Commémoration du 7-Octobre, antisémitisme, propos attribués à Jordan Bardella... Le "8h30 franceinfo" de Yonathan Arfi
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Questions et réponses
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- 0:19OuverteRéponse directe
Trois ans après le 7 octobre 2023, que reste-t-il pour vous de cette journée ?
- 1:03OuverteRéponse directe
Est-ce que ça va mieux depuis où les juifs sont en alerte perpétuelle et leur vie n'est pas redevenue comme avant ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Juste après, l'antisémitisme a explosé en France. Est-ce que ça va mieux depuis ?
- 3:09OuverteRéponse directe
De quoi on parle dans le quotidien des Français juifs aujourd'hui quand on parle d'actes antisémites ?
- 3:49OuverteRéponse directe
Il y a de plus en plus de Français juifs qui ont envie de quitter la France ?
- 4:13OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est important aussi de rappeler que ce n'est pas le 7 octobre qui a créé l'antisémitisme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:04PrésentateurFait
« Trois ans donc après le 7 octobre 2023, plus de 1200 Israéliens, en grande majorité des civils, dont 51 Français également, étaient massacrés dans l'attaque terroriste du Hamas. »
- 2:14PrésentateurChiffre
« Dans les cinq semaines qui ont suivi, 1500 actes étaient recensés versus 436 pour toute l'année 2022. »
- 2:43Invité politiqueFait
« C'est le contraire qui s'est produit, parce que ce qui prime malheureusement sur l'antisémitisme, c'est l'effet de mimétisme. »
- 3:16Invité politiqueChiffre
« Eh bien, il y a aujourd'hui plus de 1000 actes antisémites chaque année en France. »
- 4:33Invité politiqueFait
« L'antisémitisme n'a pas attendu le 7 octobre. »
- 5:41Invité politiqueFait
« Critiquer le gouvernement israélien, bien sûr on peut le faire comme on peut critiquer n'importe quel gouvernement dans le monde, et a fortiori des démocraties, sans être qualifié d'antisionisme. »
- 6:13Invité politiqueFait
« L'antisionisme, c'est le fait de refuser, de rejeter le sionisme, qui est le mouvement d'émancipation nationale du peuple juif. »
- 7:17Invité politiqueFait
« C'est une forme d'essentialisation des juifs qui est inacceptable. »
- 10:20Invité politiqueFait
« Je ne reprends pas cette expression parce qu'Israël est une démocratie. »
- 12:30Invité politiqueFait
« Cette reconnaissance, à l'époque, s'est faite sans condition, c'est-à-dire, à l'époque, sans la libération des otages et sans le désarmement du Hamas. »
- 14:24Invité politiqueChiffre
« Je rappelle l'étude réalisée notamment par la CNCDH et publiée au mois de juin dernier, qui démontrait qu'il y avait une courbe en U sur les préjugés antisémites, avec un taux de préjugés antisémites plus élevé parmi les sympathisants du RN et de la France Insoumise que parmi le reste des Français. »
- 15:33Invité politiqueFait
« On ne peut pas nommer, je crois décemment, dans la République française, un Premier ministre qui aurait eu de tels propos antisémites. »
- 19:12Invité politiqueFait
« Non, je n'accepte pas ces explications. »
Temps de parole
- Invité politique62 %
- Présentateur18 %
- Présentateur 218 %
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Bonjour
Agathe. Bonjour. Et bonjour Yonatan Arfi. Bonjour. Bonjour Yonatan Arfi. Merci d'être avec nous. Trois ans donc après le 7 octobre 2023, plus de 1200 Israéliens, en grande majorité des civils, dont 51 Français également, étaient massacrés dans l'attaque terroriste du Hamas. 251 autres pris en otage, 83 sont morts, les autres depuis ont été libérés après des mois de captivité. Trois ans après, que reste-t-il pour vous de cette journée ?
