"On va de crise en crise en France", analyse le politologue Bruno Cautrès après les manifestations du 17 octobre
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Prenons un peu de recul ce matin, deux jours après que nous apprend la mobilisation du 17 octobre.
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Elle a été forte cette mobilisation, Bruno Cotteres
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Donc, est-ce que c'est étonnant comme chiffre, encore une fois, un samedi, premier jour des vacances scolaires ?
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Et pourquoi ça semble, Bruno Cotteret, s'enraciner ?
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Est-ce qu'il n'est pas dans son rôle, le chef de l'État, en prenant la parole hier soir, de façon très solennelle, pour appeler au calme ?
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On a vu la mairie de Limoges en feu, on a vu des commerces, y compris des petits commerces, des boulangeries, par exemple. Attaquer, piller, tout cela tout de même, ça dit quelque chose de l'état de tension dans lequel se trouve la société française ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Appel lancé sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, rejoint par les lycéens, soutenu par la gauche entre 500 000 et 800 000 manifestants un samedi, comme à l'époque des Gilets jaunes. »
- 3:46PrésentateurFait
« Nous ressentons de la honte et de la colère, a-t-il dit. »
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« Oui, bien évidemment, même si ces casseurs sont parfois des casseurs professionnels. »
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Il est 6h22, vous l'avez entendu dans le journal de 6h, Emmanuel Macron a pris la parole hier soir à l'ocution après la journée de manifestations de samedi émaillées de violences, des tensions, des magasins pillés hier soir encore à Paris ou à Lyon. Prenons un peu de recul ce matin, deux jours après que nous apprend la mobilisation du 17 octobre. Question que l'on pose à Bruno Cotteres, bonjour.
Bonjour,
politologue, chercheur CNRS au Cevipof, le centre de recherche politique de Sciences Po. Les violences, on va y revenir, mais parlons de la base, Bruno Cotteres, cette manifestation du 17 octobre. Appel lancé sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, rejoint par les lycéens, soutenu par la gauche entre 500 000 et 800 000 manifestants un samedi, comme à l'époque des Gilets jaunes. Elle a été forte cette mobilisation, Bruno Cotteres
? Oui,
elle a été forte, effectivement. Les chiffres sont même assez impressionnants. Dans plusieurs villes, des milliers, des milliers de jeunes en particulier qui ont été mobilisés. Donc incontestablement, on était sur un modèle d'une mobilisation assez forte. Vous l'avez rappelé depuis plusieurs semaines. Donc effectivement, d'abord, et c'est dommage de voir que l'attention a été captée par les dégradations, les violences, mais il faut d'abord et toujours rappeler le problème de départ, effectivement, la colère de la jeunesse, lycéenne, étudiante, par rapport à la fois ses perspectives, ses conditions d'études. Donc effectivement, très, très forte mobilisation.
Entre
500 000 et 800 000 manifestants. Donc, est-ce que c'est étonnant comme chiffre, encore une fois, un samedi, premier jour, d'ailleurs, des vacances scolaires
? Oui,
certains avaient pu miser sur une forme d'essoufflement il y a encore quelques jours à peine. Certains disaient, mais au fond, ça va s'éteindre progressivement avec la perspective des vacances scolaires qui arrivent. Il y
a
eu des débuts de concertation. Le Premier ministre a voulu montrer qu'il était dans le dialogue. Donc forcément, ça va aller en décroissant. La mobilisation, ce n'est pas du tout ce à quoi on a assisté. Et d'ailleurs, je ne suis pas sûr que les vacances scolaires, au lendemain des vacances scolaires, il n'y
ait
pas à nouveau de mobilisation. Si les problèmes n'ont pas été écoutés et à trouver des débuts de réponse dans les heures qui arrivent, dans les jours qui arrivent.
