Interview de François Bayrou : "Je suis consterné par ce Premier ministre en sursis"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
On va les poser la question tout de suite. Vous m'offrez une transition toute faite. Arthur Delaporte, député PS du Calvados. Bonsoir Arthur Delaporte. Bonsoir. Bon, je ne vous demande pas ce que vous avez pensé de l'allocution de François Bayrou. Vous avez été la cible au Parti Socialiste assez régulière des sorties du Premier ministre. De bonne guerre, on disait dans ce studio ?
Je dirais que ce n'est pas digne d'un Premier ministre. S'il avait été un peu à la hauteur de la situation déjà, il ne se serait pas retrouvé enfermé à faire des châteaux de cartes budgétaires dans son bureau à Matignon pendant tout l'été. Mais je crois que ce soir, il a montré qu'il était encore plus en dessous de ce qu'on pouvait attendre de quelqu'un de sa fonction. C'était pathétique. C'était des attaques gratuites. Et il a balayé d'un revers de la main le plan budgétaire sérieux que nous avons, nous, construit pendant tout l'été. Et qui visait justement à montrer qu'une alternative était possible à ces politiques qui visent d'abord à taper sur une première.
Donc voilà, moi je ne suis que consterné par un Premier ministre de toute façon en sursis. Puisque la bonne nouvelle finalement de la soirée, c'est qu'on n'a plus que 8 jours à supporter ce type d'émission.
On va y revenir sur les attaques sur votre contre-proposition budgétaire. Mais dans le même temps, il faut être honnête, Arthur Delaporte, ça vous arrange. Finalement, j'imagine au Parti Socialiste qu'il n'y ait pas eu d'étincelle lors de cette interview. De toute manière, vous aviez acté le fait que c'était tiré vocable. Olivier Faure l'a encore reçu ce matin. Donc il n'avait aucune chance. Vous ne lui avez de toute manière laissé aucune chance.
Mais il ne sait laisser aucune chance. Je crois que ce n'est pas un retournement de la responsabilité qu'il faut. C'est le véritable responsable de cette situation, le Premier ministre. Ce n'est pas les socialistes qui n'ont été que spectateurs de sa nullité. Donc voilà, moi je dis aujourd'hui, on doit changer de politique. On doit changer donc de Premier ministre. Et c'est vrai que ce soir, c'était un peu un discours d'adieu. Mais on aurait espéré quelque chose de plus digne, de plus à la hauteur. Peut-être un bilan rétrospectif sur ce qu'il avait pensé faire de bien à Matignon. Et non pas avoir l'impression de quelqu'un qui s'accroche au pouvoir, mais dans une espèce de déni absolu.
Bonsoir Arthur Delaporte. J'espère que vous allez bien depuis mardi dernier. Finalement, on voit bien que vous n'avez pas changé de position par rapport à François Bayrou et lui non plus.
Moi non plus, je n'ai pas changé.
Voilà, non mais c'est ça. Il n'y a personne qui change de position au vu de la rigidité du Premier ministre. Est-ce que les consultations de la semaine prochaine servent encore à quelque chose ? On voit bien qu'il n'y aura aucune avancée. Finalement, François Bayrou vous dit qu'il n'est finalement pas prêt de façon à bouger. Donc finalement, ça ne sert à rien. Vous allez perdre du temps la semaine prochaine.
Non mais c'est vrai qu'il a été extrêmement clair. Il a dit que nos propositions étaient les plus éloignées possibles de sa politique. Et donc finalement, il n'accepte pas d'entrer dans une discussion. Et il peut raconter qu'il a cherché peut-être, ou pensé, mais comme il pensait qu'il était aussi en vacances, à appeler les oppositions pour essayer de discuter avec eux. Mais comme on ne veut pas changer de politique, on va devoir changer de Premier ministre. Je suis désolé de lui dire. On ira lui dire d'ailleurs à Matignon, parce que nous, on est poli, courtois, on n'est pas dans le mépris. Quand on nous demande de venir, eh bien, on se rend aux invitations républicaines.
Mais on ne s'y rend pas pour négocier quoi que ce soit. On s'y rend pour lui signifier son congé. Avec respect et politesse. C'est à la différence d'un Premier ministre qui s'est enferré dans le mensonge. Et je dirais même, dans le ridicule, quand il s'est mis à expliquer qu'il n'y avait pas de téléphone portable et qu'on en était encore à l'heure des pigeons voyageurs, que tous les responsables politiques étaient probablement dans la jungle et sans réseau au milieu de l'été et qu'il était seul dans son bureau à Matignon. On disait fort la dix matin sur BFM. Il était revenu de vacances le 30 juillet. Quand est-ce qu'il l'a appelé, François Bayrou ? Jamais.
Arthur, mais pourquoi je ne vous appelle pas Arthur Alexis de La Fontaine ? Pardonnez-moi.
Vous avez dit qu'il fallait changer de Premier ministre. François Bayrou a beaucoup parlé aussi de l'après 8 septembre. Et il a totalement écarté, lui, l'hypothèse d'une dissolution. Il disait que ce n'était pas une bonne solution, ça n'est pas clarifié la situation. Et il s'en est aussi beaucoup pris à Olivier Faure, parce qu'il accuse un petit peu Olivier Faure de vouloir prendre sa place. Est-ce qu'Olivier Faure veut aller à Matignon, sincèrement ?
