Boris Vallaud: "La crise a montré une forme de cohésion admirable"
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. RCF Il est l'heure de retrouver notre grand invité du matin et on poursuit notre tour d'horizon, notamment des partis politiques en vue des prochaines échéances électorales. Nous sommes ce matin en compagnie de Boris Vallaud. Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Vous publiez un esprit de résistance. Boris Vallaud, est-ce que les solutions d'avenir peuvent encore s'écrire ou se conjuguer avec le Parti Socialiste ?
Écoutez, moi j'en suis convaincu. Je ne serai pas engagé comme je le suis. Je vous dis, malheureusement, la raison d'être de la gauche et du Parti Socialiste, elle est dans la permanence des inégalités. Elle est dans une transition environnementale qui menace les plus vulnérables et qui fait d'ailleurs déjà des victimes parmi ceux-là. Donc oui, moi j'en suis absolument convaincu dès lors qu'on est au clair avec pour qui on se bat, les plus fragiles, les plus vulnérables, ceux qui ont des vies dures, qui n'ont que leur force de travail pour vivre. Et dès lors qu'on est au clair sur ce que l'on poursuit comme objectif, la justice, l'égalité, la dignité de chacune et de chacun.
Est-ce que la pandémie n'a pas souligné au fond un certain délitement de notre société, Boris Vallaud ?
En fait, elle est très ambivalente cette crise. Elle a à la fois révélé le délitement de nos sociétés, c'était une crise de nos vulnérabilités. On a vu que face à une pandémie qui est à la fois un ultimatum social et environnemental, nous étions fragiles, nos états étaient fragiles. Et en même temps, elle a montré une forme de cohésion admirable. Nous nous sommes beaucoup manqués les uns aux autres. Nous nous sommes beaucoup préoccupés de prendre soin les uns les autres. Et je veux voir dans cette note positive de la crise, au fond, les ressorts de la reconstruction du monde de demain.
On a besoin d'un modèle social pour sécuriser la vie de nos concitoyens. C'est en quelque sorte ce que vous proposez dans ce livre, En Esprit de Résistance, aux éditions Flammarion. Vous dites que le rôle de la gauche sera désormais de faire en sorte que les gens puissent apprivoiser le hasard. Mais alors, comment est-ce qu'on peut appréhender l'inconnu ?
Aujourd'hui, beaucoup de situations sont des sauts dans le vide. On le voit, on en a conscience. Rentrer sur le marché du travail pour un jeune aujourd'hui, voir son travail frappé par des mutations industrielles. Tout ça, ce sont des sauts dans le vide. Et donc, resécuriser toutes ces transitions, c'est apprivoiser le hasard. Préparer la transition environnementale, c'est-à-dire construire et inventer l'industrie de demain avec les ouvriers d'aujourd'hui, l'agriculture de demain avec les agriculteurs d'aujourd'hui, c'est ça aussi apprivoiser le hasard.
Comment peut-on arriver à construire l'avenir justement avec une main-d'oeuvre qui est présente aujourd'hui ? Vous dites qu'il y a une importance d'arriver à construire notre avenir avec la main-d'oeuvre qui est au travail là aujourd'hui, arriver à la pousser vers de nouveaux horizons. Mais cette main-d'oeuvre qui connaît son travail du jour, mais qui forcément reconvertir, là pour le coup, ça s'équivaut à un saut dans l'inconnu, non ?
Oui, et bien précisément, c'est la formation professionnelle, c'est la gestion des transitions avec des revenus qui le permettent, c'est l'anticipation, c'est de l'investissement. Et donc pour cela aussi, une nouvelle centralité de l'État qui doit être capable d'investir à très long terme, ce que le marché n'est pas capable de faire. C'est aussi protéger de la mondialisation déloyale, défendre à toute force notre modèle social, notre exigence environnementale, et tout ça évidemment est un défi considérable.
On est au cœur d'une grande révolution, mais nous n'y échapperons pas, et donc il appartient notamment à la gauche, d'être aux côtés de ceux qui sont au cœur de ces grandes transformations.
Dans votre livre, vous parlez de l'écologie des inégalités, Boris Vallaud. Ça veut dire quoi concrètement, cette notion d'écologie des inégalités ?
