Allemagne : carnage au marché de Noël - C dans l’air - 21.12.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 5 %Attaque 60 %Défensif 35 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:45OuverteRéponse partielle
J.Bardella et M.Le Pen parlent d'un acte de guerre contre un symbole de notre civilisation. Que pensez-vous de cette réaction ?
- 20:19RelanceRéponse directe
Comment qualifier cet acte ? Attentat islamiste ou islamophobe ?
- 25:52OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que la 'remigration' prônée par l'AfD ?
- 29:52OuverteRéponse directe
A.Merkel a-t-elle eu raison d'accueillir 1 million de Syriens en 2015 ?
- 44:11OuverteRéponse directe
L'extrême droite progresse-t-elle partout en Europe ?
- 45:39OuverteRéponse directe
Les coalitions allemandes fonctionnent-elles bien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:12témoinFait
« Tout le monde était allongé sur le sol. Des enfants, des hommes, des blessés. C'est inimaginable. »
- 5:32H.Miard-DelacroixFait
« Il semble que cet homme, qui était depuis 2006 en Allemagne, qui est saoudien et qui est venu faire sa spécialisation en médecine en 2006, soit resté. »
- 6:53A.GoutardFait
« Il a annoncé il y a quelques semaines qu'il allait faire quelque chose de grand pour punir les Allemands, qu'il allait en massacrer un maximum et qu'au pire, il irait en prison la tête haute. »
- 9:03A.de TarléFait
« Le marché de Noël de Berlin avait été attaqué il y a presque 8 ans jour pour jour. »
- 13:14A.BellangerFait
« Il était tellement perdu dans la traduction, ce Saoudien, qu'il a pris ça pour un symbole chrétien. »
- 19:02A.de TarléFait
« L'attaque est exploitée par l'extrême droite, quitte à relayer de fausses informations. »
- 21:48H.Miard-DelacroixFait
« Cet homme a déjà été condamné plusieurs fois à des peines, des amendes, pour des propos violents en public, des menaces à l'encontre de personnes publiques. »
Temps de parole
- ?100 %
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... - A.de Tarlé: Bonsoir. Au moins 5 morts et plus de 200 blessés. Il était 19h, hier soir, lorsqu'un SUV a foncé sur la foule lors d'un marché de Noël dans la ville de Magdebourg. Au volant, un Saoudien d'une cinquantaine d'années présent en Allemagne depuis 2006, aux idées islamophobes, selon les 1ers éléments de l'enquête. Il n'empêche, J.Bardella a dénoncé sur X "un attentat islamiste". Idem pour M.Le Pen, qui y voit "un acte de guerre contre un symbole de notre civilisation". Reste à savoir si, à 2 mois des élections allemandes, cette attaque barbare va propulser un peu plus l'extrême droite allemande, l'AfD, qui promet la remigration, c'est-à-dire le renvoi chez eux des étrangers installés en Allemagne. Une extrême droite extrêmement puissante dans les anciens Lander de l'Est, là où a eu lieu hier soir cette attaque à la voiture-bélier. C'est l'objet de cette émission. Pour répondre à vos questions, nous accueillons A.Bellanger. Vous êtes éditorialiste et spécialiste
des questions internationales à franceinfo. H.Miard-Delacroix, vous êtes professeure d'histoire et de civilisation de l'Allemagne contemporaine à la Sorbonne Université. Votre livre "Ennemis héréditaires? Un dialogue franco-allemand" est aux éditions Fayard. A.Goutard, vous êtes spécialiste des faits de société. C.Meeus, vous êtes rédacteur en chef au "Figaro". En une: "Le Noël tourmenté des chrétiens d'Orient". Merci de participer à cette émission. A.Goutard, on va revoir, et les images sont floutées car elles sont épouvantables, ce qui s'est passé hier soir. On était vendredi soir, à 19h. On imagine ce marché de Noël plein.
Je cite un des témoins: "Tout le monde était allongé sur le sol. Des enfants, des hommes, des blessés. C'est inimaginable." La voiture était un gros SUV qui zigzaguait exprès pour percuter un maximum de gens. - A.Goutard: Sur 400 m. C'est au moment de faire demi-tour que la police a enfin réussi à mettre la main sur cette voiture folle, à intercepter vivant l'homme qui se trouvait à l'intérieur, un homme saoudien qui avait le statut de réfugié, assez connu en Allemagne. Il avait donné plusieurs interviews, notamment à l'AFP, pour dénoncer "l'islamisme radical rampant", selon ses termes, en Europe. Il n'a pas le profil d'un terroriste islamiste, qui est la plus grande crainte en période de Noël des autorités. Il a "réussi son coup" avec cette fuite en avant à bord de cette voiture... - A.de Tarlé: Il y avait une volonté. Il a loué la voiture. C'est un gros SUV.
- A.Goutard: J'allais vous le dire. Il n'a pas choisi la voiture par hasard. Il a vraiment voulu faire le plus de morts possible, comme vous le disiez très justement, en zigzaguant dans ce marché, en visant, d'après les 1ers témoignages, les grappes humaines les plus denses. Il ne s'est pas arrêté. Il n'a pas eu pitié des enfants, des familles, des femmes et des hommes qui étaient projetés. Les images étaient terribles. Ils étaient projetés autour de lui et sous la voiture. C'est un carnage, on peut le dire. - A.de Tarlé: Il y a tout de suite la question de la sécurité qui se pose. Ce marché de Noël était protégé par des plots, mais il y avait
un point faible, par là où le métro passait. Cet angle mort a été utilisé par le Saoudien, Taleb A. - A.Goutard: On ne peut pas donner son nom pour l'instant puisqu'il est suspect. Le fait qu'il ait pu s'introduire sur le marché laisse penser aux enquêteurs qu'il avait fait des repérages auparavant. Vous disiez qu'il avait loué la voiture, et pas n'importe laquelle. Il avait repéré le point faible du marché de Noël. Il y avait vraiment la volonté d'agir. On n'a pas retrouvé, à notre connaissance, de testament, comme le font souvent les terroristes. On ne sait pas exactement... Il n'y a pas de lettre, à moins que vous ayez
d'autres informations, puisque vous êtes très bien informés... - A.de Tarlé: Vous avez suivi en allemand à la télévision... Que sait-on précisément? Il a été capturé vivant? - H.Miard-Delacroix: Oui. Les médias allemands font un excellent travail, en particulier "Der Spiegel". Ca permet de donner des éléments réels contre les théories du complot et autres déclarations intempestives, des éléments objectifs. Ce sont des éléments qui viennent de la police.
Il semble que cet homme, qui était depuis 2006 en Allemagne, qui est saoudien et qui est venu faire sa spécialisation en médecine en 2006, soit resté. Il est devenu islamophobe et s'est présenté comme très critique vis-à-vis de la religion de son pays. Il a mis en place un système et un réseau pour faire venir des femmes, en particulier d'Arabie saoudite, qui souhaitaient quitter le pays. Il est très présent. Il a laissé beaucoup de traces, dont un certain nombre d'interviews que vous avez mentionnées. A 19h07, 3 minutes après le début de l'attentat, est sortie sur les réseaux sociaux en anglais une vidéo qu'il avait enregistrée avec sa voix.
