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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 1 mai 2013 61 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

10 raisons de se libérer de l'Union Européenne - 1/4

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 28 %Attaque 61 %Défensif 11 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:24Invité politiqueFait
    « Pour résumer, les gens ont le sentiment qu'au fond d'eux-mêmes, peu importe leur vote, les gens qu'ils élisent appliquent de toute manière tous la même politique. »
  • 56:52Invité politiqueFait
    « Nicolas Sarkozy avait été élu d'ailleurs pour faire diminuer la dette. Et en réalité, non seulement il ne l'a pas fait diminuer, mais il l'a fait exploser. »
  • 57:15Invité politiqueChiffre
    « La dette publique, au même moment, a augmenté de 600 milliards d'euros. »

Temps de parole

  • François Asselineau100 %

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0:12
François Asselineau

Alors la conférence de ce soir, c'est une conférence que j'ai commencé à présenter il y a environ 3 ans. Ceux qui la connaissent déjà pourront le remarquer : il y a certains passages qui ont été mis au goût du jour, un petit peu modernisés. Mais dans son essence, dans sa qualité intrinsèque, c'est toujours la même conférence. (François Asselineau - président de l'Union populaire républicaine) Alors j'insiste là-dessus, parce que je tire – je l'avoue – une certaine fierté au fait que... Je crois que c'est une preuve d'honnêteté intellectuelle.

C'est que les conférences que j'ai prononcées circulent toujours depuis 6 ans sur Internet, comme la Charte fondatrice de notre mouvement, qui a été adoptée le 25 mars 2007, est toujours inchangée, sans aucune virgule modifiée, depuis 6 ans. Et si de plus en plus de gens adhèrent à notre mouvement, c'est justement parce qu'ils se rendent compte que, si vous permettez cette expression un petit peu triviale, ça tient la route. Voilà. C'est-à-dire que 6 ans après, c'est toujours la même chose que nous disons. C'est toujours de plus en plus vérifié par les événements.

C'est à comparer à ce que vous proposent tous les autres partis politiques français qui ne cessent que de changer constamment leurs propositions, leurs analyses au gré des événements. Évidemment, maintenant que c'est une catastrophe dans l'Europe, il y a de plus en plus de mouvements qui commencent à se rapprocher de ce que nous, nous disons. Bien sûr, bien sûr. Mais à qui devez-vous faire confiance ? Alors ces 10 raisons... Je vais commencer tout de suite parce que c'est une conférence très longue. La première raison a été notamment très singulièrement modifiée pour faire ressortir un nouvel argumentaire.

C'est en fait l'argumentaire que j'ai présenté la première fois il y a quelques jours devant des élèves polytechniciens. Je leur ai fait un petit cours de maths, si je peux me permettre. Donc je vais faire pareil. Vous allez voir, je trouve que derrière le... C'est assez intéressant. La raison n°1, c'est qu'il faut rétablir la démocratie en rendant leur sens aux élections. Je me plais à souligner que j'ai un de nos adhérents, qui est de Côte-d'Or, qui a fait pour moi... Qui travaille dans une entreprise de transport, qui rencontre beaucoup de gens et qui a fait une petite enquête il y a quelques jours, une espèce d'enquête de terrain.

Je me suis demandé : mais pourquoi, finalement, est-ce que nos concitoyens ne s'intéressent plus à la politique ? Donc il a fait une enquête un peu micro-trottoir parmi tous ses collègues de travail, etc., beaucoup de gens qu'il a rencontrés. Et donc il m'écrit... Ce qui d'ailleurs est la confirmation de ce que je n'ai cessé de dire depuis plusieurs années, ce que vous sentez tous d'ailleurs intuitivement. « Pour résumer, les gens ont le sentiment qu'au fond d'eux-mêmes, peu importe leur vote, les gens qu'ils élisent appliquent de toute manière tous la même politique ». Voilà.

« Tous font de belles promesses pendant la campagne électorale, puis une fois élus, placent leurs copains au pouvoir en oubliant leur programme ». C'est Alexandre, de Côte-d'Or, qui a fait cette analyse, et puis aussi toute une série de réactions enregistrées. On a un homme de 35 ans. « Pourquoi est-ce que vous ne vous intéressez pas à la politique ? ». Réponse : « Parce qu'ils se foutent de nous. C'est de la fumisterie. Ce qu'ils veulent, c'est la place et placer les copains et les copines ». Un autre, âgé de 40 ans : « Parce qu'ils nous prennent pour des cons. Ils nous racontent ce qu'ils veulent sans oublier de nous mentir ».

Et autre personne sondée âgée de 39 ans : « Parce qu'ils nous disent tous la même chose, ils promettent tous la même chose, que c'est toujours les mêmes qui se serrent la ceinture, et qu'ils n'appliquent pas à eux ce qu'ils demandent à nous de faire ». Un autre encore : « C'est tous des menteurs. Ils ne tiennent pas leur parole. Ils sont emprisonnés dans un système ». Un autre encore, âgé de 34 ans : « Ils sont tous pareils. Ils veulent tous la place. Ils promettent tout. Et une fois qu'ils ont la place, ou ils reviennent sur ce qu'ils ont dit, ou ils se laissent manipuler ». Un autre de 26 ans : « Je n'arrive pas à trouver de parti qui adhère à mes idées.

Et je ne crois plus en aucun parti en place ». Un autre âgé de 19 ans : « Parce que vis-à-vis des autres, je n'ai pas assez de connaissances dans la politique pour apporter mes idées. Et je ne m'y intéresse pas par manque de temps ». Enfin voilà. Donc il y a une très grande partie de nos compatriotes qui sont absolument dégoûtés, qui ont le sentiment que leur vote ne sert plus à rien. Alors ce que je voulais dire en préambule, c'est que c'est effectivement le problème n°1 : c'est la fin de la démocratie. Et je voulais voir avec vous, vous expliquer qu'il s'agit d'abord d'un problème mathématique avant même d'un problème politique. On va examiner tous ensemble ce problème mathématique.

Je vais essayer de vous le présenter d'une façon simple. Ça a été en tout cas validé par les étudiants de Polytechnique. Ensuite, ils n'ont pas bronché. Au contraire, ils ont trouvé ça intéressant. Quand vous avez un seul État indépendant, si un État est indépendant, sa politique est tout le temps cohérente. C'est-à-dire que vous avez un gouvernement soit de gauche, soit de droite. Il est vrai que dans certains cas – ça dépend des pays –, on peut avoir une cohabitation institutionnelle. Mais c'est quand même assez rare. Donc quand les Français votent à droite, ils ont un gouvernement de droite. Et quand ils votent à gauche, ils ont un gouvernement de gauche.

C'est comme ça que ça s'est passé sous De Gaulle ou sous Mitterrand. Il n'y avait pas de malaise politique lorsque les Français ont élu Mitterrand en 1981. Les gens de droite étaient furieux. Les gens de gauche étaient enchantés. Mais personne ne disait qu'il n'y avait plus de démocratie en France. Donc la probabilité d'une politique cohérente de droite ou cohérente de gauche, c'est – on va le voir pourquoi ensuite – 1. 1, c'est-à-dire (0,5)^0. (50%)^0 = 1. On va voir pourquoi. Je sais pas si un peu d'entre vous sont mathématiciens.

Maintenant, si vous avez 2 États, 2 États que l'on force à adopter une politique commune, par exemple l'Allemagne et la France, vous avez une première possibilité. C'est qu'il y ait en France un gouvernement du PS et en Allemagne un gouvernement de la chrétienne démocratie, c'est-à-dire l'équivalent de l'UMP, la CDU, ce qui se passe par exemple actuellement : M. Hollande en France et Mme Merkel en Allemagne. Donc vous avez une incohérence, puisque vous avez un gouvernement de gauche et un gouvernement de droite. Maintenant, vous pouvez avoir une autre formule. C'est le PS en France, parti socialiste en Allemagne.

