Clément Viktorovitch : Yannick Jadot, faire l’union, oui mais sans concessions
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Clément Viktorovitch nous emmène non pas dans les coulisses, mais entre les lignes des négociations qui se déroulent à gauche. La France Insoumise a tendu la main aux autres formations pour une grande coalition aux législatives et tous les regards sont désormais dirigés vers les écologistes. Pourtant Clément, il y aurait selon vous encore beaucoup de chemin à parcourir pour arriver à un accord.
Et oui, l'élection passée place désormais aux négociations avec 4,6% des suffrages. Les écologistes sont arrivés très loin derrière les 22% de Jean-Luc Mélenchon. Le rapport de force s'annonce donc inconfortable pour eux. Et c'est précisément ce moment qu'a choisi Yannick Jadot, leur candidat, pour donner sa première interview depuis son élimination au premier tour. Ce matin, chez nos confrères de France Inter, il convenait de la nécessité d'une coalition, mais selon des termes bien particuliers.
Je soutiens cette perspective de coalition qui doit être une coalition très ouverte. Moi je suis pour qu'évidemment il y ait la France Insoumise. Le résultat du 10 avril les oblige de ce point de vue-là, qu'il y ait aussi toutes les forces politiques de gauche. Je prends acte du premier tour. Donc il faut évidemment que la France Insoumise soit dedans.
Sur le papier, Yannick Jadot se contente ici d'appeler à l'Union. Mais entre les lignes, il est clair, cette coalition ne doit pas se faire autour de Jean-Luc Mélenchon, comme l'exigent ses partisans, mais avec lui. La France Insoumise doit évidemment être présente, mais au même titre que toutes les forces politiques de gauche, sous couvert de l'ouverture, Yannick Jadot conteste vigoureusement le leadership revendiqué par Jean-Luc Mélenchon. Est-ce qu'il a des arguments pour étayer sa position ?
Oui, il rappelle qu'il y a un vote utile qui a joué assurément en faveur de Jean-Luc Mélenchon, de sorte que le poids des écologistes au sein de l'électorat ne saurait être ramené au seul résultat d'Yannick Jadot dans les urnes. D'ailleurs, au niveau local et européen, les succès obtenus par Europe Écologie Les Verts dépassent, c'est vrai, ceux de la France Insoumise. Yannick Jadot ne manque pas de mettre tout cela en avant, mais il va aussi un cran plus loin.
Il nous faut un groupe écologiste puissant à l'Assemblée nationale. Si nous voulons que la voie écologique soit portée, ce que dit la réalité du terrain, c'est qu'il n'y a pas d'écologie sans écologiste. S'il n'y a pas d'écologiste à l'Assemblée nationale, il n'y aura malheureusement pas d'écologie dans ce quinquennat.
Sans écologiste, pas d'écologie. Alors, en rhétorique, c'est ce que l'on appelle une polyptote, une figure qui consiste à utiliser deux mots issus de la même racine pour créer une impression de cohérence, voire d'évidence. Alors, d'un point de vue rhétorique, c'est assez efficace. Sur le plan politique, en revanche, c'est totalement fallacieux. Voilà bien longtemps que l'enjeu écologique n'est plus défendu seulement par les écologistes. Loin s'en faut. L'écologie était l'une des lignes directrices du programme de Jean-Luc Mélenchon. Et elle a même constitué, que ce soit par sincérité ou par calcul, le principal thème développé par Emmanuel Macron dans l'entre-deux-tours.
La présence d'un groupe Europe Écologie, les Verts, à l'Assemblée nationale n'est donc ni une condition nécessaire, ni une condition même suffisante à la poursuite d'une politique écologique durant le quinquennat. Est-ce que Yannick Jadot joue sur les peurs ? Il me semble, oui, que c'est ce qu'il fait. Et encore, vous n'avez pas tout entendu. Parce que, durant cette interview, Yannick Jadot a reconnu posséder une part de responsabilité dans l'échec de sa candidature. Une part de responsabilité, oui, mais voilà pourquoi.
J'ai engagé cette campagne en disant « il faut apaiser la société ». Ce que je constate, c'est que ça n'a pas été le bon pari électoral. Pour faire des voix, probablement, il fallait plus, j'allais dire, amplifier les colères, les instrumentaliser, trouver des moucs émissaires, que de dire « je veux lever les doutes sur la capacité de l'écologie à gouverner, donc je veux crédibiliser le chemin ». Je pense qu'on n'a jamais eu une telle campagne où la question de la crédibilité a été aussi mise de côté.
Il n'a pas fait le bon pari électoral. Bon, ça, c'est effectivement un mea culpa, mais un mea culpa un peu particulier tout de même. Qu'aurait-il fallu faire pour convaincre davantage d'électeurs selon lui ? Amplifier les colères, instrumentaliser les colères, trouver des moucs émissaires. Il fait évidemment référence à Jean-Luc Mélenchon, qu'il ramène à des termes explicitement péjoratifs. Par contraste, lui aurait cherché à être crédible, et ce serait son plus grand défaut. Alors là, on est au niveau des personnes qui disent dans un entretien d'embauche « mon plus grand défaut, c'est mon perfectionnisme ».
C'est exactement la même chose, c'est une manière sous couvert de faire son autocritique, de valoriser sa propre personne tout en dévalorisant ses adversaires. Bref, Yannick Jadot parle de coalition tout en opposant une fin de non-recevoir aux conditions posées par la France Insoumise, légitimement ou non. Il reconnaît le résultat de Jean-Luc Mélenchon, tout en critiquant les moyens que Jean-Luc Mélenchon a déployés pour l'obtenir. Manifestement, pour l'Union des Gauches, il reste encore du chemin.
Clément Victorovitch, c'était Entre les Lignes. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.
Yannick Jadot