Mairie de Paris : vers une primaire à gauche ? Yannick Jadot répond - C à Vous
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Oui, c'est make business great again, en quelque sorte. Ça vous surprend, ce cynisme des milliardaires de la tête ?
Oui, ça me surprend toujours, parce qu'on a beau savoir à quel point, malheureusement, l'argent dirige ce monde, une telle irresponsabilité est devenue criminelle. Je veux dire, quand on sait, ils font face au dernier soubresaut des feux en Californie, ils se prennent des cyclones qui créent des dizaines de milliards de dégâts, au-delà des centaines de morts, mais eux ne sont pas les géants de la tête, à part Elon Musk, on ne sait plus bien ce qu'ils pensent réellement, mais Zuckerberg et les autres ne peuvent pas être climato-sceptiques, mais ils assument le déni climatique pour faire des milliards.
Et c'est ça qui est extrêmement inquiétant quand on voit les mois et les premières mesures de Donald Trump, c'est quand même la remise en cause de l'état de droit, du droit du sol, du droit à l'avortement, ils ciblent directement les immigrés, les personnes transgenres, donc c'est quand même la remise en cause de ce qui fonde, y compris la société américaine démocratiquement. Mais pour faire des milliards, on assume le chaos démocratique et le chaos pour l'ensemble de l'humanité.
Et il va falloir que, pour le coup, les Européens et peut-être les Chinois, qui eux, pour l'instant, ne varient pas du tout de leur transition énergétique, parce qu'ils pensent qu'ils vont faire beaucoup d'argent, il va falloir qu'on fasse des coalitions entre pays, avec les États fédérés américains, parce que les États fédérés américains ne sont pas totalement dingues, y compris le Texas aujourd'hui, fait beaucoup d'argent sur les énergies renouvelables, pour éviter un recul qui va être le chaos pour tout le monde.
C'est l'espoir d'un certain nombre d'observateurs et d'écologistes et de militants écologistes, c'est que là, il y a une force d'inertie qui fait que, d'ailleurs, la sortie des accords de Paris ne sera effective que dans un an, puisqu'il y a un délai d'un an, et qui fait que la première fois, ça n'avait pas été effectif, puisque...
Sauf qu'il y a une façon dont le débat a été basculé sur la question climatique, c'est qu'au fond, on s'intéresse moins maintenant aux émissions de gaz à effet de serre, ces dixièmes de degré qui s'ajoutent les uns au-dessus des autres, qui font qu'aujourd'hui, on est déjà à 1,5, donc à l'année dernière, et qu'on va vers un chaos climatique. Il n'y a pas un scientifique qui sait comment la planète sera encore habitable à ce niveau de dérèglement climatique. Et on ne s'intéresse plus qu'à l'adaptation. Au fond, il y a une forme d'habituation. On voit les catastrophes, on voit les inondations, on se dit que le dérèglement climatique, ça ressemble à ça. Donc au fond, on va s'y habituer.
Non, ça va ressembler à des choses de plus en plus dures. Et donc l'irresponsabilité à aller chercher toujours plus de pétrole aux États-Unis, comme nous, ailleurs, et vraiment, encore une fois, au regard de la science et des dégâts, c'est criminel.
Est-ce qu'au nom de la planète, il faut renoncer à un développement à outrance de l'intelligence artificielle en France et en Europe ? C'est-à-dire, est-ce qu'il faut, est-ce que vraiment une intelligence artificielle, qui est l'avenir, peut être responsable, durable, éthique ?
Quand vous dites le développement à outrance, il y a la réponse dans votre question. Enfin, le développement en tout cas. Non, mais ce que je veux dire, c'est qu'on sait que l'intelligence artificielle, dans certains cas, peut apporter des choses assez extraordinaires. On le voit en médecine, on le voit dans d'autres secteurs. On sait aussi qu'aujourd'hui, c'est une déflagration, en fait, sur nos organisations démocratiques, parce que cette intelligence artificielle, elle n'est pas publique. Elle est privée. Elle est là pour faire de l'argent. Donc, on l'a vu avec les réseaux. Patrick Cohen le disait.
Ils sont arrivés en disant, on va construire de la démocratie planétaire par les réseaux sociaux, par des libertés d'expression organisées, par des échanges entre nous, qui seront plus riches et sans frontières. La réalité, c'est qu'on a vu X notamment, mais on va voir comment va évoluer Zuckerberg. On a vu que c'était devenu un outil de propagande pour faire de l'argent, mais au service d'un projet qui veut détruire nos démocraties. Elon Musk, qui soutient l'extrême droite et finance l'extrême droite allemande et fait le salut nazi, on ne peut pas dire...
