HOMMAGE À JEAN MOULIN : L'IGNORANCE CRASSE DE MACRON
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 3:15OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu ce projet autoroutier autour de Rouen et pourquoi vous luttez contre ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Et comment ça s'est passé ce week-end, du coup ?
- 6:24RelanceRéponse directe
Il y avait Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, qui avait dit qu'il n'y aurait plus de ZAD en France. Il me semble que vous, vous avez dit, vous savez quoi, on va en faire une petite.
- 9:13OuverteRéponse directe
Pour que les gens comprennent bien, c'est quoi les enjeux majeurs autour de la défense de ces terres contre le projet, sachant qu'on n'arrête pas de parler de manque d'eau, de sécheresse et que cela devient très concret avec les restrictions qu'on a vues dès avril et les températures recordes de ce printemps-là ?
- 12:58OuverteRéponse directe
Que répondriez-vous aux personnes qui vous disent qu'il y a besoin de mobilité pour dynamiser les ruralités, etc. Est-ce qu'on a vraiment besoin de ces projets ou pas ?
- 17:30OuverteRéponse directe
Alors j'aimerais qu'on commence par évoquer la figure de Jean Moulin, chef de la résistance intérieure française durant la Deuxième Guerre mondiale, mort torturée par les nazis le 8 juillet 1943.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Plus de 28 000 citoyens, syndicalistes et chercheurs nous ont dit leur soutien en signant cette pétition. »
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« Vous êtes près de 910 000 abonnés à notre chaîne YouTube. »
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« Alors, le projet d'autoroute A133-A134 près de Rouen, c'est un des 7 projets autoroutiers en cours en France aujourd'hui. »
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« C'est un des 55 projets routiers contestés, portés notamment par les collectivités locales et le gouvernement. »
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« Donc, c'est chez nous un projet qui date de 1972, un projet qui a plus de 50 ans. »
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« Donc, c'est un projet qui est un énorme projet, plus d'un milliard d'investissements nécessaires. »
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« 516 hectares de terres agricoles et naturelles détruites, la moitié de la ressource en eau de la métropole de Rouen menacée par le tracé. »
- 9:50InvitéFait
« On est un des territoires qui va être le plus impacté par le dérèglement climatique, aussi selon le GIEC. »
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« sur la question climatique, ce projet, ce serait 50 000 tonnes de CO2 en plus par an, à minima, sans compter en plus les impacts de la construction elle-même. »
- 29:27InvitéFait
« Le dernier régime qui a mis le travail au cœur de sa devise, de son esprit général, c'est Vichy. Travail, famille, patrie. À la place de liberté, égalité, fraternité. »
- 32:15InvitéFait
« Macron, président de la République, a tenu à faire savoir par les journalistes qu'il l'avait appelé pour savoir s'il allait bien etc. »
- 32:53InvitéFait
« aucun communiqué de l'Elysée en aucune manière. »
- 35:34InvitéFait
« la nationalisation des grandes ressources EDF, GDF. »
- 35:53InvitéFait
« ce que Macron vient d'imposer contre le pays c'est le retour on va le voir rapidement le retour de la pauvreté des retraités. »
- 36:14InvitéChiffre
« Denis Kessler un des intellectuels du MEDEF il l'a écrit explicitement s'est fixé il y a entre 20 et 30 ans pour programme de détricoter l'état social. »
- 36:54InvitéFait
« c'est la mainmise des grands intérêts privés sur les médias dans les premières décennies du XXe siècle qui avait pourri le débat public. »
- 37:15InvitéFait
« il avait mis dans son programme interdiction priorité à l'interdiction des concentrations dans les médias pour la liberté de l'information. »
- 41:23InvitéFait
« un garçon qui l'appelait Bouzit Sale qui finit par brandir le drapeau et qui est immédiatement abattu par un policier français. »
- 43:24InvitéFait
« il y a une vacuité intellectuelle du néolibéralisme qui va de pair avec l'inculture crasse de la macronie. »
Temps de parole
- Invité49 %
- Invité 224 %
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- Invité 33 %
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Bonsoir tout le monde et bienvenue dans le 125e direct de Toujours Debout. Déjà, installez-vous, c'est votre émission du soir où l'on balaie de l'actu, version Le Média. Avant de commencer votre émission quotidienne de lutte, un petit point sur l'avancée de notre pétition pour débarquer sur la télé. Plus de 28 000 citoyens, syndicalistes et chercheurs nous ont dit leur soutien en signant cette pétition. Et oui, 28 000 en moins de deux semaines. Merci beaucoup pour votre enthousiasme. Vous êtes près de 910 000 abonnés à notre chaîne YouTube. On peut aisément atteindre les 50 000 signatures si on s'y met toutes et tous ensemble pour la signer. Rendez-vous sur unetélépourvous.lemediatv.fr.
Signez-la, faites signer vos proches et partagez-la. Continuez à signer cette pétition et aidez-nous à rester toujours debout. Au sommaire aujourd'hui, et si on revenait sur les commémorations du 8 mai 1945 qui ont été pour le moins agitées en ces temps de casserole-là, des intervilles du Sbeul, pas pour raconter les mésaventures d'Emmanuel Macron, notamment à Lyon, mais pour aller dans le fond des choses, c'est-à-dire évoquer l'instrumentalisation de l'histoire contemporaine par le pouvoir dans le but de se légitimer.
Selon notre historien Julien Théry, la Macronie sait en réalité très peu de quoi elle parle quand elle évoque le 8 mai, ce qui est logique selon lui parce qu'elle se caractérise de manière générale par une inculture générale qui serait le pendant du vide néolibéral. On a voulu décortiquer avec lui les commémorations qui ont eu lieu, ce qui a été dit, mais aussi et surtout ce qui a été occulté. Avant ça, on revient sur la lutte contre les projets autoroutiers dont les enjeux sont bien plus importants qu'on ne pourrait le croire, c'est l'entretien d'actu.
Les soulèvements de la terre, ce mouvement de protection des terres qui rassemble citoyens, ONG, paysans, associations, partis politiques des gauches, s'est fait surtout connaître pendant les manifestations contre les méga-bassines. Mais ce ne sont pas les seules terres que les écologistes défendent. Un autre combat contre l'artificialisation des terres s'est relancé il y a quelques semaines. Ce week-end s'est déroulé autour de Rouen, le festival et la manifestation des bâtons dans la route contre le projet autoroutier A133-A134.
