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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 octobre 2023 23 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseImmigration & asileSécuritéInstitutions & élections

La situation en Israël et à Gaza, dix jours après les attaques du Hamas

Au micro : Léa Salamé Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:08OuverteRéponse directe

    Pourquoi l'opération terrestre n'a pas encore été lancée ?

  • 1:18OuverteRéponse directe

    Quelles sont vos analyses des raisons du retard ?

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Quelles sont vos informations sur les désaccords au sein du commandement israélien ?

  • 3:46OuverteRéponse directe

    Quel est l'état des tractations au Conseil de sécurité de l'ONU ?

  • 5:19RelanceRéponse partielle

    Qu'est-ce que vous répondez à Majed Bamia ?

  • 8:02OuverteRéponse directe

    Qu'attendez-vous de la visite de Joe Biden au Proche-Orient ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:48InvitéFait
    « il est possible que ce soit une des raisons qui font qu'on attend qu'il y ait suffisamment de gens qui soient partis vers le Sud. »
  • 2:43InvitéChiffre
    « on a déjà sur 300 000 réservistes »
  • 4:10InvitéChiffre
    « 3 000 Palestiniens ont été tués, qui sont pour l'absolue majorité des civils, dont 1 000 enfants, la moitié des femmes et des enfants. »
  • 4:29InvitéChiffre
    « Un Palestinien est tué toutes les 5 minutes, un enfant Palestinien est tué toutes les 15 minutes »
  • 7:21InvitéFait
    « le seul pays qui peut avoir une influence sur le moment, sur les modalités de la riposte israélienne, ce sont les États-Unis »
  • 10:30InvitéFait
    « Il traite les palestiniens à Gaza d'animaux humains. »
  • 14:03InvitéChiffre
    « il y a eu 70 Palestiniens tués dans des bombardements dans le sud. »

Temps de parole

  • Invité31 %
  • Invité 225 %
  • Invité 321 %
  • Présentateur16 %
  • Présentateur 28 %

≈ 2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous vous proposons une nouvelle table ronde ce matin sur la situation au Moyen-Orient. Vos questions, amis auditeurs, amis auditrices, 01-45-24-7000 et l'application de France Inter. Nos invités, Léa. Bruno Tertré, bonjour. Vous êtes directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique, auteur de La Guerre des Mondes, le retour de la géopolitique et le choc des empires aux éditions de l'Observatoire. Ça tombe vraiment juste. De Valfon, directeur de la rédaction du quotidien Libération, ancien rédacteur en chef du quotidien Aaretz, du quotidien israélien Aaretz.

Et nous sommes en ligne depuis New York avec Majed Bamiya. Vous êtes diplomate, observateur permanent de l'État de Palestine à l'ONU. Et vous êtes donc avec nous en duplex de New York aujourd'hui. Et bonjour. Bonjour. Merci à tous les trois d'être à notre micro. La grande question ce matin, c'est pourquoi l'opération glaive de fer, opérance offensive aérienne, maritime, terrestre, promise il y a dix jours par Benyamin Netanyahou n'a pas encore été lancée, notamment sur Terre. Comment l'expliquer ? Y a-t-il des désaccords dans le commandement de l'armée israélienne ? Des désaccords au gouvernement ? Est-ce la venue de Joe Biden en Israël, en Jordanie, en Égypte demain ?

Quelle est votre analyse Bruno Tertré ?

1:20
Invité

Alors je pense qu'il y a trois raisons, même si je ne suis pas capable de les hiérarchiser, je ne suis pas dans la tête des responsables israéliens. Première raison, militaire. D'abord, les Israéliens doivent s'assurer qu'ils peuvent tenir le Nord en même temps. Pourquoi ? Parce qu'on sait qu'il y a toujours une menace permanente qui peut se déclencher au Nord avec l'Huezbollah. Il y a aussi des raisons tout simplement de planification. Ça met du temps de planifier une opération aussi complexe avec un renseignement qui est en permanence mis à jour. Deuxième raison, elle est sans doute humanitaire.