Et pourquoi ça semble, Bruno Cotteret, s'enraciner ? Si je vous entends bien, vous dites, est-ce qu'on pourrait penser que, comme lors du mouvement des Gilets jaunes, ça peut s'étendre sur une, deux, trois semaines, plus
? Alors,
il faudra voir, effectivement, dans les heures qui arrivent, si, du côté de l'exécutif, on a tiré des leçons. De la crise des Gilets jaunes, de sa dynamique. Et les problèmes dont il est question, ce sont des problèmes très structurels, très importants, qui concernent l'éducation, parcours sup, les conditions de vie au lycée, les conditions d'études au lycée. Donc, ce sont des problèmes qui sont des problèmes qui ne sont pas susceptibles, au fond, de trouver une réponse instantanée, immédiate. Donc, ce sont des problèmes
qui
sont très structurels. Il faut, évidemment, que, du côté du pouvoir, on prenne la mesure de ce qui se passe dans le pays. On réponde rapidement, vraiment rapidement. Les lycéens, quand on les écoute, ils ont des demandes extrêmement pratiques, extrêmement pragmatiques. Et je crois qu'ils sont toujours dans l'attente, même après l'allocution du chef de l'État hier, qui, sans aucun doute, a dû avoir un côté un peu déceptif.
J'allais y venir, Bruno Cotteres, mobilisation forte, mais qui a donc été éclipsée, vous l'avez évoqué, par ces scènes de violence. C'est Emmanuel Macron qui prend la parole hier soir. Nous ressentons de la honte et de la colère, a-t-il dit. Alors, beaucoup regrettent déjà un manque de propositions concrètes. Mais n'est-il pas dans son rôle, le chef de l'État, en prenant la parole hier soir, de façon très solennelle, pour appeler au calme ? Il l'a redit à plusieurs reprises. Est-ce qu
'il
n'est pas juste dans son rôle, là, avec cette allocution d'hier ?
Alors,
il est certain que, dans le décor solennel de son bureau à l'Élysée, le chef de l'État est dans son rôle, d'ailleurs, d'abord, de rassurer les Français, de dire que l'autorité de l'État est toujours là. Parce que s'il y a vraiment quelque chose qui a marqué tout le pays au cours de la journée de samedi et de la nuit, de samedi à dimanche, c'est le sentiment que l'État n'avait pas été au rendez-vous dans une de ses missions les plus centrales, qui est d'assurer notre paix et notre sécurité civile. Donc, le chef de l'État était bien évidemment totalement dans son rôle. En ayant cette prise de parole, tout le pays attendait que le chef de l'État s'exprime.
Par contre, il était peut-être aussi dans son rôle de dessiner ne serait-ce que des pistes de réflexion. Il s'en est remis à son Premier ministre et aux corps intermédiaires, fondamentalement.
Bruno Cotteres, beaucoup de gens ont été légitimement choqués par les images que l'on a vues ce week-end. On a vu la mairie de Limoges en feu, on a vu des commerces, y compris des petits commerces, des boulangeries, par exemple. Attaquer, piller, tout cela tout de même, ça dit quelque chose de l'état de tension dans lequel se trouve la société française ?
Oui, bien évidemment, même si ces casseurs sont parfois des casseurs professionnels. Ils ne sont pas, au fond, les porte-parole de tout le malaise social qu'il
y a
en France. Et le
chef de l'État a d'ailleurs
bien dit qu'il fallait faire la différence
entre les manifestants et
les casseurs.
Voilà, il a bien raison. Mais pour autant,
c
'est vrai que ça souligne ce malaise qu'il y
a
en France, cette crise qui est, au fond, on va de crise en crise depuis quelques années en France.
Il
y a un malaise social qui est très important, le sentiment aussi d'un malaise politique. Beaucoup ont le sentiment que, du côté du pouvoir, on ne répond plus, il n'y
a
pas de capacité à écouter. Donc, effectivement, ça souligne l'ampleur de ces dégradations, vient souligner quand même qu'il y a quelque chose qui dysfonctionne dans notre modèle.
Bruno Cotteres,
on
parlait des journaux avec Marc Vanchet il y a quelques minutes. Le mot qui revient beaucoup dans les journaux ce matin, c'est « chaos ». Est-ce qu'on est confronté à une situation, à une forme de chaos
?
Oui, d'une certaine manière, oui, ce qu'on a vu samedi, effectivement, c'était totalement chaotique, totalement chaotique, même des scènes littéralement apocalyptiques. On a vu dans nos rues des commerces brûlés, du vandalisme, du saccage. Donc, effectivement, de ce point de vue-là, ça a inspiré une idée de chaos. Et ce qui est encore plus inquiétant, c'est que ça s'est prolongé dimanche.
C
'est ce qu'il y avait encore, hier soir encore à Paris, il y avait encore, toujours...
Surtout dans les grandes villes, tout de même, il faut le rappeler. Bruno Cotteres, politologue-enseignant à Sciences Po, merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin et bonne journée.