Budget, hausse des prix : le débat Éric Coquerel (LFI) – Chloé Ridel (PS)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 47 %Attaque 34 %Défensif 19 %
Questions et réponses
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- 3:54OuverteRéponse directe
Chloé Ridel, vous avez coordonné le projet du Parti socialiste publié en juin. Que restera-t-il de ce projet ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Éric Coquerel, bonjour. Vous serez en première ligne dans la bataille parlementaire sur le budget. Quels sont les sujets majeurs de cette campagne ?
- 5:15OuverteRéponse directe
Éric Coquerel, qu'est-ce que Carcassonne nous dit du climat politique actuel et de l'extrême droite ?
- 13:06RelanceRéponse partielle
Chloé Ridel, la primaire du Parti socialiste débute. Est-ce que ce n'est pas un grand gâchis avec un corps électoral restreint ?
- 15:12RelanceRéponse directe
Éric Coquerel, la question centrale de cette primaire est la relation avec LFI. Olivier Faure est-il un "Macron bis" ?
- 18:37RelanceRéponse directe
Chloé Ridel, Éric Coquerel parle de "machine à perdre" pour la primaire PS. Qu'en pensez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:15Éric CoquerelFait
« L’extrême droite aujourd’hui, qui a été largement, malheureusement, banalisée par plusieurs années de macronisme, qui a repris une partie de ses recettes sur des lois discriminatoires, autoritaires, s’en prenant à l’État de droit, ayant, je vous le rappelle, des ministres de l’Intérieur comme Retailleau expliquant que « L’État de droit n’est ni intangible ni sacré ». »
- 9:00Éric CoquerelFait
« Elle explique qu’elle veut déréguler avec la suppression de la loi SRU. »
- 24:18Fait
« Gel du point d’indice des fonctionnaires. On a envie de dire : « Comme à peu près tous les ans. » »
- 25:38Chiffre
« Les prestations sociales versées aux étrangers : 20 milliards d’euros chaque année dans notre pays. »
- 26:23Fait
« « Pour l’État, le budget 2027 sera le plus rigoureux depuis très longtemps. » »
- 29:23Éric CoquerelFait
« Moi, je fais une mission d’information là-dessus, d’accord ? Que ce soit les moyens pour les pompiers, les moyens pour les canadairs, les moyens pour isoler un peu mieux les bâtiments, ne serait-ce que les EHPAD, les écoles, etc, les moyens pour l’ONF, les moyens pour l’Office français de la biodiversité, il n’y a rien, au contraire, on va leur prendre de l’argent. »
- 45:07Chiffre
« Le prix moyen des carburants ce mardi 22 septembre à 15h, il s’établissait à, pour le gazole, 2,33 euros par litre, soit 49 % de hausse par rapport à janvier. »
- 47:12Éric CoquerelPromesse
« Nous, on propose que le prix soit plafonné à 1,70 à la sortie de la raffinerie. »
- 50:35Chloé RidelPromesse
« Nous, ce qu’on propose dans le projet socialiste notamment, c’est de massifier l’allocation sociale de petits véhicules électriques produits en France et en Europe pour 100 euros par mois. »
- 55:08Éric CoquerelFait
« Macron l’a récupérée, je rappelle que c’était dans le programme du NFP, un des piliers du programme du NFP. »
- 55:12Éric CoquerelPromesse
« La nationalisation des autoroutes, on le ferait pour réinvestir une partie des profits dans le train. »
- 55:20Éric CoquerelFait
« C’est cette révolution du transport qu’on doit, à mon sens, commencer dès maintenant en tirant profit de cette crise, mais cette fois-ci pour le bien commun. »
- 56:24Chloé RidelPromesse
« vous proposez le smic à 1690 euros, une grande conférence sociale pour augmenter les salaires au-dessus du smic, limiter les écarts de 1 à 20 dans les entreprises. »
- 56:28Chloé RidelPromesse
« LFI propose le smic à 1700 euros, le blocage des prix, le blocage des loyers. »
- 57:04Chloé RidelFait
« Hollande : augmenter la TVA de quatre points pour augmenter les salaires. »
- 59:14Éric CoquerelFait
« les cotisations, c'est un salaire différé qu'on a décidé en 46 de mettre en commun pour faire en sorte de payer une solidarité entre les travailleurs. »
- 59:58Éric CoquerelFait
« la TVA, c'est l'impôt dégressif, donc un impôt injuste. »
Temps de parole
- ?100 %
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Bonsoir. Bienvenue sur Mediapart. Ce mardi, le gouvernement Lecornu a annoncé des mesures contre la hausse des prix. En premier lieu, celui des carburants, qui explose à la pompe. Le même gouvernement a présenté un budget 2027 de 54 milliards d’euros d’économies, budget qu’à Mediapart, nous avons qualifié cette année encore d’austéritaire, même si le gouvernement le réfute. Dans Mediapart aujourd’hui, on va vous proposer d’assister à un échange et un débat de fond, on l’espère, sur le budget, sur la vie chère, sur les salaires et ce qu’il faut faire maintenant et après pour répondre à l’urgence sociale et climatique avec Éric Coquerel, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale,
et Chloé Ridel, députée européenne socialiste, elle a rédigé le programme du PS, le projet du PS publié cet été, en direct. Bienvenue. C’est « À l’air libre », l’émission en accès libre de Mediapart.
« À l’air libre », l’émission du site d’information Mediapart, est disponible sur notre chaîne YouTube et en podcast. Elle n’est possible que grâce à vos abonnements, donc si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart. Abonnez-vous aussi aux médias indépendants en cette année présidentielle. Bonjour à tous les deux. Merci d’être avec nous. Chloé Ridel, vous êtes eurodéputée socialiste. Vous avez coordonné le projet du Parti socialiste publié en juin, ratifié à, je crois, 83 % par les militants du PS, avec 500 propositions pour une, je vous cite, « gauche radicale de gouvernement », un projet qui, assurez-vous dans un entretien à L’Obs, acte la rupture avec le social-libéralisme du quinquennat de François Hollande. Que restera-t-il de ce projet ? C’est la question,
puisque la primaire du PS et de ses alliés débute avec un premier débat ce mercredi entre les candidats Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj. Sur X, le 30 août, vous avez exprimé votre soutien au Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dans cette primaire. Éric Coquerel, bonjour. Vous êtes député LFI de Seine-Saint-Denis, président de la commission des finances à l’Assemblée nationale. Vous serez donc en première ligne dans la bataille parlementaire sur le budget, mais aussi dans la campagne présidentielle, aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, candidat insoumis à la présidentielle, alors que des sujets majeurs comme la dette, l’inflation, le carburant, mais aussi les prix alimentaires et les salaires sont déjà au cœur de la campagne.
On va parler de tous ces sujets, de ces urgences de court terme et de long terme qui sont, on le trouve, ici à Mediapart, souvent abordés par le petit bout de la lorgnette et uniquement sur le mode de la crise, donc on va peut-être essayer d’aborder le fond. Pour démarrer, je voudrais commencer par quelques questions politiques et je voudrais vous proposer de partir à Carcassonne, dans l’Aude, qui est gérée depuis six mois par l’extrême droite, avec un maire qui s’appelle Christophe Barthès, qui, en six mois, c’est à lire sur Mediapart et notre partenaire Mediacités, sous la plume de Sarah Khorchi, a transformé cette cité de l’Aude en laboratoire de l’extrême droite : il a retiré le drapeau européen, fait des célébrations religieuses, fait des coupes budgétaires
et des pressions sur les oppositions. Une ville où un homme qui s’appelle Youssef E est mort 12 jours après avoir été frappé par un policier municipal. C’est la scène en question, vous voyez les images. Vous pouvez lire sur Mediapart l’enquête de Camille Polloni et de Youmni Kezzouf. Et sur ces images, on trouve un policier municipal qui est membre du Rassemblement national. Il faisait même partie du service d’ordre du RN. Vous le voyez ici en train d’accompagner Jordan Bardella lors d’un déplacement, policier dont Midi libre a par ailleurs révélé les propos odieux, racistes et sexistes, des propos d’ailleurs enregistrés par sa caméra-piéton. Il a été exclu du RN et suspendu de la police municipale. Carcassonne où, encore, il y a quelques jours, l’aumônier du 3e régiment de parachutistes
d’infanterie de marine, croyant ne pas avoir de témoins, s’est laissé aller à un prêche très politique et plein de haine. Une vidéo révélée par Le Canard enchaîné. On regarde.
