Anne Hidalgo, Le premier jour du reste de sa vie
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Comment on se sent quand tout s'arrête et que la pression retombe ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Comment on se sent quand tout s'arrête et que la pression retombe ?
- 4:28OuverteRéponse directe
À quoi tu associes le mot de faille dans ton esprit ?
- 6:38OuverteRéponse directe
Peux-tu expliquer l'image du kinsugi ?
- 7:22OuverteRéponse directe
Comment as-tu surmonté le doute avant ta victoire de 2014 ?
- 9:34OuverteRéponse directe
Comment vis-tu avec l'injonction de ne jamais montrer tes faiblesses en politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:17Anne HidalgoFait
« j'avais pris cette décision euh d'arrêter euh donc ça ne m'a pas été imposé. C'est je l'avais prise suffisamment en amont, un peu plus d'un an et demi avant la fin de mon mandat. »
- 3:01Anne HidalgoFait
« le monde politique est un monde très toxique hein, le monde médiatique aussi. »
- 8:07Anne HidalgoFait
« quand je me suis lancée pour devenir maire de Paris je me souviens que je n'avais aucun doute jusqu'aux 5 dernières minutes avant l'annonce du résultat »
- 10:18Anne HidalgoFait
« je suis tombée enceinte le jour de ma victoire comme non pas mère de Paris mais comme élu de Paris en 2001. Je suis tombée enceinte le jour de la victoire. Mon enfant est est daté au carbone 14. »
- 21:09Anne HidalgoFait
« mes parents avaient une confiance absolue, bah de toute façon, ils avaient pas le choix, hein. Donc quand vous partez avec vos gamins sous le bras et que vous arrivez dans un pays étranger, euh vous avez pas le choix, hein, faut voilà, vous êtes là pour vous en sortir »
- 22:39Anne HidalgoChiffre
« à l'époque quand je rentre à l'université, il y a que 3 % d'enfants d'ouvriers qui rentrent à l'université et je vous dis pas si je prends le pourcentage d'enfants issu de l'immigration, on doit tomber à à zéro et quelques pourc »
- 36:30Anne HidalgoFait
« il y a le dépistage gratuit qui existe, qui est quand même euh voilà, il faut il faut le faire, il faut y aller parce que ça peut éviter tellement tellement de drames, de galère, de souffrance »
- 37:58Anne HidalgoFait
« je déteste les mondanités et tous ces trucs-là. Donc je suis quasiment jamais allée à des dîners en ville. »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.
Anne, c'est ta première prise de parole depuis que tu as rendu ton écharpe de mère. Je vais très très bien. Je suis heureuse. Quand on est un personnage public, cette pression permanente permanente. Moi ce que j'ai essayé de faire aussi, c'est de me dire il faut que tu sois la même personne où que tu sois. Moi j'ai toujours dit je veux pas être protégée, je veux être respecté. J'ai pas de cap de super woman du tout du tout du tout. Mes parents n'ont jamais douté. Ils m'ont toujours dit "Tu sais si tu es honnête, si tu travailles, il y a pas de rêve trop beau." Je suis quand même profondément optimiste et je une des phrases que je cite souvent, c'est "Le pire n'est jamais certain." Voilà. Si vous aussi vous êtes convaincu qu'il n'y a pas de force sans faille, vous
êtes au bon endroit. Bienvenue dans Faille. Cet épisode a une saveur particulière parce qu'il est enregistré en live à l'occasion de la première édition du Woman El Summit. Elle a traversé 12 ans de crise, de bashing mais aussi de résilience. Aujourd'hui, je reçois Annie Dalgo. La première femme mère de Paris vient de terminer son mandat. Mais dans cet épisode, on laisse la politique à la porte. Enfance, vulnérabilité face à la violence inouie des réseaux, charge mentale. Comment est-ce qu'on prend soin de soi quand on est l'une des femmes les plus scrutées de France ? Elle a accepté de baisser la garde en public pour nous. C'est un épisode rare et intime. J'espère que cette rencontre vous touchera et si ce podcast vous plaît, je vous invite à vous y abonner. C'est votre soutien qui
me permet de continuer ces interviews qui me passionnent.
Bonjour Annie Delgo. Bonjour Noémie. Merci beaucoup euh d'être ici euh à la Woman El Summit et merci euh pour cette journée de nous recevoir, de nous accueillir dans ce beau lieu. Euh Anne, c'est ta première prise de parole depuis que tu as rendu il y a quelques jours ton écharpe de mer que tu as porté pendant 12 ans. Alors, je crois que c'est une question que tout le monde partage ici aujourd'hui. Comment on se sent quand tout s'arrête et que la pression retombe ? Bah, en fait, on se sent très très bien parce que j'avais pris cette décision euh d'arrêter euh donc ça ne m'a pas été imposé. C'est je l'avais prise suffisamment en amont, un peu plus d'un an et demi avant la fin de mon mandat.
