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Discours / meetingMathilde Panot· 10 novembre 2018 5 minAutoproduitActualité / polémiqueLogementSolidarités & familleÉconomie & entreprises

"LOGEMENT : COMBIEN D'IMMEUBLES EFFONDRÉS VOUS FAUDRA-T-IL POUR RÉAGIR ? " - Mathilde Panot

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:23Invité politiqueChiffre
    « L'INSEE estime que 10 % des logements présentent au moins trois défauts qui peuvent mettre en danger la sécurité et la santé des occupants. »
  • 1:23Invité politiqueChiffre
    « Dans trois millions de logements nos concitoyens vivent dans des conditions dangereuses »
  • 1:23Invité politiqueChiffre
    « Sur les trois millions de logements jugés dangereux, seulement 180 000 logements font l'objet d'un arrêté d'insalubrité. »
  • 2:03Invité politiqueChiffre
    « Rien qu'à Marseille, 40 000 logements sont déclarés insalubres par la fondation Abbé Pierre. 40 000 logements où vivent 100 000 marseillais ! »
  • 2:43Invité politiqueChiffre
    « En 2019 vous prévoyez 41 millions d'euros en moins pour la construction locative et l'amélioration du parc. »
  • 2:43Invité politiqueChiffre
    « Ce budget est divisé par cinq par rapport à l'année dernière. »
  • 2:43Invité politiqueChiffre
    « il y a 2 millions de demandeurs de logements sociaux dans le pays, soit une hausse de 10% par rapport à 2017 »
  • 2:43Invité politiqueChiffre
    « vous prévoyez de diminuer la construction de HLM. Dès 2020, vous entendez en construire moins de 100 000 par an. »
  • 3:28Invité politiqueFait
    « le Royaume-Uni de Theresa May met deux milliards d'euros par an pour relancer le logement social »
  • 3:28Invité politiqueFait
    « l'Allemagne de Merkel investit près de 6 milliards pour construire des logements abordables »

Temps de parole

  • Mathilde Panot100 %

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Mathilde Panot

Merci Monsieur le président, Monsieur le ministre, chers collègues, Nous sommes le 5 novembre, il est 9h du matin à Marseille, deux immeubles vétustes s'effondrent, un troisième s'écroule à moitié; sept morts. Cinq jours après la catastrophe, les services de secours cherchent encore des disparus sous les décombres. Des centaines de personnes continuent d'être évacuées "par sécurité" des immeubles voisins. Dans tout le quartier, c'est la stupeur et surtout la peur. Vais-je aussi prendre mon toit sur la figure se demandent les pauvres ?

Plus d'un marseillais sur neuf vit dans un logement indigne, la boule au ventre de réaliser que le ciel ou plutôt les briques et les tuiles, peuvent concrètement leur tomber sur la tête. Et combien d'autres en France font les frais de cette politique en matière de logement ? Et combien d'autres font le bonheur sonnant et trébuchant des marchands de sommeil ? La cohésion, si l'on se fie aux dictionnaires, se définit en ces termes : "Union, solidarité étroite; caractère quasi indestructible du lien qui lie les membres d'un groupe". Pourtant votre politique d'aménagement du territoire divise.

Vos obsessions sont insupportables à tous ceux qui subissent au quotidien les fissures, le moisi, le froid, les rats. Tout ça pour quoi ? Pour toujours plus de compétitivité, de rentabilité, de prétendue simplification des normes de construction. L'INSEE estime que 10 % des logements présentent au moins trois défauts qui peuvent mettre en danger la sécurité et la santé des occupants. Humidité, infiltrations d'eau, installations électriques dégradées : dans trois millions de logements nos concitoyens vivent dans des conditions dangereuses, de celle qui pourrissent la vie, obscurcissent le quotidien et rendent les lendemains incertains.

Combien d'immeubles effondrés vous faudra-t-il encore pour réagir ? À partir de combien de morts réagirez-vous ? Trouvez-vous normal que lorsque les riches font de la spéculation immobilière, ce sont les pauvres qui meurent. Sur les trois millions de logements jugés dangereux, seulement 180 000 logements font l'objet d'un arrêté d'insalubrité. Rien qu'à Marseille, 40 000 logements sont déclarés insalubres par la fondation Abbé Pierre. 40 000 logements où vivent 100 000 marseillais ! Et ce n'est que la partie immergée de l'iceberg. Vous me répondrez sûrement que vous augmentez l'action "lutte contre l'habitat indigne" pour régler le problème ! C'est vrai, mais c'est largement insuffisant.

Et je ne parle même pas du crédit d'impôt pour la transition énergétique divisé par 2. Ni du chèque énergie augmenté de seulement 50 euros alors que le coût du gaz du fioul et de l'électricité explose. De qui vous moquez-vous ? Des plus pauvres bien sûr ! Je le disais il y a quelques jours à la tribune et je suis obligé de le redire aujourd'hui : Où est l'Etat ? Où est l'Etat ? À force de parier magiquement sur les forces invisibles du marché, vous créez des situations désastreuses. Il faut aller chercher les propriétaires qui refusent de faire des travaux et quand ils n'ont pas les moyens, les aider s'il le faut.

Des immeubles menacent par milliers de s'effondrer dans le pays, mais pour vous l'urgence absolue c'est d'abaisser les normes de construction. Et surtout, réduire la voilure financière pour construire toujours moins de logements sociaux. En 2019 vous prévoyez 41 millions d'euros en moins pour la construction locative et l'amélioration du parc. Ce budget est divisé par cinq par rapport à l'année dernière. Moins d'argent c'est construire moins, réparer moins, entretenir moins. Alors qu'il y a 2 millions de demandeurs de logements sociaux dans le pays, soit une hausse de 10% par rapport à 2017, vous prévoyez de diminuer la construction de HLM.

Dès 2020, vous entendez en construire moins de 100 000 par an. Vous diminuez le budget alloué à la construction de logements sociaux, au moment où le Royaume-Uni de Theresa May met deux milliards d'euros par an pour relancer le logement social, et où l'Allemagne de Merkel investit près de 6 milliards pour construire des logements abordables. Vous n'êtes même pas au niveau d'Angela Merkel et de Theresa May qui en matière sociale sont déjà en dessous de tout. Et vous venez ensuite présenter votre budget de "cohésion". Je reviens à la définition que je vous ai donnée tout à l'heure : la cohésion "ce caractère quasi indestructible du lien qui unit les membres d'un groupe".

J'espère que vous vous rendez compte que votre politique détruit le lien entre les groupes sociaux dans notre société. J'espère que vous prenez au mot le président de la République qui craint un retour aux années 30, et que vous savez ce que ce retour doit à vos politiques injustes. N'avez-vous pas honte de l'indigence de votre politique ? Vous rendez-vous compte que vous produisez de la colère avec un discours mielleux insupportable, et en même temps des politiques d'une violence extrême pour les classes populaires de ce pays ? Et ensuite vous faites la morale aux gens qui ne devraient pas s'abandonner à leurs émotions.

Votre gouvernement incarne plus qu'aucun autre avant lui le mépris absolu. Vous détruisez la République sociale en refusant de mener une politique d'égalité et de solidarité. Et détruire la République, c'est détruire le lien qui assure la cohésion entre nos concitoyens. La lutte que vous menez contre l'égalité sociale et territoriale est un danger pour nos institutions. Je vous remercie.