Quoi que l'on pense de l'avertissement qui a été donné à la population de Gaza de se diriger vers le Sud, il est possible que ce soit une des raisons qui font qu'on attend qu'il y ait suffisamment de gens qui soient partis vers le Sud. C'est une supposition en tout cas. Et puis la troisième raison, bien sûr, elle est politique. Vous en avez parlé, c'est Joe Biden. Il est très douteux qu'une opération de ce type soit lancée au moment où Joe Biden arrivera à Jérusalem.

2:11
Présentateur

Don Velfond, quelles sont vos informations ? Qu'est-ce qui, selon vous, vous êtes d'accord avec Bruno Tertré, où vous avez des nuances ? Qu'est-ce qui, selon vous, fait que l'ordre de lancer l'offensive terrestre n'a pas encore été donné par le commandement de Tsaal ?

2:23
Invité

Je pense qu'après tout ce qui se publie à ces instants même sur les échecs israéliens de concevoir, de comprendre et d'attendre cette attaque, je pense qu'il y a de grandes hésitations. Et donc, ils vont mettre effectivement beaucoup plus de force qu'ils ne l'auraient mis un autre jour. Donc, on a déjà sur 300 000 réservistes, mais beaucoup de ces réservistes sont des logistiques, des renseignements, ne se sont pas entraînés depuis des mois. Pourquoi ?

Parce que soit Gaza n'était pas dans l'ordre des priorités du gouvernement israélien, soit ils faisaient partie des refusniques qui manifestaient chaque samedi soir contre Netanyahou et donc ont refusé d'aller dans leur unité de réserve, cela fait au moins un an. Et donc, il faut préparer tous ces gens-là, il faut que les vrais commandos arrivent, il faut que la météo soit meilleure, comme tout le système de liaison entre l'air et les forces de tank, infanterie et renseignement, est liée aussi à la météo.

3:26
Présentateur

Et elle est comment la météo là au Proche-Orient ?

3:28
Invité

Et puis, diluvienne, cela fait deux jours, ça se calmera avec la venue de Joe Biden, et donc c'est le parfait... Il va arrêter la pluie !

3:35
Présentateur

Majed Bamiya, vous êtes à l'ONU, la diplomatie s'agit tous azimuts ces derniers jours, ces dernières heures. Quel est le dernier état des tractations qu'essayent d'obtenir les États membres du Conseil de sécurité ?

3:54
Invité

Vous êtes face à toutes les contradictions, c'est-à-dire tous ceux qui avaient expliqué qu'on ne peut pas justifier de tuer des civils israéliens, de ne pas donner de contexte, quel que soit ce que les Palestiniens ont subi, rien ne peut justifier de tuer des civils, se retrouvent obligés d'expliquer pourquoi 3 000 Palestiniens ont été tués, qui sont pour l'absolue majorité des civils, dont 1 000 enfants, la moitié des femmes et des enfants. Certains ont des difficultés d'appeler à un cessez-le-feu, même en sachant que c'est le seul moyen d'arrêter ce drame qui se joue.

Un Palestinien est tué toutes les 5 minutes, un enfant Palestinien est tué toutes les 15 minutes, et on ne veut pas faire porter à Israël la responsabilité des bombardements qu'elle est en train de commettre et des Palestiniens qu'elle est en train de tuer. Ça rend difficile le travail du Conseil de sécurité, qui d'habitude sur ces questions a quand même des positions sur l'accès humanitaire, sur les cessez-le-feu, sur la question des civils avec des positions très fortes contre les attaques indiscriminées.

Même ces évidences, quand il s'agit de la Palestine et d'Israël, ça devient sujet à débat, et franchement, c'est déhumanisant, c'est raciste, c'est fondamentalement raciste de traiter la vie des Palestiniens de cette manière. Et aussi, on a un Conseil de sécurité qui est polarisé par le fait d'autres enjeux géopolitiques, et cela joue aussi en défaveur de voix claire.

5:19
Présentateur

Dov Elfon, qu'est-ce que vous répondez à Majed Bamia ? C'est raciste, il dit ?

