Annie Genevard, ministre démissionnaire de l'Agriculture : "Nous sommes en panne de résultats"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:05OuverteRéponse directe
Quelle lecture faites-vous de la situation politique actuelle ?
- 2:46OuverteRéponse directe
François Bayrou est-il la bonne personne selon vous pour être Premier ministre ?
- 3:50OuverteÉludée
On sent une forme de tristesse ou d'amertume dans votre voix. Est-ce ce que vous ressentez aujourd'hui ?
- 5:09FerméeRéponse partielle
Souhaitez-vous conserver ce poste de ministre ?
- 5:55OuverteRéponse directe
Revenons au dossier agricole. Pouvez-vous nous dire ce qui va être mis en place ou interrompu ?
- 6:11OuverteRéponse directe
Les Français sont-ils réconciliables avec les responsables politiques ? Bayrou peut-il réussir là où Barnier a échoué ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:25Invité politiqueFait
« La France est au bord d'une crise financière. Elle connaît une crise politique majeure. »
- 2:33Invité politiqueFait
« Un nouveau Premier ministre a été nommé. Il va constituer un gouvernement. Il faut de toute urgence donner à la France un budget. »
- 3:26Invité politiqueFait
« Il a beaucoup insisté sur la réconciliation des Français. Aujourd'hui, on a un pays extrêmement fracturé. »
- 7:24Invité politiqueFait
« Nous sommes en panne de résultats. »
- 10:06Invité politiqueFait
« Ce n'est pas la fin de l'histoire. L'accord n'est ni signé ni ratifié. »
- 10:31Invité politiqueFait
« J'étais, il y a quelques jours, en Pologne, avant que le président de la République ne s'y rende. J'ai rencontré mon homologue. »
- 10:50Invité politiqueFait
« La Pologne a dit son opposition au Mercosur. Beaucoup de pays, l'Italie a exprimé de très fortes réserves. Le Pays-Bas aussi, l'Autriche y est hostile. »
- 13:28Invité politiqueChiffre
« Il y a énormément de mesures dans ce budget à destination des agriculteurs. Des allégements de charges pour plusieurs centaines de millions d'euros. »
- 14:35Invité politiqueFait
« Terrible parce que les épidémies ont ravagé les élevages. Il faut imaginer la détresse des éleveurs. »
- 16:00Invité politiqueFait
« Les parlementaires qui ont voté la censure, je le déplore, je le condamne. Je pense que c'est irresponsable, notamment vis-à-vis des agriculteurs qui sont probablement la catégorie de la population la plus touchée par cette censure. »
- 19:55Invité politiqueFait
« Éric Ciotti a fait une erreur majeure. Une erreur majeure, d'abord, il a agi secrètement et solitairement et puis il a pris une décision qui rompt avec une constante de notre famille politique qui est de vouloir donner à la droite, redonner à la droite, qui est aujourd'hui affaiblie, son existence propre. »
- 23:59Invité politiqueFait
« La progression continue du Rassemblement National est une interpellation constante pour la classe politique et interroge l'inefficacité de l'action politique que j'évoquais tout à l'heure. »
- 37:21Invité politiqueFait
« Le fait que la pornographie ait envahi les écrans des ordinateurs et des portables des jeunes a amené à une déconsidération de la femme, à une image dégradée de la femme. »
- 37:54Invité politiquePromesse
« J'y suis favorable, bien sûr. »
- 38:21Invité politiqueFait
« L'idéologie n'a pas sa place à l'école. Il faut se garder de toute forme d'idéologie. »
- 39:50Invité politiqueFait
« Si on est parlementaire de province, on ne peut pas rentrer le soir chez soi. »
- 40:40Invité politiqueFait
« Je pense qu'on ne concilie pas assez les temps de vie des femmes et des hommes. »
- 40:54Invité politiqueFait
« La charge mentale, c'est vrai, elle demeure quand même très souvent le propre des femmes. »
- 41:18Invité politiqueFait
« Dans le monde agricole, les femmes tiennent une place absolument fondamentale. »
- 41:50Invité politiqueFait
« Les remarques que vous venez de faire ne restituent absolument pas l'ambiance que je peux trouver dans mon parti politique. »
Temps de parole
- Annie Genevard76 %
- Présentateur22 %
≈ 0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Sens Politique, l'émission qui prend le temps de connaître une invitée pour décrypter avec elle son parcours, son engagement et sa personnalité au rythme de l'actualité. Notre invitée est née à Audincourt dans le département du Doubs il y a 68 ans, famille politique et politisée, grand-père communiste, mère députée, du Doubs comme elle, élue depuis 12 ans. Femme de terrain et de terroir, mère de Mortaux pendant 15 ans, conseillère régionale de Franche-Comté mais aussi femme d'appareil. Le RPR en 1996, époque Alain Juppé, elle a 40 ans. Malgré les obstacles, elle vit de l'intérieur tous les soubresauts de sa famille politique.
Des élargissements avec l'UMP, au rétrécissement avec la guerre Copé-Fillon, Fillon qu'elle suit jusqu'au Trocadéro et le départ d'Éric Ciotti qui a pris les clés du parti. Heureusement, elle a le double gardienne du Temple républicain. Avec ses copains, il s'oppose à celui qui a franchi le rubicon du cordon sanitaire, suivi en direct par toutes les télés du moment. Et puis arrive Michel Barnier, sa voyard de département plus loin qu'elle connaît bien. Elle qui a dirigé l'Association nationale des élus de la montagne. Elle entre dans son gouvernement. C'est enfin le moment de son clan. Ministre démissionnaire aujourd'hui de l'agriculture.
