Entretien d'actualité n°72 - 22/10/2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 29 %Attaque 51 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:30François AsselineauChiffre
« Nous avons dépassé les 32 100 adhérents. »
- 7:00François AsselineauFait
« Nous avons eu cette année des concours pour les tables rondes qui sont plus connus encore que les années antérieures. »
- 13:30François AsselineauFait
« La libre circulation des mouvements de capitaux met directement en cause les finances publiques. »
- 14:30François AsselineauFait
« Les États-Unis sont sortis de l'Unesco. »
- 15:30François AsselineauFait
« Les États-Unis sont sortis de l'accord iranien sur le nucléaire. »
- 0:10inconnuFait
« Le bon titre de la dépêche AFP, c'était pas que la Pologne assure son indépendance. C'est que la Pologne change de dépendance. »
- 0:30inconnuFait
« Il suffit de regarder une carte pour comprendre qu'il est absurde pour la Pologne d'acheter du gaz aux États-Unis qui doivent se situer à quelque chose comme neuf mille, dix mille kilomètres plutôt qu'à la Russie. »
- 0:50inconnuFait
« La noria de supertanker de GNL, qui vont venir avec du gaz naturel liquéfié des États-Unis pour fournir la Pologne, eh bien c'est un bilan désastreux en termes de protection de l'environnement. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour François Asselineau. Bienvenue pour cet entretien n° 72 du 22 octobre 2018. Et avant les habituelles questions, pourriez-vous nous parler de l'université à venir ?
Eh bien bonjour à toutes et à tous. Nous sommes le lundi 22 octobre. Je me réjouis de reprendre à Paris ces entretiens d'actualité après un long périple qui m'a mené successivement en Nouvelle-Calédonie puis au Japon.
Ceux qui suivent notamment nos deux pages Facebook ont pu voir tous les évènements qui se sont succédés au cours de ce périple. Alors effectivement, nous avons dans quelques jours maintenant la tenue de notre université d'automne 2018 qui se tiendra à Vallères dans l'Indre-et-Loire, à quelques kilomètres du château d'Azay-le-Rideau. À peu près à deux heures et demie de route de Paris par l'autoroute.
Ça se tiendra le samedi 27 et le dimanche 28 octobre. Alors effectivement, on est actuellement en plein dans les préparations. La presse s'en est fait l'écho.
Pour la première fois, on a une presse nationale qui commence à parler de cet évènement. Pourquoi est-ce que la presse nationale parle de cet évènement, d'ailleurs ? D'abord parce que la plupart des autres partis politiques sont dans une situation très difficile et les « grands partis politiques », entre guillemets : le FN, LR, le PS, LREM notamment n'ont pas été capables d'organiser une université d'été.
Alors que nous, nous l'organisons comme les années précédentes. Il n'y a guère que les insoumis et, à la limite le Parti communiste avec notamment la Fête de l'Humanité, qui ont tenu une véritable université. Il y a eu aussi, je crois, le MoDem qui a fait un petit quelque chose mais vraiment avec peu de personnes.
Les insoumis avaient du monde, à Marseille. Donc déjà, la première chose c'est que nous nous démarquons de la plupart des partis politiques qui sont en grande difficulté. Nous, nous nous portons bien, même très bien puisque nous avons dépassé les 32 100 adhérents.
Ça commence vraiment à être de plus en plus significatif. Et une deuxième raison pour laquelle les médias s'intéressent à cette université, c'est que nous avons eu cette année des concours pour les tables rondes qui sont plus connus encore que les années antérieures. Tout spécialement le débat qui aura lieu le samedi 27 au matin.
Un débat qui va être riche. Un débat d'environ trois heures entre Emmanuel Todd, le très célèbre essayiste qui a écrit énormément d'ouvrages dont le premier est l'un des plus célèbres – il s'appelle (La Chute finale) – où il expliquait dès 1976 comment l'Union soviétique finirait par s'effondrer. Il avait écrit ça dans un contexte d'incrédulité générale.
Il y avait des journaux comme Libération qui avaient ricané de cet ouvrage qui n'avait qu'un seul défaut, finalement, c'est d'être prémonitoire et d'avoir raison trop tôt, puisque l'URSS s'est effondrée en 1991. C'est-à-dire quinze ans après le livre d'Emmanuel Todd. Emmanuel Todd a écrit beaucoup d'autres ouvrages.
Et nous débattrons ensemble sur le thème : la France va-t-elle disparaître ? C'est quand même un thème de toute première magnitude. Donc la présence d'Emmanuel Todd, qui est quelqu'un de connu, va évidemment intéresser les médias.
L'après-midi, d'ailleurs, nous aurons une table ronde avec plus de monde qui parlera du destin de l'Allemagne. Et notamment : est-ce que l'Allemagne va sortir de l'UE et de l'euro, sous-entendu peut-être avant la France ? Pour parler de cette question, nous avons le plaisir d'accueillir Édouard Husson qui est normalien, qui est un des grands experts de l'Allemagne contemporaine.
Nous aurons également le plaisir d'accueillir la journaliste Coralie Delaume qui a écrit récemment un ouvrage qui s'appelle (Le Couple franco-allemand n'existe pas). Et puis nous invitons David Cayla qui est un économiste qui fait partie des économistes atterrés, qui écrit de temps en temps dans Mediapart. Coralie Delaume et David Cayla ont écrit tous les deux un livre sur la fin de l'Union européenne.
Eh bien enfin nous aurons Vincent Brousseau, notre responsable des questions monétaires qui est quand même l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de l'euro qui viendra. Il réside encore en Allemagne. Il viendra spécialement pour nous parler de ça.
Alors ça, ce sont les tables rondes les plus importantes. C'est ça qui attire les journaux. Et puis il y a une troisième raison qui est un peu anecdotique, mais pas tout à fait quand même.
Puisque les deux tables rondes seront animées par un animateur. L'après-midi par Lauriane Mollier qui est une blogueuse avec un grand succès, qui se trouve être adhérente de l'UPR et qui habite en Allemagne. Et le matin, nous aurons Aurélien Enthoven pour le débat que je vais avoir avec Emmanuel Todd, qui commence à être une célébrité, notamment par sa filiation, mais qui est également un blogueur à succès.
Bien que très jeune – il n'a que 17 ans –, c'est quelqu'un qui est très très vif d'esprit et qui s'est posé les bonnes questions. Tout ceci a fait que les médias, d'un seul coup, se sont intéressés à nous et que nous avons eu successivement, et je crois que ce n'est pas fini, des articles qui mentionnent tout ça. J'en profite pour lancer ici un appel à toutes celles et à tous ceux qui ne l'ont pas encore fait.
Adh...
Venez, venez vous précipiter à cette université. Nous avons au moment où je parle plus de 800 personnes qui se sont déjà inscrites. On a encore un petit peu de marge puisque, en gros, on ne peut guère aller au-delà de 1 100 personnes, compte tenu des locaux.
Mais au rythme où ça va, je signale à toutes celles et à tous ceux qui m'écoutent qu'en règle générale, ce sont dans les derniers jours qu'on a le plus d'inscriptions. Et qu'au rythme où ça va, il n'est pas totalement exclu que, dans le courant de la semaine, on soit peut-être amené à mettre le holà aux inscriptions. Alors, il y a peut-être des personnes qui avaient prévu d'y aller et de s'inscrire au dernier moment sur place, ce qui est une possibilité qu'on avait offerte mais je me permets d'insister sur le fait que ceux qui veulent absolument venir ont intérêt à aller sur notre site Internet, où ils pourront adh... s'inscrire en ligne.
Sachant qu'il y a également le dimanche matin. Le dimanche après-midi, c'est facultatif : la visite du château de Chaumont avec des dégustations. Château où il y a eu le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne qui est dans la région immédiate.
Voilà. Mobilisez-vous si vous voulez venir. Les places fondent comme neige au soleil.