Donc vous allez avoir cette fois-ci une cohérence de gauche, si on force à avoir la même politique commune entre les 2 États. Et puis vous avez une autre possibilité. C'est l'UMP... Je simplifie à l'extrême, bien entendu. Je simplifie uniquement sur un simple clivage droite-gauche. L'UMP en France, parti socialiste en Allemagne : incohérence cette fois-ci droite-gauche. Et puis enfin UMP en France, CDU en Allemagne. Et cette fois-ci, on aura cohérence de mouvements de droite.

Ça veut donc dire que sur ces 4 possibilités, eh bien nous aurons 2 possibilités de cohérence, de politique cohérente au niveau de la fusion de ces 2 États : soit une politique de droite, soit une politique de gauche, et deux incohérences. Ça veut donc dire que la probabilité d'une politique cohérente de droite ou de gauche dans un attelage de 2 États, c'est de (0,5)^1, c'est-à-dire 0,5, 50% de chance. Maintenant, si on a 3 États que l'on force à adopter une politique commune : la France, l'Allemagne et l'Espagne, alors là, les possibilités vont se multiplier.

Première possibilité : le PS de gauche en France, CDU de droite en Allemagne et Partido Popular, le Parti populaire de droite en Espagne. On aura incohérence gauche-droite-droite. On peut avoir PS, CDU et le parti socialiste espagnol. On aura incohérence gauche-droite-gauche. On peut avoir PS, SPD et Parti populaire espagnol. On aura incohérence gauche-gauche-droite. On peut avoir PS, SPD et parti socialiste espagnol. Là, on aura cohérence. On aura cohérence gauche-gauche-gauche. On peut avoir UMP en France, la CDU et le Parti populaire, c'est-à-dire droite-droite-droite. Ça sera cohérent. Mais on peut avoir l'UMP, la CDU et le parti socialiste espagnol.

Ça sera incohérent : droite-droite-gauche. On peut avoir l'UMP, le SPD et le Parti populaire. Ça sera incohérent droite-gauche-droite. Et enfin, on peut avoir l'UMP, le SPD et le parti socialiste espagnol. Ça sera incohérent droite-gauche-gauche. Vous voyez, c'est très intéressant d'un point de vue mathématique, parce que ça veut dire que là, maintenant, avec 3 États, on a 8 possibilités. Il n'y a plus que 2 sur les 8 de politique cohérente : soit une politique entièrement de droite, soit une politique entièrement de gauche. Sinon, c'est une politique totalement incohérente.

Donc la probabilité d'une politique cohérente soit totalement de droite, soit totalement de gauche dans un attelage de 3 États est donc de (0,5)^2. Ça ne fait plus que 0,25, 25 chances sur 100. Alors je vais pas passer toute la journée à faire les choses. Je vais maintenant basculer en termes théoriques, mathématiques. En termes théoriques, il faut raisonner ce passage en termes mathématiques. Ceux qui sont rétifs aux mathématiques me font confiance. Les autres dressent l'oreille. En fait, si on a n états, n étant supérieur ou égal à 1, à un instant donné, il y a 2^n possibilités pour les n-uplets de gouvernements, en supposant qu'il n'y en a que deux par État : gauche et droite.

C'est la supposition de départ, parce qu'en fait, c'est beaucoup plus compliqué, comme je vais le dire dans un instant. Ça veut donc dire que seuls 2 n-uplets permettent une politique cohérente : le n-uplet G-G-...-G-G, tout est à gauche, ou bien D-D-...-D-D, tout est de droite. Donc puisque les éventualités de politique cohérente et de politique incohérente ne se recoupent pas, la politique est incohérente pour les (2^n)-2 n-uplets restants, ce qui donc fait une probabilité d'avoir une politique cohérente qui est de 2/2^n = 1/(2^(n-1)) = (0,5)^(n-1).

On retombe de façon mathématique – un petit peu compliquée, peut-être, pour certains d'entre vous, mais ça parle aux polytechniciens – sur cette règle empirique qu'on avait découverte ensemble au cours des 3 premiers exercices, avec 1, 2 et 3 États. Alors c'est évidemment très important, cette petite découverte que je vous propose, parce qu'en première approximation, la probabilité d'avoir une politique cohérente de droite ou de gauche dans un attelage de n États est donc de (0,5)^(n-1). Et encore, on simplifie à l'extrême. On dit « seulement la droite ou seulement la gauche ».

Donc c'est un calcul exagéré non favorable, car il postule implicitement d'abord que les choix sont binaires : droite, gauche dans chaque pays. En pratique, c'est beaucoup plus compliqué. Il y a les écologistes, l'extrême-droite, l'extrême-gauche, etc. Deuxièmement, ça postule que les gauches et les droites ont des programmes compatibles selon les États, ce qui est totalement faux. La gauche, ce qui reste de la gauche française ou la gauche britannique n'a rien à voir avec par exemple la gauche grecque. Donc ils ne sont pas même d'accord entre eux. Donc on simplifie. C'est vraiment une vision totalement simplifiée.

Et enfin, un autre élément décisif qui vient simplifier mon analyse, c'est qu'on suppose qu'il n'y a pas d'opposition supplémentaire entre les intérêts nationaux, ce qui est archi-faux, parce que ce qui prime avant toute chose, avant la droite et la gauche, c'est d'abord les intérêts nationaux. La gauche – par exemple – slovaque, la gauche polonaise ou la gauche des pays de l'Est n'a pas du tout les mêmes intérêts que la gauche des pays de l'Ouest européen, par exemple en matière de lutte contre les délocalisations. Néanmoins, et en restant sur cette grande simplification que je vous propose, on peut quand même en tirer une conclusion qui est assez phénoménale.

Pour 6 États, l'Europe des 6, celle que nous avons connue à partir de 1957, eh bien la probabilité d'une politique cohérente droite, gauche – avec mes simplifications –, c'était de (0,5)^5 = 0,031, 3,1%, ce qui signifie qu'on pouvait avoir une probabilité d'avoir une politique cohérente de 3 ans sur un siècle. Il s'agissait de l'Europe des 6. Mais l'Europe des 27... Pour 27 États, la probabilité d'une politique cohérente soit entièrement de droite au niveau des 27, soit entièrement de gauche, elle est actuellement de (0,5)^26, c'est-à-dire de – excusez-moi – (NDLR : 0,000 001 490) chance sur 100, c'est-à-dire très exactement une demi-journée tous les 100 000 ans.

C'est une dédicace spéciale que je fais à M. Mélenchon, qui nous propose une Europe de gauche, ou à M. Cohn-Bendit, qui nous propose une Europe écologiste. J'y reviendrai, parce que la probabilité est infinitésimale. C'est évidemment très important à comprendre. Je vous montre ici que de toute façon, nous serons bientôt – au 1er juillet – 28 États, puisque la Croatie va se joindre à nous. Et donc à ce moment-là, la probabilité d'avoir une politique cohérente soit entièrement de droite, soit entièrement de gauche au sein de l'UE tombera à (0,5)^27, c'est-à-dire (NDLR : 0,000 000 745) chance sur 100, c'est-à-dire 6h30min tous les 100 000 ans.

Les conséquences sont évidemment considérables, parce qu'au-delà de la mathématique, ça se traduit bien dans la réalité des événements. La conséquence, c'est qu'il est mathématiquement impossible d'avoir une politique cohérente au sein de l'UE. La probabilité est infinitésimale. Ça veut donc dire que les institutions européennes sont en situation de cohabitation droite-gauche permanente ! C'est d'ailleurs le cas en ce moment. Vous voyez actuellement le Conseil européen, c'est-à-dire les 27 chefs d'État et de gouvernement de l'UE.