Il y dit qui il est, qu'il vit en Allemagne. Il s'agit de savoir si c'était programmé ou si c'est un complice qui l'a mise sur les réseaux sociaux. Il y explique quelque chose d'incohérent. Ce profil est très compliqué. Il s'agit d'un psychiatre qui a, visiblement, lui aussi, quelques problèmes psychiques. Il est à la fois très anti-islam, mais il prétend aussi que l'Allemagne serait islamisée par la faute d'A.Merkel. Il rentre dans l'image que donne l'AfD de cette Allemagne "envahie" d'étrangers. Il est lui-même étranger, ce qui correspond à un étranger qu'on voudrait faire remigrer. En même temps, il propage les thèses de l'AfD.
L'AfD et l'extrême droite vont avoir un léger problème. Il s'est présenté comme un combattant contre l'islamisation volontaire. En plus, il a rajouté qu'il était lui-même persécuté personnellement. Un de ses amis a parlé à la police. Il a annoncé il y a quelques semaines qu'il allait faire quelque chose de grand pour punir les Allemands, qu'il allait en massacrer un maximum et qu'au pire, il irait en prison la tête haute. - A.de Tarlé: A.Bellanger, le procureur allemand dit qu'il était insatisfait de la manière dont les réfugiés saoudiens étaient traités. Avait-il un ressentiment contre son pays d'accueil, en estimant que les Saoudiens étaient moins bien traités que les réfugiés syriens? - A.Bellanger: Ce qu'on peut lire dans la presse allemande, c'est ce nouveau profil de terroriste, d'islamophobe radical. Je n'avais encore jamais retrouvé cette catégorie d'individus. Il était très marginalisé dans la communauté et la petite communauté de réfugiés saoudienne. Il était considéré comme un zinzin. Il passait son ton en imprécations contre l'Allemagne, qu'il accusait de vouloir islamiser l'Europe. Vous voyez le renversement conceptuel?
C'est l'Allemagne qui, en ayant importé, via A.Merkel, 2 millions de migrants venus de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan, était accusée de vouloir islamiser l'Europe. Il fallait punir l'Allemagne pour avoir islamisé, en utilisant un attentat qui faisait référence à un attentat islamique? - A.de Tarlé: Le marché de Noël de Berlin avait été attaqué il y a presque 8 ans jour pour jour. On est persuadés que la date n'est pas choisie au hasard. Elle fait référence au 21 décembre 2016. - A.Bellanger: Jeudi, on fêtait le 8e anniversaire du pire attentat que l'Allemagne ait connu, qui a traumatisé le pays, qui a fait 13 morts et des dizaines de blessés. C'est un attentat au camion-bélier, qui rappelle celui de Nice, quelques mois auparavant. On est en 2016. Ca se passe dans un marché de Noël de Berlin. Il fait un copycat. Il essaie d'obtenir le même résultat, un traumatisme violent dans la population allemande, mais à partir
de prémices complètement délirants. Quand, en France, M.Le Pen et J.Bardella parlent d'islamisme radical... - A.de Tarlé: J.Bardella et M.Le Pen parlent de "barbarie islamiste". - A.Bellanger: Il aurait peut-être fallu attendre un peu. - A.de Tarlé: Ils auraient pu retirer leurs tweets? - A.Goutard: Le message politique est peut-être ce qui prime pour M.Le Pen et J.Bardella, avant une vérité. - A.de Tarlé: Pourquoi est-ce qu'on parlait de traumatisme?
Parce que la cible est le marché de Noël. M.Le Pen dénonce un acte de guerre contre un symbole de "notre civilisation". Le marché de Noël réunit les enfants et véhicule la joie. - C.Meeus: C'est là où c'est le plus inquiétant pour les Allemands, les Français et les Européens. C'est cibler la période de Noël, les chrétiens et l'Occident. On voit l'autoroute qui s'ouvre pour les partis d'extrême droite qui, on le sait depuis longtemps, ne s'embarrassent pas de la vérité. Ce qui compte, c'est de dénoncer l'incurie des gouvernants, la volonté des islamistes ou des musulmans étrangers, qui nous veulent du mal, et récupérer un électorat qui devient presque captif.
- A.de Tarlé: Un étranger menace la joie de Noël, c'est l'autoroute dont vous parliez? - C.Meeus: Exactement. On peut aller plus loin. Ce que dit M.Le Pen, c'est qu'ils menacent "notre civilisation". On touche à des ressorts encore plus profonds. Ils sont plus dangereux en période électorale. - A.Bellanger: Il faut savoir qu'en Allemagne, il y a 2500 à 3000 marchés de Noël par an. Le marché de Noël est cosubstantiel à l'Allemagne. Pendant un mois et demi, les Allemands se retrouvent autour de baraques de vin chaud et de pains d'épice.
Ce n'est pas seulement que dans quelques villes Il a vraiment choisi ce symbole même de la pérennité allemande à bon escient, à mauvais escient puisque ça s'est terminé comme ça. Il s'agit de quelque chose de consubstantiel à la culture allemande. - A.de Tarlé: C'est la bière, la choucroute et le marché de Noël? - H.Miard-Delacroix: On pense beaucoup au marché où on va acheter des choses, mais c'est un endroit où on se retrouve le soir, y compris dans la semaine, après le travail et pendant toute la période de l'Avent. C'est l'endroit où on va tranquillement.
On n'est pas obligé d'acheter quoi que ce soit. On boit du vin chaud. C'est un moment joyeux dans cette fin d'année. La dimension chrétienne, surtout dans cette partie allemande qui est très déchristianisée, puisque c'est l'ancienne RDA... Faut-il parler de décivilisation? Je ne sais pas. Il est clair que ce monsieur a choisi volontairement cet endroit. C'est le symbole, mais aussi parce que c'est l'endroit où les gens sont dans la rue en masse et ne font pas attention. C'est d'une certaine façon l'écho de l'attentat du 14 juillet, à Nice. "Où je vais trouver des gens heureux ensemble, en famille?" C'est là.