5:22
Invité

D'abord, je ne lui réponds pas, je suis journaliste et je note ses positions. Du point de vue de la société israélienne, nous assistons à un durcissement, je dirais presque, des âmes et des cœurs parmi la gauche qui aurait pu manifester contre ces bombardements, puisque les terroristes du Hamas ont visé ces gauchistes. C'est-à-dire, les attaques contre les civils israéliens ne sont pas contre des civils israéliens par des bombardements aériens.

Ce sont des attaques qui sont ciblées sur les gens qui sont dans un territoire qu'aucun palestinien ne réclame, puisque c'est Israël, le désert du Néguev, par le partage de la Palestine en 1947, qui manifestent tout le temps pour les Gazaouites et pour les Israéliens, et qui sont contre toute la politique de Netanyahou. Donc, ce sont ces gens-là qu'on a massacrés avec une férocité incroyable qui ne peut que rappeler les pogroms. Et donc, on a une grande difficulté à expliquer à ces gens-là qu'il faut être contre les bombardements. Et pourtant, ces voix se font entendre.

6:30
Présentateur

Il y en a aujourd'hui des voix, parce que la dernière fois, vous étiez là tout de suite après l'attaque, lundi dernier ou mardi dernier, vous avez dit, vous devez à le fond, il faut comprendre qu'il y a une soif de revanche qui est immense chez le peuple israélien, et même chez les gens de gauche, même chez les opposants de Netanyahou. Vous avez le sentiment qu'une semaine après, c'est moins fort, ou en tout cas qu'il y a certaines voix qui se font entendre, qui disent attention aux pièges de Gaza, attention aux Palestiniens, attention aux enfants palestiniens ?

6:55
Invité

Alors, il y a ces voix, mais ce que je ressens surtout, c'est un silence sidéré, presque sidérant. Sur le conseil de sécurité, je crois qu'il ne faut pas en attendre grand-chose. Ce n'est pas une décision éventuelle d'un conseil de sécurité qui, comme ça a été rappelé, est extrêmement divisé. sur ces sujets comme sur d'autres, va faire quoi que ce soit pour influencer la stratégie militaire israélienne.

Aujourd'hui, le seul pays qui peut avoir une influence sur le moment, sur les modalités de la riposte israélienne, ce sont les Etats-Unis qui s'activent énormément, non pas pour faire cesser évidemment l'offensive, mais pour s'assurer qu'au maximum, on puisse avoir des corridors humanitaires, ce qui est extrêmement difficile. Il faut la coopération de l'Égypte, c'est pour ça que Blinken était en Égypte, mais Joe Biden n'y va pas pour arrêter l'offensive israélienne. Il y va d'abord pour rassurer les Israéliens, pour montrer que l'Amérique est derrière Israël, et il y va aussi pour dissuader d'autres pays, en premier lieu l'Iran, de se joindre à la mêlée.

8:00
Présentateur

Majed Bamiya, qu'est-ce que vous attendez de cette visite de Joe Biden au Proche-Orient ? Il va aller en Israël, il va aller en Jordanie aussi, où il va rencontrer notamment le président égyptien Sissi. Qu'est-ce que vous attendez de lui ? Est-ce que vous espérez aussi qu'il va mettre la pression sur les pays arabes alentours, pour peut-être accueillir un certain nombre de Palestiniens, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, je le rappelle ?

8:23
Invité

D'abord, laissez-moi dire cette histoire des bombardements comme si c'était plus humain comme moyen de massacrer des civils, et encore une fois, la chose qu'on ne permettra pas, c'est tous ces discours qui disent qu'Israël n'est pas responsable des Palestiniens qu'elle tue. La moindre des choses quand on parle des États et quand on parle de droit international, c'est de ne pas dédouaner ceux qui sont en train de tuer. C'est une façon de leur donner carte blanche, de dire qu'ils sont dans l'obligation de les tuer. C'est impossible de faire autrement ou c'est quelqu'un d'autre qui est responsable. La deuxième chose, c'est le sentiment de revanche.