Elle nous dira comment elle vit ces dernières heures et si on peut être conservatrice et féministe. Bonjour Annie Gennevard.
Bonjour Astrid Devilaine.
Merci d'avoir accepté notre invitation et merci à vous de nous écouter comme chaque samedi. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 13h30. Merci Annie Gennevard, je le disais, d'avoir accepté notre invitation dans cette période politique très chargée. Vous êtes à distance du Doubs, votre circonscription où vous allez régulièrement. J'aimerais vous demander pour commencer, quelle lecture tout simplement faites-vous de la situation politique ?
Une situation qui est périlleuse, qui est porteuse de dangers et déséquilibres et il faut que chacun prenne la mesure de sa responsabilité dans la classe politique. La France est au bord d'une crise financière. Elle connaît une crise politique majeure. Un nouveau Premier ministre a été nommé. Il va constituer un gouvernement. Il faut de toute urgence donner à la France un budget. Donc voilà, c'est un moment intense de responsabilité où nous sommes convoqués à l'urgence du moment.
Est-ce que François Bayrou, qui donc occupe désormais cette place de Premier ministre, est la bonne personne selon vous ?
Je l'ai écoutée attentivement lors de la passation de pouvoir hier. Il y a plusieurs choses qui moi me parlent parce que ça fait écho à ce que je suis et à ce que je vis. L'importance de l'enracinement dans le terroir, ça c'est quelque chose qui pour moi, depuis que je suis engagée dans la vie publique, est très important. Il a beaucoup insisté sur la réconciliation des Français. Aujourd'hui, on a un pays extrêmement fracturé. Et puis, l'importance de la transmission par l'école, ça me parle évidemment parce que c'était mon métier.
Et il a dit mesurer parfaitement le défi qui est le sien, qui est le nôtre, à nous qui sommes des responsables politiques en matière de dette, de souveraineté et de devoir à l'égard des générations. Donc, dans ce discours, il y avait des fondamentaux qui font écho à ce que je crois.
On sent, je ne vous vois pas Annie Genevers, puisque je le disais, vous êtes dans le doux, mais on sent comme une forme de tristesse ou d'amertume dans votre voix. C'est ce que vous ressentez aujourd'hui, vous qui étiez au gouvernement et qui avez eu en charge ce dossier très sensible de l'agriculture.
Non, il n'y a ni tristesse, ni regret. J'ai d'abord, jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit renommé, je suis à ma tâche. Hier encore, j'étais à mon bureau où j'y étais continuellement depuis 15 jours. Donc, je travaillerai jusqu'aux dernières minutes parce que je suis en charge d'un domaine qui connaît lui aussi de très grandes urgences. Donc, ce travail, finalement, le conduire jusqu'au bout met à distance toute forme de tristesse ou de regret. Au contraire, c'est quelque chose qui reste pour moi une motivation profonde.
Ce que j'ai fait depuis deux mois et demi auprès des agriculteurs a nourri mon quotidien et surtout a été source d'une richesse de contact et d'un bonheur d'être dans l'action à leur côté et pour eux.
On sent que vous souhaitez conserver ce poste ?
Alors, vous savez, quand on est comme ça dans un entre-deux, il est prudent d'être discret. Je pense que le Premier ministre a la responsabilité de composer un gouvernement. Il est seul juge des personnes qu'il choisira pour remplir ses fonctions éminentes. et de très grandes responsabilités, de très grands engagements. Donc, voilà, nous verrons bien. Nous verrons bien. Mais pour moi, à ce stade, je continue de travailler jusqu'à la dernière minute.
On va parler du dossier agricole qui vous concerne et puis qui nous intéresse beaucoup. Mais un dernier mot sur cette passation de François Bayrou hier entre Michel Barnier et François Bayrou à Matignon. En effet, le nouveau Premier ministre a promis de s'attaquer, je cite, au mur de verre qui s'est construit entre les citoyens et le pouvoir. Il n'est pas le premier à vouloir réconcilier les Français. Est-ce qu'ils sont réconciliables, les Français, que vous croisez dans votre circonscription ou dans vos déplacements de ministres avec les responsables politiques qui les dirigent ? Et deuxième question, peut-il réussir François Bayrou là où Michel Barnier a échoué ?
Alors d'abord, Michel Barnier n'a pas bénéficié d'un temps suffisamment long pour pouvoir achever tout ce qu'il a initié. Donc on ne peut pas lui en faire reproche. Alors si un responsable politique considère qu'il a peu de chances d'arriver à ce type de défi, il faut qu'il fasse autre chose. Moi, je pense qu'il ne faut jamais renoncer à convaincre et à mettre en acte ses convictions. Aujourd'hui, c'est vrai, on a une situation très fracturée. Et à l'égard du politique, je mesure à quel point les Français sont devenus sceptiques et souvent même hostiles à la classe politique. On a un devoir, moi, qui a été une élue locale.
Donc quand on est un élu local, on est davantage dans le lien de proximité qu'on ne peut l'être dans des fonctions plus nationales, encore que... Moi, j'ai été sur le terrain de façon constante et c'est extrêmement important. C'est même un devoir. Mais ce que j'observe, c'est qu'au fond, nous sommes en panne de résultats. Ce que veulent les Français, c'est que la classe politique ne se contente pas de faire des constats. Les constats, on les connaît. Les problèmes, ils sont identifiés. Ils sont même formalisés. On a une forme de vertige. Quand on entend des témoignages d'il y a 10 ans, d'il y a 20 ans, on s'aperçoit que les constats sont là.