- A.de Tarlé: Le marché de Noël, c'est un peu constitutif de l'âme allemande. - A.Bellanger: L'Allemagne est un pays de villes. Vous avez des petites villes de 50 000 ou 60 000 habitants. On n'a pas ce tissu urbain en France. On l'a un peu en Italie. De ville en ville, vous avez des marchés de Noël qui sont beaucoup moins chrétiens, paganisés d'une certaine façon. Ce sont des lieux de rencontre avant tout. Les saucisses ne sont pas chrétiennes. - C.Meeus: C'est juste la période qui l'est. - A.Bellanger: Il était tellement perdu dans la traduction,
ce Saoudien, qu'il a pris ça pour un symbole chrétien. - A.Goutard: Chaque année, les services antiterroristes français, européens et allemands... D'ailleurs, les services allemands avaient mis en garde contre les risques d'attentats, mais cette fois-ci islamistes, contre les marchés de Noël. - A.de Tarlé: Il y avait des plots, c'était protégé... Enfin, pas très bien. - A.Goutard: Le marché de Noël avait aussi été victime d'une tentative d'attentat. Il y a cette symbolique qu'adorent aussi les islamistes. On ne se dirige pas vers un attentat islamiste, mais pour tous ceux qui ont des problèmes psychologiques ou psychiatriques, comme pour ceux
qui ont des envies politiques et des visées politiques, tout ce qui représente un symbole, que ce soit le 14-Juillet, Noël, un marché de Noël, c'est intéressant. De toute façon, ils veulent s'appuyer sur des dates symboliques. Ca fait partie de leur psyché. - H.Miard-Delacroix: On peut ajouter que c'est un cocktail explosif. En l'occurrence, il ne s'agit pas d'explosion. On a affaire à une personne qui a des problèmes psychiques, manifestement, mais qui renvoie aussi les difficultés à se positionner d'une partie de la population, qui est en Europe, issue de l'immigration. Ca fait 18 ans que ce monsieur est là.
Il intègre les symboles, mais peut-être pas très bien et trouve des grilles de lecture qui sont autant à l'emporte-pièce que les lectures extrémistes qu'en font l'extrême droite. La 1re réaction de la cheffe de l'AfD, dès qu'elle a eu lieu, c'est... - A.de Tarlé: "Quand cette folie prendra-t-elle fin?" - H.Miard-Delacroix: Tout cela, c'est une suite d'événements hostiles à la culture qui seraient programmés, un "grand remplacement", une attaque systématique. C'est ce qui est dramatique. Les gens qui ont envie de l'entendre comprennent
sans qu'on ait besoin de dire le mot "islamiste". - A.de Tarlé: L'Allemagne frappée en plein coeur, 5 morts et des dizaines de blessés, plus de 200 personnes. Il était un peu plus de 19h, hier soir, quand une voiture fonce à toute allure dans les allées du marché de Noël de Magdebourg. L'auteur est arrêté rapidement. Il s'agit d'un réfugié saoudien islamophobe, selon les autorités. Ses motivations sont donc extrêmement floues. Voici le récit de cet événement. Cloches. - Ce matin, réveil douloureux en Allemagne. Sur le marché de Noël de Magdebourg, les traces de l'attaque à la voiture-bélier sont encore visibles.
Le bilan humain est lourd. La population est endeuillée. Dans la ville, l'émotion est très forte. - Je suis horrifiée. On n'arrive pas à le croire. - C'est incroyablement triste! Je suis choquée. Les mots me manquent. Il n'y a pas de mots appropriés. J'habite juste derrière. C'est tout simplement incroyable. - Scène d'horreur hier soir vers 19h quand ce véhicule fonce dans une allée bondée du marché de Noël. La voiture fend la foule en deux. Très vite, le suspect est interpellé par la police.
- L'auteur a été arrêté. Il s'agit d'un Saoudien de 50 ans, entré pour la 1re fois en République fédérale d'Allemagne en 2006. Il disposait d'un permis d'établissement et donc d'un permis de séjour permanent. - Le profil Du suspect, un médecin spécialisé en psychiatrie, est complexe. L'homme réfugié en Allemagne est décrit par les autorités comme "islamophobe". Selon la presse, le Saoudien partageait sur le réseau social X des messages de soutien au parti d'extrême droite AfD. Pour l'heure, ses motivations restent inconnues. Cet événement tragique intervient 8 ans, quasiment jour pour jour, après l'attentat du marché de Berlin. 12 personnes avaient perdu la vie. - Il y avait trop de sang. Je ne peux pas trop décrire. C'est traumatisant. - Un nouveau traumatisme dans un pays en pleine campagne électorale où la question de l'immigration fait débat. Très vite, l'AfD a commenté. ...
E.Musk, soutien officiel du parti d'extrême droite allemand, a relayé tout au long de la soirée les événements et s'en est pris au chancelier allemand. ... L'attaque est exploitée par l'extrême droite, quitte à relayer de fausses informations. Hier soir, en France, le RN s'est empressé d'accuser l'islam radical. ... Une piste qui semble pourtant s'éloigner. Ce matin, le chancelier allemand s'est rendu sur les lieux du drame. Visiblement marqué, il a appelé à ne pas céder aux sirènes
de la haine. - O.Scholz: Il est important pour moi que lorsqu'un événement aussi terrible et horrible se produit, nous restions unis en tant que pays, que nous nous serrions les coudes, que nous nous donnions la main. La haine ne détermine pas notre coexistence. Nous sommes une communauté qui cherche un avenir commun. - Ce soir, une cérémonie en hommage aux victimes aura lieu dans la cathédrale de Magdebourg, à quelques pas du marché de Noël. - A.de Tarlé: A.Bellanger, question.
Il y a une autre question. On a beaucoup de mal à comprendre et à qualifier cet acte. - A.Bellanger: Ce n'est pas un attentat islamiste. La presse allemande parle de ce terroriste comme d'un "islamophobe radical". - A.de Tarlé: Ce serait un attentat islamophobe? - A.Bellanger: Antimusulman, pour punir l'Allemagne d'en avoir accueilli. - A.de Tarlé: De la part d'un Saoudien? - A.Bellanger: Oui. Je reconnais que c'est bien parti pour se faire des noeuds au cerveau.
Il aurait fallu que quelques commentateurs politiques français attendent un peu avant de tweeter. Objectivement, il nous a fallu une bonne partie de l'après-midi à tous les journalistes et spécialistes pour essayer de démêler, non pas le vrai du faux, et de comprendre ce qu'il voulait dire. Il menaçait l'Allemagne parce qu'il trouvait que l'Allemagne s'était donné pour vocation "d'islamiser l'Europe". - H.Miard-Delacroix: C'est ça. En plus, on sait qu'il n'était pas passé inaperçu. Cet homme a déjà été condamné plusieurs fois à des peines,
des amendes, pour des propos violents en public, des menaces à l'encontre de personnes publiques. Il semblerait, ce sont les dernières informations qu'il faut vérifier, que les services secrets allemands aient reçu par 3 fois des annonces des Saoudiens, très au courant de ce que font leurs citoyens dans les différents pays, disant que cet homme serait dangereux. C'est peut-être plus vers cela que la critique des oppositions au gouvernement de Scholz, qui est de toute façon démissionnaire, va se placer. Comment se fait-il que cet homme n'ait pas été identifié comme malade psychiatrique ou comme un dangereux personnage
qui voudrait faire du mal aux autres par islamophobie? - A.Bellanger: Ce qui est fascinant, c'est que l'Arabie saoudite a prévenu par 3 fois les services secrets allemands. Mais comme ils prévenaient contre quelqu'un qui... - A.de Tarlé: Qui critiquait l'Arabie saoudite pour son rigorisme. - A.Bellanger: Ils pensaient qu'il essayait de les piéger. - A.Goutard: Il était aussi connu de l'Organisation eurosaoudienne pour les droits de l'homme. Elle ne peut pas être taxée d'être pro-saoudienne. Ils disent: "Il s'agit d'une personne psychologiquement perturbée, excessivement prétentieuse. Il ne s'agit pas d'un attentat motivé par la religion. Le suspect a été banni de la diaspora saoudienne, où il était connu pour son aide aux demandeurs d'asile." - A.de Tarlé: On n'a pas fini de se faire des noeuds au cerveau. Mais de façon plus simple, qui a cassé la magie de Noël?