Et j'espère que nous allons avoir une université très très très importante de ce point de vue là. J'ai oublié de préciser – ça va sans dire mais ça va encore mieux en le disant – le fait que le samedi soir se termine de façon traditionnelle par mon allocution, le discours de rentrée du président de l'UPR qui, comme chaque année à la fin de la journée du samedi, présente un bilan de l'année écoulée et les perspectives d'avenir. Donc je présenterai le bilan de l'année écoulée, depuis septembre 2017 jusqu'à octobre 2018.
Et surtout, je vais parler de notre avenir immédiat. C'est-à-dire que je lancerai officiellement la campagne pour les élections européennes. Les élections européennes qui auront lieu – je le rappelle – le 26 mai 2019.
Et où nous aurons, bien sûr, une liste nationale. Donc, si l'avenir de notre mouvement vous préoccupe, vous intéresse, mobilisez-vous aussi pour venir assister à ce discours où je ferai donc quelques annonces sur la suite des événements. Et puis la soirée du samedi est une soirée également bien connue de nos fidèles puisque nous y pratiquons la fameuse tombola avec des objets historiques...
Pas seulement historiques, mais des objets que je vous commenterai. Voilà. Je précise à ceux qui ne le sauraient pas que l'université de l'UPR, c'est un grand rassemblement qui a de plus en plus de succès.
C'est ouvert à tout le monde. C'est-à-dire qu'il n'y a pas besoin d'être adhérent pour venir. Vous pouvez être simplement sympathisant, observateur et venir.
Il n'y a pas exactement les mêmes tarifs puisque les adhérents à jour de cotisation bénéficient d'un tarif privilégié. Deuxièmement, les frais d'entrée sont quand même très faibles. Si vous vous reportez au site internet, vous verrez que nous avons fait les choses de façon très contrainte du point de vue des frais.
En particulier, vous avez la possibilité ou pas de vous offrir le petit déjeuner, le déjeuner ou le dîner. Moi, je vous conseille quand même de le faire parce que, lors du déjeuner ou du dîner, comme d'ailleurs pendant la journée, eh bien, il y a quand même énormément de choses à faire. Vous pourrez rencontrer beaucoup d'autres adhérents, beaucoup d'autres sympathisants.
On attend quasiment au moins un millier de personnes. Donc vous allez voir des gens venant de toute la France, parfois de l'étranger ou de l'outre-mer français. Donc ça fait plaisir.
Ça permet de nouer des relations, de nouer des contacts. Et puis par ailleurs, eh bien il y a des aspects assez festifs. Vous pourrez rencontrer par exemple Philippe Pascot qui fait campagne – vous savez – pour le casier judiciaire vierge pour les élections et que j'avais invité l'année dernière à venir débattre.
Très gentiment, il a voulu revenir cette année et, accessoirement, dédicacera ses ouvrages à ceux qui voudront les acheter parce que nous aurons aussi une boutique où vous pourrez vous procurer tous les objets de la boutique UPR, y compris des bouteilles de champagne ou de vin, y compris des objets plus lourds et évidemment, ça sera sans frais de port. Donc c'est aussi l'intérêt de venir. Voilà.
C'est un grand moment festif pour l'UPR. C'est quand même le seul grand moment annuel où tous les membres de l'UPR de France, de Navarre, d'outre-mer et de l'étranger se réunissent. Et pas seulement des adhérents mais aussi des sympathisants Tous ceux qui y sont allés, en général, en gardent un très bon souvenir.
Cette année, en plus, nous aurons des interlocuteurs connus nationalement voire internationalement comme Emmanuel Todd et nous aurons aussi certainement de la presse. Notamment quelques grands médias nationaux. Ça vaut la peine de venir.
Vous pourrez constater de vos propres yeux à quel point l'UPR continue à se développer très bien. Quel est le bilan de votre récent séjour au Japon ? Alors ceux qui suivent mes entretiens d'actualité savent que je suis allé d'abord en Nouvelle-Calédonie.
Je vous renvoie à mon entretien d'actualité n° 71 qui avait été enregistré au Mont-Dore, dans la banlieue de Nouméa dans le jardin d'un de nos adhérents. Au retour de mon déplacement en Nouvelle-Calédonie, j'ai fait un arrêt à Tokyo pour le même prix puisque l'avion passe par Tokyo. C'est une ligne qui est desservie par Air France et par Aircalin, qui est une compagnie de la Nouvelle-Calédonie et qui travaille en partenariat avec Air France pour assurer la desserte la plus rapide possible de la Calédonie.
Plus rapide possible, ça fait quand même des heures et des heures d'avion. Donc je me suis arrêté à Tokyo et j'ai passé une grosse semaine au Japon. Je dois dire que j'en tire un bilan vraiment extrêmement positif.
D'abord parce j'ai pu mesurer l'augmentation de la notoriété de notre mouvement et le dynamisme de nos équipes sur place. On a maintenant plus de 60 ou 65 adhérents au Japon et je voudrais en profiter ici pour remercier vraiment très très sincèrement nos équipes au Japon constituées essentiellement de Français expatriés au Japon mais aussi de Franco-japonais voire même de quelques Japonais qui sont des conjoints de Français. Toute cette équipe a très très bien et très rapidement préparé mon déplacement.
Je voudrais les en remercier du fond du cœur. « Kokoro kara domo arigatou gozaimashita » , comme on dit en japonais. Au-delà de ça, les entretiens que j'ai eus étaient tout à fait passionnants.
D'abord avec la presse japonaise avec deux articles dans le Sankei Shimbun qui est un journal qui tire à 2,5 millions d'exemplaires. Deuxièmement, un article dans le Tokyo Shinbun et un article dans le Chunichi Shinbun. Qui tirent à peu près à 3,5 millions d'exemplaires à eux deux.
Donc une couverture médiatique significative, et qui va être doublée par le fait qu'une grande société d'édition japonaise, Fujiwara, va éditer les actes des colloques auxquels j'ai participé. Puisque j'ai participé à un colloque, une espèce de conférence, à l'université Waseda de Tokyo, qui est l'une des principales universités. Vous avez Todai, Tokyo daigaku qui est la grande université qui forme les hauts fonctionnaires, otamment la faculté de droit.
L'université de Tokyo, Tokyo Daigaku. Mais vous avez également les universités de Waseda et de Keio à Tokyo, qui sont parmi les très grandes universités. Beaucoup de Premiers ministres et de membres du gouvernement sortent notamment de Waseda.
Et donc j'ai pu faire une conférence à Waseda. J'ai également fait une conférence à l'université de Kyoto, où il y avait pratiquement un amphithéâtre plein, avec pratiquement 200 personnes. Ces deux conférences vont être reprises, donc, dans un acte de colloque de la maison Fujiwara.
Les équipes du Japon ont également organisé pour moi une réunion publique à Tokyo, qui a rassemblé quand même un certain nombre de Français expatriés sur place. Et puis également à Kyoto. Mais, d'une certaine façon, j'ai été plus impressionné encore par l'accueil que j'ai reçu, et les contacts politiques que j'ai eus.
À Kyoto j'ai eu l'occasion de dîner, de façon privative, dans le domicile de l'un des professeurs de l'université de Kyoto, le professeur Fujii. Et j'ai eu l'occasion de dîner avec M. Ando, qui est membre du PLD, du Parti libéral-démocrate, c'est-à-dire le parti au pouvoir.
Et qui a été nommé, il y a quelques jours, secrétaire d'État (au risque majeur ?), et donc qui fait partie du gouvernement japonais. Et donc j'ai eu un entretien qui a duré quand même 3h30, dans ce sénacle.
J'ai également, à Tokyo, été reçu par une série de responsables politiques tout à fait satisfaisante. Puisque j'ai eu l'occasion de rencontrer Tarō Yamamoto, qui est un jeune sénateur...
Alors on appelle ça sénateur, ou conseiller. Disons que c'est une espèce de chambre haute à Tokyo. Qui est un jeune sénateur et qui a une quarantaine d'années.