A l'appel du collectif NON-A133-A134, des soulèvements de la terre et des naturalistes des terres, rejoints par bien d'autres collectifs et associations, les quelques 4000 manifestants ont diversifié les actions entre balades naturalistes, blocage de l'A13, installation de nichoirs dans la forêt menacée. Pour créer des obstacles à la coupe des arbres, les manifestants ont implanté des clous dans les troncs et ont grimpé sur les cygnes des feuillus pour les relier par des filins métalliques. Et ce genre de projet autoroutier et de mobilisation contre n'est pas isolé et pas nouveau.
Près de Toulouse déjà, le week-end du 22 avril, plus de 8000 personnes se sont mobilisées contre le projet autoroutier A69. Quel danger représentent ces projets ? Sont-ils la réponse au problème de mobilité ou sont-ils une nouvelle fausse bonne idée ? Pour en parler, nous recevons Enora Chopard, porte-parole du collectif NON-A133-A134. Bonjour Enora. Bonjour. Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu ce projet autoroutier autour de Rouen et pourquoi vous luttez contre ?
Alors, le projet d'autoroute A133-A134 près de Rouen, c'est un des 7 projets autoroutiers en cours en France aujourd'hui. C'est un des 55 projets routiers contestés, portés notamment par les collectivités locales et le gouvernement. Donc, c'est chez nous un projet qui date de 1972, un projet qui a plus de 50 ans. qui est censé relier l'autoroute A13 à l'autoroute A28 et donc constituer en fait ce que nous on appelle un grand contournement ouest de Paris afin de faire circuler les camions plus facilement du nord au sud de l'Europe sur ce qu'on appelle l'axe Calé-Bayonne.
Donc, c'est un projet qui est un énorme projet, plus d'un milliard d'investissements nécessaires et les coûts ont sûrement augmenté parce que c'est un chiffre qui date de 2015. 516 hectares de terres agricoles et naturelles détruites, la moitié de la ressource en eau de la métropole de Rouen menacée par le tracé. Donc, il y a énormément d'arguments qui font que nous, on se mobilise contre ce projet depuis longtemps. Le collectif existe depuis 2015. Il a été relancé au moment de l'enquête publique qui a conduit à la déclaration d'utilité publique du projet.
Mais ça fait très longtemps depuis la déclaration du projet, donc en 1972, que des associations et des habitantes et habitants se mobilisent contre cette autoroute.
Et comment ça s'est passé ce week-end, du coup ? J'ai entendu dire que, oui, vous aviez dû planter des clous dans les arbres, justement, pour les protéger.
Alors, ce week-end, pour nous, ce qui était important, c'est que, je l'ai dit, ce projet, il est très vieux, mais là, on arrive à un moment un peu crucial parce que le concessionnaire va être désigné. Donc, c'est un projet d'autoroute avec, évidemment, un concessionnaire privé. Le concessionnaire va être désigné en juin. Et donc, pour nous, c'était vraiment important de montrer une mobilisation massive, déterminée, mais aussi joyeuse, festive et inventive. Donc, c'est pour ça qu'on s'est alliés avec les soulèvements de la terre et puis les naturalistes des terres pour constituer, pour composer ce week-end.
Et ce qui s'est passé, c'est que le samedi et le dimanche, on a mené différentes actions. On a porté différents gestes dans la forêt pour la protéger, avec le samedi après-midi, des balades naturalistes qui se sont séparées en quatre cortèges, symbolisés par les quatre animaux menacés qu'on voulait mettre en avant pour ce week-end. Donc, le triton crété, le pic mare, le grand capricorne et le muscardin. Et chaque cortège a porté, en fait, des gestes dans la forêt qui visaient soit à protéger les habitats de ces espèces, soit à favoriser, justement, la vie de ces espèces. Donc, pour le triton crété, on a recreusé des mares. Pour les muscardins, on a posé des nichoirs.
Pour le pic mare et le grand capricorne, on a mené des actions plutôt en direction des arbres avec, effectivement, la pose de clous avec différents objectifs à ces gestes. À la fois, le fait d'assumer très collectivement, en fait, plein de gestes impactants visant à protéger la forêt. Et pour les clous, par exemple, qui est pour le débat, la question des clous, c'était, en fait, à la fois d'empêcher mécaniquement l'abattage des arbres, parce qu'en fait, ces pièces de métal dans l'écorce des arbres empêchent les bûcherons d'utiliser les tronçonneuses manuelles, et aussi, en fait, de faire diminuer la valeur marchande des arbres.
Et en fait, comme ces arbres sont exploités principalement pour des raisons marchandes, c'était pour nous aussi une manière de les protéger.
Il y avait Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, qui avait dit qu'il n'y aurait plus de ZAD en France. Il me semble que vous, vous avez dit, vous savez quoi, on va en faire une petite. Et il y a une ZAD pour enfants qui a été créée, si je ne me trompe pas.
Oui, nous, ça nous fait beaucoup rire, en fait, cette espèce de fantasme du gouvernement qui ne comprend rien, pas plus que d'ailleurs, les forces de l'ordre avec lesquelles on a été en contact depuis l'événement ou la préfecture de l'Arbre qui a annoncé qu'elle allait se faire le parquet d'Evreux. Mais en fait, cette question de la ZAD, c'est une espèce de fantasme, un peu comme si c'était possible de construire une ZAD n'importe comment, à n'importe quel moment. En fait, nous, on n'est pas du tout à cette temporalité-là de notre lutte. Mais on n'est pas du tout à cette temporalité-là. Mais pour autant, cette forêt de bord, c'est déjà une zone à défendre, puisqu'elle est attaquée.
Un forêt avec ZAD, c'est donc une zone à défendre. Donc en fait, on défend des zones quand elles sont attaquées, bien communs. Donc en l'occurrence, cette forêt, elle est quand même menacée par le tracé, des coupes préliminaires et autres travaux qui ont commencé en fait assez rapidement après la déshébration du constitutionneur. Donc nous, on a un peu pris le contre-pied de ce fantasme gouvernemental en se disant que cette forêt, elle est déjà à défendre et elle est déjà à défendre pour deux types de populations.
