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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 28 novembre 2019 26 min

Yannick Jadot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Dans le grand entretien, un eurodéputé écologiste, il fut la tête de liste EELV aux dernières élections européennes. Vos questions au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et puis l'application mobile de France Inter. Yannick Jadot, bonjour. La presse revient longuement ce matin encore sur la mort des 13 soldats français au Mali. Des militaires morts au combat, disait hier à ce micro le chef d'état-major des armées, François Lecointre. Un hommage national leur sera rendu lundi prochain aux Invalides à Paris. Diriez-vous pour commencer Yannick Jadot, comme le Président de la République, que ces 13 soldats sont des héros morts pour nous ?

0:39
Yannick Jadot

Ce sont des soldats qui sont des enfants de la France, qui sont morts en notre nom, qui sont morts pour nous, qui sont morts dans une tâche extrêmement difficile qui est la lutte contre le terrorisme sur un terrain très compliqué. Ce n'est pas l'accident qui est héroïque, c'est leur présence sur ce terrain-là qui en fait des héros, encore une fois, au service des valeurs de la République.

1:05
Intervenant

La France est engagée au Sahel depuis 2013. Plus de 40 soldats français ont trouvé la mort là-bas. Dans une zone qui est grande comme l'Europe, le terrorisme ne recule pas. Barkhane semble s'enliser. Faut-il rester au Mali ou faut-il partir ?

1:18
Yannick Jadot

Je crois qu'il faut rester. Ce serait irresponsable. On a eu raison d'intervenir, sinon on aurait eu un autre État islamique dans le Sahel, le Mali, et avec des effets de contagion sur des pays très fragiles comme le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso. C'est un terrain, je l'ai dit, extrêmement compliqué, où sur le mal-développement, sur la corruption, sur les discriminations historiques vis-à-vis des populations nomades, se sont greffées des milices et des terroristes. Donc il faut y rester, mais pas simplement y rester de manière militaire et pas simplement la France. Il y a évidemment un enjeu à faire que ce soit l'Europe qui soit présente sur le terrain militaire.

2:02
Intervenant

Donc j'imagine que vous encouragez ce qui est en train de se préparer, c'est-à-dire l'arrivée de forces spéciales européennes pour venir nous aider sur place.

2:08
Yannick Jadot

Bien sûr, il faut former les militaires de cette région, il faut former des capacités d'intervention. Mais la partie qui manque aujourd'hui dans tout ce processus, c'est la partie développement. On a des États qui sont corrompus, on a des régions entières où il n'y a quasiment plus d'instituteurs, de médecins, de policiers, où c'est un sous-développement organisé, d'où le fait que les milices qui sont d'abord des milices de corruption, qui sont d'abord des milices de trafic, qui sont devenues des milices terroristes, arrivent à recruter des jeunes qui sont en mal d'avenir.

Et donc si on n'a pas aussi un plan européen de développement qui nous permette aussi d'être beaucoup plus exigeant vis-à-vis des gouvernements, des États, de la région pour lutter contre la corruption, et qui nous permettent aussi, à travers, c'est aussi un enjeu évidemment écologique. Quand j'en discute avec des militaires, ils savent combien la désertification du Sahel fait un terreau incroyable pour le terrorisme, et combien, si on n'invente pas un modèle de développement adapté au dérèglement climatique, s'il n'y a pas de perspective de développement, on est là pour l'éternité.

3:23
Présentateur

La France Insoumise dit, et je cite le communiqué, qu'il est temps d'ouvrir une discussion sérieuse et rationnelle pour envisager les voies de sortie d'une guerre dont le sens échappe désormais à nombre de nos compatriotes et de Maliens eux-mêmes. Que pensez-vous de cette position ?

3:42
Yannick Jadot

Il n'est jamais inutile d'avoir un débat dans notre pays. Trop souvent, ces enjeux, notamment la présence militaire de la France en dehors de nos frontières, relèvent de la compétence du chef de l'État et qu'on n'a pas suffisamment de débat dans notre pays autour de ces interventions. Il est essentiel que les Françaises et les Français comprennent pourquoi on est sur autant de terrains extérieurs, pourquoi le monde est instable, ça tout le monde l'a compris, mais pourquoi c'est important que la France soit sur des terrains extérieurs. Et donc, moi, je n'ai pas de souci avec ce débat-là. Régulièrement, on s'est interrogé à chaque fois qu'il y avait une intervention. Pourquoi ?