Qui est un ancien acteur de télévision. Et qui maintenant a embrassé la politique, et qui s'est fait une spécialité de la lutte anti-nucléaire, après Fukushima. Et plus généralement qui revendique une ligne où le Japon deviendrait moins dépendant des États-Unis, essaierait de se libérer de l'emprise américaine qui est très très forte.
En d'autres termes, quelqu'un qui est plutôt placé à gauche sur l'échiquier politique japonais. J'ai également été reçu par M. Otsuka, qui est un des co-présidents du Parti démocrate du peuple, qui est l'une des scissions récentes du Parti démocrate japonais, qui est disons l'aile gauche de la politique japonaise.
Il y a un parti communiste japonais par ailleurs, que malheureusement je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer. Mais disons ça serait un petit peu l'équivalant du centre-gauche, que représente le Parti démocrate. Qui s'est scindé en deux avec le Parti démocrate du peuple, dont le co-président, M.
Otsuka, m'a reçu. Et l'autre parti, qui s'appelle le Parti constitutionnel du peuple, où j'ai été également reçu par M. Kaieda.
Qui a été notamment ministre de l'Industrie, ministre de l'Économie et du Commerce extérieur, et qui a dû démissionner après l'affaire de Fukushima. Mais qui ensuite donc, a adhéré à ce nouveau Parti constitutionnel démocrate. À chaque fois j'ai été extrêmement bien reçu, et longuement, pendant une heure, une heure et quart, avec des personnes qui étaient tout à fait intéressées par ce que je leur disais, puisqu'elles m'interrogeaient beaucoup, notamment, sur l'évolution de la construction européenne, de l'Europe.
Ils voient ça depuis le Japon, et ils ont quand même de sérieux doutes. Voilà. Il y a également, j'ai pu le noter, un doute croissant sur le principe de la globalisation comme on dit.
Globalization en américain, la mondialisation qui exerce des ravages au Japon — j'y reviendrai dans un instant. Mais pour terminer mes entretiens, les deux derniers jours, j'ai eu l'occasion d'avoir deux entretiens de très très haut niveau, l'un avec monsieur Ozawa qui est un homme âgé, qui a soixante-dix-huit ans mais qui est un peu surnommé par certains journaux japonais comme étant le « Shogun de l'Ombre », c'est un homme qui a été numéro deux du Parti Libéral Démocrate, qui ensuite a créé son propre parti, c'est un homme qui connaît extrêmement bien la politique japonaise, c'est un homme qui est là depuis des années dans la politique japonaise, qui est un véritable homme d' influence, et qui pilote un peu en sous-main la politique japonaise. Il avait souhaité me voir, on a eu un entretien dans un petit restaurant un peu privé à Tokyo, entretien que s'est merveilleusement bien passé, bien passé au point d'ailleurs, qu'il a accepté le principe de venir en France, peut-être à notre prochaine université en 2019, pour parler notamment de questions concernant le Japon et l'extrême-Orient.
Et puis le point d'orgue de ce séjour, qui a été vraiment riche en événements vraiment, et en rencontres politiques de très haut niveau, ça a été mon entretien avec M. Naoto Kan, qui a été Premier ministre japonais, et qui était LE Premier ministre japonais de la coalition de gauche au pouvoir à l'époque lorsqu'il ya eu le fameux et terrible tsunami et, comment dirais-je ? le drame de la centrale de Fukushima.
Donc, mon entretien avec l'ancien Premier ministre japonais a été tout à fait du plus haut intérêt, puisqu'il m'a expliqué à quel point il était auparavant un grand partisan des questions de l'énergie nucléaire, et que suite au drame de Fukushima, d'ailleurs lui n'était absolument pas responsable de la décision de construire des centrales nucléaires à cet endroit là, mais lui, il a eu à gérer sur le coup l'affaire de Fukushima. Il m'a expliqué, il m'a donné un livre qu'il a fait, il m'a donné un livre qu'il m'a dédicacé, il m'a montré la carte du Japon avec la centrale nucléaire de Fukushima, qui n'est qu'à 200, 220 km au nord de Tokyo, et il m'a raconté avec quasiment des sanglots dans la voix comment il avait été, étant Premier ministre du Japon, pendant quelques jours, pendant un ou deux jours, ils avaient été sur le fil du rasoir, ils s'étaient demandé s'ils n'allaient pas être obligés, par le déchaînement calamiteux des événements, l'enclenchement catastrophique, s'ils n'allaient pas être obligés de faire, comment dirais-je, de vider la région de Tokyo de sa population qui était menacée, et éventuellement si l'affaire avait continué à dégénérer, et donc, peut être de faire déplacer 50 millions de personnes, cinquante millions de personnes ! J'ai vu cet homme qui était quand même très blessé, touché à vie par ce qu'il avait vécu, et il m'a dit d'ailleurs que maintenant, il était devenu tout à fait un ardent anti électricité nucléaire.
Voilà. On avait parlé de beaucoup de sujets, M. Naoto Kan a été vraiment extrêmement charmant, comme d'ailleurs tous mes interlocuteurs, et je ne résiste pas – je dois avouer que je vais faire un petit péché, là, un petit péché d'autosatisfaction – mais je ne résiste pas au plaisir de vous dire que lorsqu'il est arrivé dans la salle, il y avait Dominique Crozier, qui est l'un de nos représentants de l'UPR au Japon, il y avait le professeur Fumitaka Ogino, qui est le traducteur des oeuvres d'Emmanuel Todd au Japon, qui est adhérent de l'UPR et qui nous servait d'interprète.
Il y avait également deux autres personnes de notre côté, et bien lorsque l'ancien Premier ministre japonais est arrivé et qu'il m'a salué, il m'a dit en japonais qu'il était content de me voir, et qu'il avait entendu dire, qu'il avait affaire en me parlant au nouveau De Gaulle ! Voilà, alors preuve que les japonais quand même, s'intéressent à la politique française, ils ont été très intéressés, parce que ce sont des gens très précis, non seulement par nos analyses, mais également, parce qu'ils l'avaient demandé, on leur avait envoyé auparavant la Charte de l'UPR traduite en japonais telle qu'elle figure sur notre site. J'en profite pour rappeler que nous avons notre Charte traduite dans seize langues sur notre site, en russe, en japonais en chinois en allemand, en anglais, italien, roumain, suédois, arabe, serbo-croate, etc. en persan, en farsi... j'en profite pour le souligner parce que c'est assez rare c'est le moins que l'on puisse dire, c'est même unique, sur la scène politique française qu'un parti politique aie ce souci du reste du monde.
Et je terminerai mon bilan du Japon là-dessus, c'est que, il se trouve que j'ai vécu au Japon quand j'étais jeune, pendant un an et demi, pendant les années 80-81. Et le Japon, j'y étais retourné ensuite une fois avec Gérard Longuet, le ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur du gouvernement Balladur, et une deuxième fois – c'était la dernière fois que j'étais allé au Japon – c'était en 1996, lorsque j'avais accompagné Jacques Chirac en visite d'État au Japon, lorsque je travaillais au cabinet de M. Hervé de Charette, et j'avais accompagné le président de la République de l'époque, Jacques Chirac, qui d'ailleurs était un bon expert du Japon.
Et, vingt-deux ans après, c'était tout à fait intéressant d'y revenir, parce que j'ai vu les invariants : il y a toujours au Japon des choses extraordinaires. Je suis un amateur, un passionné de la culture et de la civilisation japonaises, et j'ai retrouvé avec plaisir quelques-uns des grands temples de Kyoto où j'ai passé quelques heures. C'est une des plus belles villes du monde, il faut dire en tout cas, qui recèle certains des plus grands joyaux.
Tout ça n'a pas changé, de même que n'a pas changé l'exquise politesse japonaise, le souci de l'élégance, de la précision au quotidien, la qualité également de la cuisine japonaise...
