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Podcast / conversationUnion Populaire Républicaine· 24 avril 2019 23 minAutoproduitActualité / polémiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

« Scandale : lait bio et subventions européennes » avec Philippe Grégoire

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous nous expliquer votre situation ?

  • 6:00FerméeRéponse directe

    Auprès de la région ?

  • 9:00FerméeRéponse directe

    Pour acheter du matériel ? C'était pour...

  • 12:00RelanceRéponse directe

    Donc pour la région, il n'y avait plus d'enveloppe. Ils vous ont laissé finalement avec une montagne de dettes.

  • 15:00OuverteRéponse directe

    Bon, est-ce qu'on peut faire ensemble le tour de l'exploitation pour voir les frais que vous avez engagés ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous nous expliquer les frais qui ont été engagés par exemple ici pour se convertir au bio ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00Philippe GrégoireChiffre
    « On avait été conseillés par les organismes agricoles du département. Et donc cette conversion sur 5 ans nous octroyait 38 000 € d'aides par an pendant 5 ans. »
  • 7:00Philippe GrégoireFait
    « On a reçu un courrier 13 mois après notre engagement, c'est-à-dire en juillet 2016, un courrier qui nous indiquait qu'ils n'étaient plus en mesure de verser les fonds auxquels ils s'étaient engagés en juin 2015. »
  • 10:00Philippe GrégoireFait
    « Il y a eu le tank à lait, car le tank à lait, quand on passe en bio, faut être propriétaire de son tank. »
  • 13:00Philippe GrégoireFait
    « Les deux premières années, on est payés au prix du conventionnel. En fait, le lait n'est pas bio. Le lait, il est bio qu'au bout de 2 ans. »
  • 22:00Philippe GrégoireFait
    « On cherche des races qui sont plus riches en matière grasse au niveau du lait. Donc on fait du croisement avec de la race jersiaise. »
  • 29:00Philippe GrégoireFait
    « Le programme de financement, il est présenté par les organismes agricoles : chambres d'agriculture, GABBAnjou, CIVAM. »
  • 32:00Philippe GrégoireFait
    « C'est un manque d'anticipation des politiques. C'est un problème de gestion des enveloppes qui a conduit à cette catastrophe. »
  • 34:00Philippe GrégoireFait
    « L'attribution des aides, c'est la région, puisque c'est des aides qui viennent de l'Europe et une partie de l'État. »
  • 37:00Philippe GrégoireFait
    « En 1984, Michel Rocard avait mis en place les quotas laitiers. Ça avait été instauré donc en Europe, pour la raison qui est la suivante. »
  • 44:00Philippe GrégoireChiffre
    « 54% de la marge est faite par les outils de transformation, donc les industriels du lait. »
  • 55:00Philippe GrégoireFait
    « On a les dermatos. Les dermatos, c'est les gens qui travaillent pour la peau. Donc je vais vous dire ce que c'est. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Dans ce reportage, nous allons voir avec Philippe les sources des problèmes de la filière laitière aujourd'hui. Nous allons tenter de comprendre pourquoi l'agriculture familiale se meurt en France. Et nous allons tenter de trouver des solutions. (Par souci de concision, toutes les approbations ne sont pas retranscrites) Bonjour à tous.

Aujourd'hui, nous nous trouvons au Plessis, dans le Sud Loire, où M. Philippe Grégoire est un producteur laitier et qui aujourd'hui se bat pour la survie de son exploitation. Pour pouvoir vivre dignement, Philippe a besoin de vendre son lait à des prix raisonnables.

Depuis longtemps, ce n'est plus le cas. Et l'idée qui lui a été présentée par la région, c'est de faire sa conversion au bio, ce qu'il a fait en 2016. Mais pour cette conversion, Philippe a dû contracter un emprunt conséquent.

Emprunt qui a été financé par les fonds dits européens. Mais il s'avère qu'au fil des années, la région n'a pas tenu ses engagements. Donc M.

Grégoire se retrouve aujourd'hui avec une promesse de financement de 190 000 €. Et sur ces 190 000 €, il n'a reçu que la moitié. Depuis, Philippe s'est organisé en association avec d'autres exploitants agricoles pour tirer la sonnette d'alarme sur leur situation et demander à la région qu'elle tienne ses engagements.

