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interviewBFM TV (sur YouTube)· 21 mars 2023 27 min

L'interview de Laurent Nuñez, préfet de police de Paris, en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Laurent Nunez, de précision pour commencer, combien de manifestants avez-vous recensé hier soir dans la capitale ?

0:05
Laurent Nuñez

Hier, il y avait dans la capitale plusieurs points. Il y a eu la manifestation d'abord qui a commencé Place Vauban, il y a 1500 personnes que nous avons invitées à se disperser d'ailleurs de manière perlée, les choses se sont bien passées, et puis on a eu plusieurs points de résurgence, de nombreux points de résurgence dans la capitale, de petits groupes très mobiles, on estime à peu près à 2000 le nombre de personnes qui se sont réunies hier soir dans la capitale, mais encore une fois, en petits groupes très éclatés qui n'ont jamais excédé 200 à 300 personnes.

0:31
Présentateur

2000 personnes, donc 2500 Place Vauban, 2000 personnes dans la nuit, c'est ce que vous voyez depuis le début, depuis jeudi soir, c'est à peu près cet étiage-là ?

0:39
Laurent Nuñez

C'est ce qu'on voit, c'est l'étiage qu'on voit depuis jeudi soir, ils étaient 4000 sur le 13e samedi soir, c'est à peu près cet étiage, mais qui se constitue très vite en petits groupes très mobiles, et qui commettent beaucoup d'exactions, des barricades avec des poubelles, qui sont incendiées, c'est ça surtout le drame, c'est ce qu'on ne voit pas dans votre reportage, mais qui les incendie parfois au droit d'immeuble, et on a des incendies de véhicules par propagation.

Donc il faut évidemment intervenir très vite pour les forces de sécurité intérieure, que je remercie encore une fois pour le travail réalisé hier soir, travail très réactif où on essaie de très vite disperser ces groupes qui commettent beaucoup d'exactions, et ici, bien sûr, le travail des sapeurs-pompiers de Paris, qui ont, il faut bien avoir ce chiffre en tête, hier soir, il y a eu 240 interventions des sapeurs-pompiers de Paris pour des feux de poubelle dans la capitale. – Combien d'interpellations hier soir ? – 234 interpellations hier soir.

1:27
Présentateur

– 2000 personnes et combien de policiers mobilisés ?

1:29
Laurent Nuñez

– On avait 2000 policiers qui étaient mobilisés, mais sur d'autres dispositifs, et qui, quand se commettent ce genre d'exactions, se regroupent, parce que vous l'avez souligné à juste titre, ce sont des cortèges sauvages, ce ne sont pas des manifestations déclarées, organisées, et en plus, encore une fois, ces résurgences ont lieu dans plusieurs endroits de la capitale, et donc nous appliquons évidemment la doctrine de maintien de l'ordre du ministre, dès qu'il y a des exactions, nous intervenons pour y mettre un terme.

1:52
Présentateur

– Sauvage, ça veut dire deux choses, le mot a un double sens, c'est à la fois non autorisé, je le disais, mais aussi, ça implique une forme de violence. Vous la confirmez ?

2:00
Laurent Nuñez

– Écoutez, on a non autorisé, je vous le confirme, et puis pour certains de ces individus, il y a une forme de violence, puisqu'il y a des poubelles qui sont incendiées, des barricades qui sont érigées, donc oui, évidemment que c'est une forme de violence, ce sont des dégradations graves. Vous savez, on a tous les feux de véhicules que nous avons eu à enregistrer dans la capitale depuis jeudi dernier, je vous rassure, il n'y en a pas eu beaucoup, mais enfin, c'est uniquement des feux de véhicules par propagation liés à des incendies de poubelle.

2:24
Présentateur

– Il y a des critiques sur l'action de la police depuis plusieurs jours. Le syndicat des avocats de France, par exemple, dénonce une action des forces de l'ordre démesurée et particulièrement violente. Que répondez-vous ?

2:37
Laurent Nuñez

– Je m'inscris évidemment en faux. Tous les cortèges qui démarrent dans le calme ne sont pas encadrés et nous les laissons se dérouler. C'était le cas samedi soir. Il y avait un cortège qui partait d'Italie, qui allait à Tolbiac. Il n'y avait pas de policiers présents. Nous avons laissé la manifestation se dérouler. Et puis à un moment, un certain nombre d'individus, plusieurs centaines, se sont mis à éragir des barricades, y mettre le feu, essayer de mettre le feu à des véhicules. Évidemment que nous intervenons. Que voulez-vous que nous fassions ? Que nous n'intervenions pas ? Je ne comprends pas cette réaction. Elle me paraît tout à fait injuste et elle est hors sol.

