Yannick Jadot : "Je vois un Nicolas Hulot abîmé par le président de la République"
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L'invité du grand entretien aujourd'hui est député européen écologiste. Léa Salamé, vous intervenez dans une dizaine de minutes. Vos questions, amis auditeurs, sur la loi alimentation, les pesticides, les abeilles, les cantines bio, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application France Inter. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. L'examen du projet de loi sur l'agriculture et l'alimentation se poursuit à l'Assemblée nationale. Les débats sont vifs, les amendements à examiner nombreux. Alors que cette substance herbicide est jugée cancérogène par l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, la sortie du glyphosate d'ici trois ans ne sera pas inscrite dans la loi.
La bataille, pour ceux qui étaient favorables, a été perdue cette nuit à l'Assemblée. Comment recevez-vous ce que j'imagine être un revers pour vous ? C'est une occasion manquée sur la pente naturelle qui va vers l'interdiction du glyphosate.
C'est un terrible gâchis. C'est un terrible gâchis parce que quand Nicolas Hulot a proposé au Président de la République de faire ces états généraux de l'agriculture et de l'alimentation, qui devaient se traduire dans une loi, l'idée c'était de réconcilier l'agriculture avec la société, avec la santé, avec la gastronomie, avec des paysans qui vivent correctement de leur métier nombreux dans les campagnes. Et c'était aussi de répondre à une préoccupation évidemment légitime qui est celle de la souffrance animale.
Et là, ce qu'on constate, c'est qu'effectivement, c'est le lobby de la malbouffe, c'est le lobby de la souffrance animale, c'est le lobby de l'industrie concentrationnaire qui a gagné, qui a dicté la loi et qui a gagné contre la société, contre la santé, contre l'environnement et contre tous les paysans. Tous les paysans qui aujourd'hui font un travail magnifique et qui essayent justement de se passer du glyphosate, qui essayent de réduire les pesticides, qui essayent d'être en accord avec la société.
Sur le glyphosate, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, indique que la position du gouvernement, c'est en sortir d'ici 2021, si et seulement s'il y a des alternatives. Cette position n'est-elle pas claire ?
Elle est claire, elle est très claire, c'est qu'on ne va rien faire. La position du ministre de l'Agriculture, de toute façon, depuis qu'il a été nommé, c'est de ne rien faire contre l'agrochimie, c'est de ne rien faire contre le pire de l'agriculture. Donc quand il est arrivé, sa première déclaration, vous vous souvenez, c'était le lendemain de son arrivée dans son ministère, c'était de dire « Non, non, moi je suis contre l'interdiction des néonicotinoïdes, tueurs d'abeilles. Aujourd'hui, les abeilles sont massacrées, décimées.
» On a un ministre qui, dès le lendemain du tweet présidentiel, parce qu'il faut quand même rappeler que cette décision d'en sortir en trois ans, c'était du glyphosate, c'était un tweet présidentiel posté dans l'avion. Dès le lendemain, le ministre de l'Agriculture, alors que ce gouvernement est quand même ultra discipliné, disait « Oui, oui, mais ne vous inquiétez pas, il y aura des dérogations. » Le Premier ministre disait « Il n'y aura jamais de décision unilatérale de la France. » Qu'est-ce qui est dans cette loi ?
C'est qu'on donne, au fond, la transition agricole, la sortie des pesticides, on les donne à la direction de la FNSA, on les donne à Monsanto, on les donne, je le dis encore, au pire de l'agriculture.
Vous avez les preuves qu'on donne, parce qu'on a beaucoup parlé des lobbies, vous-même fustigez le fait que le ministre de l'Agriculture soit dans la main des lobbies, est-ce que vous avez des... Il est le lobby. Pour moi, il est le lobby. Ah d'accord, donc il n'est même pas dans la main des lobbies, il est le lobby.