Il
reste un sentiment d'effroi lorsqu'on a appris l'ampleur qu'avait cette attaque terroriste, et puis aussi un sentiment vertigineux de vulnérabilité, comme si d'un coup le peuple juif était ramené des siècles et des siècles en arrière dans l'histoire, lorsque les persécutions, les pogroms menaçaient les juifs de leur intégrité physique. Il y a une part de nos certitudes de juifs, quel que soit l'endroit où l'on vive dans le monde, qui ce jour-là se sont évanouis sous l'assaut des terroristes du Hamas, parce qu'ils sont rentrés en Israël, non pas en criant « morts aux israéliens », mais bien « morts aux juifs », et je l'ai entendu comme tel.
Je le disais, il y a 1200 personnes qui ont été tuées ce jour-là, beaucoup de binationaux aussi, 51 Français. On va parler justement des conséquences qu'il y
a
eu le 7 octobre ici en France. Ce massacre, vous l'avez dit, le pire massacre de juifs depuis la Seconde Guerre mondiale, ça reste un traumatisme aujourd'hui pour tous les Français de confession juive ?
Oui, il y
a
eu une césure intérieure avec
la date du 7 octobre.
Vous savez, c'est une date qui dorénavant est un nom propre. Vous ne pouvez plus fixer un rendez-vous le 7 octobre sans penser évidemment à la tragédie, sans penser à ce qui s'est passé ce jour-là. C'est vécu comme une séparation claire entre le temps d'avant et le temps d'après, parce qu'après le 7 octobre, la condition des juifs, y compris en France, a changé. On a vu des familles qui ont choisi de retirer par exemple la mezouza, ce petit objet rituel sur la porte, pour ne plus être identifiés comme juifs.
Des
gens qui ont changé leur nom sur les applications mobiles. Des mères de famille conseillent à leurs enfants de taire le fait qu'ils sont juifs. C'est ça la réalité de la vie des Français juifs après le 7 octobre.
C'est
un quotidien qui a changé, parce que c'est vrai qu'il
y a
le 7 octobre, il y a les répliques du 7 octobre. Juste après, l'antisémitisme a explosé en France. Dans les cinq semaines qui ont suivi, 1500 actes étaient recensés versus 436 pour toute l'année 2022. Est-ce que ça va mieux depuis où les juifs sont en alerte perpétuelle et leur vie n'est pas redevenue comme avant ?
Il faut d'abord noter un paradoxe, j'allais dire humain. On aurait pu imaginer qu'après le 7 octobre, il y
a
d'abord un élan de sympathie, un élan d'empathie vis-à-vis des Français juifs.
Il
fait donc une baisse des actes antisémites. C'est le contraire qui s'est produit, parce que ce qui prime malheureusement sur l'antisémitisme, c'est l'effet de mimétisme. Ça avait été la même chose après les attentats de Toulouse contre l'école Ossaratora en 2012 ou de l'hypercachère en 2015. C
'est-à-dire l'effet de mimétisme.
Eh bien, il y a chaque acte antisémite est entendu comme un appel au passage à l'acte pour les antisémites du monde entier. Et après le 7 octobre, la réplique a été d'autant plus puissante que l'acte initial, les attaques du 7 octobre, étaient elles-mêmes dévastatrices. De
quoi on parle dans le quotidien des Français juifs aujourd'hui quand on parle d'actes antisémites ?
Ce
sont des insultes, des menaces ?
Eh bien, il y a aujourd'hui plus de 1000 actes antisémites chaque année en France. On était, vous le rappelez, il
y a
quelques centaines par an entre 2000 et 2022. Quelques dizaines seulement dans les années 90, c'est il n
'y a
pas si longtemps que ça. Donc on voit que le phénomène a changé d'ampleur. Et cet antisémitisme, c'est un antisémitisme qui d'abord cible les personnes majoritairement.
C
'est d'abord des atteintes aux personnes, donc des agressions physiques, plus d'une centaine par an. Des insultes et menaces dans la vie réelle, mais aussi bien sûr sur les réseaux sociaux. Et puis des éléments qui visent notamment les bâtiments communautaires,
que
ce soit les synagogues ou les écoles juives.