Finalement, il n'y avait pas de débat à l'Assemblée nationale.

4:23
Intervenant

Il y a toujours un débat, mais il n'y a pas de vote.

4:24
Yannick Jadot

Il y a un débat, il n'y a pas de vote. Le débat peut être décalé par rapport à l'intervention. Donc, il est essentiel d'associer la représentation nationale à ces opérations extérieures. Ça veut dire que la France doit clarifier ou redéfinir ses objectifs au Sahel ? Il faut toujours, il faut toujours sur un terrain aussi complexe, quand nos soldats sont tués, quand on voit mal la perspective de sortie de crise, de sortie de guerre, quand, évidemment, on ne peut pas laisser s'installer sur une région grande comme l'Europe, un État islamique dirigé par des milices, à la fois, je l'ai dit, de trafic et terroristes.

Donc, on doit intervenir, mais il est évident que, sur ce, je le répète, l'Europe ne doit pas être seule. La France ne doit pas être seule. Il faut que l'Europe intervienne, crée les conditions à la fois de renforcer les militaires de la sous-région, mais nous pleurons nos soldats à raison. Les soldats de la sous-région tués dans ce conflit sont encore plus nombreux.

5:27
Intervenant

Yannick Jadot, Emmanuel Macron a dit récemment que l'OTAN était en état de mort cérébrale et que notre seul salut serait de mettre en place une défense européenne si nous voulons rester maîtres de notre destin. C'est ce que j'allais vous dire. Est-ce qu'il a raison ? Il a raison. Sur l'OTAN et sur la défense européenne, est-ce qu'il a raison ? Et est-ce qu'il a raison d'être aussi volontariste sur ces questions-là ?

5:45
Yannick Jadot

Il a raison parce que, de toute façon, on le voit avec Trump, le parapluie américain, qui était un parapluie de sécurité pour l'Europe et dans le voisinage de l'Europe, ne fonctionne plus depuis longtemps. Il arrêtait de fonctionner avec Obama. Il ne faut pas se raconter d'histoire. Simplement, c'était moins violent, moins brutal dans l'expression. Mais déjà, Obama, souvenons-nous de la Syrie, avait refusé, au fond, que l'OTAN et les forces de l'OTAN interviennent quand il y a eu les bombardements chimiques. Donc, on n'a pas pu le faire en tant qu'Européens, y compris les Britanniques s'étaient retirés parce que les Américains se retiraient. Donc, l'OTAN, aujourd'hui, est une coquille vide.

On le voit, y compris avec l'intervention de la Turquie, membre éminent de l'OTAN en Syrie, contre les objectifs de l'OTAN. Donc, à partir du moment...

6:32
Intervenant

Vous vous dites coquille vide, Emmanuel Macron, il dit état de mort cérébrale.

6:35
Yannick Jadot

C'est, si vous voulez, peu importe l'expression. Là où le président de la République a raison, c'est qu'il nous faut une politique européenne de défense. À la fois, c'est un enjeu sur notre capacité de nous projeter pour défendre la paix sur des terres en conflit. Et c'est important aussi...

6:53
Présentateur

On voit bien l'idée, Yannick Jadot, d'une défense européenne. Mais à un moment, ce sont des choses, ce sont des alternatives. Mettre en commun la dissuasion nucléaire française ou pas. Accepter que le bouton de l'arme nucléaire ne soit plus français ou non. Que des militaires français commandent des armées étrangères ou vice-versa. Il faut entrer dans les détails à un moment. Sinon, on reste à l'imprécation défense-défense-défense européenne.

7:19
Yannick Jadot

Là, personne ne dit que dans la politique européenne de défense qu'on doit constituer, qu'on doit renforcer. Il y a déjà des corps d'intervention commun entre la France, l'Allemagne et d'autres pays. Nous avons déjà une coopération avec la Grande-Bretagne. Il faut aller plus loin à vous entendre. Mais on n'en est pas à savoir qui de mise en commun de la dissuasion. On est déjà à constituer une capacité de projection à la fois des casques bleus européens, déjà, et puis potentiellement une capacité de projection. On a 2 millions de militaires en Europe.