Les analyses sont bonnes, mais que les remèdes, que les solutions ne se mettent pas en place. Je crois que c'est vraiment une crise. Nous vivons une crise de l'efficience des résultats de l'action politique. Et ça, c'est très préoccupant. C'est très préoccupant. Et la fracturation politique du Parlement n'aide pas, évidemment, à la mise en œuvre des solutions qu'attendent les Français. L'autre chose, je crois que ce qu'attendent nos compatriotes, c'est qu'on les entende dans ce qu'ils disent. Sinon, évidemment, c'est la révolte et peut-être au-delà. Moi, je le mesure tous les jours avec les agriculteurs. Depuis un an, ils crient leur détresse.
L'été a été extrêmement douloureux pour eux, avec une multitude de crises. Et ils attendent des réponses. Et donc, l'annonce, évidemment, de tout retard dans la prise de décision qui les concerne est vécue comme une forme de trahison à l'égard de la part de la classe politique.
Et vous pensez, Annie Gennevard, que François Bayrou, dans ce contexte, peut régler une partie au moins de cette crise des résultats de l'efficience politique ?
Écoutez, j'en forme vraiment le vœu et il faut lui donner crédit de ce qu'il mettra en œuvre. Je pense qu'à ce stade où nous en sommes, il faut évidemment tout faire dans l'intérêt du pays pour stabiliser les institutions. Et c'est un contexte inédit qui appelle vraiment une responsabilité de la classe politique. Donc, il faut l'y aider.
Alors, revenons à votre portefeuille, celui de l'agriculture, même si on le disait en introduction. Annie Gennevard, vous êtes ministre démissionnaire du gouvernement de Michel Barnier. On verra si vous êtes renommée dans celui de François Bayrou. Et on a cette question de Pavel qui nous a écrit sur Instagram. Il habite à Douai. Pensez-vous que la position française sur le Mercosur sera entendue dans ce contexte ?
Alors, je pense que si on considère que la signature d'Ursula von der Leyen a monté vidéo il y a quelques jours et la fin de l'histoire, on se trompe. Ce n'est pas la fin de l'histoire. L'accord n'est ni signé ni ratifié. Et il va poursuivre son chemin, d'abord auprès des États membres, dans le Conseil. Et puis ensuite, il devra être ratifié au Parlement européen. Et je l'espère par les parlements nationaux, si l'accord n'est pas scindé. Donc, nous avons un enjeu pour lequel nous sommes extrêmement mobilisés. J'étais, il y a quelques jours, en Pologne, avant que le président de la République ne s'y rende. J'ai rencontré mon homologue.
Peu de temps après, la Pologne a dit son opposition au Mercosur. Beaucoup de pays, l'Italie a exprimé de très fortes réserves. Le Pays-Bas aussi, l'Autriche y est hostile. La Belgique est divisée, puisqu'il y a un ministre wallon, un ministre flamand. Ils ne sont pas du même avis. Mais en tout cas, ils n'acceptent pas le projet d'accord tel qu'il est. Donc, on voit bien que se constituent un peu partout, non seulement des réserves, mais des oppositions. Parce que ce projet d'accord, comme les accords du libre-échange, place toujours l'agriculture comme le prix à payer d'accord sur le plan industriel. Et ça, ça n'est pas possible.
Annie Genvard, est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui sur France Culture, à bientôt 13h, que vous avez réussi à avoir cette minorité de blocage ?
Alors, ce travail est en cours. Nous y participons, enfin, j'y ai participé en tant que ministre, et j'y participe encore. J'ai eu des entretiens bilatéraux dans tous les sens lors du dernier conseil des ministres de l'Agriculture lundi dernier. J'ai rencontré beaucoup de ministres. Il est clair que la position de la France, qui a été un des premiers pays à manifester son opposition, a fait date. Et qu'un peu partout en Europe s'éveillent des alertes, sous l'action d'ailleurs des agriculteurs eux-mêmes. Les agriculteurs allemands, par exemple, considèrent que ce projet d'accord est mauvais pour eux. Donc, pour vous, ça va être interrompu ?
Alors, on ne peut pas, à ce stade, garantir qu'il sera interrompu. Mais on ne peut pas dire, aujourd'hui non plus, qu'il sera ratifié. C'est très clair. Ce travail d'opposition est en cours, et nous y contribuons puissamment.
Merci, Annie Gennevard. Donc, revenons en France. Vous avez pris plusieurs mesures, depuis que vous êtes à ce poste de ministre de l'Agriculture, aujourd'hui démissionnaire. Vous avez pris des directives pour accélérer, par exemple, l'instruction des permis pour les projets d'élevage, ou encore la fixation des dates des travaux agricoles qui seraient désormais adaptées aux enjeux locaux avec une échelle départementale. Autant d'annonces qui ont été bien accueillies par les agriculteurs. Est-ce que vous pouvez nous dire, avec votre position d'aujourd'hui, ce qui va être mis en place, ce qui est interrompu ?