Voilà, toutes ces actualités en même temps dans cette ville gagnée par le RN il y a six mois. Éric Coquerel, qu’est-ce que ça nous dit du climat politique de cette campagne et de cette extrême droite dont la réalité est souvent cachée par sa stratégie de normalisation politique et médiatique ? Qu’elle avance décomplexée, ça, c’est clair, y compris de la part de gens qui sont dans une institution militaire, qui n’ont rien à y faire, d’ailleurs. Jean-Luc Mélenchon a demandé qu’il soit exclu de l’armée. — Oui, vu le type de déclarations. — Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Donc voilà, elle est décomplexée. Moi, je pense que l’extrême droite aujourd’hui, qui a été largement, malheureusement, banalisée par plusieurs années de macronisme, qui a repris une partie de ses recettes
sur des lois discriminatoires, autoritaires, s’en prenant à l’Etat de droit, ayant, je vous le rappelle, des ministres de l’Intérieur comme Retailleau expliquant que... « L’État de droit n’est ni intangible ni sacré. » Voilà, mais expliquant aussi qu’il était pour le droit du sang et dénonçant « les Français de papier ». — Je dis ça parce que... — On oublie peut-être. On oublie, mais tout ça prépare le terrain. On a une extrême droite aujourd’hui qui, finalement, reprend les grands classiques, c’est-à-dire que d’un côté, si on regarde son programme économique, elle fait une politique de plus en plus en faveur, on va dire, du capital, pour aller vite, du patronat. Elle reprend l’idée par exemple d’une règle d’or budgétaire en France, ce qui n’est même plus fait en Allemagne.
Elle explique qu’elle veut déréguler avec la suppression de la loi SRU. Donc tout un ensemble de mesures où, économiquement, on voit bien que finalement, elle protège le système, et quand elle fait ça, il faut qu’elle divise le peuple, et donc, elle reprend tous ses vieux classiques de la manière la plus radicale. Il y a l’interdiction du voile de fait qu’elle propose, etc. Voilà, je trouve que ça, c’est un grand classique. Quand vous protégez le partage des richesses en faveur du capital, vous vous appuyez sur le racisme, et c’est ce que fait l’extrême droite aujourd’hui. Dans cet article qu’on a publié sur Mediapart, fait par Mediacités, ce que dit aussi la journaliste, c’est qu’en six mois, à Carcassonne, tout a changé, puisque la banalisation de la parole raciste
— et les actes, on le voit... — Absolument. ...deviennent beaucoup plus clairs. Mais vous avez tout dit. Carcassonne est un cas symptomatique de ce que produit une victoire du Rassemblement national, c’est-à-dire une libération de la violence, de la parole raciste. C’est comme si, tout d’un coup, on se sent autorisé, comme ce militaire dans l’église que vous avez montré ou comme le policier municipal dont il a été question. Et ça, c’est un avant-goût de ce que serait une victoire du Rassemblement national au niveau de la France. Moi, je me tiens particulièrement au courant de la situation de Carcassonne, via les élus d’opposition socialistes à la Ville menés par Alix Soler-Alcaraz,
qui montre toute l’hypocrisie du RN quand ils prétendent virer de leurs rangs ce policier municipal, par ailleurs, qui était membre du service d’ordre, parce que l’enquête va le montrer, mais le maire de Carcassonne, le maire RN de Carcassonne, Christophe Barthès, a en réalité protégé ce policier municipal qui avait tenu les propos révélés par Midi libre racistes, misogynes et tout ce que vous voulez en novembre 2025. Ces propos issus de la caméra-piéton ont été récupérés par des collègues, et c’est ces mêmes collègues, et je veux saluer le courage de ces policiers municipaux qui ont jugé bon de transmettre ces propos inacceptables à la presse,
qui ont sorti cette affaire, mais le maire n’ignorait pas ça, Christophe Barthès, et pourtant, il a réintégré le policier, qui avait pris un arrêt de travail suite à cette affaire-là, en novembre 25, dans sa police municipale, le lendemain de son élection, au 16 mars. Donc, il y a une complicité évidente du maire Barthès avec cette police municipale violente, et aujourd’hui, on a le droit à des excuses, des « je ne savais pas », « mon Dieu, c’est terrible », on condamne, mais on peut observer une chose qui parle, c’est que Marine Le Pen s’est déplacée dans l’Aude la semaine dernière. Elle était à 15 kilomètres de Carcassonne, dans une ville de l’Aude qui a été frappée par une tornade. Elle ne s’est pas rendue à Carcassonne.
Donc elle essaie de tenir à distance ces gens-là, mais nous ne sommes pas dupes et j’espère que les Français ne le seront pas non plus. Passons... Allez-y, Éric Coquerel. Sur la police municipale, il y a un vrai sujet, et pour le coup, soyons honnêtes, qui n’est pas seulement lié à l’extrême droite, qui est lié en même temps parallèlement au fait de... Vous savez qu’il y a une loi qui est prévue. Heureusement, pour l’instant, elle n’est pas... — La loi dite « permis de tuer ». — Non, je ne parle pas de celle-là. Ça, la loi « permis de tuer » fait partie tout à fait des lois qui reprennent le programme de Jean-Marie Le Pen, donc... On a eu raison de manifester en grand nombre ce week-end et on l’abrogera, si jamais elle passe, quand on gouvernera.
Mais là, je parle de la loi qui doit donner plus de pouvoir à la police municipale, notamment, finalement, rapprocher ses pouvoirs de ceux de la police nationale. Or il se trouve que dans pas mal d’endroits, par manque de formation, par recrutement interne de cette police, par aussi une certaine façon des maires de considérer que c’est leur police, on a vraiment des dérives, et pas qu’au niveau de l’extrême droite, et quand un maire, comme par exemple Bally Bagayoko à Saint-Denis, veut s’éloigner de cette utilisation et revenir à une police de proximité que devrait être la police municipale exclusivement, vous avez vu tout ce qui lui est tombé dessus. Donc on a un sujet sur la police municipale
qui, à mon avis, n’est pas terminé. Chloé Ridel, la primaire du Parti socialiste, on va dire de la constellation socialiste, on ne sait plus trop comment dire, débute : vote en ligne les week-ends du 9 et 10, puis 16 et 17 octobre, avec un premier débat télé ce mercredi entre les candidats Olivier Faure, Raphaël Glucksmann pour Place publique, Ségolène Royal, Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj. C’est une primaire au format très resserré, avec un corps électoral attendu de, on ne sait pas trop, mais quelques dizaines de milliers de personnes. Si on n’est pas adhérent du PS ou de Place publique, il faudra verser 15 euros pour s’inscrire. Bref, au bout de longs mois de tractations assez pénibles, on l’a dit déjà dans cette émission, on l’a écrit sur Mediapart,
ça finit avec une primaire quasi censitaire autour d’un corps électoral « riquiqui », a écrit Stéphane Alliès sur Mediapart la semaine dernière, rétréci. Est-ce que ce n’est pas un grand gâchis, beaucoup de temps perdu ? Moi, j’avais défendu aux côtés d’Olivier Faure une primaire ouverte à 2 euros pour s’assurer de la plus large participation possible et, à la fin, de la plus grande légitimité pour le candidat qui en aurait été issu. Donc voilà, moi, je regrette que la primaire ait cette modalité-là. Pour l’instant, selon L’Opinion, il y a à peu près 4000 personnes non encartées qui se sont inscrites au processus. Je respecte quand même le choix des militants qui ont voulu que le choix soit réservé aux adhérents, mais il est quand même possible de s’inscrire pour 15 euros.
Avec déduction fiscale, ça revient à 5 euros. Donc je... Comment dire ? Je salue quand même le fait qu’on soit le seul parti politique à organiser une primaire, une désignation démocratique de notre candidat... Il y a une désignation chez LR aussi. Il n’y a pas de primaire de la droite et du centre. Non, mais il y a une désignation par les militants. Oui, mais ça, ce n’est pas la même chose. Là, on s’ouvre à d’autres partis. J’aurais préféré que ce soit plus large, mais voilà, au moins, il y a cette possibilité-là de faire valoir sa voix. Rappelons que c’était la primaire citoyenne de 2011, 2,5 millions de personnes, et 1,2 million, la primaire en 2017.
Voilà pour le rappel des chiffres. Éric Coquerel, finalement, la question centrale de cette primaire, c’est vous. C’est la question stratégique et politique de la relation avec LFI. Olivier Faure, que vous défendez, même s’il critique beaucoup Jean-Luc Mélenchon, ne veut pas insulter l’avenir. Il le décrit comme un concurrent plutôt qu’un ennemi. Raphaël Glucksmann, lui, ne veut plus du tout entendre parler d’une alliance avec LFI. Il l’a beaucoup, beaucoup dit. Il l’a redit à Montpellier. « Jamais » et « Finita la commedia », comme il l’a dit. On regarde. C’est terminé. Terminé les coups de billard à douze bandes. C’est terminé de sacrifier ses principes pour sauver trois circos. C’est terminé. C’est terminé de baisser la tête.