Tout ceci n'a pas changé. En revanche, en revanche, ce qui a changé c'est que, d'abord, il y a très peu, il n'y a pratiquement plus d'enfants dans les rues. Les Japonais ne font plus d'enfants et actuellement le Japon perd sa population, la population japonaise baisse de 1000 personnes tous les jours, tous les jours il y a mille Japonais en moins au Japon.
Donc c'est un véritable drame que ne semble pas vouloir résoudre le gouvernement actuel de M. Shinzo Abe qui est le Parti Libéral Démocrate. La première chose qui m'a frappé donc, c'est une population vieillissante.
La deuxième chose qui m'a frappé, c'est que les prix d'un certain nombre de choses n'ont pas bougé depuis que j'y étais en 1981, par exemple un généreux plat de sushis avec une soupe miso, plus un petit flan aux crustacés, plus une bouteille de bière Kirin, Biru, Asahi, et bien ça valait à peu près 1 500 à 1 700 yens il y a donc 37 ans, eh bien ça vaut toujours 1500 yens à notre époque. De telle sorte que, lorsque je vivais au Japon il y a 37 ans quand j'étais tout jeune, le coût de la vie était très cher au Japon. Maintenant 1500 yens, 1700 yens ça fait à peu près quelque chose comme comme 12 euros voilà, donc vous avez, au Japon, pour 12 euros vous pouvez manger un très bon plat de sushis avec une soupe, avec une bière, etc.
C'est moins cher qu'à Paris, nettement moins cher qu'à Paris. De même, les courses en taxi sont plutôt un peu moins chères qu'à Paris, Les hôtels, j'ai logé dans un petit hôtel qui était moins cher que ce que j'aurais eu à Paris pour le même prix. Les prix des transports également, à part le Shinkansen qui lui est assez cher, mais le prix du métro est vraiment bon marché.
Voilà, donc ça veut dire quoi ? Eh bien ça veut dire qu'on a affaire à une société qui est en pleine déflation. Ce sont les fameux « Abenomics », dont on nous parle.
En fait Shinzo Abe applique au Japon une politique qui est celle voulue par l' OCDE – alors eux ils ne sont pas dans l'Union européenne, ils sont comme nous, et comme l'Union européenne, ils sont dans l' OCDE – et donc ils appliquent une politique de déflation, de rigueur budgétaire, de refus de donner du pouvoir d'achat, notamment aux consommateurs, et notamment aux classes populaires du Japon. Le résultat c'est qu'on a un pays qui est en voie de rétrogradation rapide. Dans les années 1990 du XXe siècle, donc vers 94-95, le Japon avait atteint 17% du PIB mondial, il commençait à faire peur aux États-Unis.
Certains se demandaient si le Japon n'allait pas dépasser les États-Unis. Moi, quand j'avais vécu au Japon en 1981 on avait l'impression d'un pays en pleine effervescence, avec beaucoup de jeunes, en pleine effervescence, des inventions de toute nature. Hé bien maintenant le PIB du Japon est tombé, tenez vous bien, à, à peu près 5% du PIB mondial il a rétrogradé de 17 % à 5 % au même moment que le PIB chinois, qui quant à lui, passait de 2 % à 15 % du PIB mondial.
Donc je reviens du Japon avec cette impression un peu en demi-teinte, d'un pays absolument admirable que j'aime énormément, mais qui, un peu comme la France – d'ailleurs mes interlocuteurs ont eu à cœur de faire un parallèle entre le Japon et la France –, un peu comme la France, un peu comme l'Union européenne, c'est un pays qui est en perte de vitesse, qui a végété un petit peu...
Alors il y a quand même quelques innovations assez extraordinaires, je ne vous parlerai pas ici des toilettes, des WC japonais, mais qui sont vraiment assez extraordinaires. Ce serait indécent que j'en parle, mais c'est tout à fait étonnant. Ils sont également très en avance sur les moteurs hybrides par exemple, pour les voitures, ou les moteurs électriques, mais globalement on a l'impression d'une société japonaise qui est devenue un petit peu, qui ne bouge plus beaucoup et qui est sur un déclin relatif, et pour lequel il est en train d'apparaître une nouvelle génération de responsables politiques, une nouvelle génération, notamment chez les jeunes, de gens qui ont envie de secouer le cocotier, et qui ont envie de remettre en cause la mondialisation et la tutelle américaine.
J'ai été très frappé également par cet aspect là des choses. En d'autres termes, nous avons beaucoup de points communs à travers le monde, on voit apparaître un peu partout à travers le monde des gens qui veulent remettre en cause la question du libre échange généralisé. Voilà ce que je retire de mon séjour passionnant au Japon.
La France vient de connaître un nouveau remaniement ministériel. Quelle en est votre analyse ? Oui, alors la France a connu un nouveau remaniement ministériel.
On en parle un peu rapidement parce qu'en fait tout le monde s'en fiche, voilà. C'est absolument grotesque, M. Macron a été pris au dépourvu par la démission surprise du ministre du l'Intérieur, par M.
Collomb, et à l'évidence ne savait pas par qui le remplacer, voilà le problème. Et à l'évidence il a cherché un petit peu partout, il s'est aperçu qu'il est très isolé, que personne ne veut monter à bord du Titanic alors que ça fait un an et demi à peine qu'il est à l'Élysée. Je rappelle que M.
Macron maintenant, sa cote de popularité est tombée en dessous de celle de François Hollande à la même époque, ce qui est un tour de force, ça mériterait presque une communication à l'Académie des sciences, devant ce phénomène physique sans équivalent. Donc M. Macron s'est retrouvé devant cette situation de devoir remplacer le ministre de l'Intérieur, alors y en avait un qui tapait et qui tambourinait c'était M.
Castaner, qui était le délégué général de LREM, qui voulait absolument devenir ministre de l'Intérieur. Donc M. Macron devait sans doute avoir quelques réticences à nommer M.
Castaner parce que, en particulier, il a un passage de sa biographie qui n'est quand même pas enthousiasmant puisque M. Castaner, entre 18 et 20 ans, a été très proche quand même de la pègre du Sud de la France. Il était lié d'amitié – c'est lui-même d'ailleurs qui l'a raconté il n'y a pas si longtemps – avec quelqu'un qui s'appelait Christian Oraison, qui était un des caïds d'une équipe de braqueurs qui s'appelait la « Dream Team », qui sévissait dans les Alpes-de-Haute-Provence, et ce Christian Oraison a été assassiné en août 2008, voilà, et M.
Castaner a dit que bon, il avait été très proche de passer quand même dans le grand banditisme. C'est pas emballant pour un nouveau ministre de l'Intérieur. Bon, bref, peut-être aussi que M.
Macron a des doutes sur ses capacités à tenir le ministère de l'Intérieur, en tout cas il l'a flanqué d'un professionnel comme ministre auprès de lui pour le surveiller, si l'on peut dire. Alors, par ailleurs M. Macron a nommé, je ne parle même pas du Premier ministre là-dedans.
Je sais pas quel rôle il a joué, Philippe, on appelle ça le gouvernement Philippe III. Philippe III, c'était le roi, le dixième des Capétiens, qu'on surnommait Philippe le Hardi. Ça n'a rien de bien hardi ce gouvernement Philippe III.
En attendant, dans ce gouvernement, il y a également une dame qui s'appelle Mme Emmanuelle Wargon, qui est nommée secrétaire d'État à l'Écologie, et qui en fait était directrice du marketing ou des relations, comment dirais-je, des relations institutionnelles, de la communication du groupe Danone, voilà. Alors ça fait déjà beaucoup pour le groupe Danone puisque Muriel Pénicaud, la ministre du Travail était directrice des relations humaines chez Danone avant d'entrer au gouvernement, où d'ailleurs elle gagnait énormément d'argent, et maintenant c'est une espèce de « filière Danone » qui investit le gouvernement. Alors Mme Wargon a commencé par, enfin sa nomination a commencé par semer l'émoi, puisque quelques semaines auparavant elle avait vanté les mérites de l'huile de palme en disant qu'il fallait absolument avoir de l'huile de palme dans les laits pour les nourrissons, alors même que l'huile de palme depuis maintenant au moins deux ou trois ans fait l'objet de beaucoup de suspicions, d'une part parce que l'huile de palme favorise l'hypercholestérolémie, donc beaucoup de cholestérol, ça c'est une première chose, mais d'autre part parce que pour faire de l'huile de palme, eh bien, on déforeste à tour de bras, notamment en Indonésie : il y a des déforestations massives pour faire de l'huile de palme réclamée par l'Occident.