C'est à l'occasion d'une action coup de poing de Philippe Grégoire que nous nous sommes rencontrés, la délégation UPR de la Loire-Atlantique ayant prêté main forte à ces agriculteurs pendant cette action. — Bonjour, Philippe Grégoire. — Bonjour. — Pouvez-vous nous expliquer votre situation ? — Oui.

Donc moi, je me suis installé derrière une exploitation familiale de mes parents en 1988. Donc j'étais en agriculteur conventionnel, spécialisé en production laitière. Vu notre modèle d'exploitation qui allait de plus en plus vers l'herbe et les crises à répétition successives du modèle conventionnel, industriel, on a décidé en 2015 de s'orienter vers l'agriculture biologique.

Donc on a fait notre contrat avec l'agriculture biologique le 15 juin 2015. — D'accord. Auprès de la région ? — Contrat avec la région Pays de la Loire.

Donc on avait été conseillés par les organismes agricoles du département. Et donc cette conversion sur 5 ans nous octroyait 38 000 € d'aides par an pendant 5 ans, cela pour passer les différentes étapes et... — Pour acheter du matériel ?

C'était pour... — C'était la remise en route au niveau du matériel, au niveau du troupeau, au niveau des terres.

Faut réimplanter différentes variétés de cultures. Et donc nous, de notre côté, on a tenu nos engagements. C'est-à-dire plus de phyto, plus de...

Voilà. Et de l'autre côté, malheureusement, la région n'a pas tenu son engagement. Et on a reçu un courrier 13 mois après notre engagement, c'est-à-dire en juillet 2016, un courrier qui nous indiquait qu'ils n'étaient plus en mesure de verser les fonds auxquels ils s'étaient engagés en juin 2015.

Donc moi, je dis : c'est un peu l'histoire de la maison d'habitation, quelqu'un qui construit une maison d'habitation pour 150 000 €. Donc le banquier accorde le prêt. Le client, il va chercher ses 150 000 € au bout de 6 mois de construction.

Et puis la maison, au bout d'un moment, elle est finie de construire. Donc faut finir de payer les artisans. Et puis lorsque vous allez demander les 100 000 € restants, le banquier, il dit : « Non.

Il y a eu un problème. Il n'y a plus d'enveloppe. Donc en fait, débrouillez-vous ou revendez la maison, quoi ». — D'accord.

Donc pour la région, il n'y avait plus d'enveloppe. Ils vous ont laissé finalement avec une montagne de dettes. Et comme justification, ils vous disent qu'ils ne peuvent juste pas vous octroyer les fonds qu'ils vous avaient promis.

Aujourd'hui, comment ça se passe pour vous ? — Alors si vous voulez, le vrai mot pour moi qui caractérise ce qui s'est passé, c'est le mot « abandon ». Donc c'est un abandon.

Je suis pas le seul agriculteur dans ce cas-là. On est quand même assez nombreux en France. En permanence, on a sollicité les préfets, les préfets de région, les préfets de département, les DDT, les élus quels que soient les partis politiques.

On a rencontré tous les élus. J'ai même un groupe d'éleveurs avec qui je travaille qui – eux – ont engagé une procédure contre la région directement. Donc il y a eu déjà des passages devant les tribunaux.

Donc c'est en cours de procédure. Mais ça va être très très très long et invivable sur le terrain pour les agriculteurs qui se sont engagés, quoi. — D'accord.

Bon, est-ce qu'on peut faire ensemble le tour de l'exploitation pour voir les frais que vous avez engagés pour votre exploitation ? — Tout à fait. — Bah c'est parti.

On y va. — Pouvez-vous nous expliquer les frais qui ont été engagés par exemple ici pour se convertir au bio ? — Oui.

Donc au niveau de ce que mangent les animaux, la ration des animaux, en enfilage – la partie enfilage –, il y a très très peu de maïs dans la ration. C'est beaucoup des mélanges à base d'enfilage d'herbes avec du trèfle, des trèfles dont j'ai dû acheter les semences pour implanter dans mes parcelles pour que les vaches, elles aient tout ce qu'il faut dans la ration et pour ne pas acheter d'aliments extérieurs. C'est ça, la finalité du modèle bio. — Donc ici aussi, il y a eu des investissements. — Oui.