On n'en a que quelques dizaines de milliers, à peine, qui peuvent se projeter sur un terrain de combat aussi compliqué que l'Afrique centrale ou le Sahel. Et donc, nous avons besoin d'une capacité en commun. Parce que s'il n'y a pas de politique de défense européenne, il ne faut pas se raconter d'histoire, il n'y aura pas de politique étrangère européenne digne de ce nom, capable de faire face à un Poutine, capable de faire face à un Erdogan, capable de faire face à un Bachar el-Assad et à tous les dictateurs qui sont dans notre région.

8:23
Intervenant

Yannick, j'ai deux dernières questions avant de passer aux retraites et au Green New Deal que vous proposez ce matin avec Daniel Cohen notamment. La nouvelle Commission européenne a été validée hier par un large vote de soutien du Parlement européen. Vous y étiez ? Oui, bien sûr. Vous vous êtes abstenu ? Oui. C'est bizarre l'abstention, non ? Ni pour ni contre ne se prononce pas ?

8:42
Yannick Jadot

C'est un carton, ça s'appelle... Non, ça s'appelle un carton jaune. Vous savez, dès le lendemain de l'élection, nous avons porté auprès des autres groupes politiques l'idée qu'il nous fallait une feuille de route très forte pour cette Europe. On doit lutter avec ambition contre le dérèglement climatique. On doit créer de l'emploi pour nos jeunes. On doit être en capacité de régler ensemble la question de l'accueil des migrants et de défendre l'État de droit. On a besoin de ce grand projet commun pour les Européens, cet horizon commun. Et donc, on a travaillé, travaillé, fait des propositions.

Et puis, finalement, les autres groupes politiques, les sociodémocrates, les conservateurs et les libéraux ont fait comme d'habitude, ils sont répartis les postes. Nous avons en permanence dit, et vous savez, combien nous défendons les paysans, qu'ils aient un revenu décent. On va y venir, on va y venir. Mais la réforme de la PAC, aujourd'hui, la PAC qui est proposée par la Commission européenne, c'est une catastrophe. Réformer notre politique commerciale pour arrêter les accords de libre-échange comme avec le Mercosur qui va dévaster l'Amazonie.

9:41
Intervenant

Alors pourquoi vous n'avez pas voté contre ?

9:43
Yannick Jadot

Parce que nous sommes écologistes et que dans ce Parlement européen, vu l'urgence, nous voulons continuer à ouvrir une porte. Nous voulons construire un avenir pour les Européens. Nous voulons, parce que nous sommes beaucoup plus nombreux au Parlement européen, parce que nos sujets sont mis sur la table aujourd'hui par tous les citoyens européens. Nous voulons être en capacité de peser sur les majorités à venir, de construire, et donc nous laissons une porte ouverte.

10:09
Présentateur

Revenons donc en France. Édouard Philippe s'est exprimé hier sur la réforme des retraites. Cette réforme se fera, il l'a réaffirmée. Le contenu de la réforme sera connu d'ici Noël. Mais pour le reste, son application pourra être progressive, voire très progressive. Il pourrait y avoir des aménagements transitoires selon les secteurs et la concertation doit continuer. Êtes-vous rassuré par cette position ?

10:31
Yannick Jadot

La façon même dont vous l'exprimez, Nicolas Demeurand, ne me rassure pas du tout, parce qu'en fait, elle est là, la communication du gouvernement. En fait, on ne comprend plus rien. La réalité, c'est qu'on a bien cette idée lancée au départ d'une simplification, tout le monde est pour la simplification, de plus de justice sociale. Et combien nous avons besoin de justice sociale dans le régime des retraites ? Un, une personne qui fait valoir ses droits à la retraite sur deux n'est plus en activité. C'est soit le RSA, soit la maladie, soit l'invalidité, soit le chômage. Donc, nous avons des seniors qui prennent leur retraite souvent dans des situations extrêmement difficiles.