Alors pour quelqu'un qui est nommé, bon elle serait nommée, je ne sais pas moi, la ministre des Sports ou ministre de l'Économie et des Finances à la limite, ça ne serait pas trop gênant, mais pour quelqu'un qui est secrétaire d'État à l'écologie, nommer quelqu'un qui a eu ses prises de position dans le groupe Danone, évidemment ça fait quand même un petit peu tache, voilà. Ça c'est quand même un véritable problème. Alors bon je ne veux pas parler des autres, ça n'a pas un grand intérêt.
Ce que je retiendrai surtout de ce remaniement, c'est qu'il témoigne de ce que M. Macron a les pires difficultés à trouver un nouveau souffle comme on dit, c'est à dire qu'on a l'impression qu'il est exténué, on a l'impression que sa majorité est déjà en lambeaux, que déjà les gens pensent à l'après Macron, et que peu de ministres ont envie de se précipiter pour aller là, et qu'il est un peu obligé de nommer ce qu'il trouve, et, même contre son gré, il semble d'après la rumeur, qu'il ne voulait pas de M. Castaner.
Mais pourtant il a été obligé de le nommer. On citera pour la petite histoire M. Riester, qui était des Républicains, puis après qui était devenu je sais pas quoi, constructif ou j'en sais rien, et surtout allait à la soupe.
Donc, il remplace Mme Nyssen à la culture, parce qu'elle était également placée dans une situation de conflit d'intérêts. Parce qu'il faut bien comprendre aussi que derrière tout ça. Ce remaniement, il a été motivé par le fait que des ministres ont démissionné.
Il y a quand même eu depuis que Macron est à l'Élysée, sept ministres qui ont démissionné, ça fait quand même beaucoup : que ce soit M. Bayrou par exemple, qui a été obligé de partir, mais les autres récemment, Laura Flessel, Nicolas Hulot et Gérard Collomb. Donc en définitive, on a un sentiment vraiment de, déjà, de fin de règne.
Tout ça par ailleurs n'a aucune importance, puisque de toute façon ce sera la même politique qui sera conduite. Je terminerai par un Prix spécial du jury, c'est l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron pour expliquer ce nouveau gouvernement. Franchement, c'est à peine croyable, il a fait cette vidéo comme ça, dans une espèce de semi-obscurité, il avait une feuille de papier raturée sur laquelle il lisait.
Alors je ne sais pas, il paraît que c'est le fin du fin du marketing, mais c'est absolument grotesque, ça n'a aucune signification. On va tous finir par se demander si M. Macron n'est pas un peu dingo hein.
Que pourriez-vous nous dire sur le scandale du détournement de 55 milliards d'euros au sein de l'UE? Ce n'est pas tout à fait à un détournement. Il s'agit, ça vient de sortir, il s'agit, si j'ai bien compris les gazettes, d'un système d'évasion fiscale organisé par une série de grandes banques – en France, mais aussi ailleurs, en Allemagne, etc. – qui permet par des jeux d'écritures comptables des ventes et des achats d'allers et retours très vite, par des optimisations fiscales de permettre à des grands groupes internationaux de diminuer la matière imposable.
Donc, il y a eu une enquête qui a été menée par toute une série de journaux en Europe, dont le journal Le Monde, qui s'est fait le héraut de cette enquête, à l'issue de laquelle on découvre qu'il y aurait eu effectivement 55 milliards d'euros d'évasion fiscale, et un coût de 10 milliards d'euros rien que pour l'Allemagne. Pour la France, je n'ai pas vu de chiffres avancés, mais on peut estimer que c'est peut-être cinq, six, sept milliards d'euros. Alors, qu'est ce que l'on peut dire ?
D'abord on peut dire que ce sont des sommes considérables évidemment, énormes. Deuxièmement, elle confirme ce que je n'ai cessé de dire depuis des années, c'est que la libre circulation des mouvements de capitaux au sein de l'Union européenne permet, on l'avait déjà vu avec le scandale Luxleaks, le scandale qui avait frappé le Grand Duché de Luxembourg, et où Jean-Claude Juncker était l'un des responsables essentiels, qui permettait à des grandes groupes internationaux de faire apparaître des déficits en France et de faire apparaître des profits au Luxembourg. Or, comme l'impôt sur les sociétés est très faible, voire quasi inexistant au Luxembourg, les grands groupes ont intérêt, par un jeu d'écritures comptables, à faire apparaître leurs profits dans un pays où ils ne sont pas taxés, et à faire apparaître des pertes dans un pays comme la France où ils sont plus lourdement taxés, voilà.
Alors là c'est un nouvel é(pisode), je ne connais pas les détails exacts, ce qu'il y avait de sorti dans la presse n'était pas très clair, il était question d'avoir des traders, d'avoir de l'optimisation fiscale, bref, tout ça pour dire quoi ? Eh bien pour dire que, on l'a déjà dit, je le répète une nouvelle fois, la libre circulation des mouvements de capitaux met directement en cause les finances publiques parce qu'elle permet aux plus grands groupes industriels et financiers d'optimiser par le recours à des experts, d'optimiser leur situation fiscale, en fait d'échapper à l'impôt. C'est une des raisons absolument fondamentales pour lesquelles les pays comme la France ont tant de mal à joindre les deux bouts et à régler la question, puisque à chaque fois il manque dix, quinze, vingt, trente milliards d'euros supplémentaires.
Lorsque nous serons arrivés au pouvoir, lorsque nous aurons une sortie de l'Union européenne, lorsque nous aurons rétabli le contrôle des mouvements de capitaux, – je dis bien le contrôle, je ne dis pas l'interdiction des mouvements de capitaux, je dis le contrôle, comme ça existait du temps de De Gaulle, de Pompidou, de Giscard, ou de Mitterrand, jusqu'à Maastricht –, lorsque nous aurons rétabli le contrôle des mouvements de capitaux, non seulement nous casserons le mécanisme infernal qui permet les délocalisations à l'étranger, mais par le même mouvement, nous casserons également la possibilité aux très grandes sociétés financières et industrielles d'échapper à l'impôt à la limite de la légalité, ou parfois de façon carrément illégale. Et donc, notre sortie de l'Union européenne et notre rétablissement du contrôle des mouvements de capitaux, rapidement, se traduira par la fin des délocalisations, peut-être par des relocalisations, par une baisse du chômage, et également par de meilleures rentrées fiscales avec une lutte enfin sérieuse contre l'évasion fiscale. Alors, les États-Unis...
D'abord je voudrais dire quelque chose : lors de mon séjour au Japon, j'en ai parlé avec les interlocuteurs que j'ai eus qui étaient des interlocuteurs de très haut niveau. Tout le monde convenait que l'élection de Donald Trump, comme d'ailleurs le Brexit, sont des signaux avant-gardistes de ce qui va se passer dans le reste de la planète, c'est-à-dire que la volonté des États-Unis de revenir sur toute une série d'ouvertures, de mondialisation, eh bien ça, ça va progressivement diffuser dans le monde entier. On est en fait en train de basculer, de changer de période historique.
On a eu depuis l'Antiquité une succession, de façon presque sinusoïdale, d'ouvertures sur l'extérieur puis de refermetures. On a eu ce phénomène là tout au long de l'Histoire. Beaucoup de phénomènes historiques, comme les phénomènes économiques aussi, sont des phénomènes de nature oscillatoire.
