Liban - Conférence de presse du Président Emmanuel Macron depuis Beyrouth
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 64 %Attaque 14 %Défensif 21 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 14:01RelanceRéponse directe
Si les promesses de réformes ne sont pas tenues, activerez-vous des sanctions individuelles contre les dirigeants libanais ?
- 17:01OuverteRéponse directe
Quelles garanties le Premier ministre a-t-il données sur sa marge de manœuvre pour les réformes ?
- 20:01RelanceRéponse directe
Pensez-vous que le Liban peut aspirer à un avenir meilleur avec des pratiques autoritaires persistantes ?
- 23:01OuverteRéponse directe
La France peut-elle contribuer à défaire le nœud gordien politique au Liban ?
- 26:01FerméeRéponse directe
Confirmez-vous votre visite en Irak demain et quel en sera l'objet ?
- 29:01OuverteRéponse directe
Quelles garanties avez-vous que les puissances régionales ne saperont pas le programme de réformes libanais ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00E. MacronChiffre
« Un pont aérien et maritime a été mis en place, 8 vols et 2 navires affrétés par le ministère des Armées, un vol affrété par le groupe CMA CGM dès le 5 août, et ce pont a permis de déployer près de 140 personnels, d'acheminer 1 000t d'aides en nature. »
- 6:00E. MacronChiffre
« Une aide médicale a été apportée pour faire face aux conséquences de l'explosion et à la pandémie avec 38t de matériel médical et de médicaments. »
- 8:00E. MacronChiffre
« Le 9 août, avec les Nations unies, nous avons organisé une conférence internationale de soutien à Beyrouth et au peuple libanais qui a permis de mobiliser 250 millions d'euros. »
- 10:00E. MacronChiffre
« 7 millions d'euros supplémentaires seront apportés pour aider l'hôpital Hariri. »
- 14:00E. MacronPromesse
« La formation de ce gouvernement ne prendrait pas plus de 15 jours. »
- 22:00E. MacronFait
« Nous coopérons d'un point de vue technique et à la demande des enquêteurs libanais. »
- 28:00E. MacronFait
« Nos ressortissants qui font le choix libre d'aller combattre sur des théâtres extérieurs et qui se rendent coupables d'actions terroristes sur le sol d'un État souverain sont légitimement judiciarisés sur le sol de cet État souverain. »
- 3:30E. MacronFait
« un président de la République en France n'a jamais à qualifier le choix éditorial d'un journaliste ou d'une rédaction, jamais, parce qu'il y a une liberté de la presse à laquelle vous tenez, à juste titre, profondément. »
- 4:00E. MacronFait
« en France, une liberté de blasphémer, qui est attachée à la liberté de conscience. »
- 4:30E. MacronFait
« le discours de haine, il se justifie dans des pays où la liberté n'existe pas, où l'alternance politique n'existe pas. »
- 5:30E. MacronFait
« moi, j'ai rien à dire à qui que ce soit, j'ai juste dit aux intéressés si ce sont les mêmes aux mêmes postes, il y a peu de chances que ça produise un résultat différent. »
- 6:30E. MacronPromesse
« Le Premier ministre désigné va constituer "un gouvernement de gens probes, connaisseurs de leur secteur et de l'administration, et donc compétents." »
- 7:30E. MacronFait
« Il était autour de la table avec tout le monde, donc ce que tous les autres ont entendu. Un engagement sur le gouvernement et les réformes, et il s'y est engagé. »
- 9:30E. MacronPromesse
« la réforme de l'enquête du système judiciaire, dans ses prémices, elle est dans la déclaration. Donc dans les 3 mois. »
- 10:00E. MacronFait
« je pense qu'il y a beaucoup d'éléments de fait qui sont aujourd'hui établis par les coopérations techniques internationales. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
-E. Macron : Bonjour, mesdames et messieurs. Bonsoir.
Pardon de vous avoir fait attendre, mais nous étions, et je vais y revenir, avec le ministre, l'ambassadeur, et quelques-uns d'entre vous, fort occupés. Je suis heureux de me retrouver devant vous, et c'est l'engagement que j'avais pris le 6 août dernier, revenir. Revenir pour cette date, et j'y reviendrai aussi, ô combien symbolique, et ce centenaire, revenir aussi pour rendre compte et poursuivre ce qui avait été lancé le 6 août ici même, 2 jours après l'explosion et la catastrophe qui avait frappé en son coeur Beyrouth, sa population et tout le Liban.
Alors, je veux, avant toute chose, peut-être, justement, commencer par rendre compte, pour répondre à l'urgence qui est toujours là, même quand l'actualité internationale se concentre ou reconcentre sur d'autres drames, je veux ici dire et redire que nous ne détournerons jamais les yeux de cette urgence de soutien au peuple libanais, et donc faire le point, comme je m'y étais engagé et comme je l'ai fait ce matin avec plusieurs ONG, mais aussi les Nations unies et d'autres ambassadeurs sur le soutien qui a été apporté et revenir sur la suite. La France a donc agi dès le lendemain de l'explosion par elle-même, de toutes ses forces, et nous continuons de le faire, Etats, collectivités locales, entreprises, citoyens, notre armée, nos ministères, évidemment le Quai d'Orsay, mais aussi le ministère de l'Intérieur, nos ONG, avec beaucoup de volontaires, et nos collectivités territoriales. Un pont aérien et maritime a été mis en place, 8 vols et 2 navires affrétés par le ministère des Armées, un vol affrété par le groupe CMA CGM dès le 5 août, et ce pont a permis de déployer près de 140 personnels, d'acheminer 1 000t d'aides en nature.
Un 3e navire vient d'arriver, affrété par la fondation CMA CGM, avec de l'aide en nature provenant de l'Etat, des collectivités territoriales, des ONG et du secteur privé. Et, à ce titre, je veux aussi remercier l'ensemble de la délégation qui m'accompagnait avec beaucoup de chefs d'entreprise, mais aussi de grandes filières, qu'il s'agisse des céréales ou du lait, qui montrent l'engagement du tissu économique français, l'engagement de nos grandes entreprises, qu'il s'agisse de Sanofi, Saint-Gobain ou plusieurs autres qui étaient là pour aider aux soins et à la reconstruction. 700 militaires ont été déployés et travaillent, nous l'avons vu ce matin, en parfaite coordination avec les FAL sur place pour le déblaiement d'urgence et nombre d'actions. 140 personnels et experts techniques ont été déployés, sauveteurs, déblayeurs, marins, pompiers, gendarmerie, police judiciaire, psychologues, y compris pour les besoins de l'enquête sur l'origine de l'explosion.
Et il était nécessaire, comme je l'avais dit ici il y a 3 semaines, que cette enquête se fasse avec l'apport d'une expertise internationale pour sa crédibilité parce que le peuple libanais a le droit d'exiger la vérité. Je veux dire ici que, sur le plan technique, cette coopération se déroule bien et plusieurs échanges ont été organisés et effectifs entre les services d'enquête libanais et nos propres services. Une aide médicale a été apportée pour faire face aux conséquences de l'explosion et à la pandémie avec 38t de matériel médical et de médicaments.
Le ministre de la Santé est là qui nous accompagne et qui a pu aussi non seulement accompagner cette aide et ces déploiements, mais évaluer, avec l'ensemble des équipes, des ONG et des homologues libanais les besoins à venir. Une aide alimentaire a été mobilisée de 900t et des matériaux de reconstruction pour 64t. Les objectifs fixés le 6 août ont donc donné lieu à l'ensemble de ces actions, que je récapitule ici de manière très brève.
Cette action bilatérale, nous l'avons complétée par une mobilisation internationale. Le 9 août, avec les Nations unies, nous avons organisé une conférence internationale de soutien à Beyrouth et au peuple libanais qui a permis de mobiliser 250 millions d'euros et un appui matériel massif, et nous continuerons de solliciter la communauté internationale à l'occasion de l'assemblée générale des Nations unies dans le même esprit. Nous nous assurons aussi que cet appui se fait dans le cadre que nous avions défini, c'est-à-dire dans la transparence, au bénéfice direct de la population et en partenariat avec la société civile.
Ce matin, l'échange que nous avons tenu sur le Tonnerre aux côtés des équipes françaises, européennes et internationales, des Nations unies et de la société civile pour faire le point de notre situation a permis de montrer des véritables avancées, des résultats, mais aussi des lacunes. Il y a encore trop d'aides qui arrivent, et nous sommes en train de lister les pays et les entreprises, qui ne passent pas par la plateforme organisée par les Nations unies et il y a encore des rumeurs, je dis ça parce que nous n'avons pas pu établir les preuves, mais d'aides qui pourraient être détournées, non pas de l'aide qui passe par le canal des Nations unies et par cette plateforme, qui travaille en direct avec les ONG, les hôpitaux ou les services publics avec un suivi, mais bien d'aides qui suivraient d'autres canaux, et qui, aujourd'hui, donnent lieu sur les réseaux sociaux, dans les échanges qu'on peut avoir avec les ONG, à des dénonciations de manque de transparence. Je vous rassure, il ne s'agit pas ici de l'aide française ni de l'aide européenne, qui passent par le truchement de cette plateforme des Nations unies, et donc, nous allons clarifier ce point pour que les choses s'améliorent.