Il y
a
de plus en plus de Français juifs qui ont envie de quitter
la France ? Il y a malheureusement beaucoup de Français juifs qui s'interrogent sur leur avenir, qui ne voient pas comment leurs enfants pourraient grandir sereinement en tant que juifs dans la société française. Mais ce que je veux dire ce matin, c'est que quand un Français, quelle que soit sa confession, quelle que soit sa culture, n'arrive pas à concevoir son avenir sereinement dans la société française, ça doit être une alarme pour tous. Parce que ça dit que quelque chose dans notre modèle de société ne fonctionne pas.
Sachant que l'antisémitisme ne date pas du 7 octobre, dans les années 2000, déjà la France connaissait une vague d'agressions antisémites. En 2006, il a nalimé été assassiné parce que juif. Depuis, d'autres assassinats fondés sur l'antisémitisme ont eu lieu en France. Est-ce que c'est important aussi de rappeler que ce n'est pas le 7 octobre qui a créé l'antisémitisme ?
Oui, parce qu'il
y a
une petite musique qui dirait qu'au fond, l'antisémitisme serait une question importée, que la responsabilité de l'antisémitisme, ce serait le conflit à Gaza ou ce serait le gouvernement israélien, comme je l'entends parfois. C'est quelque chose qui est d'abord totalement faux. L'antisémitisme n'a pas attendu le 7 octobre.
L
'antisémitisme n
'a
même pas attendu l'État d'Israël, puisqu'il
y
a eu de
l
'antisémitisme avant 1948 dans l'histoire. On le sait malheureusement. Et on voit bien que c'est une manière de déresponsabiliser la société française. L'antisémitisme, c'est une question française. Les auteurs sont nés, ont été éduqués en France. On doit donc trouver en France les ressources pour y répondre, sans chercher à trouver des responsables à l'extérieur.
Il y
a
un débat aujourd'hui en France virulent, Jonathan Arfi, sur la notion d'antisionisme comme masque de l'antisémitisme. Est-ce que vous dites aujourd'hui qu'on peut être antisioniste sans être antisémite
?
On peut critiquer la politique du gouvernement israélien sans être antisémite
?
Ou tous les discours aujourd'hui qui se prévalent de l'antisionisme sont antisémites
? D
'abord, il y a deux éléments dans votre question qui sont très différents. Critiquer le gouvernement israélien, bien sûr on peut le faire comme on peut critiquer n'importe quel gouvernement dans le monde, et a fortiori des démocraties, sans être qualifié d'antisionisme. Ça va de soi, mais c'est important de le rappeler. En revanche, se déterminer comme antisioniste, c'est refuser le droit à
l
'existence de l'État d'Israël. C'est au fond refuser au peuple juif le droit à l'autodétermination. C'est une discrimination vis-à-vis du peuple juif, et de ce point de vue-là, ça relève de l'antisémitisme. C
'est pas juste critiquer l'État d'Israël ? Parce que certains disent « je suis antisioniste parce que je suis contre la politique de Benjamin Netanyahou ».
Non, ça c'est une position politique, ça n'est pas de l'antisionisme. L'antisionisme, c'est le fait de refuser, de rejeter le sionisme, qui est le mouvement d'émancipation nationale du peuple juif, c'est-à-dire qui a amené à la création d'un État juif, l'État d'Israël. Cet État d'Israël, il peut ensuite avoir des politiques de gauche, de droite, il peut être critiqué, mais le principe même de son existence, c'est l'aboutissement du sionisme, et donc se dire antisioniste,
c
'est rejeter son droit à l'existence. Et c'est pour ça que j'ai envie de dire aux Français, vous savez, vous êtes sioniste, mais vous ne le savez pas. Si vous êtes favorable au droit à l'existence de l'État d'Israël, vous êtes sioniste, mais vous ne le savez
pas.