C'est un étranger. Quand l'AfD dit "quand va s'arrêter cette folie meurtrière?", derrière tout ça, la leçon, c'est que l'Allemagne est menacée par les immigrés qui seraient venus en trop grand nombre et qui menaceraient le vivre-ensemble des Allemands. - C.Meeus: Oui. On dit que ce n'est pas un attentat islamiste. C'est l'ingrédient supplémentaire qui permet à l'extrême droite de se faire entendre plus. Il y a déjà les ingrédients qui suffisent à attirer les électeurs. C'est un Saoudien arrivé en 2006. Quelqu'un qui est antiimmigrés dira que ça ne fait pas longtemps... Ca nourrit déjà le sentiment antiimmigrés. Si vous avez déjà l'ingrédient supplémentaire de l'islamisme, c'est parfait pour eux. Mais ils ne s'embarrassent pas. Les tweets de J.Bardella et de M.Le Pen seront peut-être retirés. En tout cas, il y aura d'autres tweets pour dire: "D'accord, il n'est pas islamiste, mais c'est un immigré." Vous le disiez, les services secrets avaient alerté, et ils n'ont rien fait. L'autre élément qui permet à l'extrême droite de progresser
au-delà du racisme, c'est l'antisystème. "Que font les partis au pouvoir? Ils ne vous protègent pas, ne s'occupent pas de vous. Si on va plus loin, ils font venir des immigrés contre vous." - A.de Tarlé: Est-ce que c'est l'équivalent du RN en France? Chez nous, le RN est le 1er parti de France. En Allemagne, ça reste le 2e parti. C'est quand même un tabou? Il y a quelques années, on n'aurait jamais imaginé, vu l'histoire allemande, de voir l'extrême droite avec 19 % d'intentions de vote? - H.Miard-Delacroix: On est entre 18 et 19 % d'intentions de vote pour l'AfD. Les élections législatives auront lieu dans l'ensemble du pays le 23 février. L'AfD, en gros, c'est la même chose que le RN. Seulement, ils n'ont pas adopté la stratégie de la dédiabolisation. Ils misent sur une forme de brutalité, en estimant qu'il y a une population en Allemagne qui aime cela. - A.de Tarlé: C'est quoi, la "remigration"? - H.Miard-Delacroix: C'est un mot construit avec "retour de l'immigration".
C'est un projet, l'idée de répondre à ce qui aurait été un projet d'invasion pour un "grand remplacement", par la réponse: "Nous renvoyons chez eux non seulement ceux qui sont arrivés de manière illégale, et toute personne qui ne correspond pas à ce que nous qualifions comme membre de notre nation." La question est de savoir ce qu'est un Allemand. C'est arrivé aux oreilles de tout le monde. Il y a eu une rencontre un peu secrète près de Berlin il y a un an, entre différents groupes identitaires qui ont essayé, notamment avec des financements de certains industriels,
de mettre en place un projet de réimmigration. S'ils arrivaient au pouvoir, ils allaient renvoyer chez eux non pas seulement les "étrangers de papiers", mais même des Allemands qui auraient une histoire migratoire et qui ne correspondraient pas aux critères de ce qu'est un Allemand. On arrive à ce que vous évoquiez. Ce sur quoi va surfer l'extrême droite allemande, ce n'est pas l'arrivée actuelle de migrants, qu'ils veulent arrêter en vérifiant les frontières, c'est de s'interroger sur la légitimité de la présence de gens qui ont une histoire migratoire,
une couleur de peau différente. Et ils sont considérés comme dangereux, même s'ils parlent la langue. - A.de Tarlé: Est-ce que l'arrivée de millions de réfugiés syriens en 2015 est à l'origine de cette crispation et de la montée de l'AfD? Comment expliquer qu'elle soit partie de rien et qu'elle arrive à 19 %? - A.Bellanger: Oui et non. - A.de Tarlé: Je savais que vous alliez me dire ça. Je ne voulais pas vous la poser à vous. - A.Goutard: Oui, c'est un sujet. Beaucoup de pays ont vu l'extrême droite bondir, même s'ils n'ont accepté que très peu de Syriens sur leur sol. La France, par exemple.
On n'a accepté que 45 000 Syriens. L'extrême droite bondit aussi. En Italie, ils ont vu arriver énormément de migrants sur leur sol. Ils ont connu des drames absolus. C'est plutôt le sentiment d'impuissance de l'Etat. Vous citiez E.Musk, qui rentre dans le débat actuel en Allemagne. C'est vrai que les libertariens, qui sont pour une liberté d'expression absolue et une dérégulation absolue... On trouve un écho auprès de cette extrême droite et auprès de l'homme qui a commis ces faits sur le marché. Il se revendiquait lui-même comme étant fan d'E.Musk. - A.de Tarlé: Avant de vous écouter, A.Merkel était en France au début du mois pour la sortie de son livre. Elle a été reçue par A.-S.Lapix, qui lui a posé la question: était-ce une bonne idée d'accueillir 1 million de Syriens au vu de la crispation actuelle de la société allemande? Elle s'est expliquée sur pourquoi elle a décidé d'ouvrir
grand les portes en 2015 aux Syriens. - A.de Tarlé: Est-ce que ça tient à son histoire, qu'elle est du mauvais côté du Mur? Elle s'en est souvenue quand elle a vu ces millions de Syriens frapper à la porte de l'Europe, appelant à l'aide? - H.Miard-Delacroix: Il y a la dimension éthique. C'est une femme issue d'une famille protestante, chrétienne, avec la conviction que les valeurs de solidarité issues du christianisme sont complémentaires des valeurs de la liberté et de l'Etat de droit des civilisations qui ont la chance de vivre dans la liberté. On oublie aussi que les Allemands ont une histoire d'expulsion et de fuite. En 1945, 12 millions d'Allemands ont pris la route et ont été chassés depuis la Russie, la Pologne. Ils ont connu ce destin de devoir ramasser des affaires avec les enfants sous le bras et quelques vêtements pour commencer leur vie ailleurs. On dit qu'elle a ouvert les portes en grand.