Ce qu'Olivier Faure a dit est extrêmement clair. On ne va pas jouer le concours des noms, on va jouer surtout le concours des projets. On a un projet. On pense qu'il est bon pour le pays, on pense qu'il est une alternative crédible à suite de François Bayrou.
François Bayrou dit que vous voulez augmenter encore la dette, clairement, avec votre contre-proposition budgétaire.
C'est parce qu'il n'a pas ouvert nos propositions. Nous, on a un projet de réduction du déficit de 22 milliards d'euros l'an prochain. Donc, ça veut dire que la dette va diminuer si on réduit le déficit de 22 milliards d'euros.
Vous avez commencé par diviser par deux les économies, 21 milliards au lieu de 44 milliards ?
Non, non, ce n'est pas exact. On parle d'économies, on fait des économies. Il n'y a pas 44 milliards d'économies dans le plan Bayrou, c'est autre chose qu'il faut. Il y en a 20. Il y a 40 milliards de recettes nouvelles qui pèsent sur les catégories populaires. Nous, on ne fait pas 20 milliards d'économies, certes, on en fait 14 milliards, ce qui est déjà beaucoup. Sauf que nous, on épargne les travailleurs et on épargne les services publics. Et par ailleurs, oui, on va chercher des recettes nouvelles, 27 milliards d'euros, ce qui est déjà énorme. Ce qui est certes légèrement moins que le Premier ministre qui fonctionne 40 milliards d'euros.
Dans la poche des hauts revenus et des entreprises qui sont déjà dans une instabilité mortifère.
Demandez aux Françaises et aux Français. Aujourd'hui, est-ce qu'ils préfèrent que le Premier ministre leur prenne 30 milliards dans leur poche ? Ou est-ce qu'ils préfèrent qu'ils prennent 26 milliards dans les poches ? Non pas des gens qui sont un peu riches, mais des hyper riches, des gens qui ont plus de 100 millions d'euros de patrimoine. Je crois que ces gens-là peuvent se permettre de payer une petite contribution à un redressement des finances publiques, alors même qu'ils ont...
C'est déjà le cas, Arthur Delaporte. On a eu cette conversation hier avec la porte-parole Emma Raffovitch. On répète quand même une nouvelle fois que 10% des Français payent 75% de l'impôt sur le revenu. Il y a déjà cette contribution des hauts revenus, d'ailleurs sous Sarkozy, sous Nicolas Sarkozy. C'est déjà le cas. D'ailleurs, François Bayrou a prévu aussi une nouvelle contribution dans son discours du 15 juillet. On a le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé de l'OCDE, 43%. Est-ce que vous pensez que par ces éternelles propositions qui datent de Mathusalem de faire la poche des Français, est-ce qu'on va s'en sortir vers le haut ?
Je ne sais pas si vous vous rendez compte du mépris que vous venez d'afficher à l'instant, parce que je vous explique... Non, non, je ne vois pas en quoi c'est méprisant. Non, non, mais écoutez-moi, écoutez-moi. François Bayrou projette 30 milliards de recettes nouvelles. On projette 26,9. On va moins augmenter le taux de prélèvement obligatoire que François Bayrou. Donc je ne vois pas en quoi on va augmenter les impôts au global. La seule différence, c'est qu'on inverse la répartition de l'effort. Aujourd'hui, François Bayrou fait peser l'essentiel de l'effort, 90%, sur 99% de la population. Nous, on va aller chercher la taxe Zuckman sur les fortunes de plus de 100 millions d'euros.
Un constitutionnel pour François Bayrou, il vous répond ? Ce n'est pas un constitutionnel. C'est justement une proposition qui a été votée à l'Assemblée nationale il y a un mois. Et ce n'est absolument pas confiscatoire. Quand vous avez aujourd'hui un patrimoine de 100 millions d'euros qui accroît chaque année de 10% sa valeur, oui, vous pouvez donner 2%.
Mais Arthur Delaporte, bien sûr, tout le monde vous donnera raison sur le papier. Mais est-ce que ce n'est pas un peu démagogique, le patrimoine ? Vous savez que parfois, c'est placé, c'est dans des holdings, on ne peut pas toujours l'utiliser.
Vous savez ce que font les ultra-riches ? Ils s'achètent des yachts, ils les mettent dans des holdings. Comme ça, ils ne payent pas de droits sur les successions. Et derrière, ils font des packs de transmission d'entreprises, et en fait de transmission de foncières qui possèdent les yachts dans lesquels leurs enfants vont se balader en mer des péteranées.