Donc j'avais pu et me préparer et préparer autour de moi les équipes à cette décision. Et du coup euh c'est vrai que je me sens avec une charge mentale qui a baissé voilà de 400 % à quasiment non pas zéro parce qu'on a toujours quand même une petite charge mentale he on nous les femmes mais mais quand même c'est une espèce de tout d'un coup de sentiment de liberté. Je n'étais pas prisonnière hein. C'est pas du tout comme ça que je vois les choses. Je c'était un choix. J'ai adoré être mère pendant 12 ans, élu pendant 25 ans à Paris, mais quand même de me dire là tout d'un coup euh tu peux euh poser
un peu euh voilà euh souffler cette responsabilité qui faisait que je voilà pendant 25 ans de ma vie, j'ai vécu avec un téléphone portable à côté de moi qui pouvait me réveiller à n'importe quel moment pour voilà me me faire partir à toute heure du jour ou de la nuit s'il y avait une urgence, un problème, gérer tout toute cette voilà le monde politique est un monde très toxique hein, le monde médiatique aussi. Donc gérer tout ça et tout d'un coup, ouf, soulagement. Donc je vais très très bien. Je suis heureuse. Tu prends le temps. Oui. Alors bon, je ferai d'autres choses après hein, mais je j'ai voulu prendre
un un mois de de break avant de me réengager sur des sujets qui m'importent comme le climat. Mais mais voilà, ce sans avoir cette même pression continue avec plus de légèreté. Ouais. Plus de légèreté. Et puis quand on est un personnage public, cette pression permanente permanente où tous vos faits et gestes sont Ouais, on va en parler évidemment. Ouais. Donc ça ça fait du bien. Ça fait vraiment du bien. Et nous aussi, on va prendre le temps de parler de tout ça. On va parler presque de tout sauf de politique puisque tant mieux. On va parler évidemment euh cette journée de la santé des femmes bien sûr. Et puis on va parler aussi de failles puisque c'est le la thématique de mon
podcast des vulnérabilités. Euh et alors je j'ai quelques rituels dans ce podcast et le premier est de poser cette question à mon invité qui est à quoi tu es associé le mot de faille dans ton esprit ? Est-ce que c'est quelque chose de négatif ? À quoi tu le relies ? Ah non, pour moi c'est très positif. C'est c'est quelque chose qui permet de de se projeter, de se reconstruire, de comprendre de comprendre la fragilité humaine et forcément sa propre fragilité et à partir de là d'essayer non pas d'en faire une force pour une force mais d'épuiser aussi de l'énergie. C'est pas un endroit où on perd l'énergie la
faille, c'est un endroit où on se projette. Pour moi, une faille, si je prends une image comme ça en montagne, dans voilà des roches, souvent dans la faille, il y a une végétation qui pousse. Et je me dis que c'est plutôt à ça que c'est. Je je n'ai jamais considéré que euh une fragilité était euh quelque chose qui vous empêcherait euh de Au contraire, au contraire. Mais il faut aller la chercher et puis ça ça prend du temps. C'est c'est difficile, c'est euh voilà, c'est quelque chose qui qu'on doit aller chercher parce que tout vous pousse à considérer au contraire la faille comme quelque chose de négatif
dans dans ce monde de winner permanent. Et donc, il faut vraiment écouter les petites voix, écouter ce qui vous pousse quand même à regarder du côté de la force qu'il y a dans la faille. Alors justement, tu tu as évoqué une image et moi il y a une image des failles qui me tient beaucoup à cœur et qui vient du kinsugi. Je sais pas si tu sais ce qui est le kinsugi. Certaines d'entre vous le savent. C'est ça. C'est c'est un art japonais qui date du 15e siècle et en fait quand les céramiques se brisaient. Plutôt que d'essayer de les reconstituer en maquillant les fellures, au contraire on les sublimait avec de la poudre d'or. Et je trouve que cette image elle est extraordinaire. pas tellement besoin de
dire plus que ça. Et donc et je te t'ai apporté un petit galet en kinsugi, tu vois, avec des féures dorées et ton prénom. Voilà que je montre à tout le monde et je le laisse là. Merci. Voilà, c'est ma petite ma petite tradition. Alors, on parle de faille, donc on parle évidemment de vulnérabilité. On va dire deux mots pour balayer ta carrière qui ne se résume pas en deux mots mais enfin on n pas autant de temps que ça. Tu as commencé comme inspectrice du travail. Tu as travaillé dans plusieurs cabinets ministériels. Tu as ensuite était la première adjointe de Bertrand de la Noé et enfin en 2014 tu deviens la première femme mère de Paris. Oui.
Alors, c'est pas rien. Oui. Et c'est d'autant pas rien que à l'époque on te donne perdante. Mais pour toi, je crois il y a pas de place au doute. Ouais. Et c'est ça que je trouve formidable parce que parfois le doute est un moteur et pour toi, il y avait pas de doute. Tu savais que tu reviendrais avec une victoire. Oui, en fait c'est assez bizarre parce que je à la fois le doute fait partie de ma vie et je voilà je suis pas d'une culture scientifique he je fais des études de droit et cetera, mais quand même pour moi douter c'est quand même aussi un moteur. Mais à un moment donné quand je m'engage dans quelque chose j'y mets vraiment toute mon énergie, ma créativité, mon envie,
mon désir et là je n'ai pas de doute. Et quand c'est vrai quand j'ai parce que c'est un monde tellement dur ce monde là mais quand je me suis lancée pour devenir maire de Paris je me souviens que je n'avais aucun doute jusqu'aux 5 dernières minutes avant l'annonce du résultat et là je me suis dit mais tu es complètement folle c'est impossible que tu gagnes. Ça c'était en avril 2014. Je me dis c'est impossible que tu gagnes. C'est mais mais c'est juste impossible. comment tu as pu te perdre dans cette espèce de confiance en toi ? Ça a duré 5 minutes et puis le résultat est tombé. Mais quand même ces 5 minutes-là, j'ai eu tout d'un coup euh ce ce doute
absolu. Mais avant, je n'avais aucun doute. Je je savais que euh en construisant les choses comme on les avait construites collectivement avec toute mon équipe euh et puis avec l'idée, la projection que j'avais sur sur Paris, enfin, j'avais mis du mien là-dedans. Euh mais euh mais je pense que le doute est quand même quelque chose d'important. Mais quand on est, je fais souvent le parallèle aussi avec les athlètes, les sportifs que j'ai beaucoup côtoyé. Moi, j'ai fait du sport, pas de très haut niveau, mais enfin euh c'est cette idée que quand on est engagé dans une cause, dans un combat pacifique, parce que c'est pas voilà euh on y met
tout de soi et donc on veut que ça réussisse et le désir de voir réussir peut vous permettre, c'est pas le seul ingrédient mais peut vous permettre de de réussir aussi. Ouais. Alors en politique la vulnérabilité c'est le tabou suprême ultime et à forceori quand on est une femme. Absolument. C'est c'est interdit. Donc comment est-ce que on vit avec cette injonction de ne jamais montrer ses faiblesses ? C'est c'est très difficile et à la fois on peut par exemple je suis tombée enceinte le jour de ma victoire comme non pas mère de Paris mais comme
