Claude Malhuret : « Laisser annexer le Groenland signifierait que nous avons accepté la soumission »
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le président, madame et monsieurs les ministres, mes chers collègues, ce monde nouveau est en train de naître sous nos yeux et nous peignons à le comprendre. La première puissance de la planète garante de l'ordre actuel est devenue celle qui le conteste. Elle était notre allié.
Elle est aujourd'hui notre adversaire avant de devenir peut-être demain notre ennemi. Elle était un rempart contre les dictatures. Elle semble sur le point d'en devenir une.
Si nousons à comprendre, c'est d'abord parce que le trumpisme est une incohérence, une doctrine simpliste et des actes qui ne cessent de la démentir. L'isolationnisme est revendiqué avec les droits de douanes ou la traque des étrangers. Pourtant, jamais aucun président n'a commis autant d'ingérence.
En un an, il a effectué autant de frappes aériennes que Biden durant tout son mandat. Guerre Israël à bombardement de l'Iran, frappe au Nigéria, en Somalie, au Yémen, en Syrie, au Venezuela. Il se programme il se proclame président de la paix et candidat au prix Nobel tout en menaçant de nouvelles interventions Canada, Groenland, Cambodge, Cuba, Colombie et Mexique.
Le seul pays dont il se désengage, c'est l'Ukraine. Et les pourparler qui traînent, les concessions à Poutine, le lâchage des Européens sont tells qu'ils finissent par rendre crédible ce qu'il accuse d'être Krasnov, cet agent russe recruté dans les années 90 et objet d'un compromate. La deuxième absurdité, c'est l'absence totale de persévérance dans l'action.
Trump se targue d'avoir arrêté huit guerres en un an. Ce n'est le cas d'aucune d'elles. Au mieux des cesser le feu fragile.
Au pire des combats qui continuent et nulle part aucun traité de paix n'a été signé. L'important n'est pas le résultat mais les bonnes images pour la télé. Trois petits tours et puis s'en va.
Sa politique extérieure est celle d'un enfant de 4 ans qui pleure pour obtenir le baigneur vu dans la vitrine et qui le jette 3 jours plus tard dans une malle après lui avoir arraché une jambe. Incompréhensible est la volonté de casser le système international mis en place par les États-Unis depuis 45 ans. Que dans un délire paranoïque, les Trumpis s'interprètent comme un complot du monde entier contre leur pays. compréhensible en dehors d'une hypothèse psychiatrique la condamnation obsessionnelle de tout ce qu'on fait avant lui tous ses prédécesseurs. compréhensible l'attaque de ses alliés séculaires pour reprendre langue avec les dictateurs en guerre contre l'ordre occidental, le mépris du droit international au profit de ce qu'il appelle sa morale personnelle, la destruction du multilatéralisme et le retrait de dizaines d'institutions qui donnaient aux USA une influence mondiale pour se replier sur leur précarrés d'où ils ne sortent que pour lâcher quelques bombes.
Et enfin, le pire, le renforcement du crédit de la Chine. Seul rival crédible aujourd'hui et premier danger pour les démocratie. La Chine totalitaire gagnante dans l'affaire des droits de douane qui apparaît aux yeux du monde comme une puissance stabilisatrice face à un monstre militaire et technologique frappant au gré des humeurs de son président avant de se désintéresser du chaos qu'il vient de créer.
Voilà où en sont les États-Unis en 2026. Pour l'Europe, cette situation est tragique. Son principal allié devenu un adversaire, l'OTAN au bord du gouffre, les menaces sur un de ses territoires, la guerre commerciale, le lâchage de l'Ukraine que nous peinons à compenser.
Tout cela, aggravé par les leçons de morale du génie des Apalaches, un vice-président aux manières de Rodweiler venu avec l'air condescendant des imbéciles nous sauver de nous-mêmes et nous sommer d'adopter la morale de sa bigoterie conservatrice. Ce constat, chacun le connaît, il reste à l'interpréter. Pourquoi Trump est-il prêt à s'essuyer les pieds sur l'Europe au Groenlande ?
