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interviewC à vous (sur YouTube)· 5 novembre 2024 13 min

Trump-Harris : l’heure du choix pour les Américains - C à Vous - 05/11/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

que personne...

Le shérif a mobilisé 200 de ses agents prêts à intervenir en cas de débordement en Arizona. C'est dans un des swing states à surveiller. Ce n'est pas celui qui va fournir le plus de grands électeurs mais il sera à surveiller. - A.-E.Lemoine: 2 Américains sur 3 craignent une éruption de violence après le scrutin.

C'est aussi ce qu'ont dit les Américains que vous avez rencontrés dernièrement? - P.Etienne: Oui.

Cette anxiété existe. Elle se nourrit dans ce qui s'est passé il y a 4 ans. Elle se nourrit des incidents plus récents comme les 2 tentatives d'assassinat contre D.Trump, ou plus anciennement l'attaque contre le mari de N.Pelosi à San Francisco.

Une grande violence...

Elle se nourrit des appels de groupe, comme les fameux Proud Boys qui soutiennent D.Trump, à engager des actions de surveillance collectives de ce qui se passe dans les bureaux de vote. D'où, premièrement, la protection de ceux qui sont les acteurs de la démocratie...

Chez nous aussi, d'ailleurs. Ceux qui tiennent les bureaux de vote qui dépouillent et qui doivent être protégés...

Mais aussi des efforts qui ont été faits à la fois au niveau des Etats, notamment des fameux swing states, et au niveau fédéral, pour tirer la leçon des élections d'il y a 4 ans. Et donc pour rationaliser le processus, y compris de dépouillement, et celui de certification. C'est très important.

Aujourd'hui, à la suite d'une loi fédérale votée après le 6 janvier 2021, il y a un processus de certification qui prévoit qu'au plus tard le 11 décembre, les gouverneurs doivent envoyer la liste des grands électeurs élus dans leur Etat au niveau fédéral, et que ces grands électeurs doivent voter dans leur capital respective le 17 décembre. Le 6 janvier 2025, le Congrès constatera qui a été élu et la loi qui a été votée fait en sorte que le rôle du vice-président, qui sera cette fois la vice-présidente K.Harris, soit totalement automatique, comme celui de M.Pence il y a 4 ans. - P.Cohen: Mais en attendant décembre, on se souvient qu'en Pennsylvanie, Etat important avec 19 grands électeurs, on avait passé 3 jours à dépouiller les enveloppes, les résultats des votes par correspondance.

Ils ne seront ouverts qu'à la fin du scrutin physique aujourd'hui. Il n'y a aucune raison que ce soit plus court cette fois. - A.-E.Lemoine: Ou plus serein.

On peut craindre une guérilla judiciaire. D.Trump dit qu'il reconnaîtra sa défaite si elle est juste.

On peut mettre tout et n'importe quoi là-dedans. - B.Haddad: Il y a des spécificités au vote, mais on doit regarder avec beaucoup de vigilance ce qui se passe.

Aucune de nos démocraties européennes n'est à l'abri. Vous avez parlé des ingérences, des attaques hybrides de pays comme la Russie. On s'est donné les moyens de se défendre ces dernières années contre ça.

Mais on a vu ce qui s'est passé en Moldavie ou en Géorgie récemment. Mais au-delà de ça, il y a le phénomène de polarisation extrême que créent les réseaux sociaux, avec la propagation de fake news, de désinformation...

Et un phénomène où, de plus en plus, les gens vont être enfermés dans des bulles cognitives où on ne se parle plus. Je l'ai vu quand j'ai vécu aux Etats-Unis. Ca crée non seulement un combat politique, où on s'affronte avec des idées et des programmes, mais une situation où on remet en cause la légitimité de la victoire de l'autre.

Ce clivage exacerbé par les réseaux sociaux et par la façon dont les débats sont structurés, ça doit nous interpeller. En Europe, on a beaucoup posé ces dernières années la question de la responsabilité des plateformes, avec le Digital Services Act, pour lutter contre la haine en ligne, la désinformation, les fake news sur les réseaux sociaux... - A.-E.Lemoine: En France, le temps de parole d'E.Musk serait décompté. - B.Haddad: Vous avez parlé tout à l'heure des montants.

Non seulement, on a des temps de parole et les dépenses électorales sont plafonnées...

Il y a des règles sur le fait de ne pas s'exprimer les 2 jours avant l'élection en France. - A.-E.Lemoine: Je souligne l'effort de Patrick de ne jamais utiliser le mot fake news pour désigner le mensonge, le bobard, la désinformation.

C'est un terme trumpiste. - P.Cohen: Oui.

Il est identifié à D.Trump, qui traite de cette façon les journalistes, la presse...

Encore hier soir, dans les meetings qu'il a tenus, il avait à chaque fois des mots méprisants, voire menaçants contre la presse. C'est un mot qu'il a complètement capté. Il y a infox, désinformation, bobard... - A.-E.Lemoine: Cette ère du mensonge généralisé est un poison. - B.Haddad: Oui...

L'objectif, et c'est ce qu'on a vu à travers les opérations de désinformation russes ces dernières années, c'est de mettre en doute la possibilité même d'une vérité. On n'essaie même plus de proposer un scénario alternatif. C'est l'érosion de la possibilité d'avoir une vérité objective.

Quand on n'est plus capable dans une démocratie de se mettre d'accord sur un constat ou une vérité dont on peut débattre des solutions à mettre en oeuvre...

On arrive dans une pente glissante dangereuse. - P.Cohen: Ces derniers jours, quand D.Trump faisait allusion à la guerre en Ukraine, il se servait de ce conflit pour attaquer son adversaire démocrate. - P.Cohen: Sur l'Ukraine, il a dit 2 choses.