Elle est totalement dénuée de ce qu'est la réalité.

3:08
Présentateur

– Il y a des documents, des vidéos qui posent question néanmoins. Vincent Vantinghem, parlez-nous de ces vidéos que vous avez pu retrouver sur certains réseaux sociaux.

3:20
Invité

– Alors effectivement, il y a des vidéos depuis le début de ce mouvement de contestation qui circule sur les réseaux sociaux, des vidéos que nos équipes ont également tournées sur place. Des images, on aimerait vous les montrer, vous vous confronter à ces images pour obtenir votre réaction. D'abord, cette première image, vous parliez du mouvement de samedi soir dans le 13e arrondissement. On est aux alentours de la place d'Italie et on voit une trentaine de manifestants qui ont été arrêtés et gardés, on pourrait dire, le long d'un mur, le temps d'être envoyés en garde à vue dans un commissariat. Est-ce que c'est bien réglementaire ?

C'est une question qui est beaucoup revenue après ce mouvement de samedi soir. Est-ce qu'on peut conserver comme ça, le long d'un mur, assis une trentaine de personnes qui ont été arrêtées ?

3:57
Laurent Nuñez

Évidemment, oui. D'abord, ça me permet de répondre à... Votre question me permet...

4:01
Présentateur

Pardonnez-moi, mais on les voit assis, en effet.

4:04
Laurent Nuñez

Je vais y répondre très précisément. Ça me permet de répondre d'abord sur la question des NAS. On évoque toujours les NAS qui sont illégales. Je suis désolé, quand on interpelle des gens parce qu'ils ont commis une infraction, oui, on les NAS et on attend de pouvoir les traiter judiciairement, c'est-à-dire que concrètement, que des moyens de police viennent les chercher pour les emmener en commissariat où ils vont être traités, placés en garde à vue, si l'OPJ le confirme. J'y reviendrai, si l'OPJ le confirme. En dépit de la décision du Conseil d'État qui a interdit les NAS. Ah, mais ça, c'est pas le sujet. Je vous parle de la NAS judiciaire.

On a interpellé des individus, on attend pour les emmener. Et puis, il y a la NAS en ordre public, celle que je peux décider, parce que je considère qu'il y a des troubles qui sont tellement graves que nous avons isolé un groupe et qu'il vaut mieux le contenir que le laisser progresser et commettre de nouvelles exactions. Et ça, le Conseil d'État ne l'a pas interdit. Ce qu'il me demande simplement, c'est de prendre des décisions qui soient proportionnées, qui ne soient pas trop liberticides. Ça veut dire que la NAS, ça ne doit pas durer très longtemps et on doit, au bout d'un moment, laisser sortir les gens. C'est ce que nous avons fait samedi soir sur les Halles.

Pour répondre à cette question très précise, c'est une question très technique. Ce sont des gens qui ont été interpellés, qui sont maintenus ici. Donc, effectivement, ils sont dans le cadre du NAS, que j'appellerais une NAS judiciaire. On attend de venir les chercher. Donc, le Conseil d'État n'a pas traité. Là, on est dans deux temps. Ce sont des gens qui ont été interpellés, qu'on attend de voir traiter. Ils sont assis, pourquoi ? Parce que c'est une façon de mettre en sécurité nos effectifs. Vous interpellez un groupe d'individus, on les fait asseoir et on les a vus.

Et quand, par exemple, les effectifs de police sont moins nombreux que les manifestants, c'est une mesure de sécurité pour nos effectifs et pour les manifestants. Il n'y a pas de difficulté dans cette technique mise en œuvre.

5:30
Invité

Autres images qu'on aimerait vous montrer, elles datent, celle-là, d'hier soir, au moment des échauffourées dont on a parlé, avec plusieurs images d'interpellations violentes, notamment des effectifs de la BRAVE, la brigade de répression de l'action violente, qui assène, on le voit ici à l'image, par exemple, un coup de poing à un manifestant. Comment vous réagissez à ces images ?

5:49
Laurent Nuñez

Alors, d'abord, l'utilisation, là encore, ça me permet de répondre à un certain nombre de choses que j'entends dire, l'utilisation des BRAVE, Mike, qui sont des, d'abord, que vos téléspectateurs comprennent bien, que ce sont des fonctionnaires des compagnies d'intervention de la préfecture de police qui utilisent les motos pour se mouvoir, c'est tout. Ils interviennent à pied, comme on le voit là, sur ces images. Brigade de répression de l'action violente motorisée. Absolument.