Vous dites aujourd'hui, quelqu'un qui dit « je suis antisioniste » est
antisémite
? Tout
dépend de ce qu'il entend par là, mais s'il entend la contestation du droit à l'existence de l'État d'Israël, c'est pour moi quelque chose qui relève de l'antisémitisme.
Cette question de Gaza, elle divise aussi la classe politique, et notamment les candidats de la primaire à gauche. Dans un débat récemment télévisé, Ségolène Royal, interrogée sur l'antisémitisme en France, a estimé que sa montée très inquiétante était due aux actuels dirigeants d'Israël, et elle a appelé les voix israéliennes et juives à condamner ce qu'il se passe à Gaza. Ça fait écho à ce qu'on disait à l'instant, qu'est-ce que vous lui répondez ?
C'est une forme d'essentialisation des juifs qui est inacceptable. Les Français juifs n'ont pas à être assignés à un conflit qui se déroule à des milliers de kilomètres, ils ne sont pas responsables
des
agissements du gouvernement israélien, quoique chacun puisse en penser s'il le souhaite, et ils n'ont pas à se prononcer sur un conflit pour avoir le droit de citer dans la société française. C'est une rupture fondamentale avec l'universalisme républicain. En France, on n'est pas assigné à sa confession, à sa culture, à son origine, pour avoir le droit d'être un citoyen comme les
autres. Vous vous souvenez, Yonatan Arfi, que dans la foulée des attentats djihadistes en France, de nombreux responsables politiques avaient appelé les Français musulmans à se désolidariser de l'islamisme. Vous condamnez cela, vous rejetez cette logique de la même façon ?
D
'abord, la question de
l
'islamisme était une question française, la question de la politique israélienne à Gaza est une question étrangère, donc on ne parle pas de la même chose, mais sur le fond, je réfute l'idée qu'on puisse assigner qui que ce soit, y compris les Français musulmans, à leur identité, libre à chacun de s'exprimer, libre à chacun d'exprimer des principes humanistes, d'être empathique vis-à-vis des victimes, mais on est évidemment en France, libre de faire ce que l'on souhaite et on n
'a
pas à être assigné à son identité.
Dans un livre, Sermons sous les décombres, la rabbine Delphine Orvilleur confesse l'angle mort qui a été pour elle dans les mois qui ont suivi l'attentat du Hamas, la tragédie endurée par les Gazaouis, je cite. Est-ce que vous la trouvez courageuse
?
Delphine Orvilleur est une voix dans le judaïsme français, comme il y en a beaucoup. C'est une voix qui compte dans le débat public. Ce qui est important, c'est qu'elle vient pointer, au fond, une critique qui est faite, que je trouve inacceptable aux Juifs de France. On vient faire aux Juifs une forme de procès en inhumanité, comme si nous n'aurions pas été empathiques vis-à-vis de la détresse des populations civiles palestiniennes. Moi, je suis républicain, je suis un humaniste, je suis juif, et à tous ces titres, je suis sensible, et j'ai été sensible à la détresse des populations civiles
palestiniennes.
Elle dit
justement, j'ai sans doute mis trop de temps à être capable, je la cite, capable de nommer la douleur de l'autre. On rappelle plus de 74 000 Palestiniens tués à Gaza,
d
'après les chiffres du ministère de la Santé, tenus par le Hamas, mais jugés fiables par l'ONU. J'ai mis du temps, dit Delphine Orvilleur, à être capable de nommer la douleur de l'autre, de voir ce qui se passait en face. Donc c'est ce qu'elle dit, justement. Elle
pointe ce défaut d'empathie. Ce
sont ses mots à elle, sur l'analyse qu'elle fait de ses propres sermons dans ce livre. Je considère, en tant que président d'institution juive, que nous n'avons pas failli dans notre empathie vis-à-vis de la détresse des populations civiles palestiniennes, détresse réelle, détresse qu'il faut évidemment voir en face, mais dont j'attribue la responsabilité d'abord et avant tout au Hamas, qui a pris en otage la population civile palestinienne.