élu de Paris en 2001. Je suis tombée enceinte le jour de la victoire. Mon enfant est est daté au carbone 14. Bon voilà et c'est génial quoi. Mais évidemment j'avais déjà 40 ans passés hein. Et là je me dis tu es complètement folle quoi. Parce que un enfant en étant élu en en arrivant dans cet univers là qui est quand même extrêmement prenant qui est très dur et comment tu vas faire ? Et puis je me suis dit, je voyais beaucoup de femmes politiques à l'époque qui me disaient qu'elles elles avaient caché leur grossesse jusque quasiment au
dernier moment. C'est-à-dire au moment où ça moi ça se voyait tout de suite donc je pouvais pas trop cacher. Mais bon et je me suis dit non non il faut être essayer d'être utile. Euh si je montre que voilà on peut être enceinte, être élu euh et voilà peut-être que ça fera tomber un tabou. Et euh et je me souviens que j'ai pas du tout caché euh ma grossesse. D'abord, ça s'est vu très vite et euh après, il s'est passé un phénomène assez intéressant. Beaucoup de femmes plus jeunes que moi, moi c'était mon troisème enfant, c'était pas ma première grossesse, euh m'ont dit "Et ben ça nous a libéré, ça nous a donné le sentiment que c'était possible. Et il
y a eu un nombre de naissances après chez mes collègues élus au conseil de Paris assez impressionnant aussi parce que c'était la parité donc on était plus nombreuses en 2001 on arrive au conseil de Paris on est plus de 40 % de femmes hein donc déjà ça ça forcément ça allait se voir un peu plus mais je me souviens je citais son nom Colombe Brossell hop elle a eu ses enfants euh voilà plein plein plein copines qui se sont mises à avoir des enfants et euh et donc je me suis dit c'est parce que la la grossesse qui n'est pas du tout une maladie ou une vulnérabilité mais on sait que dans l'entreprise aussi et à forcerie dans la
vie politique ça peut être un moment où on va dire ou là là là là celle-là on l'écarte là je me suis dit bon faisons-en cette force là mais c'est pas simple parce que parce que on c'est vrai que c'est un monde où on très très vite on exprime le fait que vous n'avez pas le droit à la moindre faille parce qu'elle va être exploité contre vous et que parce que c'est très très dur ensuite à supporter. Donc on fait comme on peut hein. Moi j'ai pas de leçon hein, mais on fait comme on peut et on essaie de s'entourer. Moi, c'est toujours ce que j'ai essayer de faire de gens avec lesquels alors au-delà de votre famille bien sûr qui est la base,
le cœur de tout, mais euh de s'entourer de de personnes qui vont vous aider et qui vont vous accompagner et qui ne vont pas appuyer là où ça fait mal. Voilà. Bien sûr. Alors, en 12 ans, tu as vécu des crises et et pas n'importe quelle crise. Probablement parmi les crises les plus difficiles, les plus graves qu'on puisse connaître. Je pense évidemment aux attentats de 2015, je pense ensuite au Covid surtout, mais aussi l'incendie de Notre-Dame, les gilets jaunes, enfin tu en as, j'en oublie sans doute. Et ça impose d'être extrêmement solide. Alors, moi, je me demande comment est-ce que on se protège ? D'abord, est-ce qu'on se protège ? Comment est-ce qu'on se
protège ? Est-ce que tu avais des gardes de fou ? Quel est le moment le plus difficile que tu es traversé ? Voilà, comment est-ce que tu as réagi face à ces crises ? Je pense qu'on n jamais prêt à ce type de crise. On peut avoir une expérience et c'est vrai que la gestion de crise, quand on est élu dans une mairie par exemple, on va être confronté à de la gestion de crise en permanence parce qu'il y a des incendies. Il faut pas voilà un incendie, un immeuble qui prend feu en pleine nuit, il faut mettre en place euh et on on apprend assez vite en fait euh on a des réflexes mais on n'est jamais prêt en fait. Je pense qu'on n'est jamais qu'il existe pas une école
où ça s'apprend. Donc il y a la force qu'on peut avoir en soi, la confiance, l'équipe, la confiance dans l'équipe avec laquelle on est. Mais lorsque par exemple les attentats de de 2015, le premier c'est l'attentat Charlie Hebdo, l'Hyper Cacher et Clarissa Jean-Philippe, là on se dit on bascule dans un autre monde. Donc tout d'un coup, c'est quand même une une espèce de de réflexion sur cette bascule. Mais quand arrive l'attentat euh du 13 novembre qui touche vraiment un nombre de personnes, des jeunes, des moins jeunes qui qui étaient
en train de de vivre Paris quoi, de de fêter cette ville comme on aime la vivre et que là tout d'un coup euh on m'appelle, je me souviendrai toujours de cette soirée, c'était une soirée, il faisait très doux quoi le 13 novembre, très très doux. Et quand j'arrive chez moi et que là des amis commencent à m'appeler et que tout d'un coup, bon, on sait qu'on a basculé dans quelque chose de de gravissime et je file sur les lieux du Bataclan, on est dans quelque chose qu'on ne comprend pas. Et quand j'ai vu sortir euh au les premières victimes qui avaient réussi à s'extraire et que je vois arriver tous
ces jeunes euh les mains en l'air parce qu'on savait pas ce qui c'était. C'était des otages, des des euh des terroristes et puis après les premières victimes victimes. Moi, j'ai jamais j'ai jamais vu une scène de guerre. On n pas vécu dans un monde en guerre. on n'est pas prêt à ça et que je vois le chaos autour de moi. Là, j'ai encore du mal aujourd'hui vraiment à en parler. Donc on on n'est pas prêt, on n'absorbe pas ça. Et quand on voit euh toute cette souffrance, tout d'un coup, ces gens qui vont mourir, ces gens qui sont là, qui parlent dans toutes les langues et qui essayent d'appeler leurs parents pour les rassurer à l'autre bout de la planète en
leur disant "Je suis vivant, on se prépare pas. Voilà. Moi ce qui m'a traversé l'esprit à ce moment-là, c'est de me dire "Tu vas devoir poser des mots mot TS sur ce que tu es en train de voir." Et ces mots-là doivent être justes. Ils doivent décrire quelque chose dans lequel on se ressente tous embarqués. Voilà, tu les mots que tu vas prononcer. Je me souviens, il y avait euh dans cette nuit de chaos absolu, il y avait quelques journalistes qui étaient qui avaient réussi à passer à l'endroit où on était mais et qui voulait m'interviewer. Je leur disais
non non non et ce n'est qu'à la fin vraiment quand les otages ont été libérés quand on on a bon on a commencé à et puis je je devais penser à à l'instant d'après, c'est-à-dire on est sur place. Moi, mon rôle c'était pas celui ni du procureur de la République, ni euh des policiers ou des des de toute la sécurité, mais mon rôle c'était de dire comment ça va se passer juste après. Et je voyais bien que on allait pas laisser partir les gens qui étaient indemnes physiquement comme ça chez eux. donc organiser leur accueil, faire venir des bus RATP pour
qu'on puisse les mettre dans les bus qui a des équipe d'assistance avec la protection civile, avec toute l'assistance aux victimes à la mairie du 11e que voilà toutes ces choses très matérielles. que j'avais demandé d'organiser à l'hôtel de ville, voir ce qui se passait ailleurs dans Paris parce qu'on savait pas du tout il y avait pas d'autres endroits. Donc passer les messages sur les panneaux lumineux pour que les Parisiens puissent quand même savoir ce qui se passait. Bon, donc j'étais dans dans cette gestion, mais euh je me suis dit, il faut que je trouve les mots pour que les gens comprennent ce qui se passe et ce que l'on a voulu attaquer.