On a donc assisté à une grande période d'ouverture après la Seconde Guerre mondiale, exacerbée après la chute de l'Union soviétique, où là on a eu, vraiment, les accords de Marrakech, la création de l'Organisation mondiale du commerce, etc. et il est très probable que dans les années qui viennent on va assister à une refermeture. Ça c'est le cadre général.
Maintenant s'agissant des États-Unis, là il ya quelque chose à noter, qui est que les États-Unis sont en train de se couper du reste du monde d'une façon quand même assez spectaculaire. On a su – ça j'ai déjà eu l'occasion de le dire lors d'entretiens d'actualité antérieurs – que les États-Unis par exemple étaient sortis de l'Unesco. Ils l'avaient déjà fait, puis ils étaient revenus.
Et là ils le font de nouveau. Donc cette organisation, cette branche de l'ONU, qui gère l'éducation, les sciences, la culture, qui gère la liste du patrimoine de l'Humanité, etc. Donc les États-Unis sont sortis de l'Unesco.
Les États-Unis sont sortis de l'accord iranien sur le nucléaire. Les États-Unis veulent sortir, veulent dénoncer complètement le Tribunal pénal international. Ils n'avaient jamais ratifié l'accord de Londres, mais là ils veulent prendre des mesures justement pour déclarer que jamais les États-Unis ne pourront y être soumis.
Dans cette ligne de conduite, les États-Unis ont rompu le consensus mondial sur l'ambassade en ouvrant une ambassade à Jérusalem. Ils se sont donc singularisés parmi l'ensemble des pays de la planète à l'exception du seul Guatemala qui leur a emboîté le pas, et puis les États-Unis maintenant viennent de prendre encore deux nouvelles décisions. La première, c'est qu'ils ont décidé de sortir de l'Union Postale Universelle – de l'UPU.
Alors on se demande bien pourquoi. L'explication c'est que l'UPU fixe, harmonise les tarifs postaux du monde entier, de tous les pays du monde vers tous les autres pays du monde – pour qu'il y ait une certaine forme d'harmonisation – en ayant à l'esprit qu'il est normal que le prix, par exemple d'envoi d'un paquet venant d'un pays, comment dirais-je, en voie de développement, soit moins cher que l'envoi d'un paquet émanant d'un pays riche. Et c'est là que le bât blesse, puisque l'administration américaine a noté paraît-il, que l'envoi des paquets sortant de Chine populaire par exemple, pour aller aux États-Unis, eh bien, est très bon marché, et ne serait pas au prix coûtant.
Donc l'administration Trump, qui vise à rétablir les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine, à rétablir l'équilibre des échanges commerciaux, puisque les États-Unis dégagent un déficit extraordinaire vis-à-vis de la Chine. Eh bien, pour faire pression sur le gouvernement chinois, Donald Trump a renchéri le coût d'un certain nombre de taxes sur les produits chinois Bientôt, il y aura d'ailleurs toutes les exportations chinoises qui seront taxées au prix fort par les États-Unis d'Amérique, mais maintenant ils s'attaquent à l'UPU – l'Union postale universelle – parce qu'ils disent que c'est un des moyens par lesquels la Chine se permet d'envoyer des produits dans le monde entier à très bas coût. Encore une institution internationale dont les États-Unis vont sortir.
Et puis on a appris, alors il y a quelques heures, que par ailleurs, les États-Unis auraient décidé, ont décidé de sortir d'un accord nucléaire avec les Russes qui datait de 1987, qui avait été signé entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, et qui visait les armes nucléaires de portée intermédiaire. Donc Donald Trump a fait savoir que selon son administration, les Russes ne rempliraient pas les contraintes de ce traité bilatéral, et donc qu'ils allaient eux-mêmes en sortir. Moi, là-dedans, je ne sais pas ce qui est vrai ce qui est faux.
Ce que je constate en tout cas : j'ai un peu des doutes sur le fait que la Russie violerait ouvertement ce traité, parce que depuis quelques années la Russie s'est quand même plutôt faite la championne du droit international public, y compris sur l' affaire de Crimée, j'insiste, y compris sur l'affaire de Syrie, j'insiste, puisque dans les deux cas, je suis désolé mais le droit international n'a pas été bafoué. En Crimée, il y a quand même eu un référendum qui a la même valeur que le référendum qu'il y a eu au Sud-Soudan ou au Kosovo. Alors l'Occident soutient le référendum au Sud-Soudan et au Kosovo, mais pousse des cris d'indignation devant le référendum qui a eu lieu en Crimée.
Globalement la Russie a tendance à respecter quand même le droit international. et si là, ils ont des troupes en Syrie, c'est à la demande officielle du gouvernement légitime, en tout cas reconnu comme légitime par l'ensemble, la grande majorité des pays du monde, qui est le gouvernement de Bachar el-Assad. Donc les États-Unis prennent la décision de sortir de cet accord nucléaire, ce qui quand même ne laisse pas d'inquiéter, parce que ça veut dire que les États-Unis vont relancer la course à l'armement nucléaire sur des armements de moyenne portée.
C'est quand même évidemment très inquiétant, surtout dans le contexte actuel où il y a déjà trop, beaucoup trop de sujets d'inquiétude quant à un dérapage éventuel des relations entre la Russie et l'Occident. Je note que Donald Trump jette encore de l'huile sur le feu sur cette question. Quelle est votre analyse de l'affaire Khashoggi ?
Alors l'affaire Khashoggi, c'est l'affaire qui maintenant défraye la chronique depuis une grosse semaine, de ce journaliste saoudien, qui s'était d'ailleurs réfugié à l'étranger, notamment en Angleterre et en Turquie. Ce journaliste saoudien Khashoggi qui avait des prises de positions très critiques sur le régime saoudien, en particulier sur le prince héritier, qu'on appelle dans les grands médias occidentaux MBS, Mohammed Ben Salmane, le fils, donc, du roi actuel, du roi Salmane d'Arabie saoudite. Alors, vous connaissez l'histoire, sinon je la résume en deux mots.
Ce journaliste était allé chercher des papiers au consulat – des papiers pour rentrer ou sortir, des papiers consulaires –, au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. – Ce n'est pas l'ambassade, l'ambassade est à Ankara, comme toutes les ambassades. Là, un consulat, à Istanbul. – On lui dit que ça n'est pas prêt, qu'il faut qu'il repasse le lendemain ou le surlendemain, je ne me rappelle plus.
Le lendemain ou le surlendemain, il entre dans le consulat en question – et les Turcs suivent les allées et venues du consulat saoudien avec des caméras de surveillance –, il y est entré et puis n'en est jamais ressorti. Ou alors plus exactement, parce que maintenant on a cru comprendre que les services secrets turcs avaient posé des espèces de grandes antennes qui permettaient d'écouter tout ce qui se passait au sein du consulat saoudien à Istanbul. Il semblerait qu'il est entré bien vivant et qu'il en soit sorti mort, et coupé en petits morceaux, puisqu'on apprend – c'est une espèce de scénario digne d'un film d'horreur, ou digne de « Massacre à la tronçonneuse » – on apprend qu'il y aurait une équipe de 18 personnes qui serait venue d'Arabe saoudite, que ce journaliste – Khashoggi – en question aurait été molesté, étranglé selon certains... enfin bref, en attendant : une fois qu'il aurait été zigouillé, eh bien on l'aurait coupé en morceaux, on lui aurait coupé la tête, les bras, les membres, etc.
Tout ceci aurait été mis en morceaux dans des paquets, serait sorti sous forme de cabas à l'extérieur du consulat, et aurait été emmené dieu sait où...
Enfin, un scénario d'horreur. Alors, ce qui est très intéressant dans cette affaire, c'est que la Turquie a été le premier pays à tirer la sonnette d'alarme sur cette affaire, et à faire part de ses inquiétudes. Les informations dont disposaient les Turcs sont de première main, puisqu'on a vu sur les caméras de surveillance Khashoggi entrer, on ne l'a jamais vu ressortir.