Il y a eu le tank à lait, car le tank à lait, quand on passe en bio, faut être propriétaire de son tank. Par rapport à la literie, j'ai changé de literie. Et puis après, ce qui est très très difficile, surtout les 2, 3 premières années – je dirais les trois premières années –, c'est qu'on passe d'un système à un autre, et la production de lait par vache, elle est très inférieure.

Et les deux premières années, on est payés au prix du conventionnel. En fait, le lait n'est pas bio. Le lait, il est bio qu'au bout de 2 ans.

Alors baisse de production et prix... — Les prix sont les mêmes. — Les prix sont pas bio, quoi.

Et donc, tout ça, faut le supporter, quoi. — Avez-vous investi sur l'élevage ? — Alors au niveau de l'élevage, oui.

On cherche des races qui sont plus riches en matière grasse au niveau du lait. Donc on fait du croisement avec de la race jersiaise. Donc on investit dans des taureaux jersiais. — Donc ici aussi, vous avez dû faire des investissements. — Oui.

Donc au niveau des clôtures, piquets de clôture, fils de clôture. Pour faire un pâturage, ce qu'on appelle le pâturage dynamique, en bio, il faut séparer les parcelles par petites superficies : 1 ha voire moins d'1 ha dans pratiquement la quasi-totalité du parcellaire. Autant pour les vachers ! — Ça fait beaucoup de clôtures. — Oui.

Ça fait beaucoup de piquets à acheter, beaucoup de clôtures, beaucoup de manutention des animaux, aussi. — M. Grégoire, on est chez vous, maintenant.

Merci de l'accueil. Et j'ai quelques questions à vous poser. Je vais commencer par la première.

Comment vous a-t-on présenté le programme de financement et est-ce que vous avez eu des garanties ? — Alors le programme de financement, il est présenté par les organismes agricoles : chambres d'agriculture, GABBAnjou, CIVAM. Ils fonctionnent comme ça depuis toujours.

Et ceux qui sont passés en bio, historiquement, ont toujours eu le versement de leurs aides. Là, simplement, depuis quelques années, ils ont pas anticipé l'arrivée massive de producteurs en bio. C'est un manque d'anticipation des politiques.

C'est un problème de gestion des enveloppes qui a conduit à cette catastrophe. — D'accord. Et est-ce que vous avez eu des garanties ? — Il n'y avait pas de garantie.

C'est des décrets qui sont signés au niveau régional par des politiques, avec des enveloppes attribuées. Et comme ils ont mal géré ce dossier-là, ils se sont retrouvés piégés à leur propre piège, mais avec les conséquences non pas pour les élus mais pour les éleveurs. — Qui décide de l'attribution des aides ? — Alors l'attribution des aides, c'est la région, puisque c'est des aides qui viennent de l'Europe et une partie de l'État.

Mais l'État a décidé de renvoyer la gestion des aides bio par région. Donc c'est bien la région qui décide. — Comprenez-vous la cause de la baisse du prix du lait en France ? — Oui.

Parce qu'en fait, en 1984, Michel Rocard avait mis en place les quotas laitiers. Ça avait été instauré donc en Europe, pour la raison qui est la suivante. C'est que s'il n'y a pas de gestion des volumes, par définition, c'est comme le groupe Renault.

S'il produit plus de voitures qu'il est capable d'en vendre, on va à la catastrophe. Et donc ça avait un peu limité l'hémorragie du départ des producteurs de lait. Mais ensuite, à l'arrivée des années 2000, sous la pression des libéraux, l'Europe a souhaité libéraliser les marchés et a souhaité faire sauter les quotas laitiers, avec bien sûr le feu vert des grands syndicats européens agricoles très libéraux qui sont généralement...

Les grands syndicats, à leur tête, leurs responsables sont en même temps les présidents de coopératives. Donc ils sont en même temps gérants de l'agroalimentaire. Donc ils ont tout intérêt pour acheter la matière première moins cher à ce qu'il y ait du volume.