Vous savez, dans toutes mes interventions importantes, les discours au dîner du CRIF, notamment, qui ont pu suivre le 7 octobre, j'ai toujours tenu à avoir un mot pour la détresse des populations civiles palestiniennes, en rappelant la responsabilité, bien entendu, du Hamas.
Delginer Willer parle aussi de faillite morale du gouvernement israélien depuis mai 2025. Est-ce que c'est une expression que vous vous reprendriez
? Non,
je ne reprends pas cette expression parce qu'Israël est une démocratie. Je ne suis pas israélien moi-même. Je ne vote pas en Israël. Je respecte, évidemment, le produit des urnes en Israël. Il y
a
d'ailleurs des élections qui se tiendront dans trois semaines et qui permettront à la démocratie israélienne de s'exprimer. Il y a des débats en Israël difficiles parce qu'une démocratie en guerre, ça pose des dilemmes moraux, permanents. Et on peut discuter de chaque décision.
Il
y a peut-être eu des décisions bonnes, des décisions mauvaises, des décisions qui peuvent choquer certains, des décisions qui ont pu être difficiles sur le plan moral.
La société est
très fracturée.
Le propre
de la société israélienne, c'est exactement ça. C'est d'être vivante, d'avoir une démocratie vibrante. Vous lisez la presse israélienne, vous verrez des critiques très virulentes du gouvernement israélien, d'autres médias qui vont le soutenir. C'est une démocratie, c'est ça qu'il faut avant
tout préserver. Vous parlez de la presse, justement, qui a révélé ces dernières semaines plusieurs informations, selon lesquelles Benyamin Netanyahou, et d'ailleurs, elles ne sont pas nouvelles, ces informations, mais il y en a eu de nouvelles, selon lesquelles il aurait ignoré plusieurs alertes sur l'imminence d'une attaque juste avant le 7 octobre. Est-ce que, dans le contexte de ces élections législatives difficiles pour lui, Benyamin Netanyahou, est-ce que vous le craignez, en tout cas, qu'il entraîne Israël et toute sa société dans une fuite en avant, en quelque sorte ?
Très honnêtement, n'étant pas israélien, ne prenant pas part au débat public israélien, c'est difficile pour moi de répondre à cette question. Ce que je constate, c'est que c'est des questions qui animent le débat en Israël, de ce que je perçois, de ce que je lis, et j'imagine que, dans la campagne qui est à court actuellement en Israël,
eh
bien, ces questions-là sont abordées régulièrement. C'est le propre des démocraties, ensuite, de s'exprimer et de faire, ou non, le bilan des trois dernières années sur le plan politique en Israël.
En France, Emmanuel Macron a récemment dénoncé à la tribune de l'ONU un spectacle qui nous fait honte à tous, en parlant de Gaza, avec, au passage, une erreur sur la présence du Hamas en Cisjordanis, qui avait déclenché la colère du gouvernement israélien.
Il
y a un an, il reconnaissait Emmanuel Macron symboliquement l'État de Palestine, et en même temps, il est critiqué aussi par les défenseurs de la cause palestinienne. Bref, comment jugez-vous l'action du président français dans ce dossier
? C
'est une autorité publique que nous avons été critiques d'un certain nombre de décisions prises, notamment de la reconnaissance de l'État palestinien il
y
a un an. Cette reconnaissance, à l'époque, s'est faite sans condition, c'est-à-dire, à l'époque, sans la libération des otages et sans le désarmement du Hamas. Un an après, le Hamas est toujours au pouvoir à Gaza, il n'a pas été désarmé, et donc l'objectif moral, qui serait d'empêcher une organisation terroriste de, j'allais dire, tenir en otage la population civile palestinienne, n'a pas été réalisé. Je pense que, de ce point de vue-là, ça a été une décision politique stérile.