C'est-à-dire qu'est-ce qu'on a voulu attaquer par cette attaque là ? Bah, c'était notre liberté, notre légèreté, c'était tout ça, notre mode de vie. Donc c'est des choses auxquelles on se on peut pas s'y préparer et même longtemps après, c'est impossible de se dire "J'ai vécu cette expérience là." Et bien sûr que quand on vit une expérience et vous vivez des expériences tous les jours dans vos vies, ces expériences, elles vont vous donner peut-être des réflexes, des modes opératoires pour après. Mais euh face à ce type de drame euh on sort pas indem. et euh et on n' pas vraiment une leçon.
Euh voilà, ça a montré que la vie humaine est quelque chose de de très précieux euh de très fragile et que donc il faut en prendre soin et que on n'est pas des robots, on n'est pas des machines, on n'est pas des êtres dotés de super pouvoir, ça n'existe pas. tous ceux qui vous racontent qui dorment 3 heures par nuit et qui sont c'est pas vrai. C'est pas vrai. Ça n'existe pas. Voilà. Ou alors ils sont dangereux. Ils sont dangereux. Ils sont dangereux parce que justement ils ont pas compris la fragilité de la vie humaine et que voilà. Donc moi j'ai j'ai voilà j'en ai tiré cette leçon là en tous les cas. Mais alors justement cette solidité, ces fondations parce que
ça vient souvent de l'enfance et pour pour euh remettre un petit peu en en perspective, toi tu es arrivé, je je me demandais si cette solidité te venait pas de ton enfance puisque toi tu arrives en France avec ta famille d'Espagne, tu as 2 ans, 2 ans un peu plus 2 ans. Et puis avec cette volonté farouche d'intégration qu'ils ont et puis tu tu es tu es brillante à l'école, tu apprends le français très rapidement. Est-ce que tu crois que ça vient de là aussi ? Oui, moi ça vient de là. Après euh j'ai eu la chance vraiment hein d'avoir euh des parents aimants, un milieu très populaire. On a immigré. Je viens d'une famille à la fois de réfugiés euh de la guerre d'Espagne, mais j'ai j'ai je suis née en Espagne et donc euh je suis venue euh dans le cadre
d'une immigration euh économique, hein, dans les années 60. Euh mes parents avaient une confiance absolue, bah de toute façon, ils avaient pas le choix, hein. Donc quand vous partez avec vos gamins sous le bras et que vous arrivez dans un pays étranger, euh vous avez pas le choix, hein, faut voilà, vous êtes là pour vous en sortir et eux leur façon de s'en sortir c'était de dire l'école, il faut que nos nos filles, puisque j'ai une sœur qui a 2 ans de plus que moi, nos filles, elles vont aller à l'école française, elles vont apprendre, elles vont pouvoir réussir par l'éducation. Et donc euh on avait rien hein, on était quand même une famille pauvre vraiment pauvre mais euh mais pas pauvre en valeur et en et en en amour partagé. Il
y avait plein d'épreuves, c'était dur. Enfin, la vie de mes parents était quand même très difficile. Mais euh je pense qu'il y a cette force là. Est-ce que quand il y a pas cette force là, on peut quand même Je pense que oui, parce que cette force-là, moi, elle m'a donné des ailes. C'est vrai, elle m'a vraiment donné des ailes parce que mes parents n'ont jamais douté. Euh, ils m'ont toujours dit "Tu sais, si tu es honnête, si tu travailles, il y a pas de rêve trop beau." Voilà. Et ça euh je trouve que vraiment c'est génial quoi. Après ils avaient pas tous les codes et tous les voilà, ils imaginaient pas quand même tous les blocages de la société française hein. Une élite qui est quand même bien à préserver ses intérêts pour
que personne n'arrive de trop. Enfin bon, à l'époque, c'est les années 60, il y a quand même encore enfin il y a un modèle méritocratique qui quand même tente de fonctionner. À l'époque quand je rentre à l'université, il y a que 3 % d'enfants d'ouvriers qui rentrent à l'université et je vous dis pas si je prends le pourcentage d'enfants issu de l'immigration, on doit tomber à à zéro et quelques pourc hein. Donc voilà. Mais quand même, il y a une illusion encore de plus qu'une illusion, une réalité que euh on peut par l'école y arriver. Aujourd'hui, c'est plus complexe, mais est-ce que sans avoir la force euh
mentale que finalement m'ont donné mes parents euh par cette histoire où eux-mêmes ont vécu survécu à des choses dures, euh est-ce qu'on peut quand même y arriver ? Je pense que oui, mais ça ça va dépendre beaucoup des rencontres qu'on fait, des mains tendues, des mains tendues qu'on va trouver à différents moments de sa vie. Mais j'ai voilà, moi je suis quand même profondément optimiste et je une des phrases que je cite souvent, c'est le pire n'est jamais certain. Voilà ce bashing dont tu as été victime, on t'a pas épargné hein, on peut le dire. tu as été une des personnalités publiques qu'on a le plus attaqué
pendant ton mandat et ce qui est terrible en politique, c'est que c'est le prix à payer et qu'on peut pas vraiment se plaindre. Alors, est-ce que de quoi sont constitués tes boucliers ? Est-ce que tu as une cape de Super Woman pour te pour te protéger de ça ? Je sais que tu avais interdit à ta mère de regarder les tweets contre toi ? Ah ouais. Al, j'ai j'ai une maman qui est âgée, elle va avoir 96 ans mais quand même, elle suivait tout sur internet et bon avec ma sœur, on a pris la décision de surtout l'empêcher d'aller à l'époque sur Twitter, de regarder un peu de temps en temps Facebook, mais voilà et et donc de l'épargner parce que c'est le contrôle parental des enfants.
