Mort de Lyhanna : "Un énorme scandale d'État", Sébastien Chenu (RN) demande que la justice "réponde de ses manquements"
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Thomas Soto, RTL Matin. Il est député du Nord, vice-président de l'Assemblée et vice-président du Rassemblement National. Sébastien Chenu est l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Sébastien Chenu. Liana avait 11 ans. Liana a été tuée par un homme dont tout indique qu'il aurait dû être mis hors d'état de nuire depuis longtemps, car déjà visé par des plaintes pour viol ou violences sexuelles sur mineurs, plaintes qui sont restées lettres mortes. Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, a parlé d'un immense échec et a présenté ses excuses au nom de la justice à la famille. Et maintenant ?
Vous avez raison, l'émotion est immense. Moi j'ai été dans ma circonscription évidemment tout le week-end et je peux dire qu'effectivement les Français, en tous les cas ceux que j'ai rencontrés, sont particulièrement touchés par ce drame. Ils se sentent tous concernés. Oui, tout le monde se sent concerné. Tout le monde se dit que ça pourrait être sa fille, sa cousine, sa voisine, cette petite. Et surtout, tout le monde se dit que la justice dysfonctionne, mais ce n'est pas uniquement un dysfonctionnement. Et en cela d'ailleurs, la marche blanche n'est pas une réponse. On le voit bien. La faiblesse de la réponse du ministre de la Justice également n'en est pas une.
Et on voit que c'est un drame parce qu'en fait c'est la ruine programmée de notre système judiciaire qui est en train de se dévoiler sous nos yeux. La ruine programmée via le manque de moyens, évidemment. Plus de 50% pour les moyens de la justice depuis 2017. D'accord, mais enfin, vous voyez bien qu'on n'y est pas. On a à peu près, je crois, 10 000 magistrats dans le pays, c'est-à-dire très loin des autres pays européens par rapport au nombre d'habitants.
Donc la ruine programmée par rapport au manque de moyens, la ruine programmée par rapport à l'absence de responsabilité ou de volonté politique, de responsabilité d'une certaine magistrature qui n'est jamais, lorsqu'elle se trompe, lorsqu'elle ne poursuit pas, lorsqu'elle a été sourde pendant des années, un certain nombre de plaintes et de signalements, n'est pas responsable, ne peut pas répondre de ces banquements. Non, pas vraiment. Et puis...
Vous êtes comme Bruno Retailleau qui demande un nouvel organisme.
Je vais y venir. Et puis la ruine programmée aussi, parce que par une justice qui parfois est teintée d'idéologie et qui aujourd'hui peut amener à des résultats qui ne sont pas satisfaisants en ce qui concerne les poursuites. Vous me parlez de Bruno Retailleau. Moi, je fais toujours attention à ces gens qui sont un peu toujours les monsieur plus...
Il veut une cour disciplinaire de la magistrature avec des citoyens tirés au sort, des magistrats professionnels et des personnalités qualifiées.
On peut mettre tout ça en débat. Moi, je crois qu'effectivement, la première question à se poser, c'est pourquoi est-ce que dans le corps de la magistrature, il n'y a pas de responsabilité ? Est-ce qu'un magistrat n'est pas responsable de ses décisions et ne peut pas en être éventuellement sanctionné ? Encore une fois, il y a le Conseil supérieur de la magistrature. Oui, enfin, on voit bien que ce n'est pas satisfaisant. Moi, je suis pour une justice indépendante. Attention, ne mélangeons pas les choses. Je pense que la justice doit être indépendante. Mais elle doit aussi, dans certains cas, effectivement, pouvoir répondre de ces manquements.
Et ces manquements, ces signalements, maintes fois répétés dans le cadre de cette affaire, sont gravissimes.
Gérald Darmanin a dit qu'il y aurait des sanctions s'il est avéré qu'il y a eu des fautes ou des responsabilités établies. L'avocat pénaliste Franck Berton a eu ces mots-là sur X hier. Il ne va pas être bon d'être magistrat dans les semaines à venir, je le pressens. Les boucs émissaires sont déjà désignés. Il faut sauver le ministre.
Mais c'est pour ça que moi, je ne crois pas dans ce que... Enfin, c'est un effet d'annonce, quoi, Gérald Darmanin.
Quand il dit qu'il faut vérifier les 70 000 plaintes d'ici au 14 juillet, qui concerne les enfants...
C'est un effet d'annonce. Chacun sait que c'est extrêmement compliqué d'ici au 14 juillet de vérifier 70 000 plaintes pour mineurs sur 3 millions de plaintes en attente. Je vous rappelle qu'il y a 70 000 plaintes pour mineurs. Et quand Gérald Darmanin dit que la question de l'enfance, de la protection de l'enfance dans la justice est une priorité, mais comme il mettait les autres difficultés, la lutte contre le narco, le trafic est une priorité, etc. C'est vrai ou c'est pas vrai ? Non, mais quand vous compilez toutes les priorités... Non, mais c'est vrai ou c'est pas vrai ? Est-ce que la lutte contre le narcotrafic est une priorité ?
