Guerre en Ukraine et gaz russe... Le 8h30 franceinfo de Yannick Jadot
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Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Pour la première fois de son histoire, l'Europe va donc acheter des armes et les fournir à un pays en guerre, en l'occurrence l'Ukraine. Il y en a pour un demi milliard d'euros au total, a annoncé hier soir la présidente de la Commission européenne. Est-ce que c'est la bonne réponse ?
Oui. Il faut aider les Ukrainiens qui aujourd'hui se battent pour leur liberté, pour leur indépendance, pour la démocratie. On voit bien qu'ils sont finalement en première ligne du combat contre une dictature, celle de Vladimir Poutine, qui veut mettre à bas les libertés, la démocratie, dans l'ensemble de son voisinage. Donc oui, il faut aider les Ukrainiens qui se battent pied à pied dans les rues, dans les villages, dans les petites villes, dans les grandes villes, pour défendre leur liberté.
Vous avez changé d'avis, puisque la veille encore de l'intervention russe en Ukraine, vous disiez qu'il n'est pas question d'armer les Ukrainiens, on ne va pas faire la guerre à Vladimir Poutine.
J'ai dit qu'à ce moment-là, le temps n'était pas venu, que ce n'était pas le sujet du moment, puisque c'était la diplomatie qui, à ce moment-là, tentait de résoudre les problèmes. Mais à partir du moment où Vladimir Poutine a envahi, tente d'envahir ce pays, il est normal, il est totalement légitime d'aider les Ukrainiens.
Et pourtant, Ségolène Royal estime que vous vous disqualifiez en étant devenu un vatanguerre et estime que vous ne devez plus être candidat à la présidentielle.
Écoutez, je pense que Ségolène Royal, comme un certain nombre de responsables politiques français, ne sont pas sortis de la guerre froide, de leur analyse de la guerre froide. Et quand j'entends effectivement Ségolène Royal dire que le problème, c'est les armes américaines en Europe, je pense qu'on est totalement à côté de la réalité d'aujourd'hui. On a aujourd'hui des pays qui, depuis des années, ont construit leur démocratie, ont construit leur indépendance vis-à-vis de la Russie, tentent de s'européaniser, y compris dans leur relation avec l'Union Européenne. Ces pays sont sur le continent européen. Et donc aujourd'hui, on a un agresseur qui s'appelle Vladimir Poutine.
Et je suis toujours surpris d'entendre des responsables politiques, depuis des années et des années, continuer cette complaisance qui, à mon avis, est coupable vis-à-vis d'un dictateur. À gauche, c'est Jean-Luc Mélenchon ? Non, là, vous savez, on est dans un moment où, moi, je souhaiterais qu'il y ait une unité nationale. Une unité nationale, une unité européenne, parce que nous sommes face à un agresseur qui met notre sécurité, notre paix et notre démocratie en danger. Et donc, dans ces moments-là, il faut de l'unité.
Mais nous aurons dans cette campagne présidentielle, effectivement, parce que cette crise majeure pose toujours la relation des candidats et des candidats à la démocratie, à l'Union Européenne, à la politique étrangère. Et on sait que depuis dix ans, même plus, vingt ans, que Vladimir Poutine est là, il n'a cessé de mettre en place la même politique. Quand un peuple veut la démocratie, lui fait la guerre, et quand des opposants, sur son propre territoire ou en dehors de son territoire, défendent les libertés, que ça le concerne, il est prêt à les assassiner.
Yannick Jadot, vous souhaitiez interdire le commerce mondial des armes. Aujourd'hui, vous dites oui, il faut armer les Ukrainiens. C'est la fin d'une tradition pacifiste dans votre parti ?
J'ai jamais parlé d'interdire le commerce des armes. Non, des exportations françaises d'armes. Non, des exportations françaises d'armes vers les dictatures. Ce sont deux choses assez différentes, puisque nous sommes engagés dans des conventions internationales qui nous empêchent de vendre des armes à des dictatures, y compris des dictatures en guerre. On parlait de l'Arabie Saoudite, à ce moment-là, ou des Émirats Arabes Unis, qui, vous le savez, sont engagés dans la guerre au Yémen. Est-ce que c'est la fin, en tout cas, d'une tradition, dans votre parti, qui était le pacifisme avant tout, plus jamais ça ? Mais il faut continuer à se battre en permanence pour la paix.