Un ouvrier, quand il prend sa retraite, il a une espérance de vie de six ans de moins qu'un cadre. Nous savons la situation des femmes particulièrement qui ont eu des carrières plus hachées avec des temps passés. C'est le constat, pardon. C'est le même chose qui arrive. Ça doit être le cœur de la réforme. Ce n'est pas le constat. C'est les facteurs d'inégalité qu'on doit attaquer, dont on doit débattre.

11:36
Intervenant

Jean-Paul Delevoye, s'il était là, il vous dirait qu'il s'attaque à ça. Notamment à l'égalité humaine.

11:40
Yannick Jadot

Je n'ai pas vu le gouvernement mettre le chantier de la pénibilité au cœur de la réforme des retraites, qui est la première des injustices quand on est senior. Je n'ai pas vu ce gouvernement mettre la question de l'emploi des seniors et des conditions de travail des seniors dans les entreprises au cœur du débat politique.

11:57
Intervenant

Vous soutenez la grève du 5 décembre ? Oui. Vous serez dans la rue ?

11:59
Yannick Jadot

Oui. Parce qu'aujourd'hui, on a vu, y compris, vous savez, cette confusion, les signaux contradictoires envoyés en permanence. On a vu le résultat sur l'assurance chômage. C'est 1,4 million de personnes qui vont voir leur situation se dégrader. On a déjà eu, en 2018, 500 000 personnes de plus sous le seuil de pauvreté. Avec la réforme de l'assurance chômage, c'est des centaines de milliers qui vont les rejoindre. C'est dramatique.

12:29
Intervenant

Le 5 décembre, c'est contre les retraites, contre la réforme des retraites.

12:32
Yannick Jadot

On est d'accord. Mais ce que je veux dire, c'est quand vous avez un gouvernement qui, en permanence, au fond, dit « je concerte », mais qui, quand il dit « justice sociale », à la fin, ça finit sur une précarisation sociale, on a raison de se mobiliser. Pire, vous avez un gouvernement qui, on l'a vu sur l'hôpital, on l'a vu malheureusement aussi sur les gilets jaunes, on le voit sur la retraite, ne comprend que le rapport de force plutôt que de faire de la démocratie sociale, du débat, d'associer sur les vrais.

12:59
Intervenant

Vous qui vouliez, pendant la campagne des Européennes, je vous cite, « aligner le statut de la fonction publique sur le privé », que pensez-vous de l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général ?

13:08
Yannick Jadot

Ce que j'ai dit pendant la campagne des Européennes, j'ai dit « nous devons avoir à un moment une réflexion collective sur la convergence des statuts ». Je n'ai jamais dit qu'il fallait aligner le statut de la fonction publique sur le statut privé. On a un pays qui se divise. On a le statut de la fonction publique. On a le statut du privé. Les régimes spéciaux, vous êtes pour ou contre ? Répondez. Mais les régimes spéciaux ont une raison. Vous avez eu le chef d'état-major des armées hier dans votre studio. Est-ce qu'on va dire que les soldats doivent aller jusqu'à 63 ans sur des terrains militaires d'opération ?

Évidemment non, parce qu'on comprend bien que leur carrière a un effet qui doit être traitée particulièrement. Quand vous avez des cheminots, quand vous avez dans des métiers, des astreintes, le week-end, la nuit, pendant les vacances, tout ça doit être pris en compte. Et donc, il est normal qu'on différencie la sortie de la retraite selon les salariés. Quand moi, j'ai rencontré des employés dans l'agroalimentaire, des femmes qui sont debout toute la journée dans le froid pour vider des poulets, vous pensez qu'elles peuvent faire 43 annuités ? C'est impossible.

14:17
Intervenant

Pour les cheminots également ?

14:19
Yannick Jadot

Mais oui, parce qu'il y a des astreintes, évidemment.

14:21
Présentateur

Et sur la réforme paramétrique, celle qui doit permettre au régime de retraite d'être équilibrée d'ici 2025, il y a plusieurs possibilités, reculer l'âge de départ à la retraite, augmenter la durée de cotisation ou le niveau de cotisation elle-même. Quelle est votre position sur le principe du retour à l'équilibre et sur le moyen d'y parvenir ?