Alors, la censure a marqué un coup d'arrêt à un certain nombre d'attentes de nos agriculteurs. D'abord, le premier danger, aujourd'hui, c'est l'absence du budget. Il y a énormément de mesures dans ce budget à destination des agriculteurs. Des allégements de charges pour plusieurs centaines de millions d'euros. Il y a des textes législatifs dont l'examen était prévu dès le mois de décembre et dès la reprise en janvier. Et puis, il y a les deux exemples que vous avez donnés. Ce sont des annonces que j'ai faites dont la concrétisation était imminente et la censure est arrivée. Donc, il y a tout un travail qui est en cours.
Alors, il y a des mesures que j'ai mises en œuvre qui vont pouvoir être déployées. Je pense à l'indemnisation des élevages qui ont été touchés par les crises, les maladies sanitaires. Il y a les aides à la trésorerie parce que nous avons vécu quelque chose cette année de tout à fait hors normes. En début d'année, les agriculteurs ont crié leur colère. Des engagements ont été pris. Ils ont été honorés autant que cela a été possible par mon prédécesseur, Marc Fainot, et par mois lorsque je suis arrivée. Mais entre-temps, il y a eu deux mois absolument, trois mois même, terrible. Terrible parce que les épidémies ont ravagé les élevages. Il faut imaginer la détresse des éleveurs.
Je l'ai vu, moi. Je l'ai mesuré en les rencontrant. Et puis, surtout, la météo a été épouvantable. Trop d'eau dans le nord, pas d'eau dans le sud, des baisses de production partout, donc des baisses de revenus. Il y a des agriculteurs qui sont véritablement dans une situation d'urgence du point de vue des trésoreries. Moi, j'ai vu beaucoup, beaucoup d'agriculteurs au bord du désespoir. Et donc, il y a trois temps politiques. Le premier temps, pour moi, ça a été celui des urgences. Et je m'y suis plongée dès ma prise de fonction. Urgence sanitaire, urgence économique. Et puis, l'urgence de tenir parole, justement, pour honorer les engagements politiques. Et puis, il y aura un deuxième temps.
Et je pense que qui que ce soit qui occupe cette fonction, ce sera la reconquête du sens. Du sens du métier de produire et de vivre dignement de son travail.
Aujourd'hui, les agriculteurs sont en colère. Ils ont, pour certains, muré des permanences parlementaires. Annie Gennevard, est-ce que ce sont des actions que vous condamnez ou que vous comprenez ?
Je crois qu'ils ont exprimé une colère. On comprend cette colère. Moi, depuis le début des mouvements agricoles, j'ai dit pas d'atteinte aux biens et aux personnes. Les parlementaires qui ont voté la censure, je le déplore, je le condamne. Je pense que c'est irresponsable, notamment vis-à-vis des agriculteurs qui sont probablement la catégorie de la population la plus touchée par cette censure. Donc, voilà, il n'y a pas de mandat impératif. On ne peut pas exiger d'un parlementaire qu'il vote selon son souhait.
Néanmoins, je pense qu'ils ont totalement mésestimé, ou alors ils l'ont fait délibérément, et c'est encore pire, les conséquences que cela avait pour les Français et singulièrement pour les agriculteurs. Et ça, franchement, c'est quelque chose que je n'hésite pas à qualifier d'irresponsable. Maintenant, je le redis, pas de violence, parce que la violence, d'abord la violence, met en risque les agriculteurs qui la commettent. Et donc, moi, tout mon travail est de les soutenir. Je ne voudrais pas qu'ils se mettent en risque juridique.
Une autre question sur ce sujet, Annie Genevard. On voit depuis plusieurs années la coordination rurale, un syndicat agricole, qu'on dit parfois proche du RN ou de l'extrême droite, très présent sur le terrain, alors que des élections professionnelles arrivent en janvier. Est-ce que vous, qui êtes élue depuis 12 ans maintenant d'une circonscription rurale, vous les avez vues monter en puissance ?
Moi, je l'ai... Bien sûr, la coordination rurale s'est imposée comme un des deux syndicats les plus nombreux dans notre pays. Je les ai d'ailleurs, dès les premiers jours de mon arrivée au ministère, je les ai rencontrés. J'ai rencontré les cinq syndicats. Et je les ai régulièrement en interlocution parce qu'ils sont des interlocuteurs naturels. Ce sont des corps intermédiaires qu'il est très important de consulter. Et dans les actions que j'ai mises en œuvre, je les ai toujours consultées. Et c'est mon devoir. Et moi, j'ai eu à cœur... Ça a toujours été ma méthode quand j'étais élue locale. C'est ainsi que je procédais aussi.
d'aller sur le terrain, de rencontrer les personnes concernées, de regarder, d'observer, d'écouter, et ensuite de décider et d'agir. C'est une méthode qui a, pour moi, toujours fait ses preuves. Et c'est ainsi que j'ai agi avec les syndicats. Alors, c'est vrai que la coordination rurale se fait entendre. Et comme les autres syndicats, mon devoir est de les écouter. Voilà la déclaration que, collectivement, nous souhaitons faire. Notre conviction est que la France a besoin d'une parole forte et indépendante, distingue de l'impuissance du en même temps et du saut dans l'inconnu du Rassemblement national.