Quel est le sentiment de 2 millions de Palestiniens dans la bande de Gaza, 17 ans de siège, plusieurs assauts ? Quel est le sentiment des Palestiniens sous occupation dans les camps de réfugiés ? Ils n'ont pas un sentiment de revanche ? Et pourtant, les responsables palestiniens sont parmi vous et parmi leur peuple en train d'appeler au calme, en train d'appeler à la voie pacifique depuis des années alors qu'il y a des milliers de morts palestiniens. Pourquoi quand il s'agit de morts palestiniens, tout le monde vient vers nous et nous demande de ne jamais choisir la violence et quand il s'agit de morts israéliens, la violence indiscriminée, terrible, brutale peut s'abattre sur notre...

Quand tu as la visite de Biden, je vais vous répondre, je ne suis jamais une question.

9:33
Présentateur

Allez-y.

9:35
Invité

Juste pardonnez-moi,

9:36
Présentateur

pour relancer sur ce que vous venez de dire, excusez-moi, et je vais vous redonner la parole sur Biden, ne pensez-vous pas que ce qu'a fait le Hamas, que son attaque sans précédent dans l'histoire d'Israël samedi, il y a 10 jours, ne pensez-vous pas justement qu'elle a sali la cause palestinienne ?

9:50
Invité

Mais là aussi, si vous voulez, vous voulez absolument seulement parler du Hamas. Moi, le Hamas...

9:56
Présentateur

Moi, je vous pose la question sur ce qui s'est passé il y a 10 jours.

9:59
Invité

Je sais bien, et quand nous disons avec une clarté absolue, rien ne justifie de tuer des civils. La cause palestinienne est une cause pour la libération nationale et nous voulons vivre en paix et en sécurité, une fois libre, aux côtés d'un État d'Israël et d'un État palestinien sur la base des résolutions internationales. On ne peut pas être plus clair sur nos objectifs. Mais quels sont les objectifs de l'allié inconditionnel aujourd'hui des pays européens et occidentaux ? Qu'est-ce qu'il dit ? Pas d'État palestinien, pas de liberté pour les palestiniens. Il traite les palestiniens à Gaza d'animaux humains.

Vous pensez que nous, quelqu'un nous aurait permis de parler de la sorte des Israéliens ou d'agir de la sorte des Israéliens ?

10:39
Présentateur

Bruno Tertré voudrait vous répondre. Juste une dernière chose.

10:44
Invité

Une dernière chose. Je noterais que le Hamas est listé dans les organisations terroristes des pays occidentaux et c'est un débat que nous avons eu plusieurs fois. Israël, avec les actes qu'elle est en train de commettre, reçoit de l'armement. Elle reçoit des soutiens. Elle est l'alliée. Franchement, il y a un moment où le double standard est tellement gros qu'il faut avoir un peu honte humainement, politiquement illégalement. Je pense que le double standard existe partout, y compris dans le monde arabe. Personne ne veut traiter, personne ne peut accepter que l'on traite les Palestiniens d'animaux. Gérard Haro l'a dit très clairement à son micro.

Franchement, vous ne trouverez pas, je pense, un responsable ou un intellectuel européen pour dire que c'est un langage acceptable. Que l'on dise qu'il y a eu des comportements inhumains, des comportements inhumains, c'est une chose. Mais ce langage-là, tout le monde est d'accord. Après, l'État palestinien, je suis désolé, mais tous les Européens à commencer par la France le souhaitent. Évidemment, on a tous un problème avec ce gouvernement israélien qui, lui, très clairement, ne souhaite pas d'un État palestinien. Mais je rejoins totalement Léa Salamé tout à l'heure.

Vous disiez que le Hamas vient malheureusement de faire reculer encore un petit peu plus la cause légitime des Palestiniens, la cause nationale palestinienne. Et le Hamas est le premier ennemi des Palestiniens. Je suis désolé, mais je crois qu'avant même Israël... Ça, ça, j'ai pas dit. C'est moi qui parle. Beaucoup plus loin que ma question. Là, c'est moi qui parle. Oui, là, c'est vous qui parle. Évidemment, le Hamas est le premier ennemi des Palestiniens de Gaza qui l'a mis...