contrôle des enfants parce que je je voulais pas mes parents enfin mon papa est décédé il y a il y a 6 ans maintenant mais je voulais pas qu'il soit enfin je j'avais mal pour eux quoi parce déjà que mes enfants assistent à tout ça c'est terrible pour eux ça a été terrible vraiment et et ça j'en étais désolé parce qu'ils avaient pas choisi cette vie là mais mais que mes parents plus âgés aient à souffrir de Ça je voulais pas. Bon donc mais donc j'ai pas de cap de super woman du tout du tout du tout. Euh je je sais pas si c'est le prix à payer. Je pense qu'on ne devrait pas accepter que ce soit le prix à
payer. Donc moi, j'étais un je suis un peu rebelle donc j'ai jamais accepté ça. Et donc euh souvent euh euh quand j'en rencontrais des journalistes et par exemple des femmes journalistes, elles me disaient euh "Mais victimez-vous, victimisez-vous un petit peu quoi. Ça je disais bah non mais je veux pas d'abord je me sens pas comme une victime. Nous sommes toutes des victimes. Voilà. OK. On est toutes des victimes d'un système patriarcal qui est quand même un truc de dingue quoi. Et et on narrive pas à en sortir quoi. Voilà, j'ai 66 ans, j'ai été élu deux fois maire de Paris, j'ai été élu pendant 25 ans à la tête de de
Paris et 12 ans comme mère. et ben on me demandait encore de me justifier de mes compétences, de mes faits et gestes. Je dis pas qu'il faut pas accepter la critique et évidemment on est un personnage public, il faut que l'on puisse justifier de de tous ces actes. OK ? de là à subir un harcèlement comme celui-là et pour éviter le harcèlement de rentrer dans une position victimaire. Non, moi j'ai pas voulu ça euh parce que je me suis dit en fait euh une victime euh si elle veut pouvoir se reconstruire et elle doit pouvoir se reconstruire, il
faut qu'elle ait la force de résister aussi et qu'elle ait la force pour se reconstruire si elle reste dans un statut de victime qui est réel et qui est sûrement un passage nécessaire pour la reconstruction. Elle ne va pas y arriver. Regardez Giselle Péc, c'est extraordinaire. C'est extraordinaire ce que ce qu'elle nous donne comme leçon et ce qu'elle et ce qu'elle fait euh de son statut de victime. Voilà, elle en fait une force terrible euh en allant sans agressivité aucune mais en disant les choses. Et le fait de dire les choses quand on est un personnage public, une femme politique
comme je je l'ai été, je le suis, c'est une responsabilité qu'on doit endosser aussi pour les autres. Et si on faiblit euh en dans l'endossement de cette responsabilité parce qu'on a peur de l'image que ça va donner, alors euh alors on reprend pour 10 ans ou 15 ans de galère pour les plus jeunes que nous, quoi. Et moi, j'ai pas envie, enfin j'ai envie au moins que ce qu'on a fait, ce que ce que j'ai fait, ça serve à des plus jeunes de pas vivre les 10 15 ans de galère de de questionnement sur mais qu'est-ce que j'ai fait pour en être là ? Mais pourquoi c'est moi qui suis à l'origine
de la réaction de l'autre qui fait que non non non. Euh il y a peut-être il y a bien sûr une part de notre responsabilité personnelle évidemment, mais quand même quand on est dans un système dans lequel les femmes mais vraiment euh enfin voilà euh sont encore aujourd'hui euh dans cette situation euh de euh vraiment de de violence subie, violence symbolique, violence réelle, c'est pas acceptable. Donc celles qui peuvent parler pour dire non, je vais pas faire la gentille petite fille qui va pleurer devant vous pour vous expliquer que je mérite d'être protégée. Moi, j'ai toujours dit, je veux pas être
protégée, je veux être respectée. Voilà. Alors, il y a la Annie d'Algo, mère de Paris, et puis il y a la maman. on en a un peu parlé de ton troisè et donc tu as trois enfants euh et puis tu es aussi grand-mère de quatre petits enfants et épouse. Alors euh on peut on peut s'identifier quand on est euh quand on a autant de responsabilités, quand on est femme, quand on est leader, comment est-ce qu'on gère toutes ces priorités ? Euh comment est-ce que on arbitre ? Comment est-ce qu'on priorise ? Voilà. Comment est-ce que toi tu as fait pour arbitrer entre tout ça ? Bah, on fait ce qu'on peut, hein. Voilà.