Et dans les manifestations comme celles que nous avons actuellement, avec des petits groupes mobiles, heureusement que mon prédécesseur Didier Lallement avait créé les BRAVE, Mike, parce que ça nous permet de nous projeter très vite. Bon, on ne les voit pas quand il y a les réunions, les manifestations, pardon, de l'intersyndicale. On ne les voit pas. On a des cortèges qu'on encadre très loin, le plus loin possible. Voilà pour les BRAVE, Mike. Sur les gestes que vous me montrez, tout ce que nous voyons, toutes les vidéos, on les analyse, évidemment. C'est mon devoir de veiller à la déontologie des policiers, mais c'est mon devoir aussi de contextualiser.

Oui, il y a eu des interpellations parce qu'on a eu des individus incendiaires. Il y a un problème quand même dans ce qu'on vient de voir. La dernière image, on a un fonctionnaire de police qui assène un coup de poing à un individu. Moi, j'ai besoin de contextualiser, de savoir dans quel cadre ça s'est passé, pour savoir si ce geste était adapté ou pas. Qu'est-ce qu'il pourrait justifier ? Expliquez-nous, de façon très pédagogique.

7:00
Présentateur

De façon très pédagogique.

7:01
Laurent Nuñez

Qu'est-ce qu'il pourrait justifier cela ? Le préfet de police a besoin de comprendre ce qui s'est passé lors de cette action. Moi, je vous dirais ce qui s'est passé quand on m'aura fait un rapport. Je l'ai demandé, j'ai déjà les premiers éléments. Vous avez un individu, vous voyez, il y a un kiosque qui se trouve juste à côté, un individu qui dégrade ce kiosque et qui est en cours d'interpellation. Et plusieurs individus s'opposent à cette interpellation, dont l'individu qui reçoit ce coup. Et donc, encore une fois, toutes les investigations seront menées pour savoir si ce coup était adapté ou pas. J'ai demandé un rapport.

Et sur chaque vidéo, évidemment, nous regardons si la déontologie est respectée. Avant de parler. Et parfois même, il y a évidemment ces signes de l'IGPN quand il peut y avoir des suites judiciaires.

7:39
Présentateur

On n'arrive pas à comprendre, pardon, Laurent Nunez, comment un coup aussi violent, je crois, peut être adapté et justifié. Honnêtement, expliquez-nous.

7:48
Laurent Nuñez

Vous avez des personnes qui se rebellent. Vous avez un individu qui est interpellé. Vous avez des personnes... Vous ne voyez que la fin de la séquence. C'est toujours pareil. On ne voit que la fin de la séquence. Très honnêtement, quand on voit cette séquence, oui, le geste paraît inadapté. Je vous le concède, Bruce Toussaint. Mais moi, j'ai besoin de comprendre quelle est la séquence, ce qu'il s'est passé. Ce que me disent mes fonctionnaires, c'est qu'ils ont interpellé un individu qui, avec un pavé, dégradait ce kiosque. Tout ça, c'est vérifiable. Je le vérifierai. Et qui ensuite, évidemment, l'individu a été interpellé.

Plusieurs individus se sont opposés à cette interpellation de manière violente. Et donc, ils ont été repoussés. Et c'est dans le cadre de cette manœuvre que ce coup a été donné. Encore une fois, je déterminerai évidemment s'il était adapté ou pas. Et je prendrai toutes les mesures nécessaires. Mais nous le faisons à chaque fois.

8:29
Présentateur

Mais pour bien comprendre, parce que j'entends ce que vous dites. Vous dites, là, a priori, ça semble inadapté. Mais s'il y avait d'autres éléments qui rentraient en ligne de compte, techniquement, j'allais dire théoriquement, un coup de poing à un manifestant pourrait être légal ?

8:45
Laurent Nuñez

Non, ce n'est pas tout à fait adapté. Mais dans l'urgence et quand les fonctionnaires sont pris à partie de manière extrêmement violente, ça peut arriver. En tout cas, toutes les investigations... Vous pouvez nous dire si une enquête est ouverte sur ce... J'ai demandé une enquête administrative, évidemment. Dès que j'ai eu connaissance de ces vidéos, comme toutes les autres que nous avons vues. Mais il n'y en a pas beaucoup. Par rapport à ce que l'on reçoit comme projectile, par rapport aux mises en cause graves des fonctionnaires, il n'y a pas beaucoup de gestes adaptés. Combien de policiers blessés depuis le début ?

Écoutez, vendredi à la Concorde, nous avons eu six fonctionnaires de police gravement blessés, dont deux qui ont pris des pavés en pleine figure. Donc voilà, il faut aussi recontextualiser les choses. Ce ne sont pas des cortèges pacifiques. Quand nous intervenons, nous ne sommes pas confrontés à des cortèges pacifiques. Je crois avoir démontré depuis que je suis préfet de police que les forces de l'ordre n'interviennent que quand il y a des exactions. On est toujours au plus loin et on intervient quand il y a des exactions. Mais on le fait, et ce sont les instructions du ministre de l'Intérieur, on le fait avec la fermeté qui est celle de l'ordre républicain.