Jules Torres. Non mais est-ce que vous n'avez pas l'impression... C'est pas la photo, mais c'est la photo du gouvernement. C'est peut-être un peu caricatrice. C'est une question assez simple. Est-ce que vous n'avez pas un peu l'impression de tomber dans le même écueil que François Bayrou qui a commis, selon moi, une faute politique en s'en prenant en boomer ? C'est-à-dire en vous en prenant en riche, qui d'ailleurs a derrière cela une définition extrêmement floue à partir de combien on est riche. Là, on parle de capitaux qui ne sont pas forcément sur des comptes courants. Donc voilà, on a mal à comprendre. Oui, mais je vois bien la taxe Zuckman, j'ai bien compris. Je vois bien.
Et d'ailleurs, je pense que dans le débat, ça peut être quelque chose qui peut être intéressant. Mais du reste, on a l'impression, quand à gauche vous parlez des riches, vous mettez beaucoup de gens derrière cela. Et ça peut heurter aussi les auditeurs d'Europe 1 qui nous écoutent.
Vous m'avez demandé d'être précis, et je vous ai dit 100 millions d'euros, c'est ce qu'on appelle les ultra-riches. La différence entre ce que François Bayrou appelle les boomers, qui représentent quand même 35% de la population française, et les ultra-riches, qui représentent 0,001% de la population française, c'est qu'il y en a d'un côté qui sont pauvres, et de l'autre qui sont riches et qu'on ne va pas faire payer.
Vous n'allez pas résorber tous les déficits avec cette taxe.
Moi, je peux comprendre cet argument, mais ils sont quand même créateurs d'emplois, et si eux quittent la France, on va quand même être bien embêtés.
Mais je vais vous dire, ce qui crée de l'emploi, c'est aussi les dépenses de l'État. Et aujourd'hui, on sait très bien que si on restreint, comme le fait François Bayrou, les dépenses de l'État, notamment les dépenses d'investissement des collectivités locales, qui font tourner les boulangeries, qui font tourner les fleurises, qui font tourner l'économie locale, notamment le secteur de l'aide à la personne, etc. Vous voyez bien que ça va aussi plomber l'emploi. Je ne compte pas que sur Bernard Arnault pour créer de l'emploi. Moi, je compte sur la société, sur les artisans.
Et aujourd'hui, quand je vais voir des personnes qui gagnent le SMIC et que je leur demande si elles veulent gagner moins, elles vont me dire non. Si je leur dis, par contre, avec le projet qu'on vous propose, on va augmenter des personnes qui gagnent moins de 2200 euros brut par an, de 900 euros par an, je crois que ces personnes-là vont me dire, écoutez, moi je vote plutôt pour votre plan que pour le plan de François Bayrou, qui va geler les aides sociales.
900 euros par an, ça fait 75 euros par mois.
Eh bien oui, 75 euros par mois, excusez-moi, mais c'est énorme quand vous n'arrivez pas à boucler votre budget.
C'est énorme, mais ça ne résout pas tous les problèmes.
C'est évident que ce n'est pas ça qui va résoudre les problèmes. Mais je vous prête, si vous vivez, je suis désolé, mais si vous vivez avec 1500 euros par mois, et je crois que vous avez fait l'expérience de gens qui vont à l'aide alimentaire, 75 euros par mois, c'est le budget alimentation de deux semaines.
Et je vous donne entièrement raison sur le principe, 75 euros, oui, ça change quelque chose, mais ça ne va pas tout résoudre non plus.
Et François Bayrou, il préfère prélever 75 euros...
Rapidement, Alexis de la Fontaine,
Arthur de la Porte, Alexis de la Fontaine,
je vous ai dit que vous n'allez pas faire porter la charge aux travailleurs, mais dans votre programme, vous prévoyez quand même 14 milliards d'euros de coûts budgétaires, notamment en supprimant des aides aux entreprises, mais supprimer les aides aux entreprises, ça va aussi engendrer des licenciements et des fermetures d'entreprises qui vont là encore engendrer des licenciements.
Là où je préfère vous les tromper, c'est que les aides aux entreprises, on ne supprime pas toutes les aides aux entreprises. C'est extrêmement limité, aujourd'hui, les aides aux entreprises...
Mais ça va forcément engendrer les licenciements.
...comme efficace, c'est par exemple la niche sur les armateurs, excusez-moi, mais CMACGM, c'est des gens qui préfèrent embaucher des philippins que des français. La réforme du pacte...
Ça va faire plaisir à nos confrères de BFMTV qui sont sur les autres, de Arthur de la Porte.
Non, mais je vous le dis, et je vous le dis aussi qu'on va recentrer le crédit d'impôt sur les services à la personne et qu'on va réformer le crédit d'impôt recherche. Ce n'est pas là où il y a le plus d'aides de l'État et sur les cotisations qui sont au-delà de 2,5 MIG. Donc pareil, ce n'est pas là où c'est le plus créateur d'emploi.
Arthur de la Porte, si vous le souhaitez, restez avec nous quelques instants, on marque une pause et on revient pour ce débriefing et ses réactions politiques. Dans quelques instants, merci d'avoir été avec nous, Arthur de la Porte. On note, vous n'avez pas été convaincu en même temps pas de surprise par le discours de François Bayrou que vous irez voir quand même demain.
Je pense que j'ai plus de chances de le convaincre que François Bayrou.
Merci à vous et on se retrouve dans quelques instants sur Europe 1 en direct.
François Bayrou