Il n'est pas dans la main. Quand vous, en permanence, quand vous intervenez pour dire « Oh là là ! » L'accusation est grave, est-elle fondée ? Mais quand un ministre de l'Agriculture défend en permanence contre l'opinion publique, contre la science, c'est quand même un ministre qui a été devant l'Assemblée nationale pour dire qu'il n'y avait pas de problème avec les abeilles. Ça s'appelle du déni de réalité. Ça pourrait s'appeler du négationnisme écologique. Quand vous avez jeté, il y a quelques jours, avec les apiculteurs en Bretagne, certains ont perdu 80% de leurs ruches. Sans apiculteurs, dans notre pays, il n'y a plus d'abeilles. L'abeille, c'est le cœur de la biodiversité.
Les apiculteurs sont les sentinelles de la biodiversité. Ces apiculteurs sont aujourd'hui totalement abandonnés par leur ministre de tutelle, le ministre de l'Agriculture, par le ministre de l'Écologie qui défend la biodiversité et par Emmanuel Macron qui décide de tout. C'est terrible ! Au moment où tout le monde sonne le toxin sur la biodiversité, ce gouvernement sonne le glas de cette biodiversité.
Yannick Jadot, est-ce que sur le glyphosate ou les néonicotinoïdes, ce sont des péripéties ponctuelles ou des drames, ce à quoi on assiste aujourd'hui à l'Assemblée nationale, qu'on ait simplement l'échelle de valeur, d'après vous, et de gravité ?
L'échelle de valeur, pour moi, c'est le patron du Muséum d'Histoire Naturelle qui a parlé d'anéantissement biologique. Le drame que vit notre biodiversité, c'est un anéantissement biologique. 80% des insectes ont disparu en 30 ans. C'est un drame pour l'ensemble du cycle de la vie. Et quand un gouvernement nie cette réalité, le ministre de l'Agriculture, constatant les orages et la destruction de vignobles, va évidemment soutenir les viticulteurs, et c'est normal. Et l'État et la collectivité, on va soutenir ces viticulteurs. Et pourquoi il abandonne les apiculteurs ?
Donc vous demandez quoi ? Un plan d'urgence sur les abeilles ?
Sur les abeilles, c'est très clair pourquoi le ministre de l'Agriculture ne veut pas intervenir. Parce que le fait que la mortalité excessive, dramatique des abeilles est liée aux pesticides. Et comme il ne veut pas revenir sur les pesticides, il nie cette réalité. Mais les apiculteurs, à la différence des autres agriculteurs, quand ils ont une perte de cheptel comme ça, ne sont pas aidés immédiatement. Il n'y a pas d'aide revenu. C'est plein de familles, c'est plein de jeunes qui entretiennent notre biodiversité au-delà d'entretenir nos campagnes et de faire vivre une activité économique que tout le monde apprécie. L'abeille, c'est le symbole de la biodiversité.
Les laisser mourir et laisser mourir nos apiculteurs, c'est une responsabilité majeure de ce gouvernement. Toujours déposer, Yannick Jadot, des ruches mortes à l'Elysée ? C'est ce que veulent faire les apiculteurs et je serai avec eux. Parce qu'à partir du moment où le ministre de l'Agriculture, Édouard Philippe et Emmanuel Macron, nie cette réalité, il va falloir que les apiculteurs présentent cette réalité aux portes de l'Elysée. On ne peut pas laisser mourir les abeilles comme on ne peut pas, en permanence, nier la réalité sur la santé.
Dans ce qui a été voté sur la loi sur l'agriculture et l'alimentation, il y a même un amendement qui a été rejeté qui consistait à protéger les riverains des pulvérisations de pesticides. On a tous en tête l'exemple de la directrice de l'école de Saint-Jeunesse qui ne peut pas laisser ses enfants dans la cour d'école à cause des pulvérisations sur les cultures. On a des exemples permanents de familles qui disent
« mais c'est incroyable, on pulvérise à la limite de mon jardin où jouent mes enfants ». Donc il y a une sorte de... c'est terrible, même sur la souffrance animale.