Il faut continuer à se battre pour des règlements pacifiques, des tensions. Mais à partir du moment où vous avez un envahisseur, vous avez une dictature qui veut mettre à bas un pays, eh bien, évidemment, on ne va pas laisser les Ukrainiens se battre sans gilet pare-balles. On ne va pas laisser l'armée ukrainienne sans réponse aux chars et aux tirs de missiles russes. Donc, ma position n'a pas changé.
Est-ce qu'il faut envisager une étape supplémentaire et d'aller combattre directement là-bas ?
Écoutez, on n'en est pas là. On n'en est pas là ? Non, je pense que le jamais est toujours un terme compliqué dans ces situations de crise. Je crois qu'aujourd'hui, l'Europe n'est pas organisée, n'a pas la politique de défense suffisante pour intervenir militairement. En revanche, parce que, y compris nous n'envoyons pas nos soldats, notre soutien sur les autres dimensions doit être total. Donc, ça veut dire, sur le régime des sanctions, évidemment, il faut continuer potentiellement à élargir le régime des sanctions. On va en parler. Il faut évidemment soutenir les capacités de l'Ukraine à se défendre.
Et puis, vous l'avez noté, notamment ce week-end, il y a une forme de régionalisation du conflit. Puisque la Biélorussie participe, maintenant, est devenue un acteur belligérant de cette guerre. Donc, il faut élargir toutes nos sanctions. Puisque la Russie est passée par la Biélorussie pour envahir l'Ukraine. À la Biélorussie. Vous voyez bien les agressions à ce stade verbal. Mais on sait qu'avec Poutine, du verbe à l'agression physique, militaire, il n'y a qu'un pas. On voit bien les agressions verbales sur la Pologne, sur la Finlande, sur la Moldavie, sur la Géorgie. Donc, il faut bien que chacune, chacun comprenne que ce qui se joue en Ukraine n'est pas simplement la question ukrainienne.
C'est la question de la démocratie en Europe. C'est la question de la sécurité en Europe. Et c'est, j'allais dire, la première étape pour Vladimir Poutine d'une agression sur l'ensemble de ses frontières.
En vous écoutant, on a envie de vous demander, si vous êtes élu, est-ce que vous allez augmenter le budget de la défense en France ? Et finalement, revenir sur ce que vous aviez dit, c'est-à-dire, vous n'abandonnez plus la dissuasion nucléaire en France.
Alors, je vous invite à relire mon projet, parce que ça fait plusieurs fois que j'entends des propositions qui ne sont pas les miennes. J'ai dit régulièrement, et c'est dans mon projet, qu'on maintient la loi de programmation militaire. J'ai dit qu'en matière de dissuasion nucléaire, dont on voit bien l'enjeu majeur qu'il constitue avec Vladimir Poutine, qui rompt avec des décennies de politiques de dissuasion, puisqu'il en parle très tôt, et qu'il affiche à travers cette symbolique de la dissuasion nucléaire, le fait qu'il considère bien l'Ukraine comme un intérêt vital et comme un enjeu de politique intérieure. Donc ça veut bien dire ce qu'il veut faire de l'Ukraine.
Donc vous maintiendrez la dissuasion nucléaire française, et est-ce que vous augmenterez le budget de la défense française pour le porter à 2% ? C'est ce que réclame l'OTAN depuis des années et des années. Est-ce que vous le ferez ?
Non, pour l'instant, je maintiens la loi de programmation militaire, qui nous permet de faire du rattrapage sur un certain nombre d'équipements.
Vous voyez ce que font depuis ce week-end vos amis allemands écologistes qui disent, on se rend compte que ça ne va pas, l'armée allemande aujourd'hui n'est pas prête à réagir en cas de guerre, et les allemands qui ont une tradition depuis la seconde guerre mondiale disent, oui, nous on va porter à 2% le budget de la défense.