Pourquoi Poutine a-t-il cru qu'il pourrait envahir l'Ukraine sans réaction ? Pourquoi les Chinois inondirent l'Europe de leurs produits en trouvant toujours une porte d'entrée complaisante ? Pourquoi l'Europe dans le PIB est comparable à celui des États-Unis ou de la Chine et 10 fois supérieure à celui de la Russie est-elle traitée comme quantité négligeable ?
Parce que l'Europe n'est ni un pays, ni une puissance, ni même une confédération. dépendante énergétique de la Russie, dépendante militaire des États-Unis, dépendante commerciale de la Chine. Son contresens historique sur l'histoire des 30 dernières années l'amène à s'effacer de l'histoire du monde comme à la limite de la mer un visage de sable.
Ces réalisations sont pourtant remarquables. La paix entre anciens ennemis, la libre circulation, le marché unique et la monnaie unique, la protection des droits fondamentaux, la politique sociale la plus généreuse. Mais elle n'a pas su répondre à trois problèmes majeurs.
Garantir sa propre sécurité, produire un système de décision efficace et s'inscrire dans la grande révolution du 21e siècle, la révolution technologique, cognitive et financière. Si nous ne parvenons pas à relever ces défis, l'alternative sera simple. La vassalisation auprès de nos alliés ou la soumission à nos ennemis.
Les solutions sont parfaitement identifiées. Un réarmement qui se pose une réindustrialisation et des investissements massifs pour devenir une Europe puissance militaire. Un saut fédéral avec entre autres l'extension des décisions à la majorité qualifiée pour devenir une europuissance politique.
Enfin, la mise en œuvre des rapports Drag et l'État pour devenir ou plutôt redevenir une Europe puissance économique et commerciale. Tout le monde sait cela mais rien ne se passe. Depuis 2022, le président de la République a annoncé que la France et l'Europe entraient en économie de guerre. 4 ans plus tard, les industriels nous disent que les commandes ne sont pas là.
L'Ukraine ravagée par la guerre arrive aujourd'hui à produire 60 % de ses besoins militaires. Nous n'avons fait aucun saut quantitatif ou qualitatif. En économie, tout le monde sait que la grande œuvre européenne, le marché unique reste bien loin des objectifs de 93 et que d'immenses barrières restent en place.
Quant à la révolution technologique, nous sommes un des années lumières de la mise en place des instruments financiers indispensables pour rattraper les États-Unis et la Chine. Devant le danger qui se rapproche, nous avons commencé à réagir. Des milliards d'aides à l'Ukraine ont été voté pour palier la trahison trumpiste.
Une coalition des volontaires a été créée pour se soustraire au chantage des complices de Poutine au sein même de l'Europe. Nous avons commencé la mise en œuvre du rapport Dragy. Mais hélas, nous n'avons pas osé saisir les avoir russes gelés.
Nous avons refusé Skyshield qui pourrait protéger les femmes et les enfants ukrainiens qui meurent chaque jour sous les bombes du criminel de guerre. Et enfin, 2 ans après sa publication, 10 % seulement du rapport Dragiy ont été mis en œuvre. Les menaces sur le Groenland sont une épreuve de vérité.
L'instrument anticoer a été proposé. Il est adapté à la situation comme l'exercice Arctic Endurance. Le risque est important mais le risque opposé est plus grand encore et c'est l'occasion ou jamais de prendre l'initiative.
Trump n'est pas éternel. Sa côte s'enfonce chaque jour. Les Américains à Minneapolis et ailleurs relèvent la tête contre les violences de celui dont il condamne chaque jour un peu plus le rêve d'un césarisme qui ressemble de plus en plus à un technofaschisme.
Trump n'a pas les moyens politiques de mettre ses menaces à exécution. S'il fait l'erreur d'envoyer des troupes, ce sera le signal de son impeachement et ce sont les leaders républicains au Congrès qui viennent de le dire. S'il recule, ce sera les signal pour tous les Américains que l'on peut arrêter la marche vers l'autocratie.
Pour les Européens, laisser annexer le Groenland signifierait que nous avons accepté la soumission. Si opposé serait la première mche de notre résistance puis de notre redressement, nous savons qu'il en faudra beaucoup d'autres.
Claude Malhuret