Ça on va y dire avec Léa, dans quelques instants. Un mot tout de même sur les produits bio ou intégrant la préservation environnementale dans la restauration collective, les cantines, mais pas seulement. 50% d'ici 2022. Là-dessus, la bataille a été menée et gagnée, non ? Tant mieux, tant mieux. Non mais vous le reconnaissez ou pas ?
Je le reconnais, d'autant plus que j'ai participé au Grenelle de l'environnement en 2007. Grenelle de l'environnement en 2007. On devait faire 20% de bio dans les cantines en 2012. On est à 4%. On m'a reporté l'objectif de 10 ans. Donc sur le bio, tant mieux si on accélère. Encore faudrait-il que la politique agricole de ce gouvernement ne conduise pas à rendre l'agriculture biologique encore plus pauvre, encore plus vulnérable, encore plus fragilisée du point de vue des soutiens publics. Mais j'aimerais être sûr quand même qu'entre 20% de bio et 50% labellisés, ce ne soient pas simplement les labels de la FNSA. Parce qu'à ce moment-là, on se raconte tous des histoires.
Intégrant la préservation environnementale, c'est déjà une définition inférieure à agriculture biologique.
Monsanto prétend préserver l'environnement. Donc il n'y a pas un doute sur la sincérité de l'engagement. Bien sûr. Sur le bio, c'est simple. Il y a des règles. C'est marrant parce que dans un gouvernement qui en permanence agit par ordonnance dès qu'il s'agit des choses importantes, on nous explique que mettre le glyphosate dans la loi, ce n'est pas important. Clarifier toutes les applications de cette loi d'agriculture, ça n'est pas important. Vive les démarches volontaires de ceux qui nous polluent et de ceux qui ont sacrifié l'agriculture française.
C'est terrible. 68 centimes par repas, c'est le surcoût estimé pour ce passage au bio. Un milliard de repas dans la restauration collective par an, ça fait 680 millions d'euros comme surcoût. Qui les paye ?
J'avais fait une proposition avec les agriculteurs de Bretagne qui était... Vous savez, la France touche tous les ans 9 milliards d'euros d'aides publiques. 9 milliards d'euros d'aides publiques vont à l'agriculture. 80% de cette aide va vers les agriculteurs les plus riches. Les 20% les plus riches. Vous touchez plus d'argent à utiliser du round-up qu'à vous en passer. Eh bien, la proposition, c'était que 50% des fonds publics qui vont vers l'agriculture structurent justement les circuits courts vers la restauration collective.
Nous, on était à 50% de bio, le reste paysan, pour structurer à la fois les conversions d'agriculture, pour structurer l'installation des jeunes, structurer les réseaux de collecte. Et vous verrez qu'à ce moment-là, comme ça se passe à Mouans-Sartou et ailleurs, la restauration collective bio ne coûte pas plus cher que la restauration collective classique.
Une question sur ce qui s'est passé le 16 mai dernier. Les députés ont adopté un amendement LREM qui revoit la loi littoral pour permettre au cas par cas le comblement des dents creuses. Les dents creuses, c'est-à-dire les parcelles vides situées entre deux terrains construits dans un même hameau. Est-ce que cette loi fondatrice, tout de même en France, de la protection de l'environnement est menacée ? Elle est menacée.
C'est le ministre de l'écologie lui-même, Nicolas Hulot, qui le dit, puisqu'il se dit « je vais me battre pour que les régressions ne soient pas trop importantes ». Il faut se souvenir qu'il y a encore quelques années, Emmanuel Macron signait des pétitions en disant « il ne faut jamais toucher à la loi littoral ». Parce que toucher à la loi littoral, c'est évidemment détruire une biodiversité extrêmement fragile et s'émettre des habitations dans des lieux qui sont fragiles et vulnérables. Souvenons-nous quand même de la faute sur mer.