9:41
Invité

Vous parliez de rapports d'enquête que vous demandez sur les images que vous visionnez, qui vous sont remontées comme ça. Est-ce que vous pouvez nous dire si vous avez, depuis le mouvement de jeudi soir, déjà signalé des faits à l'IGPN, à la police des polices ? Combien vous avez effectué de signalements si vous comptez le faire ?

9:59
Laurent Nuñez

J'ai signalé un fait. J'ai demandé un rapport pour le fait d'hier soir qui secoue le point qu'on a vu. Voilà, je vous le dis très clairement. Oui, j'en ai signalé un. Pour l'instant, c'est tout. Mais nous visionnons toutes les vidéos, on les recontextualise, on essaie de savoir où ça se passe. Pour le fait d'hier, on y voit un peu plus clair. Et j'attends le rapport qui va m'être produit dans la journée. Mais il faut aussi prendre un peu de recul par rapport aux événements. Moi, je veux comprendre. Vous savez, vous avez des fonctionnaires qui étaient engagés depuis tôt le matin et qui, jusqu'au soir, ont travaillé hier soir jusqu'à 2h du matin.

On a des effectifs qui ont pris à 6h et qu'on a libérés qu'à 2h du matin hier. Et qui ont été, une grande partie de la journée, mobilisés. Je veux saluer vraiment leur courage et leur détermination. Parce que, in fine, hier soir, par rapport à ce qui s'est passé, on n'a pas eu vraiment d'incident. Et moi, j'ai demandé aux forces de l'ordre d'être dans la... On avait beaucoup de jeunes hier. On avait beaucoup de jeunes. Il y a eu aussi beaucoup de mesures dans les interventions. On isole un certain nombre de gestes, mais il y a eu aussi beaucoup de mesures. Tout ça s'est terminé sur la place de la Bastille, avec 300 ou 400 jeunes. Je n'ai pas ordonné une dispersion par la force.

On a fait ça avec mesures et avec proportions, comme nous le faisons toujours.

11:00
Présentateur

Ça a duré jusqu'à quelle heure, d'ailleurs ? Ça a fini à 2h du matin hier. À 2h du matin, il n'y avait plus personne sur la place de la Bastille.

11:07
Laurent Nuñez

Voilà. Tout s'est terminé sur la place de la Bastille. Mais encore une fois, on a eu beaucoup de petits groupes dans Paris qui ont allumé énormément d'incendies. 240 feux.

11:15
Présentateur

Vous dites que les policiers sont fatigués. Ça veut dire qu'ils ne pourront pas tenir longtemps ?

11:22
Laurent Nuñez

À ce rythme-là ? Mais écoutez, ils ont démontré depuis ces cinq dernières années, et même avant, si on prend les mouvements qui ont eu lieu en 2016, avec le mouvement d'opposition à la loi El Khomri, ils ont démontré qu'ils ont quand même une capacité de résilience qui est très forte. Et je veux vraiment leur rendre hommage, parce que le travail qu'ils font, il est formidable, il est remarqué. Et comme on peut en discuter aujourd'hui, il est très, très, très, très regardé. Donc voilà, vous savez, un policier, il a toujours un quart de seconde pour prendre une décision. Et ce n'est pas toujours très simple. Quand on est autour d'un plateau comme ça, c'est toujours facile de commenter.

Mais sur le terrain, quand vous prenez des projectiles, que vous avez votre casque et que vous ne voyez pas grand-chose, ce n'est pas toujours évident.

11:59
Présentateur

Jeudi soir, vendredi soir, samedi soir, dimanche soir, lundi soir, mardi soir, ça va continuer ce soir, demain, après-demain ?

12:05
Laurent Nuñez

Sans doute, aujourd'hui, il y a des manifestations qui sont déclarées, des manifestations de jeunes. Il y a une manifestation Place de la République qui est déclarée aussi. Nous allons les encadrer, éviter les départs en cortège chauvage. Et s'il devait y avoir de nouvelles exactions comme celles que l'on a constatées,

12:19
Présentateur

nous interviendrons évidemment. Est-ce qu'il est probable qu'il y ait à nouveau, dans les prochains jours, des manifestations nocturnes à Paris ?

