puisque vous en parlez, des sanctions administratives envers certains policiers qui ont été visés par des enquêtes depuis le début du mouvement contre la réforme ?
– Non, parce que ces enquêtes sont en cours. Je n'ai pas eu encore, j'ai compris que l'inspection générale de la police nationale allait me proposer un certain nombre de sanctions dans l'affaire de l'audio de la Brave M. Donc j'attends ces sanctions, je crois, d'un jour à l'autre, puisqu'elles m'ont été annoncées. Je vais les examiner, mais il faut laisser aux enquêtes le temps de se dérouler.
– Monsieur le Préfet, je vous propose maintenant de découvrir un reportage 3D de la rédaction de BFM TV, puisque une fois de plus, les membres du Black Bloc ont multiplié les affrontements avec les forces de l'ordre et enchaîné les dégradations. Ils sont extrêmement bien organisés, avec des techniques parfaitement rôdées. Un véritable défi donc pour nos forces de l'ordre. Black Bloc, la démonstration de force, c'est un reportage de Fanny Morel et Fabrice Babin avec Justine Fontaine et Sophie Herbet.
– La place de la nation se réveille, jonchée de débris de verre. Les stigmates des affrontements de la veille impressionnent, autant qu'ils exaspèrent.
– C'était des scènes de guerrillas urbaines avec des feux, des caillassages, de lacrymo. Je suis vraiment intéressée, on ne devrait pas en arriver là.
– Partout, les mêmes tags anti-police et anarchiste, la signature du Black Bloc. Alors qu'ils étaient attendus par les forces de l'ordre, comment ont-ils réussi à semer le chaos malgré tout ? Quel est leur mode d'action ? Hier, avant même le départ de la manifestation, les membres du Black Bloc se positionnent. Toujours en amont, ils se placent dans le pré-cortège avec d'autres individus non syndiqués ou encore des gilets jaunes. Une entrée bruyante. Pour autant, pas question pour eux d'être reconnus. Nous recevons l'ordre de ne pas filmer leur visage.
– Ils se regroupent derrière des grandes banderoles, avec souvent des slogans, il y en avait plusieurs hier. Il y avait marqué l'une d'elles, c'était « Le feu maintenant ». Voilà, c'est des banderoles qui leur servent à la fois à se protéger, parce qu'elles sont souvent renforcées. Donc s'il y a des affrontements avec les forces de l'ordre, ils se protègent. Et on voit dans les slogans, que c'est souvent des slogans anticapitalistes.
– Dans le groupe, des hommes, majoritairement jeunes. Certains avec un profil un peu surprenant, comme le constate l'un de nos reporters en direct.
– La plupart d'entre eux, évidemment, vêtus de noir, visage masqué. Ce qui est intéressant, c'est qu'on a pu, avec le JRI, traverser cette place, passer du temps au milieu de ces personnes qui lancent des projectiles. Et on a entendu beaucoup de langues étrangères ici.
– Les membres du Black Block sont très équipés. Leurs projectiles, des bouteilles en verre, des pavés, des mortiers d'artifices, et des boucliers de fortune. Une bouée, des parapluies, et cette barricade mobile en forme de signe, rapidement saisie par la police. Les Black Block cassent, incendie du mobilier urbain. Et dans leur lutte anticapitaliste, ils ont leur cible privilégiée. Les banques, les agences d'assurance, avec une méthode bien rodée.
– À un moment, ils s'en sont pris à un établissement bancaire, et on a vu qu'ils sont organisés à peu près, comme si c'était trois équipes. Il y a une équipe qui est chargée vraiment de casser les vitrines, de s'en prendre physiquement à l'établissement bancaire. Ensuite, il y a une deuxième équipe qui déploie des parapluies. C'est pour qu'on ne puisse pas les filmer, qu'on ne puisse pas les identifier, qu'on ne les voit pas en train de casser. Et il y a même comme une troisième équipe de guetteurs qui surveillent les journalistes parce qu'ils ne veulent absolument pas être filmés quand ils sont en train de s'en prendre à un commerce.