Donc c'est une folie pure dans la mesure où 7% des échanges sur la planète donnent l'indicateur de prix du lait au niveau mondial. — D'accord. Et est-ce qu'il y a une pression qui est faite de la part de ces grands industriels sur les coopératives, sur les exploitants pour que les prix restent bas ?

Est-ce qu'ils ont un argument à donner pour garder les prix bas ? Ils peuvent acheter à l'étranger, par exemple, le lait ? — Oui, tout à fait, depuis le début.

Après les quotas laitiers déjà, le vilain méchant loup, c'était les Hollandais. On nous disait : « Maintenant, c'est plus les Allemands ». On a eu les Danois.

Ça tourne régulièrement. On peut avoir...

Bon voilà. Donc c'est des arguments parce qu'en fin de compte, les multinationales qui achètent le lait, les grands groupes : Sodiaal, Lactalis, tous ces gens-là, et la grande distribution, comme on est dans un marché ouvert et libre, ils peuvent acheter du lait, effectivement, à l'extérieur. Donc ils nous mettent en concurrence entre nous, les agriculteurs.

Mais un agriculteur allemand n'est pas plus riche qu'un agriculteur français. En fait, ça tire tout le monde vers le bas. Ce marché-là, ce système-là tire tout le monde vers le bas. — À qui vous pensez que la chute du nombre d'agriculteurs en France profite, finalement ?

Est-ce qu'elle profite pas aux agriculteurs ? Mais est-ce qu'il y a quelqu'un qui profite de ça aujourd'hui ? — Ceux qui s'enrichissent de cette réduction du nombre d'agriculteurs, nous, pour ce qui nous concerne, les producteurs de lait...

Faut savoir quand même que 54% de la marge est faite par les outils de transformation, donc les industriels du lait. Donc eux, en nous mettant en concurrence de façon déloyale avec les autres agriculteurs des autres continents qui ne gagnent pas leur vie mieux que nous, parce que cette mise en compétition les uns entre les autres tire tout le monde vers le bas...

Leur permet à eux de regrouper la collecte. C'est-à-dire qu'au lieu de collecter le lait comme dans les années 80 dans 400 000 exploitations, aujourd'hui, il va rester 55 000 points de collecte. Et à horizon 2030-2035, il n'y aura peut-être plus que 15 000 fermes en France qui feront du lait, qui seront complètement aux mains du réseau bancaire, parce que ça sera de tels taux d'endettement qu'on n'est même plus propriétaires de nos exploitations. — Vous dites aujourd'hui qu'un agriculteur qui est forcé de cesser son activité, c'est un agriculteur voisin – peut-être – qui va reprendre ses terres et donc qui va avoir besoin de plus de matériel, qui va s'endetter auprès des banques.

Et donc finalement, les grands gagnants, c'est un peu les banques. — Les grands gagnants, c'est les banques, c'est les multinationales du lait, c'est la grande distribution qui – elle – est en bout de chaîne et prend toujours sa marge. Et puis comme le budget de la PAC est distribué...

Avant, il était partagé à un plus grand nombre d'agriculteurs. Aujourd'hui, moins il y a d'agriculteurs, moins ils sont nombreux à se partager le gâteau de la PAC. En fait, la PAC, elle a eu un côté pervers.

C'est que c'est une subvention qui a été mise à l'hectare. Et comme elle a été mise à l'hectare, plus on fait la course aux hectares, plus on ramasse de PAC. Mais quand on l'analyse bien...

Au départ, quand elle a été mise en place en 1992, ça s'appelait « aide compensatoire aux surfaces cultivées ». Ça a été fait pour compenser la baisse des prix. Aujourd'hui, moi, je l'appelle « la prime pour l'emploi », parce que ça nous permet de travailler, de survivre mais plus de vivre, puisqu'il y a 50% des agriculteurs qui gagnent moins de 350 € par mois.

Donc on est dans un système ultralibéral où on marche sur la tête, parce qu'on est des travailleurs indépendants, on fait 80 heures semaine, on a un carnet de commandes qui est plein, on peut embaucher en France en moyenne dans nos exploitations un équivalent temps plein, et on est éligibles à la prime d'activité. Donc merci le modèle libéral. — D'accord.

Merci pour ces précisions. Est-ce que cette situation est régulière justement chez les exploitants agricoles ? Est-ce que vous connaissez des personnes dans votre entourage qui sont dans la même situation que vous ? — Oui, bien sûr.

La situation, elle est généralisée. C'est caché par la profession et surtout par nos responsables professionnels, car c'est des choses qu'il faut pas divulguer dans la mesure où ça fait tourner tout un business, le machinisme agricole, les semenciers. Il y a beaucoup de gens qui gagnent énormément autour du monde agricole hormis les multinationales et la grande distribution.

Je parle de tous les intermédiaires. Ils sont très très nombreux, très très nombreux. Et donc le système est bien caché pour continuer.

La pauvreté, elle s'accentue d'année en année. Ceux qui sont moins impactés...

Je vais vous expliquer. C'est très simple. C'est ceux qui se sont moins spécialisés.

C'est-à-dire quelqu'un qui s'est spécialisé en viande bovine, un couple qui vit que de la viande bovine ou un couple qui vit que du lait est beaucoup plus impacté que des gens qui se sont diversifiés. Beaucoup de gens dans les exploitations agricoles ne peuvent plus vivre. Donc les épouses travaillent à l'extérieur.

Donc quand il y a des salaires extérieurs ou il y a plusieurs ateliers...

Il y en a qui ont mis en place de la volaille. Les bâtiments, au bout d'un moment, sont amortis. Ça atténue un peu l'onde de choc.

Mais tous ceux qui se sont spécialisés, pensant vivre de leur production, de leur métier dignement, ils sont ruinés. — Que demandez-vous aujourd'hui ? — Faut revenir au bon sens agricole.

Et puis faut demander à nos chefs d'État de revenir au bon sens. C'est-à-dire faut dénoncer les accords de libre-échange, faut reprendre notre souveraineté nationale, reprendre notre monnaie, et faire des accords de juste échange, mais pas des accords de libre-échange, car le libre-échange ne peut pas fonctionner pour une raison simple. Un producteur de lait ne peut pas avoir le même coût de production en France, en Allemagne, en Chine, en Inde ou en Australie, rien que – de fait déjà – de par des conditions climatiques.

Rien que de par le climat, déjà, on a des différences de coûts de production. C'est logique. On n'a pas les mêmes pluviométries.

Après, il y a le social, il y a l'environnemental qui rentrent en ligne de compte. Donc on marche complètement sur la tête. On est avec un prix mondialisé.

Et on a des gens autour de nous qui fonctionnent dans une économie avec un PIB territorialisé. C'est-à-dire que les services qui travaillent autour de nos exploitations, eux, ils facturent au coût franco-français, ils dépendent du PIB territorialisé. Et nous, on dépend du PIB mondial.

Donc nous, on peut pas jouer dans la même cour. C'est pas possible. — Avez-vous des choses à ajouter sur votre situation ? — Moi, au niveau de ma situation, compte tenu du non-respect des aides de la région, bon, on est en train d'entamer des recours pour voir comment on peut récupérer cet argent qui dure, puisqu'un engagement, c'est un engagement.

Mais après, le vrai fond du problème agricole, c'est la reconnaissance des coûts de production par pays avec une gestion des volumes. Et pour cela, il faut que les États reprennent leur souveraineté. Ça veut pas dire qu'il faut pas faire d'échanges.

Il est pas question de mettre des murs et fermer les frontières. C'est un fantasme. C'est pas de ça qu'on demande.

On demande des politiques de l'échange, mais de l'échange réciproque, avec les vraies valeurs et les vrais coûts de production par pays. Et c'est tellement vrai, ce que je dis, que les libéraux qui nous mettent en concurrence, nous ou le monde du travail, les salariés...

On a l'exemple du textile qui a délocalisé dans un premier temps en Tunisie et au Maroc pour ensuite aller dans l'Asie du Sud-Est. Si ce modèle tant vanté par nos responsables politiques au niveau national...

Ils prétendent que l'économie de marché est le meilleur des systèmes, il n'en existe pas d'autre. Si c'est le meilleur des systèmes, moi, je leur pose la question : « Pourquoi ils l'ont pas généralisé à tous les métiers ? Pourquoi on a un prix mondial pour les agriculteurs, on a un prix mondial pour les usines de textile, on a un prix mondial pour la chaussure, et pourquoi on l'a pas fait à l'ensemble de l'économie ? ».