12:19
Présentateur

D'où elles font le Hamas et le premier ennemi des Palestiniens ou c'est Israël ?

12:23
Invité

De Gaza, de Gaza. Je pense que ce n'est pas par hasard que se retrouvent dans ce face-à-face effrayant les deux grands opposants aux accords d'Oslo. Nous avons d'un côté Benjamin Netanyahou qui a massacré les accords mais bien avant a poussé une certaine atmosphère qui a fait assassiner Yitra Krabin et de l'autre, Ismaël Anier qui était le grand opposant à tout ce processus de l'autorité palestinienne. Ces deux-là... Le chef politique du Hamas qui est au Qatar. Le chef politique du Hamas. Et ces deux-là se retrouvent maintenant face à face dans le bourbier qu'ils ont eux-mêmes créé.

Et donc, comme dit le proverbe, une pierre qu'un idiot envoie dans un puits, même sans sages ne pourront pas la retirer. Et on est dans cette situation maintenant et c'est ça qu'il faut comprendre au-delà des petits jeux des condamnations. Nous sommes 24 heures avant une terrible nouvelle phase à Gaza. Pour vous,

13:23
Présentateur

ce sera dans 24 heures ?

13:24
Invité

Pour moi, dès que Joe Biden décolle... C'est parti ? C'est parti.

13:28
Présentateur

Majed Bamiya, sur Joe Biden précisément, Léa, vous posez la question qu'attendez-vous de lui, de cette visite sur place ?

13:38
Invité

Joe Biden veut qu'il y ait de l'aide humanitaire et il ne veut pas d'escalade régionale. Nous disons que s'il faut éviter une catastrophe humanitaire, il faut arrêter les bombardements. Essayer de concilier la continuation de ces terribles bombardements ou d'une incursion terrestre qui serait encore plus dévastatrice avec ce souhait de ne pas avoir d'escalade régionale et de catastrophes humanitaires n'est pas conciliable. Aujourd'hui, il y a eu 70 Palestiniens tués dans des bombardements dans le sud.

Il n'y a nulle part où les Palestiniens peuvent trouver un espace sécurisé et nous ne voulons pas non plus du transfert forcé des populations que l'ONU a dit était impossible et de provoquerait lui-même une catastrophe humanitaire. Mais je voudrais juste dire que nous, pendant des années, on a appelé la communauté internationale de nous aider à mettre fin à l'occupation. Et là encore, vous dites les Européens soutiennent l'État palestinien, etc. Vous avez bien raison. Mais ils n'ont rien fait pour arrêter l'impunité d'Israël. Ils n'ont rien fait pour contraindre Israël à changer le cours qu'elle a choisi et que le Hamas était là ou pas là. Israël n'a pas fait le choix de la paix.

Encore une fois, on ne peut pas dédouaner Israël des choix coloniaux de poursuivre son occupation. Elle a toujours été forcée de nous coloniser, toujours été forcée de nous tuer, toujours été forcée de nous occuper. Elle voulait tellement faire la paix avec nous mais à chaque fois, il y avait de très bonnes raisons de ne pas les faire. On aurait pu nous aussi chercher toutes les excuses du monde. Nous aussi, on a beaucoup de morts. On a une souffrance de 75 ans, une injustice et pourtant, on a fait le choix déterminé de la paix dans les moments les plus difficiles.

15:07
Présentateur

Majed Bamiya, on entend vos mots ce matin sur l'injustice des Palestiniens. On l'entend. Et en même temps, on entend vos récriminations sur Israël et sur la communauté internationale et les pays arabes. Les pays arabes qui ont fait la paix avec Israël. Je pense aux Émirats Arabes unis, au Bahreïn, à l'Arabie Saoudite qui était en voie de négociation. Vous leur dites quoi à ces pays arabes ?