On a aussi vu ce matin le besoin d'améliorer encore la coordination entre les Nations unies et l'ensemble des associations et ONG impliquées. Tout ce qui est à améliorer que je cite là et qui va nous occuper dans les prochaines semaines ne doit en rien nous faire oublier la mobilisation exceptionnelle depuis le 4 août, qui est d'abord une mobilisation des Libanaises et des Libanais pour eux-mêmes, pour leurs frères, leurs soeurs, pour leurs amis, leurs quartiers, leur peuple, et qui est absolument exemplaire avec une jeunesse qu'on voit présente dans toutes les associations, et, derrière, un soutien de nos ONG, des ONG internationales et de l'ensemble de notre communauté. Dans certains domaines, nous avons réussi à parer aux besoins les plus urgents, mais le travail reste colossal, et, au-delà même des conséquences directes de l'explosion, je veux ici citer dans la durée 4 priorités que nous allons poursuivre.
La santé, évidemment, pour faire face, donc, aux conséquences de l'explosion du 4 août, mais aussi à la pandémie, qui accélère depuis, très fortement, et la réalité de l'épidémie du Covid-19 s'est profondément modifiée en quelques semaines. Notre soutien aux centres de santé primaires sera renforcé de même que celui que nous apportons à l'hôpital Hariri. Nous étions, avec le ministre, il y a quelques heures, avec les équipes de l'hôpital, mais aussi celles de la Croix-Rouge et de l'AFD, car nous avons ce partenariat exemplaire en la matière, et 7 millions d'euros supplémentaires seront apportés pour aider l'hôpital Hariri, qui concentre véritablement le traitement des patients atteints du Covid-19 et occupe un rôle extraordinaire.
A côté de ça, l'aide continuera d'être déployée à l'ensemble des hôpitaux, y compris les hôpitaux privés, qui jouent un rôle très important et qui ont pu aussi bénéficier de l'aide bilatérale, en particulier de fondations et de la France. Après la santé, c'est l'alimentaire, la 2e priorité que nous allons continuer de poursuivre, pour nous assurer que les besoins immédiats sont garantis, construire des projets de relance économique et de soutien au secteur agricole dans la durée. Je citais la filière céréalière et la filière laitière.
Ce sont 2 exemples très importants, et je veux saluer la mobilisation exemplaire de celle-ci, mais nous allons continuer de mobiliser nos filières en la matière, et elles sont au rendez-vous, organiser, structurer, le faire aussi en partenariat pour soutenir la filière libanaise et régionale, et le faire aussi en partenariat avec les grands transporteurs, je citais la fondation CMA CGM, mais le groupe, évidemment, joue un rôle extrêmement important. 3e priorité, c'est l'éducation, qui est une priorité absolue alors que la rentrée a été reportée. Il faut impérativement que les enfants retrouvent le chemin de l'école, et les étudiants celui de l'université.
C'est un problème que beaucoup de nos pays qui ont été touchés par le Covid-19 ont eu à vivre pendant le temps du confinement. Il est évidemment aggravé par l'explosion, les difficultés économiques et sociales ici, au Liban, mais c'est l'avenir du pays qui se joue, et dans un pays qui a toujours su être au rendez-vous de l'éducation et de l'excellence de celle-ci. Beaucoup d'enfants que j'ai rencontrés dans les hasards de nos déplacements aujourd'hui m'ont dit ne pas avoir de rentrée.
Et je crois que nous pouvons accepter cela comme une fatalité, et donc, je veux ici dire à l'ensemble des familles, des associations qui accompagnent et du gouvernement qu'il y a une mobilisation, évidemment, nationale à faire sur ce sujet qui est très importante, nous allons tâcher d'y jouer notre rôle, nous renforçons notre appui dans ce domaine, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a fait des annonces importantes lorsqu'il est venu au mois de juillet, nous allons, évidemment, compléter cet effort avec une mobilisation de 7 millions d'euros additionnels pour la réhabilitation des établissements scolaires touchés par l'explosion, l'accessibilité des manuels scolaires, 20 000 manuels ont été apportés lors de notre déplacement, en particulier pour les classes de terminale, le soutien aux familles fragilisées, le soutien aux étudiants. Le fonds de soutien aux écoles chrétiennes et francophones d'Orient, dont j'avais annoncé la mise en place à Jérusalem, est désormais pleinement opérationnel. Il bénéficiera largement au Liban, et j'appelle les collectivités ainsi que les donateurs privés qui veulent s'engager à y contribuer.
Nous continuerons de pousser cet effort, il est absolument essentiel, et nous allons, dans les prochaines semaines aussi, ajouter à l'effort pour les étudiants libanais venant en France, un dispositif exceptionnel sera mobilisé pour accroître le nombre de bourses, mais aussi régler le problème du coût des études, surtout pour les familles dont l'ensemble des économies sont bloquées au Liban. Sur la reconstruction, qui est le 4e sujet sur lequel je voulais ici insister dans ce cadre, nous amplifions notre action sur le déblaiement, la réhabilitation des logements, et nous accompagnerons la reconstruction du port de Beyrouth, qui doit être faite dans l'intérêt du peuple libanais et lui seul. Je le disais, plusieurs entreprises sont d'ores et déjà mobilisées, j'ai cité Saint-Gobain, qui était avec nous ce matin, beaucoup d'ONG et d'associations font un travail remarquable, le CDCS du Quai d'Orsay a beaucoup coordonné cette aide comme toutes les autres, et je veux ici saluer son travail, mais, au-delà de cette aide d'urgence, la reconstruction doit s'organiser, on a vu le travail de beaucoup d'ONG exemplaires, et donc, pour les logements, il faut ici, en quelque sorte, ne pas céder à ce qui pourrait être la facilité de la fraternité libanaise.
Les 300 000 personnes qui ont perdu leur logement sont logées par des proches, il n'en demeure pas moins qu'elles n'ont plus de logement, et donc, on doit reconstruire vite pour qu'elles retrouvent une vie normale, en particulier avec leurs enfants, mais, en effet, les grandes infrastructures doivent être construites au plus vite avec transparence, célérité et, là aussi, avec toutes les exigences de sécurité qui sont dues aux Libanaises et aux Libanais, je pense tout particulièrement au port. Ca fait partie des réformes, d'ailleurs, essentielles sur lesquelles nous sommes revenus. Nous agissons aussi pour préserver le patrimoine libanais avec l'engagement immédiat et concret de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit, je veux saluer ici la mobilisation de ALIPH.
La protection du patrimoine était essentielle, ça fait partie de ses missions, la cathédrale Saint-Georges en particulier fera partie des 1ers projets, et nous allons continuer, avec le ministère aussi des Affaires étrangères et le ministère de la Culture, à mobiliser l'expertise française ainsi que des fonds pour accompagner ces 1ers travaux de l'ALIPH, dont je veux, une fois encore, saluer l'engagement et le travail. Au-delà de cet appui, j'ai entendu ce qui m'a été dit ce matin sur le port, et je retiens, comme je vous le disais, un message très clair, meilleure coordination entre les Etats, Nations unies et société civile, la nécessité, véritablement, d'assurer une meilleure traçabilité sur le terrain et donc, de mener les enquêtes sur les potentiels détournements qui auraient été effectués, et, enfin, la nécessité de sortir d'ici 3 mois de la seule logique d'urgence ou de la seule logique humanitaire pour permettre aux Libanais eux-mêmes, en s'appuyant sur leurs énergies, et pour avancer vers la reconstruction économique et sociale. Les Nations unies ont beaucoup insisté sur l'importance de préparer dès maintenant cette 2e phase qui va arriver, où il faut mobiliser les financements de la communauté internationale pour aller vers une reconstruction durable et sur d'autres sujets, justement, de reconquête économique et sociale.
C'est pour ça que, sur ce point, je souhaite qu'on puisse avoir un rendez-vous mobilisant à nouveau la communauté internationale, et j'ai proposé qu'avec les Nations unies, nous puissions à nouveau organiser une conférence de mobilisation de l'aide dans la 2e quinzaine du mois d'octobre sur ce volet de soutien d'appui à la 2e phase pour le peuple libanais. Nous ne lâcherons pas cet effort, et l'objectif de cette conférence de soutien sera de répondre à ce que les Nations unies appellent cette stratégie de relèvement précoce. Le 2e grand volet sur lequel je voulais vous rendre compte après nos échanges du 6 août dernier et cette longue journée, c'est, évidemment, l'agenda politique et l'agenda de réformes.
Je l'ai dit très clairement au mois d'août, et je vous le redis, nous sommes là, à vos côtés, et nous le resterons, mais le moment est aussi maintenant venu pour le Liban et ses autorités de tirer les leçons de la tragédie qui vient de se produire et d'agir en conséquence. Je l'ai dit, je ne suis pas revenu ici pour prendre acte d'un accord entre les partis politiques libanais ou pour adouber, accepter, donner une reconnaissance à quelque choix que ce soit, ce n'est pas le rôle de la France. Je ne suis pas venu pour apporter je ne sais quelle caution à telle ou telle personne, ni pour acter un résultat de façade.
