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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 10 juin 2026 11 min

Lyhanna : l’onde de choc

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les ministres tentent de trouver une porte de sortie entre mea culpa et nouveaux dispositifs de protection des mineurs, dégainés un peu à la hâte. - Il est venu inaugurer la première pierre d'un institut consacré à la recherche sur le cerveau de l'enfant. En déplacement ce matin dans un hôpital parisien, E.Macron a quand même évoqué l'affaire Lyhanna, pesant chacun de ses mots. - E.Macron: On vit dans un moment du pays qui est très dur afin à pleins d'égards, qui nous a tous beaucoup choqués, mis en colère et profondément attristés.

C'est une enfant qui a été touchée. Chaque jour, quand des enfants sont touchés, c'est quelque chose qui nous bouleverse. Je veux ici dire tout mon soutien à nos compatriotes qui, chaque jour, font de leur mieux pour soigner, éduquer, protéger nos enfants. - Un président qui, un peu plus tôt ce matin, en Conseil des ministres, s'est exprimé sur le fond de l'affaire Lyhanna.

Des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement. - M.Bregeon: C'est la confiance en nos institutions qui, derrière, est également posée.

Il faut comprendre ce qui relève des responsabilités individuelles et des dysfonctionnements systémiques dans l'ensemble des services publics impliqués. On ne répond pas à un drame par des cris. La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur et qui ne sont pas respectueuses. - Chercher les responsabilités sans jeter l'opprobre, une ligne de crête périlleuse.

Hier, l'affaire a monopolisé les débats à l'Assemblée nationale. Critiques ouvertes adressées au gouvernement, notamment au ministre de l'Intérieur et au ministre de la Justice, appelés à rendre des comptes. Ce matin, le ministre de l'Education nationale annonce qu'une enquête aura lieu au sein du collège de Lyhanna.

Il attend aussi la mise en place d'une liste noire des personnels interdits dans les établissements scolaires. - E.Geffray: Ma responsabilité s'arrête aux murs de l'école.

Mais ça fait déjà plusieurs mois qu'on travaille à un fichier d'interdits d'école, qui ferait que certaines personnes ne peuvent plus entrer dans une école. - Le drame aurait-il pu être évité si la justice avait eu plus de moyens? Sans aucun doute, selon l'avocat des parents de la petite Lyhanna, qui s'est exprimé pour la première fois hier. - Il y a des centaines de plaintes depuis 2025 pour viol ou agression sexuelle au parquet d'Auch et seulement un procureur pour les traiter.

Vous trouvez ça sérieux? Je vois nos voisins européens avoir 3 à 4 fois plus de greffiers, de magistrats et de procureurs. La France consacre la plus petite partie de son budget à la justice.

Que vous faut-il de plus? - Une institution mise en cause par le garde des Sceaux lui-même. Directement visés, les magistrats du tribunal d'Auch dénoncent un discours politique décomplexé. ...

Et la défiance touche aussi les forces de l'ordre. Cette mère de famille avait déposé plainte contre J.Barella en août 2025 pour plusieurs viols sur sa fille de 11 ans, en vain.

Ce matin, le patron de la gendarmerie nationale reconnaît une défaillance. - Quand j'entends cette maman, j'entends une maman en colère et qui en veut au système, en particulier aux gendarmes. Si ce qu'elle dit est vraie, qu'elle a été éconduite par des gendarmes, voire menacée avec un dépôt de plainte contre harcèlement par la gendarmerie, c'est quelque chose d'inadmissible.

Cette affaire est un échec pour nous. - Une institution elle aussi confrontée à un afflux de dossiers à traiter. Chaque heure, la gendarmerie nationale annonce recevoir 4 plaintes de mineurs. - C.Roux: Le gouvernement parvient-il à se sortir de ce dossier?

On a entendu ce que dit E.Macron, qui reconnaît des dysfonctionnements. Le ministre de l'Intérieur reconnaît des dysfonctionnements, le garde des Sceaux aussi...

Et après? - C.Barbier: Il y a eu une autocritique de l'exécutif sur le fonctionnement des administrations dont ils ont la tutelle.

Le garde des Sceaux explique que si ces consignes avaient été appliquées, on aurait pu échapper à cette tragédie. D'autres disent que l'Etat fait tout ce qu'il peut et que c'est sur le terrain que ça se joue ensuite. Tout de même, dans sa difficulté à se défendre, à prendre en compte cette tragédie et la demande de la société derrière, on voit très vite les limites.

On remet dans le tuyau législatif une proposition de loi passée en Conseil des ministres il y a 10 jours et qui est déjà obsolète! Il faut déjà la corriger car l'opinion le demande. On fait une lettre rectificative, comme pour le budget, qui va passer en conseil d'Etat.

On remet sur le tapis la loi intégrale portée par les députés de quasiment tous les camps qui avait été évincée parce que trop lourde, critiquée pour son nombre d'articles, 79, et surtout pour son coût. L'exécutif a une faiblesse politique: pas de majorité. Il a aussi une faiblesse financière et calendaire, car on est en campagne présidentielle.