Et puis avec beaucoup d'imperfection. Mais bon, c'est vrai que j'ai j'ai eu la chance quand même avec mon mari qui est aussi dans la politique, qu'il soit complètement en soutien et solidaire. Euh parce que sinon, je sais quand même les conflits euh voilà de de de vie, de priorité de vie, quand vous êtes dans un engagement qui est tellement prenant euh et c'est l'engagement politique, mais c'est pas le seul hein qui est aussi prenant. Euh c'est vrai que à côté si vous avez une vie de couple, bah votre partenaire peut considérer qu'il n'existe pas ou qu'il est moins important. Moi, j'ai j'ai eu cette
chance-là. Euh les enfants, c'est plus compliqué parce que les enfants ah bah il y a la culpabilité. Pendant longtemps, j'ai pas euh vécu de culpabilité parce que je me disais euh voilà, quand j'ai élevé mes deux grands euh bon je vais je vais leur donner aussi cette liberté. Je vais leur donner cette liberté. Je veux je veux qu'il voient que ils peuvent vraiment décider de leur vie, que c'est ça doit être leur choix qu'ils doivent aller chercher. Et donc euh même si je me souviens, alors ma fille maintenant, elle hurlerait si je racontais ça, mais je vais le raconter quand même. Quand j'étais pas encore en politique mais j'étais inspectrice du travail, je bossais beaucoup quoi parce que j'avais voilà, j'aimais mon travail et quand j'allais
quand le soir elle rentrait de l'école, je me souviens à 4 ans et demi, un jour elle me dit "Moi quand je serai grande, j'irai chercher mes enfants à la sortie de l'école." J'ai dit "Oui ma chérie, mais comment feras-tu puisqu'il faut bien travailler pour pouvoir vivre ? n'est-ce pas ? Alors, elle me dit, "J'aurais un mari très riche." Alors, j'ai bon aujourd'hui, elle est pas du tout dans ce dans cet état d'esprit du tout du tout. Mais bon, quand vous vous prenez des réflexions comme ça, vous vous dites "Comment je fais quoi ? Est-ce que je suis en train de faire bien ou pas bien ?" Bon, d'autant que les aînés, tu les as eu, tu tu rentrais au ministère, tu divor Non,
tu divorçais lorsque tu rentrais au ministère. Ouais ouais, ça faisait beaucoup de choses mais bon euh ils vont bien, ils vont nuit épanouis, ils sont chouettes et tout et le petit dernier c'était différent parce qu'alors lui il n'a connu que ma vie politique et ça a été très très dur pour lui hein objectivement parce que quand vous êtes l'enfant de quelqu'un qui est connu politiquement, bah les relations qui se tissent autour de vous, elles sont pas de même nature. et et je sais que lui en a plus souffert bien sûr, mais que bon, il a trouvé aussi sa liberté, qu'il est génial, qu'il est très créatif, que c'est un
jeune homme de son temps, de son siècle et je suis vraiment très très fière d'eux, hein, des des trois d'ailleurs. Mais est-ce qu'on est-ce qu'il y a là aussi des solutions ? on fait ce qu'on peut et il y a des moments où on fait bien, des moments où on fait pas bien. Il y a des moments où on est rappelé quand même par la patrouille en se disant bon là lève le pied quoi, passe un peu de temps. Voilà et on essaie de de faire au mieux et et de donner beaucoup d'amour de voilà parce que c'est comme moi je pense que c'est ça qui sauve hein infiné. Mais euh mais et et donc tu le disais, tu as eu tu as un mari très soutenant Jean-Marc euh et avec je crois une répartition des rôles
très égalitaires. Ah oui, très Moi je je sais pas cuisiner euh donc s'il veut manger, il faut qu'il fasse la cuisine. Et ton rôle de grand-mère, comment tu l' comment tu l'exprimes ? Comment tu l'exploites ? Alors c'est c'est très différent parce que là du coup vous avez pas du tout la même charge mentale que pour un enfant. Euh donc puisque c'est les parents qui l'ont. Et donc du coup, il reste que la partie vraiment positive. Après, je suis une grand-mère qui a une activité, donc je suis pas euh je suis pas une grand-mère qui va aller chercher à l'école, mais quand même qui essaie d'être d'être là beaucoup. Et et là euh une de mes
petites filles m'a dit l'autre jour "Alors, si je comprends bien, toi tu es notre seule grand-mère qui va continuer à travailler." Alors je lui dis "Oui". Il me dit "Mais pourquoi ? Est-ce que tu es beaucoup plus jeune que les autres ?" Alors j'ai dit "Non mais" et là mon fils est né venu à son à mon secours en disant "Non, mais tu sais, elle a plein de très belles choses à faire." J'ai dis "Bah voilà. J'ai plein de très belles choses à faire mais j'adore m'occuper d'eux et les voir et non voilà, faut aimer la vie quoi. C'est c'est enfin je pense qu'il faut vous écouter hein. Je faut vous écouter beaucoup, il faut il y a pas de super
woman. Ça n'existe pas tout ça. C'est c'est des balvernes. C'est faut essayer, faut faut essayer de bien vous entourer parce que c'est vrai que un entourage autour de vous toxique vous détruit. Un entourage bienveillant, il va vous permettre d'aller mais 1000 fois plus loin. Donc c'est voilà, écoutez-vous. Souvent quand je euh quand quand il y a une petite voix hein de temps en temps qui vient vous dire "Ah fais pas c, fais pas ça" ou "Fais fais c ou fais ça, écoutez-la bien quand même parce que parce que si on l'écoute, parfois je l'ai pas écouté, je me suis dit "Ah quand même là ton intuition était croyez dans vos intuitions." Les intuitions, c'est pas un truc qui vient de l'au-delà
hein. C'est c'est vous, c'est votre vie, vos observations, vos rencontres, vos discussions, ce qui vos centres d'intérêt. C'est tout ça qui forme vos intuitions. Faut quand même les écouter aussi, hein. Et et soyez soyez sympa avec vous-même, quoi, vraiment. Alors, justement, il faut prendre soin de soi. Alors, toi, tu as pris de soin le soin de millions de Parisiens, mais comment est-ce que tu as réussi quand même à prendre soin de soi ? puisque on est aussi ici pour parler du pierre de santé. Je pense notamment au suivi médical. Ta maman a eu un cancer, donc est-ce que tu te fais suivre régulièrement ? Est-ce que tu es très discipliné sur ce genre de chos ? Très très très parce que je pense que on
a la chance inouite de pouvoir avoir des dépistages et les femmes par du cancer du sein, les femmes ne le seront pas suffisamment. Il y a le dépistage gratuit qui existe, qui est quand même euh voilà, il faut il faut le faire, il faut y aller parce que ça peut éviter tellement tellement de drames, de galère, de souffrance. Euh donc moi, je le fais très sérieusement. J'ai toujours essayé de faire du sport avec des moments où c'est moins que d'autres parce que voilà, on n pas toujours la disponibilité mais j'essaie quand même de ou ou de marcher, de faire vraiment de faire fonctionner mon corps parce que je pense que c'est extrêmement important