Il y en a (NDLR : 14) qui sont de droite, du Parti populaire européen : Portugal, Espagne, Allemagne, Luxembourg, Pologne, Suède, Finlande, Lettonie, Irlande, Hongrie, Roumanie, Grèce, Malte et puis n'oublions pas l'île de Chypre, qui est un petit peu sur le départ. Et puis nous avons (NDLR : 5) gouvernements de gauche, qui sont relatifs au Parti socialiste européen : la France, la Belgique, le Danemark, la Slovaquie et l'Autriche. Et puis nous avons... Parce que mon schéma était très simplificateur. J'étais uniquement droite-gauche. Sinon, ça serait très complexe à vous présenter. Ça n'est déjà pas tout à fait simple.

Donc maintenant, vous en avez 2 qui sont des libéraux-démocrates, donc en Estonie et aux Pays-Bas, l'équivalent du centre. Vous en avez 2 qui sont du groupe conservateur et réformiste, c'est-à-dire on pourrait appeler ça des souverainistes light, légers. C'est le gouvernement de M. Cameron en Grande-Bretagne et du gouvernement tchèque : le gouvernement tchèque qui a refusé d'adopter l'euro et le gouvernement de M. Cameron qui a annoncé un référendum sur la sortie de l'UE. Et puis vous en avez 4 qui sont des partis indépendants. Donc vous voyez que c'est une illustration exacte de ce que je vous présentais.

Au passage, il y a beaucoup moins de chances d'avoir une politique monocolore cohérente au niveau de l'UE que de gagner le gros lot au Loto. Donc ceux qui vous font croire à une autre Europe sont exactement les mêmes arnaqueurs que le Loto, qui vous fait croire toutes les semaines que vous allez gagner le gros lot. Donc vous jouez. Vous pouvez jouer 40 ans, 50 ans de votre vie. Alors oui, il y a une fois, une personne... On sait qu'il y a quelqu'un qui gagne le gros lot. Mais c'est jamais vous, parce qu'en réalité, la probabilité était infinitésimale. Mais la probabilité de voir au sein de l'UE une seule et même Europe, une Europe sociale, par exemple, elle est nulle.

Je vous l'ai dit : 6h30 tous les 100 000 ans, et dans une première approximation. Dans une première approximation parce que les conséquences de tout ça, c'est qu'il y a cohabitation droite-gauche permanente indifférente aux élections nationales. Les Français ont voté à gauche. Ça n'a rien changé au fait que les autres pays, eux, n'avaient pas voté. Donc il n'y a pas de politique du tout. Ça ne change rien. À Bruxelles, c'est le règne des lobbys qui s'installe, puisque de toute façon, le gouvernement de l'UE, la Commission, est systématiquement mélangée de droite et de gauche.

Et lorsque par exemple un pays comme la France bascule – si l'on peut appeler ça une bascule – de droite à gauche, au même moment, l'Espagne a basculé de gauche à droite, à quelques mois près. Donc on a face à nous une espèce de Rubik's cube insoluble qui fait qu'à chaque fois, vous avez une impossibilité d'avoir tous les pays de la même couleur. Encore une fois, à supposer que même s'ils étaient tous à gauche, ils étaient d'accord, ce qui ne serait pas le cas, parce qu'il y a par exemple les intérêts nationaux. Mais je simplifie à l'extrême le raisonnement.

Donc les élections nationales dans un État particulier ne peuvent plus rien changer, d'autant plus que les décisions prises par la Commission s'imposent. Et vous savez que tous les choix stratégiques sont décidés par l'UE. C'est très exactement ce que constatent les Français. Ils sont furax parce qu'ils ont voté pour Sarkozy en pensant que Sarkozy allait changer, allait améliorer le système, allait diminuer l'endettement, etc. Ils se sont aperçus que ça ne changeait rien. Après ça, ils étaient tellement furax contre Sarkozy qu'ils ont voté pour Hollande en disant : « Avec Hollande, quand même, on va enfin défendre les travailleurs, on va enfin lutter contre les délocalisations ».

C'était il y a 10 mois. Maintenant, on n'a jamais vu un président de la République sombrer aussi vite dans des abîmes d'impopularité, parce que les Français de gauche, qui se disent... Encore une fois, c'était cette petite étude qui a été faite donc sur le terrain. C'est ce que disent les gens. Ils sont furax. Mais ils sont furax, on ne leur dit pas pourquoi. Moi, je suis assez volontiers prêt à dédouaner un petit peu M. Sarkozy, M. Hollande. Je ne les dédouane pas, parce qu'ils sont coresponsables, puisqu'ils refusent de dire ce que je vous dis. C'est donc qu'ils sont complices de cette situation, de ce théâtre d'ombres dans quoi on a transformé la démocratie.

Mais en gros, c'est fondamentalement parce qu'ils appartiennent, ils soutiennent un système qui, de toute façon, vide de sens les élections nationales. Donc du coup, qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que les électeurs réalisent progressivement, élection après élection, qu'il ne sert plus à rien de voter à droite ou de voter à gauche, car cela ne change rien à la politique subie, qui est justement imposée par les institutions européennes. Du coup, l'abstention ne fait que grimper, élection après élection. C'est exactement ce que l'on observe, d'ailleurs. Ça, c'est le pourcentage de l'abstention aux élections européennes en France.

Aux premières élections, en 1979, il y avait 42,5% d'abstention, ce qui était déjà considérable. Ça montre que déjà, à l'époque, beaucoup de Français s'en désintéressaient, comprenaient pas d'ailleurs ce qui se passe au Parlement européen. D'ailleurs, c'est vrai qu'ils ont des excuses. On peut les comprendre, puisque comme je l'explique souvent, nous avons affaire à – pour la première fois dans l'histoire de l'humanité – une dictature qui s'impose par l'ennui et la complexité. D'ailleurs, quand vous êtes... Autour de vous, si vous parlez à des amis, de la famille : « Ah dis donc, tiens, je vais te parler d'un truc. Tu sais, j'ai appris... Là, j'ai écouté une conférence d'un type.

Là, il dit, il parle de l'article 63 du TFUE qui interdit les... »... « Oh là là, oh, oh, oh, oh, oh ! Eh ! Tu me prends la tête, là ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Non, non, non, non, c'est compliqué, là. Moi, je... » Les gens ne veulent pas. Nous avons donc l'affaire... C'est vraiment très intéressant. Je le disais déjà hier soir. Ça renvoie Staline, Hitler, tous les grands dictateurs du monde au rang d'amateurs. On a pour la première fois une dictature qui s'impose par l'ennui et la complexité. C'est tellement compliqué, c'est tellement emmerdant que les gens ne veulent pas en entendre parler. Voilà. Alors ça, c'était l'évolution donc de l'abstention.

Il est intéressant de le croiser avec l'évolution du pourcentage de députés français parmi les députés au Parlement européen. Et vous voyez que le pourcentage de députés français a diminué au fur et à mesure des élargissements. En 1979, il y avait encore à peu près 1 député au Parlement européen sur 5 qui était français. C'était avant tous les élargissements. Maintenant, on est tombés à moins de 10 en 2009, avec les élargissements aux 10 pays de l'Est en (NDLR : 2004) et puis à la Roumanie, à la Bulgarie en 2007. Donc vous voyez : la courbe entre les deux est intéressante. Elles sont en miroir.

Ça montre que plus la France est diluée dans cette tour de Babel incompréhensible et plus les Français se désintéressent de ce qui s'y passe. Plus le temps passe, plus l'Europe s'élargit, plus les Français s'en désintéressent. À ce rythme... Vous avez ici une droite de régression linéaire. C'est un peu mathématique, ma conférence, aujourd'hui. Eh bien à ce rythme, l'abstention devrait mathématiquement atteindre 100% dans 63 ans. C'est-à-dire qu'aux élections de 2074, il n'y aurait plus une seule personne qui irait voter. Ça se passera évidemment pas comme ça, puisqu'il y a un proverbe qui s'applique – vous savez – en termes boursiers. On dit : « Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel ».