Oui, parce qu'ils ont un retard qui est absolument considérable en Allemagne. Il nous faut aujourd'hui, on le voit bien, y compris toutes celles et tous ceux qui portent, au fond, depuis des années, une forme de marche arrière sur l'Union européenne. On voit bien à quel point elle est essentielle. Vous savez que j'ai toujours défendu une politique de défense européenne, parce que si on n'a pas de politique de défense européenne, on n'a pas de politique étrangère européenne digne de ce nom.
Donc il va falloir construire ça, et j'espère que dans la volonté des Allemands d'être un acteur aujourd'hui plus important de la sécurité, évidemment en Europe et au niveau international, c'est quand même important, parce qu'on a perdu la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, donc la France était un peu le seul pays. Il va falloir que j'espère que cette stratégie d'armement au niveau de l'Allemagne se construira aussi sur des équipements, des armes qui seront européennes, et que ça nous permettra aussi de nous renforcer dans un partenariat bien compris avec les États-Unis.
Vous êtes convié, Yannick Jadot, comme la plupart des candidats à l'élection présidentielle à Matignon, cet après-midi, pour une réunion sur l'Ukraine, où vous nous direz, si vous voulez bien, dans un instant, ce que vous en attendez, ce que vous direz également à Jean Castex, qui va vous recevoir. Le fil info, tout d'abord à 8h41 avec Lisa Guyenne. Depuis quelques minutes, l'armée russe promet que les civils peuvent librement quitter la capitale ukrainienne, Kiev, en passant par l'autoroute. La Russie revendique aussi la suprématie aérienne dans toute l'Ukraine. Des affirmations non confirmées pour l'instant, ni par l'Ukraine, ni par d'autres pays.
Des annonces faites alors que des pourparlers sont censés commencer ce matin, entre les délégations russes et ukrainiennes à la frontière biélorusse, et alors que Vladimir Poutine a brandi hier la menace nucléaire. Les Nations Unies, elles ont rendez-vous cet après-midi pour une session extraordinaire d'urgence demandée par la France. Elle va réclamer le retrait immédiat des troupes russes d'Ukraine et la garantie de la protection des civils. À Paris, Emmanuel Macron lui préside un conseil de défense prévu à 11h à l'Elysée.
Et une nouvelle étape ce matin dans la levée des mesures anti-Covid, c'est la fin du masque obligatoire dans les lieux qui sont soumis au pass vaccinal, sauf dans les transports en commun. Et puis c'est aussi aujourd'hui que les retraités vont toucher l'indemnité inflation. Ce chèque de 100 euros censé compenser la hausse des prix de l'énergie, réservé aux Français qui touchent moins de 2000 euros par mois. France Info
Le 8.30 France Info, Jean-Jérôme Bertolus, Marc Fauvel. Yannick Jadot, candidat à l'élection présidentielle pour les écologistes, est avec nous ce matin. Vous serez aux côtés du Premier ministre, face au Premier ministre, cet après-midi, à Matignon, qui sera lui-même entouré d'ailleurs du chef d'état-major, des armées, de la ministre de la Défense, du ministre des Affaires étrangères. Qu'est-ce que vous allez lui dire ? Qu'est-ce que vous allez exiger comme information ?
Un, évidemment, je l'ai dit, porter l'unité nationale. Il nous faut être fermes. Et pour être fermes aujourd'hui dans le contexte, notamment vis-à-vis de Vladimir Poutine, nous devons être unis, au niveau français, au niveau européen. Deuxièmement, je pense que les Françaises et les Français sont en voie de savoir le type d'armes de défense que nous envoyons à l'Ukraine. Je l'ai dit, je soutiens, et j'étais un des premiers à demander ce type d'envoi. Mais on voit tous les pays européens. On voit tous les pays européens, et je pense que c'est un exercice normal de transparence, dire, ben voilà, nous envoyons des fusils, des munitions, du carburant, des armes anti-charges.
Pourquoi la France ne le dit pas, à votre avis ? Écoutez, je poserai la question au Premier ministre. Je pense qu'il aurait été de bon ton que ce soit le Président de la République qui reçoive les candidats à l'élection présidentielle. Le rôle du Premier ministre est plutôt de travailler avec l'Assemblée nationale et le Sénat.
Vous ne l'auriez pas reproché à Emmanuel Macron, pas encore candidat, de recevoir les candidats déclarés ?