Donc le samedi après-midi, avec les actions naturalistes qu'on a posées, on s'est dit que c'était un peu une ZAD d'animaux parce qu'en fait, les actions qu'on a posées vont peut-être faire en sorte qu'il y a de plus en plus d'espèces et d'individus de ces espèces qui ont peuplé la forêt, ce qui nous permettra aussi par ailleurs peut-être de renforcer l'argumentation juridique contre la destruction des espèces protégées à venir, enfin qui n'aura pas lieu, mais qui est prévue en tout cas par les porteurs de projets.
Et puis le dimanche matin, il y a eu donc effectivement ces structures en bois qui ont été construites et portées collectivement, donc construites pendant tout le week-end avec des charpentiers et des sculpteurs sur bois, et portées collectivement le dimanche matin dans la forêt pour être construites. Et donc c'est en fait des jeux, des jeux avec des toboggans, des filets, etc. Et aussi une grande tour et des sculptures qui symbolisent encore une fois les quatre espèces animales dont j'ai parlé juste avant. Et ça, on a fait l'inauguration de cette ZAD d'enfants le dimanche matin.
Et l'idée, c'était ça, c'était en fait, cette forêt, elle risquerait d'être détruite par du bitume, mais elle est déjà, en fait, elle est peuplée par plein de gens et notamment par tous les habitants et les habitantes du coin qui viennent très fréquemment avec leurs enfants dans la forêt, se promener, faire du sport. Il y a plein de gens qui ont grandi dans le coin et qui nous ont raconté qu'ils étaient vachement émus parce qu'ils ont grandi en construisant des cabanes dans cette forêt.
Et que donc, en fait, le fait d'y construire cette ZAD d'enfants, c'était vraiment pour nous l'occasion à la fois de démontrer un peu l'absurdité de tout ce discours gouvernemental de criminalisation des militants et des militants technologistes qui visent, en fait, à nous faire passer pour des terroristes, là où, nous, ce qu'on veut, c'est protéger les biens communs et permettre notamment aux enfants et aux animaux d'habiter la forêt parce qu'elle leur appartient beaucoup plus qu'à des concessionnaires privés.
Pour que les gens comprennent bien, c'est quoi les enjeux majeurs autour de la défense de ces terres contre le projet, sachant qu'on n'arrête pas de parler de manque d'eau, de sécheresse et que cela devient très concret avec les restrictions qu'on a vues dès avril et les températures recordes de ce printemps-là ?
Oui, bien sûr. Là où on était dans l'heure, ce week-end, l'heure, c'était en Normandie. Si je vous parle de sécheresse en Normandie, il y a peut-être des gens que ça va faire un peu rire, mais il faut savoir que le département de l'heure est en alerte sécheresse déjà depuis le mois de mars. Cette année, on a des énormes problématiques de ressources en eau en Normandie. On est un des territoires qui va être le plus impacté par le dérèglement climatique, aussi selon le GIEC. Donc, effectivement, la question de la préservation de la ressource en eau, dans laquelle à la fois les forêts, mais aussi des zones humides qui seraient impactées par le projet et également jouent un grand rôle.
Il y a aussi toute la question de la pollution chronique ou accidentelle des nappes phréatives, parce qu'on est sur un terrain calcaire, donc très perméable, en fait, à ces différents polluants. Donc ça, c'est la question de la ressource en eau qui est fondamentale. Après, en fait, là, on est sur plus de 100 hectares de forêts qui pourraient être détruites. La forêt est déjà dans un État critique en France, tout le monde le sait. L'État rogne aussi, d'ailleurs, énormément sur les moyens de l'ONF, avec lesquels on n'est pas forcément toujours en accord sur les pratiques de gestion, mais il y a énormément de gens au sein de l'ONF qui questionnent ça.
Et en fait, on aurait vraiment besoin d'un service public de la forêt qui soit doté en moyens suffisants pour permettre, justement, de la protéger, de l'adapter à ces enjeux. Ce n'est pas du tout le cas pour l'instant, enfin, en tout cas, pas du tout assez. La question de la préservation de la forêt, elle est fondamentale. Sans externe pour de forêt, c'est énorme. À la fois pour sa valeur intrinsèque, ce qu'elle représente, toute la biodiversité qu'elle accueille, mais aussi pour toutes les interactions qu'elle peut avoir avec les autres milieux.
Et enfin, une autre question, c'est que là, il y a aussi, ce n'est pas le sujet de ce week-end, mais il y a aussi des centaines d'hectares de terres agricoles qui seraient détruits par ce projet. On est quand même à un moment où on sait très bien que, pareil, la question de la souveraineté alimentaire, de l'autonomie alimentaire, elles sont fondamentales. On a besoin de relocaliser la production agricole, on a besoin de reconstruire une agriculture paysanne qui respecte à la fois l'économie alimentaire, mais aussi de nourrir convenablement. Et en fait, tant qu'on livrera les terres au bitume, plutôt que de pouvoir les utiliser, la sécurité alimentaire des habitants de notre pays.
Donc pour nous, ces enjeux, en fait, ils sont fondamentaux. sur la question climatique, ce projet, ce serait 50 000 tonnes de CO2 en plus par an, à minima, sans compter en plus les impacts de la construction elle-même. Donc vraiment, la liste des arguments pour lesquels on s'oppose à ce projet, elle est assez énorme. Et au-delà de tout ça, on s'oppose à ce projet ici, mais vous en avez déjà un peu parlé, on s'oppose, on fait partie de la coalition La déroute des routes, qui rassemble plus de 50 collectifs en lutte contre des projets routiers partout en France. On est avec nos camarades de la lutte contre la 69 Toulouse-Castres, évidemment, dans cette coalition.
Et en fait, la question des routes, elle pose des questions plus larges. On s'oppose à ces projets, déjà pour leurs impacts locaux, leurs impacts locaux, mais aussi parce qu'en fait, ils représentent un système économique contre lequel on se mobilise. Ils représentent une idée par le déplacement des marchandises par camion, par le développement des entrepôts logistiques. Plus on construit de routes, plus on construit d'entrepôts logistiques, plus on construit de zones d'activité. Donc en fait, la route permet de livrer aussi tout un tas de nouveaux espaces qui étaient naturels ou agricoles à la prédation de l'artificialisation.