de se sentir bien aussi dans sa peau, donc de prendre soin de soi. On m'a dit que tu avais une hygiène de vie militaire. J'ai Ouais, c'est vrai que je fais très enfin je fais très att je fume pas euh je bois pas un petit verre de vin quand même avec des copains. Oui, bien sûr, mais pas voilà, je ne bois pas, je ne fume pas, je quand quand j'ai enfin toute ma vie d'élu, j'essayais quand même de rentrer à la maison. Je je moi les dîners en ville normalement pour être un bon politique, un bon politique ça court les dîners en ville. Moi j'ai reore de ça. Je je déteste les mondanités et tous ces trucs-là. Donc je suis quasiment jamais allée à des dîners
en ville. Dès que je pouvais, je rentrais mes ventres à terre chez moi pour m'occuper de mes gamins, pour les voir, pour essayer de raconter une histoire. Voilà. Et c'est pas toujours facile parce que il y a des tas de réunions le soir, il y a des tas de d'engagements auxquels il faut aller parce que vous vous êtes là pour pour j'étais là pour les Parisiens mais donc voilà et préserver ton sommeil aussi et préserver mon sommeil. Alors ça, j'ai toujours fait attention à essayer quand même d'avoir une qualité de sommeil et des heures de sommeil suffisante parce que sinon c'est pas vrai, vous êtes pas bien quoi. Alors après, on peut gérer dans le temps, c'est d'ailleurs c'est pas tout tous les soirs et cetera,
mais par exemple si j'avais 3 semaines très chargé par exemple en campagne électorale, alors oui, une campagne électorale pour moi c'est pas d'alcool du tout, même pas la petite coupe de champagne avec les copains à un moment, rien. C'est c'est zéro alcool. C'est euh c'est vraiment une nourriture la plus saine possible pour ne pas être moi-même alourdi. Mais ce qui est dur hein parce que quand même il y a des moments on craque. Euh bon, c'était m'autorisé de craquer sur le chocolat parce que ça quand même je je j'y arrivais pas. le fromage, c'est deux trucs que j'arrive pas à à trop limiter, mais euh voilà, une hygiène de vie euh
et puis euh et puis oui, du sport, respirer et quand même les moments en famille pour être vraiment soi-même parce que mine de rien, c'est vrai que quand on est élu, on est quand même toujours en en situation potentiellement de représentation. Après, moi ce que j'ai essayé de faire aussi, c'est de me dire il faut que tu sois la même personne où que tu sois. Tu es devant trois personnes, tu es devant euh euh 3 millions de spectateurs. Euh euh tu tu dois parler de la même façon et tu dois pas être différente. Ça ça m'a beaucoup aidé mentalement. Ça m'a beaucoup aidé à ne pas être dans euh là il faut que je
sois comme là il faut que je sois comme ça. C'est être soi-même soi-même le plus possible et euh et ne pas se mettre des espèces de de charge là pour en se disant si je dis ça, si je dis pas ça. Il vaut mieux dire ce qu'on a envie de dire, le faire avec délicatesse, sans blesser les gens évidemment le le plus possible, sauf dans le combat quand là on est dans le combat frontal, là on y va. Mais mais en tous les cas, être dans quelque chose qui qui soit vous le plus possible pour ne pas avoir travestir. Ah non non non, vraiment pas. Et en tant qu'élu, tu as beaucoup milité pour que pour rendre visible la
ménopause, pour lever le tabou. Oui. Oui. Parce que quand je suis élu euh donc j'ai une quarantaine d'années à première pas comme mère de Paris mais comme première adjointe et là euh je m'occupe d'ailleurs le portefeuille qui m'avait été confié c'était l'égalité entre les femmes et les hommes. Très drôle d'ailleurs. À l'époque 2001 il y a plein de gens qui me disent "Oh, c'est pas un sujet, c'est un sujet de bonne femme." Je dis "Bah, on va en faire un sujet politique he du sujet de bonne femme." et euh ils me disent "Mais ça c'est un sujet qui sert à rien." Et puis bien sûr, je prends le sujet des violences contre les femmes. Deuxième sujet, les questions de ménopause. Il y a beaucoup de femmes d'associations qui sont venues
me voir à l'époque en me disant "On n'en parle pas, il y a rien, les femmes arrivent à la ménopause." Voilà, on était mais mais dans le brouillard total, mais le brouillard total sur les les symptômes, les conséquences, les traitements et euh ménopause égale femme au rebut hein puisque femmes ne pouvant plus procréer, donc vieille donc et cetera et cetera. Et là, il y a plein d'associations qui ont porté qui portaient ce sujet auprès des femmes. Et c'est vrai que moi, j'ai souhaité vraiment m'engager à leur côté pour qu'on en parle. C'était tabou une femme. Alors, d'abord en 2001, on
parlait pas des règles et on parlait pas de la fin des règles. D'accord ? C'était vraiment des sujets sur lesquels c'était tabou en entreprise. Jamais jamais l'idée que voilà un congé parce que vous avez des douleurs et que vos règles sont douloureuses. C'était inenvisageable. C'était des sujets dont on ne parlait pas. Donc rendre visible ces sujets pour faciliter la vie des femmes. Voilà, pour faciliter la vie des femmes. Et donc moi, je me suis dit euh dans le rôle qui était le mien comme élu, tant qu'à être là, tant qu'à subir quand même beaucoup de euh d'agressivité et cetera, autant que ce soit utile. Tu dirais qu'est-ce que tu dirais que la
mairie de Paris t'a appris sur toi ? Ah mais elle m'a appris à me dépasser quand même, vraiment. C'est-à-dire comprendre comment on passe du jeu au nous. Voilà, ça c'est vraiment quelque chose de de très fort quoi. En fait, on fait tout le temps ce passage du jeu au nous. Moi, je je crois que une grande partie de ce qu'on porte, on le puise dans sa propre expérience de vie, hein. Et je pense que l'expérience de vie qu'on a, nous les femmes, en plus, c'est une expérience de vie singulière. Donc euh mais euh mais dépasser le jeu pour aller vers le nous euh ça ça m'a vraiment appris euh et je trouve que voilà et et c'est vraiment c'est magnifique. Moi, j'ai j'ai vraiment une
chance inouie d'avoir eu cette expérience, d'avoir vu aussi quand même comment parce que dans l'image des femmes quand j'ai commencé à me construire aussi pour être mère de Paris, je cherchais des rôles modèles. Euh Simon Veille évidemment euh rôle modèle euh mais je cherchais même sur un truc tout bête, un discours. Faire un discours dans une salle. Vous êtes devant une salle, il y a 5000 personnes, c'est pas évident ou 10000 personnes, c'est pas évident. Comment vous faites vous à qui enfin moi on m'avait pas dit ça donc ça m'a aidé mais les filles à qui on dit quand elles sont toutes