Ça c'est son choix. Attendez, moi je ne rentre pas dans les stratégies compliquées d'Emmanuel Macron. Bon, unité nationale en train, transparence sur les armes fournies à l'Ukraine. Aujourd'hui il est Président de la République, Chef des Armées, c'est lui évidemment qui est en charge de la dissuasion nucléaire, et il est Président de l'Union Européenne. C'est à ce niveau-là que les discussions doivent se passer. Donc un, transparence. Deux, étendre les sanctions à la Biélorussie qui est devenue un acteur belligérant, qui est devenu un pays en guerre contre l'Ukraine.
Et troisièmement, on voit bien qu'il nous faut absolument, comme on l'a fait pour la pandémie, on a eu un grand plan européen d'investissement pour éviter la crise. Là on voit bien qu'on a un plan d'investissement majeur à faire pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles, pour redevenir souverain du point de vue énergétique, et ça tombe bien, on a le climat, la question des ressources, et notamment la question des ressources énergétiques, la question des ressources agricoles, on voit bien à quel point aujourd'hui ces enjeux du climat, ces enjeux des énergies fossiles et des ressources agricoles sont devenus des enjeux de sécurité internationale.
Un pays que vous avez longtemps cité en exemple, Yannick Jadot, et sur lequel on va reparler à présent, c'est l'Allemagne qui a annoncé hier qu'elle souhaitait se couper du gaz russe plus facilement, en tout cas en être moins dépendant dans les années qui viennent. L'Allemagne a annoncé pour se faire le prolongement des centrales à charbon, qui devaient fermer à l'origine en 2030. L'Allemagne envisage désormais de continuer à les faire tourner au-delà. Idem pour les trois dernières centrales nucléaires qui devaient fermer cette année.
Est-ce que la France doit avoir cette réflexion aussi pour être moins dépendant, même si nous le sommes déjà moins que les Allemands, du gaz russe prolongé nucléaire ? Écoutez, on est déjà dans le prolongement du nucléaire.
La question qui se pose en France n'est pas du tout la même. Chez vous, c'est l'extinction du nucléaire. Attendez, si on peut juste... Ce moment-là doit être un moment de pédagogie pour les Françaises et les Français. Un, il faut savoir qu'effectivement en Allemagne, encore plus que dans tout haut pays, ils ont construit la dépendance au gaz russe. C'est-à-dire les sociodémocrates avec Schröder, les conservateurs de la même façon. Il se passe des choses. Vous savez que la moitié du stockage du gaz en Allemagne, c'est Gazprom qui s'en occupe. Et que Gazprom, comme par hasard, cet hiver n'a pas refait les stocks de gaz en Allemagne.
Je veux dire, ça dit à quel point ils ont construit, les sociodémocrates et les conservateurs, une dépendance par rapport au gaz russe. Vous savez combien au niveau européen, y compris dans le débat sur la taxonomie, on s'est battus contre les investissements sur le gaz. Donc les écologistes, depuis longtemps, parce qu'ils portent l'efficacité des bâtiments. Quand on se bat sur un objectif européen puissant d'efficacité des bâtiments, c'est réduire, c'est réduire de moitié nos importations de gaz. C'est considérable. Vous ne changerez pas votre programme sur le nucléaire en tout cas avec ce qui se passe aujourd'hui ?
Non, parce que regardez, le sujet dans lequel on est en France, c'est est-ce qu'on construit de nouveau le central nucléaire ou est-ce qu'on a un autre chemin ? Économie d'énergie, c'est bon pour le pouvoir d'achat et développement des énergies renouvelables. Le programme d'Emmanuel Macron, c'est de nouvelles centrales nucléaires à l'horizon 2040-2045. Vous voyez bien qu'on a une telle urgence aujourd'hui que l'enjeu, il est l'investissement massif sur les économies d'énergie.