Quand vous compilez toutes les priorités, il n'y en a pas une hors dans ses directives, ou en tous les cas dans les lettres qu'il a pu écrire au partage... Il y a eu des circulaires, il y a eu des circulaires qui n'ont pas été appliquées. Eh bien, c'était une liste à l'après-vert. Moi, je pense qu'une justice qui se tient debout, un garde des Sceaux qui sait où il va, il a deux ou trois objectifs prioritaires, puis après il y a des objectifs secondaires. Parmi ces objectifs prioritaires, il y a effectivement la question de la protection de l'enfant.
Je vous rappelle quand même que, aussi, le scandale de la mairie de Paris aurait dû nous alerter, devrait nous alerter et nous scandaliser de la même façon.
Sébastien Chenu, Mathilde Panot, la chef des députés LFI, a appelé à la démission de Gérald Darman. Est-ce que vous la suivez là-dessus ?
Mais ça, c'est de la politique politicienne. Vous voyez, moi, je pense que j'ai zéro confiance et personne ne peut avoir confiance dans le garde des Sceaux. J'ai zéro confiance et personne ne peut avoir confiance dans ces gens qui, depuis dix ans, en Macronie, se sont succédés, d'ailleurs parfois à la vitesse de la lumière, place Vendôme, au siège du ministère de la Justice, avec des politiques qui sont parfois très contradictoires. M. Dupond-Moretti, M. Darmanin, Mme Belloubet, on a eu des gardes des Sceaux qui ne plaidaient pas pour la même chose. Donc aujourd'hui, l'idée de dire, comme me dit Mme Panot, la démission de Darmanin, c'est un peu court. En fait, personne ne...
Il faut faire quoi ? Parce que là, pardon, mais vous actez l'impuissance, l'impuissance des politiques, l'impuissance... Il faut faire quoi, Sébastien Chenu ? Parce qu'on a l'impression qu'on est face à une affaire d'État. C'est le cas ou pas ?
Bien sûr, c'est un énorme scandale d'État, bien entendu. La première des choses, c'est qu'il faut des moyens pour la justice. Vous avez dit que la justice a augmenté son nombre. Ses moyens, c'est une réalité, ça ne va pas assez loin. Des moyens à la fois dans le recrutement des magistrats, des moyens pour les places de prison. Vous savez, quand Emmanuel Macron a été élu il y a bientôt dix ans, il avait promis des dizaines de milliers de places supplémentaires. Je crois 50 000 places supplémentaires. Il y en aura eu au maximum, construit au bout de dix ans, 15 000.
Parce que vous savez que c'est très compliqué de construire des prisons, que ça coûte cher, que ça prend du temps et que les maires n'en veulent pas, quelles que soient leurs éthiques. Deux choses. Lorsqu'on a voulu reconstruire Notre-Dame, on a pu faire, entre guillemets, une loi spéciale qui a permis de s'affranchir un certain nombre de contraintes. Et deux, je vous rappelle que dans les prisons, 25% des détenus sont étrangers. Pas d'origine étrangère, 25% ont une nationalité étrangère. Ils devraient donc repartir dans leur pays d'origine.
Vous savez aussi, Sébastien Chenu, que dans la plupart des cas, les pays d'origine ne veulent pas les récupérer.
Bien entendu, d'ailleurs, ce gouvernement n'a pas eu le discours, la poigne, la fermeté, le bras de fer nécessaire pour qu'un certain nombre de pays, dont l'Algérie, puissent reprendre leurs ressortissants délinquants.
Sébastien Chenu, est-ce que vous êtes pour l'interdiction des syndicats de magistrats ? Edouard Philippe s'en est prêt à la syndicalisation des juges ce week-end. Il a dénoncé un pouvoir syndical assez important et qui donne le sentiment d'être assez intouchable. Est-ce que si vous êtes au pouvoir dans un an, vous interdirez les syndicats de magistrats ?
Non, mais je crois que c'est très compliqué en plus d'interdire les syndicats de magistrats. C'est constitutionnel. Donc l'idée, ce n'est pas ça, c'est que les syndicats de magistrats puissent faire leur boulot qui est de défendre un corps. Mais en revanche, des syndicats qui appellent à voter pour des candidats à l'action présidentielle, comme le syndicat de la magistrature, posent un problème dans cet univers de la magistrature, posent un problème. En réalité, ils se tirent eux-mêmes une balle dans le pied parce que le mur des cons, ça a décrédibilisé. C'est l'ensemble de la magistrature.