Refusant les combinaisons d'appareils et les alliances contre nature, les Républicains présenteront des candidats aux Français dans la clarté et l'indépendance. Entre la bien-pensance dénuée du moindre courage et la rage dénuée de la moindre crédibilité qu'incarne la France insoumise, l'Assemblée nationale aura besoin d'un pôle de stabilité. Nous sommes convaincus que notre pays contient en lui-même toutes les forces de son sursaut. Menant des négociations secrètes, sans concertation avec notre famille politique et ses militants, Éric Ciotti est en rupture totale avec les statuts et la ligne portée par les Républicains. Il est exclu ce jour des Républicains.
C'est votre voix qu'on entend, Annie Gennevard, le 12 juin 2024, entourée de Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, les mines déconfites après un bureau politique qui acte l'exclusion d'Éric Ciotti qui vient de rejoindre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Comment avez-vous vécu cette séquence de l'intérieur ? Personnellement, Annie Gennevard, vous qui êtes secrétaire générale du parti et qui étiez en tout cas une proche d'Éric Ciotti ou peut-être qui êtes toujours ?
Alors je pense qu'Éric Ciotti a fait une erreur majeure. Une erreur majeure, d'abord, il a agi secrètement et solitairement et puis il a pris une décision qui rompt avec une constante de notre famille politique qui est de vouloir donner à la droite, redonner à la droite, qui est aujourd'hui affaiblie, son existence propre. La droite française n'est pas l'extrême droite française.
Nous n'avons pas la même histoire, nous n'avons pas les mêmes dirigeants, nous n'avons pas le même projet politique pour le pays et il était important à ce moment-là, au lendemain de la déclaration, ou peut-être même le jour même, je ne me souviens plus, de pouvoir marquer notre distance avec cette décision qui, au fond, n'a pas prospéré politiquement. Et je pense, et je l'ai dit d'ailleurs à Éric Ciotti dès le jour même où j'ai appris sa décision, je lui ai dit qu'il faisait une profonde erreur. Le projet du Rassemblement national n'est pas le projet de la droite française.
Et je pense qu'en plus, ça intervenait à un moment qui était tout à fait singulier puisqu'on allait s'engager dans la campagne législative. Donc c'était un ferment de déstabilisation profond, il fallait impérativement réagir et puis prendre nos distances avec cette décision. Mais ça a été dit, ça a été très difficile, ça a été très difficile parce que, d'abord, rien ne le laissait présager. On n'était pas du tout, rien n'indiquait qu'Éric Ciotti prendrait cette décision.
En plus, quand vous prenez une décision telle que celle-là, qui est quand même extrêmement lourde de sens et de conséquences, au moment où vous vous engagez dans une campagne aussi importante que la campagne législative, c'était terrible. Moi, ça a occupé les dix premiers jours de la campagne des législatives où j'aurais dû être sur le terrain de ma circonscription. Bon, ça ne m'a pas nuit, heureusement, mais franchement, ce moment-là a été pour moi un moment terrible.
Avez-vous été surprise du bloc qu'a formé votre famille politique contre sa décision ou est-ce que, sur le moment, vous vous dites certains vont suivre ?
Non, non, pas surprise du tout. Le mouvement a été unanime, spontané, très rapide. Il n'y a pas eu à débattre entre nous, il n'y a pas eu à convaincre certains de ne pas suivre Éric Ciotti. D'ailleurs, très peu de parlementaires l'ont suivi, une poignée. Donc, voilà, je pense que c'est une erreur et il ne me semble pas que ça lui ait tellement profité.
Est-ce qu'en réalité, Éric Ciotti ne fait pas un mouvement des plus logiques d'un point de vue idéologique à Ni Gennevar alors que plus les années passent, plus votre parti et le RN se rapprochent ?
Non, je ne dirais pas cela. Je ne dirais pas cela du tout parce qu'il y a beaucoup de choses qui nous distinguent du Rassemblement National. D'abord, ça n'est pas le même langage, ça n'est pas la même façon de parler des sujets et des problèmes. Ensuite, ce n'est pas la même histoire. L'ancrage de nos deux familles politiques n'est absolument pas le même et moi, je pense très important de se rattacher aussi à un corpus idéologique qui prend tout son sens dans la sédimentation de l'histoire. Et puis, ce n'est pas le même projet politique.
Si on peut partager certains constats en matière de sécurité ou d'immigration, quand vous regardez le projet politique et social, économique et social de la droite française avec celui du Rassemblement National, ça n'a rien à voir. Donc, il y a énormément de choses qui nous distinguent. En revanche, la progression continue du Rassemblement National est une interpellation constante pour la classe politique et interroge l'inefficacité de l'action politique que j'évoquais tout à l'heure.
Je pense que tant qu'on n'aura pas résolu un certain nombre de problèmes, et je l'ai souvent dit en tribune, ne pas traiter la question migratoire qui aujourd'hui préoccupe près de 80% des Français, nourrit la xénophobie. Quand on ne règle pas les problèmes, quand on les tait, eh bien, on les aggrave. Et donc, moi, je considère qu'il n'y a pas de sujet tabou, et en ce sens, aborder les mêmes sujets ne signifie pas y apporter les mêmes réponses, et surtout, en parler de la même façon. Parce que la façon de dire les choses, c'est important.
Soit vous les dites d'une façon qui fracture un peu plus, qui oppose, qui crée de la dissension, voire de la haine, soit vous en parlez rationnellement et calmement, et vous posez des solutions, et vous avez peut-être une chance
de les résoudre. Que s'est-il passé, Annie Gennevard, pour que votre famille politique qui a fondé la Ve République, qui a traversé les décennies avec plus de 200 députés RPR ou UMP, se retrouve aujourd'hui en difficulté ?