C’est terminé de baisser la tête face aux brutaux, face aux violents. Vous savez, la gauche, la gauche française, elle ne joue pas sur les noms juifs dans des meetings. La gauche française, elle ne se prosterne pas devant les dictateurs. La gauche française, elle ne brutalise pas le débat public. Basta. C’est fini. Finita la commedia. Nous n’avalerons plus rien. Pourquoi ? Parce que nous allons gagner. Éric Coquerel, il insulte l’avenir ? Ce n’est pas qu’il insulte l’avenir. Il est sur sa stratégie, qu’on connaît,
c’est-à-dire que c’est une sortie du macronisme, on va dire, au centre, et c’est ça qu’il incarne. « Macron bis », dit Ségolène Royal. Vous êtes d’accord avec ça ? Oui, je suis assez d’accord avec les critiques que fait Ségolène Royal. On voit bien qu’il envisage, par exemple, plutôt le fait de se rapprocher du centre, voire d’une partie de la droite à l’avenir, et il prend des positions qui sont extrêmement graves. On a parlé de l’extrême droite, tout à l’heure. Tous ceux qui se cataloguent à gauche et qui estiment que, en réalité, dans tous les cas, c’est ni LFI, ni le RN, à partir du moment où ils s’adressent potentiellement à un électorat de gauche,
ça veut dire qu’ils l’incitent à s’abstenir en cas de deuxième tour. Si on incite un électorat de gauche à s’abstenir, on fait le jeu du RN. « Ni LFI, ni le RN », c’est ce qu’il dit, pour vous ? Bien sûr, et il n’y a pas que lui. D’autres gens font ça. Le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, c’est la même chose. Ces gens-là font le jeu de l’extrême droite, dans une comparaison historique avec les années 30 qui, sur ce point de vue aussi, est dangereux. Mais je voudrais juste revenir sur la primaire. Nous, on est heureux... J’entendais Chloé qui disait qu’ils étaient contents de faire une primaire, etc. Nous, on est heureux, parce que, quelque part, tout le temps gagné par rapport à ça, c’est un temps où on se tourne vers la population avec un candidat, un programme, une équipe...
Beaucoup, beaucoup de monde. Je crois qu’on est — à 380 000 signataires. — Et des meetings. Ça nous permet, j’allais dire, d’ambitionner de gouverner. Au lieu de ça, il y a une primaire qui restera une machine à perdre, pour la bonne raison qu’on voit bien que, entre Olivier Faure, par exemple, et Ségolène Royal... Je ne parle même pas de la question du programme, où chacun, manifestement... Chloé présente un programme. Manifestement, certains disent que, leur programme, s’ils gagnent, ça sera le leur, pas celui du Parti socialiste. Et surtout une stratégie aussi différente... Je peux vous écrire la fin du film. Celui qui gagnera n’aura pas forcément tous les autres derrière lui. C’est ce qui s’est passé à chaque fois. Je pense que, un, ça reste une machine à perdre
et, deux, j’allais dire... Bon, ça les regarde. Moi, j’ai pas m’en soucier, mais enfin... À mon avis, c’est pas comme ça qu’on fait en sorte de faire gagner un programme de gauche en 2027, et je pense qu’on est plutôt sur une meilleure voie par rapport à ça. Chloé Ridel, « machine à perdre », dit Éric Coquerel. Moi, je voudrais plutôt commenter l’extrait que vous avez montré, parce que je pense que, le Nouveau Front populaire, ce n’était pas une comédie. En 2024, au moment des législatives, pour éviter l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Oui. On peut avoir des désaccords très profonds avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon - d’ailleurs, c’est mon cas - mais je n’ai pas hésité à faire le Nouveau Front populaire, parce que ce n’est pas une comédie,
l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Ce n’est pas pour gagner trois circos. Ce que nous avons fait a empêché une majorité relative pour l’extrême droite, donc on ne peut pas balayer ça d’un revers de la main ou le traiter à la légère. Beaucoup au PS le font, en disant : « Plus jamais. » Mais si vous voulez... Comment dire ? Tout dépend du contexte, en politique. C’est la loi de la politique. Ça ne fait pas de vous des gens qui n’ont pas leurs propres convictions, mais face à l’extrême droite, c’est normal de s’adapter, au nom de ce combat-là. D’ailleurs, j’observe que, par exemple, Nicolas Mayer-Rossignol et Aurore Lalucq ont dit que, face à l’extrême droite, ils voteraient pour n’importe qui, y compris une chaise.
Ils rejoignent, si vous voulez, la réflexion que je fais. Ce que vous dites aussi. S’il y a un second tour Mélenchon-Le Pen dans plusieurs mois, pour vous, la question est très claire. Oui, oui, parce que je suis de gauche et que je sais faire la différence. Voilà. Je crois que tout le monde au Parti Socialiste, à ma connaissance, est sur cette ligne-là. Vous disiez « insulter l’avenir »... Pour Olivier Faure, vous disiez : « Il veut pas insulter l’avenir. » Ce n’est pas ça, la réflexion d’Olivier Faure. C’est de reconnaître que, si, demain, on veut appliquer un programme de transformation dans ce pays, un programme de gauche, on aura besoin de toute la gauche pour voter en sa faveur. La gauche dans ce pays, c’est 35 %. On peut un peu élargir le socle,
mais dans l’histoire, ça n’a jamais été bien plus que ça. Comment vous appliquez un programme de gauche radicale de gouvernement, pour reprendre les termes que vous avez cités en début d’émission, que je fais miens, sans toute la gauche derrière vous ? Ce n’est pas possible. Donc il ne faut pas insulter le reste de la gauche en permanence, et j’observe que c’est ce que fait Jean-Luc Mélenchon. Lui, pour le coup, il insulte l’avenir. Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai vu encore des démêlés avec Les Verts sur les sénatoriales. Excusez-moi. Comment allez-vous mettre en œuvre votre programme dans la France d’aujourd’hui, sans rassembler l’ensemble de la gauche derrière vos propositions ? C’est impossible. Moi, puisque je veux qu’il y ait un programme de transformation
qui s’applique, je veux qu’on garde cette... Pas cette unité à gauche, elle n’a jamais existé. En tout cas, une forme de conscience des combats communs. Chloé Ridel vous dit : « Jean-Luc Mélenchon ou les comportements de LFI comme obstacle. » Sur les sénatoriales, on peut dire quelque chose. — Rapidement. — Juste deux secondes. Non, je veux dire, on peut pointer le fait que nos ex-partenaires du NFP, puisque nous avons voulu le NFP, trouvent toujours normal de faire en sorte que, au Sénat, on soit totalement exclus. Heureusement qu’on n’a pas fait ça, au moment où on était en position de force par rapport aux élections législatives. Mais plus généralement, par rapport aux gens qui... J’ai pas l’impression. Vous avez l’impression ?
J’ai vu, à la Fête de l’Humanité, les discours de Jean-Luc Mélenchon, les discours des uns et des autres, dont je fais partie. Vous avez l’impression que, aujourd’hui, on réserve nos coups au reste de la gauche ? J’ai franchement pas l’impression. Quand je regarde ce que peuvent dire Glucksmann ou d’autres, franchement, nos réactions sont plus que modérées. Pourquoi elles le sont ? Parce que notre cible, aujourd’hui, c’est d’empêcher le macronisme de se perpétuer, d’empêcher la droite de prendre le pouvoir. Pour ça, il ne faut pas seulement que toute la gauche se réunisse. Il faut surtout qu’il y ait un programme auquel les gens aient envie d’adhérer. Voilà. On est plutôt là-dessus, me semble-t-il, que sur le fait de donner des coups. En plus, ils se donnent facilement des coups entre eux.
Chloé Ridel, pour finir là-dessus, et on en vient au budget. Quel que soit le candidat qui sort de cette primaire, — vous le ou la soutiendrez ? — Écoutez, oui. Je respecte les règles démocratiques d’une primaire. Éric a rappelé que, par le passé, ça n’a pas été le cas et que, à chaque fois, ça partait dans tous les sens. À un moment, moi, j’ai une forme de loyauté. Si c’est François Hollande qui s’impose à la fin... François Hollande ne participe pas à la primaire, donc non. Moi, je suis loyale dans le cadre d’une primaire dont j’accepte les règles, dans le cadre d’une compétition. — Alors, parlons du budget 2027. — Ça s’arrête là. Ça s’arrête là. Je vous ai interrompue. Pardon. Parlons du budget 2027, dont l’Assemblée commencera à débattre le 13 octobre. C’est ça ?
Il a été présenté la semaine dernière dans Le Figaro par Sébastien Lecornu et, nous l’avons écrit sur Mediapart, c’est un budget d’austérité. Article de Mathias Thépot que vous pouvez lire. Alors, voici les grandes lignes que Mediapart en retient. Pour ce qui concerne le budget de l’État, il est gelé, malgré une inflation à 2,1 % en 2026. 2,5 milliards de moins pour le ministère du Travail. 300 millions de moins pour l’ADEME - c’est l’Agence de la transition écologique - malgré l’été caniculaire qu’on vient de vivre. 47 millions de moins pour France Télévisions, très attaqué par l’extrême droite en ce moment par ailleurs.