15:30
Invité

Il faut être en guerre pour faire la paix. Donc, il y a des pays qui ont normalisé leurs relations et j'ai entendu Netanyahou au podium de l'Assemblée Générale il y a juste quelques semaines dire la question palestinienne est terminée. Nous allons faire la paix avec les pays avec lesquels nous ne sommes pas en guerre et nous allons isoler les Palestiniens comme si nous allions nous soumettre à ce sort d'être éternellement soumis à l'occupation de ne jamais être libre de toujours être dépossédé. Et donc, il n'y a pas d'issue sans résoudre le conflit sans mettre fin à l'occupation. Et tous ceux qui disent il ne faut pas de contexte ça serait justifier ce qui s'est passé.

Non, c'est essayer d'apporter des réponses. C'est le rôle du politique d'amener du contexte de trouver des solutions de ne pas accepter qu'il y ait une vengeance aveugle et qu'il y ait des violations du droit. Et donc, franchement, c'est une démission, c'est une faillite collective, légale, morale, politique et qui aura des conséquences sur les rapports Orient-Occident, Nord-Sud, sur la coexistence entre les communautés à travers le monde. Bruno Tertré veut réagir. Bruno Tertré veut réagir. D'abord, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose de raisonner en termes de relations Orient-Occident.

C'est dire qu'il y aurait désormais deux blocs, c'est appeler à une sorte de confrontation civilisationnelle qui ne me semble pas pertinente. Mais sur le contexte, oui, c'est vrai, l'Arabie Saoudite avait normalisé, était en train de normaliser ses relations depuis deux ans avec ses deux adversaires que sont le Qatar et l'Iran. Normalisation avec le Qatar en 2021, ce qui avait abouti d'ailleurs à ce que le Qatar cesse une partie des financements justement au Hamas dans la bande de Gaza, ce qui a sans doute joué dans la décision du Hamas, et bien sûr avec l'Iran, avec le rétablissement des relations diplomatiques.

Une des raisons pour lesquelles la troisième réconciliation entre guillemets la plus importante avec Israël ne se fait pas, c'est que bien sûr il est devenu impossible pour Iyad de continuer les pourparlers de normalisation sans que la cause palestinienne soit évidemment prise en compte. Est-ce que, et c'est la grande question, est-ce que c'est fini ? Est-ce que ce processus d'élargissement des accords d'Abraham est terminé ? Je ne le crois pas. Je pense qu'il est suspendu pour quelques mois.

Voilà, dans tous les sens du terme, peut-être même quelques années, mais je crois que les facteurs structurels qui font que l'Arabie saoudite veut continuer à normaliser ses relations avec ses voisins seront toujours là et du côté israélien, bien sûr, on y aura intérêt également.

17:53
Présentateur

Joe Biden arrive au Proche-Orient pour apporter sa solidarité, comme vous l'avez dit, au peuple, au gouvernement, à l'État d'Israël, en fait, à l'État d'Israël, mettons les mots justes, pour aussi parler aux pays arabes alentours et essayer d'organiser un couloir humanitaire qui, pour l'instant, bloque, et c'est une vraie raison aussi peut-être de la suspension de l'opération militaire pour l'instant israélienne et évidemment pour éviter l'escalade et un conflit qui serait régional. Alors aujourd'hui, au point où on en est, quelles sont vos informations à tous les trois de savoir est-ce qu'il peut y avoir un front qui s'ouvre avec le Liban, avec l'Iran, comment réagit l'Iran ?

On dit que le régime des Mollahs est divisé. Bruno Tertré, votre avis ?

18:35
Invité

Moi, je n'ai pas d'informations particulières. Ce que je peux dire, c'est qu'on parle toujours des intérêts de tel ou tel pays en disant il aurait intérêt ou il n'aurait pas intérêt à faire cela. Moi, je ne pense pas que l'Iran souhaite entrer dans la danse, si j'ose dire, pardon pour cette expression, parce que malheureusement, pour l'Iran, tout ce qui se passe est très bien, tout ce qui se passe est parfait aujourd'hui. Il n'a pas besoin de se mettre en risque aujourd'hui dans la partie.