Donc c'est vraiment un front pionnier qui éloigne toujours plus les gens aussi de leur lieu de travail, qui éloigne toujours plus les gens de leur lieu de boisir, de rangs. Donc c'est une problématique qui est vraiment globale et systémique. Et en s'attaquant à ces projets partout, c'est aussi à cette problématique globale qu'on s'attaque.
Rapidement, parce que la connexion nous perd un peu, que répondriez-vous aux personnes qui vous disent qu'il y a besoin de mobilité pour dynamiser les ruralités, etc. Est-ce qu'on a vraiment besoin de ces projets ou pas ?
Alors non. Ces projets, en fait, ils ne sont pas du tout pensés pour répondre aux besoins de mobilité des populations. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'effectivement, il y a un problème d'inégalité d'accès à la mobilité. Il y a plein de gens dans notre pays qui sont prisonniers de la voiture, qui est un moyen de transport extrêmement coûteux. Quand on construit des autoroutes à péage, encore plus. Et donc, il y a un problème d'accès à la mobilité. Et nous, ce qu'on porte, en fait, c'est plein d'alternatives. À la fois, nous, ici, dans la lutte contre la 134, mais c'est ce que font tous les collectifs partout. Il y a bien sûr la question du train pour les déplacements du quotidien.
Il y a la question du train aussi pour les déplacements de marchandises. Mais donc, l'idée, ce n'est pas du tout de faire comme si ce problème n'existait pas. Ces problèmes, ils existent, mais aucun projet routier n'est fait pour répondre à ces enjeux. Ces projets sont portés pour leurs intérêts économiques, mais pas du tout pour répondre aux besoins des populations locales. Et dans le cadre de Rouen, c'est assez frappant parce qu'on est sur un territoire sur lequel il y a énormément de possibilités de faire autrement.
Entre Val-de-Reuil, donc juste à côté de là où on a tenu le festival ce week-end, et Rouen, là où tous les gens de Val-de-Reuil vont chez le médecin, par exemple, etc., il y a une ligne de train, c'est la ligne Paris-Rouen. Il y a un train toutes les deux heures, alors que c'est 15 minutes de train. En fait, en augmentant le cadencement de cette ligne de train, par exemple, ça permettrait complètement aux gens de pouvoir accéder aux services qui se trouvent dans la métropole de Rouen, là où, par contre, le fait de poser une autoroute APH qui va coûter extrêmement cher n'apporte aucune solution ou alors une solution très inégalitaire et on pense que ce n'est pas vraiment ça qu'il faut faire.
Donc non, non, ces projets ne sont pas pensés pour répondre à des enjeux, à des problématiques locales, mais bien pour servir à un projet de développement économique national.
Merci beaucoup, Enora Chopard, je le rappelle, porte-parole du collectif Non à la 133 et la 134. Merci beaucoup. Merci à vous. Merci. Et si on parlait de l'instrumentalisation du 8 mai 1945 de la Macronie en allant, nous, dans le fond des choses et décortiquer un petit peu tout ça. Avant ça, je vous rappelle qu'on est en passe d'arriver sur les box télé, mais pour cela, nous avons besoin de votre soutien pour montrer qu'une chaîne de télé indépendante soutenue par ces milliers de sociétaires est possible. Alors signez et faites signer la pétition sur unetélépourvous.lemédiatv.fr. On revient après ce court clip.
Souvenons-nous, c'était en septembre dernier, Le Média a lancé sa saison 6 avec une toute nouvelle ambition, devenir une vraie chaîne de télévision, tout en restant un média vidéo diffusant sur les plateformes numériques.
Nous sommes en bonne voie. Depuis plusieurs mois, nous tenons une antenne 24h sur 24 et 7 jours sur 7, pour l'instant, sur YouTube et Dailymotion et nous y alternons programmes en direct et rediffusion. Nous avons déjà envoyé notre dossier d'agrément à l'ARCOM, le régulateur du paysage audiovisuel français. Il est en bonne voie et nous serons vraisemblablement conventionnés dans les semaines qui viennent. Nous avons également engagé des pourparlers avec les opérateurs de box Internet qui ont chacun leur bouquet télé. Nous sommes déjà arrivés à un accord de principe avec l'un d'entre eux, mais des réticences continuent d'exister chez d'autres.
Nous leur avons dit qu'il y a dans ce pays des dizaines, voire des centaines de milliers de citoyens qui pensent que le paysage audiovisuel français a besoin d'une chaîne d'infos et de combats comme le Média. Pour le leur prouver, nous lançons cette pétition. Signez-la pour appuyer notre dossier partout où le besoin se fait sentir. Signez-la pour affirmer que le Média n'est pas seul et peut compter sur vous. Ils ont des milliards, nous sommes des millions, nous méritons
notre chaîne de télévision. Et si on revenait sur les commémorations du 8 mai 1945 qui ont été pour le moins agitées en ces temps de casserole et d'intervilles du Zbeul, pas pour raconter les mésaventures d'Emmanuel Macron, notamment à Lyon, mais pour aller dans le fond des choses, c'est-à-dire évoquer l'instrumentalisation de l'histoire contemporaine par le pouvoir dans le but de se légitimer. Selon notre historien Julien Théry, la Macronie sait en réalité très peu de quoi elle parle quand elle évoque le 8 mai, ce qui est logique selon lui parce qu'elle se caractérise de manière générale par une inculture générale qui serait le pendant du vide néolibéral.
On a voulu décortiquer avec lui les commémorations qui ont eu lieu, ce qui a été dit mais aussi et surtout ce qui a été occulté. Bonjour Julien.
Salut.
Alors j'aimerais qu'on commence par évoquer la figure de Jean Moulin, chef de la résistance intérieure française durant la Deuxième Guerre mondiale, mort torturée par les nazis le 8 juillet 1943. Avant d'en parler, j'aimerais qu'on regarde un extrait de l'hommage très émouvant que lui avait rendu Jean Malraux lors du transfert de ses cendres au Panthéon en 1964.
Entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège, avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé comme toi et même ce qui est peut-être plus atroce en ayant parlé. Avec tous les rayés et tous les tendus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de nuit et brouillard enfin tombés sous les crosses, avec les 8000 françaises qui ne sont pas revenus des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres, entre avec le peuple né de nombre et disparu avec elle nos frères dans l'ordre de la nuit.