14:41
Yannick Jadot

Il y a six mois, on nous disait qu'il n'y avait aucun problème sur l'équilibre financier des retraites. Depuis six mois, on a des nouvelles estimations, des nouvelles prévisions qui disent on va avoir un déficit potentiellement de 7 à 10 milliards qui sont liés encore une fois à des calculs de la productivité. Par exemple, le facteur de productivité, qu'est-ce qu'il est le facteur de productivité ? En fait, c'est quand il y a plus ou moins de chômage. Donc en fait, si les gens ne sont pas à la retraite, ils seront au chômage. Donc en fait, ils seront heureusement bénéficiés de la solidarité collective.

Nous, ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui, avec le fonds de réserve des retraites, avec la caisse d'amortissement de la dette sociale qui, la Sécu, sera à l'équilibre en 2024-2025. On a 24 milliards d'euros par an de la CADES. Et bien, évidemment, on peut affecter une partie de ces ressources à l'équilibre de notre système des retraites. Mais encore une fois, attaquons les inégalités, mettons plus de justice sociale et occupons-nous de nos seigneurs dans le travail et après.

15:46
Intervenant

Yannick Jadot, vous publiez donc ce matin sur le site de Libération une tribune avec Laurence Toubiana, Dominique Méda et Daniel Cohen et Guillaume Duval pour une Europe du climat et de l'investissement. Traduction du concept de Green New Deal qui est défendu ardemment par une certaine gauche américaine, Alexandria Ocasio-Cortez et d'autres. Il s'agit, pour l'Europe, ce que vous demandez, notamment de sortir les dépenses écologiques de la fameuse règle des 3%. Quand vous entendez Emmanuel Macron dire que la règle des 3% est une règle d'un ancien temps, de l'avance, de l'autre monde, vous parlez pareil ?

16:20
Yannick Jadot

Pourquoi est-ce qu'il ne met pas en pratique son discours ? Qu'est-ce que nous disons ? Il y a une telle urgence climatique aujourd'hui. Il faut tripler ou quintupler les efforts en matière de politique climatique. Nous avons une politique industrielle qui peut être extraordinaire autour des énergies renouvelables, des transports collectifs. Il y a une priorité absolue. J'en discutais encore il y a quelques jours avec la Fédération française du bâtiment. Ils sont prêts à isoler 500 000 de nos logements par an en France. Ça crée des dizaines, des centaines de milliers d'emplois. Et puis, je l'ai dit, l'agriculture. Organisons le fait que nos paysans aient un revenu décent.

On sort des pesticides, on installe 200 000 paysans en plus dans notre pays qui vivent bien et qui vivent, qui nous donnent une alimentation de qualité qui protègent l'environnement. Les agriculteurs

17:13
Intervenant

sont fatigués du discours des écologistes.

17:15
Yannick Jadot

Vous les avez entendus hier ? Je les entends et je les rencontre beaucoup.

17:18
Intervenant

Ils en ont assez de l'agribashing. Ils en ont assez qu'on les insulte en leur disant vous êtes des criminels en utilisant des pesticides. Vous entendez leur colère ?

17:28
Yannick Jadot

J'entends leur colère. Mais vous savez, la première des colères des paysans, c'est le système agricole tel qu'il existe. C'est un système où on les conduit à se surendetter. C'est un système où ils industrialisent, où on est dans l'élevage concentrationnaire et où ils vivent de moins en moins bien et où c'est cette raison économique et sociale qui les pousse au suicide. Ce n'est pas les écologistes qui les poussent au suicide. Je trouve ça profondément abject quand j'entends cet argument. Au contraire, encore aujourd'hui au Parlement européen, on va voter qui va défendre les paysans, les éleveurs contre les quotas de viande bovine américaine ?

Qui défend les éleveurs contre l'élevage du Brésil ? Qui défend l'ensemble des agriculteurs pour que les 9 milliards d'euros d'argent public européen qui tombent en France chaque année les aident à être plus en lien avec la société sur la pesticide et l'élevage industriel ? Et donc, s'il y a un groupe politique, s'il y a une formation politique qui est depuis des années aux côtés des éleveurs, aux côtés de l'ensemble des paysans, ce sont les écologistes, c'est nous qui les défendons.