Pendant leur dégradation, certains s'en prennent aux journalistes. Sur cette image, un black bloc tape violemment avec un bâton sur cette caméra. Le black bloc est en confrontation continue avec les forces de l'ordre qui lui font face. Elles ont un but, diviser le bloc. Pendant des heures, s'enchaînent charges policières et ripostent à coups de projectiles. En fin d'après-midi, le black bloc est rejoint par les autres manifestants pacifistes place de la nation. Dans un face-à-face tendu.
On a vu des invectives verbales entre le black bloc qui reprochait aux syndicalistes, aux militants qui étaient là, d'arriver trop tard, de s'être réveillés trop tard dans ce mouvement social, de leur dire qu'ils ne servaient à rien et que seulement eux étaient efficaces et obtiendraient quelque chose.
Après cette journée de violence, 258 personnes ont été placées en garde à vue à Paris.
Monsieur le préfet de police, que vous inspirent ces images et l'organisation même des black blocs ? C'est quand même un défi permanent au maintien de l'ordre.
C'est un défi permanent, oui, ils sont là tout le temps. Oui, oui, c'est un défi permanent et c'est un défi qu'on relève à chaque fois. On le voit bien sur vos images, ils commencent par s'en prendre à généralement des banques, des commerces. On est très loin et puis au bout d'un moment, ça devient intolérable, on intervient et c'est ce qui a été expliqué dans le reportage. Le but, c'est de les disperser, de les pousser, de les empêcher de commettre des exactions et c'est ce qui s'est passé hier. On les a poussés jusqu'à la nation où ils ont ensuite été dispersés. On est toujours en mouvement contre les black blocs, on ne reste pas passif.
On a compris que vous aviez des techniques très rodées mais eux aussi. Alors, cette ultra-gauche, est-ce qu'elle se forme par exemple dans des camps ? Est-ce qu'on sait qu'ils sont les lieux européens où ils se préparent à ce type de violence ?
Il y a certains militants, de la mouvance ultra-gauche qu'on appelle les anarcho-autonomes, les autonomes, les antifas. Ils étaient là hier. Ils étaient là hier. Ce sont souvent eux d'ailleurs que les personnes suivent. Ce sont un peu les meneurs de tout ce qui s'est passé hier. C'était encore le cas. Pour certains d'entre eux, évidemment, vous savez, il y a une espèce d'international de l'ultra-gauche. Souvent, certains de nos militants les plus aguerris se rendent dans d'autres pays pour participer à des manifestations. Hier, nous savions qu'il y en avait quelques-uns. On en avait quand même quelques-uns. Des étrangers qui sont venus participer à la manifestation d'hier, évidemment.
On vient casser du flic français de l'étranger ? Bien sûr. Non, mais vous n'êtes pas surpris quand même par ça. Ce n'est pas une découverte, j'espère. Non, mais vous vous faites préciser
pour nos téléspectateurs. Je vous précise, oui,
ça arrive. Et de la même façon que dans certains G7, G20 qui se sont tenus dans d'autres pays européens, nous avions certains de nos ressortissants qui s'y sont rendus pour s'en prendre, évidemment, aux forces de l'ordre et commettre des exactions. Et certains, d'ailleurs, ont été interpellés.
Nous ne parlons que d'ultra-gauche depuis le début aussi de l'émergence d'une violence d'extrême-droite dans notre pays. Est-ce que ça veut dire qu'ils ne participent pas à ces manifestants ?
Non, les militants d'ultra-droite qui peuvent faire le coup de poing ciblent en ce moment plutôt leurs rivaux éternels, les antifascistes, mais on ne les voit pas dans ces cortèges. Ils ne participent pas à ces exactions. On a plutôt des militants d'ultra-gauche, des ultra-jaunes radicalisés aussi. Donc le tout forme un bloc au final de plusieurs milliers de personnes. Mais comme on le voit sur ces images, nous intervenons systématiquement. Nous les dispersons, mais surtout, surtout, surtout, surtout pour protéger les cortèges syndicaux. On a bien vu ce qui s'est passé à la nation. Ça, on le vit à chaque fois.
Vous avez une partie des Black Blocs qui se retournent contre les manifestants pacifiques qui sont l'énorme majorité des cortèges. Hier, il y avait 112 000 personnes entre la République et la nation. Je peux vous assurer que la très grande majorité étaient des manifestants pacifiques. Merci. Merci.
Merci.
Laurent Nuñez