André Malraux bien évidemment. Alors Julien, qui était ce Jean Moulin et pourquoi tient-il une place centrale dans l'histoire en France ?
Difficile de ne pas être pris à la gorge même quand on l'entend pour la 20e fois par ce discours d'André Malraux le 19 décembre 1964 au moment où les cendres de Jean Moulin, ce qu'on pense peut-être être les cendres de Jean Moulin, entre au Panthéon. C'est l'une des raisons, ce moment-là, et pas seulement les faits eux-mêmes, même s'ils sont primordiaux, mais ce moment-là, ce discours de Malraux, c'est l'une des raisons pour lesquelles Jean Moulin, c'est une personnalité qui est ressortie au sacré, en quelque sorte, au sacré laïc, au plus profond peut-être de ce qui unit, ce qui peut unir les Français, la France, la nation.
Et ça participe en même temps, cette sorte de canonisation laïque de Jean Moulin, aussi, à un autre côté de la chose, du mythe résistentialiste, c'est-à-dire de cette idée qui a été amplement diffusée par le gaullisme notamment, selon laquelle, en fait, que la plupart des Français auraient résisté, la plupart des Français se seraient opposés à l'occupant et à la collaboration, donc, au régime du maréchal Pétain, ce qui est évidemment absolument faux. Les résistants ont été tout à fait minoritaires et il y a eu de très nombreuses trahisons de la part des Français qui ont activement collaboré.
Jean Moulin, donc, c'était au départ un homme, un haut fonctionnaire de la Troisième République, un homme de gauche, un homme sérieusement il a travaillé notamment avec les gouvernements du Front populaire, donc ces grands gouvernements de gauche des années 1936-1937. Il a soutenu les républicains espagnols, il a fait passer des armes en secret aux républicains engagés dans le combat contre le fascisme franquiste. Il était préfet de l'Aveyron, puis, au moment de la défaite, donc en 1940, il était préfet de l'Eure-et-Loire. Je disais, c'était quelqu'un qui était de sensibilité radicale socialiste. C'était un homme qui aimait aussi la belle vie, les arts, les intellectuels, les femmes.
C'était un bon vivant. Et c'est quelqu'un qui, cependant, a préféré, au moment où il a été révoqué parce que les pétainistes ne lui faisaient pas confiance, à l'automne 1940, donc, comme préfet, il a préféré, finalement, rentrer dans la clandestinité, rejoindre le général de Gaulle, et puis, donc, se présenter à lui, organiser avec lui un plan pour unifier la résistance et prendre tous les risques en revenant clandestinement sur le territoire français pour prendre des contacts, donc, avec les différents mouvements et les unifier.
Il y arrive, en mai 1943, à réunir, donc, les huit grands mouvements dans un organisme dont il va être le premier président extrêmement prestigieux qui s'appelle le Conseil national de la résistance. Et l'héritage de la résistance, c'est ça. C'est un héritage bien sûr d'opposition au fascisme, c'est aussi un héritage qui prend en compte l'analyse, les résultats de l'analyse qu'ont fait les résistants des causes du fascisme.
Et donc, c'est un programme politique, économique et social qui a défini très largement la construction des grands services publics, les nationalisations, la prospérité, le regain d'égalité, disons, que la France a connu à partir des années 50 et jusqu'à un retournement dont Emmanuel Macron est absolument emblématique, qu'il met en œuvre en ce moment, retournement néolibéral-conservateur.
Lors de son hommage à Jean Moulin, Macron a voulu engager une mini-polémique, on va dire, et répondre à Jean-Luc Mélenchon qui dénonçait la mauvaise République que représente à ses yeux la Ve République. On écoute.
Moulin et Bloch nous disent que la République française n'est par définition ni mauvaise ni défaste. Elle est nécessaire, vitale, juste. Elle l'était en 1792, en 1848, en 1870, en 1946, en 1958. Elle l'est encore aujourd'hui. Fidélité véritable à l'aspiration profonde de notre nation, l'indépendance et l'humanisme. Oui, nous vivons dans le pays où on ne peut jamais séparer impunément l'idée de République et celle de progrès humain. La France républicaine est indissociable depuis les Lumières et la Grande Révolution des valeurs de justice et de liberté.
Et chaque fois, chaque fois qu'elle est menacée, chaque fois qu'elle est abandonnée ou trahie, se dressent des Français ou des amoureux de la France, fidèles à l'esprit de résistance qui caractérise profondément notre peuple.
C'est toujours assez périlleux de faire parler les morts, mais est-ce que là, l'angle d'attaque de Macron qui se justifie du point de vue de l'histoire républicaine car Jean Moulin avait de très fortes convictions républicaines ?
Alors, je ne suis pas sûr du tout que la République telle que cela représentait Jean Moulin, celle qu'il a servi quand il servait le Front populaire, ait grand chose à voir avec la République d'Emmanuel Macron. Il est même fort possible qu'elle lui soit tout à fait antithétique et opposée. Là, on a un tour de passe-passe tout à fait typique de la Macronie avec une certaine perversité qui consiste à faire comme si la République, ça ne pouvait être qu'une chose et comme si historiquement, elle n'avait été que dans un sens. Et alors, on mélange tout.
On mélange la République de 1848 qui est démocratique et sociale, qui est écrasée par les forces des propriétaires et qui se transforme en République censitaire, en quelque sorte, deux années plus tard. On mélange finalement la République sociale que défendait à nouveau les communards et la République versaillaise qui les a écrasées et qui les a fusillées. Il est évident que parler de République... Une fois, quand on dit République, en fait, on n'a rien dit. Et on n'a surtout pas dit démocratie. Je rappelle que la Respublica, au départ, c'est le système de Rome. Rome n'est absolument pas une démocratie.
Rome est au contraire une société dans laquelle les ordres sociaux sont cloisonnés et dans laquelle il n'y a évidemment aucune égalité. Donc là, il y a une sorte de tour de passe-passe. Et alors, c'est d'autant plus amusant que Macron, ici, inclut la République de 1958. Et là, ça nous renvoie à la question du 8 mai, de cette célébration, finalement, de la victoire sur le fascisme que doit être le 8 mai. Le fascisme, bien sûr, de l'Allemagne hitlérienne, le fascisme italien, mais aussi le fascisme français qui est arrivé au pouvoir à la faveur de la défaite de 40.