Le
8.30 France Info, Agathe Lambret, Simon Le Baron.
Avec
Jonathan Arfi, président du CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, on parlait de l'antisémitisme en hausse depuis le 7 octobre. D'où vient-il cet antisémitisme ? Vous vous dites que la France insoumise représente une menace existentielle pour les juifs, on va en parler. Mais d'abord, Jordan Bardella, le président du RN, accusé, lui aussi, d'antisémitisme. Selon Mediapart, il aurait écrit notamment que les banques sont toutes détenues par les juifs, ou encore que le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, qu'un sioniste est forcément juif et en profondeur.
Vous aviez réagi en estimant que ces propos, s'ils étaient avérés, étaient un démenti à la dédiabolisation du RN. Depuis, Mediapart a publié des captures d'écran de ces messages, des preuves techniques de leur authenticité.
Même
si le RN continue de nier, est-ce que vous avez encore des doutes si vous en aviez déjà eu ?
Non, je n
'ai
pas de doute sur les propos tenus par Jean Nab. Regardez-là, parce que les preuves apportées semblent tout à fait convaincantes sur l'authenticité de ces propos. Ils témoignent de ce que nous avons toujours pressenti, c'est-à-dire qu'il y a un terrain sociologique au RN, parmi ses sympathisants, mais aussi parmi ses cadres, où l'antisémitisme reste largement répandu. C'est démontré dans des études d'opinion.
Je rappelle l'étude réalisée notamment par la CNCDH et publiée au mois de juin dernier, qui démontrait qu'il y avait une courbe en U sur les préjugés antisémites, avec un taux de préjugés antisémites plus élevé parmi les sympathisants du RN et de la France Insoumise que parmi le reste des Français.
Et vous dites aussi que ces propos, comme les banques sont toutes détenues par les juifs, le juif doit dominer, ce n
'est
pas une maladresse d'adolescents. Vous ne croyez pas à l'erreur de jeunesse
? Non,
je ne crois pas à l'erreur de jeunesse parce que c'est un logiciel politique complet. C'est la matrice idéologique d'Alain Soral.
Idéologue
d'extrême droite antisémique. Exactement, qui a eu un impact dévastateur sur toute une génération parce qu'il avait à l'époque des chaînes vidéo extrêmement vues sur les réseaux sociaux. Il est un peu le symétrique des dégâts causés au sein de l'extrême gauche par quelqu'un comme Dieudonné. Et on a deux prédicateurs antisémites, Alain Soral d'un côté, Dieudonné de l'autre, qui ont contribué aujourd'hui à avoir des cautions politiques à l'antisémitisme dans notre débat public, à commencer effectivement, en l'occurrence là, par Jean-Anne Bardella puisque nous en parlons.
Marine Le Pen a redit hier que si elle était élue à l'Élysée, elle avait toujours l'intention de nommer Jordan Bardella à Matignon comme Premier ministre. Est-ce que cela vous choque
? Ça
me choque
parce
qu'on ne peut pas nommer, je crois décemment, dans la République française, un Premier ministre
qui
aurait eu de tels propos antisémites. Je ne crois pas un instant que ce soit socialement, politiquement acceptable et responsable. Vous avez cru,
vous, Jonathan Arfi, au discours du RN, bouclier des Juifs de France, ce sont les mots du RN où vous n'avez jamais été tenté de croire qu'un parti qui comptait parmi ses fondateurs des collaborationnistes et d'anciens Waffen-SS dont le fondateur Jean-Marie Le Pen a été condamné pour antisémitisme et négationnisme pouvait avoir
changé en fait ? Non, moi je n'y ai jamais cru mais pour deux raisons. D'abord parce que la sociologie du RN n'a pas changé, que la matrice idéologique n'a pas changé, que ça reste le parti refuge des identitaires et on ne
peut
pas prétendre être à la fois un parti qui lutte contre l'antisémitisme et de l'autre côté être le lieu où se retrouvent les identitaires du pays et puis pour une autre raison, le RN reste un parti populiste, un parti antisystème et dans l'histoire, les mouvements populistes, les rhétoriques antisystèmes ont toujours charrié avec elle du complotisme et de l'antisémitisme. Je ne peux pas imaginer que le populisme soit une réponse à l'antisémitisme.
