Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Monde (sur YouTube)· 2 juillet 2024 8 min

Cyril Hanouna : enquête sur une propagande et ses dérapages

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le 17 juin 2024, l'animateur Cyril Hanouna prend l'antenne pour une nouvelle émission, baptisée “On marche sur la tête”. - Cyril, bonne chance ! - Merci Sophie., t’es un amour, je peux te faire un petit bisou ? - Merci, ça va me porter chance. 1 h 30 de direct, cinq jours par semaine, sur Europe1.

Dès les premières minutes, le ton est donné. - Aujourd'hui, la gauche se met derrière le peuple arabo-musulman. - Le NPA, le parti de Philippe Poutou, vous avez vu comment il se comporte après chaque attentat terroriste ?

L'émission du lendemain va crescendo. - Qui est pour vous le parti le plus dangereux aujourd'hui ? Le Front populaire ou le Rassemblement national ? - Et évidemment que le chaos est quelque chose de souhaité par la France Insoumise. - Gilles Verdez, c’est insupportable ce que vous dites.

Vous représentez la mauvaise foi du Front populaire. Le 19 juin, l'Arcom, le régulateur des médias, rappelle à Europe 1 ses obligations : traiter avec mesure et honnêteté l'actualité électorale et assurer une pluralité de points de vue dans ses émissions de débats. Pour Cyril Hanouna, les choses sont claires. - Ici et dans toutes mes émissions, tout le monde, tous les gens et toutes les opinions sont les bienvenues.

Qu'en est il vraiment ? Le Monde a analysé l'intégralité des deux premières semaines d'émission, soit 15 h de direct. Nous avons enregistré tous les participants, décompté tous les temps de parole et examiné les prises de position de toutes les personnes présentes en studio.

Nous avons également pu identifier et analyser plusieurs dizaines de minutes de direct discrètement supprimées dans les replay de l'émission. Notre analyse montre comment ce qui est présenté comme une émission de débats et de décryptage s'est transformée en émission de propagande politique, en pleine période électorale. Le principe de “On marche sur la tête” est très simple.

À la manœuvre, Cyril Hanouna et ses chroniqueurs, habitués du talk show “Touche pas à mon poste” sur C8. “On marche sur la tête” en reprend certains codes, dont la large place accordée à l'animateur. Selon notre décompte, Cyril Hanouna représente à lui seul plus d'un tiers du temps de parole total de l'émission, invités politiques inclus.

L'animateur emploie son temps de micro à distribuer la parole... - Vous voulez défendre Sébastien Delogu et sa vidéo... ...à faire des blagues... - Vous savez, je suis très fan de Louis Boyard.

J'ai des badges à la maison. ...à interroger les invités... - Jordan Bardella, qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français ?

Vous avez 30 secondes. ...mais aussi à donner son avis... - Pendant cinq ans, François Hollande, il n'a rien fait.

Nan mais je vous le dis ! À part aller chercher des croissants et se balader en scooter, il n'a rien fait ! Sur l'ensemble des émissions, Cyril Hanouna a personnellement passé 30 minutes à critiquer le nouveau Front populaire ou la gauche.

Environ deux minutes 30 à critiquer la majorité présidentielle et zéro minute à critiquer les Républicains ou le Rassemblement national. L'émission accueille également des invités, essentiellement politiques. Voici leur temps de parole par groupe pour les deux premières émissions.

L'extrême droite ,des soutiens d’Eric Ciotti à Reconquêtes est très présente. La gauche totalement absente. Le rappel à l'ordre de l’Arcom reçu le 19 juin, a-t-il eu un effet ?

Dès le lendemain, un candidat PCF passe quelques minutes par téléphone et en deuxième semaine, plusieurs représentants de la majorité présidentielle passent au micro, dont Gérald Darmanin et Rachida Dati. Mais le déséquilibre reste frappant. Sur l'ensemble des dix jours de diffusion, la gauche reste très peu représentée.

Les figures de droite du camp présidentiel et le Rassemblement national sont loin devant. À l'antenne, Cyril Hanouna semble vouloir se justifier d'avance... - “Franchement, les mecs, on invite des gens du Front populaire, ils ne viennent pas.