18:34
Présentateur

Allez, la parole aux auditeurs de France Inter. Je salue Michel au standard.

18:39
Locuteur non identifié

Oui, bonjour. Bonjour, monsieur Jadot. Voilà. Si l'urgence climatique entraînait la nécessité de prendre des décisions politiques qui ne seraient pas démocratiques, les prendriez-vous, monsieur, dans l'hypothèse où vous seriez aux manettes ?

18:58
Yannick Jadot

Jamais. Jamais. Merci, Michel. Yannick Jadot vous répond. Jamais, parce que, je l'ai dit, ce dont a besoin notre pays, c'est d'un grand projet partagé, d'un projet qui nous fédère, qui nous mobilise, qui nous rassemble, qui nous dise nous devons protéger l'avenir de nos enfants parce que l'avenir de nos enfants, c'est notre destin et qu'on peut lutter contre les fractures territoriales, quand on met des transports collectifs, quand on relocalise l'économie, quand on gère les logements, l'alimentation, l'agriculture, les services publics, la culture. Et ça, ça nécessite l'implication, la responsabilisation de tous les citoyens.

Jamais leur culpabilisation, jamais l'individualisme, mais plus d'autonomie, plus de maîtrise de sa vie. Et la transition écologique, si on veut la réussir, c'est un projet de civilisation. Et un projet de civilisation, il se construit jamais sans les citoyens, jamais contre eux.

19:54
Présentateur

Alors, on a un bloc de questions sur les municipales. Gérard, bonjour. Oui ? Allô ? Oui, on vous écoute.

20:00
Locuteur non identifié

Oui, bonjour. Je voulais savoir la position de Yannick à propos des élections, à propos de la candidature prochaine de Samia Ghali.

20:12
Présentateur

On parle, vous nous appelez de... de Marseille, de Marseille. Merci, Gérard. Yannick Jadot vous répond.

20:20
Yannick Jadot

Les écologistes sont en train de créer un grand rassemblement à Marseille autour d'un projet écologiste. Et vous savez à quel point Marseille a besoin, plus que beaucoup d'autres villes, d'un projet écologiste. la pollution de l'air, c'est dramatique, la situation des écoles, la situation du logement, évidemment, avec les accidents, l'effondrement d'immeubles qu'il y a eu. Et donc, Marseille a besoin d'écologistes et veut rassembler autour d'un projet écologiste pour Marseille. Et tous ceux qui se sentent, qui ont cette envie, cette responsabilité, cette conscience, doivent rejoindre les écologistes à Marseille comme ailleurs.

21:00
Présentateur

Autre question d'Aurélien, cette fois-ci sur Paris. M. Jadot, ne pensez-vous pas que c'est contre-productif, voire irresponsable, de présenter une liste Europe Écologie-Les Verts au municipal à Paris ? Eh bien non. Prenant ainsi le risque, je finis, pardon, de voir un retour de la droite et un démantèlement de ce qui a été fait pour l'écologie jusqu'à aujourd'hui.

21:22
Yannick Jadot

Une grande partie de ce qui a été fait pour l'écologie, c'est parce que les écologistes, à chaque fois, se présentent aux élections. Et vous savez, je parlais tout à l'heure de la maîtrise de sa vie. Si on veut reconstruire une société ouverte dans notre pays, il faut que chacune, chacun retrouve la maîtrise de sa vie. Que chacune, chacun ne soit plus des gens, soit des citoyennes, des citoyens, des actrices et des acteurs de la vie locale.

Quand on s'empare de la question de la pollution de l'air, du fait que dans les cours de récré, nos enfants respirent, quand on s'empare de l'alimentation, de la culture, je l'ai dit, des déplacements, du logement, on recrée de la maîtrise, du contrôle de sa vie, de la maîtrise de sa ville. Et on ne peut pas en même temps dire, entendre les scientifiques nous dire, on a 10 ans pour éviter le chaos climatique, l'anéantissement du vivant et l'effondrement de tout type de solidarité et ne pas vouloir en tant qu'écologiste assumer les responsabilités.