En réalité, elle a refusé de les fermer comme le faisait la Hongrie. Il faut dire qu'elle s'est appuyée sur un mouvement de solidarité qui était réel dans la population. Les gens allaient dans les gares accueillir les immigrés, les gens en situation de fuite, en leur apportant des nounours pour les enfants, à manger et des couvertures. De ce point de vue, elle dit vrai quand elle pensait que nos valeurs étaient capables d'accepter le désespoir de gens qui ne sont que des humains. A posteriori, elle ne le dira pas, mais je pense qu'elle voit que ça a beaucoup déstabilisé son pays, que la population n'était pas prête. En plus, en Allemagne, l'histoire coloniale est très courte.
La vie avec des gens de cultures différentes est moins habituelle. Il y a eu un choc culturel. - A.de Tarlé: C'est un pays moins global. - H.Miard-Delacroix: Si on veut. En particulier dans l'est de l'Allemagne, où la xénophobie est frappante. - A.de Tarlé: On va regarder une carte des élections européennes. En bleu clair, c'est les performances de l'AfD, de l'extrême droite. Tous les Lander de l'Est votent massivement AfD, ce qui est beaucoup moins vrai dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest. - H.Miard-Delacroix: Ce n'est pas uniquement par xénophobie.
C'est aussi par rejet des partis qu'ils disent "du système". Ils les considèrent comme responsables du traitement de choc qu'ils ont subi au moment de la réunification, de la perte de leur travail... - A.de Tarlé: "On est abandonnés et il y a trop d'étrangers." - H.Miard-Delacroix: Exactement. - A.de Tarlé: L'AfD est à 30 à 35 %. - A.Bellanger: Il y a deux choses. Dans cette partie de l'Allemagne de l'Est, il y a eu beaucoup de ces Allemands de l'Est, dans la partie la plus jeune et la plus expérimentée, qui sont partis en Europe de l'Ouest. Ce sont des Lander qui ont été dépeuplés et qui ont été repeuplés.
Ca peut être un choc au quotidien dans ces petites villes allemandes. - A.de Tarlé: Ce qui est le cas de Magdebourg, dans le Land de l'Ouest. - A.Bellanger: C'est une ville à 150 km de Berlin. - H.Miard-Delacroix: C'est la capitale régionale, la capitale d'un Land. - A.Bellanger: La définition de la nationalité allemande n'est pas du tout la même en France et en Allemagne. Pendant des années, les migrants n'étaient pas des travailleurs immigrés. Ils étaient des "travailleurs invités". D'une certaine manière, ils étaient aussi invités à repartir.
C'était ça qu'il y avait dans l'esprit des Allemands. Qu'une grande partie de ces travailleurs invités soit restée est une difficulté pour les Allemands. Pendant des siècles, la définition d'être allemand était liée au sang, à l'idée que l'on était allemand non pas parce qu'on avait été invité, qu'on était resté en Allemagne. L'idée d'avoir une double nationalité a été une énorme difficulté et a occasionné des débats que l'on n'a pas soupçonnés en France. Pour nous, la nationalité est liée au droit du sol, au fait d'être en France, d'être venu et de l'avoir acquise. Ce sont donc deux conceptions qui créent deux psychés différentes vis-à-vis des étrangers. - A.de Tarlé: On parlait d'A.Merkel. Elle est partie. C'était une icône européenne. Est-ce que les Allemands revisitent son bilan? - H.Miard-Delacroix: En Allemagne, elle n'était pas qu'adorée. Elle a toujours eu des critiques. Elle était toujours sur la réserve, pas trop avancée.
Il lui était reproché de ne pas avoir assez de profils. - A.de Tarlé: Qu'elle était de droite. - H.Miard-Delacroix: Oui, de la droite conservatrice, la démocratie chrétienne. Elle était conservatrice, mais modérée. Elle a gouverné dans une grande coalition entre le centre-droit et le centre-gauche. Elle a validé des lois contraires à sa famille politique. Pendant ses longues années de pouvoir a émergé à sa droite, par réaction à cette politique, une extrême droite rompant avec la tradition de la vieille Allemagne fédérale. Ils disaient qu'ils ne devaient rien avoir à droite. Quand on parle de l'Allemagne, il faut toujours nous regarder nous.
On est voisins. En Allemagne, aujourd'hui, on a aussi le droit du sol depuis 2000. On peut être allemand aujourd'hui parce qu'on est né de parents allemands, parce qu'on est sur le sol allemand et qu'on a décidé à l'âge de la majorité que l'on veut bien rester. En France, c'est pareil. On dit qu'on a le droit du sol, mais une bonne partie des Français sont français parce qu'ils ont des parents français. On a toujours opposé le droit du sol allemand et français. Beaucoup de Français ont aussi ce schéma en tête. Il y a aussi de la xénophobie en France. Un certain nombre de Français estiment qu'un Français né sur le sol français est un peu moins français que celui qui serait français par ses parents. - A.de Tarlé: L'Allemagne a été secouée par une crise politique majeure en début de semaine. Le chancelier O.Scholz a perdu la confiance du Parlement. Des élections législatives sont prévues dans 2 mois, le 23 février. - La motion du chancelier n'a pas réussi à atteindre la majorité de 367 votes. - O.Scholz battu au Parlement.
Les députés allemands ne lui accordent pas leur confiance en tant que chef du gouvernement. Le chancelier socialiste n'a pas d'autre choix que d'annoncer de nouvelles élections en février prochain. - O.Scholz: Nous devons à nos citoyens décence et sérieux. Mais la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre fin à la coalition gouvernementale était tout autre. Elle a été motivée par une question encore plus importante, celle de savoir si oui ou non, et comment nous investissons dans notre pays. - La culture du compromis à l'allemande est mise à mal.
La coalition a volé en éclats. Tout avait bien commencé en 2021, avec une entente entre le SPD de Scholz, les Verts et les libéraux du FDP de C.Lindner. - Tous les trois, nous ne voulons pas nous limiter, mais nous élargir en tant que partenaires. Nous venons tous les trois avec nos propres perspectives et idées. - Cette alliance, appelée "coalition du feu tricolore,", vert-rouge-jaune, a tenu un temps. Mais elle s'est heurtée à des difficultés: guerre en Ukraine, récession économique
2 années de suite et crise industrielle. Le chancelier O.Scholz et son ministre des Finances C.Lindner ne s'entendent plus. Il est limogé. Ambiance... - O.Scholz: Trop souvent, il s'est livré à des tactiques mesquines de politique partisane. plus à faire des compromis pour trouver 12,5 milliards d'euros qui manquaient au budget de 2025. - O.Scholz repart en campagne. Ca s'annonce difficile. Son principal opposant, le voici: F.Merz, chef de file des conservateurs de la CDU. - Vous dites que tout doit continuer comme avant. Vous ne dites rien en ce qui concerne la compétitivité de l'économie allemande. Il est embarrassant de voir comment vous vous comportez au niveau européen. Vous êtes une honte pour l'Allemagne! Vous êtes embarrassant.
- F.Merz est un ancien businessman de chez BlackRock, Axa, ou la Deutsche Borse. Il pilote son propre avion, avec des propos controversés sur les femmes, les homosexuels et prend un virage plus à droite sur l'immigration. Il reste toujours moins impopulaire qu'O.Scholz. - Il est là, il assume, il parle très fort. Il assume d'avoir certains dérapages. Les Allemands se disent que ce serait bien d'avoir quelqu'un qui parle de façon claire face à Trump et Poutine. F.Merz va donner une direction. - Fervent partisan de l'Otan et de l'UE, il multiplie les rencontres à l'étranger ces derniers jours: U.von der Leyen, V.Zelensky... Il se verrait déjà chancelier avant les élections
prévues le 23 février. - A.de Tarlé: Il a de fortes chances d'être le prochain chancelier allemand. On a l'impression qu'il est de la trempe de ces hommes virils. - H.Miard-Delacroix: La règle du jeu veut qu'en Allemagne, c'est un système proportionnel. Le chef du groupe parlementaire le plus important est amené à mener des négociations pour former une coalition avec d'autres partenaires, afin d'avoir un gouvernement stable, sauf catastrophe. - A.de Tarlé: Quel type de chancelier ce sera? Il a des accents trumpistes. Je caricature. Pour nous, ça veut dire quoi? - H.Miard-Delacroix: Pas à ce point-là.
Il est très allant sur l'Europe. Ce qu'il critique chez O.Scholz, c'est d'avoir été très en retrait, de ne pas avoir répondu aux mains tendues de la France. Je pense que ce serait plus une combinaison qui peut très bien correspondre à E.Macron: du parler franc, du direct... Il dit que l'Allemagne devrait plus se faire entendre en Europe. C'est l'un des défauts que les Allemands voient dans le gouvernement sortant. L'Allemagne est puissante, mais en perte de vitesse. Elle ne se fait pas entendre là où elle devrait. - A.Bellanger: E.Macron l'attend avec beaucoup d'impatience. Il n'a pas aimé le mandat d'O.Scholz.
Il a trouvé que la France et l'Allemagne ne s'entendaient plus. Notamment sur la défense, le budget. Ce n'est pas du tout gagné. Je pense qu'il attend ce nouveau chancelier avec beaucoup d'impatience. - A.de Tarlé: Nous avons une question. On parlait de l'AfD qui progresse, du tweet de M.Le Pen qui semblait s'indigner, et certains disent "récupérer", de cette attaque. Je ne sais pas si on peut parler d'attentat. Pareil en Grande-Bretagne. N.Farage, le leader populiste du Royaume-Uni, dit ceci.
... Ce qui s'est passé hier en Allemagne, on a l'impression que ça résonne dans toute l'Europe. - C.Meeus: Ca avait résonné avant. Quand on regarde attentivement le scrutin européen du 9 juin, on se rend compte que les partis dits d'extrême droite ont énormément progressé. Il y en a qui sont arrivés en tête, comme en Autriche et en France, installés depuis plus longtemps. Certains font des progressions énormes également. Je pense au Portugal et à l'Espagne.
Ce ne sont pas de gros scores, mais il n'y avait pas de députés... - A.Bellanger: Ils ont perdu la moitié de leurs députés aux dernières élections. - C.Meeus: Il y a une progression dans beaucoup de pays. Le Parlement européen s'est déporté en partie vers la droite, à tel point que l'accord historique qu'il y avait entre les socialistes européens, le PPE, la droite européenne, et les centristes, à 3, a battu en retraite. Il y a une résolution sur le Venezuela. Les élections présidentielles étaient contestées. L'extrême droite et la droite voulaient apporter leur soutien au candidat battu. Il y a eu un accord, un vote commun. C'était la 1re fois. Ce vote a été reproduit un certain nombre de fois. C'est un phénomène européen, qui ne touche pas les pays de la même façon, mais qui est antérieur à ces attentats. Comme vous le dites, ça montre bien qu'il y a une préoccupation de tous ces électorats qui pensent que les partis traditionnels au pouvoir ne répondent plus à leurs questions, et que ceux qui pourraient répondre à leurs questions, c'est la droite du dur. - A.Bellanger: Il faut dire une chose aux téléspectateurs
sur l'Allemagne et les coalitions. Le monsieur a tort. Les coalitions marchent très bien. La coalition allemande a régné pendant 3 ans et demi. Les élections devaient avoir lieu en septembre et ont été avancées de 9 mois. Une nouvelle coalition va se mettre en place en Allemagne. - A.de Tarlé: On devrait avoir un chancelier avec un gouvernement, contrairement à la France. On connaît mal l'AfD et sa cheffe, A.Weidel. Qui est-elle? - H.Miard-Delacroix: C'est une femme qui a fait des études, qui appartient à la classe supérieure. Ce n'est pas un problème, semble-t-il, parce que c'est un parti qui déteste les élites. Mais elle en fait partie, et ce n'est pas un problème. Elle est ouvertement homosexuelle. Elle le dit et le défend. Elle vit en Suisse avec une femme de couleur.
Manifestement, cet ensemble de caractéristiques de sa personne ne la rend pas... - A.de Tarlé: Ce n'est pas banal, pour la leader de l'AfD, très antiimmigrés, qu'elle partage sa vie avec une allemande de couleur. - H.Miard-Delacroix: Et elle vit en Suisse. On a à peu près l'ensemble des ingrédients de détestation. Ca fait partie aussi de la stratégie de l'AfD, qui met en avant cette personnalité, plus réactionnaire, traditionaliste... Il joue de manière extrêmement habile avec l'ensemble des codes. Pour compléter ce que vous disiez, ils disent que les gens
qui sont arrivés dans nos pays européens apportent la haine. Le problème, c'est qu'ils jouent sur la haine et que les populations, qui se sentent très désorientées et qui ont l'impression que le gouvernement ne les écoute pas, sont prêtes à se mettre entre les mains de partis qui sont extrêmement jouants sur les oppositions, la division de la société. - A.Goutard: C'est un parti qui a une branche radicale qui se revendique du nazisme. L'Allemagne n'a pas une histoire anodine.