12:27
Laurent Nuñez

En tout cas, elles sont annoncées. Si j'en crois ce qui est déclaré, si je lis les réseaux sociaux, elles sont annoncées. Donc oui, c'est probable qu'il y ait de nouvelles manifestations qui mobilisent... Enfin, je vous ai donné le chiffre, c'était 1 500 personnes sur la Place Vauban, 2 000, pardon, hier soir, dans Paris. Donc, qui mobilisent plus ou moins de personnes. En tout cas, nous serons là pour encadrer les manifestations déclarées. Et les cortèges chauvages, évidemment, nous les éviterons, parce qu'ils posent forcément des difficultés.

On le voit à chaque fois qu'il y a des cortèges chauvages, depuis jeudi, il y a des mises à feu de poubelle, il y a des incidents, et ça, on ne peut pas le tolérer.

13:03
Présentateur

Il faut des renforts ?

13:04
Laurent Nuñez

Non, non, non, nous n'avons pas besoin de renforts. Nous avons suffisamment d'effectifs à Paris pour gérer ces problèmes. On l'a encore démontré hier, avec 2 000 policiers mobilisés, on a encore démontré que nous avions suffisamment d'effectifs et que nous le faisons avec beaucoup de proportions.

13:17
Présentateur

Il y a une chose qui frappe, ce sont des jeunes, principalement, dans ces cortèges ?

13:22
Laurent Nuñez

Hier soir, il y avait beaucoup de jeunes, oui. Beaucoup de jeunes, des jeunes étudiants, des jeunes, des militants engagés. Il y avait beaucoup de jeunes, mais je vous confirme.

13:30
Présentateur

Qu'est-ce que ça change, d'ailleurs, dans le maintien de l'ordre ? Dans le maintien de l'ordre, ça change.

13:39
Laurent Nuñez

Ce sont des jeunes, donc voilà. C'est plus compliqué. Il y en a un certain nombre qui commettent des exactions, qui mettent le feu aux poubelles, et puis il y en a d'autres qui, et vos commentateurs le relevaient d'ailleurs en direct, qui jouent un peu au jeu du chat à la souris avec les policiers. Il y a aussi ça, et quand c'est ça, et qu'il n'y a pas d'exaction, il faut qu'on soit évidemment extrêmement prudent dans les modes d'intervention.

13:59
Présentateur

La jeunesse n'était pas vraiment impliquée dans ce conflit social jusqu'ici. Et là, on voit que ce sont plutôt des personnes, en effet, assez jeunes. Ça change quelque chose, peut-être, à la nature de ce mouvement ? Vous en avez informé le président de la République, par exemple ?

14:17
Laurent Nuñez

Bien sûr, je suis en lien direct avec d'abord le ministre de l'Intérieur. On informe évidemment les autorités politiques des mouvements, de la façon dont on rétablit l'ordre, évidemment, et puis de la composition des cortèges. Jeudi, vous savez, il y a l'intersyndicale qui appelle à une nouvelle journée d'action. Voilà, donc j'espère que tout se passera bien. Nous avons discuté avec les organisations syndicales. J'ai rencontré leur responsable de sécurité hier matin. Nous avons arrêté un parcours et j'espère que tout se passera bien lors de cette manifestation. Pour l'instant, elles sont de bonne tenue parce que nous nous tenons à distance et nous n'intervenons quand il y a des exactions.

Laurent ?

14:55
Invité

Plusieurs responsables politiques, notamment de la France insoumise, pointent du doigt les centaines d'interpellations. Vous disiez 234 interpellations hier, plusieurs centaines depuis jeudi. Mais note que la plupart de ces gens interpellés sont relâchés. Du coup, parlent d'intimidation, d'atteinte au droit de manifester, d'atteinte à la liberté d'opinion. Pourquoi autant de gens interpellés et aussi peu déférés ou mis en examen ?

15:22
Laurent Nuñez

Alors, il y a une explication qui est très technique, pardon, mais il n'y a pas d'interpellation injustifiée. Moi, je ne peux pas laisser dire ça. Je parle au nom des fonctionnaires de police, des militaires de la gendarmerie, des fonctionnaires de la préfecture de police de Paris qui travaillent sous le monde d'autorité. Il n'y a pas d'interpellation injustifiée. On interpelle les groupes de personnes parce qu'il y a des groupements constitués en vue de commettre des violences. parce qu'il y a des jets de projectiles sur les effectifs. C'est pour ça qu'on interpelle les gens pour des infractions qui, à nos yeux, sont constituées. Et puis ensuite, qui va décider du placement en garde à vue ?