En revanche, je mets en garde tous ceux qui penseraient qu'il n'est pas dans l'intérêt de l'Iran de rentrer en lice parce que nous n'avons pas idée de ce que sont de la manière dont les Iraniens, le pouvoir iranien, conçoit ses propres intérêts. Rappelez-vous quand on disait à propos de la Russie et de l'Ukraine, rappelez-vous, la Russie n'enverrira pas l'Ukraine parce qu'elle n'a pas intérêt à le faire. Donc, je mets juste en garde contre cette idée que nous connaissons les intérêts de nos adversaires potentiels mieux qu'ils ne les connaissent eux-mêmes. De Valfon ?

Je pense que les Palestiniens sont terriblement seuls et je pense que les pays arabes des alentours vont écouter Joe Biden et vont se dire « Ah ouais, c'est vrai, il a raison, il n'est nul besoin que nous intervenions ». Et dans ce cas, nous allons assister au choc des deux traumatismes, des deux traumas.

Nous avons les Israéliens face à leur traumatisme de sécurité, il y a de nouveaux pogroms au XXIe siècle, et nous avons les Palestiniens face à un nouveau traumatisme de l'exode, c'est la Nakba qui revient puisqu'on leur dit « Passez au sud » et après on leur dit « Tiens, peut-être que vous allez aller en Égypte » et Blinken, le secrétaire d'État américain qui est obligé de nier, de dire, de démentir, non, non, il n'y a pas cette idée dans l'air. Mais dans la tête des Palestiniens, cette idée est dans l'air qu'on va les chasser encore une fois de leur maison.

20:15
Présentateur

La Nakba, c'est la catastrophe pour les Palestiniens, c'est le moment en 1948, on leur a dit de partir, de quitter leur terre, de quitter leur maison.

20:22
Invité

Et donc ce choc des deux traumatismes va nous ramener à la phrase de Raymond Aron pour répondre à votre question. C'est une erreur de penser que les peuples n'agissent que par leurs intérêts. Ils agissent par leur passion. Et dans ce traumatisme qui est là avec des vidéos des otages des Hamas d'un côté et les Gazaouites bombardés avec énormément de victimes civiles dans ces bombardements, nous allons assister à un choc terrible et je ne vois pas comment on en sort. La dialectique des intérêts et des passions, elle est fondamentale aujourd'hui au Moyen-Orient.

Je rappelle par ailleurs que nous commémorons aujourd'hui, ce matin, le 40e anniversaire de la mort de Raymond Aron qui, mieux que quiconque, a expliqué cette dialectique des intérêts et des passions. Quand on parle de relations internationales et de géopolitiques, n'oublions pas les passions parce qu'elles sont au moins aussi importantes que les intérêts et là, on le voit tous les jours en ce moment au Proche-Orient.

21:17
Présentateur

On a un petit problème technique au standard ce matin, difficile de donner la parole aux auditeurs de France Inter, mais des questions sur l'application. En revanche, il y en a une pour vous, Majed Bamia, je rappelle que vous êtes observateur permanent de l'État de Palestine à l'ONU, diplomate. C'est Laurent qui vous la pose, monsieur le diplomate de l'ONU. Quels interlocuteurs possibles pour Israël entre un Hamas génocidaire et une autorité palestinienne représentée par un vieillard autocrate ?

21:50
Invité

Là encore, il y a un partenaire pour la paix qui est celui qui dit nous choisissons les voies pacifiques, nous sommes prêts à respecter les résolutions internationales. Israël a tout fait pour diviser les Palestiniens, pour affaiblir ceux qui voulaient la paix et pourtant, on a tenu tête et on a continué sur nos positions. Donc, encore une fois, toutes ces tentatives d'excroquerie intellectuelle, d'essayer de dédouaner Israël du fait qu'elle veut la terre, qu'elle ne veut laisser aux Palestiniens, que le choix entre l'exode, la mort ou la soumission et qu'ils n'accepteront aucun de ces choix.

Il faut maintenant arrêter et essayer d'avancer fondamentalement vers un autre avenir pour le Moyen-Orient et ça ne se fera pas sans le peuple palestinien.

22:34
Présentateur

Merci. Merci à tous les trois d'avoir été avec nous ce matin. Merci à Majed Bamia, vous étiez en duplex avec nous de New York et merci à Bruno Tertré et à Dove Elfon ici en studio.