Vous
dites que cela vous choque que Marine Le Pen pour l'instant maintienne sa volonté de nommer Jordan Bardella à Matignon si elle accédait à l'Elysée mais souvent, vous savez comment ça fonctionne, une polémique en chasse une autre et peut-être que dans quelques semaines, cette affaire aura déjà été totalement dissipée. Est-ce que vous dites qu'il ne faut pas oublier ces révélations ?
Il ne faut pas oublier ces révélations ? Moi, j'ai confiance dans le bon sens républicain des Français. Je suis convaincu qu'on est un peuple cartésien, un peuple attaché à des valeurs fondamentales importantes comme celle de la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations. Je n'imagine pas que nous puissions demain porter au pouvoir un parti qui aurait laissé grandir en son sein un dirigeant ayant eu ses propos.
Et pourtant, au sein même de la communauté juive, certains sont tentés par le vote Rassemblement National. Qu'est-ce que vous leur dites ? D'abord,
les
Français
juifs sont des Français comme les autres et donc, il y a un vote Rassemblement National dans la société française, il y
a
un vote Rassemblement National qui existe aussi au sein des Français juifs. Néanmoins, j'attire toujours l'attention sur le fait que dans l'histoire, ce sont les partis de l'arc républicain qui ont le mieux protégé les juifs. Et ma responsabilité à la tête du CRIF, c'est de dire ce qui protège le mieux les Français juifs dans une période qui est une période difficile où souffle des vents mauvais de l'antisémitisme, notamment parmi les générations les plus jeunes qui nous promettent des jours à venir encore plus compliqués. Et dans ce cadre-là, il me semble qu'il y a un mirage à croire que le Rassemblement National puisse protéger les juifs.
Mais vous avez vu qu'une partie de l'extrême droite israélienne soutient Jordan Bardella. Comment vous l'expliquez ?
On est là sur des alliances politiques internationales qui relèvent d'un autre registre. La responsabilité de la communauté juive de France, ce sont ces institutions et notamment le CRIF qui portent la parole des Français juifs dans des débats publics.
Vous parliez de LFI Yonatan Arfi. Au Parlement européen, l'eurodéputé Rima Hassan a été accusé hier d'avoir renversé et piétiné les drapeaux européens et israéliens installés devant les portraits des victimes des massacres du 7 octobre à l'occasion d'une exposition. Elle assume avoir enlevé, dit-elle, le drapeau israélien mais elle dit que le drapeau européen est tombé dans le même mouvement et elle nie les avoir piétinés. Elle se justifie notamment en expliquant que c'était un événement organisé par la représentation diplomatique de l'État d'Israël et l'American Jewish Committee épinglé pour sa promotion de la colonisation.
Elle dit aussi que l'artiste qui était invité pour cet événement a nié l'existence d'un État de Palestine et même d'un peuple palestinien. Est-ce que vous entendez ces explications ?
Non,
je n'accepte pas ces explications. Elle est députée européenne, elle a été élue au Parlement européen elle
a
la responsabilité de se comporter dignement et décemment et qu'une élue puisse renverser des drapeaux le drapeau israélien le drapeau européen de l'Europe qui l'a élue je crois que ça s'est piétiné les valeurs fondamentales de démocratie qu'elle est censée incarner ce sont des propos ce sont des agissements de sa part qui sont fidèles à
la
stratégie d'outrance qu'elle a eu depuis quelques années j'espère qu'elle sera sanctionnée le lendemain
ce
qui vous choque c'est qu'elle est touchée au drapeau aux couleurs d'Israël ou qu'elle l'ait fait devant une installation en hommage aux victimes du 7 octobre
?