Donc forcément, on ne va pas les inventer.” Le 25 juin, Cyril Hanouna accueille pour la première fois un candidat du Parti socialiste, Arthur Delaporte. Selon notre décompte, le socialiste est interrompu ou contredit environ 120 fois en neuf minutes. - Vous êtes ami avec des antisémistes.

Vous êtes ami avec des antisémistes, Arthur Delaporte. Environ trois fois plus que la candidate d'extrême-droite Laure Lavalette, interviewée quelques minutes plus tard. Mais la dynamique de l'émission tient avant tout aux échanges salés entre les chroniqueurs.

Avec une logique quasiment duplicable d'une émission à l'autre. Autour de la table, un chroniqueur concentre à lui tout seul la quasi totalité du temps de parole favorable au nouveau Front populaire : Gilles Verdez. Au micro, le journaliste parle peu : 2 minutes 30 en moyenne par émission.

Il est en revanche la cible systématique de l'animateur et des autres chroniqueurs. En vert, voici quand un participant formule un accord. En rouge, un désaccord.

Voici ce que cela donne pour l'émission du 19 juin. - “Bon, Gilles Verdez, de toute façon, vous savez, quand il a une idée dans la tête.” - Eh bien non !

Gilles Verdez. Merci, merci Gilles Verdez.” - C'est vraiment...

C'est insupportable. Vous voulez répondre ou bien c'est pas la peine ? - C'est pas la peine.

Mais si. - Je suis complètement d'accord avec ça et je sais même pas ce que vous allez répondre parce que vous vous enfoncez. Habitués aux outrances, Cyril Hanouna et ses chroniqueurs de “On marche sur la tête” sont-ils prêts à les assumer jusqu'au bout ?

Europe 1 semble en tout cas avoir pris des précautions. Le Monde a pu identifier que des dizaines de minutes d'antenne ont été discrètement supprimées des replays. aussitôt les directs terminés.

Le 18 juin, Europe 1 a coupé dans son replay dix minutes consacrées à Philippe Poutou, candidat du NPA. - “Le NPA, un parti qui est pour moi un parti qui doit être mis hors d'état de nuire.” - “L'argument “il n'a pas été condamné”, on ne le reçoit pas ici. - “Et Philippe Poutou qui fait l'apologie du terrorisme... - “C'est ça qui est fou !” - “Ça, ça passe !” - “Est-ce que selon toi, selon vous, le Front populaire peut aller de Hollande au Hamas ?” Le lendemain, Europe 1 a supprimé à nouveau plusieurs minutes de direct, dont ce passage sur le viol d'une jeune fille de confession juive, à Courbevoie. - “Je réfute toute connexion, toute proximité, tout lien de causalité entre ce que peut dire Monsieur Mélenchon et ce que des mineurs totalement décérébrés de treize ans...” - “Vous avez vu ce qui passe dans les réunions ?

Vous avez vu ce qui se passe dans les manifs ?” Pourquoi ces passages ont-ils été supprimés ? Selon un cabinet de conseil juridique joint par Le Monde, plusieurs accusations proférées dans ces passages exposent Europe 1 et Cyril Hanouna à des poursuites judiciaires, sur la base de la diffamation et de l'atteinte à la présomption d'innocence.

C'est aussi le cas pour l'émission du 25 juin, dans laquelle Cyril Hanouna attaque personnellement le candidat socialiste Arthur Delaporte. - Vous êtes responsable de la montée de l'antisémitisme en France, vous êtes responsable....

Vous êtes responsable de ce qui s'est passé à Courbevoie la semaine dernière, Arthur Delaporte. Vous êtes responsable... - Attention à ce que vous dîtes. - Vous êtes responsable, vous et le Front populaire.

Le 27 juin, l’Arcom dit stop et adresse une mise en demeure à Europe 1 pour manque de mesure et d'honnêteté. Le lendemain, au terme d’une ultime émission, Cyril Hanouna rend le micro... comme il l'avait prévu.