Gel du point d’indice des fonctionnaires. On a envie de dire : « Comme à peu près tous les ans. » Gel des aides au logement, diminution de l’allocation de rentrée scolaire. Pour le budget de la Sécurité sociale, 6 milliards d’économies sur les retraites sont évoqués, soit le gel des pensions au-dessus de 2 000 euros ou la baisse à 3 000 euros du plafond de l’abattement fiscal dont bénéficient les retraités. Je donne les détails. C’est important. 2 milliards d’euros d’économies sur les arrêts maladie. Ça, c’est déjà en vigueur. Ça a déjà été adopté par décret. 2 milliards de déremboursement pour les soins dentaires et transports sanitaires. Pareil, ça a déjà été adopté par décret. L’augmentation du plafond annuel des franchises médicales,
qui sont à la charge des patients, de 100 à 140 euros. Et pour ce qui concerne les impôts, diminution de la surtaxe sur les grandes entreprises qui avait été instaurée il n’y a pas longtemps, en 2025, alors que les grandes entreprises françaises ont versé plus de 60 milliards d’euros de dividendes au deuxième trimestre 2026 à leurs actionnaires. Maintien de la niche fiscale Dutreil sur les holdings et des économies aussi sur les collectivités locales, même si Sébastien Lecornu leur a promis 5 milliards d’euros en plus. Avec, et je vais poursuivre... C’est important de savoir de quoi on parle pour lancer la discussion. De très, très, très gros clins d’œil dans ce budget à l’extrême droite. On y revient. Écoutons la liste de courses de Jordan Bardella, président du RN, pour ce budget.
C’était jeudi dernier, le 17 septembre, sur BFM. Nous, nous demandons un budget qui fait des économies dans le train de vie de l’État, dans les agences, dans les opérateurs publics, qui commence sereinement mais fermement à aborder tous les tabous de la dépense publique. Les prestations sociales versées aux étrangers : 20 milliards d’euros chaque année dans notre pays. La contribution de la France au budget de l’Union européenne, — qui a augmenté de 50 % en 10 ans. — Ça, ce sont vos doléances. Il y en a d’autres. Les subventions, par exemple, aux panneaux solaires chinois : 8 milliards. Comme l’a souligné Le Monde, certaines propositions de Sébastien Lecornu pour le budget ressemblent de très, très près à celles du RN, parfois au mot près. On peut le vérifier en lisant
l’interview au Figaro de Sébastien Lecornu, dans laquelle il a présenté, lui aussi le 17 septembre, son projet de budget avec des expressions qui ressemblent beaucoup aux desiderata du RN. Les économies. « Pour l’État, le budget 2027 sera le plus rigoureux depuis très longtemps. » Les agences de l’État dans la cible du RN. Le Premier ministre promet : « Les opérateurs et les agences verront aussi leurs enveloppes diminuer. » Les énergies renouvelables. « Le marché de l’énergie nous permet désormais de supprimer des subventions publiques. » Les allocations versées aux étrangers. « Un délai de carence sera instauré pour les prestations non liées au travail qui leur sont versées, par exemple les APL. » « C’est une mesure de bon sens », a dit le Premier ministre sur X.
Manuel Domergue, de la Fondation pour le logement, n’est pas du tout d’accord. Voilà ce qu’il a écrit.
Référence, bien sûr, il faut le rappeler, au projet raciste de préférence nationale rebaptisé « priorité nationale », qui est toujours, même s’il a été rebaptisé, au cœur du programme du RN depuis des décennies. En résumé, Éric Coquerel, découpe dans les trois grosses masses État, Sécu, collectivités locales, la baisse des impôts des grandes entreprises, pas touche au patrimoine des riches, et de gros signaux pour l’extrême droite. Ben oui, c’est la poursuite du macronisme jusqu’au bout. Voilà. C’est ça, le bilan de ce budget, c’est-à-dire qu’ils sont minoritaires, rappelons-le, c’est-à-dire qu’ils imposent une politique qui est minoritaire depuis juillet 2024, on le sait, et coûte que coûte, ils essayent de le faire passer avec ce que leur permet de faire la Ve République,
notamment le 49.3, en comptant sur le PS pour arriver à ne pas les censurer. Maintenant, on voit très clairement que c’est du côté du RN qu’ils se tournent, mais le fond de leur politique reste la même. Alors, au-delà du caractère totalement injuste de cette politique... Je rappelle ce qu’est la politique macroniste pour bien la comprendre, quand même. C’est l’idée que, en faisant des cadeaux massifs au capital, vous allez attirer du capital dans le pays et que ça va produire des investissements, des emplois, etc. Tout ça est en échec total, c’est-à-dire, on a beau regarder, le chômage repart à la hausse, l’investissement est nul, etc. Tout ça est en échec total également sur les déficits, c’est-à-dire que c’est leur objectif premier, et chaque année, c’est un très mauvais résultat.
Cette année, on va être à 5,4 et, à mon avis, plutôt 5,5 au lieu des 5 au début de l’année... — De déficit public. — De déficit public, mais n’empêche qu’ils continuent, c’est-à-dire pas touche aux cadeaux fiscaux mirifiques qu’ils ont faits à une toute petite partie de la population qui, je le rappelle, ces quelque dizaines de milliers de personnes, mais ça coûte très cher, payent à peu près proportionnellement moitié moins d’impôts que l’ensemble des Français, c’est-à-dire, en gros, un taux fiscal global d’à peu près 25 %, donc ces gens-là, on les laisse tranquilles alors que ça explique la moitié des déficits, et puis, à côté de ça, comme on veut réduire les déficits, eh bien, on attaque les services publics, on attaque l’État qui, d’ailleurs, à pas répondre aux questions
posées par la canicule et les incendies... Parce que je vous annonce qu’il n’y a pas un euro dans le budget qu’on nous avance sur tout ce qui serait nécessaire... Moi, je fais une mission d’information là-dessus, d’accord ? Que ce soit les moyens pour les pompiers, les moyens pour les canadairs, les moyens pour isoler un peu mieux les bâtiments, ne serait-ce que les EHPAD, les écoles, etc, les moyens pour l’ONF, les moyens pour l’Office français de la biodiversité, il n’y a rien, au contraire, on va leur prendre de l’argent. Pas un euro dans le budget pour tout ça. Absolument, et en plus... C’est même pire, c’est-à-dire qu’on va, une fois de plus, baisser les moyens de l’ADEME pour faire plaisir au RN... — Donc il y a des coupes en plus. — Voilà, etc, et en plus de ça,
dans une période économique qui frôle la récession, on sait très bien, tous les économistes le savent, que quand vous attaquez les services publics, la dépense publique, quand vous attaquez le pouvoir d’achat, notamment, par exemple, des retraités, qui sont estimés privilégiés à partir de 2034 euros, c’est ça, la limite pour décider si vous allez geler les indices, eh bien, vous avez un très mauvais résultat sur la croissance, et donc, vous avez un très mauvais résultat sur les déficits, donc ils ont tout faux et, malgré tout, ils continuent, donc ils nous mènent dans l’impasse, et en plus, là, on vient de le voir, et pas rien, puisque c’est la préférence nationale, ils font quelques cadeaux au RN pour les avoir. J’ajoute juste une chose, je ne veux pas être trop long,
j’ajoute juste un point, c’est que les retraités, les salariés, les malades, les gens qui ont besoin de services publics, y compris, il y en a dans l’électorat du Rassemblement national aujourd’hui qui sont victimes eux-mêmes des manques de l’État sur beaucoup de points : la santé, les incendies et autres, ils ont aujourd’hui un parti, un candidat qui valide tout ça, qui valide cette politique, voilà. Il faut quand même le dire haut et fort. Et donc, vous censurerez, vous l’avez annoncé, et c’est pas surprenant. Oui, on censurera évidemment cette politique s’ils utilisent le 49.3. Sinon, on essaiera de débattre. Chloé Ridel, le PS a beaucoup été critiqué l’an dernier pour ne pas avoir censuré, justement, le gouvernement au moment du budget sur la base d’une suspension
en demi-teinte, on va dire, on y avait même consacré une émission au moment de la réforme des retraites. Vous n’êtes pas députée à l’Assemblée nationale, mais cette fois, est-ce qu’il faut censurer ? Mais regardez ce qui se passe quand le Parti socialiste et la gauche n’essaient pas de discuter avec le gouvernement pour obtenir des choses, des amendements pour rendre ce budget moins pire et moins destructeur socialement : le gouvernement se tourne vers le RN, c’est tout. Et donc, ce que nous avons fait l’an dernier, je le rappelle... Ce n’est pas à regretter, pour vous ? C’est ne pas abdiquer de notre rôle, de tout faire pour épargner le plus de gens possible. Vous citez la suspension de la réforme des retraites, on a obtenu d’autres choses, sur le repas à un euro,
sur la hausse de la prime d’activité pour les salaires les plus bas, on a évité le doublement des franchises médicales... Je suis désolée, vous pouvez penser que ce n’est pas assez. On aurait bien aimé que le reste de la gauche vienne avec nous parce qu’il n’y a que 68 députés socialistes à l’Assemblée, c’est 12 % de l’Assemblée. Vous pensez qu’on va obtenir le grand soir avec 12 % des députés ? Ben voilà, quand il y a le reste de la gauche qui abdique de son rôle précisément et qui dit : « On censure, on ne discute pas »... Mais qu’est-ce qui a changé, du coup ? Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi cette année... Olivier Faure dit : « La censure, c’est évident. » Vous défendez Olivier Faure dans cette primaire. Nous avons proposé, comme l’an dernier, un budget alternatif, d’accord ?