Je suis volontaire et lucide sur les difficultés comme sur ce que nous pouvons réussir, sur ce que vous pouvez réussir. Je suis donc venu ici pour aider le Liban et l'accompagner vers son avenir, la formation d'un gouvernement de mission d'abord et avant tout. Un nom a été donc proposé pour constituer un tel gouvernement.
Le choix de ce nom comme de son gouvernement relève de la responsabilité des autorités du pays. Des 1ers pas ont été faits, ils doivent, maintenant, être suivis d'effets, de décisions concrètes, et, en aucun cas, ce ne saurait être une décision ou une annonce pour solde de tout compte ou pour accompagner un centenaire à célébrer. Le Premier ministre a été désigné, ce à quoi l'ensemble des forces politiques, le Premier ministre désigné, mais également les présidents Aoun et Berri, que j'ai vus ce midi se sont tous engagés sans exception, c'est que, dans les tous prochains jours, un gouvernement puisse être formé qui soit ce gouvernement de mission, avec des personnalités compétentes, formées comme un collectif indépendant qui aura le soutien de toutes les formations politiques qui se sont engagées derrière le nom du Premier ministre et donc, la formation de ce gouvernement.
Ce que je leur ai instamment demandé, ce sur quoi toutes les formations politiques sans exception se sont engagées ce soir ici-même, c'est que la formation de ce gouvernement ne prendrait pas plus de 15 jours. Les moyennes des dernières années sont, je le rappelle, entre, sous votre contrôle, 5 et 11 mois, parce qu'on ne peut pas aujourd'hui considérer qu'on reprendrait les affaires comme à l'ordinaire, ce serait une folie. Ce qui compte, derrière, c'est la feuille de route qui a été actée par l'ensemble des forces politiques, qui est leur feuille de route, celle qui est aussi actée par le président Berri, le président Aoun, celle sur laquelle l'ensemble des présidents et des forces politiques s'engagent, et, cette fois-ci, sans aucune exception, y compris la force politique qui n'a pas soutenu le Premier ministre, s'engage sur cette feuille de route.
Sur la gestion des suites de l'explosion et du soutien nécessaire à la population, à la reconstruction du port et des quartiers touchés, sur les réformes dans le secteur de l'électricité, le contrôle des transferts de capitaux, la gouvernance juridique et financière, sur l'audit indispensable du secteur financier de la Banque centrale et les décisions qui en découleront, sur la lutte contre la corruption et la contrebande, sur la réforme des marchés publics. Sur tous ces points, l'accord de tous a été acté ce soir. Cette feuille de route est la leur, elle est portée pour ce gouvernement de mission.
Il appartient maintenant aux acteurs libanais de s'entendre sur les modalités de mise en oeuvre de ce programme, et donc une déclaration de gouvernement qui accompagnera la nomination de celui-ci, mais aussi un engagement de toutes les mêmes forces politiques au Parlement pour que, au plus vite, chacun des textes nécessaires puisse être voté, parce que je ne crois qu'aux rendez-vous, en général, et tout particulièrement dans ces périodes, j'ai donc souhaité que nous puissions organiser une conférence internationale au même moment que la conférence internationale de soutien dans la 2e quinzaine d'octobre. J'ai proposé qu'elle se tienne à Paris, j'y ai invité les 3 présidents, et nous y mobiliserons le groupe international de soutien au plus haut niveau ainsi que l'ensemble des dirigeants au-delà du groupe, internationaux et régionaux, pour les mobiliser autour de cet agenda de réformes et construire le soutien international. L'engagement que, pour ma part, je prends, c'est de tout faire face à cet agenda de réformes et, pour l'accompagner, pour mobiliser la communauté internationale en soutien, pour tout faire pour préserver de tous les jeux de puissance régionaux, et, plus largement, le Liban, mais aussi pour s'assurer que la communauté internationale accompagnera ces réformes du soutien financier tel qu'il avait été défini, je le rappelle, dès la conférence CEDRE, mais tel qu'on peut maintenant l'élargir et peut-être lui donner encore plus de force.
J'inviterai l'ensemble des forces politiques à ce rendez-vous, en marche de ce rendez-vous, pour avoir un point d'étape, parce que je ne crois qu'à la responsabilité, mais, de manière très claire, si les rendez-vous ne sont pas là parce que des échéances à un mois sont actées dans cette feuille de route, nous en tirerons aussi les conséquences, celles d'un malentendu. Je ne peux pas y croire, je ne veux pas y croire, comme vous, mais ça n'est donc pas une carte blanche qui est donnée aujourd'hui ou un chèque en blanc, bien au contraire, c'est une fois encore une exigence avec un rendez-vous dans 6 à 8 semaines qui permet de prendre en compte ces 15 jours au plus de constitution d'un gouvernement et ces 4 semaines d'un gouvernement actif et donc, déjà des 1res échéances. J'ai noté que plusieurs formations politiques étaient prêtes à faire beaucoup plus.
J'étais heureux de voir tant d'enthousiasme. Je n'ai pas voulu le refréner, mais j'ai déjà souhaité que ce qui est le coeur de l'accord de tous soit fait, car c'est bien souvent ce qui a été reculé, reporté, étouffé depuis des décennies. Le rôle de la France est d'aller dans ce contexte chercher des soutiens internationaux.
C'est ce sur quoi je m'engage devant vous ce soir. Si l'ensemble des responsabilités et des décisions auxquelles les forces politiques et les responsables institutionnels et politiques libanais se sont engagés auprès de moi aujourd'hui et, ce faisant, auprès de vous, sont au rendez-vous. Enfin, je ne voudrais pas finir ce propos sans, évidemment, évoquer aujourd'hui cette date si chargée d'histoire, ce 1er septembre 2020 qui vient marquer ce centenaire ici-même quelques heures après cette déclaration si importante et cet acte qui a donné naissance au Grand Liban.
Je l'ai dit à plusieurs reprises avant mon déplacement, pendant ce déplacement, même avant cette date, il y avait une amitié, une force, une fraternité entre le Liban et la France qui s'imposent à nous, et elle se poursuit. Et elle se poursuit pour ce que vous êtes, pour ce que nous sommes, de commun, d'indicible, de goût de la fraternité, d'amour de la liberté, d'exigence d'égalité. Notre hymne va si bien au peuple libanais, notre devise lui convient, et aussi parce que tous les principes qui prévalent de tolérance, d'art de vivre sont ceux que nous portons, et c'est ceux que j'ai retrouvés hier soir dans les yeux de Fairouz, dans la discussion que nous avons pu avoir ce matin auprès des enfants et des volontaires dans la réserve du Jaj et auprès de ces enfants du collège Saint-Joseph de Mechref, qui ont chanté nos hymnes l'un après l'autre.
Il y avait beaucoup de détermination chez ces enfants. Il y avait parfois la même colère que chez les adultes, mais la conviction qu'ils n'avaient aucune raison de s'habituer au malheur. Et, dans la dignité de la petite Tamara ce matin, il y avait beaucoup de la... décence et de la force de cette jeunesse.
Elle a, en fait, beaucoup à apprendre à beaucoup de monde, et c'est pour elle que nous devons nous battre. Et donc, ce centenaire, je ne le vois pas simplement comme un moment de commémorer, mais comme la nécessité pour cette jeunesse et ce qu'elle nous montre de nous rappeler ce qu'il y avait dans le discours du Grand Liban. Dans le discours de Gouraud, je l'évoquais ce midi avec le président Aoun, il y avait des mots très forts.
Je vais pas tout citer, je vous rassure, mais Gouraud disait : "N'oubliez pas non plus que vous devez être prêts "pour votre nouvelle patrie à de réels sacrifices. "Une patrie ne se crée "que par l'effacement de l'individualisme "devant l'intérêt général, "commandée par la foi dans les destinées nationales. "De tous côtés, les témoignages affluent "pour me manifester cet esprit de sacrifice. "N'est-ce pas plusieurs des vôtres qui m'ont dit : "'Nous sommes prêts désormais à faire bon marché "'de nos privilèges, "'car ces privilèges étaient une garantie, "'et on ne prend pas une garantie devant nos amis, "on la prend devant des ennemis.' "Voici, Grand Libanais, "le lot sacré d'espérance et de sacrifices que vous apporte cet instant solennel." C'était il y a 100 ans, ça pourrait être aujourd'hui.
Quelque chose s'est passé qui fait sans doute qu'on n'a pas tant fait bon marché des privilèges et que, peut-être, que, sur le dos de cette jeunesse, on les a fait fructifier. Il ne m'appartient pas de me substituer à un grand peuple, mais, en tout cas, il m'appartient même 100 ans après de voir que nous ne sommes pas totalement au rendez-vous de cette exigence. Et donc, ce que je souhaite, c'est que nous puissions être au rendez-vous de cette exigence pour les années qui viennent, les mois qui viennent, parce que l'exigence commence maintenant, et je ne vous lâcherai pas. (Applaudissements) (...) Je vais répondre à vos questions.