Il y a des raisons de plus pour que la France et l'Europe soient compétitifs et leur intelligence artificielle...
Il y a deux enjeux. C'est à la fois les règles. Je veux dire, il faut que l'Europe impose le respect de nos règles, de nos démocraties, pour empêcher les ingérences. On a vu quand même dans des pays européens, en Roumanie, d'ailleurs, comment les réseaux sociaux pouvaient faire basculer des résultats électoraux. Il va falloir qu'on ait nos propres projets. Vous avez raison. Et puis, il faut pousser en régulation à des technologies qui sont sobres, pousser l'innovation, mais une innovation qui soit sobre du point de vue énergétique.
Parce que sinon, encore une fois, soit on n'aura plus d'énergie pour tout le monde, et ce ne sera pas Zuckerberg qui partagera son énergie avec les Africains ou avec une partie des Européens qui seront confrontés à un manque de sources énergétiques.
En parlant d'Europe, Donald Trump a annoncé hier qu'elle serait bientôt soumise à des droits de douane. Le seul moyen, selon lui, pour que les États-Unis soient traités correctement. Il n'a pas été beaucoup plus précis que ça. Sur les produits concernés, ni sur la date, comment est-ce qu'on doit réagir face à cela ? Est-ce qu'il faut être prêt à discuter, comme le dit la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le gouvernement américain, tout en rappelant que Washington était un partenaire commercial majeur ? Il faut quoi ? Il faut discuter ou il faut entamer un bras de fer et nous aussi peut-être opposer des droits de douane ?
Les deux. Il faut évidemment discuter. Il faut espérer que les États-Unis et le régime américain, parce que Trump a quand même tous les pouvoirs, il a le Sénat, il a le Congrès et il a la Cour suprême, ne deviennent pas un régime illibéral, le risque est là. Mais il faut quand même discuter, mais il faut imposer un rapport de force. Je veux dire, on l'a vu avec Poutine, la Russie de Poutine, on l'a vu avec la Chine de Xi Jinping, ces dictatures et ces chefs d'État qui ne pensent qu'en rapport de force, qu'en loi du plus fort, dès que vous commencez à être sympathique, ils sont méchants. C'est juste ça. Donc, on a encore le premier marché de la planète.
On n'est pas la première puissance économique, mais on est le premier marché de la planète. C'est un marché extrêmement important pour tous les alliés de Trump, du point de vue notamment des GAFAM, du point de vue des services. Donc, il faut qu'on établisse un rapport de force, sinon on va se faire écraser, on va disparaître de la carte mondiale. Et je suis très inquiet, quand j'entends Thierry Breton...
Vous parlez comme François Bayrou qui dit pareil, on va se faire écraser.
Voilà, mais quand j'entends Thierry Breton, qui n'est malheureusement plus commissaire, je vois quelqu'un qui, depuis des années, essaye d'imposer un rapport de force européen. Quand j'entends son remplaçant sur une chaîne, sur une matinale que vous connaissez bien, je suis un peu inquiet. On a l'impression que c'est quelque chose... Oui, on va voir... Non, il ne connaît que le rapport de force. Et il va donc falloir lui parler ensemble. Parce que le rapport de force, ce n'est pas simplement lui tenir tête individuellement en faisant des effets de menton. On l'a eu trop souvent. Il va falloir lui tenir tête collectivement. Parce que derrière Trump, c'est l'argent, c'est le business.
Et ils n'ont pas non plus envie que leur business s'écroule.
Vous avez annoncé lundi dans les colonnes du Parisien votre candidature, voire à la mairie de Paris en 2026. La première candidature écologiste officielle, mais la quatrième à gauche, après celle du communiste Yann Brossat et des socialistes Rémi Ferrou et Emmanuel Grégoire. Il y aura bientôt peut-être plus de candidats à gauche que d'arrondissements à Paris. Plus sérieusement, vous aimeriez qu'il y ait une candidature unique à gauche, ce que jamais la gauche n'a réussi à faire pour ces municipales à Paris. Et vous aimeriez que ce soit vous. Il faudrait déjà que vous soyez désigné par les écologistes. Oui, il y a déjà une primaire écologique.
Effectivement, y compris dans le contexte qu'on vient de décrire, les villes et les communes vont être des lieux absolument essentiels pour que les citoyens retrouvent confiance dans la maîtrise de leur destin. On voit à quel point les gens sont angoissés tous les jours. Ils se sentent insécurisés individuellement. Ils nous sentent insécurisés collectivement, localement, globalement. Donc, il faut qu'à l'échelle de là où on vit, on ait le sentiment de maîtriser son destin. Donc, de l'importance de gagner les villes. Et moi, je veux que Paris, effectivement, devienne écologiste comme Bordeaux, Lyon et beaucoup d'autres en France.