C'est l'OPJ. Et dans les 48 heures de la garde à vue, sous l'autorité du parquet, on essaie de caractériser, de matérialiser l'infraction. 48 heures, c'est court. Mais c'est vrai que beaucoup s'étonnent que 90% d'entre eux soient libérés. Mais 48 heures, c'est court. Quand vous attrapez un groupe qui se livre à des mises à feu de poubelles, vous attrapez un groupe de 30 personnes. Bon, nous, on considère que c'est un groupe d'incendiaires. Ils sont ensuite placés en garde à vue. L'OPJ va valider ou pas ce choix, ou pas. Et puis ensuite, dans le temps des 48 heures, on va mener des investigations, aller voir les vidéos.

Est-ce qu'on confirme qu'un certain nombre d'entre eux ont bien participé directement aux mises à feu ? Est-ce qu'ils ont été animateurs du groupe ? On va regarder des choses aussi bêtes que de savoir s'ils ont du combustible sur les mains. Et ça, c'est dans le temps de l'enquête. Est-ce que vous êtes... Évidemment, non, mais quand on arrive au bout des 48 heures, parfois, on n'a pas caractérisé l'infraction. Et on est dans un état de droit, c'est heureux. À ce moment-là, il n'y a pas de poursuite, et il y a un classement. Mais attention, les chiffres qui ont été donnés par les élus, ce ne sont pas ceux de Mme la Procureur de la République.

Il y a un certain nombre de personnes qui n'ont pas été déférées, mais il y a eu des alternatives aux poursuites. Donc, pour un certain nombre d'infractions, l'infraction a été constituée. Ça peut être d'autres types de sanctions qu'un déférement, une convocation, voilà. Ça peut être d'autres types de sanctions. Mais là, je parle, je suis Jean-Piedre sur les plates-bandes de la Procureur, mais ce qu'il faut que vos téléspectateurs comprennent, c'est que nous, on interpelle des gens dont on voit commettre des infractions. Mais après, heureusement, on est dans un état de droit, dans le temps de la garde à vue, il faut les matérialiser, il faut les caractériser, ces infractions.

Et malheureusement, ce n'est pas toujours possible. Quand on interpelle l'auteur d'un jet de projectile et qu'on a une vidéo, que c'est caractérisé, qu'on a des témoignages de fonctionnaires qui peuvent faire des PV de mise à disposition, évidemment que là, il y a des fermants.

17:39
Invité

Comment vous, préfète police, vous jugez la présence de députés, d'élus de la République dans des manifestations qui, par définition, vous le disiez, sont sauvages, ne sont pas autorisées ? Est-ce que ça vous pose un problème ?

17:49
Laurent Nuñez

C'était le cas hier soir, place Vaudre. C'était le cas. D'abord, moi, j'ai un grand respect pour tous les élus de la République. D'ailleurs, ces députés-là m'appellent régulièrement pendant les mouvements, il faut le savoir. Et je réponds. Pourquoi est-ce qu'ils vous appellent ? Pour savoir pourquoi un tel a été interpellé. Est-ce qu'ils peuvent rentrer dans un commissariat pour exercer légitimement leur droit de visite dégardé à vue ? Voilà, on a des échanges. Ce n'est pas un secret, c'est normal.

18:13
Présentateur

Vous comprenez de l'opposition, donc, et de la force insoumise ?

18:15
Laurent Nuñez

Bien sûr, ce sont des députés de la République qui appellent directement le préfet de police. Et je trouve ça sain et normal dans une démocratie. Donc, il n'y a pas de... Après... Mais là, on parlait de manifestations qui n'étaient pas autorisées. J'y viens, mais attends, les places Vauban, c'est une manifestation qui a été déclarée, qui était autorisée, qui devait se terminer à une certaine heure. Il y a eu un certain nombre de parlementaires. Ça ne pose aucun souci, évidemment. De la même façon que je ne me suis pas opposé à la présence de députés Léfi sur la place de la Concorde jeudi dernier. Ils ont souhaité aller de l'Assemblée rejoindre les manifestants.

On les a laissés passer, on les a laissés revenir à l'Assemblée. Et pour ça, on se parle, oui. Mais voilà, les choses sont normales dans le cadre d'un fonctionnement républicain. Mais je n'ai pas vu, moi, de parlementaires en écharpe, allumer des feux de poubelle, que les choses soient claires. Non.

19:06
Invité

Vincent Ventiguel. Deux questions, monsieur le préfet. La première question, vous avez parlé de ce délai de 48 heures de garde à vue, qui est le délai classique pour toutes les gardes à vue. Est-ce que les procédures transmises par les officiers de police judiciaire au parquet sont toutes bien ficelées ? Est-ce qu'il n'y a pas aussi, à un moment donné, dans cette action, dans le chaos qui peut être exercé au milieu des rues, la possibilité pour les officiers de police judiciaire de bien ficeler les procédures, de bien remplir les fiches avant de les transmettre au parquet ?