Ça veut dire d'abord qu'on en est les témoins, les inégalités environnementales explosent par le haut et par le bas. Songez que le bilan carbone des 1% d'habitants de la planète les plus riches est équivalent à celui de 50% les plus pauvres. Que c'est une crise environnementale qui frappe d'abord les plus vulnérables. Les femmes, souvent, sont à l'occasion de grandes catastrophes naturelles. Et donc, on se voit bien que cette transition environnementale, elle peut aussi laisser sur le bord du chemin ceux qui y sont déjà. Ceux qui étaient prétendiement inadaptés au monde d'hier, risquent d'être tenus pour inadaptés au monde de demain.
Et donc, moi, ce que j'appelle l'économie des inégalités, c'est une économie qui desserre la ceinture d'une certaine manière, qui émancipe, qui permettra à ceux qui se chauffent mal de mieux vivre, de mieux habiter, de mieux se nourrir, de mieux se déplacer. Voilà, c'est ça ce que j'appelle, moi, l'économie des inégalités. Celle qui permet de mieux vivre et de poursuivre, au fond, une transformation sociale, une amélioration de la condition humaine, que l'occasion de la transition environnementale rend possible.
C'est un des maillons de la rupture que vous appelez de vos voeux dans la famille socialiste ?
Écoutez, oui, moi, je crois que la question environnementale est une question éminemment sociale, que rien de ce qui concerne, au fond, la nature, aujourd'hui, n'est étranger aux socialistes, parce que c'est un des éléments d'une équation, qui est une équation, j'allais dire, compliquée, et un objectif qui n'est jamais atteint. C'est la recherche de l'égalité, la recherche de la justice et la recherche de la dignité.
– Dans cet ouvrage, on peut dire que vous n'êtes pas tendre, notamment avec Emmanuel Macron, parlant, pour sa politique, d'un État léviathan. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce concept de l'État léviathan ?
– En fait, le constat qu'on a pu, chacune et chacun, faire dans cette crise, en France, mais au fond, dans le monde entier, avec une forme de guerre des modèles politiques, larvée qui se noue, pour savoir qui des démocraties libérales ou des régimes autoritaires sont les plus à même de surmonter la pandémie. Ce qu'on a observé, c'est que nous avions à la fois le retour de l'État pour le meilleur, l'État social, l'État qui protège, l'État qui finance la recherche, qui l'accompagne, et puis nous avions, d'une certaine manière, le pire de l'État, c'est-à-dire l'État léviathan, celui qui met la démocratie sous cloche, qui bride nos libertés parfois les plus élémentaires, comme celle de circuler.
Et je vous dis, nous sommes sur le fil. Il y a, on le sait bien, on l'entend tous les jours, une aspiration à l'autorité. Une aspiration à la protection. La question est de savoir de quel côté tombe la pièce. Évidemment, vous l'avez compris, le retour de l'État que je souhaite, c'est celui qui protège, qui est un État démocratique, respectueux de nos droits et de nos libertés fondamentales, un État social, préoccupé par notre commune humanité.
La jeunesse a beaucoup marqué, Boris Vallaud, les esprits durant cette crise sanitaire. Tout comme nous avons, en 1956, mis en place un minimum vieillesse, faut-il aujourd'hui imaginer, déployer un minimum jeunesse ?
C'est la proposition que les socialistes ont fait. On fait, j'allais dire, assez tôt, parce que nous avions proposé une loi d'expérimentation il y a plus de deux ans, vous voyez, très en amont de la crise, parce qu'il est difficile d'avoir 20 ans au cœur de cette pandémie, mais il est toujours difficile d'avoir 20 ans. Le taux de pauvreté y est beaucoup plus élevé, le taux de chômage y est beaucoup plus fort. Ce minimum jeunesse, c'est, au fond, l'ouverture de droits sociaux à 18 ans et pas à 25 ans. Songez quand même à cette curiosité, à cette injustice qui est très proprement française, parce qu'il y a peu d'équivalent en Europe.