Les présidentiables répondent à l'opinion et font des propositions, mais ceux qui sont aux affaires en ce moment savent qu'ils n'ont ni le temps ni les moyens politiques et financiers d'être au rendez-vous. C'est une hypocrisie. - C.Roux: Est-ce que c'est un coup de colère?

Un pays choqué, blessé de voir la lenteur des procédures judiciaires et de la chaîne pénale? Ou c'est plus que ça? - C.Barbier: C'est ça et plus que ça.

Des faits divers tragiques qui amènent beaucoup d'émotion nationale, on en a eu. Ca donne des marches blanches de l'émotion collective. Derrière, il peut y avoir de la colère, manifeste, des tentatives de mobiliser l'opinion.

Là, on a eu quelque chose de plus avec des démonstrations devant les palais de justice, avec l'écho dans ce climat politique...

C'est l'amorce de quelque chose, d'une volonté de révolution du fonctionnement de nos institutions et de "plus jamais ça". Est-ce que c'est une impression, parce que le climat politique a servi de chambre d'écho? Ou bien est-ce qu'il y aura un avant et un après tragédie de Lyhanna?

C'est trop tôt pour le dire. Mais dans les meurtres et les viols d'enfants, c'est le seul type de crime où une partie non négligeable de l'opinion dit "si on touche à mon enfant, je sais que la justice ne sera pas au rendez-vous, donc je ferai justice moi-même". Ca n'arrive pas, ou très peu, pour les cambriolages, les vols, ou même les agressions physiques.

Mais quand on touche aux enfants...

C'est un penchant de la société, et c'est la fin du contrat social, mais qui est de plus en plus formulée par les opinions en colère. - C.Roux: Le père de J.Barella...

Son frère a été visé par une plainte, mais son père a lui aussi été visé par une plainte pour viol sur l'une de ses petites-filles en 2013. - A.Augustin: Et il a bénéficié d'un non-lieu, en 2022.

Ce n'était pas les filles de J.Barella...

Mais une deuxième de ses petites-filles avait aussi fait un signalement à la police. Les parents avaient essayé de faire appel de la décision de non-lieu mais ils ont abandonné, faute de moyens ou d'énergie, je ne sais pas. On devrait avoir des éclaircissements sur tout ça dans les semaines à venir. - C.Roux: Pourquoi vous dites que ce n'est pas un dysfonctionnement? - A.Augustin: Je voudrais revenir sur l'aspect tournant de cette affaire...

J'étais à un rassemblement lundi soir devant l'ancien palais de justice. Ce que j'ai trouvé intéressant...

Je suis dans beaucoup de boucles de mamans, quand j'ai enquêté sur le périscolaire. Ce sont des boucles qui intègrent des femmes de tous les quartiers. Il y avait énormément de femmes qui n'avaient jamais manifesté et qui sont allées vent debout devant le palais de justice, où c'était noir de monde.

J'ai vu des femmes de tous les milieux, de tous les niveaux sociaux. C'était une convergence, pour la première fois à haut bruit, des militantes féministes et des militantes qui militent pour la protection des enfants. J'ai l'impression que cette convergence, cette intelligence collective qui fait qu'elles ont compris que ces 2 combats sont corrélés, et que c'est un levier politique et médiatique énorme, ça peut amener à une séquence vraiment importante. - C.Roux: Pourquoi vous dites "elles?" - A.Augustin: Parce qu'il n'y avait pas d'hommes, ou très peu! - F.Ploquin: Pour moi, c'est le sujet.

Il y a un problème culturel, au-delà du problème politique. Que ce soit dans les forces de l'ordre, dans la magistrature, en France, d'une manière générale, cette espèce de domination masculine fait que...

Ca me choque qu'il y ait aussi peu d'hommes qui descendent dans la rue. Ca en dit long sur le chemin qu'il y a à faire. On a considéré...

Ceux qui ont pensé la justice sont souvent des hommes. Pour moi, depuis le début, on a sous dimensionné la justice des mineurs. C'est le parent pauvre de la justice.

Il n'y a pas assez de monde. Il en est de même de la police des mineurs, où y être affecté est souvent vécu comme une punition, alors que ça devrait être l'inverse...

Aujourd'hui, on a justice des mineurs victimes d'une double thrombose. Avant cette affaire, je m'étais rendu à Marseille pour enquêter sur le narcotrafic et le "rajeunissement" des individus utilisés par les barons de la drogue. Là, j'ai eu affaire à des magistrats qui m'ont dit: "La justice des mineurs, que ce soit pour les enfants auteurs ou les enfants victimes, ne peut plus rien faire." C'est un constat d'échec formidable.

Pour les jeunes adolescents ou enfants auteurs, il n'y a pas de réponse judiciaire du tribunal avant 5 ou 6 ans. Donc ils seront majeurs au moment où la justice va leur dire