Ça s'applique également en termes de politique, en termes d'histoire. Voilà. Il y aura forcément... On lit dans ces évolutions : il y aura forcément une rupture quelque part. On ne peut pas avoir en 2074 des élections continentales où plus personne ne va voter. Alors ce que je vous montrais, c'étaient des élections européennes. Mais le syndrome se répand maintenant à toutes les élections. J'ai pris ici les élections cantonales. C'est l'antithèse même des élections européennes. C'est l'élection de proximité par excellence, avec les municipales. Ce sont les conseillers généraux. C'est par canton. C'est vraiment la France rurale.

Eh bien c'étaient des élections qui étaient absolument insubmersibles au phénomène de l'abstention, puisqu'on voit que de 1976 jusqu'à 2008... Vous savez, c'est des élections qui ont lieu tous les 3 ans : une moitié de la France puis l'autre. Eh bien on avait une abstention qui était aux alentours de 30 à 35% des voix. Autant dire que c'était vraiment très régulier. Il n'y avait eu qu'une seule exception. C'était en 1988, où il y avait eu 50,9% d'abstention, parce que c'était une année tout à fait particulière où les Français avaient été convoqués aux urnes constamment. Ils avaient dû voter au premier tour de l'élection présidentielle de 1988. Vous vous rappelez certainement.

Mitterrand a fini par être réélu. Deuxième tour de l'élection présidentielle de 1988, premier tour de l'élection législative de 1988, deuxième tour de l'élection législative de 1988. Il y avait eu en plus de ça, pour couronner le tout, le référendum sur la Nouvelle-Calédonie. Donc du coup, les Français voulaient plus aller voter. C'est d'ailleurs pour ça que maintenant, on évite d'avoir trop de scrutins nationaux la même année. Donc si on enlève ce pic, vous voyez que c'était en gros très très linéaire. Et puis on a eu ce phénomène inouï de 2011, qui a laissé pantois les spécialistes politiques. C'est que d'un seul coup, on a eu 56% d'abstention aux élections cantonales.

C'est du jamais vu depuis la Révolution française, à une élection cantonale. Donc ça veut dire que même maintenant, cette élection qui est quand même très proche du peuple... Eh bien désormais, les gens ne veulent plus aller voter, les gens sont dégoûtés de la politique. La conséquence, également... Ça, c'est une dédicace spéciale à tous les groupes, tous les partis politiques français qui vous promettent une autre Europe. Parce que nous, notre spécialité, ce que nous, nous... Quand j'ai créé ce mouvement, c'est que je me suis laissé balader par des autres mouvements politiques, et j'y avais cru.

Un jour, je me suis dit : « Mais enfin, bon, ça va, cette histoire d'autre Europe, faut quand même arrêter. C'est vraiment une plaisanterie. Ça fait quand même maintenant des décennies qu'on nous promet une autre Europe ». Donc toute possibilité de bâtir une autre Europe est vouée à l'échec. Pourquoi ? Parce qu'il faudrait l'unanimité des 27 gouvernements pour y parvenir. Il faut donc qu'il y ait les 27 gouvernements qui soient d'accord. Alors à ce propos, c'est ce qui explique qu'on a vu que c'était... La probabilité que les 27 gouvernements soient d'accord, on l'a vue... En supposant que ce soit un rôle de 1 sur 2.

Ça veut dire qu'on aurait une probabilité quand ce sera 28 de 6h30min tous les 100 000 ans. Vous l'avez vu. Or, c'est ça qu'ils vous expliquent. Par exemple, le PS, en 1979, a fait la campagne pour les élections européennes avec le titre : « Changer l'Europe, vivre au pays ». Et puis en 2009, 30 ans après, sa campagne, c'était : « changerleurope.fr ». La seule différence qui s'était passée entre les deux, c'est l'invention d'Internet. Mais ça veut dire que le PS a quand même eu le culot de faire le même slogan à 30 ans d'intervalle. Naturellement, d'ailleurs, on peut être à peu près certain que l'année prochaine, si tout va bien, il va nous promettre encore de changer d'Europe.

Ça fait maintenant... En fait, d'ailleurs, lors du traité de Rome de 1957, on a trouvé sur Internet un texte tout à fait intéressant de Pierre Mendès France, qui était donc socialiste, qui d'ailleurs était très réservé sur la construction européenne, et qui proposait une autre Europe. Il y a 56 ans... Alors on a une illustration de ce phénomène. C'est que si vous voulez, par exemple, une Europe écologique, ou bien une Europe d'extrême-droite, une Europe des je sais pas quoi, vision Le Pen, ou bien une Europe vision extrême-gauche, l'Europe des travailleurs que promettait Mme Laguiller. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'elle a appelé les Français à ne pas voter non au traité de Maastricht.

Si les Français ont l'euro, c'est finalement grâce à Mme Laguiller, parce qu'elle représentait 5% des voix. Et si l'on est en train de démolir un à un tous les acquis sociaux des Français – pour sauver l'euro prétendument –, c'est finalement à Mme Laguiller qu'on le doit, puisqu'elle avait le pouvoir de faire échouer ça. Si LO, en 1992, avait appelé les Français à voter non, le non l'emportait largement. Elle représentait 5%. Elle a appelé à l'abstention. Le oui l'a emporté à 51%, vous le savez. Alors donc j'imagine qu'un courant de pensée ayant 15% de chance de parvenir au pouvoir en moyenne dans chaque pays d'Europe, par exemple l'extrême-gauche...

Vous voyez que je suis quand même très généreux. Penser que l'extrême-gauche a 15% de probabilité d'arriver au pouvoir en France, c'est quand même très généreux. Penser que les écologistes ont 15% de chance d'arriver au pouvoir en France, c'est très généreux. C'est pas la même chose que les statistiques, que le nombre de voix obtenues. 15% de chance, ça voudrait dire qu'une fois toutes les 7 élections, ils peuvent y parvenir. Pour le FN, ça fait 40 ans que ce parti existe, il n'est jamais parvenu à quoi que ce soit. Pareil pour les écologistes. Pareil pour le PCF, qui a été créé en 1920 et qui donc, bientôt un siècle après, n'est jamais parvenu au pouvoir.

Mais je suppose pour être gentil qu'il y a 15% de probabilité. Eh bien on a selon le même raisonnement que tout à l'heure... La probabilité d'avoir une politique uniforme des 27, qui est nécessaire pour changer l'Europe, pour avoir justement un traité qui serait un traité d'une Europe des travailleurs ou un traité d'une Europe écologique, eh bien c'est le même raisonnement que tout à l'heure. Sauf que tout à l'heure, j'étais parti sur la base de 50% de chance d'avoir un gouvernement de droite, 50% de chance d'avoir un gouvernement de gauche. Cette fois-ci, je pars... 15% de chance.

Donc pour 27 États de l'Europe élargie depuis 2007, la probabilité d'avoir une politique cohérente écologiste, la probabilité d'avoir une Europe écolo ou d'avoir une Europe d'extrême-gauche, une Europe des travailleurs, c'est actuellement avec cette approximation mathématique, c'est de (0,15)^26, c'est-à-dire 3,79.10^(-22), c'est-à-dire (NDLR : 0,000 000 000 000 000 000 037 877) chances sur 100 ou, si vous préférez, 1,2 seconde tous les trillions d'années, un milliard de milliards d'années. C'est quand même là-dessus que repose la manipulation de gens comme M. José Bové, M. Cohn-Bendit, qui vous ont appelé à voter oui et à voter pour les listes EELV pour une Europe écologique.

Le résultat, c'est quoi ? C'est que M. José Bové, il est député européen. Il est d'ailleurs vice-président de la commission agriculture. Il a donc une rémunération tout à fait confortable, que j'explique dans une autre conférence qui s'appelle « L'Europe, c'est la paye ». On peut dire – peut-être, je sais pas – en gros 15 000 € par mois. Il doit avoir une voiture, sans doute. Je sais pas. Il faudrait lui demander. « M. Bové, est-ce que vous avez une voiture ? ». Je ne sais pas. « Avec chauffeur ? ». On sait pas. Peut-être. Bon... Et puis il a de l'argent pour ses collaborateurs. Mais jamais l'Europe n'a imposé autant d'OGM ! Il ne sert à rien. Il ne sert pas exactement à rien.