Elle n'était pas là avec Anne Hidalgo ?
En revanche, il y a un bon bilan. Je ne conteste pas le bilan, mais il ne vous a pas échappé qu'Anne Hidalgo n'est plus candidate à sa succession. Donc, pour moi, il y a à la fois cette volonté de continuer à transformer notre ville, notamment pour qu'elle soit accessible pour les classes moyennes, pour les classes populaires qui la font vivre. Il faut que ça redevienne et ça commence à redevenir un phare pour le monde, sur les valeurs, sur l'humanisme, sur la culture. Il faut que ce soit aussi, je pense, une forme de refuge. Il faut que ce soit aussi un feu de cheminée où on a envie de se retrouver, où on a envie de s'apaiser, où on a envie de se réchauffer. Il faut ces deux éléments-là.
Mais aujourd'hui, vous avez Dati, Rachida Dati, qui réunit la droite. Cette droite-là, pardon, elle est trumpisée. Elle veut la préférence nationale dans une ville...
Rachida Dati ?
Ah oui, cette droite-là, aujourd'hui, elle défend la préférence nationale. À Paris, un quart des habitants sont nés à l'étranger. Ils sont dans le déni climatique, dans une ville qui va, dans les années qui viennent, affronter 40, 45, 50 degrés de vagues de chaleur. C'est une ville de la droite dure, aujourd'hui, de ségrégation sociale, sur le logement, sur les services publics. Mais elle va rassembler toute la droite. Et comme vous l'avez dit, ma crainte, je vois la gauche partir un peu comme d'habitude. On fait nos primaires, chacun dans son coin, nos processus de désignation. Alors certes, c'est démocratique, mais reconnaissons que les primaires, souvent, laissent des traces.
Il n'y a qu'à voir un peu ce qui se passe chez les socialistes. C'est quand même pas... Ça ne va pas... Vous ne pouvez pas beaucoup donner de leçons. Non, mais je suis pour ça que je dis qu'elle laisse des traces. Non, parce que nous, elle n'est pas encore engagée. Non, non, non, je parle du passé. La primaire avec Sandrine Rousseau, pour vous. C'est pour ça que je dis que les primaires laissent des traces. Et la primaire des écologistes à Paris, en 2020, a aussi laissé des traces. Moi, je pense qu'aujourd'hui, face à une droite très dure, on a justement un bilan en commun avec les socialistes, avec les communistes, avec beaucoup de gens de la société civile. On a cette menace.
Et on a, je pense, l'opportunité que Paris devienne une ville écologiste. Donc, moi, ma proposition, c'est aux écologistes de dire, et ce sera validé par les militants, rassemblons-nous maintenant, donnons-nous l'opportunité de lancer la campagne et de porter le fer avec Rachida Dati, et de rassembler toute la gauche. Que nous soyons unis, le bloc de gauche écologiste et le bloc de droite.
Pourquoi vous ? Parce que jusque-là, vous ne vous êtes jamais engagé à Paris, vous n'êtes jamais présenté sur une liste, vous n'avez jamais été conseiller de cette assemblée.
Non, c'est vrai, vous avez raison. Écoutez, ça fait 40 ans que je vis à Paris.
Ce qui est le cas des trois autres candidats à gauche pour l'instant.
Mais vous avez raison. Mais tous les candidats à gauche, y compris, et c'est leur force, c'est une partie très forte de la légitimité. Ils font tous et toutes partie de la majorité sortante. Je pense que je peux apporter une part de renouveau. Parce qu'il y a une fin de cycle avec Anne Hidalgo. Et je pense que pour incarner un nouveau cycle, il faut aussi de nouvelles têtes. Mais ça ne veut pas dire de le faire sans eux. Moi, je veux faire collectif. Je veux faire une équipe. Et puis, je pense que je peux apporter cette capacité à la fois à bousculer le jeu à gauche, donc à rassembler toute la gauche et les écologistes dès le premier tour, et à porter le faire avec Rachida Dati.
Parce qu'y compris, on va avoir une année un peu compliquée pour la campagne municipale. Parce qu'en vrai, l'actualité nationale va un peu écraser les campagnes municipales. On ne sait pas s'il va y avoir une censure, s'il y aura une nouvelle dissolution, s'il y a un référendum, il y a la campagne présidentielle. Donc il va falloir faire vivre cette campagne municipale. Et moi, je veux qu'il y ait une mairie écologiste. Et je refuse que ce soit une droite réactionnaire qui dirige cette ville-monde.
Yannick Jadot