Et deuxième question, vous avez indiqué tout à l'heure que six policiers avaient été blessés sur la place de la Concorde. Est-ce que vous êtes en mesure de fournir un bilan quant aux manifestants ? Combien ont été blessés depuis le début du mouvement ? Par exemple, est-ce que vous avez des nouvelles de ce jeune homme qu'on a vu sur la vidéo tout à l'heure, recevoir le coup de poing par un policier ? S'il était violent avant, est-ce qu'il a été interpellé après ? Comment ça s'est passé pour lui ?

19:53
Laurent Nuñez

Alors, d'abord, sur la qualité des procédures, ça c'est des choses, évidemment, dont je discute avec madame la procureure. Il faut qu'on veille, évidemment, à ce que, notamment, nos PV de mise à disposition soient rédigés de manière la plus exhaustive possible. parce que quand ce n'est pas le cas, il n'y a pas de suite. Bon, donc ça, évidemment, dans notre intérêt,

20:09
Invité

on a intérêt à être rigoureux là-dessus et on va veiller à l'être encore plus. Parce qu'il y a un problème, enfin, vous avez remarqué qu'il y avait un problème ?

20:15
Laurent Nuñez

Il y a un problème quand il y a un nombre, voilà. Il y a un problème quand il y a un nombre d'interpellés important. C'est beaucoup de travail, hein. Bon, voilà. Mais ça, on va veiller, évidemment, à être exhaustif. C'est important. Sur le nombre de blessés, je ne l'ai pas, pardon. Je n'ai pas recensé le nombre de blessés précisément. Hier soir, on a eu six blessés légers, donc, parmi les manifestants, et un CRS blessé. Et donc, la personne qu'on voit prendre un coup qui s'est opposée à une interpellation, cette personne n'a pas été prise en charge par la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Elle a été traitée quand même par les effectifs policiers.

Donc, et à ma connaissance, cette blessure, mais je parle sous tout contrôle, je suis très prudent, à ma connaissance, cette blessure n'était pas grave et la personne a pu repartir.

21:04
Invité

Mais elle n'a pas été placée en garde à vue.

21:06
Laurent Nuñez

Elle n'a pas été placée en garde à vue. À ma connaissance, je suis très prudent sur cette affaire qui remonte hier soir et sur laquelle on est en train de venir les éléments.

21:14
Présentateur

Un policier a apporté plainte contre le député de la France Insoumise, Éric Coquerel, pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Ce sont des faits qui se sont déroulés sur le site Veolia de Saint-Denis, donc en Seine-Saint-Denis. Et d'après ce policier, le député lui aurait donné un coup de poing au visage fait, démenti formellement par Éric Coquerel. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

21:37
Laurent Nuñez

Non, honnêtement, je ne peux pas vous en dire plus. C'est très honnêtement, il y a une plainte qui a été déposée. Moi, je n'ai pas de mots à dire sur ça. Le fonctionnaire considère qu'il a reçu un coup, donc il n'a pas...

21:48
Présentateur

Quand on voit les images, on voit une bousculade.

21:51
Laurent Nuñez

On n'a pas tellement de... C'est vraiment une plainte, je n'ai pas de commentaire à faire. Ce que je peux vous dire, c'est que cette action, elle se déroule dans le cadre des actions que nous menons pour résorber la crise des poubelles à Paris. Comme vous le savez, j'ai réquisitionné la ville de Paris, j'ai réquisitionné un certain nombre de sociétés privées. Et là, l'action de police visait à permettre le dégagement d'un dépôt de camions-bennes pour qu'ils puissent se rendre dans Paris et procéder à la collecte. Voilà, je connais le cadre de l'action. Le geste en lui-même, je ne le connais pas. Vous ne savez pas précisément ce que décrit le policier ?

22:26
Présentateur

Vous n'avez pas d'informations particulières ? Non, je n'ai pas d'informations

22:28
Laurent Nuñez

et ça relève vraiment du judiciaire. Vous lui avez parlé à ce policier ? Non, je n'ai pas parlé à ce policier.

22:33
Présentateur

Non, non, non. Bon, on sera en direct avec Eric Coquerel dans quelques minutes. d'ailleurs, qui évoquera à la fois la situation politique et bien sûr l'affaire qui le concerne directement. Est-ce que vous êtes parfois, comment dire, heurté, frappé par certaines déclarations de la France insoumise qui dénoncent régulièrement les violences policières ? Qui va même parfois plus loin ? Certains disent que LFI pourrait être dans une forme d'encouragement contre les policiers, de violences contre les policiers.