Il sert à faire croire aux Français qu'ils vont gagner le gros lot. Ils ont la probabilité de le gagner : pendant 1,2 seconde tous les trillions d'années. C'est tous les milliards de milliards d'années. Et ça va recommencer en 2014 ! On va encore avoir les écolos qui vont dire : « Votez pour nous pour avoir une Europe écologique ». On va encore avoir M. Le Pen qui, paraît-il, va annoncer qu'il va se présenter. Ça fait déjà 30 ans de mandat, M. Le Pen, 30 ans depuis 1984. En valeur cumulée... J'avais fait un calcul. Il a dû ramasser à peu près 5 à 6 millions d'euros. M. Le Pen va être de nouveau candidat pour une Europe des patries, etc.

Et puis vous avez l'extrême-gauche qui va vous reproposer d'être l'Europe des travailleurs. Voilà. Voilà comment ça marche. Alors que ce qu'il faudrait, c'est évidemment... Enfin c'est en tout cas ce que nous, nous disons. Nous disons : « C'est un piège à cons ». Tout a été fait... C'est une illustration mathématique de ce que je présente sous une autre forme dans mes conférences, qui est un stratagème chinois, qui s'appelle le stratagème des chaînes. Il faut bien comprendre qu'il n'y a pas de possibilité d'autre Europe. C'est impossible.

Si l'Europe est comme elle est, c'est parce qu'elle est la résultante d'intérêts nationaux totalement contradictoires et qu'elle est pilotée en sous-main par une grande puissance qui a imposé qu'elle puisse se développer, c'est-à-dire les États-Unis d'Amérique. Et maintenant, vous ne pouvez rien changer à rien. D'ailleurs, les événements ne cessent de me confirmer, de confirmer mon analyse. M. Hollande s'était fait élire voici moins d'un an en disant qu'il allait refaire le TSCG, qu'il allait le renégocier. Il a rien renégocié du tout. Il a fait un bras d'honneur à ses électeurs. C'est comme ça que ça se passe chez McDonald's.

Les conséquences ultimes, eh bien c'est que construire l'Europe... Si vous vous mettez maintenant du côté des européistes, ceux qui justement ont les mandats extrêmement rémunérateurs... Ils ont l'argent, le pouvoir, l'accès aux médias. Et en plus, ils peuvent me... Quelqu'un comme moi, le barrer, l'interdire d'antenne, le pestiférer d'antenne. Et en plus de ça, ils peuvent se prévaloir d'être des gens extraordinairement moraux, alors que je serais – paraît-il – une espèce d'affreux jojo. En réalité, construire l'Europe implique pour les dirigeants européistes de prendre l'habitude de ne plus tenir aucun compte de la volonté des peuples.

Ils ne peuvent pas, puisque c'est la tour de Babel systématique. On peut même pas reprocher aux européistes d'être finalement contre les peuples, puisqu'ils peuvent toujours s'appuyer sur un peuple contre l'autre. Les intérêts par exemple à Chypre ou en Grèce, les intérêts des Chypriotes ou des Grecs sont exactement opposés aux intérêts des Allemands, des Finlandais, des Néerlandais et des Luxembourgeois. Donc tout ceci nous mène à quoi ? Eh bien nous mène à cette illustration de cette citation de M. Padoa-Schioppa que je cite presque à toutes mes conférences. Ce monsieur, il est décédé, il est mort en (NDLR : 2010). Il était italien.

Il avait été ce que les Américains appellent un insider, c'est-à-dire quelqu'un qui connaît inside, l'intérieur, qui connaît les choses de l'intérieur, là où on se raconte pas des salades. Donc M. Padoa-Schioppa, il était le président du think-tank Notre Europe, qui a été créé par Jacques Delors le président fondateur et Pascal Lamy, qui est le président d'honneur. Il a été évidemment diplômé d'institutions américaines : Massachusetts Institute of Technology, MIT de Harvard. Il est l'ancien président du comité directeur du FMI. Il a été ministre de l'Économie et des Finances italien de 2006 à 2008. Il a été membre du directoire de la BCE. Enfin bref, c'est pas un ignorant.

C'est pas un bateleur. Ça n'est pas un humoriste. Ça n'est pas des propos de comptoir. C'est d'autant moins des propos de comptoir que je vais vous rapporter qu'il les a écrits dans un article qui s'appelait « Les enseignements de l'aventure européenne », article qui est apparu dans une revue française de grande qualité qui s'appelle Commentaires, dans son numéro 87 de l'automne 1999. Et qu'est-ce qu'il a dit, M. Padoa-Schioppa ? Il a dit : « La construction européenne est une révolution, même si les révolutionnaires ne sont pas des conspirateurs blêmes et maigres, mais des employés, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs », ce qui est quand même extraordinaire.

Une révolution de banquiers... C'est pas moi qui le dis. Vous savez, vous me connaissez... Enfin ceux qui ne me connaissent pas le découvrent. Je suis trop prudent et j'ai trop de déontologie professionnelle acquise pour ne jamais avancer quoi que ce soit sans que je puisse vous présenter la source. Donc il ne s'agit pas – encore une fois – d'un olibrius. Il s'agit de quelqu'un qui a été tout à fait dans les allées du pouvoir européiste, qui a été ministre, qui a été au FMI, à la BCE, au directoire de la BCE et qui écrit dans une des grandes revues françaises de qualité qui s'appelle Commentaires, une revue trimestrielle.

Et c'est donc lui qui nous explique que la construction européenne est une révolution faite par des banquiers. Et il continue en disant : « L'Europe ne procède pas d'un mouvement démocratique. Elle s'est faite suivant une méthode que l'on pourrait définir du terme de despotisme éclairé ».

Donc le despotisme éclairé, – je le rappelle à chaque fois – ça fait allusion à cette période de l'histoire de l'Europe, au XVIIIe siècle, où il y avait donc essentiellement 2 autocrates : d'une part l'autocrate de toutes les Russies, c'est-à-dire la grande Catherine de Russie, qui avait en gros estourbi son beau-père le tsar puis son mari le tsar pour devenir tsarine à la place des autres, et puis deuxièmement Frédéric II de Prusse, qui étaient deux tyrans dans leur propre pays, qui ne toléraient pas la moindre contestation, rien du tout, mais qui prétendaient faire le bien de leur peuple, et qui donc conversaient et échangeaient des lettres avec Voltaire, avec Diderot ou avec les philosophes français des Lumières.

Et donc on les appelait des despotes éclairés. Remarquez bien d'ailleurs que tous les tyrans de toute l'histoire de l'humanité, à toutes les époques de l'Histoire, ont toujours prétendu faire le bien de leur peuple. Ça n'est pas nouveau. Donc en réalité, ce M. Padoa-Schioppa nous explique que le TUE, en réalité, doit être réinterprété. L'article 1 bis précise que « l'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie ». Et en réalité, eh bien un insider nous dit : « Non. C'est en fait du despotisme éclairé ».

Et ce despotisme éclairé, il est l'illustration de cette analyse mathématique du (NDLR : 1/2^(n-1)) dont je vous parlais tout à l'heure, c'est-à-dire 0,5^(n-1) : la probabilité d'avoir une politique cohérente droite ou gauche au niveau de l'UE, et la probabilité d'une autre Europe – je vous le rappelle – étant de 1,2 seconde tous les trillions d'années. Donc quand on est face à ça, pour faire avancer le schmilblick, eh bien donc une petite oligarchie a pris le pouvoir, puisqu'elle considère que sinon, rien ne se passe. Elle a raison. Rien ne se passera. C'est un blocage systématique. Voilà.