Souvenons-nous que laisser entre les mains des mers, sous pression des habitants, les permis de construire, c'est potentiellement mettre en danger la population. Les démentis des ministres Hulot et de Normandie ne vous rassurent pas ? Et non, parce que je vois que malheureusement, le ministre Hulot, tout convaincu qu'il est, engagé qu'il est, ne gagne aujourd'hui plus aucun arbitrage.
La souffrance animale, vous en parliez, Yannick Jadot, c'était deux amendements très attendus au projet de loi alimentation. D'abord sur les abattoirs. Les députés ont voté l'expérimentation de la vidéosurveillance dans les abattoirs, mais pas son obligation. Est-ce que c'est quand même un premier pas ?
Non, parce que vous doutez bien que les abattoirs qui vont être volontaires pour mettre des caméras sont évidemment les abattoirs qui, aujourd'hui, suivent déjà des codes éthiques et de réduire la souffrance animale. Donc, quand vous avez ces vidéos de L214, ça se passe dans des abattoirs. Vous imaginez bien que, vu l'état de ces abattoirs, ils ne vont pas dire, moi je suis volontaire pour mettre une caméra et pour montrer toutes les saloperies qu'il y a dans mon abattoir. C'est aussi, sur la souffrance animale, le broyage des poussins. C'est... Qui a été rejeté. C'est... La castration des...
Il faut se souvenir que la vidéo dans les abattoirs, encore, promesse du président de la République, engagement du président de la République. Autre engagement du président de la République, vous le savez, c'est les poules plondeuses en cage.
Alors là aussi, c'est une décision de compromis qui a été votée par les députés, puisque tout nouvel établissement d'un endroit de poules en cage est interdit et est désormais interdit, même si vous auriez souhaité qu'ils aillent plus loin en interdissant la vente des œufs de poules en cage.
Ce qui est totalement dingue, c'est qu'aujourd'hui, les consommateurs qui ont vu ces élevages veulent des poules qui bondent en plein air, globalement, ou en tout cas sur le sol. Deuxièmement, la grande distribution a pris des engagements pour arrêter la vente des œufs liés à ces poules en cage. Depuis des années, on ne construit plus un seul nouveau bâtiment pour ces poules plondeuses.
Donc en fait, cet amendement, il est totalement pipeau, puisque on est, de par la société, de par la grande distribution, qui se fait parfois l'écho de la société, en train de supprimer ces poules plondeuses en cage, et on nous explique qu'en fait, on va interdire de faire des nouveaux bâtiments pour les poules plondeuses. C'est totalement pipeau, c'est un écran de fumée pour masquer le renoncement de ce gouvernement sur un engagement fort du président de la République.
Mais vous comprenez qu'il y aille crescendo, d'une certaine manière, qu'on ne peut pas faire tout d'un coup pour les agriculteurs, qu'il y a aussi un principe de réalité pour les agriculteurs ?
Le principe de réalité, c'est la réalité de la souffrance animale. Le principe de la réalité, c'est l'engagement des consommateurs et la volonté des consommateurs de ne plus consommer ces oeufs. Et la réalité, c'est l'engagement aussi de la grande distribution de réduire ça. Donc l'idée d'interdire, d'ici la fin du quinquennat, ces élevages abominables, était le seul principe de réalité.
L'Assemblée a quand même voté un doublement des sanctions en cas de mauvais traitement sur les animaux et la création d'un nouveau délit qui réprime les mauvais traitements dans les abattoirs. Pour vous aussi, c'est du pipeau, ça ?
Il y a des mesures emblématiques sur la souffrance animale. On l'a dit, c'est les poules en cage, les lapins en cage, c'est le broyage, c'est étourdir des poursins, c'est étourdir les animaux avant de détruire. Tout ça, c'était sur la table. On avait des engagements du Président de la République. La seule réalité sur l'écologie, c'est que le gouvernement ne suit pas sur instruction les engagements du Président de la République. Donc s'il y a bien un sujet sur lequel le Président ne peut pas revendiquer, faire ce qu'il a dit, c'est l'écologie.