Alors, je crois qu'il y a un micro qui passe, ce qui est encore plus dangereux que ce que vous aviez fait la dernière fois, qui était d'avoir un micro fixe, parce que, là, vous n'allez plus jamais revoir le micro. -Bonsoir, M. le président.
Anthony Samrani, pour L'Orient-Le Jour. Avant tout, merci d'être revenu comme vous l'aviez promis. Ma question est la suivante : si, dans les prochaines semaines, les rendez-vous sont manqués, si les promesses de réformes ne sont pas tenues, concrètement, que ferez-vous ?
C'est-à-dire est-ce que, comme vous l'avez laissé entendre lors de la prochaine conférence, vous serez prêt à activer une politique de sanctions individuelles contre les principaux dirigeants libanais ? Je vous remercie. -E.
Macron : Merci pour cette question, elle est importante, et je vous remercie de parler des sanctions, j'en avais parlé la dernière fois, ce qui n'a pas empêché certains d'entre vous d'écrire les pires bêtises sur le sujet sans vérification aucune. Donc, j'invite, quand vous avez des questions sur le sujet, à me les poser directement, ça facilitera les choses, parce que ce sont des sujets graves. Ecoutez, j'ai coutume de citer Levinas, qui disait : "La confiance, c'est le problème de l'autre." Moi, je fais confiance ce soir, mais je l'ai dit très clairement, si, au rendez-vous de fin octobre, ce sur quoi vos dirigeants se sont engagés n'est pas au rendez-vous, nous devons en tirer les conséquences.
Alors, qu'est-ce ça veut dire ? Ca veut dire soit rien n'a été fait, et, à ce moment-là, c'est clair, je devrai dire à la communauté internationale : "Nous ne pouvons pas être au rendez-vous de l'aide au Liban", mais je devrai aussi vous expliquer, expliquer aux Libanaises et aux Libanais : "Nous étions prêts à vous aider, vos dirigeants en ont décidé autrement." Il n'y a pas de chèque en blanc, c'est la 1re étape.
Et, avant d'enclencher des mécanismes de sanctions...
On n'enclenche pas des mécanismes de sanctions parce que des gens ne prennent pas leurs responsabilités politiques, parce que, ça, c'est autre chose, on devient, sinon, l'arbitre d'un jeu politique. C'est, déjà, de dire : "Nous passons un contrat." Il y a ce sur quoi vos forces politiques, vos responsables se sont engagés là, qu'ils doivent mener à bien, et, en face de ça, l'aide de la communauté internationale, c'est ce 1er contrat qui, si le rendez-vous n'est pas là, et si le travail n'est pas fait, se déliera, et donc, la 1re chose que je ferai, c'est que j'essaierai de comprendre ce qui s'est passé, en transparence, d'attribuer des responsabilités politiques, et je vous le dirai en toute franchise, et très concrètement, ça veut dire qu'une partie des mécanismes qui devaient accompagner le peuple libanais, les politiques publiques, ne pourra pas être activée.
La 2e question que vous me posez ensuite, c'est si des responsabilités plus graves que ça, de corruption, de participation à des activités non légales sont identifiées pour des responsables qui permettent, à ce moment-là, d'activer des mécanismes de sanctions. C'est quelque chose que certains grands pays font, je n'ai pas de discussion avec eux sur ce point, contrairement, encore une fois, à ce qui a pu être dit ou écrit, parce que, d'abord, ce n'est pas la dynamique dans laquelle je suis engagé aujourd'hui, et que la France est un pays souverain qui le fait pour lui-même et qui laisse les pays le faire pour eux-mêmes. Nous avons, généralement, une coordination européenne en la matière.
Je pense que ce moment peut venir, je l'ai dit la dernière fois, je vous le répète, je ne l'exclus aucunement, il doit venir au bon moment s'il s'impose et de manière ciblée. Une politique de sanctions se fait quand on définit des responsabilités qui, à ce moment-là, peuvent devenir, si je puis dire, extraconstitutionnelles, mais qui ne s'inscrivent pas simplement dans le champ politique. Et, après, vous le savez très bien, les mécanismes de sanctions peuvent s'activer aussi quand on a des activités extra-légales qui peuvent être de type militaires ou terroristes, de type financières ou autre, et, en fonction des évolutions, je n'exclus pas un mécanisme de sanctions, en effet, plus large qui peut, dans certains cas, être activé.
C'est pas du tout la configuration dans laquelle est le Liban aujourd'hui, mais c'est une configuration qu'on a connue ou qu'on connaît aujourd'hui pour d'autres crises régionales, mais ça n'est, à coup sûr, pas dès l'étape d'octobre parce que nous sommes dans un processus, mais ce processus est d'abord un processus de confiance, d'engagement réciproque, d'exigence. Si on veut faire vivre la confiance, alors que je vois à chaque seconde la défiance partout ici, il faut s'engager, il faut demander aux gens de s'engager, il faut fixer des rendez-vous et attendre le rendez-vous avant de dire : "C'est impossible". C'est cet esprit-là qui est le mien aujourd'hui.
J'ai pas le micro, moi, alors... -Bonsoir, M. le président.
Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Vous avez rencontré à 2 reprises le Premier ministre, Moustapha Adib. Beaucoup ici s'interrogent sur sa marge de manoeuvre réelle pour engager les réformes en profondeur.
Quelles garanties a-t-il pu vous donner sur la méthode ? Et, question calendrier, vous avez répondu largement, mais y a-t-il aussi une date butoir pour des élections législatives anticipées ? Merci. -E.
Macron : Sur le 2e sujet, il n'est aujourd'hui pas l'objet d'un consensus entre les forces politiques, soyons très clairs. Et c'est un sujet qui dépend éminemment de ceux qui ont cette décision constitutionnellement en main au Liban et de la réalité politique et de la société civile. Et donc, sur ce sujet, je n'ai pas à m'exprimer, ça ne fait pas partie de l'agenda de réformes qui couvre les 3 prochains mois, nous avons eu des débats, j'ai vu des désaccords, et j'ai simplement essayé de convaincre l'ensemble des parties, de dire que le sujet sur la loi électorale ne doit pas être un préalable à la mise en oeuvre des réformes, parce que, sinon, on peut mettre les réformes en place dans plusieurs années.
C'est possible, ça a déjà été fait. Donc, ce sujet ne fait pas partie de ce qui a, aujourd'hui, fait l'objet d'un consensus et d'un engagement de toutes les forces politiques libanaises comme des présidents. J'ai vu pour la 1re fois et puis échangé pour la 1re fois hier soir avec le Premier ministre désigné, et je l'ai recroisé ce midi rapidement.
Ecoutez, qu'est-ce que je peux vous dire ? La 1re chose, il a, sur le plan politique, un soutien massif des forces politiques, même s'il n'est pas unanime, en tout cas de manière explicite. Plus largement que précédemment, les forces politiques libanaises présentes au Parlement se sont engagées derrière son nom. 1er point.
Le 2e, il a un parcours qui est un gage de professionnalisme et de probité. Le 3e, il est lucide. Il s'est rendu hier dans les rues, et nous en avons parlé très librement.
Il sait qu'il n'est pas, si je puis utiliser ce terme sans créer de polémique inutile, attendu comme le messie. Clairement, il n'est pas vu comme le sauveur. Et il le sait.
Pas pour ce qu'il est, parce qu'il est le fruit de la désignation de forces politiques qui n'ont plus la confiance du peuple, je l'ai dit très clairement aux intéressés, et ils le savent, mais c'était tout le débat qu'on avait ensemble le 6 août dernier. Nous en sommes là, et les forces politiques sont là, qui ont été élues démocratiquement dans le cadre d'une loi électorale qui est la vôtre par un peuple qui est le vôtre. Et on ne peut pas rompre avec cette légitimité en un jour, seul le peuple libanais le peut.
Pas un dirigeant étranger. Il ne m'appartient pas, à moi, de qualifier ou de lui donner un autre statut, mais il est très lucide sur cet état de fait. Et donc, je crois pouvoir dire que sa conviction est que, cette légitimité, il ne peut l'acquérir d'abord qu'en formant rapidement un gouvernement.
Et je crois que cette légitimité est plus forte ce soir qu'hier, car l'accord de toutes les forces qui le soutiennent, dirigeants, a été explicite ce soir, gouvernement de mission fait de professionnels avec l'idée qu'on ne va pas partir pour des mois de tractations où chacun nommera quelqu'un qui le représente, mais où on va laisser le Premier ministre proposer une équipe, la plus solide possible, et qu'il y aura ensuite un débat avec les forces politiques pour le soutenir. Autre élément, c'est la déclaration gouvernementale. Sa feuille de route pour les 3 prochains mois est celle que les forces politiques, mais aussi le président, le président de l'Assemblée, ont, en quelque sorte, sécrété par leurs discussions communes et le travail des dernières semaines et des dernières heures, et les quelques réformes que j'ai évoquées là avec un calendrier.