23:07
Laurent Nuñez

Non, moi, je suis préfet de la République. Je n'ai pas de m'immiscer dans un débat. Je n'ai pas de commentaire à faire. Ce que je peux dire, évidemment, c'est qu'il y a toujours des actions de police qui sont extrêmement proportionnées. On vise à résorber des troubles graves à l'ordre public. On le fait avec beaucoup de professionnalisme. Je veux saluer, encore une fois, le travail des effectifs de police, de gendarmerie, qui le font de manière remarquable. Et quand il y a des actes disproportionnés, des actes qui sortent du cadre, il y a toujours des sanctions, il y a toujours des enquêtes. En tout cas, les organisations syndicales le disent, on travaille avec elles.

Elles savent très bien qu'on intervient uniquement quand c'est nécessaire, quand il y a des exactions. Vous savez, moi, je suis personnellement en salle pour toutes les manifestations. Je ne fais donner la force que lorsqu'on commence à voir des vitrines se casser, des black blocs casser des vitrines, sans prendre éventuellement en force de l'ordre. Mais jamais dans d'autres cadres. Évidemment, je peux être blessé quand je lis ensuite dans la presse qu'on m'accuse d'avoir cassé un cortège, cassé une manifestation. Jamais. Jamais. Et voilà. Et tout ça, je le vis profondément.

C'est blessant pour moi-même, mais surtout pour les fonctionnaires de police et les militaires de la gendarmerie qui n'interviennent que pour mettre un terme à des exactions. Et ça, c'est quelque chose que les organisations syndicales voient, que tout le monde voit dans les manifestations. Et donc, je crois qu'il faut beaucoup d'honnêteté et le reconnaître.

24:31
Présentateur

Deux questions encore. D'abord, la grève des poubelles. La grève des séboueurs, plus précisément, qui occasionne, on le voit dans Paris, des milliers de tonnes de déchets dans les rues. Est-ce qu'il faut procéder à nouveau à des réquisitions ?

24:45
Laurent Nuñez

Oui, oui. Je renouvelle les réquisitions. C'est-à-dire que nous réquisitionnons la ville de Paris, c'est-à-dire la régie de la ville de Paris. Et puis les sociétés privées, puisque à Paris, vous savez, le marché est partagé en deux. 50% privé, 50% public. Et donc, le service minimum est assuré. Il faut qu'on s'assure pour permettre aux camions de sortir tous les matins. Donc, j'ai des policiers qui vont dégager les centres des poubelles. Et puis aussi dégager les lieux où ces ordures sont ensuite traitées et incinérées, notamment, ou traitées. Et donc, évidemment, c'est beaucoup de mobilisation, beaucoup de moyens.

Alors, il y a beaucoup, bien sûr, plusieurs centaines de tonnes qui sont traitées tous les jours. Mais la résorption sera évidemment très lente. Mais on met vraiment le paquet. Dernière question.

25:26
Présentateur

Elle concerne la visite en France du roi Charles III. Visite très importante, prestigieuse. C'est la première visite de ce nouveau souverain à l'étranger. Il vient en France à partir de dimanche, dans un climat social extrêmement tendu, bien sûr. Comment abordez-vous cette visite ? Est-ce que des moyens supplémentaires sont déployés ? Des mesures nouvelles sont décidées, compte tenu de ce qui se passe actuellement ?

25:50
Laurent Nuñez

Ce type d'événement est toujours ultra sécurisé. C'est normal. C'est vrai dans tous les pays du monde. Quand le roi d'Angleterre se déplace quelque part, il y a un dispositif de sécurité. Quand nous avons une visite d'État, il y a un dispositif de sécurité qui permet de traiter toutes les situations. Et évidemment, toutes les situations seront traitées pour assurer la sécurité. Mais il y aura des manifestations

26:12
Présentateur

dimanche soir, lundi soir à Paris ?

26:14
Laurent Nuñez

Je ne suis pas connaissant ce qu'il y a de manifestations. En tout cas, il y aura un dispositif de sécurité autour de cette visite, comme c'est toujours le cas. comme c'était le cas d'ailleurs en 2014, pour la visite de la...

26:24
Présentateur

Vous n'êtes pas plus entier que ça ? Moi, je suis toujours très serein.

26:26
Laurent Nuñez

Voilà, on y travaille. Et je présenterai d'ailleurs au ministre, dans les heures qui viennent, le dispositif de protection de cette visite que nous avons organisée à la préfecture de police. Et pas que, puisque la visite ne se déroule pas que dans mon périmètre de compétences.

26:42
Présentateur

Merci beaucoup d'avoir répondu à toutes nos questions. Elles étaient nombreuses, en effet, parce que le climat, je le disais, est particulièrement tendu actuellement. Merci beaucoup, Laurent Nunez. Sous-titrage Société Radio-Canada