Alors, bon, il y a sans doute des facteurs multiples. En tout cas, il est clair que la situation que nous vivons d'affaiblissement successif doit nous interroger. On ne peut pas échapper à une forme d'examen de conscience et de responsabilité. Et donc, il y a sans doute, nous avons perdu le lien avec des parties importantes de la société française. Nous ne sommes pas les seuls, d'ailleurs, qui parlent aux jeunes, qui parlent aux classes populaires, qui parlent à la ruralité. Tout ça est aujourd'hui très fragmenté, très fragmentaire. Il y a vraiment, comme le disait Jérôme Bourquet, une archipélisation de la société française. et au fond, elle trouve écho dans la classe politique.
Il n'y a jamais eu autant de groupes à l'Assemblée nationale. Vous ne mettez pas le bilan
de Nicolas Sarkozy dans cette analyse de l'échec de votre famille politique ? Moi, je pense
qu'on est... Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy aurait dû être fait parce qu'il aurait permis de voir ce qui a été réalisé et sur lequel on n'a pas suffisamment mis l'accent. Et je pense que malheureusement les choses basculent à ce moment-là puisqu'on perd en 2012 la capacité de faire et de concrétiser. Je pense que si nous avions eu la chance d'être au gouvernement en 2012, il y aurait eu certainement la concrétisation d'un certain nombre de choses que Nicolas Sarkozy avait mises en œuvre et initiées. Moi, ça a été vertigineux.
l'été 2012 a été pour moi vertigineux parce que en juillet 2012, j'arrive à l'Assemblée nationale, je suis nouvelle députée et en un mois, à la demande de François Hollande et de son gouvernement, toutes les mesures mises en œuvre par Nicolas Sarkozy sont soigneusement détricotées, défaites. Et là, j'éprouve une forme de vertige sur le sens même de l'action politique parce que 5 ans de travail, d'engagement, de tentatives de réformer la société française, d'apporter précisément des solutions. En un mois, tout est balayé. Mais quand il rétablit,
pardonnez-moi, Agnès Gennevard, quand il rétablit, par exemple, les postes de fonctionnaires de police, j'imagine que là, vous vous dites que c'est une bonne nouvelle ?
Je vais vous dire, le diable se cache toujours dans les détails. Quand vous regardez le rapport de la Cour des Comptes, il n'est pas vieux, il est de l'an dernier. En fait, il y a plus de policiers, facialement, il y a plus de postes de policiers, mais il y a moins de présence dans la rue. Donc, je pense que l'action qu'a conduite Nicolas Sarkozy en son temps, et notamment pour diminuer le poids de l'emploi public, était, au fond, la question est toujours posée. On a un état qui pèse très lourdement dans les finances publiques, puisque vous avez plus de 50% de la richesse produite dans notre pays qui est absorbée par la sphère publique. C'est beaucoup trop par rapport à d'autres pays.
C'est déraisonnable. Donc, la volonté de Nicolas Sarkozy de réduire le poids de la dépense publique, c'était sain. Et je pense que si on avait continué dans cette voie, nous n'en serions pas aujourd'hui où nous en sommes. C'est une question non seulement de souveraineté, mais de capacité d'action. Quand vous n'avez plus assez d'argent pour mener des actions au service du pays, c'est une forme d'impuissance qui s'installe. Mais quand vous n'avez
plus assez de fonctionnaires, ce sont les services publics qui s'affaiblissent. Oui, bien sûr.
Mais aujourd'hui, quand vous comparez la fonction publique française avec d'autres fonctions publiques européennes, le poids de l'emploi public est moindre dans certains pays. Et les pays, pour autant, ne sont pas sous-administrés. il y a sans doute une efficacité de la dépense publique. Il faut interroger la pertinence de la dépense publique à un moment où l'argent public est extrêmement rare. C'est ce qu'on fait quand on est maire. Moi, c'est ce que j'ai fait.
Quand je suis arrivée à la fonction de maire, j'avais le choix entre augmenter les impôts ou regarder les dépenses et pour pouvoir maintenir à la fois des services à la population que j'ai développés et aussi se donner des marges de manœuvre d'investissement. C'est ce que font spontanément les maires. Et c'est pour ça que quand on a été maire, on a un rapport à l'action publique qui est davantage tourné vers la recherche de l'efficacité.
France Culture, Sens politique, Astrid De Villene. Je pense que la continuité sera parfaitement assurée. Je n'ai aucun souci de ce côté-là, mais ça me paraît, si vous voulez aussi une forme d'honnêteté que de laisser ceux qui travaillent sur le terrain être à la première place.
On parlait de maire M-A-I-R-E. Vous avez reconnu cette voix, Annie Gennevar ?
Eh bien, écoutez, c'est celle de Michel Barnier ? Non, j'ai pas parfaitement identifié. Non, alors c'est peut-être
la distance qui ne vous aide pas puisque je suis sûre que vous connaissez Jean-Marie Binetruy.
Ah oui !
Le maire de Morteau dans le Doubs, votre prédécesseur. Dans un reportage de France 3 Besançon le 19 juin 2002, je trouve intéressant en effet dans votre parcours le fait que vous ayez été maire. On dit souvent que c'est le plus beau mandat de la République. Est-ce que c'est comme ça que vous l'avez vécu ?