Alors résultat de tout ça, eh bien c'est que évidemment, les peuples sont furieux, parce qu'ils se rendent compte quand même qu'il se passe quelque chose. Et donc les Français se détournent petit à petit de la construction européenne. Je rappelle qu'on a demandé aux Français seulement à (NDLR : 3) reprises ce qu'ils en pensaient. On ne leur a jamais demandé s'ils étaient d'accord. Jamais. On n'a jamais demandé aux Français : « Êtes-vous d'accord pour faire disparaître la France ? ». Jamais. En 1957, ils ont appris au petit-déjeuner... Ils avaient élu des députés. On était sous Félix Gaillard, Premier ministre de la IVe République, président du Conseil, qu'on disait à l'époque.

Ils avaient élu des députés : droite ou gauche. Bon. Et puis un jour, ils ont pris leur petit-déjeuner, ils ont dit : « Ah tiens, il y a eu un traité qui a été signé à Rome ». Bon, on ne leur a jamais demandé leur avis. C'est les députés, après, qui ont ratifié sans qu'ils aient été élus pour cela. Bon. Et puis l'affaire a été ratifiée. Donc ensuite, on a demandé aux Français seulement... Je parle que des Français, mais le cas est général. C'est partout pareil. Pour les Français, on leur a demandé leur avis à 3 reprises : en 1972, en 1992 et en 2005.

En 1972, on leur a demandé : « Est-ce que vous êtes d'accord pour que la Grande-Bretagne, le Danemark et l'Irlande entrent dans le marché commun ? ». Il y avait la Norvège également. Mais la Norvège, ensuite, a dit non. Bon. À l'époque, le PS a appelé à s'abstenir. Il y a eu une très forte abstention. Enfin très forte... (NDLR : 40%) d'abstention, ce qui était beaucoup pour l'époque, en 1972. Et en fait, il y a eu (NDLR : 32%) des Français qui ont voté non. Mais s'il y avait une majorité de Français qui avaient voté non, on restait dans le marché commun. On n'a pas demandé aux Français : « Est-ce que vous êtes d'accord pour sortir du truc ?

Est-ce que vous êtes d'accord pour faire disparaître la France dans un ensemble continental ? ». Jamais. En 1992, rebelote. Cette fois-ci, on leur a demandé : « Est-ce que vous êtes d'accord pour avoir une monnaie commune européenne ? » – certains appellent ça une monnaie unique, mais en fait, c'est une monnaie commune – « ...européenne ? Et éventuellement aussi avoir une politique étrangère et de sécurité commune ? ». C'était le deuxième pilier. « Puis une justice... »... Enfin bon. Et à cette occasion, il y a eu 49% de Français qui ont voté non. Donc c'est passé à un cheveu.

Mais on avait bien dit aux Français que s'ils votaient non, ils restaient quand même dans le marché commun précédent. Ensuite, en 2005, on a eu la constitution européenne. Et là, on a demandé aux Français : « Est-ce que vous êtes d'accord pour avoir un président du Conseil de l'UE, une ministre des Affaires étrangères pour parler d'une seule voix... » – genre de faribole – « ...et avoir une constitution ? ». Cette fois-ci, les Français ont voté non à 54,7%. Non seulement ils sont restés dans le système existant, mais on leur a quand même imposé ce à quoi ils avaient dit non ! Alors ensuite, maintenant, aux dernières nouvelles... C'est un sondage Ifop.

Le pas entre les années n'est pas identique. Faites attention. C'est un graphique qui est un peu bricolé. Parce qu'il y a 20 ans entre les 20 premières années, puis ensuite 13 ans, et ensuite 7 ans. Et ça n'est pas homogène, puisque dans les 3 premiers cas, c'est un vote, dans le dernier cas, c'est un sondage : un sondage Ifop qui a été fait à la fin de l'année dernière, qui disait que – ça ne vaut que ce que ça vaut, ça n'est qu'un sondage – si l'on réinterrogeait les Français sur Maastricht, il y aurait 64% des Français qui voteraient non. D'ailleurs, au passage, qu'est-ce que c'est que faire la politique, qu'est-ce que c'est qu'un homme politique responsable ?

C'est quelqu'un qui vérifie à tout instant si le peuple est d'accord. Rappelez-vous que De Gaulle, rien ne le forçait à démissionner en 1969, lorsque le référendum du 30 avril a renvoyé 53% de non. Mais De Gaulle avait une tellement haute idée de la fonction qu'il avait créée de président de la République... À laquelle était attaché beaucoup de pouvoir, mais pour le Général, ce pouvoir n'était légitime qu'à la condition qu'il soit sans arrêt soutenu par le peuple français. Et du jour où De Gaulle a constaté qu'il n'avait plus la majorité, il a immédiatement, dans la demi-journée qui a suivi, présenté sa démission.

Il a considéré qu'il n'avait plus la légitimité nécessaire pour assurer le pouvoir qui lui était dévolu par la Constitution et qui donne effectivement un grand pouvoir au... Qui donnait un grand pouvoir au président de la République, mais dont la contrepartie, c'était cela. Nous avons affaire maintenant à des véritables escrocs, parce que quand on est face à ça, si nous étions dirigés par des gens honnêtes, ils devraient se dire : « Il y a un petit problème ». D'ailleurs, il le savent, qu'il y a un petit problème, même un gros problème. J'en parlais là avec quelques uns d'entre nos militants qui sont allés voir récemment M.

Jean-Marie Cavada, qui explique : « Voilà, la crise, c'est une chance pour l'Europe ». Le seul et unique discours qui nous est infligé, c'est : « Il faut continuer et accélérer ». Ça n'est jamais de la faute de l'Europe. C'est parce qu'il n'y en a pas assez. Il faut plus d'Europe. C'est exactement, d'ailleurs, ce que disaient les Soviétiques. Plus les déconvenues s'accumulaient, les catastrophes, lors de la construction du socialisme, et plus on expliquait que ça n'était pas de la faute du socialisme, c'était parce qu'il était mal appliqué et qu'il fallait donc accélérer.

Donc on est dans un phénomène de fuite en avant qui témoigne du caractère profondément fascisant de ces gens, parce que n'importe qui d'honnête intellectuellement et politiquement devrait se dire face à ça : « J'ai un problème. Il faut que je vérifie quand même auprès des Français s'ils sont d'accord ». D'ailleurs, je signale aussi autre chose. Le principe même de la vie, c'est de pouvoir changer la vie. C'est comme ça. Voilà. En gros, quand je présentais cette conférence il y a 2 ans, je disais : « Moi, je ne connais qu'une institution face à une élection à vie : c'est la papauté ». Et j'ai même été démenti par les événements, puisque le pape Benoît XVI a renoncé à son pontificat.

C'est la première fois depuis Célestin V. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le principe même des élections, c'est que les Français et les peuples ont le droit de changer d'avis. Sinon, une fois qu'on a élu Giscard, on l'aurait toujours. Il n'est pas mort. Et les Français, après l'avoir élu en 1974, en 1981, l'ont chassé, de même qu'ils ont élu M. Sarkozy en 2007, qu'ils l'ont chassé en 2012. Donc l'idée même que l'on a fait un traité il y a 20 ans, que ce traité donne des conséquences absolument catastrophiques et que l'on dise aux gens : « Ah, mais les Français ont voté ». Oui, très bien, mais ils ont peut-être le droit de changer d'avis.

Ça serait quand même la moindre des choses de vérifier s'ils sont encore d'accord. Toutes les statistiques montrent qu'ils ne sont pas d'accord. D'ailleurs, si je voulais pousser mon analyse encore plus loin, je soulignerais qu'il n'y a eu à l'époque que 30... C'est ce que je vais montrer, d'ailleurs, juste après, je crois. Le soutien réel du peuple français à la construction européenne ne cesse de dégringoler, parce qu'en 1972, il y avait eu... Ça, c'est en pourcentage des électeurs inscrits, parce qu'il y avait eu beaucoup d'abstention. En pourcentage des électeurs inscrits, en 1972, il y avait eu 36% de oui à l'élargissement.