Quand on voit qu'aujourd'hui, il y a effectivement ces profils que vous décrivez très bien et aussi une branche radicale, B.Hocke, condamné à plusieurs reprises pour apologie du IIIe Reich... Ce parti, on peut difficilement le comparer... - A.de Tarlé: C'est le FN du début. - A.Goutard: Exactement. Ce n'est pas le RN d'aujourd'hui, qui a fait un certain ménage. - A.de Tarlé: Est-ce qu'on parle d'E.Musk? De quoi se mêle-t-il? Il a retweeté frénétiquement tous les messages de N.Farage, le Britannique, qui tweetait. Il a dit ceci. - A.Bellanger: Il ne comprend rien à l'Europe. - A.Goutard: Je crois qu'il a très bien compris, au contraire. - A.de Tarlé: Il est américain, d'origine sud-africaine, rien à voir avec l'Europe. - A.Bellanger: Il demande à O.Scholz de démissionner,
ce qu'il a fait il y a un mois. - A.de Tarlé: Se prend-il pour le futur ministre des Affaires étrangères américain? - A.Goutard: Il fait du lobbying. On ne voit pas assez bien la puissance des réseaux sociaux. Aujourd'hui, il y a une société qui vit en parallèle et que, nous, citoyens lambda, ne suivons pas. Il y a une fachosphère des libertariens, qui rejettent complètement tout gouvernement, qui considèrent que la démocratie est un mal. Tous ces gens communiquent entre eux, font du lobbying,
des coups de pression sur des gouvernements. Vous avez parlé de la Grande-Bretagne, mais on peut aussi parler de l'Allemagne, avec E.Musk qui ne cesse de donner son avis sur la question. Quand bien même il se trompe sur le nom d'A.Merkel, car il n'a pas compris le fonctionnement des élections allemandes, il s'en fiche. Ils avancent leurs pions contre la démocratie. Il ne faut pas oublier qu'E.Musk a des intérêts importants en Europe, notamment en Allemagne. Il y a des entreprises. Il joue à la fois politiquement avec son idéologie libertarienne et économiquement parce qu'il n'a pas intérêt à avoir une Europe forte. - C.Meeus: Ce n'est pas nouveau. Un conseiller de D.Trump... J'ai oublié son nom...
S.Bannon. Il a essayé d'unifier les extrêmes droites européennes. Il a eu des contacts avec M.Le Pen et avec d'autres. Ils oublient une chose. Ils voient leur grand pays américain et se disent qu'ils appliqueront la même chose. Mais ce sont des nationalistes avant tout. Ils ne résonnent que dans leur pays. M.Le Pen se détache d'ailleurs de l'AfD. Elle est dans une stratégie, comme vous l'avez dit, de dédiabolisation. - A.de Tarlé: Au Parlement, elle refuse de siéger dans le groupe de l'AfD. - C.Meeus: Elle est avec d'autres, pas avec eux.
La tête de liste aux élections européennes avait dit: "Je ne dirai jamais que quiconque portant un uniforme SS était un criminel." C'était un peu problématique. On le voit avec G.Meloni. G.Meloni et M.Le Pen, ça ne marche pas. Son allié, c'est M.Salvini. C'est illusoire de croire qu'il va pouvoir unifier l'Europe. - H.Miard-Delacroix: A l'Assemblée nationale, les députés RN insistent systématiquement pour qu'on cesse toute coopération avec l'Allemagne. - A.de Tarlé: Avec l'AfD. - H.Miard-Delacroix: Avec l'Allemagne. Tous les projets franco-allemands sont rejetés. - A.de Tarlé: Ce sont des nationalistes, comme le disait C.Meeus.
Cette attaque à la voiture-bélier a une résonance particulière en Europe et en France. Elle intervient alors que la France est en train d'être bouleversée par le procès de S.Paty. Son assassinat, c'était il y a un peu plus de 4 ans. Ce professeur a été décapité pour avoir défendu la liberté d'expression. Hier soir, la cour d'assises spéciale de Paris a rendu son verdict. Les 8 accusés ont tous été reconnus coupables. - Il est 21h, hier soir. Le verdict vient de tomber. Les 8 accusés sont condamnés. Jusqu'à 16 ans de réclusion criminelle.
La famille de S.Paty réagit. - Je suis émue et soulagée. Entendre ces mots, c'est ça dont j'avais besoin. La cour, le président, a dit ce qu'il s'était passé, ce que chacun avait fait et qu'ils étaient coupables. Ca fait du bien. - Le dénouement de 7 semaines d'un procès dont le résultat demeurait particulièrement incertain. Parmi les condamnés, les 2 amis de l'assassin, 16 ans de réclusion criminelle pour complicité d'assassinat. Mais aussi A.Sefrioui, prédicateur islamiste, et B.Chnina, le père de la collégienne, 15 et 13 ans de réclusion, coupables d'association de malfaiteurs terroriste, coupables d'avoir mené une campagne de haine visant S.Paty, notamment sur Internet. Dans la salle, hier soir, de vives réactions. - La surprise est très grande et spectaculaire de la part des accusés et de leurs familles, notamment les familles de B.Chnina
et d'A.Sefrioui, qui étaient présentes en assez grand nombre, avec des femmes, des enfants, des frères et des cousins qui comblaient parfois la voix du président. - En 2020, S.Paty est décapité en pleine rue par un jeune islamiste d'origine tchétchène. Le drame bouleverse la France entière. Ce professeur d'histoire-géographie a été tué pour un cours sur la liberté d'expression. - E.Macron: Nous ne renonçons pas aux caricatures, aux dessins, même si d'autres reculent. - Un hommage national lui est rendu à la Sorbonne. Une minute de silence est également organisée dans tous les établissements scolaires.
Abattu par la police, l'assassin n'a pas pu être jugé. La justice a donc condamné les 8 personnes impliquées à divers degrés dans l'assassinat du professeur. Hier, à la sortie de l'audience, les avocats de la famille de S.Paty se félicitaient de la décision rendue. - Ils ont mis des peines à la hauteur de ce crime. Nous ne pouvons que nous en réjouir. - La cour d'assises antiterroriste de Paris a parfaitement compris, et dans sa décision, a restitué la pleine mesure des mécanismes délétères que les islamistes mettent en oeuvre pour continuer leur travail de conquête en France.
Ce soir, c'est la République qui a gagné. - Concernant B.Chnina et A.Sefrioui, la cour a déclaré qu'ils avaient préparé les conditions d'un passage à l'acte terroriste, ce que contestent leurs avocats. - C'est une décision qui fait suite à la pression politique exercée. - C'est un verdict rendu à une heure de grande écoute, comme si la justice était faite pour apaiser l'opinion publique et pas pour juger les individus. - Ce jugement pourrait bien faire date. - Ce verdict s'adapte au nouveau terrorisme, à cet attentat qui a été très atypique
et à la connexion, qui est quand même une réalité difficile à avoir, mais qui existe, cette interconnexion... - L'un des accusés, A.Sefrioui, a déjà indiqué qu'il faisait appel de sa condamnation, ouvrant donc la voie à un nouveau procès. - A.de Tarlé: S.Paty est mort pour avoir montré des caricatures. C'est cette fameuse laïcité à la française que nos voisins, y compris européens, ne comprennent pas toujours ou saisissent mal. Est-ce le cas en Allemagne? C'est un pays religieux... - H.Miard-Delacroix: Il y a eu une très grande émotion et une compassion pour ce qui est arrivé à S.Paty. en Allemagne sur ce qu'est la laïcité à la française. On ne comprend pas La notion de neutralité, de l'école comme espace neutre où les élèves doivent apprendre à dépasser leurs outils intellectuels pour interroger la réalité. En Allemagne, il y a le concordat. Il n'y a pas de séparation entre l'Eglise et l'Etat. Il y a un délit de blasphème. Ce type de cours n'est pas possible en Allemagne.