Je crois que ça lui donne une assise, une capacité à réussir, parce que le mandat est clair, il est explicite, il est impératif, je dirais, quasiment. Tous ces éléments sont des éléments inédits dans votre vie politique contemporaine, en tout cas très différents des réalités précédentes. Et c'est ce qui fait que, je le crois très profondément, si chacun tient sa parole et l'engagement explicite qu'il a pris les uns avec les autres et vis-à-vis de moi-même, je crois pouvoir dire qu'il pourra faire les réformes auxquelles il s'engage.
Voilà ce que je peux vous dire. -M. le président, M. le président, bonsoir.
C'est Joëlle Kozaily, de la MTV. Un mois après le drame atroce de Beyrouth, l'enquête n'avance pas. La classe politique et criminelle s'est montrée insensible à la souffrance du peuple sinistré et à l'agonie du pays, et, en même temps, même après l'explosion, des manifestants ont été réprimés violemment par l'usage d'armes à feu.
Quelques heures avant de vous accueillir à l'aéroport de Beyrouth, le président libanais, Michel Aoun, a interdit à l'équipe de la MTV, la chaîne que je représente, d'avoir accès au palais présidentiel pour couvrir les concertations parlementaires uniquement à cause de notre ligne éditoriale. En tant que président de la République française, qui est le berceau des libertés et des droits de l'homme, pensez-vous qu'on pourrait vraiment aspirer à un avenir meilleur tant que ces pratiques inadmissibles continuent ? Vous avez aussi dit que le Hezbollah est un parti qui est élu par le peuple.
Or, pensez-vous que les élections législatives peuvent avoir lieu en toute liberté tant qu'il y a un groupe armé qui est en train d'intimider ses opposants par la force de ses armes et par sa mainmise sur l'Etat et sur le pouvoir ? Pensez-vous qu'on pourrait vraiment avoir... qu'on pourrait vraiment entamer un dialogue pour la refonte du système dans de telles conditions, M. le président ?
Et est-ce que vous auriez eu les mêmes propos par rapport... de Hezbollah s'il s'agissait d'un groupe armé en France ?
Merci. -E. Macron : Alors, sur vos 2 questions.
Sur la 1re, je vais dire un mot de l'enquête. Nous coopérons d'un point de vue technique et à la demande des enquêteurs libanais, je peux vous dire que les coopérations techniques se passent bien, qu'elles permettent d'avancer et d'établir les faits, et donc, maintenant, c'est un débat qu'il y aura dans les prochaines semaines et qui est important, pour le peuple libanais, pour les victimes et leur famille, c'est que la transparence soit faite, pleine et entière, à l'égard de celle-ci et de votre peuple, et que, ensuite, les responsabilités, s'il y en a qui sont identifiées, soient assignées, et que ce soit suivi d'effets. Ce que je peux vous dire, c'est que l'enquête avance et que nous coopérons techniquement.
Ca, c'est important pour, si je puis dire, vous rassurer et aussi dire que plusieurs autres pays et grands pays internationaux coopèrent à la demande des Libanais pour qui fournir des images satellites, des données qui sont les nôtres. 2e élément. Sur le contexte politique, sur ce qui concerne votre chaîne et les derniers jours, je ne peux pas le commenter parce que je ne le connais pas et donc, je ne veux pas me permettre de m'immiscer dans ce débat particulier et le fait que vous citez dont je ne connais pas les faits.
Par contre, ce qui est vrai, c'est qu'il y a de la violence, qu'il y a, aujourd'hui, des artistes, des intellectuels, des journalistes qui considèrent que leur liberté d'expression, aujourd'hui, ne peut pas s'exercer de manière apaisée. C'est un débat que j'ai eu avec vos autorités, et donc, je pense que, le rôle de la France, c'est d'avoir cette exigence d'aider l'ensemble des journalistes, des artistes, pas simplement les protéger et les abriter quand ils veulent fuir le pays, ce qu'on fait aussi, mais de les aider à pratiquer ici. C'est, d'ailleurs, exactement le sens des initiatives que nous avons portées depuis maintenant un peu plus de 2 ans avec le réseau Reporters Sans Frontières, initiative que nous avons enclenchée au forum de Paris pour la paix, puis que nous avons portée à l'ONU pour, justement, défendre exactement sur ces principes, sur tous les théâtres d'opération les journalistes pour faire leur travail.
Je me permets d'y adjoindre simplement les intellectuels et les artistes. Ce que vous dites est très important, et je pense que la dignité du Liban et de son peuple, c'est que cette liberté soit respectée de manière scrupuleuse et donc, là aussi, qu'on puisse améliorer les choses sur ce volet. C'est une discussion que j'ai eue avec vos dirigeants et que nous allons poursuivre.
Mais l'exigence est là, en soutien avec les ONG qui sont compétentes sur ce sujet pour ce qui est de la France, en l'appui de l'ONU, qui, dans le cadre de ses missions, peut aussi vous protéger, et dans le débat exigeant que nous avons avec vos dirigeants, et, j'espère, pour la suite des réformes. Sur le sujet des élections législatives, ce que vous dites est un état de fait, et nous avons eu cette discussion de manière très franche tout à l'heure autour de la table, y compris avec le représentant du Hezbollah. Et ce que vous décrivez est juste.
Est-ce qu'il m'appartient à moi, pour autant, d'invalider des élections, ou de dire : "Je refuse de reconnaître une force politique" ? Je ne parle pas du Hezbollah dans sa composante militaire et terroriste, sur laquelle la France a toujours été claire et qu'elle condamne. Mais sur le Hezbollah en tant que force politique, est-ce qu'il est élu dans des conditions de sincérité du scrutin parfaite ?
Je ne suis pas le juge de votre scrutin. L'observation internationale, le bon sens me conduisent plutôt à penser que ce que vous dites est vrai et juste, et donc qu'il faut améliorer les choses sur ce point. Si je voulais être dans la pureté des intentions, je condamnerais le Hezbollah dans sa plénitude, je dirais : "Je refuse "de parler au Hezbollah en tant que formation politique "à votre Parlement, en tant que partenaire politique de la majorité que vous avez élue, elle, ce qui vous pose, par rapport à votre question, un autre principe politique et constitutionnel." Et je vous dirais : "C'est très simple, il faut les condamner, les désarmer..." Et je repartirais chez moi.
Et vous resteriez avec votre problème, et je n'aurais rien changé avec votre problème. Et je pense, d'ailleurs, que toutes les Libanaises et les Libanais qui vivent en France me diraient : "Merci, Président, vous avez bien parlé." Mais je n'aurais eu aucune action utile.
J'essaie de dire ce que je pense, la vérité au plus près, et d'avoir une action utile. Sans doute le Hezbollah est-il une force politique présente à votre Parlement parce qu'il y a de l'intimidation et parce qu'il joue sur cette dualité. Ce que vous dites est vrai.
Il l'est aussi sans doute parce que beaucoup d'autres forces politiques n'ont pas réussi à bien diriger le pays et à rendre le gens plus heureux, aussi, et c'est sans doute un peu vrai. Et que si on continue comme ça, il sera de plus en plus fort. Parce qu'avec des moyens qui ne sont pas ceux des autres forces politiques, des pratiques qui ne sont pas reconnues par la vie internationale, parfois une plus grande efficacité sur le terrain, socialement, culturellement, il a une clientèle.
C'est ça, la réalité, je vous parle très franchement. Et donc moi, j'essaie avec vous d'avoir un discours sincère et de ne pas m'enrober dans les principes. Et donc, par rapport à votre question, je vous ai répondu très précisément et de la manière la plus sincère.
Comment on en sort ? Pas avec des mots dans une déclaration qui n'est pas consensuelle et qui fait que, au fond, le partenaire de votre parti majoritaire, vous ne le traitez pas, et donc vous pouvez vous amuser à bloquer toutes les réformes. Mais en ayant un discours sincère avec le Hezbollah formation politique, en disant : "Vous voyez bien que c'est un problème pour vous aussi, aujourd'hui." C'est exactement la discussion que nous avons eue il y a une heure.
Exactement. Je leur ai dit : "Donc, à notre prochain rendez-vous, pour les prochaines réformes, on doit parler de ce sujet." Est-ce qu'on arrive à le résoudre tout de suite, je ne sais pas.
Ca ne doit pas être un tabou. Mais est-ce que c'est un principe qui interdit toute discussion sur le reste ? Ca marche pas.
Donc je suis, comme je vous l'ai déjà dit, un vrai idéaliste, c'est-à-dire un vrai pragmatique. Je crois dans mes principes, je les défends, je sais où est mon horizon, je ne cède rien par rapport à ça, mais j'essaie de construire avec vous le chemin. Sinon, il y a pas de chemin pour arriver à l'endroit qu'on évoque.
Voilà. Alors, c'est pas moi qui donne le micro, il faut que quelqu'un demande... (Propos incompréhensibles) Après, de toute façon, je vous connais, ça tournera.
Allez-y. -Bonsoir, M. le Président.
Nanette Ziade, de Radio Liban. En fait, le Premier ministre a été désigné suite à des concertations des parties libanaises diverses qui sont sur la scène et qui sont contestées par le peuple. Nous sommes un tout petit peu en train d'évoluer dans un cercle vicieux.