Ah, je l'ai vécu avec bonheur. Mais j'ai vécu toutes mes responsabilités avec bonheur. Moi, ma vie politique me remplit de bonheur, de satisfaction. J'ai toujours aimé l'engagement et la responsabilité. Donc, je suis de ce point de vue-là très heureuse de chacune des fonctions. Mais celle-là est singulière. Elle est particulière. Parce qu'elle combine deux choses qui sont très précieuses. La capacité d'agir. Vous êtes au plus près du terrain. Vous avez un conseil municipal qui vous suit. Vous avez les moyens de faire. Vous faites. Et puis, une deuxième chose dont on a perdu trop le sens aujourd'hui. C'est un des points sur lesquels il m'est arrivé d'insister souvent.
Quand vous êtes maire, vous êtes en proximité.
Et il vous cède sa place de maire en 2002 alors qu'il vient d'être élu député UMP alors qu'il n'y a pas encore le cumul des mandats. C'était une façon de vous mettre en selle pour la prochaine élection municipale puisque vous êtes élue en 2008. Comment vous l'avez analysée cette façon de faire à l'époque où tout le monde cumulait les mandats ?
Oui. Alors d'abord, j'étais première adjointe et j'étais en responsabilité de beaucoup de choses. Ensuite, la fonction de parlementaire est tout de même prenante et Jean-Marie Benetruy avait décidé de s'y consacrer pleinement. Et puis, à Mortaux, nous avons une tradition. Nous avons une tradition depuis 80 ans qui est celui qui est en poste prépare toujours son successeur. Et du reste, c'est ce que j'ai fait moi-même. J'ai choisi comme premier adjoint un jeune élu et je savais que la loi contre le cumul s'appliquerait en 2017. Et donc, plusieurs années avant, je l'ai préparé à cette fonction pour qu'il puisse être tout à fait prêt au moment où je quitterai cette fonction.
Et ça a été ainsi depuis les cinq derniers maires ont fait ainsi. Donc, la transmission a toujours été inscrite au cœur de la vie de notre commune de Mortaux.
Et j'allais dire, Annie Gennevar, une transmission qui se vit aussi dans votre famille puisque, je le disais en introduction, vous avez un grand-père communiste du côté maternel et votre mère, elle-même en 2002, quand vous, vous prenez la mairie de Mortaux, est élue députée UMP du Doubs. Elle est, comme on dit parfois, la tombeuse de Pierre Moscovici.
Oui. Donc, je viens d'une famille de six enfants. Mon père était artisan. Ma mère a beaucoup épaulé mon père et puis, elle a élevé sa nombreuse famille. Et elle a décidé de s'engager un jour dans le conseil municipal de sa commune qui n'est pas la mienne. Nous ne nous sommes pas succédés l'une l'autre.
Et donc, elle a commencé un parcours politique tout à fait incroyable parce qu'elle est devenue adjointe puis maire puis députée et confrontée à Pierre Moscovici, elle y est allée avec ce qu'elle était, c'est-à-dire une femme généreuse, engagée, concrète, évidemment, pas du serail politique, même si elle avait des convictions malgré son communiste de père, c'était une femme de droite et elle s'est engagée et contre toute attente, elle a été investie parce que, franchement, c'était une circonscription très difficile. Elle a été investie par le RPR à l'époque et elle a gagné.
Elle a gagné contre le grand politique sûr de lui qui était Pierre Moscovici qui, malheureusement, cinq ans plus tard, l'a battue. mais ça a été pour elle une expérience et une reconnaissance absolument formidables et l'échec lui a été très douloureux. C'est douloureux un échec politique. Mais elle a, enfin, c'était une femme très inspirante pour moi, comme l'a été également sa mère, ma grand-mère, des femmes très, des femmes bonnes et généreuses et engagées.
Sens politique, l'archive de l'invité.
Si le courage avait un visage, il aurait le tien. Pas besoin de grand-chose, mais de toi, j'ai besoin. Je ne sais pas si je crois en Dieu, mais en toi, je crois bien. Et pourquoi serait-il masculin ? Pardonne-moi, on n'est pas misogyne, on le devient. Mais il ne faudrait surtout pas que ma dame porte la culotte. Même si la charge mentale on sait bien qui la porte Et si être féministe est devenue à la mode C'est toujours mieux vu d'être un salaud qu'une salaud Vous êtes bien sur France Culture, nous sommes en direct avec la ministre de l'Agriculture des missionnaires Annie Gennevard.
C'est le choix de votre archive qu'on vient d'entendre Annie Gennevard qui m'a beaucoup, je vous avoue, surprise, la déclaration de Stromae tirée de son album Multitude sorti en 2022. Pourquoi cet extrait ?
Alors d'abord, j'aime beaucoup Stromae C'est un chanteur et une personnalité qui me touche, qui a beaucoup de talent et qui me touche beaucoup. J'aime ses textes et sa musique. Alors pourquoi j'ai choisi Déclaration ? Parce que c'est le titre de la chanson de son album Multitude. Ah Déclaration, pardonnez-moi,
j'ai dit la Déclaration.
Parce qu'il évoque un sujet qui pour moi a beaucoup d'importance qui est la question de la place de la femme dans la société, dans la famille, dans le monde. Moi, je vis dans un monde politique dont on a longtemps dit qu'il était machiste et le machisme n'en a pas totalement disparu, mais où les femmes peuvent tout de même tenir leur place. Je pense que la parité, même si ce n'est pas ma famille politique qu'il a voté, nous a permis de gagner du temps, mais n'a pas résolu toute la question de la pleine reconnaissance de la femme dans le monde politique. Je pense qu'il y a la question de la légitimité qui est encore à conquérir.