En 1992, à Maastricht, il n'y avait eu que 34% de gens – des électeurs – qui étaient allés voter oui. Donc la majorité n'était que toute relative. Et à la constitution européenne, il n'y a que 30% des Français qui sont allés voter oui. Donc il y avait en 1992 34,4% des électeurs inscrits qui avaient voté oui. (NDLR : Il y a eu 33,0%) des Français qui ont voté non et (NDLR : 30,3%) qui ne sont pas allés voter. Source : https://www.france-politique.fr/referendum-1992.htm C'est ça, la vérité. Et si vous prenez tout simplement des courbes de mortalité, la pyramide des âges, ça, c'était il y a 21 ans.

Compte tenu des décès qui sont intervenus depuis lors d'une part et des naissances qui sont intervenues d'autre part, on est sûrs qu'actuellement, il y a moins de 1 Français adulte sur 5 de plus de 18 ans – il y en a moins de 1 sur 5 – qui a voté oui en 1992 à Maastricht, parce qu'il y en a un certain nombre d'eux qui sont décédés et il y a environ 21 tranches d'âge nouvelles. Donc nous sommes sur un schéma qui a été voté par une toute petite minorité des électeurs vivants. Et en plus de ça, ceux qui avaient voté oui à l'époque, avaient voté oui sur la foi que l'euro apporterait plus de croissance et plus d'emploi. Ils ont été bernés. Ils ont été escroqués.

C'est-à-dire que ceux qui, parmi les électeurs français vivants, qui ont voté oui au traité de Maastricht et qui sont contents de ce qu'ils ont voté, on doit être à peu près à 1 Français sur 10 ou sur 15. On est donc face à une réalité politique et sociologique qui est infinitésimale et qui témoigne donc de la suite des événements. C'est la raison n°1 de sortir de l'Europe. Nous voulons que les Français retournent voter parce que leur vote aura de nouveau du sens. C'est-à-dire qu'on leur aura rendu la démocratie. C'est-à-dire que lorsqu'ils voteront à droite, ils auront une politique de droite, et lorsqu'ils voteront à gauche, ils auront une politique de gauche.

Alors il faut que les Français comprennent que la construction européenne rend leurs élections sans aucun effet. Voter à droite ou voter à gauche ne change plus rien. Entre l'Europe et la démocratie, il faut choisir. C'est comme ça. Et je vous l'ai prouvé de façon mathématique. Et je vous ai également prouvé qu'il était mathématiquement impossible d'avoir une autre Europe. Donc il faut choisir. Soit on sort de l'Europe, ou on retrouve une République française où on est maîtres de notre avenir collectif. Et d'ailleurs, on noue des relations économiques et internationales avec l'ensemble du monde, comme c'est le cas actuellement.

Ne tombez pas dans ce panneau – j'y reviendrai à la fin de cette conférence – de ceux qui veulent vous faire croire que si on sortait de l'Europe, ça serait pour aller s'enfermer au Carmel. Ils se moquent du monde. Bon, la Suisse, qui est un pays qui est à quelques dizaines de mètres d'ici, ne vit pas au Carmel. Bon. Donc ne tombez pas dans ce panneau. Et ne tombez pas non plus dans le panneau de ceux qui vous disent : « On va changer l'Europe ». Je vous ai montré : la probabilité était nulle. La raison n°2, c'est qu'il faut casser l'accroissement exponentiel de l'endettement public.

Je rappelle qu'avant 1973 et depuis Napoléon Ier, la France monétisait une partie de son déficit budgétaire par l'intermédiaire de la Banque de France. La Banque de France créait par exemple 1 milliard de francs à partir de rien, et sans intérêt, puisque la Banque de France appartient à l'État. Alors c'était un système qui avait des inconvénients. C'était un système qui était potentiellement inflationniste par nature. Lorsque vous offrez à un souverain la possibilité de faire de la monnaie, il a tendance à faire de la monnaie. Ça, c'est sûr. Alors au début, c'est très bien, parce qu'il a plus d'argent comme ça.

Mais comme selon l'adage que ce qui est rare est cher et que ce qui n'est pas rare n'est pas cher, plus vous sortez des billets... Je présente les choses de façon volontairement simple. Plus vous publiez des billets, et plus vos billets ne valent rien. C'est évident. Donc c'était un système qui était par nature inflationniste. Mais ce qu'il faut comprendre aussi, c'est que les banquiers, les révolutionnaires de M. Padoa-Schioppa, les rentiers, c'est-à-dire les gens ayant de l'argent, voyaient d'un mauvais œil que l'État ait le contrôle sur l'économie du pays et sur les taux d'intérêt. D'autant plus qu'il y avait un contrôle des mouvements de capitaux.

On a donc parlé à cette époque d'euthanasie des rentiers. Certains ont eu cette formule un peu bizarre. Ça voulait dire qu'en fait, les rentiers étaient piégés dans leur pays respectif. En d'autres termes, par exemple, quelqu'un qui avait une petite fortune qui lui était tombée du ciel parce qu'il faisait un bel héritage ne pouvait pas sortir cet argent de France. Pas plus d'ailleurs qu'il ne pouvait le sortir de la Grèce ou de l'Espagne, et autres, sans autorisation. Mais les autorisations étaient rarement données, surtout à des particuliers. Et donc il était obligé de placer ces fonds dans le pays d'origine, dans le pays où il vivait.

Et s'il plaçait ces fonds dans par exemple une caisse d'épargne avec des taux d'intérêt administrés du style 3 ou 4% par an, et si au même moment, l'inflation... Parce que justement, la création monétaire était débridée, l'inflation faisait du 10 ou du 15%, comme on l'a vu par exemple dans les années 1968, 1969, 1970, 1971, 1972, 1973, 1974, 1975. On a eu des taux d'inflation de 15% par an. Eh bien à ce moment-là, ils étaient piégés, puisqu'ils gagnaient – mettons – 5% à la caisse d'épargne et ils perdaient 10% par an avec la dépréciation monétaire. Donc il y avait effectivement un intérêt fondamental des classes dominantes ou possédantes – on peut dire – à modifier ce système.

Des campagnes de presse et un lobbying permanent sur les responsables politiques mirent en avant que ce système était anachronique et inflationniste par nature, car l'État ne devant pas payer d'intérêts pour ses déficits publics, pouvait être tenté de créer de la masse monétaire de façon excessive, ce qui pouvait être le cas. C'est pas tout à fait vrai, parce qu'on était quand même sous l'empire de l'accord de Bretton Woods, qui faisait que les monnaies devaient être convertibles en or. Mais enfin comme vous le savez, c'est justement en 1971 que Richard Nixon a fait voler en éclats les accords de Bretton Woods en supprimant la convertibilité du dollar en or.

Et donc il n'est pas illogique d'un point de vue historique que la France ait pris cette fameuse loi de 1973. Mais dans l'ensemble du monde occidental, des lois identiques ont été prises pour éviter que la fin des accords de Bretton Woods ne donne libre cours à une espèce d'envolée inflationniste généralisée, puisque tous les États pourraient à ce moment-là imprimer sortir autant d'argent qu'ils n'en voulaient.

C'est ce qui a donné naissance à la loi 73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, que certains polémistes appellent la loi Rothschild ou la loi Pompidou-Giscard, parce que c'était Georges Pompidou le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing ministre des Finances, et que Georges Pompidou avait comme vous le savez été un moment banquier chez Rothschild. Donc cette loi a modifié l'organisation de la Banque de France. Elle a affaibli les droits du Trésor public par rapport à celle-ci. Donc normalement, dans son article 25, elle précise que « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France ».