Je le répète pour la troisième fois, mais c'est là qu'est la clé du pouvoir d'achat des Françaises et des Français, au-delà de notre souveraineté énergétique et le déploiement des énergies renouvelables, dont on voit bien qu'aujourd'hui, ce sont les énergies de liberté, ce sont des énergies de sécurité internationale, puisqu'on ne dépend de personne, sinon du vent, du soleil, de l'eau. Dans l'immédiat, Yannick Jadot ? Ah, mais non, c'est pas... J'avais une pièce, s'il vous plaît. Le vent, c'est intermittent. Non, j'entends... Le photovoltaïque, ça l'est aussi. J'entends ce qui se dit en permanence et tout ça. Qu'est-ce que j'ai dit inexact ? Vous avez, par exemple, je ne vois pas encore...
Vous avez RTE, Réseau de Transport d'Électricité. Pardon, Jean-Jérôme Bertholique. Vous avez l'ADEME, qui est l'agence qui réfléchit à la protection du climat et à la transition énergétique. Tout considère qu'on a des scénarii extrêmement solides, 100% renouvelables. Parce que vous avez de l'éolien, effectivement, vous avez du photovoltaïque, vous avez de la géothermie, vous avez de la biomasse, vous avez l'eau, vous avez les barrages. Et tout ça construit un système extrêmement solide. Si les experts le disent, est-ce qu'à un moment donné, on peut se dire que... Vous savez d'où vient l'uranium français ? 8 à 9 000 tonnes d'importation par an. Il vient d'où ? En Afrique.
Non, il vient d'abord du Kazakhstan. Kazakhstan, sous contrôle russe, l'Ouzbékistan, sous contrôle russe, le Niger, situation bien compliquée.
Donc, les énergies renouvelables sont les énergies de sécurité et des énergies de liberté. Bonne réponse de votre part. Merci. Je me permets, entre guillemets, en tout cas, retour au présent, retour à l'immédiat. Mais c'est ça l'immédiat. On vous entend sur l'énergie, on vous entend sur les sanctions. Qu'est-ce que vous dites aux Français qui vont aller faire le plein tout à l'heure aux stations d'essence, qui vont se chauffer, qui vont aller dans les supermarchés acheter leurs produits alimentaires ? Vous leur dites, la situation est tellement grave qu'il faut être prêt, vous-même, à faire des sacrifices ?
Je dis que les Françaises et les Français, parce qu'encore une fois, ce qui se joue en Europe est absolument majeur, il va y avoir des coûts pour notre économie. Il va y avoir des coûts potentiels pour les Françaises et les Français. Moi, ce que je souhaite, et ce n'est pas nouveau, c'est à la fois en urgence un chèque énergie de 400 euros pour les 6 millions de familles qui en bénéficient déjà, 100 euros pour les 15 millions de familles au-dessus. Donc ça, c'est comment on gère le présent, aujourd'hui, pour éviter les chocs sur le pouvoir d'achat et la fragilisation de millions de Français qui souffrent déjà.
Et je le dis, c'est que ce qui se passe en ce moment au niveau mondial, c'est la tentative d'établissement d'un nouvel ordre mondial avec des dictatures qui veulent s'accaparer. La Chine achète des terres agricoles en France. La Russie veut nous contrôler du point de vue énergétique. C'est un capitalisme qui s'exonère de toute responsabilité environnementale. Et donc, on voit bien que les écologistes ont un plan, que ce soit du point de vue de l'agriculture comme du point de vue de l'énergie. Ce plan, c'est à la fois mener la bataille du climat en responsabilité. Aujourd'hui sort un nouveau rapport du GIEC qui va dire à quel point les impacts peuvent être terribles.
C'est un plan de sécurité, de souveraineté et c'est un plan de relocalisation. Si, avec la pandémie qu'on a eue, on a vu notre vulnérabilité sur la santé, on voit aujourd'hui notre vulnérabilité sur l'énergie. S'il y a un moment où on doit repenser notre modèle, c'est maintenant. Donc on agit conjoncturellement et les écologistes ont un plan structurel, climat, souveraineté, pouvoir d'achat.