Vous pouvez aller en prison à 16 ans, vous pouvez vous rendre aux urnes à 18 ans, mais en revanche, vos droits sociaux ne sont qu'à 25 ans. Et là, dans la crise, on l'a vu, avec des jeunes qui grossissaient les rangs des banques alimentaires, eh bien, la pauvreté et la précarité les frappent. Donc, ce minimum jeunesse, c'est une bouée pour venir en aide à une jeunesse qui est partie d'entre elles. Ce noix est d'août de l'avenir.
Le Rassemblement National capte de plus en plus les votes des classes populaires. Est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète, Boris Vallaud ?
Bien sûr, la montée du Front National, de l'intolérance, de cette aspiration à l'autorité, au fond de ce mensonge qui avance avec le sourire, tout ça est très inquiétant à nous, non seulement de nous opposer avec détermination, de dire ce qu'est la France dans sa permanence historique depuis plus de 200 ans, un pays de liberté, un pays de fraternité, et de proposer des alternatives en parlant, je le redis, à tous les Français, et en particulier aux plus fragiles, aux plus précaires, à ceux pour qui la vie est dure. Je dis, proclamons collectivement la fin des égoïsmes, et retrouvons-nous. Dans cette pandémie, on s'est manqué, retrouvons-nous.
On a beaucoup parlé ces dernières semaines du Front républicain, notamment avec la situation en PACA. Est-ce que vous craignez aujourd'hui des fissures dans ce Front, notamment quand on voit les propos de certains à droite ? Faut-il leur animer ? Et puis surtout, est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu quelle sera la position du Parti Socialiste sur ces prochaines échéances électorales si jamais ils se retrouvaient face à des candidats du Rassemblement National bien placés ?
Écoutez, vous savez ce qu'a été la dernière fois la position des socialistes. Moi, je veux être à ce stade concentré exclusivement sur le premier tour. Mais ne donnons pas les clés du second tour comme si le premier tour n'existait pas. Il est important que la gauche soit haute et forte au premier et au second tour. Et on a toujours pris nos responsabilités, donc on les prendra, n'en doutez pas.
Comment se passe ? Quels sont les échos, vous, Boris Vallot, que vous avez de la campagne qui est en cours sur les régionales, les départementales, dans ce contexte sanitaire qui est relativement particulier, en tant que politique ? Est-ce que ça complique votre travail, votre contact avec les citoyens ?
Alors, j'allais dire que l'amélioration de la situation sanitaire résorbe un peu les conditions dans lesquelles nous faisons notre campagne. Il est possible de recommencer à faire quelques réunions publiques, évidemment dans des formats très modestes, mais néanmoins, on commence à le pouvoir. La réalité, c'est qu'après une année difficile, après trois confinements, on voit bien que les Françaises et les Français ont envie de liberté et que leurs préoccupations, pour l'instant, n'est pas tout à fait aux élections, même s'ils commencent à s'y intéresser et puis à nous interroger.
Un peu de patience, par conséquent, pour arriver jusqu'au bout. Pour terminer, Boris Vallot, dans la minute qui nous reste, et pour faire une sorte de piqûre de rappel pour les gens qui nous écoutent depuis une dizaine de minutes à présent, sur les prochaines élections, régionales et départementales, mettre un bulletin dans l'urne pour un candidat socialiste, en termes de valeurs, en termes de politique de proximité, qu'est-ce que ça représente ?
Eh bien, c'est la République du quotidien.
C'est, j'allais dire, de la petite enfance au seuil de la vie, c'est l'accompagnement dans la solidarité, c'est la protection maternelle et infantile pour les mères et les enfants en bas âge, c'est la prise en compte de la dépendance, du grand âge, quels que soient les moyens financiers, on doit pouvoir être accueilli dans de bonnes conditions, c'est le maintien à domicile, c'est les transports de qualité, c'est la République du quotidien dans tous ses aspects, un pays qui fonctionne, un pays de la proximité avec les Françaises et les Français au quotidien, c'est ce que les collectivités de gauche ont fait dans la dernière mandature, et c'est ce qu'elles entendent continuer de faire.
Merci beaucoup Boris Vallaud d'avoir été avec nous, je rappelle que vous êtes élu socialiste, vous publiez un esprit de résistance, c'est à retrouver aux éditions Flammarion. Flammarion
Boris Vallaud