petites sois discrète n'en fais pas trop parle pas trop fort et cetera et cetera et là vous allez être debout au milieu d'une salle il y a 10000 personnes et il faut les prendre et les emporter bon c'est pas évident et il y a des modèles d'orateurs mais les modèles d'oratrices alors j'ai commencé à chercher les oratrices et j'en trouvais pas beaucoup quand même. Et donc il y en avait il y avait des une personnalité comme Michel Bachelé, présidente du Chili de fois et cetera et cetera. Ce qui m'avait beaucoup séduit chez elle, c'est que elle était très très normale. Elle était
très pas du tout dans l'exercice et elle l'est toujours d'ailleurs aujourd'hui. Je je c'est quelqu'un que j'aime beaucoup et elle me dit "Moi, je ne saurais jamais faire ça, parler comme ça." Donc c'est un un modèle qui m'a inspiré. Hillary Clinton qui était très bonne oratrice qui était voilà qui arrivait aussi. Elle m'a beaucoup inspiré. Après, il y avait des modèles mais qui sont un peu des modèles plus populistes quand même Christina Kchner mais là c'était à la sud-américaine mais dans le modèle. Bon et je me suis dit comment on peut essayer de dire aux filles voilà il y a des modèles n'est pas enfin n'ai pas peur si il faut avoir peur parce que il faut avoir du track
mais mais quand même montrer que une femme ça peut être puissant c'est ça peut être puissant ça peut avoir une voix puissante ça peut avoir un rôle puissant et c'est c'est un truc qui qui est compatible avec le genre féminin. Voilà. Et je me suis dit être mère de Paris parce que mère de Paris en soit, qu'on soit un homme ou une femme, c'est un truc puissant. Et donc être la première femme mère de Paris, c'est aussi montrer. Et c'est pas une puissance qui doit écraser, mais c'est une puissance qui est là, qui s'impose et qui doit être respectée. Voilà. Parce que le problème c'est ça, c'est le respect de euh cette façon qu'on les femmes euh de vouloir euh représenter,
incarner quelque chose de plus grand qu'elle et qu'on leur nie, hein, qu'on leur nie, on leur dénie le fait de pouvoir le faire. Donc ça aussi, je me suis dit bon quand j'ai compris parce que j'ai compris très vite que Paris c'était quand même un truc énorme et que il suffit de dire Paris dans le monde entier pour queil y ait des gens qui aient euh des étoiles dans les yeux, pas simplement par la beauté de la ville, mais par euh le modèle, la philosophie de cette ville, hein, ce que ce qu'elle incarne comme liberté, comme et je me suis dit ça, être une femme et incarner ça, il faut que je puisse montrer que euh que ça ça a du sens, de la force et que ça peut produire aussi pour des plus
jeunes un modèle qui voilà qui montre que c'est possible, pas forcément pour qu'elle l'adopte mais qui montre que c'est possible. Donc ça aussi je c'est quelque chose qui me tenait à cœur et je sais que ça ça a plutôt fonctionné. Alors pour terminer, le 3è et dernier rituel de ce podcast, c'est de jouer aux cartes. Ah ! Alors j'ai un jeu. Je vais te faire tirer trois cartes au fur et à mesure que tu vas lire à haute voix et si tu veux bien y répondre. Alors euh mon plus grand complexe, c'est
euh ça a longtemps été ma timidité. En fait, j'ai été quelqu'un de très très timide. Euh et donc de pas euh enfin ça peut paraître paradoxal avec tout ce que j'ai dit avant, mais c'est peut-être ça qui m'a permis de de me soigner et euh c'est de de dire que euh tout enfin de de dire qui je suis, de dire voilà, je veux ça, je souhaite ça, ça mon plus grand complexe c'est sûrement ma timidité. Ouais. Mais tu finalement on revient toujours un peu à ça, c'est que tu es très aligné finalement. Tu sais où tu vasou tu dévis pas et tu es toi-même
et tu te transformes pas. Non. Voilà. Donc c'est c'est quand même la timidité, mon plus grand complexe. Alors une deuxième carte. Alors la superstition qui ne me quitte pas. Je suis hyper superstitieuse. Alors c'est fou hein, mais dans donc j'ai plein de trucs comme ça, des petits gris gris que je garde un peu partout. J'en ai plein. J'en avais plein dans mon bureau, j'en ai plein dans mes tiroirs. Mais mais de tout hein, de de tout. Euh, on m'a donné, al je me souviens ma première campagne électorale, on m'a une copine camerounaise m'avait donné des euh d'un d'une espèce de de fruits
légumes séchés euh euh que je que j'ai gardé avec moi euh tout le temps. On tout toutes les superstitions de me dire si il se passe ça là, si là tout d'un coup il y a un rayon de soleil, ça veut dire que voilà. Donc je suis une hyper superstitieuse euh et j'ai peur de me détacher de ces objets qu'on m'a donné avec la la puissance de l'affection ou du surnaturel qu'on a pu y mettre des gens qui m'aiment bien. Donc je je m'en sépare pas. J'ai trop peur de m'en séparer parce que donc je
garde tout ça et de temps en temps Oui. Alors après je les perds mais euh mais de temps en temps que je retrouve un truc, je dis "Wouah, c'est là mais vraiment hein." Il j'ai j'ai fait un voyage il y a il y a quelques 4 5 ans au Bénin et euh pour le l'association des mers francophones et le Bénin, c'est un des pays du Vaudou et cetera. Et euh les le maire de Cotonou m'a emmené avec toute la délégation à un endroit où il y avait un prêtre vaudou qui a fait euh des trucs. Bon, vaudou euh mais en public hein, on était voilà. Et ils m'ont ils m'ont fait venir et ils m'ont
enveloppé euh dans une espèce de grand drap blanc qu'ils avaient mis dans des fumées, des machins, des trucs. Et après, ils m'ont donné ce drap blanc plié. Voilà. Et ils me l'ont donné comme porte bonheur. Comme porte bonheur. Et ils m'ont dit "Quand tu as besoin de te ressourcer euh va respire ce drap blanc." Bah je le fais de temps en temps quand même. Voilà. Et une troisième carte. Et là la règle que je prends plaisir à transgresser. Euh bon, il y en a plein que je transgresse pas. par exemple, je ne traverse jamais avec le petit bonhomme rouge. Jamais. Alors, mes copains me
disent c'est pas mais je veux pas. Voilà. Bon, donc il y a plein de trucs que je transgresse pas. Qu'est-ce que je transgresse ? Oui, peut-être les règles que je me en matière de consommation de chocolat. Je dis pas plus de un carré le soir et là, c'est pas possible. Parfois, c'est la tablette qui passe. Donc, j'adore transgresser la règle du chocolat. Merci beaucoup Anniego pour ta confiance. Merci à vous. Merci. Merci à toi
Anne Hidalgo