Et puis, il y a aussi de ce point de vue quelque chose qui m'inquiète beaucoup dans les jeunes générations. Je trouve que le respect entre les jeunes garçons et les jeunes filles s'est affaibli. Le fait que la pornographie ait envahi les écrans des ordinateurs et des portables des jeunes a amené à une déconsidération de la femme, à une image dégradée de la femme. Je pense que c'est quelque chose de très préoccupant et que toutes les mesures qui sont prises pour réduire l'impact, supprimer l'accès de programmes qui sont profondément dégradants pour la femme, c'est vraiment une priorité à l'égard des jeunes.
Vous êtes favorable, Annie Gennevar, à l'enseignement de la notion de consentement à ses heures de vie affective et sexuelle à l'école ?
J'y suis favorable, bien sûr. La vraie question qui se pose, c'est à quel moment que dit-on d'abord ? Que dit-on ? Je pense qu'Alexandre Portier a posé une bonne question. L'idéologie n'a pas sa place à l'école. Il faut se garder de toute forme d'idéologie. En revanche, je pense que l'éducation à la vie sexuelle et affective, on avait beaucoup insisté en son temps à l'Assemblée nationale pour que la notion de vie affective soit mentionnée. Mais pas à n'importe quel moment. Il y a des messages qu'on ne peut pas délivrer à certains âges. Donc, c'est une question de bon sens. Pour qui a des enfants et les a élevés ?
Ça me paraît d'une telle évidence, je ne comprends même pas que cette question fasse débat. Vous parliez tout à l'heure
de la parité. Pourtant, vous êtes à la tête ou en tout cas numéro 2 d'un parti qui ne respecte pas la parité aux élections depuis qu'elle est obligatoire, Annie Gennevar.
C'est vrai. C'est vrai. Et je le déplore. Je le déplore, mais vous savez, ce n'est pas faute d'avoir fait des efforts. Je pense que c'est très difficile. Quand on donne des investitures, on l'a vécu il y a peu, puisque nous sortons d'une finalement récente campagne législative, moi-même, dans mon département, cinq circonscriptions, j'ai tout fait pour avoir des femmes candidates, mais les femmes qui s'engagent dans la vie publique. Moi, ce que je constate, c'est qu'elles sont souvent engagées au niveau local et que s'engager au niveau national, ça suppose un choix de vie très particulier. Ça suppose d'abord, si on est parlementaire de province, on ne peut pas rentrer le soir chez soi.
ça veut dire que si on a de jeunes enfants, par exemple, c'est quand même très compliqué, sauf à avoir un appui familial qui se substitue à vous. Donc, souvent, elles ont fait le choix, quand elles étaient engagées dans la vie publique, de rester au niveau local. Et puis, la question que se posent toutes les femmes quand on leur propose une investiture, moi-même, je me la suis posée en son temps, c'est d'abord l'interrogation sur soi de la capacité à faire. Toutes les femmes, invariablement, à qui vous proposez de devenir adjointe au maire, de devenir candidate aux législatives, se posent la question de savoir si elles vont être capables.
Il y a vraiment un plafond de verre qu'il faut arriver à... Peut-être parce que
les politiques publiques ne suivent pas pour les accompagner dans leur maternité et leur vie professionnelle.
Alors, moi, je suis tout à fait d'accord avec vous. Je pense qu'on ne concilie pas assez les temps de vie des femmes et des hommes, d'ailleurs, parce que les hommes aspirent aujourd'hui à la même chose. Ils aspirent à passer du temps avec leurs enfants aussi. Mais c'est vrai, comme le dit Stromae dans sa chanson, la charge mentale, c'est vrai, elle demeure quand même très souvent le propre des femmes. Et dans cette chanson, ce que j'ai voulu dire aussi, c'est que dans ma vie d'élue, j'ai tellement vu souvent des femmes dans la difficulté, j'ai tellement reconnu en elles le courage dont sont capables certaines femmes.
et vous voyez, dans le monde agricole, les femmes tiennent une place absolument fondamentale.
Dernière question, Annie Gennevard, puisqu'il va falloir nous quitter. Quel agissement ou remarque sexiste vous a fait le plus de peine dans votre carrière politique ? Parce que vous en avez entendu, si j'ose dire, des vertes et des pas mûres en 2022. Si on se retrouve avec Mamie Nova aux commandes du parti, on peut commencer la production de peau de confiture. Elle a l'envergure de Christian Jacob avec une permanente. Ce n'est pas trop dur
d'être dans ce parti ? D'abord, je peux vous dire que les remarques que vous venez de faire ne restituent absolument pas l'ambiance que je peux trouver dans mon parti politique auquel je suis très attachée et où j'y compte beaucoup d'amis. Mais c'est le monde politique qui est comme ça. Il y a certains qui ne résistent pas à un mauvais mot, qui ne les grandit pas d'ailleurs, mais ça fait partie l'endurance en politique. Ça compte.
Merci Annie Gennevard d'être venue dans Sens Politique. Vous pouvez réécouter cette émission sur l'application Radio France et sur franceculture.fr. Merci à Luca Liberati, Luc Jean-Rénaud à la réalisation et à la technique Ruben Karmazine à samedi. Merci à mes Tipeurs
et à mes Tipeurs
Annie Genevard