Est-ce que la France peut contribuer à défaire ce noeud gordien ? -E. Macron : Moi, je crois dans la souveraineté des peuples, et donc... le moment que vous vivez, que nous vivons, j'ai envie de dire, parce que je me sens, maintenant, partie prenante, je n'oublie pas ma place, mais on a une communauté de destins...
C'est la crise au sens gramscien du terme. Le neuf a du mal à émerger, et l'ancien est toujours là, qui tarde à partir. Vous avez raison de dire qu'il y a des mouvements dans la rue, qu'il y a une société civile qui est là.
Est-elle unie ? A-t-elle un leader ? Non.
Force est de le constater. Et la politique, c'est aussi du leadership. Et donc, il y a pas un leader qui s'impose, j'ai pas entendu...
J'entends les gens scander "révolution". Alors, qu'est-ce que ça peut donner ? La souveraineté populaire peut, à un moment, s'affirmer et l'emporter sur un système politique qui n'a plus de résultat.
C'est pas moi qui vais le faire, je n'ai pas à interférer sur ce sujet, la France, et d'ailleurs, je pense qu'aucune puissance étrangère n'a à interférer sur ce sujet. C'est un sujet du peuple libanais avec son histoire. Il y a une 2e façon de faire, c'est que ce mouvement social trouve un débouché politique, c'est le fameux sujet des élections.
Est-ce qu'avec la même loi électorale, ce mouvement social trouvera un débouché ? Beaucoup en doutent, y compris beaucoup des gens que j'ai pu rencontrer qui en sont les acteurs. C'est là où tout est circulaire.
Ils disent : "Donnez-nous des élections pour qu'on s'exprime." "Oui, mais avec quelle loi ?" "Une loi différente." "Mais qui fait cette loi ?" Les gens qui sont autour de la table et qui sont démocratiquement élus par la loi existante dans le cadre de votre Constitution.
Et donc, si on joue la continuité démocratique, ça ne peut s'installer que parce que l'ensemble, en tout cas une majorité des forces en présence, aura constitutionnellement défini une nouvelle règle du jeu qui permet cette émergence. Il est trop tôt pour le dire. Mais je pense que les possibilités sont là.
Alors, comment on brise ce noeud ? Avec beaucoup d'espoir et de volonté, et ce que j'ai ressenti, ma conviction, c'est que si, aujourd'hui, on ne met pas la pression pour des réformes de court terme qui sont importantes pour le quotidien des Libanaises et des Libanais, pour qu'on puisse soigner, vivre, se nourrir, mieux vivre, retrouver l'espoir, éduquer, si on ne fait pas ça, si on ne met pas une pression sur le système, pas pour sauver le système lui-même, mais pour redonner un peu d'espoir et d'énergie au peuple libanais, à ce moment-là, on joue la politique du pire. Et je pense que cette politique du pire est une faute profonde, pour ce qui est de la France et de beaucoup d'autres.
Parce que je pense que les plus solides, ce ne sont pas ceux que vous voulez et ce ne sont pas ceux qui manifestent dans la rue, ce ne sont pas non plus ceux pour qui la rue manifeste. Et donc vous êtes à un moment critique de votre histoire où il faut ou bien que le système politique se transforme de lui-même et ait cette force pour correspondre aux aspirations du peuple, ou bien que le peuple trouve le chemin démocratique de sa propre représentation, et peut-être qu'un peu des deux convergent, un système politique lucide sur lui-même qui voit qu'il faut que la société civile prenne plus de place, et une société civile qui accepte de rentrer dans le champ politique, ou bien peut-être c'est par des spasmes politiques, sociaux, que le changement se fera, et donc peut-être par des voies extraconstitutionnelles. Je vous décris là les possibles.
Je pense que, en tout cas, ce que nous, nous avons à faire, c'est de ne jamais laisser la politique du pire l'emporter. Et la politique du pire, c'est de dire : "Laissez le Liban à lui-même. "Les gens se lasseront, le désespoir gagnera, "les gens intelligents qui le peuvent quitteront le pays, et l'obscurantisme l'emportera." Je crois que c'est ça, le scénario du pire.
Certains parient dessus, en se disant : "A un moment, il y aura une crise, et on se séparera des forces politiques qu'on n'aime pas", dont on parlait tout à l'heure. Je pense que ça, c'est l'anéantissement du Liban pour un temps, mais quand un pays s'effondre, on ne sait jamais quand il renaît. Et donc je me battrai de toutes mes forces pour que ce scénario n'arrive pas, et je me battrai avec vous. -M. le Président, bonsoir.
Je pose cette question pour Les Echos. Vous avez fait des annonces très ambitieuses, ce soir, notamment sur les engagements obtenus par vos interlocuteurs. Mais aujourd'hui, au Liban, il y a beaucoup de gens, je pense aux Libanais qui mènent la contestation dans la rue, encore cet après-midi, comme ma consoeur libanaise vous l'a rappelé, je pense à des intellectuels, à des représentants de la société civile, des politologues, des juristes, qui pensent que le pouvoir n'est pas aux mains de gens qui sont aux responsabilités aujourd'hui au Liban, c'est-à-dire de gens qui ne sont pas responsables devant les Libanais.
Une classe disons affairiste, bien connue, dont aucun nom ne figure dans aucun organigramme d'une institution officielle. Comment fait-on, M. le Président, pour obtenir des engagements crédibles de réforme de gouvernance quand vos interlocuteurs ne sont pas ceux qui tiennent les rênes du pays ?
Je vous remercie. -E. Macron : Alors, d'abord, je me permettrais de rectifier votre début de question.
Je n'ai pas fait d'annonce, une feuille de route qui serait la mienne, je vous ai rendu compte des engagements pris par l'ensemble des forces politiques sur une feuille de route qui est la leur. Le distinguo est important. Vous êtes plus experte que moi, mais j'ai quand même le sentiment que, quand on voit des présidents avec qui j'ai échangés à la mi-journée et l'ensemble des dirigeants des forces politiques, je parle pas forcément des ministres d'hier ou d'avant-hier, mais des forces politiques, j'ai le sentiment qu'on voit les gens qui tirent les ficelles.
Vous êtes d'accord avec moi, comme vous dites. Donc si ces gens-là s'engagent, normalement, je suis en droit de leur demander des comptes. Donc je pense que c'étaient les bonnes personnes.
Alors après, beaucoup de femmes et d'hommes qui sont dans la rue me reprochent de les voir. Moi, je ne les connaissais pas avant, je les ai rencontrés pour la 1re fois le 6 août, ce qui donne une fraîcheur à nos échanges. Mais c'est exactement ce que je disais tout à l'heure.
Moi, je ne connais que le système que vous avez démocratiquement élu, qui a été ici, pardon, démocratiquement élu, en vertu de la Constitution et de la loi électorale. C'est pas à moi de désigner des leaders, sinon je nie la souveraineté du peuple. Et vous savez, les Occidentaux, par le passé, ont parfois essayé ce jeu, y compris dans la région.
Ca n'est pas une bonne idée de dire : "Je suis plus intelligent que la souveraineté populaire, "vos dirigeants ne me plaisent pas, "d'ailleurs, il y a des gens qui manifestent, "vous allez voir, on va régler les choses, on va vous changer vos dirigeants." Ca finit moins bien. Donc on est dans cette dialectique, au fond, c'est ça.
Pour briser la circularité dans laquelle le Liban est enfermé, il faut créer une dialectique. Une dialectique, c'est imparfait, ça peut prendre un peu plus de temps. Le chemin n'est pas univoque, c'est impossible.
Parce que si les acteurs en présence avaient l'énergie, la force d'âme et tous les intérêts alignés pour le faire, ils auraient pas besoin...
On n'aurait pas passé des heures à faire deux pages d'engagements, ils l'auraient fait depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans. Mais je pense que quelque chose se passe dans le pays, dans la rue, dans la région, dans la gravité historique du moment que nous vivons, que nous partageons, et peut-être de leur vie, qui fait qu'une responsabilité particulière résonne. Je suis pas naïf en disant ça, et je dis que, peut-être, le kairos est là.
Et donc, dans ces moments-là, il faut s'engager, mais ce sera forcément une dialectique. C'est-à-dire qu'il y aura des avancées, elles seront imparfaites, des reculs, mais je pense qu'un chemin...
Et alors, est-ce que ce chemin sera exclusivement politique, exclusivement de la société civile, un mariage des deux ? Les Libanaises et les Libanais diront. Moi, je veux simplement, de toutes mes forces, faire en sorte qu'ils puissent le faire librement et que ça ne soit pas dicté par, simplement, quelques-uns qui sont plus forts qu'eux ou par des puissances extérieures, c'est tout. -Bonjour, M. le Président.
Loïc Signor, CNews. Confirmez-vous que vous serez en Irak demain ? Et quel sera l'objet de cette visite ?
Parlerez-vous avec vos interlocuteurs de ces djihadistes français emprisonnés sur leur sort ? Et quelle est aujourd'hui votre opposition à ce sujet ? -E.