Maurras, le chef de file, le grand penseur de l'extrême droite, disait, c'est une divine surprise parce que cette défaite qu'on regrette, évidemment, du point de vue nationaliste, a permis l'instauration du régime idéal. Et c'est un régime de type fasciste, celui de la Révolution nationale de Pétain.
Alors, cette République de 1958 que Macron, là, avec beaucoup d'effronterie, mis sur le fait que les gens ne savent pas, mais sur le même plan que la République de 1848, par exemple, alors que ça n'a rien à voir, c'est l'opposé, cette République de 1958, il ne faut pas oublier quel est le résultat d'un putsch, un putsch militaire de l'armée française en Algérie qui unit trois forces, les gaullistes, bien sûr, les ultras, les colons à Algérie française et la vieille extrême droite française pétiniste réunie tous les trois en chœur, ce sera malentendu, sans doute, mais pour porter De Gaulle au pouvoir.
Alors De Gaulle va aller décevoir au bout d'un certain temps, mais il ne faut pas oublier donc que cette République-là, celle de 1958, présidentialiste et même monarchique qui donne tous les pouvoirs, ça s'est aggravé avec les différentes réformes constitutionnelles depuis au président qui lui permet de faire passer des lois dont la population ne veut pas, cette République, 5e République de 1958, elle n'est pas totalement étrangère aux vieux fonds pétinistes, aux aspirations pétinistes de la France et les circonstances de son avènement sont là pour le rappeler.
Voilà, donc tour de passe-passe, oui, bien sûr, réponse à Mélenchon, manipulation aussi à la fin du discours, je ne sais pas si tu as remarqué, il termine en disant sur un ton habituel, sacerdotal, comme s'il était un peu en train de faire un serment après la messe, unanimiste, donc on est tous une nation, bien sûr, les intérêts des petits sont les mêmes que ceux des grands, il dit à la fin, l'esprit de résistance, c'est la France. Ça fait beaucoup rire quand on sait comment sa police traite ceux qui y protestent, sans même aller jusqu'à la résistance, on ne peut plus manifester son dit census, finalement, sans risquer la mutilation, maintenant, en France.
Mais, je ne sais pas si tu te souviens, il a fait une sortie, parmi beaucoup d'autres, sur les gaulois réfractaires, il y a quelques temps. Les gaulois réfractaires, alors c'est le discours qu'on tient pour parler de ceux qui n'acceptent pas les réformes nécessaires, néolibérales, qui précisément minent le programme du CNR. C'est ceux qui considèrent que la vie de ceux qui ne possèdent pas le capital, la vie de ceux qui ne sont pas des bourgeois, ne doit pas être intégralement vouée au travail, jusqu'à la mort.
Alors, c'est des gaulois réfractaires quand on n'arrive pas à leur imposer des réformes néolibérales, mais quand on veut faire un grand rituel d'unité républicaine, on exalte l'esprit de résistance. On manie tout et c'est au contraire. Ça s'appelle de la manipulation.
Tu estimes qu'Emmanuel Macron, dans sa pratique politique, est très loin de ce que tu appelles l'esprit du 8 mai. Tu nous expliqueras ce que tu entends par cette expression. On voulait d'abord regarder un extrait de prise de parole de Macron au moment où il réhabilitait partiellement le maréchal Pétain, ennemi juré de la France libre et donc de Jean Moulin.
Je considère qu'il est tout à fait légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit aussi l'armée à la victoire et que cet hommage soit rendu comme il l'est d'ailleurs chaque année par l'armée française. Mon chef d'état-major particulier sera présent à cette cérémonie. Je ne fais aucun raccourci mais je n'occulte aucune page de l'histoire. Et maréchal Pétain a été, pendant la Première Guerre mondiale, aussi un grand soldat.
De manière générale, c'est quoi l'esprit du 8 mai ?
Alors, comme pour la mémoire de tout événement historique, c'est disputé, c'est controversé. Tout le monde n'est pas d'accord. Le 8 mai, ce n'est pas la même chose pour tout le monde. Manifestement, ceux pour qui le 8 mai, c'est la victoire sur le fascisme, y compris français, comme je le disais tout à l'heure, ne sont pas entièrement en phase avec le 8 mai tel que le voit Emmanuel Macron qui est finalement un moment que l'on doit commémorer dans un esprit d'unité nationale avec quand même des tonalités qui ne sont pas si éloignées du pétainisme quand on met l'accent justement sur le fait qu'il y a un intérêt commun qui doit prévaloir. Il n'y a pas de conflit au sein de la société.
Et d'ailleurs, finalement, tout le monde doit être réuni, par exemple, dans l'esprit de travail. Tu sais bien que depuis la crise des retraites, Macron essaie de se rétablir en promouvant ce qu'il appelle un pacte de la vie au travail. C'est assez glaçant comme manière de formuler les choses. Le dernier régime qui a mis le travail au cœur de sa devise, de son esprit général, c'est Vichy. Travail, famille, patrie. À la place de liberté, égalité, fraternité. La Macronie a déployé des éléments de langage pour dire que ça allait être il fallait mettre en avant travail, ordre, progrès. Donc le travail, c'est pour le grand patronat.
Il faut que tout le monde bosse le plus tard possible pour nourrir le capital, pour que les plus-valués aillent au capital. L'ordre, c'est pour la droite et l'extrême droite. Et puis le progrès, c'est pour la gauche du gouvernement, pour leur faire un petit peu plaisir. Mais il y a cette idée que les intérêts sont les mêmes pour tout le monde dans une société. Les intérêts de l'égoutier sont les mêmes que les intérêts de Bernard Arnault, naturellement. Et puis qu'on doit tous communier dans le souvenir de grands moments de l'histoire dont en fait toute conflictualité est oubliée.
Alors, quand on considère que le 8 mai, c'est la victoire sur le fascisme, en général, on n'a pas le sentiment quand même que l'esprit général du macronisme est en phase. Il y a plein d'éléments qui permettent de le souligner.