Avec notamment des mesures de taxation des grandes fortunes parce que, ce que fait ce budget, c’est que c’est 50 milliards d’économies sans aucune contribution des plus fortunés et des grandes entreprises. On fait reposer l’effort sur toujours les mêmes. Donc, on a formulé des propositions alternatives, mais Lecornu ne les considère d’emblée pas, donc la discussion ne s’établit pas et il se tourne vers le RN, mais puisque vous m’interrogiez d’un air sceptique sur ce qu’on a fait l’an dernier, en tournant en dérision la question de la suspension de la réforme des retraites... Non, je dis qu’on avait consacré une émission à ça et que c’était compliqué. Non mais oui, mais regardons les choses, soyons honnêtes, j’essaie de l’être. C’est difficile, oui, d’avoir à ne pas censurer
un gouvernement que vous ne soutenez pas, mais si on ne l’avait pas fait, le budget aurait été pire, et aujourd’hui, en se tournant vers le RN, qu’est-ce que ça va être ? Qu’est-ce que ça va être pour les gens pour qui on se bat ? Moi, je suis désolée, mais quand on est député, on doit essayer de tout faire, de discuter, de négocier pour obtenir des choses, même si ça ne vous paraît pas suffisant. — C’est déjà ça. — Non mais ça, c’est un récit. — C’est bien gentil... — C’est un récit, pardon... — C’est un récit, oui. — C’est une conviction. D’accord, mais vous avez vous-même évoqué le programme du NFP. Les premières lignes, c’est « qu’on s’oppose au macronisme et on fait en sorte de ne pas laisser poursuivre une politique macroniste. »
Alors, on me dira ce qu’on voudra, mais les quelques mesures qui ont été mises pour ne pas censurer l’an dernier ne peuvent valoir le fait de s’avaler des budgets d’austérité et des coupes budgétaires qui continuent à favoriser les ultra-riches.... L’alternative, ça aurait été quoi ? Je pensent que ces mesures, en réalité, se révèlent du vent. « 4000 postes d’enseignants non supprimés », ils ont été supprimés, d’accord ? Les franchises médicales, elles ont été attaquées cette année dans les annulations de crédits qui se situent, donc en plus, c’est un jeu de dupes. Disons-le clairement, la question, à l’époque, qui se posait, c’’était pas « est-ce qu’on laisse le RN ?", c’était « est-ce qu’on bat le gouvernement pour dissoudre et pour revenir devant les électeurs ? »
— Je pense que... — C’est complètement hypothétique. Vous avez le pouvoir de dissolution ? — Je vous fais répondre. — Ben non. Je vous fais répondre, Chloé Ridel, mais avec une question, si vous voulez bien, pour regarder un peu dans le présent et l’avenir. Si on regarde... Je vais peut-être dire quelque chose qui ne vous plaît pas, mais si on regarde L’Avenir en commun et le projet du PS que vous avez coordonné, voté par les militants, je ne parle pas des propositions d’autres candidats socialistes, il y a quand même un certain nombre de convergences, vous l’avez dit, sur le programme du NFP, notamment au niveau budgétaire, notamment du niveau des nouvelles recettes. Des convergences, parce que vous voulez rompre avec la politique de l’offre, vous voulez imposer les plus aisés,
les multinationales, vous mettez au centre la question écologique avec des programmes qui, dans ce qu’on lit, sont systémiques sur cette question-là. Pour que les gens comprennent bien, c’est quoi, les différences entre vous ? Est-ce que c’est que le programme de LFI, il vous paraît inapplicable ou est-ce que c’est que la stratégie politique peut être différente ou c’est l’intensité des mesures proposées ? C’est quoi qui vous différencie de LFI ? Je dis ça pour les gens, ça les aide à comprendre. Il y a beaucoup de convergences, et heureusement, quand on prétend être de gauche et défendre les plus précaires, se battre contre les injustices, mais il y a des différences. Par exemple, je pense à la politique énergétique. Nous, nous sommes pour un mix 100 % décarboné en 2050
avec du nucléaire autant que nécessaire et des renouvelables autant que possible. La France insoumise défend un mix 100 % renouvelable. Ça, ça nous différencie, et ce n’est pas un détail parce que, si la priorité, c’est de sortir des énergies fossiles pour atténuer autant qu’on le peut le réchauffement climatique, d’accord, il faut aller vite vers un mix décarboné, et donc, le nucléaire est nécessaire parce qu’un mix 100 % renouvelable, c’est couvrir la France d’éoliennes et de panneaux solaires. Très sincèrement, on ne va pas y arriver facilement. Autre différence, par exemple ? C’est intéressant de rentrer dans les détails. Sur la question européenne, nous, on est pour la construction d’une souveraineté européenne dans tous les domaines, en matière industrielle, en matière énergétique,
en matière alimentaire, de sécurité aussi. Et ça, Jean-Luc Mélenchon est quand même silencieux sur ce sujet, prétend que sa politique internationale, c’est « une France indépendante ». Je ne sais pas ce que ça veut dire parce que moi, je vois des interdépendances, d’ailleurs, qui ont été révélées dans des grandes crises comme le Covid, le réchauffement climatique... Donc défendre une France indépendante, non-alignée... C’est quoi ? Un regard, pour vous, trop centré sur la France, c’est ça ? Pour le coup, il y a une politique européenne qui ne me convainc pas dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Et ça, ce n’est pas une petite différence. C’est un pivot, je crois, de notre capacité à rester libres et souverains dans le monde qui vient. C’est un peu dommage d’avoir voté,
d’avoir défendu le programme du NFP, parce que la politique indépendante, le fait, par exemple, de pouvoir désobéir aux mesures européennes quand elles étaient contraires à notre programme, y compris les questions énergétiques, c’était dans le programme du NFP, donc j’observe que, finalement, là, au bout de deux ans, c’est un programme qui a été considéré comme... Les gens se diront : « En réalité, ils ont accepté... » Je parle pas de ça. Je parle de votre absence de politique européenne. « Ils ont accepté ce programme pour sauver des députés », ce qui est un peu dommage. Moi, j’avais pensé qu’il y avait quand même un peu d’adhésion. Au-delà de ça, sur les différences, oui, il y a des différences. Déjà, première chose, ça, c’est le programme
du Parti socialiste. On verra bien quel sera le programme du candidat qui va sortir de la primaire parce que j’ai cru voir quand même des prises de distance avec ce programme de la part de certains candidats dont on nous dit qu’ils sont favoris de la primaire, donc ça, c’est la première chose. Je le dis vite fait pour resituer pour ceux qui nous regardent, ils peuvent regarder ce projet et celui de L’Avenir en commun en ligne, mais sur le projet, j’ai pris les mesures que vous proposez : SMIC à 1690 euros net, conférence sociale pour augmenter les salaires au-dessus du SMIC, encadrer les loyers, développer les constructions, la rénovation thermique, la TVA réduite sur les produits alimentaires de base, ça fait écho, peut-être différemment, à l’urgence sociale que vous évoquez chez LFI,
la nationalisation des autoroutes, sortir l’électricité du marché, voilà, et ça fait écho à beaucoup de propositions de L’Avenir en commun. C’est juste pour situer. Juste là-dessus, est-ce qu’il y a un engagement quelque part que les candidats à la primaire doivent suivre ce projet ? Moi, je l’ai dit. Après, la primaire, il y a d’autres partis que le Parti socialiste dedans. Mais pour les socialistes qui y participent, il y a un engagement à suivre ? Il faut respecter le vote des militants du Parti socialiste. À 83 %, ils ont voté pour ce projet et à l’unanimité des textes d’orientation, ce qui était assez rare pour être souligné au Parti socialiste, donc si c’est un candidat du Parti socialiste qui remporte la primaire, il doit porter notre projet.