Et quand vous signaliez tout à l'heure les propos de Franck Berton, l'avocat, il peut dire merci aux syndicats de la magistrature d'abîmer à ce point la confiance que peuvent avoir les Français en eux.
Est-ce que vous regrettez d'avoir voté contre une proposition de loi transpartisane qui prévoyait en octobre une modification pénale du viol pour intégrer la notion de non-consentement ?
Non, pas du tout. Et d'ailleurs, vous savez, on avait eu ce débat qui est un débat très sérieux. C'est important la prise en compte de la parole des victimes. Alors, j'allais y venir, mais l'inversion de la charge de la preuve, grosso modo, devoir expliquer que votre partenaire vous avait donné un accord avant toute relation sexuelle, nous paraissait évidemment très compliqué et source de conflits, porteurs de conflits multiples sans rien résoudre. Donc, prenons les choses avec beaucoup de sérieux, beaucoup de distance. L'accueil de la parole des victimes, que ce soit les femmes, que ce soit les enfants, la place de la victime dans la procédure judiciaire est primordiale.
Et je pense que, vous savez, il y a quelques années, il y avait un secrétariat d'État aux droits des victimes. Moi, j'avais été d'ailleurs membre du cabinet de Nicole Gage, qui était secrétaire d'État aux droits des victimes, c'était il y a 20 ans. Eh bien, je pense qu'effectivement, on devrait s'inspirer de ce qui avait été fait il y a quelques années. On a oublié quelque part la place des victimes dans le processus.
Au chapitre politique, Jean-Luc Mélenchon, ça ne vous a pas échappé, a tenu son premier meeting de campagne présidentielle hier à Saint-Denis. Il y avait du monde, environ 10 000 personnes, eux disent 26 000 chez LFI. Et il a accusé le Rassemblement National de promouvoir un suprémacisme visant à diviser les peuples en ethnies et en religions. Vous êtes, paraît-il, des obsédés de la race.
Bon, les excès de Jean-Luc Mélenchon, on les connaît. Pour moi, Jean-Luc Mélenchon, c'est l'accélérateur du déclin. C'est-à-dire que c'est le candidat, en fait, des dangers et des vengeances. Des vengeances vis-à-vis d'un tas de gens, des vengeances vis-à-vis même de l'histoire de notre pays. Et qui est obsédé de la couleur de la peau ? Qui, sans arrêt, parle de français racisé ? Qui, sans arrêt, parle de privilèges blancs ? Qui, sans arrêt, parle de minorités visibles ? C'est Jean-Luc Mélenchon, nous ne parlons jamais de la couleur de la peau. Un être humain, quelle que soit la couleur de sa peau, est absolument le même, égal à un autre être humain. Nous, nous parlons de la nationalité.
Alors, si on ne peut plus parler de l'immigration sans être parlé... Il s'en prend à vous parce que vous voulez supprimer le droit du sol, si vous êtes élu ? Oui, nous nous considérons que ça ne suffit pas de naître, évidemment, sur le sol français pour se sentir... Donc, vous le supprimerez, purement et simplement. Oui, nous l'avons déjà dit. Nous l'avons déjà dit. Et ça fait partie de notre programme. Mais, je veux dire, s'il y a un désaccord aussi fondamental sur l'immigration fait d'adversaires politiques, des suprématismes... Alors, ne parlons plus d'immigration et considérons que ce n'est pas un sujet prioritaire.
Alors que, je vous le rappelle, l'immense majorité des Français, y compris des Français de gauche, considèrent que nous avons un problème migratoire. Mais, vous savez, je me souviens, il y a quelques années, parce que M. Mélenchon, c'est aussi quand même le champion des reniements. C'était lui qui disait, est-ce que l'avenir, c'est le déménagement du continent africain ? Il employait ce mot, hein. Déménagement du continent africain sur le continent européen. Visiblement, pour lui, la réponse est oui.
Ça vous impressionne qu'il y ait eu autant de monde hier à Saint-Denis, devant lui ?
Non, vous savez, moi, je me souviens... C'était quand même assez impressionnant. Non, mais il sait faire, ça. Il sait faire, mais ils sont à Saint-Denis, ils sont dans leur lieu de force. Ils sont dans le lieu le plus emblématique des victoires relatives, d'ailleurs, et peu nombreuses. Oui, mais ça, c'est d'autres choses. Mais ce que je veux dire, il sait faire, vous savez, on a connu des gens qui rassemblaient beaucoup de monde dans les salles et qui ont fait des petits scores aux présidentielles.
Merci beaucoup, Sébastien Chelieu. Jordan Bardella ou Marine Le Pen ?
Oui, Marine Le Pen est notre candidate. Si elle ne l'est pas, si elle est privée de cette candidature, Jordan Bardella prendra la relève.
Merci, Sébastien. Je vous ai vu ce matin sur RTL. Tout de suite, c'est Philippe Cavry.