Tout simplement parce qu'on a fait des choix de mettre des gens en concurrence, de détruire des professions au nom du libéralisme et au profit de quelques multinationales, quelques multinationales. J'ajoute qu'en termes d'emplois nets, si on reprenait notre souveraineté, on est capables demain matin...

Il manque en moyenne un équivalent temps plein par exploitation agricole. Un équivalent temps plein par exploitation agricole...

Aujourd'hui, cet équivalent temps plein, il est remplacé comment ? Il est remplacé par des gens qui font 90, 100 heures, qui tirent sur leur santé. Et puis il est remplacé par les gens...

On a une particularité, nous, au niveau agricole. C'est qu'on a les dermatos. Les dermatos, c'est les gens qui travaillent pour la peau.

Donc je vais vous dire ce que c'est. C'est le fils qui rentre de l'école à 14 ans le soir, qui travaille gratuitement avec son père sur le tracteur. C'est les parents qui, à la retraite, prennent leur retraite mais continuent à travailler dans l'exploitation jusqu'à 80, 85 ans.

Donc ça, c'est pas comptabilisé dans les organismes de centres de gestion. Quand on nous sort des coûts de production et des comptabilités agricoles, par définition, elles sont toutes fausses, les comptabilités agricoles, puisque les parents travaillent jusqu'à la mort, les enfants travaillent dès l'âge de 10, 12 ans sur les tracteurs. C'est le tonton.

C'est...

Voilà. On est complètement hors-sujet par rapport à la société. On est complètement déconnectés du reste de la société.

On nous a mis dans un marché mondialisé qui est en train de tuer le monde agricole. En plus, on est en train de l'industrialiser avec des méthaniseurs où on va fausser le coût de production. On va raisonner en revenu global d'exploitation, en EBE globalisé.

C'est-à-dire qu'on va prendre les revenus totaux de l'exploitation en introduisant le méthaniseur qui est là pour revendre de l'énergie ou les panneaux photovoltaïques qui n'ont rien à voir avec la production laitière et la viande bovine. Donc on va fausser le prix, le prix réel que le consommateur devrait payer : le bovin, le kilo de viande, le litre de lait, le kilo de volaille. — Que demandez-vous aujourd'hui, vous, pour vivre dignement de la région, de l'État ? — Bon alors déjà, nous, par rapport à moi et mes camarades qui sont passés en bio, là, c'est que la région, l'État, puisque c'est l'État qui est au-dessus de la région, honore ses engagements.

On a signé des contrats d'engagement. Il faut qu'ils honorent leurs engagements, parce que quand l'État rappelle à l'ordre les manifestants en disant que la République, il y a des devoirs, et qu'on doit respecter la République, les chefs d'État, de gouvernement, faut qu'ils commencent par respecter leurs engagements s'ils veulent qu'on respecte la République. C'est le premier point.

Après, sur l'agriculture, faut pas tourner autour du pot. Si on reprend pas notre souveraineté et si on se détache pas du diktat de la Commission européenne, de Bruxelles, et qu'on ne reprend pas notre indépendance...

Sans mettre des murs. Il s'agit pas de fermer les frontières. On continue de faire des échanges.

Mais on garde notre souveraineté et on met en place une gestion des volumes avec la reconnaissance du coût de production. Ça passe par le prix. On peut pas travailler sans faire notre facture, parce qu'on est quand même une des rares professions...

Je rappelle que c'est l'industriel qui fait la facture. On vend du lait, on vend des poulets, on vend des cochons, on vend des bovins-viande. C'est l'acheteur, c'est Jean-Paul Bigard, le groupe Charal qui fait la facture.

C'est Sodiaal qui fait la facture. C'est Lactalis qui fait la facture. Donc on est complètement exploités par le système. — D'accord.

Je vous remercie de cet échange. Je vous remercie de nous avoir accueillis aujourd'hui. Et j'espère que la région et l'État tiendront leurs engagements.

Merci beaucoup. — Merci beaucoup.