La 1re, c'est qu'il réglerait le conflit...

Son slogan, c'est "Trump will fix it". - A.-E.Lemoine: Tous les problèmes. - P.Etienne: Les problèmes intérieurs aussi. - P.Cohen: Les produits ménagers ont fait leur publicité là-dessus.

Il va régler ça en 24 heures...

Et la 2e chose, c'est qu'il agirait avant même son investiture prévue le 6 janvier, s'il est élu, ce qui est a priori inconstitutionnel, pendant la transition. Que penser de ces 2 vantardises? - B.Haddad: Quelque chose de très simple...

La guerre en Ukraine, ça concerne en premier lieu notre sécurité. Ce serait une erreur d'abandonner les Ukrainiens, pour les Etats-Unis. Ca créerait un précédent, si on imposait une forme de capitulation.

Ca ferait une instabilité sur d'autres théâtres, quand on pense à l'Asie...

Mais au-delà de ça, si on veut peser, en tant qu'Européens, il faut qu'on se donne les moyens de continuer à aider l'Ukraine quoi qu'il arrive, de façon militaire et économique. Je voudrais rappeler sur ce sujet que, quand on regarde l'aide économique, militaire de l'Europe à l'Ukraine, elle est supérieure à celle des Etats-Unis. Il faut qu'on se donne les moyens et qu'on fasse en sorte que ce conflit ne trouve pas de solution sans les Européens et sans les Ukrainiens.

Les Anglo-saxons ont une expression: "Si vous n'êtes pas autour de la table, vous êtes sur le menu." C'est la sécurité des Européens qui se joue. Donnons les moyens de donner aux Ukrainiens les moyens de se battre.

La seule façon de mettre fin à cette guerre, c'est de rétablir le rapport de force le plus favorable possible sur le terrain, sur le plan militaire, pour les Ukrainiens, pour qu'ils puissent engager une négociation comme le président Zelensky le demande. - A.-E.Lemoine: Vous ne vous faites pas d'illusions, P.Etienne.

Même si K.Harris gagne, l'aide militaire américaine à l'Ukraine va être réduite? - P.Etienne: Oui.

Il y aura de toute façon, même avec une nouvelle administration démocrate, un effet d'usure. Les Américains votent pour leur président et leur vice-président, mais aussi pour leur Congrès. Le Sénat, qui est renouvelé à 1/3, c'est une quasi-certitude, il va passer côté républicain.

Le Sénat joue un rôle important pour la confirmation des ministres et pour la politique étrangère. - A.-E.Lemoine: Surtout, les Américains pensent que l'argent dépensé en Ukraine est plus utile aux Etats-Unis. - P.Etienne: Même chez les démocrates.

Je me souviens de discussions que j'avais quand j'étais ambassadeur à Washington. Il y a quand même le sentiment que vous venez d'exprimer. Simplement, avec K.Harris, il y aura la poursuite du soutien américain à l'Ukraine, tandis qu'avec D.Trump...

Il a parlé dans un meeting récent...

Il a dit qu'il aurait de bonnes relations, des relations directes avec V.Poutine, et avec le président chinois aussi. Il se fait fort de régler la question, comme celle du Proche-Orient.

Comme il l'a dit, s'il avait été président à ce moment-là... - E.Tran Nguyen: Vous avez raison de le rappeler.

Les Américains ne votent pas que pour le président ou la présidente. des représentants, l'équivalent de nos députés, et 1/3 des sénateurs. A travers le pays, ces élections mobilisent aussi, avec des publicités qui vont très loin, comme celle d'un candidat indépendant au Nebraska. - E.Tran Nguyen: Contrairement à ce que ce candidat indépendant voudrait faire croire, cette élection du Congrès est très sérieuse car le futur président ou la future présidente devra composer avec le Congrès.

Il pourra ou non appliquer son programme. - P.Etienne: Absolument.

Il y a une possibilité, si D.Trump est élu, qu'il ait les 2 chambres et la Cour suprême. Si K.Harris est élue, comme je le disais, le Sénat risque de passer quand même chez les républicains.

C'est intéressant de montrer ce candidat. C'est un désespoir démocrate de ne pas trop perdre au Sénat. Il est assez fort dans le Nebraska.

Il menace le sortant républicain. C'est une des rares circonscriptions où un siège de sénateur pourrait échapper à un sortant républicain. Ce n'est pas sûr, mais globalement, vous avez raison, ce renouvellement du Congrès va aussi avoir un rôle important, déjà pour confirmer les ministres, les ambassadeurs, les responsables que tout nouveau présidente ou nouvelle présidente doit nommer. - A.-E.Lemoine: Vous avez un homologue américain?

Il n'y a personne d'attaché aux affaires européennes... - B.Haddad: Si.

Mais quand on vit aux Etats-Unis, on voit bien que l'Europe est beaucoup moins centrale dans les informations, dans l'actualité politique, que les Etats-Unis ne le sont ici. Il y a une véritable asymétrie. C'est la page 32 du "Washington Post", l'Europe.

Quand les Américains se réveillent, ils n'ont plus l'Europe au coeur...

C'était peut-être le cas de J.Biden. Il vient d'une génération politique de la guerre froide.

Il a cette vision très transatlanticiste qui est moins centrale aujourd'hui dans la nouvelle génération, aussi bien chez les démocrates que les républicains. - A.-E.Lemoine: C'est America First dans les 2 cas. - P.Etienne: Et la Chine, le Pacifique, le grand défi