Alors bon, Pétain, naturellement, ça, Pétain, le grand soldat, bien sûr, il faut à tout prix distinguer entre le Pétain qui a été frappé de la dignité nationale, donc qu'on n'est plus censé légalement célébrer au terme de son procès en 1945, condamné à mort, en plus, gracié par le général, et le Pétain, vainqueur, dit-on, à Vernat, ce n'est pas lui qui est mort, il ne faisait pas partie des centaines de milliers, même des millions d'hommes qui sont morts, mais c'est un vieux thème mitterrandien, et on sait toutes les ambiguïtés de François Mitterrand concernant cette période, les amitiés même qu'il a gardées.
ce n'est pas très loin quand même, et ça ménage l'esprit de l'extrême droite française avec par exemple ce vieux slogan Pétain à Douaumont, il faut mettre les cendres du général Pétain, du maréchal Pétain, non pas à Lille-Dieu où elles sont aujourd'hui, où il est mort en exil après avoir été gracié, mais les ramener à Douaumont qui est l'un des villages qui ont été rasés pendant la bataille de Verdun, de Verdun, pardon, qui l'a mené. Bon, j'allais dire que c'est presque un passage obligé finalement dans une tradition mitterrandienne que de dire que Pétain quand même il faut garder un certain nombre d'éléments.
Mais on sait très bien plus largement que depuis qu'il est au pouvoir Macron n'arrête pas de ménager l'extrême droite. Alors toujours en tenant un double discours mais globalement il veille toujours à donner des gages. Tu te souviens peut-être quand Éric Zemmour avant la présidentielle a été victime d'une altercation dans la rue quelqu'un qui l'a interpellé. Macron, président de la République a tenu à faire savoir par les journalistes qu'il l'avait appelé pour savoir s'il allait bien etc.
Pendant une demi-heure on dit les médias il a eu cette conversation avec Zemmour je crois qu'il a été question aussi que Zemmour lui que chacun connaît créature de Bolloré dans son combat civilisationnel suprémaciste blanc ouvertement raciste Macron je crois lui a demandé une note sur l'immigration. Par ailleurs il y a un an il y a un rugbyman Federico Arambourou qui est assassiné par des sbires d'extrême droite des gars du GUD à Paris parce qu'il a pris la défense d'un homme noir aucun communiqué de l'Elysée en aucune manière. On a fêté l'anniversaire de cet assassinat par un représentant du gouvernement français parce qu'on ne veut pas fâcher l'extrême droite.
On sait bien par ailleurs que Darmanin qui lui-même est passé par l'extrême droite qui n'a pas pu s'empêcher de mettre quelques éléments d'antisémitisme dans un de ses bouquins pseudo-historiques tout le monde peut voir cette vidéo dans laquelle il est confronté à Marine Le Pen et où il dit vous n'êtes pas assez à droite vous n'êtes pas assez ferme sur l'immigration vous n'êtes pas assez ferme dans la défense de la police. Donc voilà si tout ça c'est conciliable avec l'esprit antifasciste du 8 mai pourquoi pas mais ça me paraît quand même bien difficile.
Et tu évoques aussi des pulsions racistes instrumentalisées en cas de difficultés politiques.
Oui ça fait partie des techniques de communication habituelles ça ne date pas de Macron Manuel Valls a été un pro en la matière mais ça date même malheureusement des gouvernements socialistes dès 1983 quand il y a des grandes grèves des ouvriers des usines Talbot alors que le gouvernement socialiste est au pouvoir les ministres socialistes dénoncent la radicalisation religieuse des ouvriers pour ne pas avoir à faire droit à leurs revendications.
C'est une technique qui est très souvent utilisée qui est extrêmement mortifère évidemment on a très bien vu par exemple que face au mouvement des gilets jaunes qui en fait n'était pas raciste qui a beaucoup déçu finalement le gouvernement ce qui a empêché de les diaboliser tout de suite après on a eu quoi ? La loi séparatisme.
Il faut désigner un ennemi un ennemi de l'intérieur alors cette fois-ci c'est l'islam voilà mais les communicants ont l'habitude de ce genre de choses on a bien vu que là pour essayer de sortir de la crise des retraites il a été question c'est repoussé maintenant mais ça va revenir de faire une loi sur l'immigration une loi aussi dure que possible sur l'immigration voilà le racisme comme route secours comme dernière carte pour sauver les réformes néolibérales pour sauver les réformes qui détricotent le programme du CNR qui détricotent l'état social ça ne me paraît pas complètement progressiste ni dans la ligne de la tradition antifasciste
Justement lors des commémorations du 8 mai on parle de moins en moins de ce conseil national de la résistance de son programme politique de sa vision du monde comment cette occultation se manifeste et comment tu l'expliques ?