Comment vous qualifiez le moment macronien pour l'écologie ? À vous écouter là, depuis 15 minutes avec Nicolas, on a l'impression que c'est le grand retour des années Pompidou. Vous vous exagérez pas un peu ?
Les années Pompidou, j'en sais rien. Il y avait Dornano qui était ministre, je crois, de l'écologie. C'est lui qui est le premier à travailler notamment sur la protection du littoral. Non, l'énorme frustration que nous avons tous, c'est que les paysans qui, justement, évitent la souffrance animale, les paysans qui servent notre imaginaire de bonne gastronomie et non pas de malbouffe, et qui se passent des pesticides, c'est les entreprises qui investissent massivement sur les énergies renouvelables. Ce sont ceux qui investissent dans la mobilité douce. Tout cela existe.
Et qu'au moment où il faut qu'il passe de la marge des politiques publiques au cœur des politiques publiques, ce gouvernement fait le contraire. Il soutient le nucléaire, il soutient les grandes infrastructures routières, il soutient le pire de l'agriculture, même sur des sujets... Moi, j'ai fait le grenelle de l'environnement. À cette époque-là, on avait obtenu l'abandon du projet de mine d'or en Guyane avec Nicolas Sarkozy. Eh bien là, rebelote, on va redétruire la biodiversité de notre Amazonie, qui est une Amazonie française, qui est extrêmement riche. Tout ça, pour une entreprise russo-canadienne, tout ça est avérant.
Yannick Jadot, il a interdit l'exploration des hydrocarbures, il a fait 50% de produits bio...
Non, non, non, ce n'est pas 50% de produits bio, c'est 20% de produits bio qui auraient déjà dû arriver en 2012.
D'accord, il n'y aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, vous avez l'impression que le bilan... Tant mieux sur l'aéroport. Mais alors, le bilan de Nicolas Hulot est totalement nul à vous écouter ?
Écoutez, moi, je vois... Alors, un, sur l'exploration et l'exploitation, il ne vous a pas échappé que Total va forer au large de la Guyane. En tout cas, on va se battre contre, alors qu'il y a un récif corallien. Donc, moi, je vois, au moment où il y a un très fort discours du Président de la République, il y a une très belle promesse avec l'arrivée de Nicolas Hulot, je vois un Nicolas Hulot qui a finalement été abîmé par le Président de la République, qui finalement n'est plus en état de gagner des arbitrages tellement il est isolé, asphyxié par le reste du gouvernement.
Et je vois que la feuille de route énergétique qui pourrait créer des centaines de milliers d'emplois sur tous nos territoires est reprise en main par le nucléaire.
Vous lui dites qu'il faut partir maintenant ?
Je lui dis, je ne sais pas, il fait ce qu'il veut, mais je suis très triste de voir tous ces écologistes qui ont cru en la parole d'Emmanuel Macron se faire autant abîmer et se faire autant presque mépriser par les décisions qui sont prises à l'Assemblée nationale ou par le gouvernement.
Gilles est au standard d'Inter. Intervenez, Gilles. Bonjour et bienvenue.
Bonjour à toute l'équipe. Bonjour aux auditeurs. Bonjour à Yannick. Alors, c'est parfait que j'arrive juste à ce moment-là de ton discours, Yannick, parce que ça va me permettre de ne pas faire trop long. Donc, sans reprendre toute la litanie des reculs de toutes les mesures bloquées en France par les lobbies et le gouvernement, de l'isolément du Nicolas Hulot, aujourd'hui, de toute façon, il n'y a pas de surprise. La France est leader en nucléaire, la France est leader en pesticides, en utilisation en agro-industrie chimique.