Le fil Info 8h51, l'Élysée Agrienne. Et on vous retrouve dans un instant, Yannick Jadot. L'État français a fait parvenir 33 tonnes de matériel humanitaire en Pologne à destination des Ukrainiens, annonce ce matin du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Ce sont des tentes, des médicaments et de la nourriture. Il ajoute qu'une autre livraison de plus de 30 tonnes est prévue pour la Moldavie en début de semaine. Et c'est alors qu'en 5 jours de guerre, ce sont déjà près de 400 000 Ukrainiens qui ont fui les combats d'après l'estimation des Nations Unies. L'Union Européenne va financer des armes. Pour la première fois de son histoire, 500 millions d'euros débloqués.
Pour les forces ukrainiennes, certains pays vont fournir des avions. Autre mesure décidée contre la Russie par les 27, le gel de près de la moitié des réserves de la banque centrale russe. La Suisse réfléchit à faire de même. Conséquence, la monnaie russe, le rouble, a perdu un tiers de sa valeur ce matin. Et la cotation de la bourse de Moscou est suspendue jusqu'à cet après-midi. En France, une nouvelle étape dans l'allègement des mesures anti-Covid. Dès aujourd'hui, le masque n'est plus obligatoire dans les lieux qui sont soumis au pass vaccinal. Donc les restaurants, les cinémas, les musées. En revanche, il reste obligatoire dans les transports en commun. France Info
Le 8.30 France Info Jean-Jérôme Bertolus, Marc Fauvel
Toujours avec Yannick Jadot, Sandrine Rousseau qui préside votre conseil politique demande que la population européenne se passe du gaz russe par solidarité. Vous pouvez nous expliquer ce que ça veut dire ? On fait grève du chauffage ?
Non, ce qu'elle veut dire c'est qu'on voit bien qu'il y a une menace évidemment qu'on doit préparer. Et c'est que la Russie ferme les exportations de gaz vis-à-vis de l'Europe. Mais par solidarité ça veut dire pas ? Non, ça veut dire qu'il va falloir agir en solidarité. La France par exemple, vous savez, on a... Quand on regarde tous les scénarios et quand on discute avec les ministres européens et les commissaires européens, on n'a pas de problème d'approvisionnement en gaz jusqu'à l'hiver prochain. C'est important, il faut que les Françaises et les Français soient de ce point de vue-là rassurés.
Mais on peut avoir des difficultés au sein de l'Union européenne entre les stocks et la fourniture de gaz. Et donc quel est le rôle des Européens dans tout ça ? Solidarité, ça veut dire qu'à un moment donné, il va falloir mutualiser les coûts et mutualiser au fond les risques de pénurie s'il devait y en avoir. Donc ça veut dire que nous devons, en Union européenne et y compris avec les Ukrainiens, être prêts à faire face à l'arrêt du gaz russe si ça devait arriver. Mais vous savez, il y a déjà eu une crise du gaz russe en 2008-2009.
Et au niveau européen, on avait construit par exemple, ça va vous paraître technique mais c'est essentiel, Vous savez, jusqu'en 2008-2009, les tuyaux de gaz, les pipelines, n'allaient que dans un sens, de l'Est vers l'Ouest. Aujourd'hui, on a des tuyaux qui permettent aussi d'aller de l'Ouest vers l'Est. Ça veut dire qu'en fait, on construit une solidarité et une souveraineté partagée sur nos besoins, comme évidemment notre offre en matière énergétique. Donc il faut ce moment-là. C'est pour ça que j'appelle un nouveau plan d'investissement européen. Parce qu'on voit bien qu'il faut sortir de cette dépendance aux énergies fossiles. Sortir de la dépendance, c'est bon pour notre sécurité.
Ça limite toutes les complaisances qu'on a vues, y compris politiques vis-à-vis de Poutine, qui sont quand même exécrables. Et c'est bon pour le climat.
Alors, depuis la mi-décembre, Emmanuel Macron a eu 10 entretiens avec Vladimir Poutine, dont les 6 heures à Moscou, début février. Est-ce que vous saluez le rôle de médiateur d'Emmanuel Macron ?
Je salue la position qu'il prend aujourd'hui, qui est de travailler totalement avec les autres dirigeants européens. J'ai considéré que pendant trop de semaines, le président de la République, qui était pourtant déjà président de l'Union européenne, agissait seul, ou tentait seul, de trouver une issue avec Vladimir Poutine. Moi, ces entretiens, depuis des années, vous l'avez cité le nombre, ou le dernier à Moscou, le tutoiement, vous allez voir ce que vous allez voir, je sors de ce rendez-vous avec Poutine, j'annonce des résultats, que Poutine conteste immédiatement, et que Poutine nous humilie en conférence de presse, en nous indiquant à quel point nous pouvons. Peu importe.