Il y a des enregistrements, paraît-il, qui seraient absolument accablants sur ce qui ce serait passé à l'intérieur de ce consulat saoudien. D'ailleurs la police turque est intervenue pour faire des perquisitions. Je ne sais pas si le consul saoudien a poussé les mêmes cris d'orfraie que M.
Mélenchon dans ce genre de circonstances. En attendant, il semble que les informations étaient tellement précises que les États-Unis eux-mêmes ont commencé à demander des comptes au régime saoudien, puis ont laissé entendre qu'ils savaient que l'Arabie saoudite était derrière. Alors, le rebondissement c'est que l'Arabie saoudite, effectivement, c'était avant-hier, a reconnu officiellement que Khashoggi avait été tué dans ses locaux.
Mais aussitôt, ils ont trouvé une parade en disant que finalement il y avait eu une algarade, et que ça aurait mal tourné. Mais alors à ce moment-là les Turcs leur ont fait savoir, que c'est pas parce qu'il y a eu une algarade, ce n'est pas parce qu'on s'engueule avec quelqu'un, qu'après on fait venir 18 personnes pour le tronçonner avec une scie à égoïne, et puis on met ça dans des petits paquets cadeau...
Enfin, il y a quelque chose qui cloche. Alors, aux dernières nouvelles, le gouvernement saoudien a fait arrêter toute une série de personnes, les dix-huit personnes auraient été arrêtées, mises sous les verrous – ceux qui avaient fait le voyage depuis Riyad – et puis également deux proches de Mohammed ben Salmane. On comprend de toute cette histoire, qu'en réalité, celui qui a donné l'ordre d'un pareil massacre, c'est, très probablement, le prince héritier lui-même.
Et, ce que pensent tous les analystes du monde, c'est qu'en fait, la pression américaine est tellement importante, que le régime saoudien, se trouvant devant cette situation, est obligé de faire lâcher tous les fusibles pour essayer de protéger le prince Mohammed ben Salmane. Le roi lui-même serait intervenu en ce domaine. Mais enfin tout ceci est absolument extraordinairement fragile.
On est en plein mensonge. Alors ce que je vois dans cette histoire, c'est quelque chose d'un petit peu...
Il faut prendre toujours un peu de hauteur de vue, et voir en quoi ça nous concerne. Ça nous concerne parce que cette affaire fait ressortir le scandaleux, l'extravagant « deux poids, deux mesures » de la diplomatie des États-Unis, mais aussi de la diplomatie de l'UE, et malheureusement de la diplomatie française. Parce que, ce qu'il faut mettre en regard, c'est cette affaire Khashoggi d'une part, avec l'affaire Skripal, d'autre part.
Je rappelle que l'affaire Skripal, qui est apparue au mois d'avril dernier...
On a appris d'un seul coup que Sergueï Skripal, qui était un agent double russe, mais qui s'était mis à travailler pour les services secrets britanniques de l'Intelligence Service, qui avait été arrêté en Russie pour son travail double, qui avait été libéré en 2008, je crois, et qui était allé se réfugier ensuite au Royaume-Uni – donc sa peine de prison ayant été faite en Russie. Je rappelle que, d'après les autorités britanniques, ce monsieur qui résidait à Salisbury, dans l'Ouest du pays, lui et sa fille qui venait d'arriver de Russie le jour même, auraient été victimes d'une attaque, d'un produit innervant, qui s'appelle le Novitchok, et qu'il aurait été victime de la volonté de la Russie de se venger de cet agent double. Je rappelle qu'il n'y a absolument aucune preuve.
Il y a eu un rapport de l'OIAC, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, qui est chèvre-choux, qui n'est pas conclusif. On n'a donc absolument aucune preuve de l'implication de la Russie. La deuxième chose, c'est que Skripal et sa fille ne sont pas morts.
Ils ont réussi à se sauver, progressivement, et puis maintenant ils sont sains et saufs. La troisième chose que je note au passage, c'est que depuis que Skripal est sorti de l'hôpital, qu'il se porte comme un charme, nous dit-on, aucun journaliste au monde n'en a fait une interview. Je trouve ça absolument incroyable.
C'est asbolument incroyable que quelqu'un qui est à l'origine d'une affaire qui a pris des proportions planétaires, que l'on a donné pour mort, et qui en fait est parfaitement sain et sauf, que personne ne se soit avisé, parmi les journalistes, d'aller l'interroger. Peut-être y en a-t-il d'ailleurs qui ont essayé de l'interroger, et peut-être que certains les en ont dissuadé. Mais pourquoi ?
En tout cas ça n'est pas normal que ce monsieur n'ait pas fait l'objet d'investigations par des journaux, n'ait pas donné des interviews après coup. Ça n'est absolument pas normal. Je rappelle, dans un tout autre contexte, que le fameux Alexandre Benalla qui a sévi auprès d'Emmanuel Macron pendant plusieurs mois, eh bien maintenant il donne des interviews à qui les veut, puisque les journalistes, justement, essaient d'avoir des scoops en allant le voir.
Donc, nous avons affaire à un empoisonnement, dont il n'est pas du tout prouvé qu'il est d'origine russe. On peut même, d'ailleurs, considérant que – c'est le deuxième point – les deux personnes visées en question ne sont pas mortes, on peut donc considérer que ça n'a pas été fait par des professionnels, ni avec un produit à forte dose létale, comme on dit, un produit tuant à coup sûr. Donc ça donne une impression d'amateurisme qui cadre mal avec des services d'action de la Russie.
D'ailleurs, on a beaucoup eu d'exégèses là-dessus, beaucoup de gens se sont posés la question de savoir « Cui prodest ? », comme on dit en latin : « À qui profite le crime ? ».
Quel était l'intérêt de Vladimir Poutine d'organiser l'exécution par des moyens de cette nature d'un ancien agent double que tout le monde avait oublié. Et ceci une semaine avant l'élection présidentielle à l'issu de laquelle il a été réélu à la tête de la Fédération de Russie. On ne voit pas très bien quel était son intérêt, ça ne risquait que de causer des dégâts, ce qui d'ailleurs a été le cas.
En dépit de tout cela, je rappelle que les États-Unis d'Amérique ont décidé que le Royaume-Uni avait raison en imputant cette affaire au Kremlin. Les États-Unis d'Amérique ont décidé d'expulser 120 diplomates, de fermer le consulat, je crois, à San Francisco ou autre. Je rappelle que dans la foulée, il y a eu plusieurs dizaines de pays, les pays de l'Union européenne, pour l'essentiel – et la France malheureusement – qui ont expulsé des diplomates.
La France a expulsé 4 diplomates russes. Alors, maintenant l'affaire Khashoggi. Premièrement, là y a eu mort d'homme, il est mort.
C'est pas comme Skripal qui n'est pas mort. Il est mort, et a été découpé en rondelles semble-t-il. Deuxièmement, ça s'est passé au sein du consulat saoudien à Istanbul.
Ça s'est pas passé dans un parc de Salisbury comme dans l'affaire Skripal. Donc les autorités saoudiennes sont quand même mouillées jusqu'au cou, par ne serait-ce que le lieu de l'incident. Troisièmement, les autorités saoudiennes ont reconnu qu'en effet, Khashoggi avait été tué dans leur consulat.
Quatrièmement, le gouvernement saoudien est en train de paniquer, commence à inculper les uns et les autres en protégeant le prince Mohammed ben Salmane. Mais enfin, c'est dingue. Normalement cette affaire est beaucoup plus grave, puisqu'il y a eu mort d'homme, que l'affaire Skripal.
Et l'implication des autorités saoudiennes...
Elles l'ont même reconnu, ça s'est passé dans leur consulat. Donc, normalement, les États-Unis, les pays de l'UE, et la France, auraient déjà dû prendre des sanctions à l'encontre de l'Arabie saoudite beaucoup plus importantes qu'à l'encontre de la Russie. Il n'en est strictement rien.