Donc une petite rupture avec le social-libéralisme des années Hollande, c’est ce que j’ai dit au début. La grosse différence, je pense profondément, au-delà de regarder ce qu’il y a j’allais dire « de plus light » dans le programme du Parti socialiste par rapport au programme du NFP ou celui qui va être le nôtre, au-delà de la question de continuer à tabler sur le nucléaire tel qu’il se profile, on sait que c’est pas avant 2050, de toute façon, pour les ENR, et que, pour l’instant, le prix est très cher. Au-delà d’une politique, moi, je suis un peu curieux, étonné d’apprendre qu’une politique non-alignée choque le Parti socialiste parce qu’il me semble que... Ca veut dire quoi ? Moi, je suis pour une Europe non-alignée. Dans le monde tel qu’il se reconstitue aujourd’hui,
avec, d’un côté, les États-Unis... Vous ne répondez pas sur le sujet, en fait. On ne peut pas continuer, à mon avis, à être dans une alliance atlantique derrière les États-Unis et Trump par rapport à ça. Je pense que la question se pose et que chercher des partenaires dans le monde, du côté du Brésil, du Canada, etc, dans une politique... Oui, c’est ce qu’on soutient au niveau européen. Manon Aubry, d’ailleurs, était contre le nouvel accord avec le Canada. Non mais enfin, on n’a pas de leçon à recevoir — sur la question du non-alignement. — Ce n’est pas votre cas. Chloé Ridel, je vous dis une chose, c’est que si, par exemple, on regarde la politique allemande aujourd’hui qui est de dire « on veut l’armée conventionnelle la plus importante en Europe », avec l’AfD qui frappe aux portes, etc,
oui, je pense qu’on a intérêt à avoir le maximum de coopération en Europe. On n’est pas pour la sortie de l’euro, mais par contre, ne pensons pas que la garantie pour qu’on applique un programme de gauche dans ce pays, et c’est la différence avec le Parti socialiste et nous, c’est que nous, le programme qu’on va mettre sur la table, on garantit qu’on va l’appliquer, et ce qui vient de se passer depuis deux ans donne des garanties à ceux qui pourraient voter pour nous et tient compte, justement, à mon avis, de la manière dont le monde se redessine, donc si on pense que la seule réponse par rapport à ce que fait Trump, par rapport aux menaces que peut représenter Poutine, par rapport, j’allais dire, à cet affrontement qu’on voit entre les blocs, économique, politique,
et y compris par rapport à la politique allemande en Europe aujourd’hui, qui n’est pas toujours liée à nos intérêts, ne serait-ce que, par exemple, sur la question de la dette, sur la question des investissements nécessaires, je pense que, oui, il est nécessaire que la France revendique une politique non-alignée. En gros, c’est créer un rapport de force au sein de l’Union européenne, vous l’avez dit sur la dette et sur d’autres sujets, et Chloé Ridel nous dit : « On a besoin de coopération. » Mais pour ça, on a besoin d’une politique, effectivement, où la question de la souveraineté de la France reste posée en priorité parce que je pense que c’est ça qui nous donnera des marges de manœuvre, y compris avec des alliances dans le monde, je l’ai dit, j’ai dit un certain nombre de pays,
pour pouvoir appliquer une politique de gauche. Si on reste dans l’idée que ce qui prime avant tout, c’est la souveraineté européenne qui, par bien des aspects, vous le savez, à travers les traités qui sont existants actuellement, les mesures qui sont prises, corsètent des politiques... C’est pour ça que, d’ailleurs, on s’était entendu dans le programme pour dire qu’on était capable de désobéir, — ce qui ne veut pas dire... — Désobéir, Chloé Ridel ? Désobéir dans le cadre de la construction d’un rapport de force, c’est pas, si vous voulez, un problème, ça peut faire partie d’une stratégie, mais il faut toujours conserver, à mon sens, l’objectif de construire une Europe. Quand je dis une Europe souveraine indépendante, ça veut dire une Europe non-alignée, ça veut dire une Europe
qui ne dépend plus des États-Unis pour sa sécurité, qui ne dépend plus de la Chine pour ses débouchés industriels, qui ne dépend plus de la Russie, pour son énergie. Ça se construit dans le temps et on a réussi, quand même, — à s’émanciper du gaz russe. — Vous savez qu’on ne propose pas — la sortie de l’Union européenne... — Là, on se bat pour s’émanciper. — Dernier petit échange là-dessus. — ...ni de la zone euro. — Voyez ce que vous me répondez. — Mais on ne peut pas être naïfs et laisser penser qu’en Europe, tout le monde, en réalité, est sur une politique non-alignée vis-à-vis des États-Unis et ne rentre pas en concurrence. C’est pas vrai. Pour vous, les choses sont binaires. C’est-à-dire que pour vous, c’est soit la France souveraine, soit l’Europe.
— Pardon, nous, ce qu’on veut... — Absolument pas. — C’est une caricature. — ...et je répète la position, c’est une France combative au sein de l’Europe, pas hors de l’Europe et qui se bat pour construire... C’est intéressant, parce que je vous demande les différences sur le fond, sur le budget, sur la réponse aux questions centrales des Français, et en fait, la réponse qui ressort, qui donnera lieu d’ailleurs à d’autres débats plus tard, je pense, c’est plutôt la question de la relation à l’Union européenne. Vous posiez la question des différences de programme, j’en ai profité. Je pourrais en mentionner d’autres. Par exemple, sur la cantine scolaire, La France insoumise veut des cantines gratuites partout. Nous, on ne propose pas ça. On propose une cantine à tarification sociale
qui peut aller jusqu’à la gratuité pour les enfants. — Justement, on y vient. — Ça permet aux enfants de riches — d’aller gratuitement à la cantine. — Ce n’est peut-être pas ça... Certes, mais c’était la mesure phare que vous portiez aux municipales. Mais vous me faites une transition sur la question de la vie chère et du pouvoir d’achat, puisque cette rentrée, et donc cette campagne présidentielle, elle est marquée par la hausse des prix. Je fais très rapidement, et pardon des raccourcis. Hausse des prix alimentaires qui pourrait s’accentuer, effets de la hausse de l’énergie, du prix des matières premières et des engrais, effet aussi de la sécheresse exceptionnelle, après les canicules de l’été. Et dans le contexte géopolitique, notamment marqué par la guerre états-unienne en Iran
et la fermeture du détroit d’Ormuz, hausse des prix de l’électricité, du gaz, du fioul domestique, les cuves que des millions de Français doivent remplir avant l’hiver et du carburant à la pompe. Hier, lundi 21 septembre, le litre de gazole s’affichait à 2,41 euros en moyenne, un record, et sur la base des données officielles compilées aujourd’hui par le site officiel prix-carburants.gouv.fr, le prix moyen des carburants ce mardi 22 septembre à 15h, il s’établissait à, pour le gazole, 2,33 euros par litre, soit 49 % de hausse par rapport à janvier, pour le sans-plomb, 2,22 euros, + 27 % depuis janvier, et le sans-plomb, 2,1 euros, + 30 %,
avec des situations de pénurie dans 17 % des stations-service. Ce mardi, à 17h, le gouvernement a fait des propositions chiffrées à 450 millions d’euros : proposition par le Premier ministre d’inscrire une règle d’or dans le budget 2027 pour, je cite, « restituer les surplus de TVA sur le carburant aux Français », et il y a différentes personnes, notamment le RN, mais aussi, j’ai cru comprendre, Ségolène Royal, qui demandent que les taxes sur le carburant, et notamment la TVA, baissent, le plafond de la prime carburant, versée aux salariés par leurs employeurs, va passer de 600 à 1000 euros, l’élargissement de l’aide aux grands rouleurs, pour les pêcheurs, une aide au carburant prolongée, des mesures pour les infirmiers, le BTP, les aides à domicile
et la trésorerie des entreprises. Est-ce que c’est à la hauteur ? — Éric Coquerel ? — Non, évidemment. Les mesures ne sont pas à la hauteur. Je rappelle que par exemple, ils prolongent la mesure grands rouleurs. Ils l’étendent un peu — aux gens qui en sont à... — 5,5 millions de Français. C’est ça, les gens qui sont à 2035 euros nets. Ça devient un peu la règle d’or pour déterminer si vous êtes parmi les privilégiés ou pas dans ce pays, puisque pour les retraités, c’est la même chose. Je rappelle que c’est 100 euros maximum sur trois mois. N’importe quel grand rouleur dans ce pays qui est contraint de prendre sa voiture sait que, malheureusement, aujourd’hui, en trois pleins, vous avez largement atteint ça. Donc, ce n’est pas à la hauteur, et surtout, le problème qui se passe derrière ça,
parce que c’est tout le débat actuel, c’est... Où va-t-on chercher les moyens de ramener le prix du carburant à ce qu’il était avant le début du conflit ? Il y a différentes propositions. — Nous, à ma connaissance... — Vous voulez bloquer les prix. ...on est les seuls qui pensons qu’il n’y a peut-être pas de raison que les entreprises pétrolières, en l’occurrence, c’est Total en France, fassent 25 milliards de bénéfices sur le premier semestre, + 27 % par rapport à l’an dernier, et multiplient, entendez bien, je parle même pas de l’extraction, leur marge de raffineurs par 4 depuis le début de l’année, qui explique... C’est la marge des raffineurs qui explique depuis juillet la remontée, quasiment, du prix du carburant aux pompes.