Je dis qu'il faut en finir avec ces démarches.
Mais si vous êtes élu, vous irez rencontrer Vladimir Poutine, par exemple, vous irez lui serrer la main, ou pas ?
Mais j'irai rencontrer Vladimir Poutine avec mes collègues européens. Pas tout seul. Avec mes collègues européens. C'est l'Union européenne qui peut peser. On le voit bien, aujourd'hui, dans le conflit avec l'Ukraine. S'il y a un début d'efficacité, il faut saluer les sanctions européennes. Elles sont importantes, aujourd'hui. On les a tellement réclamées. Il faut saluer les sanctions européennes. Et c'est parce que ce sont des sanctions européennes que ça pèse vis-à-vis de Vladimir Poutine. Donc moi, dès le début, j'aurais joué collectif, parce que je pense que la réalité de Vladimir Poutine, depuis tant d'années, c'est d'essayer de nous humilier.
Et on l'a vu en Syrie, on l'a vu en Tchétchénie, on l'a vu en Crimée, on l'a vu en Géorgie, on l'a vu maintenant en Ukraine, on l'a vu comment il est intervenu en Biélorussie. Vladimir Poutine n'a qu'une idée. C'est de combattre la démocratie, chez lui, comme à l'extérieur de ses frontières. Donc il y a peut-être eu de la naïveté.
Un mot encore, Yannick Jadot. François Bayrou a annoncé hier qu'il allait donner son parrainage à Marine Le Pen, au nom, dit-il, de la démocratie. Est-ce que vous comprenez sa démarche ?
Oui, il est évident que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour doivent être dans cette campagne présidentielle.
La démocratie n'est pas menacée par la présence de Marine Le Pen ?
Écoutez, à un moment, la démocratie, elle est menacée par les idées de Marine Le Pen. La démocratie, elle est menacée par les idées d'Éric Zemmour. Racisme, antisémitisme, révisionnisme... Et pour autant, il faut qu'il soit candidat ? À partir du moment où il représente, dans l'opinion publique, une force politique, c'est politiquement qu'il faut les combattre. C'est sur le terrain des idées et des solutions. Ça veut dire que vous pourriez faire la même chose ? Éric Zemmour, Marine Le Pen et parfois Valérie Pécresse sont sur le registre des boucs émissaires. Moi, je vais être sur le registre des solutions. On est face...
Vous voyez bien en 2022 ce qui se passe dans notre pays, au regard de ces tensions, ce qui se passe en Europe et ce qui se passe sur la scène internationale, ce sont des choix de civilisation qui vont se faire en 2022. Pourquoi je me bats autant pour qu'on ait un grand débat politique dans notre pays ? Parce qu'on a les grands défis, climat, biodiversité, capitalisme, dictature, accaparement des ressources. Est-ce que l'Union européenne, forte, parce que la France est puissante, va peser dans ce monde-là ? C'est essentiel ce qui se passe en 2022. Les Françaises et les Français vont décider de choses absolument majeures. C'est pour ça que je veux qu'on a un gros débat.
Donc pas de mise entre parenthèses de la présidentielle, compte tenu de ce qui se passe à Kiev.
Mais évidemment que ça pèse sur la campagne, ça pèse considérablement. Et ça donne un avantage à celui qui est à l'Elysée aujourd'hui ? Écoutez, on verra. Moi, ça dit l'importance. Les Françaises et les Français vont devoir choisir, je l'espère, un candidat ou une candidate pour présider la République française qui doit avoir un rapport totalement sain à la démocratie. Un président qui doit porter l'Union européenne comme puissance politique pour peser sur ce nouvel ordre international. Et puis, un président de la République qui agit face aux grands défis dont on voit bien que ce sont des enjeux de sécurité nationale et internationale, le climat et la biodiversité.
Merci beaucoup Yannick Jadot. Merci. Bonne journée à vous.
Yannick Jadot