Pour l'instant la seule chose que l'on ait vue en France, c'est que M. Bruno le Maire, qui devait participer à une espèce de forum économique qui devrait se tenir à Riyad, précisément, en Arabie saoudite, avait décidé de ne pas y aller. Il y a eu toute une série de défections d'ailleurs, de responsables politiques économiques du monde entier, qui étaient attendus, et qui se sont tout simplement désistés de leur déplacement.
Voilà, c'est tout. Cette différence de traitement inouïe, entre...
Normalement, la France aurait dû expulser plus de diplomates qu'avec la Russie. Elle aurait dû expulser dix diplomates saoudiens et rappeler son ambassadeur à Ryad en consultation. La France devrait prendre une initiative au sein du Conseil de sécurité comme au moment de l'affaire Skripal où tout le monde avait débattu de cette affaire.
Il devrait y avoir un débat au Conseil de sécurité des Nations unies sur l'affaire Khashoggi. Et les États-Unis, les pays de l'UE, de l'OCDE et la France devraient tous prendre des sanctions massives à l'encontre de l'Arabie saoudite. Eh bien non.
Donc cette différence de traitement permet de bien comprendre – c'est une bonne leçon de choses pour toutes celles et tout ceux qui m'écoutent –, toute l'hypocrisie qu'il y a derrière la politique vis-à-vis de la Russie qui ne respecterait pas ci, pas les droits de l'homme là...
Je ne dis pas que la Russie est un formidable modèle de respect des droits de l'homme. Je ne dis pas que c'est une démocratie formidable. La France non plus, d'ailleurs, puisque je rappelle la façon dont M.
Macron a été élu à l'issue d'une manipulation et d'une propagande d'État absolument indignes d'une démocratie. J'ajoute que la France, en ce moment, vire très mal puisque, chaque semaine qui passe, on apprend de nouvelles mesures coercitives qui sont contraires aux libertés publiques. Mais les personnes qui m'écoutent verront bien la discordance qu'il y a dans le traitement de la Russie et de l'Arabie saoudite.
Ça veut donc bien dire, a contrario, que la politique que la France et l'UE mènent contre la Russie est agressive. Une politique qui ne cherche pas le compromis ni l'entente mais qui cherche à agresser la Russie, peut-être jusqu'au point de rupture. C'est pour ça qu'il faut faire très attention.
Quant à la politique vis-à-vis de l'Arabie saoudite, c'est une politique d'abandon et de soumission à l'Arabie saoudite, qui se permet tout et son contraire : exporter le terrorisme, financer des imams dans les banlieues françaises sans que personne n'y trouve à redire, pour développer des mouvements de nature wahhabite. Un islam revu et corrigé tel qu'au XVIIe ou XVIIIe siècle, au moment de l'arrivée de la famille des Séounes. Une vision extrêmement rétrograde de l'islam qui est véhiculée par l'Arabie saoudite.
Arabie saoudite qui a été, ou est largement mêlée à la sale guerre qu'il y a actuellement au Yémen, avec des populations civiles qui sont massacrées, où l'Arabie saoudite est partie prenante. Arabie saoudite qui a également été mêlée – c'est le moins que l'on puisse dire – à des trafics d'armes louches vis-à-vis de Daesh. Je demande ici solennellement au gouvernement français d'arrêter ça, d'expulser au moins huit ou dix diplomates saoudiens, de faire plus que pour l'affaire Skripal, de convoquer une réunion spéciale au Conseil de sécurité des Nations unies pour demander des comptes à l'Arabie saoudite et en particulier, au passage, exiger qu'elle respecte la Charte des Nations unies.
En particulier, qu'elle respecte l'obligation qui est faite à tous les États des Nations unies d'autoriser tous les cultes sur son sol. Or, l'Arabie saoudite refuse tout autre culte que celui de l'islam sunnite, donc l'islam chiite, l'Église catholique, les protestants, les juifs, les confucéens, les bouddhistes, etc. Tout ça est interdit sur le sol saoudien.
C'est une violation de la Charte des Nations unies. Voilà ce qu'il faut faire. Maintenant, la balle est dans le camp de Paris, du gouvernement français.
Si on ne bouge pas sur l'Arabie saoudite en se disant : « Oui mais il y a des problèmes de pétrole, etc. À ce moment là, ne faisons pas ce que l'on fait avec la Russie et arrêtons les sanctions vis-à-vis de la Russie parce que c'est indigne de faire des sanctions à l'encontre de la Russie et de ne pas en faire à l'encontre de l'Arabie. Pour conclure cet entretien, y a-t-il d'autres sujets dont vous aimeriez parler ?
Oui. Il y a beaucoup d'autres sujets mais un mot, peut-être, pour conclure, c'est ce qui vient de se passer en Pologne. C'est une dépêche de presse qui m'a fait sursauter.
J'ai hésité entre éclater de rire et puis être attristé. Je crois que c'est un peu un mélange des deux. On a appris il y a trois, quatre jours que la Pologne avait décidé de suspendre tous ses achats de gaz à la Russie pour acheter désormais du gaz naturel liquéfié aux États-Unis.
Ce qui m'a fait rire, tristement, c'est la dépêche de l'agence France-Presse disant que la Pologne assurait ainsi son indépendance politique. Voilà. Alors la Pologne, effectivement, pouvait avoir le sentiment que les Russes, en lui livrant du gaz avaient sur elle un levier politique pour faire des pressions politiques.
Je peux le comprendre. Mais comme si acheter maintenant aux États-Unis libérait de toute pression, c'est assez cocasse. Comme si les États-Unis n'étaient pas une puissance qui faisait des pressions !
Il faut pas exagérer. Le bon titre de la dépêche AFP, c'était pas que la Pologne assure son indépendance. C'est que la Pologne change de dépendance.
Voilà. C'est qu'elle dépendait pour ses livraisons en gaz de la Russie et que maintenant, elle dépend pour ses livraisons de gaz des États-Unis. Soit dit en passant, d'ailleurs, il suffit de regarder une carte pour comprendre qu'il est absurde pour la Pologne d'acheter du gaz aux États-Unis qui doivent se situer à quelque chose comme neuf mille, dix mille kilomètres plutôt qu'à la Russie, qui est à quelques centaines de mètres – enfin pas tout à fait puisqu'il y a le Bélarus qui les sépare – mais on peut dire que la Pologne est quand même très proche de la Russie.
Même frontalière – je maintiens –, puisqu'il y a l'enclave de Kaliningrad qui est restée russe. L'ancienne Königsberg et dont la Pologne est frontalière, sauf erreur de ma part. Donc du point de vue énergétique, du point de vue de l'empreinte carbone, comme on dit maintenant, la noria de supertanker de GNL, qui vont venir avec du gaz naturel liquéfié des États-Unis pour fournir la Pologne, eh bien c'est un bilan désastreux en termes de protection de l'environnement.
Voilà ce que je voulais dire. Je trouve que cette dépêche montre là aussi à quel point la construction européenne est en train de nous entraîner vers un conflit avec la Russie dans tous les domaines. Et à quel point derrière le discours général sur la protection de l'environnement, eh bien on permet un État comme la Pologne de piétiner les contraintes environnementales pour aller se fournir en GNL à l'autre bout du monde alors qu'à quelques centaines de kilomètres de là, elle peut avoir du gaz naturel venu de Russie.
Voilà. Je vais m'arrêter là. C'est déjà un entretien assez long.
Je vous rappelle la grande affaire de cette semaine, de la fin de la semaine. C'est l'université d'automne. Vous êtes tous aimablement conviés à cette université d'automne.
Allez vous inscrire sur le site – si vous voulez venir, bien entendu – mais ne tardez pas parce qu'il est possible que nous soyons amenés, à un moment ou à un autre au cours de la semaine peut-être, d'arrêter les inscriptions si nous avions dépassé le quota maximum que peut accueillir notre salle. Sur ce, merci à toutes et à tous d'être présents sur notre chaîne UPR-TV. Merci d'avoir écouté cet entretien d'actualité et comme d'habitude, je conclurai en disant : vive la République et vive la France !
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François Asselineau