D’accord ? Donc là, on voit bien que ce n’est même pas le problème de l’approvisionnement, ce n’est même pas tout ça. Et nous, on a tendance à penser que la première mesure à prendre, ça serait peut-être, déjà, que les prix arrêtent d’augmenter. Et donc, pour ça, non pas de baisser la TVA, même si en réalité, si vous revenez sur le... Si vous plafonnez les prix au niveau des raffineurs... Par exemple, nous, on propose de revenir à 70, de fait, l’État aura un manque à gagner, puisque la TVA augmente proportionnellement. À 70 euros par tonne, c’est ça ? — Oui, c’est ça. — On est aujourd’hui — à 280 euros par tonne, je crois. — Nous, on propose que le prix soit plafonné à 1,70 à la sortie de la raffinerie. Voilà, point. Aujourd’hui, il est remonté quasiment...
Il est remonté à 1,90, 2 euros, et après, il y a les taxes qui se prennent dessus. Donc, c’est cette proposition, parce qu’il est hors de question que des entreprises multinationales comme Total soient finalement les seules qui profitent de cette situation et que tout le monde en pâtisse. À ma connaissance, on est les seuls qui proposons ça. Chloé Ridel, quel est, vous, votre proposition à vous ? Parce que c’est toujours pareil, avec cette question des carburants, ça provoque à chaque fois une énorme indignation dans la société, beaucoup de colère par rapport aux politiques, par rapport aux gens qui dirigent, mais aussi par rapport à tous les politiques. On dirait que tous les six mois, on se prend le mur. Là, c’est une crise majeure au Proche-Orient, mais en fait,
les questions centrales ne sont jamais adressées. Oui, il y a une réponse à la crise immédiate, et je crois que là, il faut aller reprendre les profits indus et les superprofits des raffineurs, notamment, parce que c’est eux qui concentrent les profits. Vous êtes d’accord sur ce constat que les marges des raffineurs, elles ont explosé, Total y compris ? Total, notamment dans un échange avec Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière, l’a contesté vivement. Oui, parce qu’en plus, Total applique, lui, un plafonnement des prix. C’est pour ça que d’ailleurs, ça lui fait refaire du chiffre d’affaires et du bénéfice, parce que les gens se ruent dans les stations Total où les prix sont plafonnés. Mais donc, il faut aller reprendre ces bénéfices... Donc, Total profite de la crise aujourd’hui ?
Total et les raffineurs en profitent ? Bien sûr, pour aller les redistribuer aux gens qui dépendent de leur voiture pour se déplacer. Le gouvernement, quand il veut aider les infirmières, moi, je trouve ça bien dans l’idée, d’aller faire des aides ciblées, parce que la baisse de la TVA indistinctement, ça coûte très, très cher au budget de l’État, — et puis ça finance des SUV. — Ce n’est pas ce que propose LFI. Non, non, je réagis par rapport à ce que vous disiez sur le RN. Et puis, par ailleurs, ce que propose le RN, c’est de dire « On baisse les taxes », et puis finito, on n’investit pas, par ailleurs, dans l’après, c’est-à-dire dans la transition vers d’autres modes de mobilité. Je pense qu’il faut quand même qu’on se pose la question : combien de temps on va continuer à subventionner
un modèle fossile qui nous emmène dans le mur avec une situation du prix du pétrole — qui ne va pas s’améliorer ? — Bloquer les prix ? Les gens le savent. Bloquer les prix, pourquoi pas, mais il faut faire attention que ça ne crée pas de pénurie, parce que bloquer les prix à 1,70 euro, moi, je veux être sûre que dans le temps où il n’y a pas d’alternative pour des gens à la voiture à pétrole, il n’y ait pas une situation de pénurie. Dans d’autres pays, ça s’est matérialisé, donc c’est la raison pour laquelle nous, nous privilégions autre chose, mais je voulais simplement dire que sur l’après, il faut arrêter avec des mesures uniquement de court terme et enfin se mettre à investir dans la transition vers le véhicule électrique. On voit que plein de Français passent à la voiture électrique
dans la crise, parce qu’ils ont raison de voir que la situation ne va pas s’améliorer, que le détroit d’Ormuz, il est bloqué pour longtemps. — Il faut en avoir les moyens. — Voilà, et donc, nous, ce qu’on propose dans le projet socialiste notamment, c’est de massifier l’allocation sociale de petits véhicules électriques produits en France et en Europe pour 100 euros par mois, d’avoir accès à un véhicule électrique quand on est un ménage modeste ou quand on dépend de sa voiture, qu’on habite dans les campagnes ou dans le périurbain. C’est juste un exemple pour vous dire qu’il faut, dans ce moment-là, faire un grand plan pour nous, ce qu’on appelle un « nouveau contrat social » des transports, inventer les mobilités de demain, accélérer la transition.
« Bloquer les prix, ça crée des pénuries. » On l’entend pas juste dans la bouche de Chloé Ridel, on l’entend dans la bouche de beaucoup d’économistes. On l’entend surtout dans la menace que fait Pouyanné par rapport à ça. C’est lui qui a agité ça. — PDG de Total. — Je rappelle qu’il a eu une phrase, quand même, pour expliquer les profits de Total. Il a dit : « Total a capturé la hausse des prix. » On ne peut pas mieux dire que « Total utilise la crise », et derrière, la question de la hausse des prix pour ses bénéfices. Mais d’abord, une plus grande réponse. En 1990, le décret du Code de commerce qu’on propose de mettre en application — a été appliqué. — Pierre Bérégovoy, Premier ministre socialiste pendant la guerre du Golfe, — de façon temporaire. — Oui, mais d’accord...
Mais là, il n’a même pas été tenté. Donc un, ça a été tenté, il n’y a pas eu de pénurie pour une bonne raison. Moi, Total peut me dire ce qu’ils veulent. Jusqu’à maintenant, ils nous disaient : « Ah, mais on ne fait pas de marge sur les raffineries. » On voit bien que c’est l’inverse, mais le marché français continue quand même à les intéresser. Donc, l’idée qu’ils organiseraient une pénurie, attention : il peut y avoir d’autres entreprises pétrolières qui trouveraient quand même intéressant de s’emparer du marché français. On n’est pas un marché, — comment dire, qui est anodin. — Est-ce que ce n’est pas aussi — une façon de dire... — C’est une sorte de chantage. Voilà : « On peut fermer des raffineries, on a toujours des raffineries en France. »
Bien sûr, mais s’ils ferment les raffineries, dans ces cas-là... Si jamais ils menacent de ça, moi, je pense que derrière ça, il y a l’idée de réquisition ou de nationalisation qui se posera. Je veux dire, il n’y a pas de raison d’avoir une espèce de menace comme ça d’un raffineur qui a le monopole, en plus, ce qui, je vous rappelle, est théoriquement interdit par la Constitution, d’avoir le monopole sur des biens aussi essentiels, et qui en plus nous fait un chantage. Mais je n’y crois pas ! Très sincèrement, je n’y crois pas, pour une bonne raison, c’est que un, les entreprises pétrolières sont les grands profiteurs de ce qui est en train de se passer. Je vous rappelle qu’avant même l’augmentation des marges de la raffinerie, la raison pour laquelle le prix avait augmenté,
c’était la spéculation qu’ils organisaient à Genève sur des opérations de trading par rapport à ça. Donc, ils ont fait 25 milliards de bénéfice. On peut peut-être penser qu’eux aussi doivent supporter une part de l’effort. Et là, le problème aujourd’hui, c’est qu’on a deux forces politiques, le macronisme et le RN, qui ne veulent pas, en réalité, toucher à Total. C’est ça, la question. Ils ne veulent pas toucher à Total et je pense que ça, ça les caractérise. Et moi, je dis aux gens : il n’y a pas de raison que ce soit eux directement, ou que ce soit l’État, parce qu’on est gentil mais quand on dit : baissons les... C’est des choses qui vont servir à tout le monde, qui pâtissent de ce qui est en train de se passer. Total doit largement être appelé à cotiser.
Chloé Ridel, sur les propositions, justement, pour faire, dans l’urgence, là, est-ce qu’il y a d’autres choses que vous, vous portez qui vous paraissent importantes ? Encore une fois, il faut des aides à la pompe financées par les superprofits. C’est-à-dire qu’il faut aller récupérer cet argent pour le rendre aux Français qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer. Mais après, il faut rompre cette dépendance au pétrole. Et ça, on peut le faire dès maintenant et très vite, très fort. Il suffit d’investir dans la location sociale de petits véhicules électriques, moi, j’y crois, d’investir aussi dans les sociétés automobiles françaises pour qu’elles produisent à moindre coût du véhicule électrique.