D'abord ce qui me choque c'est qu'elle ait renversé des drapeaux le drapeau européen et le drapeau israélien les deux et ensuite qu'elle ait fait ça devant au fond le visage des victimes du Hamas c'est comme si elle avait symboliquement pris le parti du Hamas ouvertement devant le visage de ses victimes
Vous aviez condamné sur le moment les propos attribués à Jordan Bardella après les révélations de Mediapart et dans la foulée vous avez posté un autre message pour cibler les insoumis vous écriviez que le spectacle de LFI se posant en chantre de la lutte contre l'antisémitisme était d'une hypocrisie sans nom depuis vous avez dit aussi que la France insoumise est une menace existentielle pour les français juifs qu'est-ce que ça signifie
?
D'abord je refuse que la lutte contre l'antisémitisme soit instrumentalisée politiquement et le fait de dénoncer un antisémitisme ne doit jamais permettre d'en exonérer un autre Il
ne fait pas de doute pour
vous l'antisémitisme de la France insoumise
?
Il ne fait aucun doute pour moi j'ai été témoin dans le procès fait par la France insoumise à Raphaël Enthoven sur ses propos qualifiant la France insoumise de parti passionnément antisémite j'ai expliqué pourquoi je considérais que c'était juste et je considère que la France insoumise a une responsabilité directe dans le climat antisémite dans notre pays aujourd'hui ils ont choisi de faire
de
Gaza un slogan électoral d'utiliser la stigmatisation du sionisme et des juifs comme un carburant électoral dans le cadre de leur campagne c'est irresponsable de la part d'un parti politique de premier plan
Mais
quand vous dites Jonathan Arfi à l'instant que renverser décrocher un drapeau israélien cela revient à faire la promotion du Hamas est-ce que
exagérez ? C'est vous qui réduisez mon propos je n
'ai
jamais dit que c'était que le drapeau israélien d'abord elle a renversé aussi le drapeau européen
il dit
qu'il est tombé parce qu'il a été déséquilibré par le fait d'enlever
le drapeau israélien
C'est de la faute du drapeau israélien si le drapeau européen a été renversé c'est le discours de Rima Hassan et je ne voudrais pas en parler plus que ça sur ses propres propos néanmoins pour revenir sur votre question sur le drapeau israélien Est-ce que ça revient à faire la promotion du Hamas
?
Non mais ce qui revient à faire la promotion du Hamas c'est la stratégie de Rima Hassan depuis des mois et des mois qui consiste à dire qu'elle refuse de qualifier le Hamas d'organisation terroriste qu'elle considère qu'il y a une justification à des actes de violence contre des civils israéliens ça c'est faire la promotion du Hamas c'est ce qu'a fait Rima Hassan depuis 3 ans
Et sur LFI qu'est-ce que vous dites à ceux qui disent on n
'est
pas antisémite on n
'a
jamais été condamné pour antisémitisme
Est
-ce que c'est
un blanc-seing de ne
pas
avoir été condamné
?
Non ça n'est pas un blanc-seing ensuite il y a beaucoup de procédures en cours on verra bien ce qu'elles donneront et puis il y
a
à un moment donné des choses qui s'imposent de bon sens quand on voit sous nos yeux Jean-Luc Mélenchon jouer sur le nom de Glucksmann on voit qu'il y a là un procédé qui évidemment évoque l'antisémitisme historique celui en l'occurrence de Jean-Marie Le Pen qui avait exactement le mépti de démarche C
'est le nouveau Jean-Marie Le Pen pour
vous aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon ?
Eh bien il y a une résonance entre l'attitude politique de Jean-Luc Mélenchon et celle de Jean-Marie Le Pen sur la question de
l
'antisémitisme Jonathan Arfi président du CRIF conseil
représentatif des institutions juives de France merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info 3 ans après le 7 octobre 2023 merci beaucoup Agathe
merci à vous de nous avoir suivis
à demain