Point par point tout ce que le CNR avait préconisé tout le programme politique sur lequel les membres de différentes sensibilités du CNR étaient tous d'accord tous ces éléments ont été remis en cause par le néolibéralisme par la révolution conservatrice à commencer par la nationalisation des grandes ressources EDF, GDF en continuant par la sécurité sociale qui incluait dans le programme du CNR et ça a été dans une certaine mesure mise en oeuvre bien sûr la retraite le fait qu'il ne doit plus y avoir comme c'était le cas auparavant des masses de retraités pauvres ce que Macron vient d'imposer contre le pays c'est le retour on va le voir rapidement le retour de la pauvreté des retraités donc voilà c'est diamétralement opposé à ce programme là le MEDEF notamment Denis Kessler un des intellectuels du MEDEF il l'a écrit explicitement s'est fixé il y a entre 20 et 30 ans pour programme de détricoter l'état social c'est aussi une idée qu'ont eu un certain nombre de pères de l'Europe comme on dit je pense à quelqu'un comme Thomas Zopadoaschiop un grand artisan de l'Europe italien qui dit mais il faut que les populations arrêtent perdent cette habitude finalement de bien vivre la vie est dure il y a des souffrances c'est essentiellement ça il ne faut pas espérer qu'un état social puisse aider tout le monde c'est l'inverse du programme du CNR par ailleurs dernier point qui me semble particulièrement important le CNR avait pleinement conscience que c'est la mainmise des grands intérêts privés sur les médias dans les premières décennies du XXe siècle qui avait pourri le débat public l'inexistence de médias indépendants qui avait donné cette presse absolument dégoûtante patronale extrême des années 20 et 30 en particulier et donc il avait mis dans son programme interdiction priorité à l'interdiction des concentrations dans les médias pour la liberté de l'information tu vois où on en est
aujourd'hui justement ça s'illustre toi et moi
si on est là c'est parce que
on veut faire vivre
un média indépendant alors que tous les masses médias sont possédés par des Bolloré des Pinot des Kretinsky etc autrement dit on est dans la situation beaucoup de gens disent souvent j'ai l'impression qu'on en revient aux années 30 alors évidemment il y a des différences mais de fait effectivement du point de vue de l'état des médias du point de vue de la situation mortifère de l'espace public même cause même effet regarde Zemmour Zemmour c'est Bolloré c'est l'oeuvre de Bolloré
le général de Gaulle était loin d'être un homme de gauche mais quelque part gardait une forme de respect pour l'esprit du SNR du CNR et une sorte de défiance vis-à-vis d'un capitalisme débridé on regarde des images d'archives d'ailleurs
seulement voilà la propriété la direction le bénéfice des entreprises dans le système capitaliste n'appartient qu'au capital et alors ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d'état d'aliénation à l'intérieur même de l'activité à laquelle ils contribuent non le capitalisme du point de vue de l'homme n'offre pas de solution satisfaisante
le 81945 c'est également des massacres occultés les massacres de Sétif et de Guelma en Algérie que nous dit cette concomitance entre des réjouissances à Paris et le sang versé dans les colonies et quel rapport Emmanuel Macron entretient avec la mémoire de la guerre d'Algérie
je veux bien vous terminer là-dessus mais si tu veux juste un petit commentaire sur ce que disait De Gaulle là c'est un discours alors en juin 68 donc au moment où il a eu à faire face à une opposition énorme de gens qui d'ailleurs se réclamaient de la résistance et où il dit le capitalisme ça suffit pas le capitalisme finalement ça peut pas ça peut pas être il ne peut pas être le garant d'un équilibre social alors il continuait en disant la solution c'est la participation il faut que les ouvriers possèdent des parts de capital depuis on en est revenu et on sait que c'est pas comme ça que ça fonctionne et même les néolibéraux n'osent plus y croire en quelque sorte mais effectivement comme tu le disais ça montre à quel point De Gaulle avait encore en tête il avait dû réactiver ça à cause de mai 68 mais était encore dans un esprit disons tout à fait antithétique à l'idéologie néolibérale qui est celle d'Emmanuel Macron qui était déjà celle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande et pour terminer là-dessus CNR cet esprit du CNR pour illustrer un petit peu le caractère retort des stratégies macronistes tu sais qu'il a créé un CNR aussi Macron raffinement de perversité quand même pour détricoter les acquis du CNR Conseil national de la résistance on va créer le Conseil national de la refondation c'est quand même très fort il faut oser il faut voilà alors pour en revenir à ce que tu disais pardon je voulais qu'on y revienne un petit peu effectivement le 8 mai 1945 c'est une date qui n'a pas le même sens pour tout le monde et pour les Algériens en particulier elle a un sens bien différent puisque le 8 mai 1945 les Algériens l'Algérie c'est la France veulent manifester aussi célèbre la victoire sauf qu'il y a un mouvement de plus en plus important qui grossit depuis un certain temps en faveur de l'indépendance en tout cas ce qu'on appelle le nationalisme algérien un mouvement décolonial notamment sous la haulette de Messali Hadj les autorités qui ont longtemps été vichistes qui sont devenus gaullistes posent des conditions drastiques à ce que les Algériens manifestent ils ne doivent absolument pas brandir de drapeau algérien or il y en a qui le font et notamment un garçon qui l'appelait Bouzit Sale qui finit par brandir le drapeau et qui est immédiatement abattu par un policier français et c'est le début des meutes d'abord anti-européennes et surtout de massacres qui répondent à ces émeutes anti-européennes et des milliers d'Algériens de civils algériens sont massacrés de manière sommaire pendant des semaines et des semaines jusqu'à la mi-juin c'est ce qu'on appelle ça commence avec les grandes émeutes les grandes émeutes de Sétif Egelma et donc c'est le 8 mai 1945 c'est tout à fait saisissant je trouve de voir qu'on célèbre la victoire sur la barbarie le 8 mai 1945 en disant bien sûr c'est pas nous c'était les autres c'était Hitler etc mais que dans le même temps le même jour on continue à perpétrer des actes de barbarie très loin chez les indigènes ça rappelle aussi que le nazisme et le fascisme en général c'est pas un accident il vient pas de nulle part c'est le produit de l'occident du bain général des sociétés occidentales qu'elles soient républicaines ou qu'elles aient sombré dans des régimes autoritaires fascistes depuis la fin du 19ème siècle je pense qu'il serait bon ce serait juste aussi que désormais c'est le combat notamment du parti des indigènes de la république mais pas seulement que désormais on célèbre aussi on commémore on se souvienne aussi on réfléchisse à ce qui s'est passé à cette époque là dans les colonies d'autant plus que ces violences absolument terribles commises par les colons il n'y a pas que en 1945 en Algérie qu'elles se développent bien sûr Madagascar en 1947 etc etc
de manière plus large comment peut-on décrire la stratégie mémorielle du macronisme s'il y en a une
tu vois bien c'est une stratégie unanimiste et en cela il y a un côté vichiste c'est à dire qu'on n'admet pas les conflits on n'admet pas les divergences il faut une unité dans une fiction d'intérêt commun et que chacun reste à sa place surtout il y a vraiment cet esprit là bon après tu as commencé par là l'émission en disant que voilà en me prêtant des propos que je tiens que je maintiens effectivement selon lesquels il y a une vacuité intellectuelle du néolibéralisme qui va de pair avec l'inculture crasse de la macronie ils n'ont aucune culture historique ils ne savent pas de quoi ils parlent il faut quand même se figurer que le ministre des armées de la république française monsieur le cornu a confondu dans son discours pour le 8 mai moment par excellence où il doit exercer ses fonctions de manière rituelle l'armistice du 11 novembre 1918 et la capitulation du 7 mai pour ce qui est de l'ouest et du 9 mai pour ce qui est de l'URSS de l'Allemagne nazie non seulement lui n'était vous ne savez pas bien mais ses conseillers qui sont censés bon il peut avoir un emploi du temps très agité il peut être fatigué mais ses conseillers sont quand même censés avoir un minimum de notions de base ils ne les ont même pas et c'est une illustration parmi d'autres de cette inculture historique générale voilà malheureusement on en est là
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