LFI propose la planification écologique, est-ce que ce n’est pas un concept que vous reprenez, vous ? Est-ce qu’il y a une différence philosophique ? Une différence de façon de voir ? Ou est-ce que c’est juste que vous n’utilisez pas les mêmes mots ? Non mais... La planification, maintenant, même Macron en parle. Il ne le fait pas... Macron l’a récupérée, je rappelle que c’était dans le programme du NFP, un des piliers du programme du NFP. C’est du bon sens. Sur la question des transports, je pense que tout se... C’est un projet global, si vous voulez. Vous ne pouvez pas juste traiter le véhicule électrique, vous devez aussi investir massivement dans le train. La nationalisation des autoroutes, on le ferait pour réinvestir une partie des profits dans le train.
Vous avez aussi à développer l’utilisation du vélo, du vélo électrique, ce qu’on appelle aussi des vélos-voitures qui sont des nouveaux types de véhicules très intéressants qu’on pourrait faire produire en France. Donc, c’est cette révolution du transport qu’on doit, à mon sens, commencer dès maintenant en tirant profit de cette crise, mais cette fois-ci pour le bien commun. On va finir par les salaires, si vous voulez bien. — Juste, là-dessus. — Rapidement. Je n’ai pas de désaccord, au contraire, sur la nécessité de la bifurcation écologique. Mais considérons que ça, ça va être, j’espère, l’œuvre du prochain gouvernement qui sera élu et du président de la République que j’imagine être Jean-Luc Mélenchon. Mais là, on sait qu’il n’y a pas 1 euro,
là, dans le budget actuel, il n’y a pas 1 euro là-dessus. Je veux dire, on est dans une situation où c’est un peu comme la... Ce que j’explique pour essayer de faire en sorte qu’en 2027, on soit un peu plus efficace sur les incendies, la canicule. Donc ça, c’est de l’argent pour réparer, ce n’est pas de l’argent pour prévenir. Et pour prévenir, tout le monde sait qu’il faut des centaines de milliards d’euros au niveau européen, des dizaines de milliards d’euros publics au niveau français, et ça fait trois ans que les budgets environnementaux baissent dans ce pays. C’est aussi pour ça que je dis que ce budget ne règle rien, il ne règle rien. Je voudrais qu’on termine avec cette question des salaires. Je rappelle, si on prend le projet que vous défendez,
Chloé Ridel, encore une fois, on rappelle, c’est le projet du PS voté par les militants et qui, en fonction de qui gagnera cette primaire, deviendra peut-être autre chose. Mais vous proposez le smic à 1690 euros, une grande conférence sociale pour augmenter les salaires au-dessus du smic, limiter les écarts de 1 à 20 dans les entreprises. LFI propose le smic à 1700 euros, le blocage des prix, le blocage des loyers, aussi. Il y a des mesures sur les loyers aussi dans votre programme. Encadrer les loyers, c’est ça. C’est différent mais en tout cas, c’est présent. Augmentation du smic et de tous les salaires intermédiaires, mise en place de l’échelle mobile des salaires pour que quand les prix augmentent, les salaires aussi. Je crois que c’est fait en Belgique.
C’est l’indexation sur l’inflation. C’est ce que dit souvent Jean-Luc Mélenchon. Là encore, des gradations différentes. Mais vous allez pouvoir me répondre sur cette question des salaires avec un constat qu’on a fait et qu’on a déjà fait dans cette émission, qu’on n’arrête pas de faire. La grande idée de ce début de campagne, c’est rapprocher le brut du net en jouant sur les cotisations sociales : Édouard Philippe, Bruno Retailleau, à droite. Raphaël Glucksmann : baisser la CSG sur les salaires. — Hollande : augmenter la TVA... — Non, pas une cotisation... Pardon. Hollande : augmenter la TVA de quatre points pour augmenter les salaires. Donc une sorte de façon un peu, on va dire, mathématique, d’augmenter les salaires qui, structurellement, stagnent depuis 20 ans.
Est-ce que c’est de bonnes politiques, ça ? La proposition de François Hollande et celle d’Édouard Philippe, non. Clairement, quand on fait la TVA sociale, puisque c’est de ça dont il s’agit, on baisse un salaire différé qu’est la cotisation sociale pour augmenter un impôt qu’est la TVA, on fait payer... Pourtant, ça semble très populaire. En tout cas, ça marche directement, ça marche directement, dans l’idée. Peut-être, mais les gens ne se rendent pas compte... Enfin, si, je pense que les gens savent que la TVA, c’est l’impôt dégressif, donc un impôt injuste et que c’est vraiment... C’est un tour de passe-passe, cette affaire-là. Donc quand on parle d’augmenter les salaires et d’augmenter le smic, c’est augmenter le brut, ce n’est pas chercher à faire baisser le brut du net
sans que le brut augmente, vous voyez ? En revanche, la question de la CSG, moi, j’y suis favorable. On est pour une CSG progressive, c’est-à-dire ne pas appliquer le même taux à tous les salaires. Quand vous avez un bas salaire, vous payez un taux de CSG plus faible que quand vous avez un haut salaire. Moi, je suis pour ça, si vous voulez, parce que ça, on le finance en taxant les gros héritages. Et donc vous faites reposer... Vous rééquilibrez le coût de la protection sociale sur la rente plutôt que sur le travail. Éric Coquerel. Écoutez, je pense qu’il y a une ligne de partage entre tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, imaginent faire en sorte d’augmenter les salaires en prenant sur le salaire différé. Parce que je rappelle que les cotisations,
c’est un salaire différé qu’on a décidé en 46 de mettre en commun pour faire en sorte de payer une solidarité entre les travailleurs, etc. Tous ceux qui, quelque part, veulent, au nom d’une augmentation, j’allais dire « faciale » des salaires, s’en prendre à ça, en réalité, veulent tuer la Sécu. Il faut le dire très clairement. Vous dites : les Français sont sensibles à ça. Non, je dis que ça marche. Pardon, je reviens en arrière parce qu’on ne parle pas des sondages, par ailleurs, ici. Non, je dis que ça paraît évident, ça paraît simple. En même temps, vous remarquerez que, sondage après sondage, il y a une institution à laquelle les Français tiennent toujours, c’est la Sécu. Et la Sécu ne vit pas sans cotisations et elle ne vit pas, en plus, sur quelque chose qui serait
une fiscalisation en réalité des cotisations. C’est ça, le problème de la TVA, c’est que c’est une fiscalisation des cotisations, en plus la plus injuste parce que c’est l’impôt le plus injuste et qui, on voit bien, selon que l’impôt peut rapporter ou pas, selon les moments, peut se renverser d’un coup. L’État peut dire : « Non, on n’a plus d’argent pour payer. » Donc vraiment, j’attire l’attention sur le fait « attrape-nigauds » et profondément une remise en cause de notre modèle social, de ce qui reste de notre modèle social bien attaqué par Macron, derrière ceux qui, d’une manière ou d’une autre, imaginent augmenter les salaires net sans augmenter les salaires brut. Même constat ? Oui, je trouve que c’est bien résumé. On cherche, derrière, à s’attaquer à la protection sociale.
En effet, Olivier Faure, que vous défendez, n’est pas pour cette option. Toute dernière question, il y a des appels à se mobiliser contre le prix des carburants sur les réseaux sociaux, avec des mobilisations pour le 17 octobre. Possible retour sous d’autres formes de la mobilisation des gilets jaunes. Si c’est confirmé, LFI soutiendra, vous irez ? Oui, on soutiendra. Et j’ai l’impression, très franchement, que ça monte. On ne savait pas trop d’où ça venait au départ, mais je remarque qu’on commence à en parler dans les lycées... Donc voilà, les gens ont toutes les raisons d’être mécontents et de protester sur la situation, et il n’y a pas de raison, d’autant plus que... On soutiendra d’autant plus, car vous savez qu’on veut appliquer un programme
qui s’en prend quand même à des sacrés intérêts, et on n’arrivera pas à l’appliquer s’il n’y a pas de mobilisation sociale, les deux sont liés. Chloé Ridel, Raphaël Glucksmann, mais il n’est pas le seul, il y a différentes nuances de PS, comme d’habitude, et de Place publique, il dit qu’il n’appellera pas à ce type de mobilisation. Il faut y aller, selon vous ? Écoutez, moi, je pense aussi que ce qui avait fait le succès, notamment, du Front populaire en 36, qui a apporté de grandes victoires historiques pour les gens, c’était la conjonction d’une gauche au gouvernement et de mobilisations sociales. Donc, moi, je pense que la mobilisation sociale, ça nous sert, voilà. Pourvu qu’elle soit bien canalisée et concentrée vers l’objectif.
Donc, moi, par principe, je ne m’opposerai jamais à des gens qui se mobilisent pour leurs droits, pour leur... Vous pourriez y aller ? C’était ça, la question. Pourquoi pas ? Notre place est là-bas. Merci beaucoup. « Notre place est là-bas. » Merci beaucoup d’être passés par le plateau de Mediapart. Cette émission est disponible en replay et sur les différentes plateformes de podcast. Elle n’est possible que grâce à vos abonnements, donc si vous le pouvez, abonnez-vous. Bonne soirée.
Éric Coquerel