Macron : Je vous confirme que je serai demain matin en Irak, et qu'avec le ministre, nous aurons l'occasion de lancer, en lien avec les Nations unies, une initiative pour accompagner le président, le Premier ministre et le gouvernement irakien sur, véritablement, justement, une démarche de souveraineté. Le sujet que vous évoquez est un sujet qui est aujourd'hui bien structuré, connu, qui fait l'objet d'échanges techniques et ministériels. La position de la France a toujours été la même.
Nos, si j'ose dire, nos ressortissants qui font le choix libre d'aller combattre sur des théâtres extérieurs et qui se rendent coupables d'actions terroristes sur le sol d'un Etat souverain sont légitimement judiciarisés sur le sol de cet Etat souverain. Dans le cadre des coopérations judiciaires qui sont les nôtres, simplement, nous demandons, comme, d'ailleurs, le font nos partenaires européens, dans les cas où la peine de mort est prononcée, que celle-ci puisse être commuée, conformément à notre droit et nos principes dans des peines de prison à perpétuité. Voilà les principes qui sont les nôtres et qui régissent ce sujet.
Mais c'est le début d'une initiative politique profonde que nous allons lancer demain en Irak, après beaucoup de travail avec le président, le Premier ministre, dans un pays qui a beaucoup souffert de la guerre, du terrorisme islamiste et de l'ingérence des puissances extérieures, et qui continue d'en souffrir. Et donc, là aussi, l'idée est de structurer avec les Nations unies et la communauté internationale une initiative profonde, en soutien du président et du gouvernement. -Bonsoir.
Yara Abi Nader pour Reuters. La France joue, aujourd'hui, un très grand rôle au Liban et son chemin de réforme, mais d'autres forces régionales et internationales, notamment l'Iran, Saudi Arabia, ou même les Etats-Unis, ont leur propre apport. Quelles sont les garanties qu'ils ne vont pas saper ce programme d'avancement pour l'Etat libanais, à votre avis ? -E.
Macron : Il m'est arrivé d'essayer de faire des médiations, en tout cas de travailler avec certaines des puissances que vous évoquez, parfois même les deux. Ces expériences me conduisent à la plus grande humilité, et donc je ne stipulerai pas pour autrui. Ce que je peux vous dire, c'est qu'en engageant cette démarche, j'ai pris le soin de parler à tous les dirigeants internationaux qui sont dans le groupe international de soutien, à d'autres, et j'ai eu un échange avec le président Rohani et le prince héritier Ben Salmane sur l'initiative qui était la nôtre et la démarche conjointe, et donc qui sont...
Cette démarche se fait en transparence avec eux, et avec, en tout cas, des mots qui m'ont été prononcés, qui sont ceux d'une volonté de laisser le Liban mener son chemin. Je ne suis pas, là aussi, naïf. Est-ce que tous les liens qui existent, qu'ils soient publics ou qu'ils soient privés, beaucoup sont privés, se dénoueront du jour au lendemain ?
Non. Mais je pense que le programme sur lequel se sont engagés, s'engage le Premier ministre, vos forces politiques, les présidents, est suffisamment précis, concret et de court terme pour que ces puissances qu'on évoque n'aient pas un intérêt à le mettre en péril. Je pense qu'ensuite, il y aura à coup sûr des divergences quand il s'agira de la loi électorale, quand il s'agira de la clarification du sujet des armes, etc.
On le sait. Mais pas à ce stade. Voilà.
Donc là-dessus, on peut avancer. -Il y a un feu vert ? -E.
Macron : De qui ? -Des Iraniens. -E.
Macron : Non, je dirais pas un feu vert, parce qu'il y a pas de feu vert de quiconque à donner à qui que ce soit. Vous avez des dirigeants responsables qui s'engagent à des réformes pour votre pays. Ils prennent leur responsabilité comme dirigeants de forces politiques et responsables.
C'est eux qui ont donné, qui s'engagent et qui donnent le feu vert. Mais sur cette démarche d'ensemble, je vous le dis, il y a eu un échange préalable avec ces puissances, et je ne vois pas, compte tenu de la nature des réformes, l'intérêt de ceux-ci de les mettre en péril. Il faut avoir...
Je suis d'accord avec vous. Ce dont vous rêvez n'existe pas. Et ce dont vous rêvez, je ne peux pas vous l'apporter sur un plateau, je n'en ai pas la possibilité.
Il y a une chose qu'on peut rebâtir étape par étape, c'est une forme de confiance. Elle est relative, elle n'efface pas le passé, mais c'est d'essayer de dire comment on a des résultats concrets. Sinon, il ne reste que le désespoir ou les désabusés.
Et moi, j'ai...
Je me sens un devoir à l'égard de toutes celles et ceux que je sens désespérés ici ou à l'étranger face à la situation, parce que j'aimerais leur donner un chemin pour qu'ils agissent et qu'ils reprennent, qu'ils fassent tout ce qu'ils peuvent, et je pense que toutes les Libanaises et Libanais, où qu'ils soient, ont un rôle, dans cette période, essentiel, à jouer. J'en ai parlé avec quelques-uns, hier, qu'ils soient artistes, entrepreneurs, intellectuels, je pense que quelque chose peut se réinventer maintenant. Mais je pense qu'on n'a pas le droit, pour reprendre la formule de Rimbaud, de rester "Les Assis".
Donc même si c'est pas gagné, on va se battre. -M. le Président, c'est Madeleine Khalifa.
J'ai une question sur Fairouz. Hier, vous avez rencontré notre diva Fairouz. Pouvez-vous nous raconter quelques détails sur cette rencontre exceptionnelle ?
Et une 2e question, sur votre rencontre avec le patriarche. Merci. -E.
Macron : Alors, j'ai rencontré le patriarche quelques minutes, presque heure pour heure, 100 ans après l'implication d'un de ses prédécesseurs en ce même lieu. Et donc, nous avons, comme nous avions pu le faire lors de notre précédente rencontre, évoqué la situation du pays, et il m'a fait part de la position qui est la sienne et des initiatives qu'il a pu rendre publiques ces derniers temps sur la neutralité active. Et donc, sur ce point, nous avons eu un échange politique, et je crois qu'il a une volonté de s'engager sur ce sujet.
Et j'ai dit que, de là où elle est, la France, évidemment, tout ça est dans l'esprit exactement de ce que j'évoque depuis tout à l'heure, et que la France est engagée dans cette philosophie et cet esprit, et donc elle soutiendra, de là où elle est, comme elle le peut, au maximum de ce qu'elle peut. Et nous avons également évoqué le sujet des écoles. Mgr Gollnisch était partie prenante à ce rendez-vous, L'Oeuvre d'Orient a fait un très grand travail.
Mais, comme je le disais, nous avons pu évoquer aussi le fonds dit Personnaz que nous avons mis en place et toutes les initiatives prises, et que nous allons continuer sur ce sujet. Vous m'autoriserez à rester pudique, quant à Fairouz. Moi, je peux vous dire ce que j'ai ressenti et une part dicible de ce que je lui ai dit.
Moi, j'ai été très intimidé, d'abord, de voir une immense diva, et de voir son... sa beauté, son humilité, de magie, qu'elle a, sa très grande conscience politique.
Et je lui ai dit une chose que je crois très profondément, et qui vaut pour elle comme beaucoup d'artistes, ici ou à l'étranger, et de toutes générations, et y compris des artistes qui, aujourd'hui, prennent beaucoup de risques pour dire la vérité du Liban, la dessiner, l'écrire ou la chanter, ou la mettre en film ou en chorégraphie. C'est que ces voix sont importantes et que la voix de Fairouz, comme d'autres voix, et toutes ces générations, et tous ces arts, ça n'est pas l'accessoire, même dans ces temps de crise dans tous les sens du terme. C'est presque le plus important.
C'est ce qui redonne un motif d'espérer. Et je pense qu'elle porte, de manière fantasmée ou réelle, une part d'un Liban rêvé. Peut-être qu'il n'a jamais existé.
Mais cette part-là est importante aussi. Et donc je pense que sa voix est très importante aussi, aujourd'hui, pour toutes les générations qu'elle a accompagnées et pour toutes celles qui veulent un Liban dont ils se disent : "C'est impossible, parce que ce serait faux." Et donc je pense que sa voix est importante encore aujourd'hui, c'est ce que je lui ai dit.
Et j'espère qu'elle aussi, elle trouvera le chemin, et je pense qu'elle a quelque chose à faire. Moi, je...
J'essaie de pousser chacun à faire un petit peu. Et puis enfin, je vous dirai pas plus et je ne parlerai pas pour elle, parce que je trouve que la part de mystère dont elle s'est nimbée fait partie aussi de cette force. Je la respecte. -Elle a chanté ? -E.
Macron : Non. -Elle n'a pas chanté. -E.
Macron : Nous avons parlé. Et parfois, nous nous sommes tus. -Quelle est la chanson...
Je l'ai citée hier. J'avais cité "Li Beirut". Est-ce qu'il y a des dernières questions ?
Parce qu'après... -Il y a une toute dernière question, et c'est terminé, après.
Je vous remercie. -E. Macron : Mais des questions qui n'ont pas été posées. -Bonsoir, M. le Président.