Comment aujourd'hui rendre le moindre espoir à nos compatriotes conscients des enjeux vitaux, mais vitaux sur plusieurs générations, donc les enjeux écologiques vitaux, importantissimes, si ce n'est à travers l'Europe et les élections européennes à venir, malgré même le fonctionnement de l'Europe en consensus, qui fait qu'on a très souvent un sentiment d'insuffisance, un sentiment de frustration. Quel autre espoir que cela ?
Bien compris, merci à vous, Gilles. Yannick Jadot. Vous avez raison,
vous avez raison, l'Europe a toujours été le cadre le plus protecteur au niveau mondial en matière d'environnement. Évidemment, il y a des lobbies à Bruxelles, on l'a vu sur le glyphosate, mais on voit à quel point les lobbies sont actifs au niveau français. Et j'ai aussi me permettre de faire le lien avec la situation sociale, économique et identitaire européenne. Investir massivement dans la transition écologique à l'échelle européenne, c'est ce qui créerait le plus d'emplois sur tous les territoires.
Parce que quand vous faites des énergies renouvelables, quand vous isolez les bâtiments, quand vous faites de l'agriculture paysanne, ce sont des emplois sur tous nos territoires, ce sont des emplois pour nos jeunes. Donc c'est aussi une réponse à la crise italienne.
Mais la question portée également sur les élections européennes, est-ce que vous y serez ? Est-ce que l'écologie politique peut y survivre ?
L'écologie politique doit y briller. Parce que... Oui, on voit. Oui, c'est l'enjeu.
Avec vous en tête de liste ?
Moi, je suis candidat à participer à cette aventure. Parce que je crois que... Ça, c'est noyer le poisson. Non, mais écoutez, ce ne sont pas assez. Ce sont les militants. Ce sont les militants qui vont désigner qui sera tête de liste et qui sera dans cette liste. Moi, j'y suis candidat. Simplement, c'est encore une fois, face à Trump, face à Poutine, face aux Chinois, face au drame écologique que nous vivons, seule l'Europe peut nous sauver. Mais il faut une Europe qui soit avec au Parlement européen des écologistes. Catherine, bonjour.
Bonjour, Nicolas. Bonjour, M. Jadot. Bonjour à la France Inter. Voilà. Moi, je suis apicultrice, une toute petite apicultrice. C'est vrai. Moins de 100 ruches en montagne bourbonnaise et livra de voie forèse à cheval sur ces deux belles régions que je vous conseille de visiter, venir nous voir comme on est désespérés. Et voilà. Moi, je n'en peux plus. Ça fait 10 ans que je suis avec ma petite entreprise. Je ne vois que de la mortalité tout le temps, tous les ans, c'est de pire en pire. Je ne traite pas mes abeilles ou qu'avec des huiles essentielles. Je fais attention. Je ne leur donne pas de sucre à manger ou le moins possible.
Et franchement, toutes ces reculades sans arrêt, l'Europe sert à quoi ? On ne comprend plus rien. On n'est jamais entendus. Vraiment, on compte pour peanuts, nous, les petits. Et quand j'entends parler de paysans, il n'y a pratiquement plus de paysans. Ce sont des exploitants agricoles. C'est la FNSEA qui commande. Après, en milieu rural, c'est les chasseurs. Et ces gens-là n'aiment pas la nature. Merci Catherine.
Merci pour cette intervention. Un mot, Yannick Jadot.
Le gouvernement doit agir pour les apiculteurs. Ça s'appelle une aide aux revenus. Ça s'appelle une aide à la reconstitution de leur cheptel. Ils ont besoin d'argent pour avoir des essaims et pour pouvoir faire de nouvelles ruches. Et moi, je suis à leur côté, comme je suis aux côtés des pêcheurs artisans, comme je serai dimanche aux côtés des militants en Guyane qui militent contre Montagne d'Or.
Yannick Jadot, merci d'avoir été au micro d'Inter à suivre le carrefour du 7-9.
Yannick Jadot