Cela pourrait être abordé en cours de religion ou d'éthique, où on pourrait mettre en face les opinions des uns et des autres. Mais cette notion de l'école qui protège les enfants des influences de leurs familles tant qu'ils ne sont pas armés à être adultes pour juger par eux-mêmes, c'est quelque chose qui interroge beaucoup. - A.de Tarlé: Laisser la religion à la porte de l'école, ce n'est pas une évidence pour tout le monde? - A.Bellanger: Non, même pour des pays qu'on considère laïques, en France, comme les Etats-Unis. Ils reconnaissent toutes les religions. Nous n'en reconnaissons qu'une.
La loi française est claire. L'Etat français n'en reconnaît aucune. La Turquie est un pays qui ne reconnaît que l'islam, une religion sous contrôle de l'Etat. Il y a plein de formes de laïcité. On pourrait aussi parler de l'Inde ou du Mexique, peut-être le seul pays qui nous ressemble un peu. Les Mexicains sont peut-être les seuls à comprendre ce qu'on entend par laïcité en France. Ce qui est vrai, c'est que ça n'empêche pas l'émotion. Le meurtre de S.Paty, sa décapitation, l'émotion qu'il a suscité en France, ça a été très bien décrit chez nos voisins. Ils font des efforts pour nous comprendre
et y arrivent très bien. L'Allemagne ne fait pas partie des non-comprenants. - A.de Tarlé: On se dit qu'il faut avoir du courage, pour les enseignants, d'aborder certains chapitres quand on voit le sort qu'a subi S.Paty, non? - C.Meeus: Il faut beaucoup de courage. Ce que nous a appris cette affaire S.Paty, c'est qu'au sein même de l'établissement, tous les professeurs ne le soutenaient pas complètement, et son administration n'était pas non plus complètement... C'est le fameux "pas de vagues". - A.Bellanger: Ce n'est pas vrai, notamment de la part de la rectrice de l'académie ou de sa directrice, dont on a appris qu'elle avait essayé de tout faire...
- C.Meeus: C'est ce fameux "pas de vagues". Au fond, "n'en parle pas". Certains professeurs ferment les yeux et évitent de parler de certaines parties du programme parce qu'ils ont peur. C'est humain. Ce qui est très intéressant dans ce verdict, et c'est une jurisprudence totalement nouvelle, c'est que la sévérité des peines pour les 2 personnes qui ont mis sur les réseaux sociaux... La justice considère qu'ils ont "armé" le terroriste. C'est quelque chose de très nouveau. Les avocats ont hurlé là-dessus en évoquant la liberté d'expression. Vous ne pouvez plus, grâce à cette jurisprudence, dire sur les réseaux sociaux, pointer du doigt, quelqu'un qui a fait son boulot d'enseignant. - A.Goutard: On vient de parler d'E.Musk. Il prône une liberté d'expression totale. La France et la justice considèrent que les mots ont leur importance. Quand bien même il n'y a pas eu d'appel au meurtre, le simple propos a été une mitraillette qui a armé le terroriste. - A.de Tarlé: On en vient à vos questions. Question. - H.Miard-Delacroix: De toute évidence, il voulait s'en prendre à des gens. On saura dans quelle mesure il était plus ou moins clair
dans sa tête. Il a voulu s'en prendre à des gens ordinaires qu'il considère comme des Allemands. Les Allemands "ordinaires", en cette saison, sont dans la rue, à flâner dans un marché de Noël. Il y a probablement un effet d'imitation. On l'a dit, la veille avait été commémoré un attentat similaire, il y a 8 ans, à Berlin. C'est dommage, mais c'est ainsi. S'il voulait faire un "grand coup", comme il l'aurait dit à des amis, il a réussi. Nous sommes là à parler de son acte.
- A.de Tarlé: A.Goutard, question. Est-ce que les forces de l'ordre sont mieux préparées qu'avant face à de tels actes et savent mieux protéger un marché de Noël? - A.Goutard: Oui, pour les 2 questions. Il y avait des plots, mais aussi une faille. Dans la presse allemande, la polémique monte. Elle dit que ce marché de Noël n'était pas suffisamment bien protégé. Comme dirait l'autre, le risque zéro n'existe pas. Néanmoins, si une voiture a pu pénétrer sur un marché de Noël, c'est inopportun. - A.Bellanger: En novembre, un jeune homme de 17 ans a été arrêté en Allemagne.
Il prévoyait un attentat violent visant à faire le plus de morts possible sur un marché de Noël. On a la cible, le symbole. La police fait son travail. Là, elle a été prise à défaut. - A.de Tarlé: Question de Christelle. Qu'en pensez-vous? - H.Miard-Delacroix: Oui. En même temps, A.Weidel s'est empressée de dire qu'il n'est pas membre du parti. L'exactitude des informations qui ont circulé, ça a montré que c'était par islamophobie. C'était pour lutter contre cette "invasion islamique" de l'Allemagne. C'est un compagnon de route, dirons-nous. - A.de Tarlé: Question. J.Bardella et M.Pen ont parlé de "barbarie islamiste". - A.Bellanger: Ca montre qu'ils ne connaissent pas l'Allemagne. - A.Goutard: Est-ce que la vérité était importante? Est-ce que ce n'est pas infiltrer le fait que c'est un message où l'étranger est mis en cause?
Cet homme était saoudien, donc étranger. - A.Bellanger: La vérité, quand on regarde ce que sont devenus les 800 000 à 1 million de Syriens qui sont arrivés en Allemagne, c'est que la plupart d'entre eux ont trouvé du travail. Il y a 6000 médecins parmi ces Syriens, qui peuplent aujourd'hui l'ensemble des hôpitaux d'Allemagne. Il n'y a pas un hôpital qui fonctionnerait sans ces Syriens. Les jeunes Syriens qui sont arrivés trouvent plus vite du travail en Allemagne que les jeunes Allemands. Il n'y a pas de population immigrée mieux intégrée que les Syriens, qui sont arrivés à 1 million en Allemagne aujourd'hui.
Maintenant, le fantasme, c'est ce qu'a déclaré J.Bardella. - A.de Tarlé: Merci à tous de nous avoir éclairés. Restez avec nous. Tout de suite, "C l'hebdo", avec A.Casse. - A.Casse: Bonsoir. Dans un instant, un invité exceptionnel: J.Kerviel. Ca fait 7 ans qu'il n'a pas fait d'interview sur un plateau de télévision. Il n'en a pas fini avec la justice et nous expliquera en quoi consiste son nouveau combat. Autre témoignage très fort, celui du fils et du petit-fils de G.Pelicot.