Julie Marie-Leconte, France Info. Le Liban, c'est un art de vivre ensemble, vous l'avez encore répété. En France, à la veille du procès des attentats de janvier 2015, la rédaction de Charlie Hebdo a décidé de republier les caricatures de Mahomet.
Qu'en pensez-vous ? -E. Macron : Je pense qu'un président de la République en France n'a jamais à qualifier le choix éditorial d'un journaliste ou d'une rédaction, jamais, parce qu'il y a une liberté de la presse à laquelle vous tenez, à juste titre, profondément.
Et ensuite, dans notre pays, depuis le début de la IIIe République, dont, vendredi, d'ailleurs, nous célébrerons les...
Un anniversaire important. On célèbrera cet anniversaire, les 150 ans de la République. Il y a aussi, en France, une liberté de blasphémer, qui est attachée à la liberté de conscience.
Et donc, de là où je suis, je suis là pour protéger toutes ces libertés. Et donc je n'ai pas à qualifier le choix de journalistes, j'ai juste à dire, en France, on peut critiquer des gouvernants, un président, blasphémer, etc. Après, en face de cela, pour que le débat démocratique tienne, et ça ne vaut pas du tout pour les caricatures, parce que la caricature fait partie, justement, de cette...
Il y a, parce que souvent, ce droit de critiquer ou de blasphémer, et encore une fois, je ne parle pas du tout de Charlie Hebdo, mais, largement, de ce qu'on peut voir dans notre société, il implique, en revers, une décence commune, une civilité, un respect, parce qu'il y a en France toutes ces libertés, la liberté de conscience, la liberté d'expression, une liberté des journalistes de faire ses choix, une liberté de blasphème, il y a le devoir de ne pas avoir de discours de haine et de respecter. Le discours de haine, il se justifie dans des pays où la liberté n'existe pas, où l'alternance politique n'existe pas. Nous sommes un pays où toutes ces libertés sont défendues, ou constitutionnellement, ou par les lois fondamentales de notre République, garanties, où on peut changer la vie politique à chaque échéance.
J'en suis la preuve vivante, y compris quand on est hors du système. Tout ça impose aux citoyens que nous sommes le respect, et donc de ne jamais sombrer dans les discours de haine. Je le dis parce que c'est peut-être quelque chose qui nous manque dans le débat commun, qui n'a rien à voir avec la une de Charlie, parce que la caricature n'est pas un discours de haine, mais qui parfois, dans les discours des réseaux sociaux, dans ce à quoi nous nous habituons, est quelque chose qui peut menacer cette liberté et dont il est mon devoir de le rappeler.
Voilà ce que je peux dire pour cela. Mais je peux simplement dire que demain, nous aurons tous une pensée pour les femmes et les hommes qui ont été lâchement abattus parce qu'ils dessinaient, parce qu'ils écrivaient, pare qu'ils corrigeaient, parce qu'ils étaient là pour livrer pour aider, parce qu'ils étaient policiers, c'est ça ce qui s'est passé ce jour-là. Et donc, au-delà du procès, qui donc qui commencera demain, et je n'ai pas à m'exprimer sur ce point en tant que président, on aura une pensée pour toutes celles et ceux qui sont tombés pour cela. -M. le Président, vous reviendrez en décembre ? (Rires) -E.
Macron : Oui, je reviendrai. En décembre. Ben oui, parce que sinon, il n'y aura pas d'échéance régulière, donc en octobre, la 2e quinzaine, et en décembre.
Est-ce qu'il y a une toute dernière question ? -M. le Président, bonsoir. -E.
Macron : On inventera un nouveau nom. -Hassan El Husseini, de radio Monte Carlo Doualiya. Avant que vous veniez à Beyrouth, votre entourage a laissé entendre que vous allez demander aux représentants des partis politiques de se mettre de côté et l'émergence d'un nouveau gouvernement et de nouveaux dirigeants pour un lapse de temps.
Est-ce qu'ils vous...
Est-ce qu'ils vous ont écouté ? Qu'est-ce qu'ils ont dit ? -E.
Macron : Non, mais c'est toujours la même question. C'est intéressant, d'ailleurs, parce qu'on a eu exactement le même débat avec les forces politiques. D'abord, moi, j'ai rien à dire à qui que ce soit, j'ai juste dit aux intéressés si ce sont les mêmes aux mêmes postes, il y a peu de chances que ça produise un résultat différent.
Qu'est-ce qui change là ? Des réformes claires, un agenda à un mois, 3 mois et un engagement de toutes les forces politiques derrière cet agenda de réformes au gouvernement, au Parlement. Et la 2e chose, c'est de dire : "Le Premier ministre désigné va constituer "un gouvernement de gens probes, "connaisseurs de leur secteur et de l'administration, et donc compétents." Et ce qui change, c'est qu'ils ne seront pas les représentants chacun de la force politique qui est là, elles vont adouber un tout.
OK ? Ensuite, la feuille de route. Je leur ai dit : "Vous pouvez avoir confiance. "Il faut pas que vous ayez votre espion dans le gouvernement, "parce que la feuille de route, c'est la vôtre, de manière impérative." Et les forces politiques, elles ne se désengagent pas.
L'engagement qu'elles ont pris, c'est de dire : "On va s'engager pour, dans les prochains jours "et au plus tard dans 15 jours, "soutenir pour toutes, à l'exception d'une, "la formation de ce gouvernement et ce gouvernement, "et on va s'engager au Parlement toutes celles-ci pour que ces réformes aboutissent." Et donc, on n'est pas face à un gouvernement de techniciens dont on pourrait s'affranchir des forces politiques disant : "Ca n'est pas nous, on est pas d'accord avec ces gens-là." Tout est lié.
C'est ça, l'innovation de la démarche, et son caractère structurant. Vous avez encore des questions ? (Propos inaudibles) (...) Non, je ne l'ai pas évoqué avec le patriarche.
On a eu une discussion simplement sur ces propositions. Oui, mais nous ne l'avons pas évoqué pour être honnête avec lui. On a évoqué le sujet de neutralité.
Il m'a dit sa vigilance sur certaines volontés de réformes institutionnelles et d'équilibres confessionnels. Mais rien d'autre. Allez-y. -Pour Sawt Beirut.
M. le Président, quel est le message que vous avez transmis au Hezbollah par le député Mohammad Raad ? -E.
Macron : Il était autour de la table avec tout le monde, donc ce que tous les autres ont entendu. Un engagement sur le gouvernement et les réformes, et il s'y est engagé. Il a exprimé sa voix sur les élections.
Et c'est là où il y a eu un désaccord entre plusieurs, il n'était pas le seul, il fait partie de ceux qui veulent pas d'élections anticipées et pas changer la loi électorale. Je suis pas sûr que ça soit une grande surprise pour vous et que ce soit un scoop. Et je lui ai dit, pour moi, ce qu'était une enquête indépendante, parce qu'on avait un problème de définition sur le sujet.
Et à la lumière de la discussion, je lui ai dit que, très clairement, il y avait un problème d'articulation entre une présence militaire et une représentation politique, qu'elle ne faisait pas partie du programme de réformes dans les 3 prochains mois, mais que c'est un sujet qu'on devrait engager dans cette discussion. Il en est convenu. On peut pas être plus exhaustif.
Allez, la toute dernière. -La dernière. Elle est là. -Je peux poser une question sur la transparence, s'il vous plaît, du système judiciaire libanais ?
Vous dites que vous n'avez pas la même définition d'une enquête indépendante. Est-ce que, ce soir, vous pouvez dire que vous avez confiance qu'il y aurait une enquête transparente, sachant que le Liban est considéré comme étant l'un des pays les plus corrompus, que jamais aucun ministre est allé en prison, et que vous avez demandé vous-même une réforme du secteur judiciaire ? Est-ce que vous avez confiance dans l'enquête de Fadi Sawan ? -E.
Macron : Alors, d'abord, la réforme de l'enquête du système judiciaire, dans ses prémices, elle est dans la déclaration. Donc dans les 3 mois. 2e sujet : je pense qu'il y a beaucoup d'éléments de fait qui sont aujourd'hui établis par les coopérations techniques internationales.
Donc il y a quand même des éléments factuels qui avancent. Je peux dire que je suis raisonnablement confiant sur le fait que les faits, ce qu'il s'est passé, les quantités en présence, je crois que tout le monde sera obligé de les reconnaître. Là où nous serons collectivement vigilants, c'est pour attribuer les responsabilités.
Voilà. Et c'est là où, à la lumière du passé, votre scepticisme se justifie. Voilà. -Je vous propose de nous arrêter là.
Je vous remercie beaucoup à tous. -E. Macron : Voilà.
Donc vous avez compris. Là, rendez-vous d'octobre. Moi, je reviens en décembre.
Et moi, j'ai une pensée...
Parce que c'est ce que sa maman avait fait ce matin, que la petite Tamara Tayah m'a remis, mais j'ai une pensée pour toutes les victimes du 4 août dernier et je crois qu'on leur doit beaucoup de courage. Et donc, j'ai confiance en vous pour que vous soyez engagés et qu'on soit tous engagés. En tout cas, je vous ferai le maximum, croyez-le. "Min albi salam li Beirut." (Applaudissements) (...)
Emmanuel Macron