Alors on en parle beaucoup sur Internet. Faut pas non plus exagérer le rôle de cette loi, parce que – je vous l'ai dit – il y avait quand même cette espèce de ressort de rappel des accords de Bretton Woods qui faisaient qu'on ne pouvait quand même pas faire tout et n'importe quoi. Mais ce qui est vrai quand même, c'est qu'à partir de là, on a eu une loi qui a été une espèce d'endettement volontaire de la France et de tous les autres États. On s'est dits : « La France ne doit pas... », « Il faut être sage. Sinon, on va avoir de l'inflation énorme. Il faut donc être sage. Et comme il n'y a plus la contrainte de l'étalon or, eh bien il va falloir que le gouvernement, enfin que l'État...

» – pour parler plus précisément juridiquement – « ...que l'État fasse comme un particulier, c'est-à-dire qu'il s'endette sur les marchés financiers. Voilà. Et donc, en payant des intérêts, ça va nous coûter de l'argent. Donc du coup, il va être sage. Et donc il ne va pas s'endetter ad vitam æternam. Donc on aura ainsi une sagesse qui sera imposée par la réalité. C'était comme ça que ça avait été présenté. Mais avec cette loi, l'État français s'est donc volontairement privé du droit régalien de créer de la monnaie gratuitement. Et du coup, les banques privées et les marchés financiers en ont profité pour s'enrichir aux dépens de l'État.

Et ce qui était auparavant prêté gratuitement, mais avec un risque d'inflation, a désormais été prêté contre intérêts sonnants et trébuchants avec un risque moindre d'inflation, ce qui d'ailleurs reste à démontrer, puisque certains expliquent qu'en fait, l'inflation n'a pas spécialement diminué. Je pense quand même qu'on peut dire que là, elle a un peu régressé. Mais c'est vrai qu'on a quand même connu ensuite des périodes d'inflation. En tout cas, cette décision, c'est une décision d'une importance historique très considérable, puisque c'était depuis toute éternité que le souverain...

C'est-à-dire soit le peuple, depuis 1789, soit le monarque, avant 1789 et la reconnaissance de la souveraineté nationale... C'était le souverain qui avait le privilège des questions monétaires. Dans « la Divine Comédie », le grand poète florentin Dante Alighieri, qui vit au début du XIIIe siècle... Vous savez, c'est un grand poème, une des grandes œuvres littéraires de l'Europe occidentale. Dans ce document, dans ce texte, Dante place le roi de France en enfer. L'argument du poème, c'est qu'on se promène entre l'enfer, le paradis et le purgatoire. Et en enfer, on découvre le roi de France, le très chrétien, c'est-à-dire Philippe le Bel. Et pourquoi est-ce que Dante le place en enfer ?

Parce que justement, il fait de la dépréciation monétaire. C'est-à-dire qu'à l'époque, les pièces en argent ou en or étaient rognées. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle si vous êtes numismate, il est très difficile de trouver des pièces en or de l'époque médiévale françaises ou d'autres pays qui soient en parfait état. Elles sont pratiquement toutes un peu rognées, parce qu'on grattait de l'or, on récupérait quelques... Je sais pas, 0,1 gramme. Et si vous faites ça sur 40 pièces, vous refaites une pièce de 4 grammes. Vous refaites une pièce presque à l'identique. Mais elle est – comme on dit alors – de mauvais aloi. C'est-à-dire qu'elle n'a pas le même aloi que la pièce d'origine.

Et comme vous l'avez compris, si avec 40 pièces, vous en faites une nouvelle, ça représente une dépréciation monétaire de 2,5%. Alors ce système a été rendu obligatoire dans toute l'UE par les traités européens, notamment par l'article 123, qui interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres de monétiser les déficits publics. Alors de ceci a découlé quelque chose qui est béant. C'est un problème béant devant l'ensemble des peuples. C'est le fait que vous avons une espèce de cancer financier qui ne cesse de se développer dans tous les pays d'Occident, qui est que la dette publique ne fait que croître de façon irrésistible.

Je rappelle que Nicolas Sarkozy avait été élu d'ailleurs pour faire diminuer la dette. Et en réalité, non seulement il ne l'a pas fait diminuer, mais il l'a fait exploser. Et pour bien comprendre... Alors il l'a fait exploser pour des raisons, parce qu'il y a eu la crise financière. Mais prétendument, au lieu de laisser les banques faire faillite, eh bien on est allés les sauver. Et ceci a débouché sur des déficits budgétaires absolument faramineux de la France. On est montés jusqu'à 8,5% du PIB. Et donc puisqu'on ne crée pas de monnaie, il a fallu financer ça par appels sur les marchés financiers, ce qui a fait augmenter la dette publique de tant.

Pour que vous ayez une notion de l'impasse budgétaire dans laquelle nous fonçons à toute allure, qui ne peut se terminer que par un gigantesque feu d'artifice en France comme ailleurs, d'ailleurs, en France en particulier, je voudrais vous parler de ce qu'on appelle la RGPP. Ce sont les économies réalisées par la révision générale des politiques publiques, lancée par M. Sarkozy. M. Sarkozy, président de la République, enfourchant le dada des médias, dont on sait par qui ils sont tenus... Enfin j'en parlerai tout à l'heure. C'est-à-dire par toute l'oligarchie euro-atlantiste. Eh bien M. Sarkozy est parti en guerre contre l'État.

Vous savez qu'on ne cesse de dire aux Français que l'État dépense trop, que les fonctionnaires vivent de façon sardanapalesque, dans les Mille et Une Nuits. Et donc on s'est lancés dans une grande procédure. Ministère par ministère, on a dit : il faut tout ratiboiser. Alors c'est comme ça qu'il a été décidé qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne serait pas remplacé, qu'il a été décidé de fermer des plateformes hospitalières pour centraliser des hôpitaux à des niveaux régionaux, ce qui pose d'ailleurs des problèmes de transfert, ce qui pose des problèmes d'investissement par ailleurs.

Il a été décidé de fermer des écoles, des commissariats de police, de fermer des casernes de sapeurs-pompiers, etc, etc., pour faire des économies. Et puis de moins en moins de gens partout. Dans les préfectures, par exemple... J'ai visité une préfecture de région il n'y a pas très longtemps. Le préfet me montrait l'état de déchéance de l'État, parce que c'était une très belle préfecture du XVIIIe siècle dans un ancien palais épiscopal. Et j'y étais au mois de février. Il y avait des décorations de Noël pour passer entre les salons, les salons avec des grandes boiseries Louis XV. Enfin c'est tout l'apparat de l'État, bon.

Et comme le préfet était très sympathique et que j'étais assez à l'aise avec lui, je me suis permis de dire : « Monsieur le préfet, vous fêtez Noël assez tardivement ». On était le 15 février. C'était un peu ironique, un peu narquois de ma part. Et il m'a dit : « Savez-vous pourquoi nous faisons cela ? ». Je lui dis : « Bah non ». Et il m'a montré que derrière les décorations de Noël qui avaient été laissées, puis les branches de sapin, eh bien en fait, il y avait des étais qui soutenaient le mur parce que le mur s'effondrait. Nous avons des préfectures qui sont en train de... On se croirait dans une pièce de Ionesco.

Il y a des préfectures qui sont au sens étymologique en train de s'effondrer. Il n'y a plus de frais de fonctionnement nulle part. En revanche, les collectivités locales, elles, se servent goulûment, puisque ça, paraît-il que c'est formidable, c'est la décentralisation. Alors je reviens à mon propos, parce que sinon, je vais vous faire une conférence-fleuve. Les économies réalisées par la RGPP : le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, la rationalisation des administrations, la fermeture des services publics : les hôpitaux, les écoles, les commissariats, etc. Les économies qui ont été réalisées de 2008 à 2011 sur 4 ans ont été très exactement de 11,9 milliards d'euros.

Et à 2012, on peut mettre à peu près de l'ordre de 15 milliards d'euros. C'est-à-dire qu'on peut compter que ça a rapporté 3 milliards d'euros d'économies chaque année. En cumulé. L'économie totale depuis qu'a été lancée cette politique, c'est 15 milliards d'euros. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que la dette publique, au même moment, a augmenté de 600 milliards d'euros.