22:19
Intervenant

Vous étiez très ambitieux avant l'été pour les municipales en disant on va gagner plein de grandes villes, on va gagner Paris, Nantes, Brest, tout ça, vous continuez à penser à cela ?

22:29
Yannick Jadot

L'ambition que j'ai toujours annoncée, c'est de se donner les moyens de gagner. Moi, je vois partout des habitants et des habitantes qui, je l'ai dit, veulent retrouver le contrôle de leur vie, veulent offrir un avenir à leurs enfants, veulent retrouver du vivre ensemble. Et les sondages sont plutôt bons mais vous savez, j'ai beaucoup de recul par rapport aux sondages vu ce que je me suis pris pendant les élections européennes. Mais pourquoi ? Parce qu'il y a une attente aussi de transformation. Il y a une attente de vivre ensemble de manière avec qualité. Comme il ne reste pas

23:02
Intervenant

beaucoup de temps, François Ruffin a tenu un meeting à Amiens avec comme invité d'honneur Éric Piolle, le maire européologique des Verts de Grenoble. J'ai une question comme ça, idéologiquement, vous vous sentez plus proche de François Ruffin ou d'Emmanuel Macron ?

23:14
Yannick Jadot

Alors moi, je ne joue pas à ces jeux de proximité. Ce que dit aujourd'hui François Ruffin sur l'écologie, ça me va. Le fait qu'aujourd'hui il considère que c'est la lutte contre le dérèglement climatique qui peut construire un projet partagé, ça me va. Il est pour un front populaire rouge-vert,

23:35
Locuteur non identifié

vous le dites oui ? Non, vous ne l'avez pas d'un moment. Non,

23:39
Yannick Jadot

parce que moi ce que je veux c'est rassembler tous les Français. Il ne faut pas simplement rassembler, comme il le dit, les prolos et les profs, c'était son expression. Moi je veux aussi rassembler, et je pense qu'il peut être d'accord aussi là-dessus, moi je veux rassembler les entreprises. Si les entreprises ne sont pas nos alliés dans la transition écologique, on n'y arrivera pas. Je veux rassembler toutes celles et tous ceux qui aujourd'hui se disent, et j'en rencontre beaucoup, beaucoup de parents qui me disent, vous savez, j'ai voté pour vous à cause de mes enfants ou grâce à mes enfants.

Parce qu'on voit bien qu'aujourd'hui ça nous concerne tous, que tout ce qu'on imaginait pour les générations futures, c'est en train de nous tabasser.

24:16
Intervenant

Vous voulez ouvrir l'écologie avec qui ? Avec Europe Écologie Les Verts, avec Julien Bayou qui va être élu alors que certains disent qu'il rétrécit, il vous rétrécit sur une base plus militante, plus à gauche, qu'il vous récupère vers la gauche.

24:28
Yannick Jadot

Julien Bayou a une incroyable responsabilité, c'est de faire en sorte que les écologistes restent unis, restent rassemblés. Il ne vous a pas échappé qu'on doit être le parti le plus discipliné du paysage politique après l'Utouvrière aujourd'hui.

24:43
Présentateur

Vous êtes la jambe droite de Julien Bayou ?

24:45
Yannick Jadot

Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Julien Bayou a une responsabilité, c'est que notre parti, mais il a aussi une responsabilité essentielle, c'est qu'il soit le dernier secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts parce que nous devons élargir, nous dépasser, nous déborder, rassembler très largement pour les municipales, pour les régionales et pour après. Nous devons être une grande alternance.

25:07
Intervenant

Vous devez en finir avec l'Europe Écologie Les Verts.

25:10
Yannick Jadot

Non, la question, ce n'est pas de finir avec l'Europe Écologie Les Verts, c'est de construire le grand rassemblement autour de l'écologie, de la justice sociale, de l'égalité des droits, de la défense des libertés, un grand projet qui nous redonne l'espoir. On a tellement besoin de se réconcilier, on a tellement besoin d'apaiser ce pays, on a tellement besoin de nous mobiliser ensemble.

25:30
Présentateur

Yannick Jadot, merci, eurodéputé, je vais y arriver, eurodéputé. Heureux aussi. Heureux, bah allez-y. Merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin.